Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Ôtez-moi ces bouteilles d’eau !

Je sais, je sais : je suis un « chieur » de première. Je devrais mettre un peu d’eau dans mon vin. Mais que voulez-vous, un rien m’emporte. Et c’est pour cette raison que bien des attachées de presse ne m’invitent plus dans leurs sauteries. Comme je les comprends…

Tant mieux, d’ailleurs, car je ne m’en porte pas plus mal…

Vu sous cet angle le journaliste dégustateur Bernard Burtschy a plus d'au autour de lui que de vin. Photo©MichelSmith

Vu sous cet angle le journaliste dégustateur Bernard Burtschy a plus d’eau autour de lui que de vin. Photo©MichelSmith

Une des raisons pour lesquelles je me retrouve estampillé «chieur de service», en dehors du fait que je peste contre les discours de sous-préfecture qui s’éternisent, que je m’énerve quand il me faut attendre plus de trente minutes avant d’avoir un verre de vin à la main, comme ce fut le cas récemment à Pennautier, dans l’Aude, un soir d’été entre 19 et 20 heures (Monsieur le Maire, ce soir-là, je vous aurais volontiers zigouillé !), et que j’enrage de constater que les vins ne sont que rarement à bonne température, l’une de ces raisons, donc, tient en quelques mots : «Mais que font ces putains de bouteilles en plastique sur une table où l’on présente du vin ?» On me rétorque que les gens ont soif, qu’il fait chaud, qu’il y a des enfants… Et moi de répondre : «Et les carafes, les cruches, c’est fait pourquoi, hein ? Pour les chiens ?»

Une carafe d'eau, même ordinaire, ça a tout de suite plus de gueule, non ? Photo©MichelSmith

Une carafe d’eau, même ordinaire, ça a tout de suite plus de gueule, non ? Photo©MichelSmith

Vous voyez, ça me met en rogne. Entendons-nous. Je n’ai rien contre la flotte. Bien au contraire. J’en abuse moi-même souvent en travaillant, le matin en me levant, le soir en me couchant. Il m’arrive même d’en rêver ! Mais de là à l’afficher dans toute la laideur de son emballage sur une nappe blanche bien amidonnée où les nobles bouteilles de vins sont alignées pour une dégustation, alors là je dis non, non, non et non ! Chacun sa place. On est là pour le vin, nom d’une pipe ! Pas pour Nestlé, Carrefour ou Intermarché ! Si on veut que les gens boivent de l’eau, rien ne me paraît plus simple que d’aménager une table à part que l’on réserve à cet effet. Ou alors, revenons-en à la bonne vieille cruche en terre. Ça a tout de même plus de gueule, non ?

Ma cruche "spécial touriste" dénichée dans la ville potière de La Bisbal, en Catalogne. Photo©MichelSmith

Ma cruche "spécial touriste" dénichée dans la ville potière de La Bisbal, en Catalogne, c’est classe, non ? Photo©MichelSmith

On a clairement l’impression le plus souvent que les syndicats de vignerons ou leurs comités interprofessionnels s’en fichent comme de leur première chemise. Parfois, ils semblent plus enclins à faire de la pub pour Vittel, Cristaline ou Évian que pour renforcer l’image de leur propre cru.

Si encore ils cherchaient à mettre en avant l’eau minérale de leur région plutôt que celle de Leader Price, il y aurait matière à se féliciter. Mais il n’en est rien. Responsables après tout de l’impression qu’ils laissent, les vignerons n’ont pas encore saisi l’urgence qu’il y a de dissocier l’image de l’eau de celle du vin. Dommage, car lors des salons de vins, les présentations de presse, les repas de promotion avec le chef local, la table est souvent plus encombrée de bouteilles en plastique que de bouteilles de vins. Et quand il s’agit de prendre une photo de l’événement, combien de fois suis-je obligé de tailler dans mes clichés ou de les jeter plutôt que de les publier.

Michel Smith


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Dictature du goût et devoir d’informer

Ils imposent, dictent, professent, décrètent… et ils indisposent.

