Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


3 Commentaires

Quand la Savoie m’appelle, je fonce (3 ème et dernière)…

(Troisième partie : les rouges veillent)

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Rappel : ces derniers jeudis, je vous ai brossé un portrait personnel, compressé et rapide de ma trop courte visite entre Suisse et Savoie. J’aurais aimé rester plus longtemps, aller au fond des choses, être complet, faire mon métier en quelque sorte. Mais, faute de moyens, j’ai pris ce que les gens ont bien voulu m’offrir avec générosité. Vignerons, amis, je les remercie de m’avoir donné cette occasion d’entrevoir un fragment de Savoie, province que je n’avais pas revue depuis 20 ans au moins. Avec plus de temps, j’aurais voulu découvrir les châteaux de Ripaille ou de la Violette, aller chez les Dupasquier, goûter tous les Quénard, les Trosset, les Ravier, visiter un ou deux négociants, une ou deux caves coopératives, que sais-je encore.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

En Savoie comme ailleurs, on n’oublie jamais les rouges. Il y a 25 ans, lors d’un déjeuner dans une ferme-auberge d’altitude au large de Megève, j’avais allègrement vidé une bouteille de Mondeuse dont j’ai depuis oublié et le millésime et le nom de son auteur. Lors de ma visite dans la région, ce souvenir était constamment en moi et il m’a été donné d’en goûter quelques unes, et non des moindres puisqu’il s’agissait de Mondeuses venues des deux côtés de la frontière présentées lors d’un concours amical à Genève, concours sur lequel j’ai écrit il y a deux semaines. C’est la Mondeuse 2010 des Orchis de Philippe Héritier qui était arrivée en tête, suivie du 2011 des Mermoud à Lully (Genève), puis celle de « La Noire » 2011 du Château de Mérande à Arbin. Trois vins que j’avais bien noté en plus de la Mondeuse 2012 (bio) du Domaine Raphaël Saint-Germain (Savoie), cuvée « La Pérouse » (élevage en amphores), et du 2012 « Vin du Bacouni » d’Henri et Vincent Chollet, au Domaine Mermetus, à Vilette (Vaud) qui, pour info se vend 24 Fr Suisse sur place. Ce dernier m’avait impressionné par sa fraîcheur et la finesse de ses tannins. Deux qualités qui semblent résumer la Mondeuse.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Je n’évoquerai ni le Pinot noir, ni le Cabernet Sauvignon, ni même le Gamay, cépages que l’on retrouve des deux côtés de la frontière aux côtés de plants plus locaux comme la Mondeuse, à l’instar de l’appellation Vin de Savoie Arbin, du nom d’une commune où j’ai été reçu avec beaucoup d’égards, chez les frères André et Daniel Genoux associés à Yann Pernuit, au Château de Mérande dont j’ai déjà évoqué les blancs Jeudi dernier. À Arbin, comme me le faisait remarquer Franck Merloz, mon guide, nous sommes un peu en Terre de Mondeuse, lui dit « Mondeuse land »… Pour preuves, ces Arbin 2013 et 2011 « La Belle Romaine » de cuvaisons courtes, la première sur la souplesse et la finesse, l’autre éclatante de joie, simple, facile à boire. Ce côté presque simple de la Mondeuse se retrouve dans le 2010 « La Noire » (élevage sous bois) : amplitude, clarté, fraîcheur, jolis tannins… Arrivée troisième lors du concours genevois dans sa version 2011, cette Mondeuse Arbin est tout aussi droite, ample et fraîche dans sa version 2012.

Yann Pernuit. Photo©MichelSmith

Yann Pernuit. Photo©MichelSmith

Adrien Berlioz Photo©MichelSmith

Adrien Berlioz Photo©MichelSmit

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

On retrouve cette fraîcheur caractéristique dans les vins d’Adrien Berlioz qui possède quelques vignes sur Arbin en plus de ses vignes sur Chignin. Vin de Savoie Mondeuse 2013 avec élevage en demi-muids de plusieurs vins, son rouge a le goût de la pureté et de la roche sur une longueur assez surprenante. Dans le même millésime, cuvée « Marie-Clothilde », la Mondeuse, toujours élevée en demi-muids paraît plus serrée, plus apte à la garde, dotée qu’elle est d’une forte réserve en densité et en fraîcheur. Adrien n’avait pas donné d’échantillons pour participer au concours de Genève. Gageons qu’avec un tel vin il serait arrivé dans le trio de tête. Il se passe avec la Mondeuse noire en Savoie ce qui se passe en Beaujolais un peu avec le Gamay noir à jus blanc. J’en connais qui croient que ce n’est qu’une fille de joie à consommer vite et sans arrière-pensée. Détrompez-vous les gars : le 1989 de Michel Grisard, par exemple, goûté lors d’un dîner amical à Genève montre tout le contraire. Un quart de siècle après, la fringance est toujours là, soutenue par l’élégance des tannins.

