Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Surprenante Autriche

Quelle image vinicole a-t-on de l’Autriche ?
Des vignerons sympas qu’on ne comprend pas et qui font leur possible pour que leurs blancs ne soient pas trop imbuvables, qu’ils les vendent en bouteilles d’un litre et qui peuvent accompagner à la rigueur les Wienerschnitzel.

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OTT

Et puis on rencontre des vignerons comme Bernhard OTT. Une petite rue de Feuersbrunn au sein de l’appellation Wagram (pas la bataille), la porte franchie, on pénètre un autre monde et au fond de la cour, un lieu particulier, le chai d’élevage des amphores. La mode ne s’est pas cantonnée à l’Italie ou plus récemment à la France, l’antique contenant a fait des émules sur les rives du Danube.
Oh, je ne les évoque pas pour en faire l’unique éloge, juste pour dire qu’à un millier de kilomètres de nos habituelles visites, les vignerons ne sont guère différents, ils cherchent, se posent des questions, échangent avec leurs confrères proches ou lointains, offrent une gamme qui met en valeur leurs cépages locaux, sans toutefois nier les internationaux, ….

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Le Grüner Veltliner en vedette

Le G V est le cépage blanc le plus répandu en Autriche, on peut en faire un petit blanc sympa, légèrement frisant qu’on boit avec amusement et qu’on pisse pareillement.
Puis, il y a le Grüner Veltliner plus construit, plus concentré, qui accompagne les repas avec maestria. Enfin, le cépage se prête au vieillissement, aux expériences, c’est lui qui macère et s’élève en amphore. Un peu à la façon du Melon de Bourgogne injustement décrié (quoique que je n’en connaisse pas en amphore).
Bernhard en fait une flopée, le sol de lœss ou plus minoritairement de gravier leur est propice. Le Grüner Veltliner ne supporte pas la sécheresse et demande un sol riche.

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Quelques perles liquides

Fass 4 2013 Grüner Veltliner est comme le dit Bernhard « c’est une bonne entrée en matière, on peut le boire en mangeant ou simplement à l’apéro, il a suffisamment de saveur et de délicatesse pour assumer son rôle de bon compagnon »
Doré, il s’offre délicatement acidulé, son côté solaire déploie avec grâce ses fruits confits, ses arômes de tarte au citron, de poire au cumin. Le cumin ou peut-être plus le carvi est une épice assez récurrente dans les blancs issus du G V.

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Spiegel 2013 Feuersbrunner Grüner Veltliner 1er cru

Le printemps très chaud et la perte par millerandage d’une partie des grains a concentré le vin. Sa robe doré brillant égaye le Zalto (un autre verrier autrichien) dont l’orbe nous lance avec assiduité des parfums de grillé, de tabac blond, de thé rouge et de camomille. En bouche, de la gelée de coing s’étale avec joliesse sur les papilles. Le vin se rafraîchit grâce à la salinité qui renforce la faiblesse de l’acidité, encore épaulée par la fine amertume distillée par la camomille romaine.

Le même en 2012 s’avère plus aérien et muni d’un caractère plus vif quoiqu’une impression sucrée demeure due certes à l’orientation sudiste du vignoble. En finale, une originale saveur de fruits rouges, groseille et framboise, vient troubler notre discernement.

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Stein 2013 Engabrunner Grüner Veltliner 1er cru

Doré avec des reflets verts, il semble végétal au premier nez, mais c’est un végétal bien mûr qui exhale des parfums de reinette étoilée, de poire fondante. En bouche, il apparait plein, riche, avec une acidité peu marquée mais sapide et bien installée. Il y a aussi du croquant dû à la tension minérale et une longueur bien menée par la fraîcheur qui malgré sa faiblesse porte la pâte d’amande, la rhubarbe confite et la rose blanche jusqu’au bout de nos sensations.
Les vignes poussent dans des marnes déposées sur une roche calcaire.

Le même en 2012 déclare une légère exhalaison pétrolière associée à du foin et l’éclat minéral d’un silex.
Fermés, les 2012 se boiront après les 2013.

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Rosenberg 2013 Feuersbrunner Grüner Veltliner 1er cru

On monte encore d’un cran pour découvrir le nez élégant de meringue à l’orange et de tarte au citron, les deux bien poivrés. La bouche répond à l’élégance nasale et l’augmente d’une impression tannique une agréable amertume. Ici aussi le grillé vient engendrer une impression solaire. Bernhard nous révèle que la parcelle se profile en coteaux allongés composés de lœss et protégées par les vents par la coiffure forestière qui la surplombe, bref l’endroit le plus chaud. Il garde pourtant de la fraîcheur et est par conséquent à la fois solaire et crispy.

Le 2012 offre le même nez hydrocarbure que le Stein du même millésime, serait-ce un caractéristique ? Le vin est concentré, plein et nanti d’une densité aux accents sucrés. Il est à attendre comme ses pairs.

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Terminons par le commencement, le Qvevre Grüner Veltliner 2013 qui nous vient des amphores. La parcelle dont sont issus les raisins est le cru Rosenberg, mais seules les grappes les plus saines et les moins tanniques sont choisies. Les moins tanniques à cause de la longue macération. Les grains y restent 6 mois.
Trouble, parce que non filtré, il apparaît jaune tendre, le nez graphite et fruits confits. Un léger carbonique entame la bouche et fait ressortir le relief tannique et minéral. Le fruité s’enrobe d’un gras subtile et parfume la légère oxydation, une oxydation bien ménagée qui laisse le Grüner Veltliner pur.

Le même en 2012 apparaît plus expressif évoquant tout de go la rose fanée, l’écorce de cédrat râpé. En bouche, une amertume plus développée rafraîchit le palais mais laisse le vin droit et dynamique.
Bref, un autre monde auquel on peut adhérer et qui se rapproche des lunatiques vins orange…

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Les vins sont bios.
Voilà un autre écho autrichien qui fait suite à celui d’Hervé, il y en aura d’autres.

