Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Mises fractionnées ? La plaie !

Voilà qu’en Bourgogne certains souhaitent rallonger la liste des grands crus et premiers crus, tandis qu’à la veille des vendanges dans le Languedoc-Roussillon et la Vallée du Rhône, la course au raisin – qui se fait de plus en plus rare – est enclenchée par les négociants. C’est clair que, confronté à ces nouvelles toutes fraîches, le sujet que je vais vous proposer va vous paraître quelque peu réchauffé. Pourtant, il y a longtemps que ça me turlupine cette affaire-là… Déjà, lorsque je démarrais dans le vin, certaines pratiques de cave me laissaient pantois. Cela m’est revenu l’autre jour alors que je discutais de choses et d’autres dans la cave d’un vigneron-ami à qui je venais de poser la question qui fâche après avoir goûté le vin d’une grosse cuve assez bien remplie. Je reproduis à peu près notre dialogue :

Moi – Et cette cuvée, tu vas la mettre en bouteilles quand ?

Lui – D’ici la fin du mois, je ferais une première mise de 4 à 5.000 bouteilles…

Moi – Et pourquoi pas tout d’un coup ? (soit environ 8.000 bouteilles, ndlr)

Lui – Ben parce que je n’ai pas la place de stocker les cartons… Et pour dire vrai, je ne suis pas certain de pouvoir tout vendre en quelques mois.

Moi – Tu pourrais trouver un coin pour empiler tes bouteilles nues en palettes et les habiller au fur et à mesure de tes commandes.

Lui – Non, c’est compliqué tout ça. Je préfère faire deux chantiers de mises dans l’année… parfois même trois en fonction des commandes.

Moi – Ok, mais dans ce cas, à chaque mise tu as un vin différent. Je veux dire que le second embouteillage n’aura pas le même goût qu’à la première mise.

Lui – Oui, et ça pose un problème ?

La question ne devrait pas se poser pour le nouveau que l'on attend avec impatience. Photo©MichelSmith

La question ne devrait pas se poser pour le nouveau que l’on attend avec impatience. Photo©MichelSmith

Bien sûr que cela pose problème. Oh rien de capital… Pourtant, moi je ne trouve pas ça bien du tout et je vous explique pourquoi, à mes yeux, cette pratique des mises fractionnées n’est pas très logique à l’égard du consommateur. Son client, admettons qu’il achète ce vin après avoir lu l’article qu’un critique émérite – on va citer Hervé Lalau – lui consacrait dans l’IVV, par exemple. Le journaliste, qui s’y prend toujours en avance pour collecter l’info, a goûté le vin en Janvier qui suit la récolte, directement à la cuve, comme je viens de le faire. Ce même vin sera (partiellement) mis en bouteilles deux ou trois mois plus tard après une filtration lâche, comme on dit. Déjà, après cette opération, il n’aura pas le même goût que lorsqu’il reposait tranquillement dans sa cuve. C’est pour cela, au passage, que je me fais un devoir de n’écrire sur un vin que lorsqu’il a été mis en bouteilles. Disons que c’est ma façon à moi d’être proche de mon lectorat (éventuel).

La question ne devrait pas se poser pour les cuves de tailles moyennes, comme ici au Domaine Les Aurelles. Photo©MichelSmith

La question ne devrait pas se poser pour les cuves de tailles moyennes, comme ici au Domaine Les Aurelles. Photo©MichelSmith

Il faudra encore un, deux ou trois mois avant que le consommateur déniche ce vin chez son caviste et le lui achète en petite quantité car il n’est pas toujours très riche. Avec six bouteilles, il en aura assez pour tenir jusqu’à l’été. Cela tombe bien justement car, cet été, il prévoit de visiter les Gorges de l’Ardèche. Il a repéré le domaine sur Google Maps et il sait déjà qu’il passera à quelques lieues de l’endroit où ce Côtes du Vivarais est vinifié. Il en profitera pour faire, à moindre prix, le plein de la cuvée qu’il a aimé et visitera la cave par la même occasion. Sauf que la cuvée en question, qui entre-temps a obtenu un certain succès, a été mise en bouteilles en Juillet, juste avant les vacances de notre œnophile. Non seulement il n’aura pas la chance de boire le même vin que le critique passé en coup de vent l’automne dernier, mais il ne retrouvera pas non plus le vin qu’il avait acheté chez son caviste. Pour la bonne raison qu’entre temps le vin aura mûri dans sa cuve, nourri par ses lies fines. Et que les tannins qu’il aimait tant se seront assouplis.

