Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Rentrée, clichés, champagnes et instantanés

Tandis que l’Europe vendange à tire-larigot, la rentrée est la cause de pas mal de remue-méninges de la part de nos chères copines attachées de presse pinardières en étroite liaison avec ce qu’il peut rester de bon dans le gratin journalistique. Il faut dire que les rituels médiatiques que nous impose sa très suffisante Majesté la « Consommation » (avec un grand C pour connerie), poussent nos donzelles pomponnées – certes, il y a aussi quelques messieurs – à rivaliser d’intelligence, histoire d’appâter le journalise et (ou) le blogueur, lesquels, comme chacun sait, se laissent facilement prendre par les sentiments vu qu’ils manquent singulièrement d’idées sachant qu’ils ont fait tout plein d’études savantes et que, à part les marronniers… Bon, passons. À ce propos, je remarque que de plus en plus les journalistes spécialisés en vins, consommation, tourisme, automobile ou autre élément important de notre vie quotidienne, se contentent de reproduire, on pourrait dire de recopier, le dossier de presse qu’ils viennent de recevoir. Quoiqu’il y ait des exceptions, avec de vraies plumes. Oui, vous le voyez, je suis plus qu’optimiste quant à l’avenir de notre chère profession.

Photo©MichelSmith

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Rien de nouveau me direz-vous, hormis le 11 Septembre qui est (aussi) le jour des indépendantistes Catalans, alors pourquoi s’attarder ? Et pourquoi s’alarmer ? Pourquoi crier haro sur le baudet comme on disait jadis dans feu la Gazette du Poitou qui se lisait du côté de Loudun (Vienne) au temps où je démarrais dans la Presse ? Ben oui, pourquoi ? Eh bien tout bonnement parce que la communication vineuse, à force d’ânonner ses thèmes éculés (qualité de notre vin au « top », louanges en provenance de tous les guides, poncifs habituels sur le terroir « béni des dieux », succès indéniable à l’international, dynamisme de l’équipe dirigeante, perspicacité des propriétaires, j’en passe et des meilleurs), quand elle arrive malgré tout à passer, c’est-à-dire à déclencher ne serait-ce qu’un rictus chez le journaliste avachi, cela se traduit le plus souvent par la déception qui conduit tout droit à un immense précipice, une vacuité désespérante.

Photo©MichelSmith

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Résultat, depuis  que je suis dans le vin, les invitations pleuvent au même rythme pour des grandes bouffes toutes ou presque localisées à Paris, bien entendu, pour des déjeuners huppées ou pas dans des restaurants plus ou moins branchés. C’est sûr, l’imagination n’est plus au pouvoir. En d’autres capitales, Londres, Bruxelles, Madrid, Rome probablement, la presse du vin doit elle aussi être très sollicitée et peut-être l’est-elle de la même manière. On s’étonne après que le vin ne bouge pas, qu’il reste figé sur ses codes, ses traditions. Signe de la dureté de l’époque, le temps béni où l’on vous proposait royalement le billet de train (ou d’avion) pour venir vous rincer l’œil et la bouche aux frais de la princesse est désormais révolu, du moins pour des petits loulous comme moi. Autre constat significatif, c’est le (ou la) Champagne qui se montre le plus actif dans la communication aussi inutile que coûteuse, suivi dans l’ordre par le Bordelais, la Bourgogne, le Rhône et l’Alsace.

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Mais pourquoi les maisons de Reims ou d’ailleurs se cassent-elles encore tant la tête à nous présenter chaque année un sempiternel « nouvel habillage » encore plus ringard que celui de l’an dernier pour vendre leur cuvée « cucul la praline », un « nouveau design » encore plus moderne de leur boîte en métal, un « pack », une cuvée « premium », un « coffret » encore plus révolutionnaire dans lequel, ô surprise, on aura glissé un gadget encore plus inutile que celui de l’année d’avant ? Vous voulez savoir ? Parce que tout simplement les revues professionnelles ou pas, comme les magazines spécialisés ou non, les quotidiens à la ramasse ou à la dérive, ou les blogs les plus minimalistes, manquent d’imagination.

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Pourquoi encore ? Eh bien, parce qu’après avoir essuyé les plâtres lors de leur quinzaine de Septembre consacrée depuis des lustres aux « foires aux vins » où, avec quelques sommeliers stars, ils vont s’en mettre plein les fouilles en publicités de la GD, tous s’apprêtent à faire un nouveau banco digne du casino de la Principauté avec, je vous le donne en mille, « les champagnes de fêtes », « les bulles de Noël » si vous préférez. Eh oui, chaque année la même rengaine et les mêmes clichés reviennent à coups de pages de pub en Décembre pour causes de gueuletons bien arrosés. Deux périodes de l’année – Les Foires au Vins et les Bulles de Fêtes – où notre « grande presse » daigne nous causer pinard… Pour les services de presse, cette double occase est une aubaine qui ne se loupe sous aucun prétexte d’autant que, sans ces numéros spéciaux, les agences de ces messieurs-dames ne pourraient pas tenir.

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Sinon, la rentrée c’est aussi le moment de faire le bilan. Sur le prix des terres à vignes, par exemple, comme le détaille l’excellent site du quotidien belge Le Soir, ou sur un film qui suscite bien des commentaires, notamment dans un autre excellent site, celui du Point. Non, je ne pourrai pas me rendre à la Table des Vendanges de Phélan Ségur, encore moins hélas au déjeuner du Champagne Boizel, mais je serai à l’écoute le 19 Septembre du Syndicat des Crus Bourgeois du Médoc qui révélera la liste officielle des châteaux sélectionnés pour le millésime 2012. Et pendant ce temps, j’apprends que les vignobles André Lurton viennent de nommer une nouvelle ambassadrice de charme, qu’Isabelle Brunet réintègre Monvinic à Barcelone, et que mes deux potes Jérémie, l’un dans le Muscadet, l’autre en Vendée, ont démarré leurs vendanges dans la bonne humeur.