Oui, les dictateurs du goût ont la manipulation facile face aux devoirs du journaliste. Bien sûr ce n’est pas le sujet du siècle, mais voilà, il me tient à cœur. Je pensais sincèrement en être débarrassé de ce de débat d’arrière-garde et d’avant-guerre-froide aux relents staliniens nauséabonds. Je croyais bien ne plus les revoir ces petits dictateurs de pacotille qui vous disent comment il faut boire, penser, rire et manger. Que nenni ! Pire que les faiseurs de régimes, ils sont bel et bien là, aussi sournois, vautrés dans leur auto suffisance, drapés de leurs certitudes, aussi présents que les maoïstes en 1968. Et quand ils se collent subitement à vos écrits telles des sangsues sur le mollet, c’est pour ne plus vous lâcher. Facebookiens au long cours, les nouveaux gourous de la toile et du vin réunis sont juges et procureurs à la fois. Leur champ de vision se règle avec des œillères de bourrins qui ne forcent qu’à aller dans une certaine direction. Laquelle ? La leur, celle du «nature», du « bio » pur et dur, celle qui conduit invariablement vers des vins que je connais, que je fréquente, que j’adore et sur lesquels j’écris depuis 30 ans. Qu’à cela ne tienne. Peu leur importe, car leur route passe aussi par le dogme, la pensée toute faite, la vision bien arrêtée. Allez, circulez, y’a rien à voir !

La famille Grassa, propriétaire de 900 ha de vignes en Côtes de Gascogne. M'ont pas l'air si capitalistes que ça... ¨Photo©MichelSmith

La famille Grassa, propriétaire de 900 ha de vignes en Côtes de Gascogne. M’ont pas l’air si capitalistes que ça…

Non contents du sort dans lequel ils se sont fourrés eux-mêmes – avec des réflexions genre « Mais moi, Monsieur, je reste fidèle à mes idées : je défends les petits, la veuve et l’orphelin, quitte à me ruiner d’ailleurs, quitte à vivre dans le besoin ! » -, ils se servent à merveille des smartphones chinois pour envahir la terre de leurs conneries sans queues ni têtes : « Mais regardez ce qu’il a écrit ce mec ! Il a osé dire du bien des vins de Tariquet ! Quelle honte ! ». Car c’est après mon article de la semaine dernière que ces esprits étroits – heureusement pas si nombreux – se sont soudainement réveillés. À l’image de ce billet le plus éloquent (virulent) rédigé par un professionnel du vin qui ne prend même pas la peine d’indiquer à ses lecteurs un lien vers lequel ils pourraient se faire leur propre opinion. Tellement plus simple. Lisez donc, c’est plutôt bien enlevé et c’est sur 20 Minutes.fr, s’il vous plaît !

En gros, en bon toutou, médiocre journaliste de la Toile, j’ai effectivement osé dire que j’aimais un vin ou deux du domaine Tariquet, à Éauze, dans le Gers. Pour eux, ce domaine représente à lui seul la vermine du capitalisme viticole, le diable, l’exemple type de la standardisation du goût, le pollueur de palais par excellence, celui qu’il faut abattre, la honte. Pensez donc, les vins de ce domaine ne se vendent-ils pas à plus de 8 millions d’exemplaires ? Autant dire que c’est une calamité pour nos chers petits Français déjà tant pollués par la malbouffe ! Et puisqu’ils adorent affirmer leurs certitudes, crucifier, jeter l’anathème, se vautrer dans le mépris, se complaire dans la détestation de la réussite et ce, sans même connaître les vins en question, ils ne se privent de rien ces chacals du goût : réseaux sociaux, bagnoles polluantes, cigarettes blondes entre deux dégustations, ils vous la jouent écolo, cool, équitable bien entendu ou mélanchonniste de base.