Ciao

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Marco


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Toscane : en quête de Sangiovese

Tout le monde connaît le cépage et, je m’en réjouis. Beaucoup l’adulent de par le monde. Pourtant, à moins de le réclamer avec insistance, je trouve qu’il n’est pas si évident que ça à trouver à l’état pur dans une bouteille. Cépage emblématique du Chianti, capable de prouesses, sa majesté il Sangiovese est présent partout dans le centre de la Botte jusque dans les collines de l’Émilie-Romagne, au nord de Florence. Mais il est toujours assez fortement concurrencé sur son propre terrain par le Cabernet Sauvignon, le Cabernet Franc, le Merlot et maintenant la Syrah qui séduit de plus en plus de vignerons Italiens. J’aime son fruit distingué, sa finesse, sa jovialité retenue et je sais qu’une fois en bouteilles, il est capable de faire preuve d’une très honorable longévité. Même s’ils sont de plus en plus nombreux à le remettre au goût du jour, allez expliquer ça aux aristocrates Toscans : c’est tout juste s’ils ne vous rigolent pas au nez avec dédain ! Partir à la recherche du Sangiovese n’est pas nouveau pour moi. Mon premier voyage en Toscane remonte aux glorieuses années 1980, lorsqu’un ami, lui-même natif de Toscane, Gabriele Cionnini, créateur en région parisienne de Castelli et Châteaux, boîte spécialisée dans la vente de vins italiens de qualité, se faisait l’apôtre des crus de la Botte en France et nous organisait des visites privées sur mesure chez ses clients du Piémont, de Toscane désireux de pénétrer le marché Français.

Ave Firenze ! Photo©MichelSmith

Ave Firenze ! Photo©MichelSmith

Récemment, deux copains amateurs de Pézenas, Clément et Bruno, ont eu la bonne idée en Octobre de me proposer de les accompagner pour un petit périple d’une semaine en Toscane. Ni une, ni deux, nous voilà partis pour résider au cœur du Classico, la Conca d’oro, comme on dit ici, où nous fûmes accueillis par un couple extraordinaire, Amandine et Tim. Amandine est directrice commerciale d’un gros domaine que nous irons visiter, tandis que Tim, un Anglais, est œnologue et accompagne vers le succès quelques domaines du coin. Pour ce voyage, nous avons volontairement choisi de nous concentrer sur le secteur du Classico sans pour autant nous priver de quelques échappées. Mais surtout sans faire appel au Consorzio Vino Chianti Classico. Cet organisme officiel, qui depuis 1924 regroupe 95 % des vignerons de l’appellation, cherche à protéger et à promouvoir les vins de cette appellation contrôlée (D.O.C.G. en Italie). Pas de rendez-vous fixés à l’avance, tout s’est décidé – improvisé même – spontanément sur place grâce à l’aide bienveillante de nos hôtes que je remercie au passage. En allant sur le site du Consozio, qui malgré le nombre de touristes francophones, n’est édité qu’en Italien et en Anglais, vous pourrez jeter un coup d’œil sur la carte répertoriant les domaines estampillés Gallo Nero (coq noir), la mascotte historique, de la banlieue sud de Florence au nord-est de Sienne en passant par des bourgs incontournables comme Greve In Chianti et Radda In Chianti.

La bande : Clément, Bruno, Amandine et Tim... Photo©MichelSmith

La bande : Clément, Bruno, Amandine et Tim… Photo©MichelSmith

Pourquoi le Classico ? D’abord parce qu’il fallait en faire un choix : visiter tous les domaines qui comptent dans le Chianti eut été utopique. Ensuite parce que le décret du Chianti Classico, contrairement au Chianti « tout court » qui peut être suivi de plusieurs noms de zones (Colli Aretini, Colli Fiorentini, Colli Senesi, Colline Pisane, Montalbano, Rùfina…), impose un minimum de 80 % de Sangiovese, le cépage principal du Chianti. Pour les 20 % restants, on peut ajouter des cépages locaux tels le Colorino et le Canaiolo, mais aussi, et c’est souvent le cas, des cépages Bordelais comme le Cabernet Sauvignon et le Merlot. Parfois, on a même l’impression qu’il y en a plus que le pourcentage requis, mais on ne va pas polémiquer là-dessus tant ils sont nombreux, chez les viticulteurs, à croire que ces cépages son locaux ! En Classico, il y a d’autres règles sur le degré, le rendement et l’élevage, par exemple, qui font que, un peu comme ce qui différencie un Bordeaux d’un Bordeaux Supérieur, le Classico est souvent plus distingué. Il existe même depuis peu un niveau bien plus haut de gamme – Chianti Classico Gran Selezione – qui positionne certaines cuvées très haut, tant en exigences d’élevages qu’en prix !

Gallo Nero et prises de notes... Photo©MichelSmith

Gallo Nero et prises de notes… Photo©MichelSmith

La zone concernée par le Classico, entre Florence et Sienne, est aussi la plus belle : les collines offrent de magnifiques points de vue, les forêts ne manquent pas et les villages, le plus souvent perchés, sont coquets et largement ouverts au tourisme. Plein de boutiques à découvrir et quantité de bistrots cachés. Faute de place, je vous laisse le soin de voir tout cela sur le Net, tant il est vrai que pour nous, ce qui importait dans ce voyage, c’était de remplir la mission qui nous nous étions fixée : rechercher et goûter le plus possible de cuvées de pur Sangiovese tout en goûtant aussi, plus souvent par politesse je dois le dire, d’autres vins suggérés par leurs auteurs. Aucun service de presse pour nous influencer et seulement 2 à 4 domaines visités par jour. En revanche, beaucoup de bouteilles achetées dans les boutiques – les villages n’en sont jamais à court… – ou commandées dans les restaurants, puis dégustées le soir à table où nos deux cuisiniers, Tim et Bruno, rivalisèrent de talents. On verra cela la semaine prochaine.

