Les 5 du Vin

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Impressions Marocaines, ou le vin sous voile

Douze ans ! Cela faisait un bail que je n’avais mis les pieds sur la terre Marocaine. La dernière fois, c’était pour un grand reportage pour le compte du magazine Saveurs, entre Fès, Meknès et Volubilis. Franck Crouzet, Directeur de la Communication chez Castel, nous avait chaperonnés avec force largesse puisqu’il nous logeait, mon équipe et moi, dans le luxueux Palais Jamaï, probablement le plus agréable des palaces après la Gazelle d’Or à Taroudant, lieu de repos favori des Chirac. Ah la vie de luxe, ça a du bon, vous ne trouvez pas ? Au passage, si vous avez comme moi des envies de faire péter le compte en banque, sachez que le directeur du Palais Jamaï m’a dit en confidence que son hôtel allait fermer après Noël pour des travaux de très longue durée. Ses propriétaires, les mêmes que ceux de La Mamounia à Marrakech, sont décidés semble-t-il à le faire entrer dans l’ère des grands paquebots pour milliardaires, ce qui n’est pas de bonne augure si vous voulez mon avis. Bon, comme il ne s’agit pas d’une rubrique hôtelière, je me garderai bien de vous ennuyer plus encore avec ce sujet.

Photo©MichelSmith

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Passons au vin. Dans ce Maghreb où le jus fermenté est caché (il y a aussi du casher…), mis sous voile (pour tenter un brin d’ironie de mauvais goût), alors qu’il est présent depuis l’Antiquité, il règne une véritable omerta : officiellement, il y a bel et bien des vignes, visibles de tous d’ailleurs, mais elles sont surtout là pour le raisin de table, non pour le vin. Si, si, on vous le jure. Déjà, lors de mon précédent voyage, j’avais été surpris par cette hypocrisie, comme en Tunisie d’ailleurs et peut-être même aussi en Algérie, où je ne suis pas retourné depuis mes débuts journalistiques. Surpris par la manière – je devrais dire la diabolisation – par laquelle ces pays pourtant producteurs traitent le vin. On estime qu’au Maroc, la vigne emploierait pas loin de 20.000 personnes et concernerait autour de 10.000  hectares (je n’ai pas trouvé de chiffres officiels, même sur le site de l’OIV), contre 80.000 dans la première décennie du siècle dernier et 60.000 dans les années précédant l’indépendance. Lorsqu’on en parle, les gens rigolent ou changent de sujet quand ils n’invoquent pas le Coran, refusant parfois le dialogue, ce qui est encore le cas à Meknès ou Fès, peut-être moins il est vrai à Casablanca ou Rabat.

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À côté de ça, dans les hôtels le vin n’est pas exclut et il existe – du moins dans les grandes villes – quelques lieux de perdition bien cachés (vitrines neutres, exemptes de publicité), comme à Rabat, par exemple, principalement dans les quartiers dits « modernes » ou « européens », où des citoyens entrent et sortent, quelques uns passablement éméchés, un flacon de whisky ou une bouteille de vin sous le bras soigneusement enveloppée dans un papier journal, afin de rester bien à l’abri des regards. Ces boutiques que l’on ne peut appeler « cavistes » tant elles sont laides et peu avenantes ne sont pas nombreuses, mais elles sont la preuve d’une tenace rigueur religieuse. De la même manière, connus de tous, il y a aussi des bars sombres ou souterrains où la bière coule à flots dans la cacophonie la plus totale, les imprécations des ivrognes, les vapeurs tenaces d’alcool et de tabac. Je sais aussi que certaines boîtes de nuits ou discothèques, surtout du côté de Casablanca, font grande consommation d’alcool. Pourtant, « Chez nous, on ne boit pas. On ne pose même pas nos yeux sur le vin. C’est interdit ».

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Paradoxe encore, malgré la mise sous voile du vin Marocain (cachez ce flacon que je ne saurai voir…), les ventes se portent bien et ce secteur de l’agriculture est en pleine forme. Sur plus de 50 millions de bouteilles produites, l’écrasante majorité est vendue et consommée sur place comme l’explique cet article glané sur la toile. On pourrait croire que cet engouement est à mettre sur le compte des touristes et des retraités de France et d’ailleurs venus profiter d’une fin de vie bon marché, certes, mais il y a fort à parier que la classe moyenne qui ne cesse d’augmenter à en juger par la frénésie immobilière autour des villes, ne soit pas totalement hermétique aux plaisirs du vin. Dans les restaurants de Meknès ou de Fès, outre les hôtels, les cartes de vins n’existent pas ou sont réduites au stricte minimum. Ironiquement, la plupart des restaurateurs annoncent au touriste : « Si tu veux amener ton vin ou ta bière, pas de problèmes ». D’autres, toujours à Fès, où je suis resté le plus longtemps tellement j’aime cette ville, emploient de jeunes rabatteurs qui promettent à voix basse un verre de vin que l’on verra arriver sur table dans un gobelet en plastique soigneusement enveloppé d’une serviette en papier. Le plus souvent, dans de telles conditions, le vin est franchement imbuvable et on ne sait même pas ce que l’on boit puisque la bouteille n’est jamais montrée. Plus on s’enfonce dans la médina et plus le vin est ignoré. Paradoxe, le Maroc produit pourtant des vins honorables, semblables pour beaucoup à ceux que l’on buvait dans le Midi dans les années 80/90 avec une mention particulière pour l’usage du bois sous forme de barriques ou de chips, artifices employés ailleurs, à l’abri des regards dans les chais-usines proches du port de Sète notamment.