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Quant à moi, oui j’ai osé. Osé faire mon travail de journaliste curieux, tout simplement. C’est-à-dire goûter les vins d’un domaine de la même façon que je goûte TOUS les vins, d’où qu’ils viennent, qu’ils soient de Paul ou de Jacques, Gaulois ou Andins. Le plus objectivement possible, en mettant les à priori de côté. Un travail sans dictat, loin des chapelles. Sans même être sous l’influence d’un pro de la communication ou d’un commercial. Car dans ma vie, j’en ai connu et bu des vertes et des pas mûrs. Des mélanges foireux, des kirs à l’aligoté pas toujours bons des fois à cause du vin, d’autres fois à cause de la liqueur elle-même. J’ai avalé de travers des bibines de régiment, descendu quelques champagnes de boîtes de nuit, sniffé les premiers vins du Médoc vendangés à la machine, goûté du bout de la langue les vins anglais, belges, normands, danois, tahitiens même ! J’ai goûté des cardinaux mal fagotés, des grenadines que l’on rehausse de lait ou de rhum agricole pas très bien cultivé, craché des vins aromatisés made in California et qui plus est de bas degrés, des poudres de perlimpinpin, des cocas ou colas corses, bretons, catalans, des vodkas polonaises ou cognaçaises, ersatz de champagne, bières fadasses, j’en passe et des moins pires… Dans l’éducation du goût, il faut bien commencer par quelque chose, non ? Eux aussi ont dû en passer par là… du moins je l’espère. Peut-être fautent-ils en cachette, en mangeant du macdo en douce dans un hôtel borgne comme d’autres vont aux putes la queue basse ?

Alors voilà que, à cause d’un article sans grande valeur, on me classe, on m’engueule, on me traite de « Kéké » en même temps que Jacques Berthomeau, lequel avait osé voler à mon secours. Eh bien, vilipendez mes amis, allez-y ! Paraîtrait que je l’ai cherché, que j’ai collaboré avec l’ennemi, que j’ai provoqué. Ok, dans ce cas, je bats ma coulpe. Paraîtrait aussi qu’il ne faut surtout pas commencer par éduquer le palais des masses ignorantes avec un vin aussi nul, fluet et facile. Qu’il ne faut pas y toucher au risque de s’empoisonner. Ne pas en parler au risque d’en faire de la pub. Ok, soit, je veux bien. Mais quand on laisse entendre que mes commentaires seraient payés par l’agro-alimentaire et qu’on ajoute : "… si le but de Michel était de faire parler du Tariquet, il a bien réussi son coup mais il s’interdit désormais de parler d’une manière crédible du vin, celui que nous aimons fait sur des terroirs appropriés avec amour et passion et au plus proche de la nature…". Alors là, je reste coi. Moi, m’interdire de parler du vin que j’aime ? Sérieusement, il m’a regardé le mec ? Voilà que dans le pays de la dictature du goût je ne suis plus crédible, mais tricard. Chic ! Bonne nouvelle ! Je vais pouvoir désormais me recycler dans la promo des gros de l’industrie et laisser mes chers petits vignerons vaquer à leurs occupations. À moi les gros chèques, les gros cigares, les belles pépés et les voyages luxueux !

On le voit, l’affaire est triste, grotesque. Mais ce n’est pas grave. Ce pamphlet enragé du très distingué et médiatique fondateur de Vins du Monde (pub gratuite) me fait penser à l’image du mec qui ne conduit qu’en Jaguar, ne s’alimente que de tomate-mozzarella, boit son café toujours dans le même bistrot avec le même croissant-beurre, lisant le même canard. Un peu triste, non ? Je compare volontiers le vin à la musique tant il offre de variétés et de choix possibles, de diversité comme il est coutume de dire aujourd’hui. Chez moi, j’écoute aussi bien le Judas de Lucienne Delyle que le Johnny Be Good version Johnny Winter. Je craque autant pour un boléro cubain d’Antonio Machin (c’est son nom, donc on ne rigole pas), Dos Gardenias Para Ti, par exemple, que pour ce tube universel que l’on doit au bon Ravel, Maurice, interprété par notre Orchestre National époque Lorin Maazel. J’écoute Chopin dans tous ses états et surtout dans ses préludes joués par le grand Samson François, je me noie plus que de raison dans le jazz – Art Blakey et ses Messengers en ce moment -, le blues et le rock en pagaille (même Louis Jourdan !), un chouïa de reggae et de musiques africaines. Il m’arrive même d’écouter Judy Garland, Dario Moreno, Brel ou Trenet. Bref, je me vautre avec volupté et sans retenue dans la diversité que m’offrent la musique, la gastronomie et la planète vin et je m’honore surtout, contrairement à ces gens-là, de n’avoir aucun à priori, aucune chapelle, de vivre ma vie au jour le jour sans avoir à suivre les ordres et les aboiements des ayatollahs du pinard !