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Enfin, une bonne nouvelle sous forme de cocorico pour les gars et les filles de chez moi : les vins du Languedoc-Roussillon gagnent non seulement du terrain à l’export (en Asie surtout), mais ils se vendent de plus en plus chers. Grâce au travail de Sud de France Développement. Un peu aussi grâce au travail de quelques journalistes, non ?

Michel Smith


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Miscellanées: choses bues, vues et quelques pensées de cette fin d’été

Beaucoup de gens établissent des sortes de bilans vers la fin de l’année. Pour moi, c’est plutôt l’été. Car c’est souvent un moment propice pour laisser divaguer un peu son esprit, occupés que nous sommes (ou pas, c’est selon) par des activités différentes de celles qui nous tiennent en place le reste de l’année. Certaines idées se décantent ainsi. D’autres surgissent au gré de rencontres, de retrouvailles, de déplacements ou autres détours d’un esprit moins accaparé par le quotidien.

Il me semble aussi que je pense (si ce mot est approprié dans mon cas) mieux en marchant qu’en m’asseyant. Ou, plus exactement, en exerçant une activité physique, comme construire de murs en pierre ou rouler vite à moto. Ces activités-là, et d’autres pratiquées depuis un mois ou plus, m’ont aidé à formuler ces quelques joies, énervements et questionnements.

D’abord les joies

1). On peut aimer déguster un vin en solitaire, et même beaucoup. Dire que le vin est fait pour être partagé ne correspond pas toujours à la réalité. Si, par exemple, la personne avec qui on boit ne prête aucune attention au liquide que vous dégustez tous les deux, alors que vous le trouvez exceptionnel ou simplement bon, vous avez un moment de solitude de toute façon. Evidemment le partage d’un bon vin est aussi une joie, mais seulement quand cela marche bien.

2). Les paysages du Gers et ses vignes. Même si la vigne gagne des surface dans l’Est du département (j’y ai vu beaucoup de parcelles de très jeunes vignes) on n’est jamais dans une forme de mono-culture telle que le Médoc peut nous la présenter. De plus, les paysages sont ondulants, très variés, et souvent bien boisés par endroits, et les formes et couleurs des maisons augmentent la sensation de bonheur et de plénitude que j’éprouve en les traversant.

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En réalité, ces deux photos, que j’aime beaucoup, ne sont pas du Gers mais de la région autour de Barolo dans le Piedmont italien (autre très belle région viticole). Elle sont le travail d’une excellente photographe amatrice (aussi grande amatrice de vins), Lydie Jannot, que je remercie pour son autorisation de les publier ici. Voici un lien vers son site : 

http://lydiejannot.smugmug.com/Nature/Italy/

3). Les plaisirs procurés par des vins blancs assez vifs en été, et, en particulier, la vibration aiguë provoquée sur mon palais par bon nombre de rieslings allemands. Il n’y a pas qu’eux, mais j’en ai dégusté un certain nombre cet été.

4). La rapide multiplication de bonnes bières artisanales que l’on commence enfin à trouver un peu partout en France. Il y a deux ans, j’avais mentionné dans ce blog l’abondance de ces petites brasseries locales rencontrées lors d’un voyage estival sur la côte ouest des USA, tout en lamentant leur rareté en France.  Cela change assez vite dans le bon sens je trouve, et c’est tant mieux. On trouve de bonnes bières  même dans des supermarchés maintenant !

5). Une créativité croissante dans l’aspect visuel des étiquettes, même en France, pays qui a longtemps été bien trop terne dans son approche de l’habillage des bouteilles de vin. Voici un exemple, qui allie, à mon avis heureusement une approche traditionnelle avec un brin de créativité. Il fait dire que son appellation est assez conservatrice. Et le ramage valait aussi le plumage dans ce cas.

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6). L’excellence de la sélection de vins du caviste/grossiste Plaisirs du Vin, qui a des antennes à Agen, Cahors et autres places fortes du sud-ouest. J’y ai acheté une belle série de bulles (36 bouteilles et il n’en reste plus) pour notre consommation estivale : de Montlouis, de Vouvray, de Roanne, de Gaillac et de Limoux. Mais aussi, pour la deuxième année consécutive, 6 bouteilles d’un vin de Louis Barruol, son délicieux rouge intiulé Little James’s Basket Press, avec sa bonne fermeture par capsule à vis. J’y ai fait de convertis !

 

Maintenant quelques petits énervements, dont certains sont récurrents

1). La dictature des rosés pâles. Heureusement, dans le Sud-Ouest, on trouve encore une dominante de vins rosés dont la couleur assume sa différence avec celle des vins blancs. Mais la pâleur, et son corollaire aussi stupide qu’insidieux : "ce sont les rosés pâles qui sont les meilleurs, n’est-ce pas ?" (rengaine entendue plusieurs fois cet été, avec des variations), gagne inexorablement du terrain. Jusqu’à quand ?

2). La prétention et le jargon de certains communiqués de presse ou présentations d’activités. Oh, pas tous, bien sur, mais celle-ci est un assez bon exemple :

"X" is a Marketing and Communication Strategy Consultancy firm for prestigious international wine estates. Leveraging on a long experience and a recognized know-how, it helps the actors in the world of the fine wines to define and set up a new professional approach to develop their image on an international level.

3). L’attitude désinvolte et l’absence de connaissance du métier de bien trop de personnel engagé dans le service dans des bars ou restaurants. Il y a, bien entendu des contre-exemples, comme ce responsable de la boutique/bar-à-vins Repaire de Bacchus, rue Daguerre dans le 14ème de Paris, ou comme Jérôme, le sommelier/serveur du restaurant L’Horloge à Auvillar (82). Mais, pris dans l’ensemble, la qualité de service dans les établissements de, disons, moyenne gamme, en France, est un sujet de désolation.