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Les bouteilles et leurs habillages ne font guère preuve d’originalité. La tendance est aux cépages « internationaux », Cabernet, Merlot, Syrah. Peu chers, ils dominent surtout à l’export où ils font fureur dans les restaurants à couscous de Paris à Bruxelles en passant par le Danemark ou la Suède. Ce léger manque d’audace est probablement dû au fait que seules quelques entreprises se partagent le gâteau viticole, la plus grosse étant le groupe Castel qui possède plusieurs centaines d’hectares et qui est propriétaire depuis 2003 de la marque Sidi Brahim, un vin rouge et rosé associé à l’Algérie (c’est le nom d’une célèbre bataille en 1845) racheté à la maison bordelaise William Pitters (de Bernard Magrez) qui depuis, hormis un petit vignoble, s’est retirée du Maroc laissant ses vignes à Castel. Au passage, je n’ai jamais réussit à savoir si les vignes qui fournissent le raisin du Sidi Brahim (1.150.000 cols environ, rien que dans la grande distribution en France) sont tunisiennes, marocaines ou algériennes, ou si elles ne sont pas un peu des trois pays… Il est vrai que j’aurais pu poser la question au service com du groupe… Introuvable au Maroc, ce vin n’est d’ailleurs pas le plus vendu des vins du Maghreb en France puisqu’il est devancé de peu par le Boulaouane (ex propriété de la SVF), nom qu’il ne faut surtout pas confondre avec Guerrouane, une AOG (appellation d’origine garantie, sorte d’IGP) au même titre que Beni M’Tir, Zemmour (rien à voir avec l’autre zozo), Berkane et une dizaine d’autres, tandis que l’on ne compte qu’une seule AOC, les Coteaux de l’Atlas proche de Méknès.

C'est Fès que j'aime. Photo©MichelSmith

C’est Fès que j’aime. Photo©MichelSmith

Sur place, je n’ai pas rencontré de vin de marque Boulaouane (6 millions de cols par an) alors qu’il est produit à partir de raisins récoltés au sud de Casablanca (et dans la région de Meknès ?) puis envoyé en bateau-citerne jusqu’en Languedoc pour les assemblages et la mise en bouteilles. Castel, déjà présent  au Maroc dans la bière (Flag) et l’huile d’olives, semble s’implanter de plus en plus dans ce pays, laissant à d’autres groupes marocains, comme Les Celliers de Meknès, la part de plus en plus importante du marché local des vins (75 %) et préférant se concentrer sur l’exportation. Présidé par Brahim Zniber, 94 ans, un entrepreneur Marocain ayant réussi à rassembler plus de 2.500 ha près de Meknès, aux pieds de l’Atlas, le vignoble est encore planté de Grenache, Carignan, Cinsault, Aramon et Alicante, mais aussi de Cabernet-Sauvignon et Franc, Syrah et Merlot. Il compte en son sein un véritable château doté d’un chai bien équipé et d’une batterie de barriques neuves. On compte un ou deux domaines intéressants (ex-groupe Thalvin) dans le secteur de Casablanca et de Rabat. Deux vignerons de la Vallée du Rhône, dont Alain Graillot (Crozes Hermitage) avec une vingtaine d’hectares de Syrah cultivée en bio pour un rouge de qualité nommé « Tandem », se sont intéressés au Maroc. Au Domaine du Val d’Argan, plus au sud (proche d’Essaouira), Charles Mélia (Châteauneuf-du-Pape), a été l’un des premiers à se lancer avec de jolis vins à la clef. Deux familles Bordelaises, celles des propriétaires de Fieuzal et de Larrivet-Haut-Brion, ont elles aussi tenté l’aventure en plus grand dans la région de Meknès, au Domaine de La Zouina. On m’a parlé en bien de la Ferme Rouge, près de Rabat, dirigée par Jacques Poulain, un ancien oenologue de Thalvin qui utilise pas mal de Tempranillo dans ses rouges et dont les blancs (Chardonnay et Viognier) font fureur… Quant à l’ineffable Gérard Depardieu, il a tenté une expérience (quelques hectares seulement) du temps ou son ami Bernard Magrez sévissait vers Méknès au Domaine Sahari notamment. Mais je n’ai jamais goûté ses vins.

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Du raisin, oui… Du vin, non. Photo©MichelSmith

Au cours de ce voyage, plus intéressé par la fréquentation de restaurants réellement Marocains et de ce fait pour la plupart hostiles au vin, hormis un Carignan qui sera l’objet de ma chronique de Dimanche, je n’ai pas goûté de vins mémorables. Il y a 12 ans, en revanche, ce sont ceux de Beni M’Tir qui m’avaient plus frappés lors d’une dégustation à l’aveugle réalisée par mes soins avec l’aide de la société Castel puisqu’il n’existait pas de structure promotionnelle et que celle-ci n’existe toujours pas d’ailleurs. J’avais goûté une superbe cuvée « Excellence » 2000 et 2001 de Bonassia Vineyards (Cabernet/Merlot) concoctée pour l’export, ainsi qu’un autre rouge 2001 du Domaine de Baraka (Castel) joliment tannique et un Guerrouane 2001 du Domaine Delorme, cuvée « Aït Mimoun » élevée en grande partie en barriques (chêne américain) qui me paraissait refléter la Syrah. Côté gris (ou rosé), le Boulaouane du Domaine de Khmis (Celliers de Boulaouane), bien marqué par le Cinsault, agrémenté de Grenache et de Cabernet, m’avait bigrement séduit tout comme son frère de Beni M’Tir signé à l’époque Atlas Vineyards.

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Ce papier se termine un peu en queue de poisson, me direz-vous. Pas faux. Il faut dire à ma décharge que les marques virevoltent, qu’elles changent de mains et de noms en fonction des marchés internationaux et au gré des opportunités de ventes et de rachats rendant très difficile le suivi de l’épopée vineuse de ce pays. Hormis les taxes que cela rapporte à l’état Marocain, mis à part quelques noms sûrs (Castel, Les Celliers de Meknès), la plus grande confusion règne, même si les caves viticoles que j’ai pu visiter jadis étaient fort bien tenues et aussi bien équipées. L’aventure du vin au Maroc reste obscure et seule la rencontre entre un bon vigneron européen et un homme puissant bien introduit dans les sphères royales pourrait permettre de bâtir un beau rêve à l’image de certains domaines du sud de la France ou de l’Espagne. Comme l’Algérie et la Tunisie, le Maroc est un grand pays de vin qui s’ignore…

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Les douanes, toujours les douanes… Photo©MichelSmith

Mon souhait le plus cher serait de voir s’ouvrir un jour à Meknès une Maison du Vin Marocain. S’il vous plaît votre Majesté, vous qui comptez au moins un magistral palais dans chaque ville, vous pourriez faire quelque chose pour que le vin devienne l’une des fiertés de votre royaume ? D’ici 50 ans, peut-être ? Fort bien, j’attendrai.