La question ne devrait pas se poser non plus pour les vins vinifiés dans des oeufs, comme ici chez Jérémie Mourat en Vendée. Photo©MichelSmith

La question ne devrait pas se poser non plus pour les vins vinifiés dans des oeufs, comme ici chez Jérémie Mourat en Vendée. Photo©MichelSmith

Pour certains amateurs, cette problématique de mises fractionnées étalées sur une année ou plus ne pose aucun problème. Ils n’y prêtent aucune attention, à moins qu’il ne trouvent le vin meilleur, plus fondu, et c’est l’essentiel. Et si par hasard ils étaient déçus, le vin restera tout de même appréciable sur un bon gigot. Pour d’autres râleurs comme moi, ou pour celui ou celle qui préfère son gamay ou son grenache en plein sur le fruit, emprisonné tôt dans sa bouteille, ce sera une autre histoire. À moins qu’on lui explique gentiment que pour des raisons pratiques d’organisation le vigneron fractionne sa mise, il s’attend à retrouver le même jus puisque l’étiquette, comme le millésime, eux, n’ont pas changé.

Et on espère qu'elle ne se pose moins à Cornas qu'ailleurs... Photo©MichelSmith

Et on espère qu’elle ne se pose moins à Cornas qu’ailleurs… Photo©MichelSmith

Je vois déjà certains lecteurs bien intentionnés prendre le clavier pour m’écrire que cette pratique est obsolète, qu’elle n’est plus le fait que de quelques vignerons paysans reculés dans leur misérable appellation. Eh bien détrompez-vous. Elle touche encore pas mal de vignerons, des grands comme des petits, des bons comme des médiocres. Ceux qui, par exemple, n’ont pas la trésorerie nécessaire à une mise globale. Ceux qui préfèrent stocker un peu en cuve au cas ou un négociant serait prêt à mettre le prix en payant sur le champ. Ceux, comme mon copain du début, qui n’ont pas de grand réseau commercial et qui vendent leur vin au coup par coup. Soit, mais que faire ? La solution est simple : informer le consommateur d’une manière ou d’une autre. Il suffirait d’écrire « Première mise » ou « Deuxième mise » ou encore « Troisième mise » sur l’étiquette ou sur la contre-étiquette. Ou bien il suffirait de mettre clairement une date de mise en bouteilles et non pas un chiffre codé placé dans un recoin. Simple, certes. Sauf que cela complique encore plus la vie du Vigneron qui a déjà tant à faire. Fort heureusement pour l’amateur, les vignerons éditent de plus en plus de petites cuvées… voire des micro cuvées.

Michel Smith


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Prosit, M. Juncker!

Le nouveau président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, traine une réputation d’alcoolique pas du tout anonyme. Réputation que ses amis anglais (amis est un trait d’humour) ont courtoisement rappelé juste avant son élection. C’était sans doute plus facile de l’attaquer sur ce thème que sur son engagement européen. A ce propos, on a parfois l’impression que le meilleur candidat au poste, pour nos amis d’outre-Manche, est celui qui sabordera le plus vite la construction européenne; mais passons.

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Jean-Claude Juncker (Photo McZusatz)

Je ne connais pas M. Juncker. J’ignore ce qu’il boit exactement. Du bon, j’espère. C’est pour moi la vraie question – la question qualitative. Est-ce un homme de goût?

J’ai lu qu’on l’accusait d’arroser son petit-déjeuner au Cognac. Les Britanniques sont-ils vexés que ce ne soit pas au Scotch?

Et puis, il y a des lacunes dans le raisonnement. Que boit-il à midi? À quatre heures? Avant d’aller se coucher?