4). En contre-point de l’article 4 dans la liste des mes joies estivales, je dois aussi pointer la terrifiante mainmise de deux groupes brassicoles et leur branches de distribution sur les mousses servies dans les cafés et brasseries des grandes villes. En gros, c’est Kro ou Heineken pour la bière de base (et je n’aime ni l’une, ni l’autre). Cela doit évoluer !

 Et, pour finir, une interrogation

Le travail reprend et, avec lui, les dégustations. J’ai le souvenir d’un excellent papier de Michel sur son approche actuelle à cet exercice ô combien délicate. Il disait avoir abandonné les dégustations "marathons". Je dois justement en aborder une, qui sera en cours au moment ou vous lirez ces lignes : 200 champagnes en 2 jours. Je sais que ce n’est pas bien raisonnable et je n’en retiens ni fierté, ni autre chose que la simple nécessité économique et logistique qui nous impose de faire ainsi pour les besoins d’un article ou deux. Je ne crois pas que cela soit la meilleure méthode pour faire aimer des vins, mais comment faire autrement en étant juste (c’est à dire en donnant une chance à un maximum de candidats à la sélection)? Evidemment, cela sera à l’aveugle, mais nous devrons passer assez vite et le danger est, dans ces cas, que la puissance prime sur la finesse. On s’efforcera d’être vigilant sur ce point et le fait d’être plusieurs introduit une forme de garde-fou contre des moments inévitables de fatigue des uns et des autres.

Je souhaite d’excellentes vendanges à tous les vignerons, pour qui ce moment de l’année est critique, intense et révélateur.

 David

 


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Isabelle Saporta et l’indépendance de la presse viticole

A l’époque de sa sortie, en février dernier, le livre d’Isabelle Saporta, Vinobusiness, a fait un certain bruit dans le Landerneau viticole.

A ce stade, je ne souhaite pas prendre partie dans la querelle qui l’oppose à Hubert de Boüard – elle aura l’occasion de défendre sa méthode d’investigation lors du procès en diffamation que lui a intenté le propriétaire de L’Angelus.

Si je reviens sur ce livre, c’est à cause d’un article paru le 30 août dans La Libre Belgique, sous la plume de Dorian de Meeûs, où Mme Saporta évoque le métier que j’exerce.

Je souhaite contester un point précis.

A la question de Dorian de Meeûs, "Pourquoi les journalistes ou critiques ne dénoncent pas cela? (ndla: le système des primeurs, l’influence des grands châteaux)", Mme Saporta répond: "C’est très difficile pour eux car s’ils disent que tel ou tel château n’est pas à la hauteur, ils sont bannis des châteaux; or ils n’ont pas les moyens de s’acheter de telles bouteilles pour les juger en toute indépendance… Un grand critique qui est interdit de venir déguster au château pendant les primeurs est mort professionnellement".

Je ferai d’abord un sort à la question de mon confrère de La Libre, apparemment mal informé. C’est la conséquence, sans doute, du manque de contacts entre les ténors de la grande presse comme lui et les besogneux de la plume pinardière comme moi. Mais il aurait pu en prendre, des contacts, pour l’occasion. Dommage.

Quant à sa question (qui renferme une affirmation), je la réfute: si, M. de Meeûs, il y a des journalistes qui dénoncent. Moi le premier. Nous n’avons pas attendu Mme Saporta pour mettre en doute la sélection des échantillons, le moment choisi pour la dégustation des Primeurs, les intérêts plus ou moins avoués, les copinages, etc. Sans parler des bizarreries des classements. Tout ça, chez In Vino Veritas, le magazine pour lequel j’ai le plaisir de travailler, cela fait 20 ans que nous le disons. Je me rappelle également d’un excellent papier publié ici même sous la plume de mon confrère et ami Michel Smith, si je ne m’abuse, intitulé "La Comédie des Primeurs".

Mais passons aux arguments de mon autre consoeur, que je tiens à rassurer sur mon compte et celui de quelques collègues, notamment parmi Les 5 du Vin.

Contrairement à ce qu’elle affirme, on n’est pas obligé de couvrir les Primeurs de Bordeaux pour exister dans ce petit monde du vin. Moi qui vous parle, je n’y vais jamais. J’ai reçu des invitations, mais je les ai toujours déclinées.

Je n’en tire pas de gloire; c’est juste, d’une part, que je suis convaincu que je ne pourrais pas y faire un bon travail; et de l’autre, que le type de vins présentés, souvent chers, trop chers, et partant réservés à un certain type de clientèle (investisseurs, collectionneurs…), ne correspond ni à mon lectorat, ni à mon idée du vin, produit de partage.

Quoi qu’il en soit, à moins que ce ne soit un zombie qui écrive ces lignes, je suis la preuve vivante que le fait d’être exclu (ou de s’exclure soi-même) du rendez-vous des Primeurs n’entraine aucunement la mort professionnelle.

Les comptes que j’ai à rendre, c’est à mes lecteurs, pas aux producteurs, huppés ou non. C’est à ce prix que je peux prétendre être journaliste. Mes coups de coeurs sont sincères; mes coups de griffe aussi.

Qu’il y ait d’autres types de plumitifs (pas toujours journalistes) pour lesquels un petit tour par les Primeurs soit vital, je peux le concevoir. Mais j’aimerais bien que Mme Saporta ne nous mette pas tous dans le même sac. Qu’elle ne jette pas le doute sur toute ma profession, qui, au demeurant, est un peu la sienne.

Je ne sais pas trop ce qui a incité mon confrère de La Libre à interviewer Mme Saporta aussi longtemps après la sortie de son livre. Ce que je sais, par contre, c’est qu’il ne l’a vraiment pas poussée dans ses derniers retranchements.

Mme Saporta a beau dire de ses détracteurs (et il y en a) qu’ils sont vulgaires et misogynes, cela ne constitue pas une réponse argumentée aux reproches de ceux qui voient dans son travail un pamphlet, plus qu’une enquête vraiment contradictoire.