Michel Smith


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« I miss Brett »

« I miss Brett in French wines. It is what made them French and notable. Same for Rioja.

Fortunately, we see some Brett in American and Australians. We need a list of wines for Brett lovers. »

Ce commentaire, laissé sur le site de Decanter par un certain David Hudson, m’a laissé perplexe.

D’abord, j’ai pensé que M. Hudson et moi ne dégustions pas les mêmes vins. Je reviens d’un petit tour en Languedoc où j’ai eu plus que mon lot de bretts.

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Au Mas Bruguière, j’ai vu la brume se lever. Mais pas de bretts. (Photo (c) H. Lalau 2014)

Et puis d’autres vins, heureusement, qui nous rappellent que le vin vient du raisin. J’ai eu la chance de déguster sur cuve les vins du Mas de Bruguière, au Pic Saint Loup, et ceux de Sylvain Fadat, à Montpeyroux (sur fût, cette fois). Fraîches syrahs, grenaches joufflus, denses mourvèdres, quelque soit le cépage, le fruit fut le fil rouge de mes coups de coeur. Ce qui nous fut confirmé, le lendemain, avec les très élégants Carignans du Mas d’Amile; sans oublier les assemblages gourmands de Jasse-Castel, en rouge comme en blanc; ou encore, la formidable vitalité du Villa Dondona 2011 (que j’ai préféré à son pendant boisé l’Oppidum). A la cave de Montpeyroux aussi – pardon, chez CastelBarry, si j’ai aimé Les Marnes, si j’ai aimé Les Cailloutis, si j’ai aimé Le Tarral,  la bruxellensis ou ses cousines n’y étaient pour rien.

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 Sylvain Fadat: « Des bretts? Est-ce que j’ai une gueule de bretts »? (Photo (c) H. Lalau 2014)

Plus fondamentalement, je me demande ce qu’on doit dire de nos jours à un oenophile apparemment sincère, mais aussi sincèrement dévoyé que M. Hudson.

Revendiquer un défaut oenologique comme élément de terroir, jusqu’à en faire un signe d’appartenance, et au niveau national, voila qui me dépasse.

Je sais bien que nous vivons une époque formidable où chacun peut d’exprimer son opinion sur à peu près tout. Défendre des idées, des modes de vie hors normes. C’est quand même mieux que du temps d’Adolf ou du Petit Père des Peuples.

Il y a les zoophiles, il y a les drosophiles, pourquoi n’y aurait-il pas des brettophiles?

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Amélie, du Mas d’Amile: « Des bretts, vous dîtes? Non, je ne vois pas… » (Photo (c) H. Lalau 2014)

Mais tout de même. Toutes écuries étant égales par ailleurs, qu’on puisse apprécier dans des vins les même odeurs de sueur de Dunkerque à Tamanrasset – pardon, de Marsannay à Collioure, je trouve ça pour le moins curieux quand on prétend défendre les terroirs de France et leur diversité.

C’est tellement gros que ça en devient rigolo.

Tiens, je suis surpris qu’un fabricant de levures ne propose pas déjà le goût de bretts.

 Hervé Lalau


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Alerte ! On manque de raisins !

Tandis que je ramassais avec mes camarades associés les belles grappes de Carignan 2014 qui font la renommée internationale (je blague) de notre micro vignoble du Puch, à Tresserre, alors que je méditais sur le peu de production de certains de nos pieds, je ressassais dans ma tête le film d’une conversation passée ce printemps avec l’ami Hervé Bizeul dans sa pimpante cave-bureau d’une zone artisanale coincée entre Rivesaltes et l’entrée (ou la sortie) Perpignan-nord de l’autoroute La Catalane.

Hervé Bizeul songeur au Clos des Fées. Photo©MichelSmith

Hervé Bizeul songeur au Clos des Fées. Photo©MichelSmith

Serions-nous en train de manquer de raisins, m’étais-je alors demandé ? Quand on voit que les vols de vendages se multiplient ici et ailleurs, on est en droit de se poser des questions. C’est si vite fait, la nuit, avec une machine à vendanger… ou avec lampes frontales. Vous ne me croyez pas ? Voyez donc ici… Ou là. Ou encore là. La chose commence à être flagrante dans le Sud où nous manquons désespérément de raisin. Paradoxal, n’est-ce pas, dans une région qui débordait de vignes il y a 40 ans. Pas très étonnant quand on a incité pendant des années à l’aide de primes à arracher la vigne sans remplacements, sans aucune vision d’avenir. Résultat, faute de vignerons, c’est la jachère pour une bonne partie du vignoble.

Vieilles vignes traditionnelles du côté de Tautavel. Photo©MichelSmith

Vieilles vignes traditionnelles du côté de Tautavel. Photo©MichelSmith

Et puis, l’autre jour, lors de mon petit déjeuner pris sur le pouce comme d’habitude tout en feuilletant le dernier numéro de La Vigne (N° 267), après avoir zappé sur le dossier «Souches à malo» (dédicace spéciale à mon ami David…), je suis tombé sur un papier instructif et pertinent où il était question de matière première, le raisin.