Le vigneron sur son tapis Persan. Photo©MichelSmith

Le vigneron sur son tapis Persan. Photo©MichelSmith

Pour terminer en beauté, quelques mots sur le cépage Persan dont on dit qu’il a son berceau dans la Vallée de la Maurienne. Pour l’anecdote, on le connaît sous le nom de Pousse de chèvre ou de Serine, mais aussi de Princens et de Sirazène pointue… Au bord de la disparition, peut-être à cause de sa sensibilité aux maladies, il fait son retour en Savoie, ainsi que vers Saint-Jean-de-Maurienne. Le jeune Adrien Berlioz est fier de faire goûter le sien qu’il va jusqu’à piger aux pieds dans une cuve largement ouverte. Égrainé à la main, son 2013, cuvée « Octavie » n’est pas passé inaperçu : sur mes notes j’écris que « c’est du super et que ça ronronne comme un beau chat persan ». Je pense que je devais être épuisé par mes dégustations de Mondeuses ! En réalité, j’étais face à l’inconnu. À moins que ce ne soit la vue du Mont Blanc dans le lointain ? J’ai trouvé le même, en 2012, dense, fermé et tannique. Je ne sais pas pourquoi mais je le voyais bien avec une alose et une sauce au chocolat. Hallucinant ! Dangereux ce vins de Savoie !

Michel Smith


Poster un commentaire

Une maman heureuse, la Mondeuse blanche

pleine-lune

photo http://madlygirlygeekly.wordpress.com

Un soir de pleine lune, elle accoucha de la Syrah, produit des amours certes licites d’avec un Ardéchois de passage, le Dureza. C’est établi, les mauvais coucheurs l’ont exigé, la preuve ADN est avérée. Et si de la Syrah on sait tout ou presque, que savons-nous de sa procréatrice ?

Une belle Savoyarde

IMG_0031

La pauvre a bien failli disparaître, quelle ingratitude !
Il en pousse à peine 4 ha du côté de Fréterive dans la Combe de Savoie. Un poil plus du côté du Bugey.
Peut-être est-ce à cause de son caractère empreint de coquetterie, il faut lui relever les sarments sans attendre, ou de sa prodigalité, sans épamprage strict, elle dilue sa sève dans une inutile abondance de grappes. Elle exige la meilleure exposition, plein sud, sinon rien !
De plus, sans raisin, la reconnaître s’avère délicat, sa feuille s’apparente à son homonyme noir.
Quand toutes les conditions sont réunies, elle nous récompense par de belles grappes cylindriques aux grains sphériques peu serrés, à la peau plutôt épaisse et bien dorée à maturité. Maturité qui ne se fait pas trop attendre et intervient en 2ème époque tardive. Là encore attention ! Elle aime l’alcool et monte facilement en degré sans se faire prier. Par contre, elle n’a pas froid aux yeux et ne craint guère les maladies.

Dans la bouteille

C’est au Domaine Grisard, celui de Jean-Pierre, que j’ai dégusté avec grand intérêt ce cépage, une première.

Savoie juillet 2014 072

Mondeuse Blanche Prestige 2011 Domaine Grisard à Fréterive

La robe d’un jaune blanc éclatant miroite au soleil de fin d’été et semble se pailleter d’or. Au nez, le floral prend les devants et nous parfume avec largesse de fougère, de camomille et d’aubépine. Cela se corse ensuite, épices et fruits entrent en jeu et nous livrent sans excès du poivre blanc, de la poire plantée d’un clou de girofle et de l’écorce de citron grattée. En bouche, le grain de sel qui se dépose sur le bout de la langue amplifie les saveurs grillées et fumées, renforce la fraîcheur des agrumes, affermit l’impression tannique qui fait ressembler la blanche Mondeuse à l’Humagne valaisanne. Enfin, la suavité du chocolat blanc vient en bout de course nous apporte un réconfort inattendu.