On voudrait en savoir plus. On a le droit de savoir. Que fait la presse d’investigation? Serait-elle morte avec le News of the World et ses écoutes téléphoniques?

Plus sérieusement, je trouve très douteux de traiter ainsi quelqu’un d’alcoolique à la face du monde, que ce soit un homme public ou un simple citoyen.

Primo, où sont les preuves? S’agit-il d’une véritable addiction qu’il faut traiter? A-t-il déjà pris Angela Merkel pour un éléphant rose ou François Hollande pour une bouteille de Champagne?

Secundo, en quoi cela interfère-t-il avec ses fonctions? Après tout, les mêmes rumeurs circulent déjà depuis 2010 au moins – on dit aussi que c’est un gros fumeur. Et cela ne l’a pas empêché d’être premier ministre au Luxembourg. Et même d’être réélu.

Cette histoire a de quoi faire sourire. Elle devrait pourtant nous mettre en garde. Contre les accusations gratuites. Contre une forme de dictature du politiquement correct. On n’admettrait plus, de nos jours, qu’un homme ou une femme politique soit empêché(e) d’accéder à une fonction parce qu’il ou elle trompe son conjoint, ou parce qu’il ou elle est homosexuelle, ou parce qu’il ou elle est de telle ou telle confession. Ou même, parce qu’il ou elle a touché au cannabis (certains s’en vanteraient plutôt).

Alors pourquoi devrait-on stigmatiser quelqu’un qui boit ou qui fume?

Que la Grande-Bretagne décide ou non de sortir de l’Europe, on est en droit de demander à ses politiciens et à ses éditorialistes de respecter une certaine décence dans le combat politique.

Pour terminer, je me permets de leur rappeler qu’Hitler était on ne peut plus sobre, tandis que Churchill, pas vraiment. Si les deux avaient été candidats au poste de M. Juncker, je me demande s’il les Eurosceptiques anglais auraient utilisé les même pathétiques arguments.

Alors, en résumé, et sans préjuger de sa politique, je me permets de lever mon verre de Rasteau (Ortas 2012) à la santé du dit Juncker! A à celle de tous les Européens démocrates, tolérants et épicuriens.

Hervé Lalau


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Vin et prostitution

Je vois déjà d’ici votre oeil qui pétille, vos narines qui palpitent. Il y en a peut-être même parmi vous qui salivent. Mais je vous détrompe tout de suite, amis de la gaudriole: je ne vais pas vous dresser la carte des vins proposés dans les établissements de plaisir. Je retiens l’idée, cependant.

Mais venons-en au fait.

J’ai entendu voici quelques jours une phrase curieuse, qui m’a donné l’idée de ce titre un peu provocateur.

J’assistais à une dégustation organisée par une interprofession, qui présentait une trentaine de domaines.

Après avoir dégusté l’excellent vin d’un producteur qui se trouve avoir choisi la voie lumineuse de la biodynamie (vous me permettrez de taire son nom, c’est ce que l’on appelle chez nous la protection des sources), je demandais à ce brave vigneron s’il y en avait beaucoup d’autres comme lui dans l’appellation. Non, je ne vous donnerai pas non plus le nom de l’appellation, il n’y a pas de raison, car je pense que le phénomène est plus général, aussi n’ai-je aucune envie d’épingler celle-là plutôt qu’une autre. Bref, le Monsieur me répond que oui, mais que les autres ne viennent pas à ce genre de manifestations, "qu’ils ne veulent pas se prostituer".

Qu’a-t-il donc voulu dire par là?

Présenter ses vins au milieu d’autres producteurs du même cru, mais qui n’emploient pas les mêmes méthodes de culture, serait donc une forme de prostitution? Un acte inavouable?

J’ai immédiatement protesté; non pas tant au nom de la tolérance des maisons que de la tolérance tout cours. Et de l’idée que je me fais de mon métier. Mon rôle de journaliste est d’informer tout ceux qui s’intéressent au vin, sans préjuger de leurs préférences. Je me refuse à sélectionner les vins que je déguste en fonction des choix idéologiques, politiques ou philosophiques des uns et des autres.