En bonne journaliste spécialisée, Chantal Sarrazin nous narrait l’histoire d’un négociant de Violès (Vaucluse), la maison Lavau, article qui mettait en exergue, à mon sens, toute la difficulté qu’ont les opérateurs actuels, qu’ils soient gros, moyens ou petits, à s’assurer de pouvoir trouver une denrée de base – le raisin – lequel se raréfie par les temps qui courent, notamment depuis les petites récoltes cumulées de 2012 et 2013 dans la Vallée du Rhône. Il en résulte que désormais, cette maison s’est sentie obligée de signer bien avant la récolte, sans en connaître la qualité, des premiers contrats d’achats de raisins en offrant aux vignerons (coopérateurs, par ailleurs) un premier paiement. À ma connaissance, même en Champagne où le raisin vaut de l’or, je n’ai pas d’autres exemples où cela se produit aussi tôt. À moins que le négociant ne tienne pas à ce que cela se sache, évidemment. Avant, on pouvait faire une promesse d’achat «sur pieds» en allant constater l’état des grappes une ou deux semaines avant les vendanges, mais là, un mois ou deux avant la récolte, cela me semble relever d’un nouvel état d’esprit, d’autant que les vignerons en question sont coopérateurs.

Nouvelles vignes sur échalas du côté de Saint-Chinian. Photo©MichelSmith

Nouvelles vignes sur échalas du côté de Saint-Chinian. Photo©MichelSmith

Entendons-nous, il ne s’agit pas là d’évoquer la qualité, mais de s’attarder pour une fois sur la quantité. Dans la tête des amateurs purs et durs, les faibles rendements sont synonymes de qualité, soit. Mais cette réflexion, valable pour les petits domaines producteurs de vins pour esthètes commercialisés à un prix conséquent, ne s’applique pas dès lors que l’on parle du vin en général, de vins à boire, de vins festifs, de vins de tous les jours et même de vins d’exportation pour les gros marchés où il reste encore une forte demande. Chez nous, en Languedoc, les conséquences des épisodes de grêle et de sécheresse font que la récolte 2014 sera faible alors que les stocks sont au point zéro et que certaines caves n’ont déjà plus de 2013 à la vente en rosé comme en blanc depuis le début de cet été. Dans l’Hérault et l’Aude, on estime que la baisse tournera autour de 30 % par rapport à 2013 qui était une année correcte, sans plus (en faisant toujours abstraction de la qualité), et le plus grave c’est que cette baisse perdure depuis le tout début des années 2000. Or, si nous ne pouvons vendre du vin aux opérateurs mondiaux, d’autres pays ne se priveront pas de le faire. Et ils sont déjà fort actifs.

Vignes irriguées du côté de Maury. Photo©MichelSmith

Vignes irriguées du côté de Maury. Photo©MichelSmith

Je n’ai pas le temps de m’y pencher plus à fond, mais il y a fort à parier que cette situation qui conduit à une forte baisse de production, en gros à un manque de plus en plus flagrant de raisins, affecte peu ou prou les départements voisins comme les Pyrénées-Orientales, le Gard et probablement l’Ardèche, la Drôme et le Vaucluse. Si le lecteur à quelques informations sur ce sujet, je le remercie par avance d’éclairer notre lanterne.

Hervé Bizeul, quant à lui, en plus d’être un excellent vigneron, possède des talents d’analyste. Il ajoute quelques éléments de réflexion sur l’état actuel de notre vignoble. J’espère ne pas trop dénaturer ses propos que je résume ci-après.

  • Le vieillissement de la population viticole fait que, hélas, les vignerons qui partent à la retraite ou qui décèdent ne sont que très rarement remplacés par des jeunes.
  • Les vignes elles aussi vieillissent. La plupart, remarquablement bien plantées et bien entretenues par une génération de viticulteurs durs à la tâche et consciencieux, ont été capables de tenir plus de 60/80 ans, et certaines bien au-delà. Les nouvelles vignes sont à quelques exceptions près mal plantées et peu entretenues au point qu’il faut les remplacer plus souvent tant leur durée de vie est écourtée.
  • Le désinvestissement viticole en général, corolaire de ce qui est dit précédemment, vient s’ajouter au marasme. Par exemple, par manque de bras qualifiés, par manque de motivation aussi, très souvent on ne remplace plus la vigne mal taillée et malade. En gros, on délaisse son vignoble. Une fois ces paramètres pris en compte on pourrait se préoccuper de l’aménagement rationnel et moderne du vignoble. Conduire la vigne de manière à laisser passer le tracteur et la machine à vendanger sans abîmer les ceps et, dans les zones touchées par la sécheresse, opter pour une irrigation qualitative très limitée dans la saison. Cela permettrait au moins d’assurer une bonne production de raisins destinés à la production de bons vins quotidiens.

Hervé Bizeul dit encore plein de choses intéressantes sur le jeu collectif d’une appellation, par exemple, sur la représentativité de nos vins sur le marché mondial, sur la grande distribution, les cavistes, etc. Si seulement on pouvait le filmer et en faire un documentaire instructif ! Je lui conseille d’ailleurs, le jour où il en aura le temps, de pondre un rapport sur les perspectives de la viticulture dans le Sud à la manière d’un Jacques BerthomeauToujours est-il que dans le Roussillon, comme dans le Languedoc, les courtiers sont plus que jamais à l’affût, tandis que des négociants tel le Bordelais François Lurton bichonnent leurs vignes du Sud et y ajoutent l’irrigation afin d’assurer l’avenir. Quant à notre récolte, celle du Puch, elle ne dépassera pas 15 hl/ha.

Michel Smith

PS – Notre intrépide et courageux  cycliste à la moustache argentée, j’ai nommé Jim Budd, vient d’achever sa descente de Loire à vélo pour la cause du cancer. Après plus de mille kilomètres, il s’est posé à La Baule et si vous allez sur son site, j’espère que vous ferez preuve d’un peu – de beaucoup – de générosité pour mieux soigner ces enfants qui parfois meurent du cancer.

Cheers Jim ! Avec un coup de Muscadet, of course. Et bises aux Luneau !