Un matin d'automne, entre Sienna et Firenze. Photo©MichelSmith

Un matin d’automne, entre Siena et Firenze. Photo©MichelSmith

Pour patienter, je propose un petit retour en arrière. Ma dernière expédition de ce type remontait à l’hiver 2009 où, en plus de producteurs très huppés avec des vins style « grands crus » – ici, Italiens et Américains parlent de « super toscans » comme d’autres de « super tankers » ! -, j’avais visité plusieurs domaines au sud de Sienne qui, au passage, reste ma ville préférée en Toscane. Là, pour résumer, comme toujours, se côtoient quatre appellations notoires : Brunello di Montalcino, Rosso di Montalcino, Rosso di Montepulciano et Vino Nobile di Montepulciano. Ces appellations (D.O.C. pour deux d’entre elles, D.O.C.G. pour le Vino Nobile et le Brunello) sont en principe exclusivement dédiées au Sangiovese, parfois mêlé à d’autres cépages locaux pour les simples D.O.C.). Le voyage d’alors était bien plus encadré et les rendez-vous fixés à l’avance. Là aussi, je m’étais fixé pour règle de bien cerner le goût du Sangiovese.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

La dégustation qui m’est restée le plus à l’esprit fut celle de l’Azienda Agricola Caparsa. Perdu au milieu des collines du Chianti avec 12 ha de vignes, Paolo Cianferoni, un brin écolo, est un puriste du Sangiovese qui travaille en bio. Le sommelier Belge Andy de Brouwer qui m’accompagnait alors, avait bien ressenti les choses en goûtant le Chianti Classico Riserva « Doccio a Matteo » 2003 (23 €) un presque pur Sangiovese (5% de Colorino) dans un millésime de canicule. Je le cite : « Le Sangiovese planté en altitude apporte la juste acidité à ce vin d’une riche complexité, axé sur les arômes animaliers. Le fruit est mûr et on devine la présence de petites cerises du Nord noyées dans l’eau-de-vie comme au temps de ma grand-mère. J’ai appris grâce à Paolo que le Sangiovese de bonne provenance aimait se faire attendre : les tannins s’assouplissent et l’acidité naturelle conserve le vin. Pour l’accompagner, je vois un perdreau en feuille de vigne et son jus de déglaçage parfumé d’un petit trait de cognac accompagné de quelques airelles sauvages ».

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Paolo Cianferoni, de Caaparsa. Photo©MichelSmith

Ainsi, avant de détailler pour vous la semaine prochaine les vins de mon périple de cet automne 2014, afin de vous mettre dans le bain, si j’ose dire, je vais m’autoriser une sélection des vins retenus par mes soins lors de mon voyage en 2009. Sachez au passage que Brunello est aussi le nom local du Sangiovese à Montalcino, tandis qu’à Montepulciano on l’appelle le Prugnolo Gentile. Parmi la dizaine de clones recommandés, il en existe un qui est spécifique à Montepulciano et qui porte le nom de BBS (Brunello Biondi Santi) car il a été développé à partir de vieilles souches de Sangiovese Grosso déjà sélectionnées pour leurs qualités et plantées à Greppo, le siège de la propriété familiale des Biondi Santi, au début du siècle dernier. Quand ils sont donnés, les prix sont d’époque, les millésimes aussi. Notez que les vins hauts de gamme sont à des tarifs élevés. Ce rapide tour d’horizon vous aidera peut-être, dans un premier temps, à établir votre circuit dans l’une des plus célèbres régions viticoles d’Italie avec le Piémont. Et je suis même allé jusqu’à vous faciliter la tâche : en cliquant sur le nom du domaine, vous aurez un accès à leur site.

Photo©MichelSmith

Lecoq est aussi sur la cave de l’Azienda Monteraponi, à Radda. Photo©MichelSmith

Carpazo 

-Rosso di Montalcino 2006 « La Caduta » – Nez sur la réserve, profondeur en bouche, harmonie, tannins mûrs et fondus bien présents. Potentiel de garde de plus de 5 ans pour ce pur Sangiovese tiré à 15.000 exemplaires.

-Brunello di Montalcino 2004 – Nez fin, complexe, épicé, note de café, le tout très aérien. Belle bouche puissante mais franche avec un fruité bien marqué et une acidité soutenue. S’achève sur des tannins corsés mais civilisés. Grande longueur.

Il Conventino 

-Rosso di Montepulciano 2007 – Rouge solide, tout en fruit, doté d’une bonne longueur. Très bon rapport qualité/prix/plaisir, il est commercialisé sur place à moins de 8 €. Bio depuis 1993, le domaine couvre 23 ha plantés en cépages locaux. Les bâtiments sont pour beaucoup consacrés à l’œnotourisme.

-Vino Nobile di Montepulciano 2001 – Robe légèrement brunie, nez envoûtant, le vin est massif, plein, ferme, tannique, prêt à boire après une mise en carafe. Là aussi une excellente affaire.

Majestueuse Sienne ! Photo©MichelSmith

Majestueuse Sienne ! Photo©MichelSmith

Tenute Silvio Nardi

-Brunello di Montalcino 2004 – Robe moyennement soutenue, nez intense, bouche soyeuse et tannins bien présents (réglisse) sur une finale fraîche. 100 % Sangiovese provenant de 55 parcelles différentes. Tirage : 16.000 bouteilles. Mon coup de cœur !

-Brunello di Montalcino 2004 « Manachiara » – Ce « matin clair » (12.000 cols) offre un nez assez sophistiqué et boisé (épices, vanille), sur une matière dense et serrée dotée de tannins prometteurs.

Biondi-Santi

-Brunello di Montalcino 2004 « Annata » – Robe rubis profond, nez floral, tannins prenants, épaisseur, bonne acidité, s’ouvre sur la minéralité et s’achève sur le fruit. 70.522 bouteilles mises en juin 2008 (72 €).

-Brunello di Montalcino 1983 « Riserva » – À peine tuilée, dépôt en suspension, notes de vieux tabac. Chaleureux, persistant, le vin prend son temps et distille sa finesse (490 € !). Liège changé en 2000. Traditionaliste, le dottore Franco Bondi Santi, décédé en 2013 à l’âge de 91 ans, continuait, lors de mon passage, d’inspecter ses 25 ha de Sangiovese Grosso patiemment greffé à partir de plants sélectionnés sur des vignes-mères plantées par son père. L’élevage est long et se fait en fûts slovènes, puis en bouteilles. La « Riserva » ne sort que dans les années exceptionnelles. Cyprès vénérables et magnifiques terrasses, ce domaine historique est fort bien conservé par les enfants de Franco.