Michel Smith

PS (Petits Suppléments) – À propos, comme tout se termine en musique, visionnez donc cette belle chanson du père Brassens.

https://www.youtube.com/watch?v=WscVYSu-O2w

Et ce petit rab :

https://www.youtube.com/watch?v=p-ZI28nbSDQ

Vous suggérer par la même occasion la lecture de cet autre blog où il est question de cet indigne article que j’ai pu commettre la semaine dernière. Et pour être complet, uniquement si cette histoire vous amuse, les interventions de l’ex-5 du Vin, j’ai nommé Jacques Berthomeau, dit Le Taulier. N’en jetez plus !


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Mises fractionnées ? La plaie !

Voilà qu’en Bourgogne certains souhaitent rallonger la liste des grands crus et premiers crus, tandis qu’à la veille des vendanges dans le Languedoc-Roussillon et la Vallée du Rhône, la course au raisin – qui se fait de plus en plus rare – est enclenchée par les négociants. C’est clair que, confronté à ces nouvelles toutes fraîches, le sujet que je vais vous proposer va vous paraître quelque peu réchauffé. Pourtant, il y a longtemps que ça me turlupine cette affaire-là… Déjà, lorsque je démarrais dans le vin, certaines pratiques de cave me laissaient pantois. Cela m’est revenu l’autre jour alors que je discutais de choses et d’autres dans la cave d’un vigneron-ami à qui je venais de poser la question qui fâche après avoir goûté le vin d’une grosse cuve assez bien remplie. Je reproduis à peu près notre dialogue :

Moi – Et cette cuvée, tu vas la mettre en bouteilles quand ?

Lui – D’ici la fin du mois, je ferais une première mise de 4 à 5.000 bouteilles…

Moi – Et pourquoi pas tout d’un coup ? (soit environ 8.000 bouteilles, ndlr)

Lui – Ben parce que je n’ai pas la place de stocker les cartons… Et pour dire vrai, je ne suis pas certain de pouvoir tout vendre en quelques mois.

Moi – Tu pourrais trouver un coin pour empiler tes bouteilles nues en palettes et les habiller au fur et à mesure de tes commandes.

Lui – Non, c’est compliqué tout ça. Je préfère faire deux chantiers de mises dans l’année… parfois même trois en fonction des commandes.

Moi – Ok, mais dans ce cas, à chaque mise tu as un vin différent. Je veux dire que le second embouteillage n’aura pas le même goût qu’à la première mise.

Lui – Oui, et ça pose un problème ?

La question ne devrait pas se poser pour le nouveau que l'on attend avec impatience. Photo©MichelSmith

La question ne devrait pas se poser pour le nouveau que l’on attend avec impatience. Photo©MichelSmith

Bien sûr que cela pose problème. Oh rien de capital… Pourtant, moi je ne trouve pas ça bien du tout et je vous explique pourquoi, à mes yeux, cette pratique des mises fractionnées n’est pas très logique à l’égard du consommateur. Son client, admettons qu’il achète ce vin après avoir lu l’article qu’un critique émérite – on va citer Hervé Lalau – lui consacrait dans l’IVV, par exemple. Le journaliste, qui s’y prend toujours en avance pour collecter l’info, a goûté le vin en Janvier qui suit la récolte, directement à la cuve, comme je viens de le faire. Ce même vin sera (partiellement) mis en bouteilles deux ou trois mois plus tard après une filtration lâche, comme on dit. Déjà, après cette opération, il n’aura pas le même goût que lorsqu’il reposait tranquillement dans sa cuve. C’est pour cela, au passage, que je me fais un devoir de n’écrire sur un vin que lorsqu’il a été mis en bouteilles. Disons que c’est ma façon à moi d’être proche de mon lectorat (éventuel).