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Pour en finir avec Vinobusiness

Retour sur Vinobusiness d’Isabelle Saporta, dont, après avoir lu la version papier, nous avons pu regarder lundi dernier la version télévisée, sur France 3.

Selon les données de Médiamétrie, cette émission n’a pas eu un grand succès d’audience: 1.203.000 personnes. C’est plus que ce blog, bien sûr. Mais ça ne représente tout de même que 4,8% des téléspectateurs français. A peine plus que la n-ieme rediffusion d’Indiana Jones 3, sur W9, le même soir. Comparaison n’est pas raison. Un documentaire n’est pas un film de fiction… quoique.

Je ne vais pas vous faire croire que ce score m’attriste. Les approximations de Mme Saporta, sa façon de faire passer ses engagements pour des réalités m’insupportent. Les libertés qu’elle prend avec les faits finissent par discréditer les positions avec lesquelles je peux être en accord avec elle – et il y en a. C’est dommage.

A certains, il suffit d’avoir les mêmes adversaires, la même idéologie pour cautionner toutes sorte de raccourcis, d’amalgames – « si c’est pour la bonne cause ». Moi, je n’ai pas de cause.

Je n’ai pas de compte à régler non plus. Je ne casse pas du nanti, par exemple. Tout au plus me permettrai-je de dire, quand je le pense, que tel vin est trop cher pour ce que j’en goûte.

Je ne me sens pas non plus obligé de regretter la disparition d’une coopérative ou d’une cave particulière qui n’a jamais produit autre chose que du jaja de bas étage, au motif que c’est une coopérative ou une cave particulière et qu’elle fournissait de l’emploi. Il y a d’autres métiers que celui de vigneron, le mieux pour en vivre est de bien les exercer. Pas plus que  M. Macron ne doit occulter l’existence de l’illettrisme dans le monde ouvrier, je ne pense devoir occulter le fait que la France ne produit pas que du bon vin. Ce serait un mauvais service à rendre à mon lecteur. Je me demande même s’il n’est pas plus important de dénoncer la mauvaise qualité de trop de vins de base qui portent l’AOC, plutôt que les extravagances de la communication ou de la tarification de grands crus que personne ne boit.

Je ne suis ni avocat, ni procureur. Je ne suis que journaliste. Je n’ai aucun engagement. A priori, c’est difficilement conciliable, d’ailleurs – sauf dans une conception pseudomarxiste que j’estime dévoyée. Mais cela dépasse le cadre de cette chronique.

Quoi qu’il en soit , il y a quand même deux, voire trois façons d’analyser ces chiffres d’audience.

La première explication, se serait que cette faible audience (relative) soit inversement proportionnelle à la qualité du travail effectué. Un travail que tout le monde ne serait pas à même d’apprécier à sa juste valeur. L’idée, ce serait de laisser la masse regarder Les Experts. Et de laisser les experts regarder Vinobusiness. C’est un peu élitiste, d’accord, comme raisonnement, mais ça se défend. Sauf bien sûr, si le reportage à un côté démagogique. Parce que là, on aurait loupé la cible.

La seconde explication, ce serait que le vin n’intéresse plus les Français. « Le vin, combien de divisions? »  Combien de buveurs réguliers? Combien d’abstinents complets? Combien de gens qui se fichent de la « boisson de papa »? Combien qui pensent le premier verre de vin provoque le cancer? Combien qui pensent que le vin est une addiction au même titre que l’héroïne? Combien qui pensent que c’est une aliénation occidentale?
Et combien de buveurs de gros rouge qui tache, et qui se moquent donc bien des problèmes des grands crus?

La troisième explication, pour moi la plus encourageante, serait que les spectateurs se soient détournés du reportage à cause de ses outrances. Je n’ose y croire.

Ce qui me désole le plus, en fait, c’est que les rares occasions où l’on parle du vin à la télévision française soient gâchées par des présentations aussi négatives. Je sais bien que les gens ne s’intéressent guère aux trains qui arrivent à l’heure, mais peut-être pourrait-on trouver un moyen terme?

Sans demander qu’on tombe dans l’hagiographie, sans demander qu’on tresse des couronnes aux vignerons et à tout ce qui touche la vigne, de près ou de loin; ni qu’on occulte les travers de nos appellations, de notre exception culturelle viticole française, et ce, à tous les étages de la hiérarchie, il y a peut-être autre chose à montrer que  Vinobusiness, non?

Hervé Lalau


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Clos Vougeot, un mythe… surfait

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Le Clos de Vougeot (Photo Nyco)

 

On s’était à l’avance pourléché les babines à l’idée de déguster quelques Clos Vougeot Grand Cru, c’est pas tous les jours.
Les 50 ha 11 a 95 ca en production se vendent comme des petits pains et le Clos légendaire n’a guère la nécessité de communiquer, « y en a pas assez ma bonne dame ». Mais comme les petits pains ou le pain tout court d’ailleurs, la qualité n’est plus ce qu’elle était. Quelle déception ! Une bonne proportion des échantillons se sont tout simplement avérés en-dessous de tout, manquant tour à tour de structure, de maturité ou de fruit, fluets, acides au possible, verts, astringents…
Bref, désillusion totale ! Et également, scandale !
Le prix moyen des bouteilles vendues avoisine les 100€, souvent plus, rarement moins.
On pensait sortir plus d’une page dans le prochain IVV (c’est l’excellentissime revue qui organisait la dégu), mais une page suffira à décrire les 4 flacons qui nous ont offerts ce petit orgasme gustatif qu’on est en droit d’attendre d’une telle appellation. N’en déplaise aux moines de Cîteaux qui réalisèrent le clos en 1110. Et qui demandera plus de 2 siècles pour adopter sa forme actuelle. Exposé Est et Sud-Est à une altitude de 250 mètres, il plante ses Pinots Noirs dans un sol peu profond (environ 40 cm) composé d’éclats calcaire à faible matrice argileuse sur dalle calcaire du Bajocien.
Sa renommée rend ses vins presque intouchables, voici donc les quatre qui valent, sinon leur prix, du moins leur renommée…

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Le très accessible

Clos de Vougeot Grand Cru 2012 Domaine Faiveley

Grenat clair, sa robe surprend, mais l’habit ne fait pas le moine et le premier nez déjà envoûte par son élégance fruitée. Liqueur de griotte au poivre, framboise mâtinée de sureau, biscuit beurré nappé de gelée de groseille, tout appelle la gourmandise. La bouche suit le même mouvement, ajoutant quelques épices, la nuance grillée témoin de l’élevage. Les tanins se tissent en toile fine et soyeuse au toucher frais et gracieux. Son caractère amène le rende agréable dès la première gorgée.