Et si les biodynamistes (ou tout autre mouvance) désertent les manifestations collectives des interprofessions, au prétexte qu’ils ne veulent pas se "mélanger", je vais avoir du mal à faire mon boulot. Je ne peux pas être partout, connaître chaque recoin des trop nombreuses appellations de France, je ne reçois pas non plus d’avis à chaque fois qu’un nouveau vigneron s’établit ou disparaît; aussi les présentations "syndicales" sont-elles pour moi une aide précieuse. La politique de la chaise vide est donc préjudiciable aux vignerons qui la pratiquent.

A moins, bien sûr, que certains producteurs estiment que leur approche est trop pure, leur vins trop parfaits pour être dégustés par quelqu’un comme moi. Voila qui me rappelle la fois où un vigneron m’a dit, alors que je me plaignais que son vin sentait la pomme blète, "que je n’y comprenais rien, que ses produits nécessitaient de l’empathie, sans oublier une formation sérieuse". Une sorte de reformage de mon disque dur, moi qui déguste depuis trop longtemps des vins conçus par des chimistes, le vulgum pecus de la viticulture.

Je l’ai laissé à ses pommiers, et je suis empathi voir ailleurs.

Pour revenir à celui qui m’a parlé de prostitution, je crois qu’il a finalement compris ma démarche. Mais le fait qu’il ait été là démontrait qu’il n’était pas aussi jusque-boutiste que ses collègues – j’allais dire, que ses coreligionnaires.

Comme je voulais en avoir le coeur net, j’ai été voir le responsable de l’interpro, l’organisateur de la manifestation, pour lui demander si tous les vignerons avaient été invités. Il m’a répondu que oui, que tout ce qu’on leur avait demandé, c’est d’amener des bouteilles de leurs vins.

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Gabriel Metsu, Scène de Bordel

 

Comprenez-moi bien: j’ai du respect pour tous les vignerons, a priori. Je me refuse à rentrer dans les querelles de chapelle, parce que mon rôle n’est pas  de juger des moyens, mais du résultat obtenu, afin de pouvoir aiguiller le consommateur final.

Qu’ils soient dans la mouvance naturiste, biodynamiste, biologique, raisonnée, ou conventionnelle, je déguste tout ce qu’on veut bien me servir.

Et même si j’ai une tendresse particulière pour ceux qui visent à laisser à nos enfants une nature plus belle que celle que nous avons reçue, je ne laisse pas cet élément troubler mon jugement. D’autant que je ne vais pas dans chaque vignoble, chaque semaine, vérifier les traitements qui sont effectivement apportés, et que je ne peux juger du sérieux des contrôles apportés, dans que région, pour chaque domaine, par les différents organismes de certification, labélisation et autre.

Alors oui, le mot "prostitution", en parlant du simple fait de venir proposer son vin à des journalistes, m’a choqué.

J’ai peur qu’un jour, avec ce type de comportement, la biodynamie, ou bien les vins dits "nature", par exemple, ne se referment sur eux-mêmes. Que les producteurs qui ont choisi ces démarches ne produisent plus que pour leurs adeptes. Qu’ils fonctionnent en circuit fermé. Je trouverai ça dommage, car je conçois le vin comme un partage; de plus, si tant est que leur vins aient "quelque chose  de plus" que les autres, une pureté de fruit, une fluidité, une minéralité, etc  (et c’est une revendication que l’on entend souvent), ils devraient être fiers de les montrer.

Ce billet vous choque? J’ai une excuse: je ne suis pas sûr de l’avoir écrit pendant un jour fruit…

Hervé Lalau

PS. Ce samedi, notre amie Agnieszka poursuivra notre promenade corse avec les vins de Porto-Vecchio et environs. Visiter, s’imprégner, déguster, c’est certainement le meilleur de notre métier. 

 


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Fraudes aux grands vins: que peut-on faire?

Les grands vins sont l’objet de fraudes récurrentes. Après l’affaire Rodenstock, après l’affaire Kurniawan, voici l’affaire White Club. Du nom de la société montée par un couple de Danois, Malene Meisener et René Dehn (alias Rehné Thomsen). L’occasion de s’intéresser d’un peu plus près à cette problématique qui empoisonne le petit monde des vins de prix.