Les 2012 et 2013 dégustés dans la foulée sont prometteurs. Le premier s’entoure d’un gras confortable qui gomme autant l’impression salée que la tannique. Le second en plus de retrouver le sel y ajoute l’iode doublé d’une fraîcheur sapide.

???????????????????????????????

Les vignes poussent en coteaux plein sud bien ancrées dans les éboulis calcaires du Massif des Bauges. La vendange se fait à la main. Après la fermentation alcoolique, la malolactique se fait sans trop empeser la fraîcheur du vin. L’élevage se passe en cuve.
Il ne faut pas la servir à une température trop basse, les 14°C lui conviennent parfaitement et la voient alors convoler sans réserve avec les poissons de rivières, les viandes blanches et les fromages sympas, c à d ceux qui laissent s’exprimer leur partenaire come le Reblochon par exemple.

Le domaine

Savoie juillet 2014 065

Les Grisard, père et fils, exploitent 22 ha répartis pour moitié en cépages blancs et l’autre forcément en rouges. En tout, cela fait plus de vingt cuvées à déguster, à boire, à emporter, … une jolie gamme savoyarde au caractère toutefois bien affirmé.

http://www.domainegrisard.com

Ciao

 

Savoie juillet 2014 063

Marco


4 Commentaires

Quand la Savoie m’appelle, je vole (2 ème) …

(Seconde partie : la force des blancs).

Chignin, à la croisée des chemins des blancs. Photo©MichelSmith

Chignin, à la croisée des chemins des blancs. Photo©MichelSmith

Le propre de ces appellations biscornues et éparpillées qu’il nous arrive parfois d’avoir en France, c’est qu’elles sont difficiles à cerner et qu’elles surprennent le visiteur grâce à, ou plutôt à cause de la multitude d’options qu’elles entraînent derrière elles. Ainsi, sous son ombrelle, une appellation telle que Vin de Savoie est loin de ne concerner qu’un type de vin. Entre rouges, rosés, blancs et bientôt crémants, on compte maints noms de clochers et pléthore de cépages qui font que, chez un vigneron même modeste, on peut être confronté à une bonne vingtaine d’étiquettes. Rien que pour les blancs, j’en ai compté 21, la plupart sous les deux parapluies, Savoie ou Roussette de Savoie réunis. Cette dernière AOP étant réservée au cépage Altesse avec la possibilité, pour certains blancs, de mentionner le nom de leur terroir : Frangy, Marestel, Monterminod ou Monthoux. Mais, si l’on se confronte aux 23 cépages de l’AOP, certains parfois vinifiés seuls en vin de France, on entre en plein dans cet univers vaste, souvent délaissé par le grand public, qu’offre la belle et très étendue diversité savoyarde. Et encore plus si l’on s’intéresse aux rouges, ce que je tenterais de faire très modestement Jeudi prochain afin de clore cette mini-série en beauté.

Au dessus d'Aubin, entre deux Roussannes, le figuier abrite le vigneron. Photo©MichelSmith

Au dessus d’Arbin, dans les vignes de Roussane et de Mondeuse, même si l’abri n’est plus guère utilisable, le figuier abrite encore le vigneron. Photo©MichelSmith

Pour ne pas compliquer les choses et vous laisser entraîner sans attendre dans les méandres du vin savoyard en général, le mieux est de prendre ses repères sur le site de l’Interprofession, ici, sachant que l’on n’aura tout de même qu’une partie de l’iceberg. Pour aller vite, en blanc, quatre cépages dominent : la Jacquère, l’Altesse, la Roussanne et le Chasselas. En Suisse, la donne est aussi compliquée et vous n’avez qu’à suivre les articles de mes compères de blog, Hervé Lalau et Marc Vanhellemont, pour tenter d’y comprendre quelque chose, eux qui parlent souvent du vin Suisse. Avec une quarantaine de cépages autochtones encore cultivés dans la plupart des cantons, je vous souhaite bon courage ! Là aussi, je vous recommande une exploration sur le très officiel Swiss Wine. Entre la Suisse et les deux départements Savoie et Haute-Savoie, je ne vous parlerai que de ce que j’ai pu goûter en blanc au cours de mon séjour de deux jours chaperonné que j’étais par mon guide, Franck Merloz, le chantre des vins savoyards comme on peut s’en apercevoir en allant visiter son site In Roussette We Trust.