La vendange en macération préfermentaire avant vinification pour partie en cuves tronconiques en bois. Cuvaison de 3 semaines. Élevage en fûts de chêne dont la proportion de 2/3 de fûts neufs varie selon les millésimes.

Superficie du Domaine Faiveley : 1 ha 28 a 69 ca
Production annuelle moyenne : 5 900 bouteilles
http://www.domaine-faiveley.com

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Le gourmand élégant

Le Grand Maupertui 2012 Clos-Vougeot Grand Cru Domaine Anne Gros

Sa jolie couleur grenat pourpre flatte l’œil et stimule le nez. Ce dernier n’est pas déçu, la chair de cerise noire éclate presque violemment, l’explosion révèle dans le même instant des fragrances de cacao et d’écorce d’orange, puis fusent encore le cassis et la framboise, le tout bien poivré. La bouche croque de fruit et l’étoffe tanique ressemble à un boutis maculé de jus suave, cousu de baies affriolantes, ourlé d’épices douces. Un vrai régal fruité dont la fraîcheur allonge le plaisir sans fin.

Au domaine la vinification reste traditionnelle et se fait en cuves ciments à revêtement époxy pour les rouges. Les températures maîtrisées s’adaptent en fonction de l’état sanitaire et du type de millésime. Les cuvaisons durent de 12 à 15 jours. Élevage de 16 mois dont 80 % de fûts.
Parcelle d’un seul tenant de 93 ares. Année de plantation 1905 (la régularité des repiquages donne en réalité une moyenne d’âge de la parcelle d’environ 60 ans).
http://www.anne-gros.com

index
L’austère au cœur tendre

Clos Vougeot Grand Cru 2011 Louis Max

Rubis brillant, il respire la chair de cerise et de burlat saupoudrée de poivre noir. Un nez qui inspire la bouche et l’incite à y plonger les lèvres sans plus tarder. Ce sont alors chapelets de fruits rouges qui déboulent en rangs serrés apportant autant de griotte, de cerise que de groseille et de framboise. Les baies s’égratignent sur la soie sauvage des tanins et donne à la fois relief et dynamique à l’architecture bachique.
http://www.louismax.com

Clos Vougeot Gerbet
Le malicieux

Clos Vougeot Grand Cru 2011 Domaine François Gerbet

Rubis pourpre, il se poivre le nez avec espièglerie. Il ne renie pas son cépage. Bien typé Pinot Noir, il sent la griotte et le burlat, la groseille et l’airelle, les baies couchées sur un lit d’aiguilles de pin. En bouche, le caractère fruité fait le forcing et se jette dans le palais avec entêtement. Légèrement hérissés, les tanins enveloppent de leur soie sauvage l’élan gourmand. Quelques épices terminent le mouvement. Un vin de plaisir coquin, à la fraîcheur taquine.

Macération préfermentaire à froid de 4 à 5 jours en cuves. Fermentation de plusieurs jours avec pigeages. Élevage de 18 mois.

Exploité par Marie Andrée et Chantal Gerbet, le domaine a été fondé en 1947 par François François Gerbet, originaire des Pyrénées.
http://www.vins-gerbet.com

terroir

Clos-Vougeot, une appellation sûre d’elle

Considéré de tous temps comme l’un des plus grands vins de Bourgogne, et témoin du passé cistercien de la région, le Clos de Vougeot est aussi un exemple type de l’organisation bourguignonne. Il résume à lui seul, toutes les complexités de la Bourgogne viticole, toutes ses subtilités aussi. Propriété exclusive des moines pendant six siècles, il est aujourd’hui dans les mains de plus de 80 propriétaires réunis au sein d’un syndicat de défense qui sert aujourd’hui de modèle aux autres appellations.
C’est pas gagné…

Ciao

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Marco


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Rentrée, clichés, champagnes et instantanés

Tandis que l’Europe vendange à tire-larigot, la rentrée est la cause de pas mal de remue-méninges de la part de nos chères copines attachées de presse pinardières en étroite liaison avec ce qu’il peut rester de bon dans le gratin journalistique. Il faut dire que les rituels médiatiques que nous impose sa très suffisante Majesté la « Consommation » (avec un grand C pour connerie), poussent nos donzelles pomponnées – certes, il y a aussi quelques messieurs – à rivaliser d’intelligence, histoire d’appâter le journalise et (ou) le blogueur, lesquels, comme chacun sait, se laissent facilement prendre par les sentiments vu qu’ils manquent singulièrement d’idées sachant qu’ils ont fait tout plein d’études savantes et que, à part les marronniers… Bon, passons. À ce propos, je remarque que de plus en plus les journalistes spécialisés en vins, consommation, tourisme, automobile ou autre élément important de notre vie quotidienne, se contentent de reproduire, on pourrait dire de recopier, le dossier de presse qu’ils viennent de recevoir. Quoiqu’il y ait des exceptions, avec de vraies plumes. Oui, vous le voyez, je suis plus qu’optimiste quant à l’avenir de notre chère profession.