La question ne devrait pas se poser pour les cuves de tailles moyennes, comme ici au Domaine Les Aurelles. Photo©MichelSmith

La question ne devrait pas se poser pour les cuves de tailles moyennes, comme ici au Domaine Les Aurelles. Photo©MichelSmith

Il faudra encore un, deux ou trois mois avant que le consommateur déniche ce vin chez son caviste et le lui achète en petite quantité car il n’est pas toujours très riche. Avec six bouteilles, il en aura assez pour tenir jusqu’à l’été. Cela tombe bien justement car, cet été, il prévoit de visiter les Gorges de l’Ardèche. Il a repéré le domaine sur Google Maps et il sait déjà qu’il passera à quelques lieues de l’endroit où ce Côtes du Vivarais est vinifié. Il en profitera pour faire, à moindre prix, le plein de la cuvée qu’il a aimé et visitera la cave par la même occasion. Sauf que la cuvée en question, qui entre-temps a obtenu un certain succès, a été mise en bouteilles en Juillet, juste avant les vacances de notre œnophile. Non seulement il n’aura pas la chance de boire le même vin que le critique passé en coup de vent l’automne dernier, mais il ne retrouvera pas non plus le vin qu’il avait acheté chez son caviste. Pour la bonne raison qu’entre temps le vin aura mûri dans sa cuve, nourri par ses lies fines. Et que les tannins qu’il aimait tant se seront assouplis.

La question ne devrait pas se poser non plus pour les vins vinifiés dans des oeufs, comme ici chez Jérémie Mourat en Vendée. Photo©MichelSmith

La question ne devrait pas se poser non plus pour les vins vinifiés dans des oeufs, comme ici chez Jérémie Mourat en Vendée. Photo©MichelSmith

Pour certains amateurs, cette problématique de mises fractionnées étalées sur une année ou plus ne pose aucun problème. Ils n’y prêtent aucune attention, à moins qu’il ne trouvent le vin meilleur, plus fondu, et c’est l’essentiel. Et si par hasard ils étaient déçus, le vin restera tout de même appréciable sur un bon gigot. Pour d’autres râleurs comme moi, ou pour celui ou celle qui préfère son gamay ou son grenache en plein sur le fruit, emprisonné tôt dans sa bouteille, ce sera une autre histoire. À moins qu’on lui explique gentiment que pour des raisons pratiques d’organisation le vigneron fractionne sa mise, il s’attend à retrouver le même jus puisque l’étiquette, comme le millésime, eux, n’ont pas changé.

Et on espère qu'elle ne se pose moins à Cornas qu'ailleurs... Photo©MichelSmith

Et on espère qu’elle ne se pose moins à Cornas qu’ailleurs… Photo©MichelSmith

Je vois déjà certains lecteurs bien intentionnés prendre le clavier pour m’écrire que cette pratique est obsolète, qu’elle n’est plus le fait que de quelques vignerons paysans reculés dans leur misérable appellation. Eh bien détrompez-vous. Elle touche encore pas mal de vignerons, des grands comme des petits, des bons comme des médiocres. Ceux qui, par exemple, n’ont pas la trésorerie nécessaire à une mise globale. Ceux qui préfèrent stocker un peu en cuve au cas ou un négociant serait prêt à mettre le prix en payant sur le champ. Ceux, comme mon copain du début, qui n’ont pas de grand réseau commercial et qui vendent leur vin au coup par coup. Soit, mais que faire ? La solution est simple : informer le consommateur d’une manière ou d’une autre. Il suffirait d’écrire « Première mise » ou « Deuxième mise » ou encore « Troisième mise » sur l’étiquette ou sur la contre-étiquette. Ou bien il suffirait de mettre clairement une date de mise en bouteilles et non pas un chiffre codé placé dans un recoin. Simple, certes. Sauf que cela complique encore plus la vie du Vigneron qui a déjà tant à faire. Fort heureusement pour l’amateur, les vignerons éditent de plus en plus de petites cuvées… voire des micro cuvées.

Michel Smith


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Prosit, M. Juncker!

Le nouveau président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, traine une réputation d’alcoolique pas du tout anonyme. Réputation que ses amis anglais (amis est un trait d’humour) ont courtoisement rappelé juste avant son élection. C’était sans doute plus facile de l’attaquer sur ce thème que sur son engagement européen. A ce propos, on a parfois l’impression que le meilleur candidat au poste, pour nos amis d’outre-Manche, est celui qui sabordera le plus vite la construction européenne; mais passons.