Cette affaire, mise au jour par les deux journalistes danois André Devald et René Langdahl, fait actuellement le buzz dans la presse internationale du vin. D’après nos confrères, qui avaient monté un petit réseau d’enquêteurs au Danemark et à l’étranger, le couple aurait présenté à plusieurs reprises les même vins rares, généralement très anciens (et très chers) lors de différentes manifestations payantes, quitte à falsifier les étiquettes et à re-remplir les bouteilles (dont un Porto de 1830). De grands critiques comme Jancis Robinson, Neal Martin et Stuart George semblent avoir été un temps abusés par le couple, dont les premiers événements auraient été irréprochables, les fraudes n’ayant commencé que plus tard.

Je ne suis ni juge ni avocat,  ce ‘est donc pas à moi de statuer donc pas sur la véracité des accusations portées à l’encontre du White Club. Mais je peux quand même vous mettre en garde contre ce type de fraude présumée, qu’elle soit avérée ou non…

Voici tout d’abord une petite check-list des types d’escroquerie les plus courants.

Fabrication de fausses étiquettes

A l’heure du numérique et de la PAO, rien de plus facile que de reproduire une étiquette de grand vin. 
Certains Chinois semblent s’être fait une spécialité de ce genre d’embrouille. Certains sont plus "professionnels" que d’autres. Comme les typographes ne comprennent pas toujours ce qu’ils composent, on voit parfois de curieuses choses. La Tâche avec ou sans accent circonflexe, par exemple. Un magnum de Petrus avec l’indication de volume du mauvais côté de l’étiquette. Et même, plus récemment, des fausses bouteilles de Jacob’s Creek quasiment indétectables. Ce dernier cas semblant indiquer que les vins rares ne sont plus les seuls visés. Tout fout le camp, ma bonne dame….

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On aura tout vu: des étiquettes de Jacob’s Creek ont été contrefaites en Chine

 

Reremplissage de grandes bouteilles

Nous ne parlons pas de la remise à niveau du vin après évaporation naturelle, bien sûr. L’idée est simple: plutôt que de reproduire l’étiquette, pourquoi ne pas la réutiliser?

Imaginez que vous ayez dans votre cercle de connaissances des passionnés de vin, ou tout simplement, des amateurs de dîners d’affaires huppés; vous organisez un dîner dont la vedette sera un grand cru des années 1930, par exemple. 
Le vin est superbe, tout le monde s’extasie, même la presse, que vous avez invitée. A la fin du dîner, vous récupérez la bouteille, vide ou à moitié, et vous la re-remplissez avec un vin d’origine similaire, mais plus jeune – et partant beaucoup moins cher. Eventuellement, vous le faites alors vieillir artificiellement en lui faisant subir une bonne chauffe.
Puis vous organisez un second dîner, avec la même bouteille. Si celle-ci est numérotée, ou si l’étiquette présente une marque trop reconnaissable, vous grattez, vous salissez, vous déchirez – les vieilles bouteilles ont de vieilles étiquettes, l’usure est donc admissible.

Il y a peu de chances que personne ne découvre la supercherie, vu que vous n’inviterez jamais deux fois les mêmes convives, que rares sont ceux qui dégustent ce genre de vin tous je jours, et que même si le vin est décevant, rares sont ceux qui admettent d’être faits avoir dans ces cercles huppés – à partir d’un certain revenu, d’un certain statut ou d’une certaine célébrité, on ne vous la fait pas.

Dans le cas du White Club, si supercherie il y a bien eu, celle-ci n’aura pu être découverte que parce que les invités de plusieurs dîners successifs ont pris des photos des bouteilles et les ont comparées.

Vente à découvert

Vous commandez des grands crus sur un site, vous laissez un acompte et le vin n’arrive pas. Le site est d’autant moins excusable qu’au moment de la commande, il ne possède pas le vin, ni même l’assurance qu’il pourra se le procurer dans des délais raisonnables.