Avis affiché à l'attention des touristes ! Photo©MichelSmith

Avis affiché à l’attention des touristes ! Photo©MichelSmith

Il Greppo

-Vino Nobile di Montepulciano 2006 – Pur Sangiovese, nez légèrement mentholé, superbe matière charnue en bouche, de la densité, mais aussi beaucoup de fraîcheur et de longueur. Le domaine, 15 ha de vignes face à la vallée de la Valdichiana, propose des appartements à louer, ainsi que des repas à la ferme.

Avignonesi

-Vino Nobile di Montepulciano 2006 – Tiré à 300.000 exemplaires, (85 % Sangiovese – ici on préfère dire Prugnolo Gentile -, 10 % Canaiolo et 5 % Mammolo), c’est le vin-phare de cette légendaire maison. Nez sur la finesse, bouche altière, grande fraîcheur en dépit de la chaleur du vin servi, de l’alcool (14°) et du temps d’élevage (18 mois) sous bois. Sur les millésimes plus récents, comme 2011, la fiche technique annonce un cent pour cent Sangiovese.

Castello di Ama

-Chianti Classico 2006 « Bellavista » – Marco Pallanti, œnologue (à l’époque président du Chianti Classico) et son épouse Lorenza Sebasti, continuent sur leur exigeante lancée pour faire de ce château (en réalité un hameau ceint de 90 ha de vignes, dont du Cabernet Franc, 40 ha d’oliviers, le tout à 500 m d’altitude) un incontestable grand cru. Pour sa 25 ème vendange, il nous offrait un Classico armé de l’un des plus beaux nez du Chianti. On y sent la profondeur de la terre, mais aussi des touches de laurier et de sous bois. Magnifique en bouche, avec une sensation de rythme, d’élevage attentionné et de tannins proches de la perfection. Mais il y a un peu de Merlot. Autour de 10 % ? Vous le saurez au prochain numéro car j’ai revisité cette propriété… et surtout son restaurant !

Le grand cru d'Ama ? Réponse Jeudi prochain ! Photo©MichelSmith

Le grand cru d’Ama ? Réponse Jeudi prochain ! Photo©MichelSmith

Fèlsina

-Chianti Classico 2007 « Berardenga » – Pur Sangiovese, robe d’un rubis profond, souplesse en attaque, densité, petits fruits rouges confits, tannins présents mais discrets, assez proches du raisin, finale discrètement boisée, belle fraîcheur et grande longueur. Le domaine couvre 120 ha.

-IGT Toscana 2005 « Fontalloro » – 40.000 flacons d’une vieille vigne de Sangiovese à 400 m d’altitude. Robe soutenue, bouche austère, dense, minérale, serrée, longueur, fruité en finale.

Fontodi

-Chianti Classico 2006 – Fraîcheur en bouche, densité et longueur, ce Sangiovese, tiré à 170.000 exemplaires, est très représentatif de ce beau millésime. Au sud de Panzano, le domaine compte 70 ha de vignes en agriculture biologique.

-IGT Colli Toscana Central 2006 « Flacianello » – Après un 2005 assez corsé, cet autre Sangiovese est des plus complets : très belle robe, élégance au nez, fruité pur, longueur.

Coucher de soleil sur Siena... Photo©MichelSmith

Coucher de soleil sur Siena… Photo©MichelSmith

Tenuta La Novella

-Chianti Classico Riserva 2006 – Une révélation que ce rouge à 80 % Sangiovese au boisé chic et fondu. Notes de vieux cuir et de fruits rouges bien mûrs, puissance, longueur, on peut patienter 5 ans. Il aura fallu 10 ans à l’entrepreneur Français François Schneider pour rénover ce splendide domaine bio (12 ha de vignes et 34 ha d’oliviers) à 16 km de Florence et à 500 m d’altitude, conseillé par Stéphane Derenoncourt.

Mazzei

-Chianti Classico 2006, Castello di Fonterutoli – Une fois de plus un fort joli nez sur ce millésime, large, élancé et très frais en bouche. Tiré à 50.000 exemplaires, à 90 % Sangiovese et 10 % Cabernet. La maison compte trois domaines, un au cœur du Chianti, un autre sur le versant maritime et un en Sicile.

Marchesi Antinori

-IGT Toscana 2006 « Tignanello » – C’est le plus Sangiovese (80 %) de la carte de cette grosse maison connue dans le monde entier. Best seller avec au moins 300.000 flacons, le solde de l’encépagement se fait avec les deux cabernets. Robe dense, profonde, nez épicé, attaque franche, notes herbacées, fond de fruit équilibré, soyeux et persistant. Le style reste très international, sans surprises. Son frère, le « Solaia », n’est vinifié que dans les grandes années et il est dominé par le Cabernet Sauvignon (20 % de Sangiovese). Au sud de Florence, depuis mon voyage de 2009, la visite d’une nouvelle cave s’impose : architecture, musée, restaurant, boutique, elle est magnifiquement intégrée dans le paysage, tel un navire à quelques encablures de l’autoroute.

N’oubliez pas de vous rebrancher Toscane Jeudi prochain, pour d’autres découvertes dans le Chianti Classico !

A presto !

Plaisir du matin italien : un merveilleux café doré Photo©MichelSmith

Incontournable plaisir du matin italien : un merveilleux café cuivré ! Photo©MichelSmith

            Michele Smith


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Klosterneuburg ou une excellente raison d’aller à Vienne

Tout près de Vienne se trouve la plus ancienne cave de vin d’Autriche, et une des plus anciennes au monde: Klosterneuburg, qui fête cette année ses 900 ans.

Mélange d’abbaye et de palais (l’Empereur Charles VI voulait en faire son Escurial), cet immense bâtiment, qui abrite toujours des prêtres, contient un des trésors de l’humanité, le retable de Verdun; sa décoration baroque est également impressionnante.
L’amateur de vin, lui, s’intéressera bien sûr davantage à la Vinotek, et à la visite des caves. Le chai est situé dans un ancien couvent.