Photo©MichelSmith

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Rien de nouveau me direz-vous, hormis le 11 Septembre qui est (aussi) le jour des indépendantistes Catalans, alors pourquoi s’attarder ? Et pourquoi s’alarmer ? Pourquoi crier haro sur le baudet comme on disait jadis dans feu la Gazette du Poitou qui se lisait du côté de Loudun (Vienne) au temps où je démarrais dans la Presse ? Ben oui, pourquoi ? Eh bien tout bonnement parce que la communication vineuse, à force d’ânonner ses thèmes éculés (qualité de notre vin au « top », louanges en provenance de tous les guides, poncifs habituels sur le terroir « béni des dieux », succès indéniable à l’international, dynamisme de l’équipe dirigeante, perspicacité des propriétaires, j’en passe et des meilleurs), quand elle arrive malgré tout à passer, c’est-à-dire à déclencher ne serait-ce qu’un rictus chez le journaliste avachi, cela se traduit le plus souvent par la déception qui conduit tout droit à un immense précipice, une vacuité désespérante.

Photo©MichelSmith

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Résultat, depuis  que je suis dans le vin, les invitations pleuvent au même rythme pour des grandes bouffes toutes ou presque localisées à Paris, bien entendu, pour des déjeuners huppées ou pas dans des restaurants plus ou moins branchés. C’est sûr, l’imagination n’est plus au pouvoir. En d’autres capitales, Londres, Bruxelles, Madrid, Rome probablement, la presse du vin doit elle aussi être très sollicitée et peut-être l’est-elle de la même manière. On s’étonne après que le vin ne bouge pas, qu’il reste figé sur ses codes, ses traditions. Signe de la dureté de l’époque, le temps béni où l’on vous proposait royalement le billet de train (ou d’avion) pour venir vous rincer l’œil et la bouche aux frais de la princesse est désormais révolu, du moins pour des petits loulous comme moi. Autre constat significatif, c’est le (ou la) Champagne qui se montre le plus actif dans la communication aussi inutile que coûteuse, suivi dans l’ordre par le Bordelais, la Bourgogne, le Rhône et l’Alsace.

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Mais pourquoi les maisons de Reims ou d’ailleurs se cassent-elles encore tant la tête à nous présenter chaque année un sempiternel « nouvel habillage » encore plus ringard que celui de l’an dernier pour vendre leur cuvée « cucul la praline », un « nouveau design » encore plus moderne de leur boîte en métal, un « pack », une cuvée « premium », un « coffret » encore plus révolutionnaire dans lequel, ô surprise, on aura glissé un gadget encore plus inutile que celui de l’année d’avant ? Vous voulez savoir ? Parce que tout simplement les revues professionnelles ou pas, comme les magazines spécialisés ou non, les quotidiens à la ramasse ou à la dérive, ou les blogs les plus minimalistes, manquent d’imagination.

Photo©MichelSmith

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Pourquoi encore ? Eh bien, parce qu’après avoir essuyé les plâtres lors de leur quinzaine de Septembre consacrée depuis des lustres aux « foires aux vins » où, avec quelques sommeliers stars, ils vont s’en mettre plein les fouilles en publicités de la GD, tous s’apprêtent à faire un nouveau banco digne du casino de la Principauté avec, je vous le donne en mille, « les champagnes de fêtes », « les bulles de Noël » si vous préférez. Eh oui, chaque année la même rengaine et les mêmes clichés reviennent à coups de pages de pub en Décembre pour causes de gueuletons bien arrosés. Deux périodes de l’année – Les Foires au Vins et les Bulles de Fêtes – où notre « grande presse » daigne nous causer pinard… Pour les services de presse, cette double occase est une aubaine qui ne se loupe sous aucun prétexte d’autant que, sans ces numéros spéciaux, les agences de ces messieurs-dames ne pourraient pas tenir.

Photo©MichelSmith

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Sinon, la rentrée c’est aussi le moment de faire le bilan. Sur le prix des terres à vignes, par exemple, comme le détaille l’excellent site du quotidien belge Le Soir, ou sur un film qui suscite bien des commentaires, notamment dans un autre excellent site, celui du Point. Non, je ne pourrai pas me rendre à la Table des Vendanges de Phélan Ségur, encore moins hélas au déjeuner du Champagne Boizel, mais je serai à l’écoute le 19 Septembre du Syndicat des Crus Bourgeois du Médoc qui révélera la liste officielle des châteaux sélectionnés pour le millésime 2012. Et pendant ce temps, j’apprends que les vignobles André Lurton viennent de nommer une nouvelle ambassadrice de charme, qu’Isabelle Brunet réintègre Monvinic à Barcelone, et que mes deux potes Jérémie, l’un dans le Muscadet, l’autre en Vendée, ont démarré leurs vendanges dans la bonne humeur.

Photo©MichelSmith

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Enfin, une bonne nouvelle sous forme de cocorico pour les gars et les filles de chez moi : les vins du Languedoc-Roussillon gagnent non seulement du terrain à l’export (en Asie surtout), mais ils se vendent de plus en plus chers. Grâce au travail de Sud de France Développement. Un peu aussi grâce au travail de quelques journalistes, non ?

Michel Smith


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Miscellanées: choses bues, vues et quelques pensées de cette fin d’été

Beaucoup de gens établissent des sortes de bilans vers la fin de l’année. Pour moi, c’est plutôt l’été. Car c’est souvent un moment propice pour laisser divaguer un peu son esprit, occupés que nous sommes (ou pas, c’est selon) par des activités différentes de celles qui nous tiennent en place le reste de l’année. Certaines idées se décantent ainsi. D’autres surgissent au gré de rencontres, de retrouvailles, de déplacements ou autres détours d’un esprit moins accaparé par le quotidien.

Il me semble aussi que je pense (si ce mot est approprié dans mon cas) mieux en marchant qu’en m’asseyant. Ou, plus exactement, en exerçant une activité physique, comme construire de murs en pierre ou rouler vite à moto. Ces activités-là, et d’autres pratiquées depuis un mois ou plus, m’ont aidé à formuler ces quelques joies, énervements et questionnements.