Cette enquête contradictoire est ce qu’on est en droit d’attendre d’une journaliste d’investigation, qui ne doit pas, bien sûr, sélectionner ses interviewés (ou les passages des interviews) en fonction d’une conclusion formée a priori. Ni déblatérer en bloc sur les collègues spécialisés.

Je ferai aussi remarquer que pour ce que j’en sais, son ouvrage se focalise un peu trop sur les vins haut de gamme. Quitte à dénoncer, j’aurais aimé plus de pages sur la grande misère qualitative de la base des AOC françaises; sur la manière d’obtenir un vin d’AOC à moins d’un euro cinquante la bouteille. Sur la façon d’exporter du pinot noir quand on n’en produit pas. Sur le cumul des mandats dans les instances professionnelles.

Tiens, ce dernier travers concerne au moins autant les présidents de grosses coopératives que les propriétaires de grands crus bordelais qui sont dans le collimateur de Mme Saporta. Le Vinobusiness, c’est aussi cela. C’est surtout cela, même, pour le Français moyen qui achète plus souvent un Corbières de coopé qu’un Premier Grand Cru Classé de Bordeaux.

A nos confrères de Terre de Vins, qui l’avaient interrogée en mars dernier (de manière un peu plus musclée que La Libre), Mme Saporta a laissé entendre qu’elle produira ses carnets de notes au procès; qu’elle nommera ses interlocuteurs. Qu’on pourra mieux se faire une idée de sa méthode de travail.

J’attendrai donc ce moment avant d’émettre un avis plus circonstancié.

Hervé Lalau

 

PS. Rien à voir avec ce qui précède, mais plutôt avec mon billet de la semaine dernière, à propos des parcellaires du Clos Triguedina. Pour vous annoncer que ce samedi, notre invitée polonaise Agnieszka Kumor évoquera elle aussi les vins de Cahors, dans une optique internationale, cette fois


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#Carignan Story # 236 : Questions sur Boutenac

Sur dix communes, dont celle de Boutenac, et depuis 2005, contrairement à d’autres appellations sudistes, ce n’est pas l’altitude qui fait le cru. Ici, bien que l’on soit au cœur du massif des Corbières, les vignes ne dépassent pas cent mètres d’altitude… Qu’on le veuille ou non, ce qui fait Boutenac, c’est sa spécificité Carignan en plus de son terroir qui est plus complexe qu’on ne le croit, ne se limitant pas à la seule présence des galets roulés. L’A.O.P. Corbières Boutenac existe bel et bien et se porte plutôt pas mal si on écoute ses principaux acteurs. Certains la déclinent même en plusieurs cuvées. Pourtant, elle ne concerne pour l’instant que 150 ha de terres et 25 vignerons menés par Pierre Bories, un gars formidablement ambitieux pour son pays. Et malgré tout le respect que je dois à mes amis vignerons de la région, malgré la jeunesse et l’enthousiasme des uns et des autres, elle reste une appellation quelque peu bâtarde, sans grande âme, sans grande logique. Une appellation qui pourtant, lorsque je l’explorais pour la première fois dans les années 90, avait toutes les chances de réussir. Mais je le répète une fois de plus : une appellation, ça se mérite !

Sur la route du château. Photo©MichelSmith

Sur la route du château. Photo©MichelSmith

Quelques points positifs

-Le Carignan doit être ramassé manuellement dit la règle. Je suppose que c’est pour satisfaire les habitudes de macérations carboniques qui perdurent ici sur le Carignan depuis les années 60/70/80 grâce aux conseils de l’œnologue narbonnais Marc Dubernet, en particulier. À moins que ce ne soit dans un souci fort légitime de protéger les vieilles vignes cultivées en taille basse (taille gobelet), en liaison étroite avec le sol, et donc très fragiles lorsque les engins agricoles se faufilent entre les rangs.

-Dans les documents officiels, le Carignan est cité en premier… mais avec la Syrah… puis après le Grenache et le Mourvèdre. Selon les textes, il arrive même que le Mourvèdre prenne le devant sur la Syrah. Allez comprendre… Sauf qu’à mes yeux de petit observateur de seconde zone, qui plus est Parisien de naissance et d’éducation, il me semble qu’en dehors de la conception de vins de cépages, la Syrah n’a rien à faire sous la cagnasse de Boutenac. Voilà, c’est dit ! Cela n’empêche pas que l’on puisse en mettre dans les assemblages, mais le moins possible SVP !

Le clocher de Boutenac. Photo©MichelSmith

Le clocher de Boutenac. Photo©MichelSmith

Quelques questions et quelques (modestes) conseils amicaux.

-La charge maximum autorisée est de huit tonnes de raisins par hectare… De prime abord, ça a l’air positif plutôt que de s’en tenir aux sempiternels rendements plafonds que l’on dépasse allègrement par dérogation. Sauf que, qu’est-ce que l’on fait si l’on dépasse la limite ? On déclasse en quoi ? Et que fait-on à l’inverse si les vignes ne sont pas très productives ? On charge en engrais chimiques pour donner un coup de fouet ?

-Quelle est la mesure phare, la mesure choc, prise par les pousseurs de crus pour mettre en avant la singularité de l’appellation Boutenac ? Désolé, je n’en vois point.

-Le cru, c’est bien. Corbières-Boutenac c’est pas mal. Mais si on avait vraiment voulut marquer les esprits, appuyer là où il faut, ne faillait-il pas simplement s’en tenir au nom Boutenac ? Pourquoi rajouter Corbières alors que le monde entier ne situe pas cette zone hormis quelques occitanistes patentés dans le triangle Perpignan-Carcassonne-Narbonne ? Pourquoi, à l’heure de la mondialisation, ne pas s’en tenir à la mention plus explicite à mon sens : Boutenac, Grand Vin du Languedoc ? Il paraît qu’un dossier dans ce sens est en cours depuis 2012. Il serait temps de l’activer.