 

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Klosterneuburg vu des vignes (Photo Stift Klosterneuburg)

Bref, ne serait-ce que pour le bâti imposant et chargé d’histoire, Klosterneuburg vaut une visite  pour quiconque passe quelques jours à Vienne. L’endroit est aisément accessible en train ou en bus.

Mais les vins aussi méritent le détour, d’autant que l’abbaye possède des vignes dans plusieurs appellations proches de la capitale – y compris Vienne; ce qui permet d’avoir un aperçu assez large du potentiel de la région en rouge comme en blanc.
Ceci explique aussi que malgré une production importante (de l’ordre du million de cols), et la clientèle touristique, on ait affaire à des vins de grands classe. Chaque parcelle est récoltée et vinifiée séparément, les volumes de chaque vin étant comparables, pour la plupart, à ceux d’entreprises familiales. De plus, la précision quasi bénédictine (ou plutôt augustine) que l’équipe de Wolgang Hamm apporte au vin, depuis la vigne jusqu’au chai, est digne d’éloges.

Au choix, on dura que le vigneron est inspiré par le lieu, ou qu’il a foi… dans ses compétences.

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Wolfgang Hamm, le directeur du domaine (Photo (c) H. Lalau 2014)

 

Voici ma sélection.

Wiener Gemischter Satz DAC 2013

Belle finesse, vif, fruit blanc, du plaisir immédiat mais aussi du volume et de l »expression en bouche. Un vin qui donne raison à Jean-Michle Deiss; la complantation, cela peut donner de très bons résultats. Ici, au Nussberg, on ne l’a jamais abandonné. Au mpoint qu’on ne peur même pas savoir les pourcentages des différents cépages employés. 15/20

Grüner Veltliner Réserve 2013

Cen vin de vieilles vignes, vendangé début novembre, fermenté en fût a été laissé sur ses lies jusqu’en mai.
Son nez feuille de laurier est encore un peu fermé, la bouche est plus expressive – épices, anis, et joliment saline en finale. Un vin très concentré, à attendre. 14/20

Riesling Franzhauser 2013

Vignoble orienté sud, très pentu, sur sols de grès.
Confiture d’abricot et de mirabelle, menthe, complexe au nez; en bouche, cédrat confit, un très bel équilibre entre gras et  acidité, finale longue et délicate. A10 euros la bouteille (prix sur place), c’est un excellent rapport qualité prix. 16/20

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Zierfandler Rotgipfler Gumpolskirchen 2013

Ces deux cépages se complètent très bien: le bel arôme d’agrumes (bergamote et mandarine) et l’acidité  du zierfandler, le volume et le gras du rotgipfler. Ce côté aigre doux souligne une belle matière mais le vin garde quelque chose d’aérien; devrait exceller sur des sushis. 16/20

Weissburgunder Junghernn 2013

Calcaire et terre brune. Bonne attaque vive et ronde à la fois, sans aucune lourdeur, jolies notes de verveine et d’angélique en finale. 15/20

Saint Laurent 2012 Austich

De la famille du pinot noir, ce cépage serait venu d’Alsace; puissant, ce vin présente un joli nez un peu sauvage – airelle, résine de pin; en bouche sa belle acidité vivifie un fruité rouge et noir, assez gourmand. 15/20

Pinot noir 2012 Réserve Wien

fumé au nez – un petit côté rustique (dans le bon sens du terme). Bien mûr pour un pinot, il présente un nez très ouvert de griotte, de cannelle, de cèdre,; la bouche, elle mélange le bois des îles, le caramel, la cardamome; il a un côté sylvestre; le bois (barriques de bois français et autrichien) est très bien fondu. 15/20

 

Commandes en ligne: Onlineshop

Hervé Lalau


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Coins cachés en Rhône nord (seconde partie)

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Journée calme

On en profite pour aller au marché se procurer quelques spécialités. Nos paniers après repérages et causettes avec les ambulants regorgent de caillettes, ravioles aux herbes, de rigottes de Condrieu et d’une belle pogne de Romans (grosse brioche à la fleur d’oranger). Quelques légumes et fruits complètent notre bel assortiment.
Je ne résiste pas à livrer deux accords du soir à s’en lécher les babines

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Caillettes réchauffées et Les Pends rouge Domaine de Entrefaux
Les grosses boulettes adoucissent la petite austérité du vin, en détaillent le minéral. L’amertume gracieuse du vin met en évidence toutes les épices et le goût du mélange de viande de porc et de foie, puis se rafraîchît au contact de l’épinard, sublime le goût légèrement terreux de la blette, puis offre son fruit pour les confire dans le gras du cochon.

Rigotte moyennement affinée et Les Terres Blanches 2012 Domaine Belle à Larnage
Le vin, au tranchant d’un axe minéral bien net, atténue l’exubérance du fromage, efface son sel et révèle ses arômes de pierre à fusil, de noisette et de pâte d’amande, du zeste de citron jaune apparaît en fin de bouche.

Enfin un peu de culture

33ROTIE-CONDRIEU_anthique-MuseeStRomain©Paul Veysseyre
Le temps est un rien couvert, mais il fait sec et chaud, l’occasion rêvée d’aller se rafraîchir et s’instruire au musée gallo-romain de Saint Romain en Gal. En face de Vienne, le musée évoque le moment où Vienna était une riche cité et la capitale d’un vaste territoire qui couvrait le Dauphiné et la Savoie et s’étendait de chaque côté du Rhône. Un bâtiment très actuel tranche avec les 7 ha de vestiges de la colonie romaine. http://www.musees-gallo-romains.com/saint_romain_en_gal

En route pour le Palais

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Un gros rayon de soleil transperce les nuages et nous indique la direction suivre, Hauterive. Là, au cœur du village, gît le Palais Idéal du Facteur Cheval, ça ne nous change pas trop des vestiges du matin… Le style, s’il y en a un, tarabiscoté, est tout à fait fascinant. La richesse des détails nous enivre, les géants nous impressionnent, les écrits nous font rires «DEFENSE DE RIEN TOUCHER». Un temple tellement kitsch qu’il ressemble à une poésie minérale ou l’insolite côtoie le rêve en une illustration naïve qui réveille en nous un monde imaginaire. On a grimpé partout, on lui a tourné le dos, on y a joué à cache-cache, on a tout lu, puis on s’est assis devant, fatigués de tant d’éléments. On s’est baladé dans le village, histoire de prendre du recul, de s’échapper de l’emprise onirique jusqu’au du concert du soir, les places sont réservées.
http://www.facteurcheval.com