D’abord les joies

1). On peut aimer déguster un vin en solitaire, et même beaucoup. Dire que le vin est fait pour être partagé ne correspond pas toujours à la réalité. Si, par exemple, la personne avec qui on boit ne prête aucune attention au liquide que vous dégustez tous les deux, alors que vous le trouvez exceptionnel ou simplement bon, vous avez un moment de solitude de toute façon. Evidemment le partage d’un bon vin est aussi une joie, mais seulement quand cela marche bien.

2). Les paysages du Gers et ses vignes. Même si la vigne gagne des surface dans l’Est du département (j’y ai vu beaucoup de parcelles de très jeunes vignes) on n’est jamais dans une forme de mono-culture telle que le Médoc peut nous la présenter. De plus, les paysages sont ondulants, très variés, et souvent bien boisés par endroits, et les formes et couleurs des maisons augmentent la sensation de bonheur et de plénitude que j’éprouve en les traversant.

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En réalité, ces deux photos, que j’aime beaucoup, ne sont pas du Gers mais de la région autour de Barolo dans le Piedmont italien (autre très belle région viticole). Elle sont le travail d’une excellente photographe amatrice (aussi grande amatrice de vins), Lydie Jannot, que je remercie pour son autorisation de les publier ici. Voici un lien vers son site : 

http://lydiejannot.smugmug.com/Nature/Italy/

3). Les plaisirs procurés par des vins blancs assez vifs en été, et, en particulier, la vibration aiguë provoquée sur mon palais par bon nombre de rieslings allemands. Il n’y a pas qu’eux, mais j’en ai dégusté un certain nombre cet été.

4). La rapide multiplication de bonnes bières artisanales que l’on commence enfin à trouver un peu partout en France. Il y a deux ans, j’avais mentionné dans ce blog l’abondance de ces petites brasseries locales rencontrées lors d’un voyage estival sur la côte ouest des USA, tout en lamentant leur rareté en France.  Cela change assez vite dans le bon sens je trouve, et c’est tant mieux. On trouve de bonnes bières  même dans des supermarchés maintenant !

5). Une créativité croissante dans l’aspect visuel des étiquettes, même en France, pays qui a longtemps été bien trop terne dans son approche de l’habillage des bouteilles de vin. Voici un exemple, qui allie, à mon avis heureusement une approche traditionnelle avec un brin de créativité. Il fait dire que son appellation est assez conservatrice. Et le ramage valait aussi le plumage dans ce cas.

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6). L’excellence de la sélection de vins du caviste/grossiste Plaisirs du Vin, qui a des antennes à Agen, Cahors et autres places fortes du sud-ouest. J’y ai acheté une belle série de bulles (36 bouteilles et il n’en reste plus) pour notre consommation estivale : de Montlouis, de Vouvray, de Roanne, de Gaillac et de Limoux. Mais aussi, pour la deuxième année consécutive, 6 bouteilles d’un vin de Louis Barruol, son délicieux rouge intiulé Little James’s Basket Press, avec sa bonne fermeture par capsule à vis. J’y ai fait de convertis !

 

Maintenant quelques petits énervements, dont certains sont récurrents

1). La dictature des rosés pâles. Heureusement, dans le Sud-Ouest, on trouve encore une dominante de vins rosés dont la couleur assume sa différence avec celle des vins blancs. Mais la pâleur, et son corollaire aussi stupide qu’insidieux : « ce sont les rosés pâles qui sont les meilleurs, n’est-ce pas ? » (rengaine entendue plusieurs fois cet été, avec des variations), gagne inexorablement du terrain. Jusqu’à quand ?

2). La prétention et le jargon de certains communiqués de presse ou présentations d’activités. Oh, pas tous, bien sur, mais celle-ci est un assez bon exemple :

« X » is a Marketing and Communication Strategy Consultancy firm for prestigious international wine estates. Leveraging on a long experience and a recognized know-how, it helps the actors in the world of the fine wines to define and set up a new professional approach to develop their image on an international level.

3). L’attitude désinvolte et l’absence de connaissance du métier de bien trop de personnel engagé dans le service dans des bars ou restaurants. Il y a, bien entendu des contre-exemples, comme ce responsable de la boutique/bar-à-vins Repaire de Bacchus, rue Daguerre dans le 14ème de Paris, ou comme Jérôme, le sommelier/serveur du restaurant L’Horloge à Auvillar (82). Mais, pris dans l’ensemble, la qualité de service dans les établissements de, disons, moyenne gamme, en France, est un sujet de désolation.

4). En contre-point de l’article 4 dans la liste des mes joies estivales, je dois aussi pointer la terrifiante mainmise de deux groupes brassicoles et leur branches de distribution sur les mousses servies dans les cafés et brasseries des grandes villes. En gros, c’est Kro ou Heineken pour la bière de base (et je n’aime ni l’une, ni l’autre). Cela doit évoluer !

 Et, pour finir, une interrogation

Le travail reprend et, avec lui, les dégustations. J’ai le souvenir d’un excellent papier de Michel sur son approche actuelle à cet exercice ô combien délicate. Il disait avoir abandonné les dégustations « marathons ». Je dois justement en aborder une, qui sera en cours au moment ou vous lirez ces lignes : 200 champagnes en 2 jours. Je sais que ce n’est pas bien raisonnable et je n’en retiens ni fierté, ni autre chose que la simple nécessité économique et logistique qui nous impose de faire ainsi pour les besoins d’un article ou deux. Je ne crois pas que cela soit la meilleure méthode pour faire aimer des vins, mais comment faire autrement en étant juste (c’est à dire en donnant une chance à un maximum de candidats à la sélection)? Evidemment, cela sera à l’aveugle, mais nous devrons passer assez vite et le danger est, dans ces cas, que la puissance prime sur la finesse. On s’efforcera d’être vigilant sur ce point et le fait d’être plusieurs introduit une forme de garde-fou contre des moments inévitables de fatigue des uns et des autres.

Je souhaite d’excellentes vendanges à tous les vignerons, pour qui ce moment de l’année est critique, intense et révélateur.

 David

 

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