-Enfin, revenons sur le Carignan. Après avoir laissé entendre au monde entier que l’on allait voir ce que l’on allait voir, que le Carignan de Boutenac était le cépage du coin, celui qui est adapté au climat, au sol et qui confère de la grandeur d’âme au vin, pourquoi diable le limiter ? Dire qu’il ne doit pas dépasser 50 % de l’encépagement (ou 60 %, ou 70% peu importe), cela signifie en quelque sorte qu’il n’est pas jugé assez bon en solo, qu’il doit obligatoirement être associé au Grenache ou au Mouvèdre et, le plus souvent hélas, à la Syrah. Ne serait-il pas un poil plus logique, plus judicieux de dire : « Faîtes ce que vous voulez avec lui, l’important étant qu’il doit être présent dans l’assemblage, à fond la caisse ou à minima, avec les trois autres cépages » ? Combien de vignerons passent à côté de grandissimes Carignans afin de rester dans la logique stupide d’un texte de technocrates assistés de vignerons aveugles ? Combien sont-ils de femmes et d’hommes qui éprouvent le besoin – nécessaire à mon sens – de vinifier leur plus grand vin avec leurs meilleurs Carignans sans avoir à le polluer par l’apport vulgaire de raisins passe-partout ? Combien se sentent dans l’obligation morale de « tricher » pour réaliser leur plus belle cuvée, celle que l’on réserve à l’appellation Corbières-Boutenac ?

Salomé Besancenot surveille la température des vins de son papa. Photo©MichelSmith

Salomé Besancenot surveille la température des vins de son papa. Photo©MichelSmith

J’ai goûté tous les Boutenac (remarquez que je dis « Boutenac » et non « Corbières Boutenac ») lors d’une mémorable soirée au château de Boutenac où se trouve le siège des vins de Corbières. Outre le fait que la majorité des vins proposés à la dégustation par les vignerons eux-mêmes étaient chauds, que de nombre d’entre eux étaient outrageusement boisés, bâclés par un élevage superficiel sans style et sans finesse (« Eh oui, faut faire une cuvée spéciale coco ! »), j’ai eu l’occasion de relever – mais ce n’était pas à l’aveugle – que les meilleures vins avaient une part carignanesque majoritaire en eux. Ce fut le cas des châteaux Aiguilloux, Caraghuilhes, Villemajou, Fonsainte, La Voulte Gasparets, Ollieux-Romanis, de vieux classiques des Corbières en quelque sorte. J’ai d’ailleurs terminé la soirée avec une parfaite Échappée Belle (de Caraguilhes) que j’avais encensé ici même en Mars dernier et que la toute jeune Salomé, la fille du vigneron, maintenait régulièrement à température comme on peut le voir sur ces photos. Sinon, une curiosité – une petite bombre, devrais-je dire – dont on attendra la sortie d’ici peu : la saisissante cuvée « Côte de Pierre » 2012 que Louis Fabre (Château Fabre Gasparets) réalise avec la complicité Didier Barral (de Faugères). Tiré à 3.000 exemplaires, ce "très majoritaire" Carignan sera en vente cet automne autour de 30 € !

Ce nouveau Carignan sera-t-il Boutenac ? Corbières ? Ou rien du tout... Photo©MichelSmith

Ce nouveau Carignan sera-t-il Boutenac ? Corbières ? Ou rien du tout… Photo©MichelSmith

Michel Smith


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Ôtez-moi ces bouteilles d’eau !

Je sais, je sais : je suis un « chieur » de première. Je devrais mettre un peu d’eau dans mon vin. Mais que voulez-vous, un rien m’emporte. Et c’est pour cette raison que bien des attachées de presse ne m’invitent plus dans leurs sauteries. Comme je les comprends…

Tant mieux, d’ailleurs, car je ne m’en porte pas plus mal…

Vu sous cet angle le journaliste dégustateur Bernard Burtschy a plus d'au autour de lui que de vin. Photo©MichelSmith

Vu sous cet angle le journaliste dégustateur Bernard Burtschy a plus d’eau autour de lui que de vin. Photo©MichelSmith

Une des raisons pour lesquelles je me retrouve estampillé «chieur de service», en dehors du fait que je peste contre les discours de sous-préfecture qui s’éternisent, que je m’énerve quand il me faut attendre plus de trente minutes avant d’avoir un verre de vin à la main, comme ce fut le cas récemment à Pennautier, dans l’Aude, un soir d’été entre 19 et 20 heures (Monsieur le Maire, ce soir-là, je vous aurais volontiers zigouillé !), et que j’enrage de constater que les vins ne sont que rarement à bonne température, l’une de ces raisons, donc, tient en quelques mots : «Mais que font ces putains de bouteilles en plastique sur une table où l’on présente du vin ?» On me rétorque que les gens ont soif, qu’il fait chaud, qu’il y a des enfants… Et moi de répondre : «Et les carafes, les cruches, c’est fait pourquoi, hein ? Pour les chiens ?»

Une carafe d'eau, même ordinaire, ça a tout de suite plus de gueule, non ? Photo©MichelSmith

Une carafe d’eau, même ordinaire, ça a tout de suite plus de gueule, non ? Photo©MichelSmith

Vous voyez, ça me met en rogne. Entendons-nous. Je n’ai rien contre la flotte. Bien au contraire. J’en abuse moi-même souvent en travaillant, le matin en me levant, le soir en me couchant. Il m’arrive même d’en rêver ! Mais de là à l’afficher dans toute la laideur de son emballage sur une nappe blanche bien amidonnée où les nobles bouteilles de vins sont alignées pour une dégustation, alors là je dis non, non, non et non ! Chacun sa place. On est là pour le vin, nom d’une pipe ! Pas pour Nestlé, Carrefour ou Intermarché ! Si on veut que les gens boivent de l’eau, rien ne me paraît plus simple que d’aménager une table à part que l’on réserve à cet effet. Ou alors, revenons-en à la bonne vieille cruche en terre. Ça a tout de même plus de gueule, non ?