La journée des sensations fortes

Véritable cachotier, papa nous a prévu un vol en gyrocoptère (pas sûr que ça vole vraiment c’est engin là…). Une bonne quinzaine de minutes d’émotions, le temps de survoler le château de Crussol et jeter un œil, de haut, au vignoble des Royes dont la blancheur luit au soleil du matin. info@rhone-crussol-tourisme.com
De retour sur le plancher des vaches, direction le Domaine Courbis, propriétaire des Royes, rare endroit calcaire perdu au bout des granits de l’appellation Saint Joseph. Laurent Courbis nous accueille, on lui montre la photo prise, minuscule image d’un entonnoir géant. Il propose de nous y emmener, puis revenir déguster les vins. Vu du bord, le vignoble est encore plus vertigineux qu’en l’air. Ça doit glisser cette cagnasse. Laurent confirme.

Les Royes vu du ciel MVH
Les Royes blanc 2012 St Joseph offre sa richesse aux senteurs de miel d’acacia et de fleur d’amandier, gourmand et juteux de fruits blancs avec de la fraîcheur, une arrête minérale. Les Royes rouges 2012 ont ce parfum suave aux accents de confiseries à la violette qui nous ravit tant. Encore sauvage, il mort à pleines dents dans la prunelle et la cerise noire, mais déjà nous fait un sourire charmeur chaud d’épices et d’impressions fumées. http://www.vins-courbis-rhone.com
La voiture résonne d’explications, de commentaires, de paroles en l’air, de précisions, le dîner et la soirée risquent d’être agités.

Le train, ça vous dit ?

Le Mastrou (1)MVH
Il s’appelle le Mastrou, il a 120 ans et va de Tournon sur Rhône à Lamastre. On le prend à 10 h et en moins de 2 heures, il nous monte au marché du mardi. On le reprend à 15 h. On emmène Djibou.
Tout à l’avant du train, on observe les cheminots, le feu ronfle, de temps en temps le sifflet nous fait sursauter et hurler le chien. Je suis heureux d’avoir mis un tee-shirt sombre, la cheminée nous envoie des escarbilles, minuscules fragments de suie qui impriment d’un trait leur trace noir de fusain. Nous voilà enfin arrivé. Le centre de la petite ville grouille de monde. On se prend quelques Picodon et un saucisson, le Saint Joseph Domaine Gonon blanc 2012 ira à merveille sur les deux.
http://trainardeche.fr http://www.lamastre.fr
Retour au Rhône et détour à pied par le sentier des Tours qui domine Tournon et s’échappe vers le fleuve. Une jolie promenade apéritive avant le resto Le Comako créé il y a peu par le chef Jérôme Feix.
À Tournon, le St Jo est roi, Le Paradis Saint Pierre Saint-Joseph blanc de Pierre et Jérôme Coursodon nous vient comme une évidence sur la Pintade de la Drôme, haricot coco et pied de cochon, enfin quand je dis «nous», c’est surtout mon père qui dit…
Son onctuosité nous plaît, un paradis riche comme il se doit. La pintade n’en revient pas. Le fruit domine, avivé par la fraîcheur citronnée et mêlé d’épices, il fait de la volaille une exotique pastilla. Sa structure minérale en impose et sa texture légèrement ligneuse, il est élevé en barriques, entrent en harmonie avec les haricots et le cochon. On se régale.
Pour qui a pris Le Filet de Canard, l’extraverti Les Pierres Sèches rouge d’Yves Cuilleron fait s’envoler le volatile vers un nirvana gustatif qui ne compte plus les nuances fruitées et épicées.

https://fr-fr.facebook.com/comakorestaurant

Demain, on fait plaisir à maman

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On débute la journée par une balade à cheval à la découverte du pays de Crussol. On y passe la matinée, partant des Ecuries de Bressieux à Saint-Romain-de-Lerps on se rapproche du Rhône pour ensuite repartir vers notre lieu de départ. Moi, j’ai l’air assez gauche, pas l’habitude. Maman, c’est la classe.
http://www.ecuriesdebressieux.com
On reste nature en poussant jusqu’aux Jardins Paysagers la Terre Pimprenelle, un hectare de fleurs, de plantes, d’arbres et d’arbustes. Maman pourrait y passer des heures, nous ça nous creuse.

https://sites.google.com/site/jardinlaterrepimprenelle/

Il y a une expo d’art contemporain au château de Tournon, on y passe avant d’enfin manger un morceau. Je ne sais ce qui creuse le plus, le grand air ou la culture.
Nous sommes tous très heureux de s’asseoir à la terrasse du Bistrot des Clercs, l’établissement de Laetitia Chabran. On y sert une cuisine généreuse qui nous rassasie tout en nous apportant un grand plaisir. http://www.bistrotdesclercs.com
C’est le moment de faire le bilan. Les vacances sont déjà finies et il nous semble n’avoir rien vu. Les pieds de plomb, on les a cette fois pour rentrer à la maison. On ne s’imaginait pas, ma sœur et moi, un nombre aussi considérable d’activités diverses.
C’est dit, on reviendra, déguster d’autres vins, visiter d’autres lieux, surtout qu’on n’a pas fait de bateau…

http://www.condrieu-coterotie.com
http://www.ht-tourisme.com
http://www.rhone-crussol-tourisme.com
http://www.vins-rhone.com
http://www.vins-rhone.com/fr/rhonescapade

 

Ciao

Picodon

 

Marco


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Give me Five

Non, ce n’est pas le vin des 5 du Vin, mais le 5 du Mas de Bertrand 2012, un joli Montpeyroux dégusté lors des dernières Régalades.

Pourtant, avec son beau nez de Syrah bien mûre, sa bouche qui oscille entre le cuir, le cassis et les épices, la fermeté et la jovialité, on dirait presque le portrait collectif de notre valeureuse équipe. A vous de retrouver les caractéristiques de chacun…

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C’est l’alibi tout trouvé, en tout cas, pour vous dire à quel point je crois dans ce cru.