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Jean-Claude Juncker (Photo McZusatz)

Je ne connais pas M. Juncker. J’ignore ce qu’il boit exactement. Du bon, j’espère. C’est pour moi la vraie question – la question qualitative. Est-ce un homme de goût?

J’ai lu qu’on l’accusait d’arroser son petit-déjeuner au Cognac. Les Britanniques sont-ils vexés que ce ne soit pas au Scotch?

Et puis, il y a des lacunes dans le raisonnement. Que boit-il à midi? À quatre heures? Avant d’aller se coucher?

On voudrait en savoir plus. On a le droit de savoir. Que fait la presse d’investigation? Serait-elle morte avec le News of the World et ses écoutes téléphoniques?

Plus sérieusement, je trouve très douteux de traiter ainsi quelqu’un d’alcoolique à la face du monde, que ce soit un homme public ou un simple citoyen.

Primo, où sont les preuves? S’agit-il d’une véritable addiction qu’il faut traiter? A-t-il déjà pris Angela Merkel pour un éléphant rose ou François Hollande pour une bouteille de Champagne?

Secundo, en quoi cela interfère-t-il avec ses fonctions? Après tout, les mêmes rumeurs circulent déjà depuis 2010 au moins – on dit aussi que c’est un gros fumeur. Et cela ne l’a pas empêché d’être premier ministre au Luxembourg. Et même d’être réélu.

Cette histoire a de quoi faire sourire. Elle devrait pourtant nous mettre en garde. Contre les accusations gratuites. Contre une forme de dictature du politiquement correct. On n’admettrait plus, de nos jours, qu’un homme ou une femme politique soit empêché(e) d’accéder à une fonction parce qu’il ou elle trompe son conjoint, ou parce qu’il ou elle est homosexuelle, ou parce qu’il ou elle est de telle ou telle confession. Ou même, parce qu’il ou elle a touché au cannabis (certains s’en vanteraient plutôt).

Alors pourquoi devrait-on stigmatiser quelqu’un qui boit ou qui fume?

Que la Grande-Bretagne décide ou non de sortir de l’Europe, on est en droit de demander à ses politiciens et à ses éditorialistes de respecter une certaine décence dans le combat politique.

Pour terminer, je me permets de leur rappeler qu’Hitler était on ne peut plus sobre, tandis que Churchill, pas vraiment. Si les deux avaient été candidats au poste de M. Juncker, je me demande s’il les Eurosceptiques anglais auraient utilisé les même pathétiques arguments.

Alors, en résumé, et sans préjuger de sa politique, je me permets de lever mon verre de Rasteau (Ortas 2012) à la santé du dit Juncker! A à celle de tous les Européens démocrates, tolérants et épicuriens.

Hervé Lalau


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Vin et prostitution

Je vois déjà d’ici votre oeil qui pétille, vos narines qui palpitent. Il y en a peut-être même parmi vous qui salivent. Mais je vous détrompe tout de suite, amis de la gaudriole: je ne vais pas vous dresser la carte des vins proposés dans les établissements de plaisir. Je retiens l’idée, cependant.

Mais venons-en au fait.

J’ai entendu voici quelques jours une phrase curieuse, qui m’a donné l’idée de ce titre un peu provocateur.

J’assistais à une dégustation organisée par une interprofession, qui présentait une trentaine de domaines.

Après avoir dégusté l’excellent vin d’un producteur qui se trouve avoir choisi la voie lumineuse de la biodynamie (vous me permettrez de taire son nom, c’est ce que l’on appelle chez nous la protection des sources), je demandais à ce brave vigneron s’il y en avait beaucoup d’autres comme lui dans l’appellation. Non, je ne vous donnerai pas non plus le nom de l’appellation, il n’y a pas de raison, car je pense que le phénomène est plus général, aussi n’ai-je aucune envie d’épingler celle-là plutôt qu’une autre. Bref, le Monsieur me répond que oui, mais que les autres ne viennent pas à ce genre de manifestations, "qu’ils ne veulent pas se prostituer".

Qu’a-t-il donc voulu dire par là?

Présenter ses vins au milieu d’autres producteurs du même cru, mais qui n’emploient pas les mêmes méthodes de culture, serait donc une forme de prostitution? Un acte inavouable?