Ma cruche "spécial touriste" dénichée dans la ville potière de La Bisbal, en Catalogne. Photo©MichelSmith

Ma cruche "spécial touriste" dénichée dans la ville potière de La Bisbal, en Catalogne, c’est classe, non ? Photo©MichelSmith

On a clairement l’impression le plus souvent que les syndicats de vignerons ou leurs comités interprofessionnels s’en fichent comme de leur première chemise. Parfois, ils semblent plus enclins à faire de la pub pour Vittel, Cristaline ou Évian que pour renforcer l’image de leur propre cru.

Si encore ils cherchaient à mettre en avant l’eau minérale de leur région plutôt que celle de Leader Price, il y aurait matière à se féliciter. Mais il n’en est rien. Responsables après tout de l’impression qu’ils laissent, les vignerons n’ont pas encore saisi l’urgence qu’il y a de dissocier l’image de l’eau de celle du vin. Dommage, car lors des salons de vins, les présentations de presse, les repas de promotion avec le chef local, la table est souvent plus encombrée de bouteilles en plastique que de bouteilles de vins. Et quand il s’agit de prendre une photo de l’événement, combien de fois suis-je obligé de tailler dans mes clichés ou de les jeter plutôt que de les publier.

Michel Smith


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Dictature du goût et devoir d’informer

Ils imposent, dictent, professent, décrètent… et ils indisposent.

Oui, les dictateurs du goût ont la manipulation facile face aux devoirs du journaliste. Bien sûr ce n’est pas le sujet du siècle, mais voilà, il me tient à cœur. Je pensais sincèrement en être débarrassé de ce de débat d’arrière-garde et d’avant-guerre-froide aux relents staliniens nauséabonds. Je croyais bien ne plus les revoir ces petits dictateurs de pacotille qui vous disent comment il faut boire, penser, rire et manger. Que nenni ! Pire que les faiseurs de régimes, ils sont bel et bien là, aussi sournois, vautrés dans leur auto suffisance, drapés de leurs certitudes, aussi présents que les maoïstes en 1968. Et quand ils se collent subitement à vos écrits telles des sangsues sur le mollet, c’est pour ne plus vous lâcher. Facebookiens au long cours, les nouveaux gourous de la toile et du vin réunis sont juges et procureurs à la fois. Leur champ de vision se règle avec des œillères de bourrins qui ne forcent qu’à aller dans une certaine direction. Laquelle ? La leur, celle du «nature», du « bio » pur et dur, celle qui conduit invariablement vers des vins que je connais, que je fréquente, que j’adore et sur lesquels j’écris depuis 30 ans. Qu’à cela ne tienne. Peu leur importe, car leur route passe aussi par le dogme, la pensée toute faite, la vision bien arrêtée. Allez, circulez, y’a rien à voir !

La famille Grassa, propriétaire de 900 ha de vignes en Côtes de Gascogne. M'ont pas l'air si capitalistes que ça... ¨Photo©MichelSmith

La famille Grassa, propriétaire de 900 ha de vignes en Côtes de Gascogne. M’ont pas l’air si capitalistes que ça…

Non contents du sort dans lequel ils se sont fourrés eux-mêmes – avec des réflexions genre « Mais moi, Monsieur, je reste fidèle à mes idées : je défends les petits, la veuve et l’orphelin, quitte à me ruiner d’ailleurs, quitte à vivre dans le besoin ! » -, ils se servent à merveille des smartphones chinois pour envahir la terre de leurs conneries sans queues ni têtes : « Mais regardez ce qu’il a écrit ce mec ! Il a osé dire du bien des vins de Tariquet ! Quelle honte ! ». Car c’est après mon article de la semaine dernière que ces esprits étroits – heureusement pas si nombreux – se sont soudainement réveillés. À l’image de ce billet le plus éloquent (virulent) rédigé par un professionnel du vin qui ne prend même pas la peine d’indiquer à ses lecteurs un lien vers lequel ils pourraient se faire leur propre opinion. Tellement plus simple. Lisez donc, c’est plutôt bien enlevé et c’est sur 20 Minutes.fr, s’il vous plaît !

En gros, en bon toutou, médiocre journaliste de la Toile, j’ai effectivement osé dire que j’aimais un vin ou deux du domaine Tariquet, à Éauze, dans le Gers. Pour eux, ce domaine représente à lui seul la vermine du capitalisme viticole, le diable, l’exemple type de la standardisation du goût, le pollueur de palais par excellence, celui qu’il faut abattre, la honte. Pensez donc, les vins de ce domaine ne se vendent-ils pas à plus de 8 millions d’exemplaires ? Autant dire que c’est une calamité pour nos chers petits Français déjà tant pollués par la malbouffe ! Et puisqu’ils adorent affirmer leurs certitudes, crucifier, jeter l’anathème, se vautrer dans le mépris, se complaire dans la détestation de la réussite et ce, sans même connaître les vins en question, ils ne se privent de rien ces chacals du goût : réseaux sociaux, bagnoles polluantes, cigarettes blondes entre deux dégustations, ils vous la jouent écolo, cool, équitable bien entendu ou mélanchonniste de base.