Je ne suis pas trop sûr que toutes les appellations communales souhaitées par le Languedoc prendront vie un jour – moins pour des raisons de contenu, d’ailleurs, que pour des raisons de potentiel de production (certaines ne comptent plus que 4 ou 5 vignerons, et se font grignoter par la ville…).

Mais Montpeyroux, si. D’ailleurs, pas mal de gens sont déjà persuadés qu’elle en est une, d’appellation communale. Languedoc Montpeyroux ou Montpeyroux tout court, la belle affaire!

C’est l’occasion pour moi de rappeler à tous les décideurs, à tous les définisseurs, à tous les tamponneurs, que le terroir était là avant eux, que le vin était là avant eux, et qu’il le sera encore après eux.

Hervé Lalau

 

 

 


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#Carignan Story # 247 : Spécial tajines

Vacances, travail, loisirs, passions, faudrait choisir si l’on écoute les gens sérieux. Pour ma part, lorsque je suis en vacances, je « travaillotte » et je n’y puis rien, c’est comme ça.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

 

Retour du Maroc où j’étais allé me promener peu avant l’automne, quelqu’un d’aimable m’a fait remarquer que le Carignan « Beauvallon » que je disais avoir dégusté lors de mon premier dîner à Fès en compagnie d’un superbe tajine de légumes, n’était autre que le frère siamois du Domaine Riad Jamil, déjà chroniqué à deux reprises dans ces pages : ici, par exemple, et une seconde fois là. Vous allez me dire que ce n’est pas du vrai journalisme que je vous sers là, que j’ai des marottes, que les vins des Celliers de Meknès sont bigrement favorisés dans mes articles et que probablement je suis payé par l’Office du Tourisme Marocain. Je n’y peux rien, les gars, j’vous l’jure sur la tête de ma Mère, car cette grosse entreprise de Meknès est la seule, à ma connaissance, à vinifier un pur Carignan. Celui-ci semble être un de leurs fleurons. Si vous en connaissez un autre, je vous en prie écrivez moi !

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Pour vous, je l’ai donc goûté par deux fois auparavant, dans les millésimes 2008 et 2009, sans grand enthousiasme d’ailleurs. Là, j’ai bu un 2011, toujours dans le cadre de cette A.O.G Beni M’Tir qui ne garantie que ce qu’elle veut bien garantir. Comme les choses du vin sont compliquées au Maroc, en relisant mes notes d’un voyage effectué il y a douze ans, je me demande si le Carignan « vif, simple et direct » (notes prises à l’aveugle) goûté alors avec la mention sur l’étiquette « Campagne 2001/2002 » et que je conseillais de boire « d’ici un an ou deux » ne rentre pas dans l’assemblage de ce « Beauvallon » qui semble avoir un confortable tirage vu qu’il est présent un peu partout dans les rares boutiques de vin que compte le royaume, mais aussi dans les restaurants Marocains de notre Hexagone où le couscous reste un met incontestablement populaire. Par deux fois, je n’ai pas été enthousiasmé (je me répète…), et puis là, je le goûte in situ, dans son pays natal, non loin des murailles de Meknès, à une table princière à 30 ou 40 km des vignes, servi avec gentillesse par un sommelier qui dit ne pas avoir le droit de goûter le vin. Résultat, je le trouve bon, honnête, sincère.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Est-ce le décor grandiose de Fès qui s’étale à mes pieds ? Est-ce l’enthousiasme de ses habitants ? Est-ce mon humeur positive ce soir-là ? Est-ce le millésime ? Est-ce le prix presque dérisoire du vin ? Allez savoir… D’abord, mon sommelier a accepté sans broncher de mettre ce 2011 à température. Porté au nez, je lui trouve de fines notes de garrigues qui me rappellent mon pays d’adoption. Il est fait un peu à la manière d’un Corbières de belle facture : vieilles vignes, macération carbonique classique, presque comme à La Voulte Gasparets, élégance en moins, élevage sans excès en barriques pas trop neuves, puissance raisonnable, chaleureux mais avec une pointe de fraîcheur, tannins rustiques, il rempli bien son rôle de compagnon de cuisine modérément épicée. Qui a dit que le vin était toujours meilleur bu sur place ? Après tout, c’est peut-être pour cette raison que je me suis installé dans le Midi.

Michel Smith


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Les tribulations de la famille Vanwijn : coins cachés en Rhône Nord (épisode 1)

Article paru dans In Vino Veritas n°168

Les aficionados des plus belles syrahs du monde sauteraient de joie à l’idée de passer leurs congés près de Tain l’Hermitage; c’est le cas du père Vanwijn, bien sûr. Mais ma soeur et moi, nous avons décidé de faire la gueule tout le trajet. On nous dira « pourquoi tant de haine? » C’est simple: qu’il y a-t-il à faire dans le nord du Rhône? Papa a beau raconter tout ce qu’il veut, on ne l’écoute plus. Même Djibou, notre chien, n’a plus quitté son panier. Mais c’est décidé, on part demain tôt dans la matinée.

Arrêt antidépresseur

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Arrivé en début d’après-midi à Tain l’Hermitage, la voiture s’arrête au bord de la N7. Plongez dans nos jeux, la musique hurlante, il faut nous secouer pour nous rappeler à la réalité. Pause chocolat, ça vous va ? Hurle papa. Eberlués, on contemple le tout nouveau bâtiment de la Cité du Chocolat de Valrhona. Il ressemble à une grosse boîte de pralines. Ma sœur reste tétanisée devant le mur végétal de la façade principale, la nature elle aime. Bon, on entre ? Et tout de go comme un ado, notre père nous inscrit à l’atelier dégustation, 2 heures de pur bonheur, manque plus que les lunettes roses pour se croire perdu sous les tropiques. Provisions faites à la boutique, on sort le sourire enfin retrouvé. Après une telle thérapie, on est prêt à réaffronter la vie. Papa ne s’y trompe pas et nous emmène dans une autre boutique, celle de la Maison Chapoutier. Les hauts verres scintillent et se remplissent de quelques Crus, il nous faut une Syrah qui va avec le chocolat. Le Cornas Les Arènes 2010 semble tout indiqué, d’ailleurs, il fera une bonne partie du repas de demain. Puissant, mais aussi gourmand, il se parfume de fruits noirs bien mûrs, il est suave et bien épicé, les tanins bien présents, de quoi bien agrémenter une côte à l’os puis de le confronter à d’autres tanins, ceux de quelques crus Valrhona. Le choc risque d’être à la fois impressionnant et délicieux.