J’ai immédiatement protesté; non pas tant au nom de la tolérance des maisons que de la tolérance tout cours. Et de l’idée que je me fais de mon métier. Mon rôle de journaliste est d’informer tout ceux qui s’intéressent au vin, sans préjuger de leurs préférences. Je me refuse à sélectionner les vins que je déguste en fonction des choix idéologiques, politiques ou philosophiques des uns et des autres.

Et si les biodynamistes (ou tout autre mouvance) désertent les manifestations collectives des interprofessions, au prétexte qu’ils ne veulent pas se "mélanger", je vais avoir du mal à faire mon boulot. Je ne peux pas être partout, connaître chaque recoin des trop nombreuses appellations de France, je ne reçois pas non plus d’avis à chaque fois qu’un nouveau vigneron s’établit ou disparaît; aussi les présentations "syndicales" sont-elles pour moi une aide précieuse. La politique de la chaise vide est donc préjudiciable aux vignerons qui la pratiquent.

A moins, bien sûr, que certains producteurs estiment que leur approche est trop pure, leur vins trop parfaits pour être dégustés par quelqu’un comme moi. Voila qui me rappelle la fois où un vigneron m’a dit, alors que je me plaignais que son vin sentait la pomme blète, "que je n’y comprenais rien, que ses produits nécessitaient de l’empathie, sans oublier une formation sérieuse". Une sorte de reformage de mon disque dur, moi qui déguste depuis trop longtemps des vins conçus par des chimistes, le vulgum pecus de la viticulture.

Je l’ai laissé à ses pommiers, et je suis empathi voir ailleurs.

Pour revenir à celui qui m’a parlé de prostitution, je crois qu’il a finalement compris ma démarche. Mais le fait qu’il ait été là démontrait qu’il n’était pas aussi jusque-boutiste que ses collègues – j’allais dire, que ses coreligionnaires.

Comme je voulais en avoir le coeur net, j’ai été voir le responsable de l’interpro, l’organisateur de la manifestation, pour lui demander si tous les vignerons avaient été invités. Il m’a répondu que oui, que tout ce qu’on leur avait demandé, c’est d’amener des bouteilles de leurs vins.

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Gabriel Metsu, Scène de Bordel

 

Comprenez-moi bien: j’ai du respect pour tous les vignerons, a priori. Je me refuse à rentrer dans les querelles de chapelle, parce que mon rôle n’est pas  de juger des moyens, mais du résultat obtenu, afin de pouvoir aiguiller le consommateur final.

Qu’ils soient dans la mouvance naturiste, biodynamiste, biologique, raisonnée, ou conventionnelle, je déguste tout ce qu’on veut bien me servir.

Et même si j’ai une tendresse particulière pour ceux qui visent à laisser à nos enfants une nature plus belle que celle que nous avons reçue, je ne laisse pas cet élément troubler mon jugement. D’autant que je ne vais pas dans chaque vignoble, chaque semaine, vérifier les traitements qui sont effectivement apportés, et que je ne peux juger du sérieux des contrôles apportés, dans que région, pour chaque domaine, par les différents organismes de certification, labélisation et autre.

Alors oui, le mot "prostitution", en parlant du simple fait de venir proposer son vin à des journalistes, m’a choqué.

J’ai peur qu’un jour, avec ce type de comportement, la biodynamie, ou bien les vins dits "nature", par exemple, ne se referment sur eux-mêmes. Que les producteurs qui ont choisi ces démarches ne produisent plus que pour leurs adeptes. Qu’ils fonctionnent en circuit fermé. Je trouverai ça dommage, car je conçois le vin comme un partage; de plus, si tant est que leur vins aient "quelque chose  de plus" que les autres, une pureté de fruit, une fluidité, une minéralité, etc  (et c’est une revendication que l’on entend souvent), ils devraient être fiers de les montrer.

Ce billet vous choque? J’ai une excuse: je ne suis pas sûr de l’avoir écrit pendant un jour fruit…

Hervé Lalau

PS. Ce samedi, notre amie Agnieszka poursuivra notre promenade corse avec les vins de Porto-Vecchio et environs. Visiter, s’imprégner, déguster, c’est certainement le meilleur de notre métier. 

 

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