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Quant à moi, oui j’ai osé. Osé faire mon travail de journaliste curieux, tout simplement. C’est-à-dire goûter les vins d’un domaine de la même façon que je goûte TOUS les vins, d’où qu’ils viennent, qu’ils soient de Paul ou de Jacques, Gaulois ou Andins. Le plus objectivement possible, en mettant les à priori de côté. Un travail sans dictat, loin des chapelles. Sans même être sous l’influence d’un pro de la communication ou d’un commercial. Car dans ma vie, j’en ai connu et bu des vertes et des pas mûrs. Des mélanges foireux, des kirs à l’aligoté pas toujours bons des fois à cause du vin, d’autres fois à cause de la liqueur elle-même. J’ai avalé de travers des bibines de régiment, descendu quelques champagnes de boîtes de nuit, sniffé les premiers vins du Médoc vendangés à la machine, goûté du bout de la langue les vins anglais, belges, normands, danois, tahitiens même ! J’ai goûté des cardinaux mal fagotés, des grenadines que l’on rehausse de lait ou de rhum agricole pas très bien cultivé, craché des vins aromatisés made in California et qui plus est de bas degrés, des poudres de perlimpinpin, des cocas ou colas corses, bretons, catalans, des vodkas polonaises ou cognaçaises, ersatz de champagne, bières fadasses, j’en passe et des moins pires… Dans l’éducation du goût, il faut bien commencer par quelque chose, non ? Eux aussi ont dû en passer par là… du moins je l’espère. Peut-être fautent-ils en cachette, en mangeant du macdo en douce dans un hôtel borgne comme d’autres vont aux putes la queue basse ?

Alors voilà que, à cause d’un article sans grande valeur, on me classe, on m’engueule, on me traite de « Kéké » en même temps que Jacques Berthomeau, lequel avait osé voler à mon secours. Eh bien, vilipendez mes amis, allez-y ! Paraîtrait que je l’ai cherché, que j’ai collaboré avec l’ennemi, que j’ai provoqué. Ok, dans ce cas, je bats ma coulpe. Paraîtrait aussi qu’il ne faut surtout pas commencer par éduquer le palais des masses ignorantes avec un vin aussi nul, fluet et facile. Qu’il ne faut pas y toucher au risque de s’empoisonner. Ne pas en parler au risque d’en faire de la pub. Ok, soit, je veux bien. Mais quand on laisse entendre que mes commentaires seraient payés par l’agro-alimentaire et qu’on ajoute : "… si le but de Michel était de faire parler du Tariquet, il a bien réussi son coup mais il s’interdit désormais de parler d’une manière crédible du vin, celui que nous aimons fait sur des terroirs appropriés avec amour et passion et au plus proche de la nature…". Alors là, je reste coi. Moi, m’interdire de parler du vin que j’aime ? Sérieusement, il m’a regardé le mec ? Voilà que dans le pays de la dictature du goût je ne suis plus crédible, mais tricard. Chic ! Bonne nouvelle ! Je vais pouvoir désormais me recycler dans la promo des gros de l’industrie et laisser mes chers petits vignerons vaquer à leurs occupations. À moi les gros chèques, les gros cigares, les belles pépés et les voyages luxueux !

On le voit, l’affaire est triste, grotesque. Mais ce n’est pas grave. Ce pamphlet enragé du très distingué et médiatique fondateur de Vins du Monde (pub gratuite) me fait penser à l’image du mec qui ne conduit qu’en Jaguar, ne s’alimente que de tomate-mozzarella, boit son café toujours dans le même bistrot avec le même croissant-beurre, lisant le même canard. Un peu triste, non ? Je compare volontiers le vin à la musique tant il offre de variétés et de choix possibles, de diversité comme il est coutume de dire aujourd’hui. Chez moi, j’écoute aussi bien le Judas de Lucienne Delyle que le Johnny Be Good version Johnny Winter. Je craque autant pour un boléro cubain d’Antonio Machin (c’est son nom, donc on ne rigole pas), Dos Gardenias Para Ti, par exemple, que pour ce tube universel que l’on doit au bon Ravel, Maurice, interprété par notre Orchestre National époque Lorin Maazel. J’écoute Chopin dans tous ses états et surtout dans ses préludes joués par le grand Samson François, je me noie plus que de raison dans le jazz – Art Blakey et ses Messengers en ce moment -, le blues et le rock en pagaille (même Louis Jourdan !), un chouïa de reggae et de musiques africaines. Il m’arrive même d’écouter Judy Garland, Dario Moreno, Brel ou Trenet. Bref, je me vautre avec volupté et sans retenue dans la diversité que m’offrent la musique, la gastronomie et la planète vin et je m’honore surtout, contrairement à ces gens-là, de n’avoir aucun à priori, aucune chapelle, de vivre ma vie au jour le jour sans avoir à suivre les ordres et les aboiements des ayatollahs du pinard !

Michel Smith

PS (Petits Suppléments) – À propos, comme tout se termine en musique, visionnez donc cette belle chanson du père Brassens.

https://www.youtube.com/watch?v=WscVYSu-O2w

Et ce petit rab :

https://www.youtube.com/watch?v=p-ZI28nbSDQ

Vous suggérer par la même occasion la lecture de cet autre blog où il est question de cet indigne article que j’ai pu commettre la semaine dernière. Et pour être complet, uniquement si cette histoire vous amuse, les interventions de l’ex-5 du Vin, j’ai nommé Jacques Berthomeau, dit Le Taulier. N’en jetez plus !


10 Commentaires

Mises fractionnées ? La plaie !

Voilà qu’en Bourgogne certains souhaitent rallonger la liste des grands crus et premiers crus, tandis qu’à la veille des vendanges dans le Languedoc-Roussillon et la Vallée du Rhône, la course au raisin – qui se fait de plus en plus rare – est enclenchée par les négociants. C’est clair que, confronté à ces nouvelles toutes fraîches, le sujet que je vais vous proposer va vous paraître quelque peu réchauffé. Pourtant, il y a longtemps que ça me turlupine cette affaire-là… Déjà, lorsque je démarrais dans le vin, certaines pratiques de cave me laissaient pantois. Cela m’est revenu l’autre jour alors que je discutais de choses et d’autres dans la cave d’un vigneron-ami à qui je venais de poser la question qui fâche après avoir goûté le vin d’une grosse cuve assez bien remplie. Je reproduis à peu près notre dialogue :

Moi – Et cette cuvée, tu vas la mettre en bouteilles quand ?