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Valrhona pour qui ne connait pas est une chocolaterie créée à Tain l’Hermitage. Cette étape incontournable pour les gourmands s’est dotée depuis 2013 d’un espace dédié au chocolat et ouvert tous les jours.

Au milieu de l’avenue Paul Durand, l’artère qui mène à la gare de Tain, se trouve le Caveau M. Chapoutier.

Manger, puis dormir

Avant de rejoindre notre lieu de séjour perdu au milieu des vignes, on fait un saut à la Cave de Tain qui possède un intéressant caveau didactique. Quelques Saint Péray effervescents viennent compléter nos achats. Ils ne feront pas la semaine, frais, aux arômes de fruits blancs sur lit minéral, ils accompagneront nos mises en bouche de fin de journée. http://www.cavedetain.com

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Entretemps en route, c’est pas loin, pour le Mangevins, c’est dans la même avenue que le Caveau précédemment visité. Vincent Dollat et son épouse Feiko y officient. La cuisine, on peut appeler «fusion», comme la Fleur de Courgette et escargots en tempura qui possède certes un accent de chez mais avec une nuance nippone. Le Condrieu 2012 de Pierre Gaillard accepte l’exotisme, rafraîchit le gastéropode et nuance de violette la fleur de courgette.
En route pour notre logement. On occupe un gîte à Chanos-Curson perdu au milieu du vignoble, La Farella. La piscine nous fera un bien fou avant un repos bien mérité, mais pourquoi tu ne nous a rien dit papa ? J’ai tout expliqué, mais vous n’avez rien écouté. Ça vous a fait de belles surprises pour cette première journée. Il y en aura quelques autres, elles s’égraineront tout au long de notre séjour tant redouté. Bonne nuit.

Sport ou culture ?

Bien évidemment ma sœur voudrait enfourcher son vélo et parcourir les collines alentours. Moi, un petit saut au musée archéologique de Vienne me plairait plus. La décision est simple, si le temps n’est pas trop chaud et peu de vent, on fait du vélo, j’ai un bon contact explique mon père. Si le climat nous fait des caprices, direction le musée termine papa. Demain, on nous prévoit une température de cycliste…

Rendez-vous au Domaine Habrard à Gervans, pour parcourir l’appellation Crozes-Hermitage. Fabien Louis, notre guide, nous attend derrière ses vélos électriques, ma sœur a le sien.
Voilà un engin que je n’ai jamais essayé, paraît qu’avec cette modernité les côtes se montent les doigts dans le nez. Comme tout voyage oenotouristique et culturel pour son petit cour de géologie tout au long de la promenade, on démarre avec une dégustation des vins du domaine d’accueil. Laurent Habrard nous montre la différence entre les Marsanne expressives plantées sur lœss en Crozes et la puissance retenue du même cépage qui pousse aux Roucoules en Hermitage.

Les fourmis nous démangent, en route

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C’est le moment choisi pour présenter l’entité aux étrangers, nous et une poignée bigarrée d’Allemands et de Hollandais qui n’y ont jamais mis les pieds. Cépages, sols, style de vin sont décrits par Fabien Louis, également sommelier qui tient à Thain un bar à vins, Des Terrasses du Rhône http://www.ausommelier.com http://www.baladesviticoles.com
En route, c’est parti pour 500 m et premier arrêt, histoire d’admirer la portion la moins connue de l’appellation, les granits qui en occupent toute la partie nordique et qui se termine avec la colline de Thain, aire de l’Hermitage. Ça monte, ça descend, on s’arrête de temps en temps pour souffler, prendre quelques photos, admirer le travail des vignes.

L’ascension jusqu’à Larnage

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Au milieu des monticules granitiques gît une particularité géologique qui se mérite, vélo électrique ou pas, le miens ne devait pas être branché, et c’est au bout de plusieurs lacets qu’enfin on accède à ce terroir écrit en vert sur fond blanc. Le sol gris blanc très clair est assez impressionnant, composé de kaolin, une argile complètement altérée qui s’emploie dans la fabrication de la porcelaine. Un terrain assez rare et encore plus rarement planté de vignes. Il donne des vins droits, presque austères, tendus par l’acidité due à la forte teneur en silice. Les Domaines Belle et Rémizières y ont plusieurs parcelles, comme René Jean Dard et François Ribaud (Dard & Ribo) qui en font la mythique cuvée K. On y passera goûter tout ça.

Folle descente

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En rasant la colline de l’Hermitage, ce qui permet d’en admirer de près les enseignes hollywoodiennes…
Les granits nordiques nous laissent pour les anciennes terrasses du Rhône d’altitudes décalées, nous ce qu’on voit c’est que ça descend et on est bien content. Au décrochage entre ces deux espaces plans apparaissent quelques pentes argileuses du côté de Mercurol. C’est le terroir des Pends qui donnent des vins minéraux, argile tu m’entends, mais bien enrobés de chair, frais. Le Domaine des Entrefaux en tire un joli parti. Les Crozes Hermitage Les Pends blanc et rouge viendront remplir notre escarcelle.

Enfin les Châssis

Arrive la plaine des Châssis, celle qui abrite quelques domaines réputés comme Le Clos des Grives de Laurent Combier http://www.domaine-combier.com ou encore Alain Graillot avec aujourd’hui son fils Maxime qui tient la barre http://www.alaingraillot.com . Les vins y sont certes plus solaires, plus puissant, mais leur structure minérale leur apportent fraicheur et élégance.
La balade se termine autour d’un verre, celui de l’effort fourni, histoire de nous réhydraté, celui de l’amitié, histoire de trinquer aux belles appellations et au terroir dans les jambes.

Demain repos !

Ciao

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Marco

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