Vous pouvez évidemment entamer une procédure judiciaire, mais c’est long et cher. A moins ue vous ne comptiez sur l’action diligente de la justice…

Usurpation d’identité

Vous êtes vigneron et vous recevez une commande d’un établissement de prestige. Vous êtes flatté. Vous livrez donc votre vin à l’adresse indiquée sur la commande. Le paiement tardant, vous vous apercevez que la commande émanait d’un escroc, et que l’établissement n’avait d’ailleurs rien commandé, que le vin a été intercepté. Pourtant, vous aviez demandé confirmation par téléphone. Mais il s’agissait du numéro de portable de l’escroc qui s’était fait passé pour la personne responsable des commandes de l’établissement. L’adresse indiquée, elle aussi, était fausse.

J’en oublie sans doute. La créativité des fraudeurs est aussi illimitée que le prix que certains collectionneurs et investisseurs semblent prêts à donner pour certains vins. Au point qu’on peut d’étonner que des hommes d’affaires aguerris, ayant fait fortune dans d’autres secteurs, fassent parfois montre d’une telle crédulité lorsqu’il s’agit de vin. Pour plus de détails, voir ICI l’excellent blog de notre ami Jim, Investdrinks.

Mais que peut-on faire?

Primo, si vous participez à une dégustation de prestige, signez en gros caractères sur les étiquettes après dégustation.

Secundo, n’achetez jamais et ne payez pas non plus pour déguster une bouteille dont l’étiquette ne porte pas un numéro complet et lisible.

Tertio, méfiez-vous des sites de commandes de vin en ligne. Les prétendues bonnes affaires n’en sont pas toujours. Achèteriez-vous un bijou ou une peinture de maître sur internet? Moi pas.

Quarto, ne vous plaignez pas si votre investissement dans le vin n’a pas été à la hauteur de vos espérances. Le vin, en temps qu’investissement, est un produit à risque comme les autres. Plus vous achèterez des vins chers, plus vous prendrez de risques. Connaissez-vous beaucoup de gens qui se lamentent d’avoir acheté un Faugères à 12 euros? Et vous savez pourquoi? D’abord, parce que si le vin n’est pas bon, leur perte sera réduite. Ensuite, parce que si le vin est bon, leur bonheur sera encore plus grand, car il s’y ajoutera le plaisir de la découverte. Et en plus, ils auront le plaisir de pouvoir le boire, au contraire du vin acheté pour la revente.

Vous l’avez compris, j’aime le vin qui se boit, plus que celui qui se thésaurise.

Hervé Lalau


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Screwing Academy

Le 20 juin 2014 se tiendra aux Arcs Sur Argens, en Provence, la 23ème remise des prix de l’Académie Amorim. Pour l’occasion, cette association internationale organise un débat sur le thème : "La Provence: capitale mondiale du Rosé ?" . Sans doute parce que le grand rosé de Provence ne se conçoit pas sans un bon bouchage portugais.

Vous savez combien j’ai l’esprit mal tourné. Cela me donne l’envie, primo, de mettre sur pied un colloque sur le thème des grands rosés de coupage – en Champagne, par exemple, où c’est légal. Histoire de prouver qu’ils ne sont ni pires, ni meilleurs. Juste autres.

Et puis, je me propose de lancer une structure concurrente à l’Académie Amorim accueillant  tous ceux qui ne sont pas en cheville avec les fabricants de bouchon de liège, et récompensant les travaux d’où qu’ils viennent. J’ai déjà pensé à un nom: " Screwing Academy", aux connotations à la fois très techniques et festives.

Je propose pour commencer de primer la remarquable monographie du Professeur Walter H. Steele, de l’Université de Pittsburgh, intitulée: "Comment réintroduire le goût de bouchon dans les vins capsulés". Ou encore, celle du Docteur en Statistiques Robert Z. Figgers: "3% falty corks, we can do better".

Un prix littéraire sera également décerné, dont voici un des premiers lauréats.

SCREWING

Un des premiers Grands Prix récompensant une oeuvre littéraire

Vos idées, vos critiques constructives et vos dons sont les bienvenus.

Hervé Lalau

 

 

 

 

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