Lui – D’ici la fin du mois, je ferais une première mise de 4 à 5.000 bouteilles…

Moi – Et pourquoi pas tout d’un coup ? (soit environ 8.000 bouteilles, ndlr)

Lui – Ben parce que je n’ai pas la place de stocker les cartons… Et pour dire vrai, je ne suis pas certain de pouvoir tout vendre en quelques mois.

Moi – Tu pourrais trouver un coin pour empiler tes bouteilles nues en palettes et les habiller au fur et à mesure de tes commandes.

Lui – Non, c’est compliqué tout ça. Je préfère faire deux chantiers de mises dans l’année… parfois même trois en fonction des commandes.

Moi – Ok, mais dans ce cas, à chaque mise tu as un vin différent. Je veux dire que le second embouteillage n’aura pas le même goût qu’à la première mise.

Lui – Oui, et ça pose un problème ?

La question ne devrait pas se poser pour le nouveau que l'on attend avec impatience. Photo©MichelSmith

La question ne devrait pas se poser pour le nouveau que l’on attend avec impatience. Photo©MichelSmith

Bien sûr que cela pose problème. Oh rien de capital… Pourtant, moi je ne trouve pas ça bien du tout et je vous explique pourquoi, à mes yeux, cette pratique des mises fractionnées n’est pas très logique à l’égard du consommateur. Son client, admettons qu’il achète ce vin après avoir lu l’article qu’un critique émérite – on va citer Hervé Lalau – lui consacrait dans l’IVV, par exemple. Le journaliste, qui s’y prend toujours en avance pour collecter l’info, a goûté le vin en Janvier qui suit la récolte, directement à la cuve, comme je viens de le faire. Ce même vin sera (partiellement) mis en bouteilles deux ou trois mois plus tard après une filtration lâche, comme on dit. Déjà, après cette opération, il n’aura pas le même goût que lorsqu’il reposait tranquillement dans sa cuve. C’est pour cela, au passage, que je me fais un devoir de n’écrire sur un vin que lorsqu’il a été mis en bouteilles. Disons que c’est ma façon à moi d’être proche de mon lectorat (éventuel).

La question ne devrait pas se poser pour les cuves de tailles moyennes, comme ici au Domaine Les Aurelles. Photo©MichelSmith

La question ne devrait pas se poser pour les cuves de tailles moyennes, comme ici au Domaine Les Aurelles. Photo©MichelSmith

Il faudra encore un, deux ou trois mois avant que le consommateur déniche ce vin chez son caviste et le lui achète en petite quantité car il n’est pas toujours très riche. Avec six bouteilles, il en aura assez pour tenir jusqu’à l’été. Cela tombe bien justement car, cet été, il prévoit de visiter les Gorges de l’Ardèche. Il a repéré le domaine sur Google Maps et il sait déjà qu’il passera à quelques lieues de l’endroit où ce Côtes du Vivarais est vinifié. Il en profitera pour faire, à moindre prix, le plein de la cuvée qu’il a aimé et visitera la cave par la même occasion. Sauf que la cuvée en question, qui entre-temps a obtenu un certain succès, a été mise en bouteilles en Juillet, juste avant les vacances de notre œnophile. Non seulement il n’aura pas la chance de boire le même vin que le critique passé en coup de vent l’automne dernier, mais il ne retrouvera pas non plus le vin qu’il avait acheté chez son caviste. Pour la bonne raison qu’entre temps le vin aura mûri dans sa cuve, nourri par ses lies fines. Et que les tannins qu’il aimait tant se seront assouplis.

La question ne devrait pas se poser non plus pour les vins vinifiés dans des oeufs, comme ici chez Jérémie Mourat en Vendée. Photo©MichelSmith

La question ne devrait pas se poser non plus pour les vins vinifiés dans des oeufs, comme ici chez Jérémie Mourat en Vendée. Photo©MichelSmith

Pour certains amateurs, cette problématique de mises fractionnées étalées sur une année ou plus ne pose aucun problème. Ils n’y prêtent aucune attention, à moins qu’il ne trouvent le vin meilleur, plus fondu, et c’est l’essentiel. Et si par hasard ils étaient déçus, le vin restera tout de même appréciable sur un bon gigot. Pour d’autres râleurs comme moi, ou pour celui ou celle qui préfère son gamay ou son grenache en plein sur le fruit, emprisonné tôt dans sa bouteille, ce sera une autre histoire. À moins qu’on lui explique gentiment que pour des raisons pratiques d’organisation le vigneron fractionne sa mise, il s’attend à retrouver le même jus puisque l’étiquette, comme le millésime, eux, n’ont pas changé.

Et on espère qu'elle ne se pose moins à Cornas qu'ailleurs... Photo©MichelSmith

Et on espère qu’elle ne se pose moins à Cornas qu’ailleurs… Photo©MichelSmith

Je vois déjà certains lecteurs bien intentionnés prendre le clavier pour m’écrire que cette pratique est obsolète, qu’elle n’est plus le fait que de quelques vignerons paysans reculés dans leur misérable appellation. Eh bien détrompez-vous. Elle touche encore pas mal de vignerons, des grands comme des petits, des bons comme des médiocres. Ceux qui, par exemple, n’ont pas la trésorerie nécessaire à une mise globale. Ceux qui préfèrent stocker un peu en cuve au cas ou un négociant serait prêt à mettre le prix en payant sur le champ. Ceux, comme mon copain du début, qui n’ont pas de grand réseau commercial et qui vendent leur vin au coup par coup. Soit, mais que faire ? La solution est simple : informer le consommateur d’une manière ou d’une autre. Il suffirait d’écrire « Première mise » ou « Deuxième mise » ou encore « Troisième mise » sur l’étiquette ou sur la contre-étiquette. Ou bien il suffirait de mettre clairement une date de mise en bouteilles et non pas un chiffre codé placé dans un recoin. Simple, certes. Sauf que cela complique encore plus la vie du Vigneron qui a déjà tant à faire. Fort heureusement pour l’amateur, les vignerons éditent de plus en plus de petites cuvées… voire des micro cuvées.

Michel Smith

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