L'Aligoté de Genève... J'en veux bien tous les jours ! Photo©MichelSmith

L’Aligoté de Genève… J’en veux bien tous les jours ! Photo©MichelSmith

Le premier blanc rencontré du côté de Genève, à la Maison du Terroir de Bernex, fut assez magistral. Bu quelques minutes avant notre dégustation de Mondeuses, il eut pour principal effet de nettoyer mon palais, tout en éveillant ma curiosité. Une attention toute particulière que j’apprécie lorsque l’on est sur le point de s’adonner à la dégustation avec tout le sérieux et la concentration inhérents à ce genre d’exercice. Il s’agissait de l’Aligoté 2012 du Domaine Mermoud, à Lully, domaine qui comme par hasard, est arrivé premier des rouges Suisses dans notre championnat des Mondeuses décrit la semaine dernière ici même. Je l’ai trouvé fringuant, bien sec, droit, mais aussi plein et complet.

La Petite Arvine du Valais, aussi ! Photo©MichelSmith

La Petite Arvine du Valais, aussi ! Photo©MichelSmith

Le vin suivant, une Petite Arvine 2013 du Valais vinifiée par Gérald Besse sur la commune de Martigny, a également fait son effet : il m’est apparu plus gras, puissant, mais en même temps assez équilibré, bien en chair et assez copieux.

La Belledonne ? Photo©MichelSmith

La Belledonne ? (enfin, je crois) Photo©MichelSmith

Le lendemain, chez les Savoyards, arrêt buffet en ce lieu magnifique adossé aux Bauges avec vue sur la Belledonne. Lors d’un magistral repas de vendanges au Château de Mérande en compagnie de Yann Pernuit, associé aux frères Genoux, à Arbin, en un domaine mené en biodynamie, celui-là même arrivé troisième dans le classement des Mondeuses avec sa légendaire « Noire », nous eûmes droit à trois Roussette de Savoie qui, comme chacun sait, est issue du cépage Altesse (Roussette en Savoie). Les premières cuvées sont commercialisées sous le joli nom de « Son Altesse ». La première version, 2013 (11 €), nous offrait une vision jeune du cépage : nez élégant, charnu en bouche, de l’enthousiasme, cire d’abeille et miel en finale. Le 2010 qui suivait affichait une robe lumineuse, clarté et pureté en bouche, matière dense, grande fraîcheur et finale sur le fruit (pêche, prune, poire) frais et mûr. La cuvée 2011 « La Comtesse » (élevée dans un foudre de 13 hl acheté en 2007) était sur l’onctuosité, la plénitude, la densité et elle se buvait divinement bien sur les diots.

OLYMPUS DIGITAL CAMERAOLYMPUS DIGITAL CAMERA

Photo©MichelSmith

Sous le nom de « Grand blanc », le Chignin-Bergeron 2013 – l’appellation est dédiée au cépage Roussanne -, robe plus soutenue (jaune paille) que les vins précédents, fonctionnait aussi très bien avec les diots, grâce à l’aspect charnu du vin, à sa matière, à sa puissance. Plus tard dans l’après-midi, au Domaine du Cellier des Cray, petite propriété menée elle aussi en bio, Adrien Berlioz nous fera goûter un autre Chignin-Bergeron 2013 « Binette » de toute beauté provenant d’une vigne plein sud sur alluvions calcaires d’un rendement de 40 hl/ha : c’est plein de sève, riche, dense, marqué par le fruit de la reine-claude au bord de l’abandon. Très long en bouche, ce vin laisse la sensation de coller au palais. Son Chignin 2013 (cépage Jaquère principalement), cuvée « Zeph » (surnom du grand-père) provenant du lieu-dit « Les Côtes », le plus chaud de la commune, sonne un peu creux derrière, mais ce n’est qu’une impression, sa caractéristique étant d’être plus proche de la pierre, pour ne pas dire plus minéral que le précédent. Toujours en 2013 et en Chignin, la cuvée « Euphrasie » est pour le moment cloisonnée ne laissant apparaître que sa fermeté, sa densité aussi, tandis que la cuvée « Raipoumpou » (radis) provenant d’une vigne sous la chapelle est plus précisément axée sur le fruit et le minéral, un blanc toasté et grillé, très persistant en bouche.

Du côté de Chignin...Photo©MichelSmith

Du côté de Chignin…Photo©MichelSmith

Adrien, dont l’épouse est apicultrice, réserve sa grande cuvée « Zuline » au cépage Altesse, en appellation Roussette de Savoie. Son 2013 est épicé et fumé au nez, sec et direct en bouche avec un délicat fond de verveine. Sa longueur en bouche est proprement incroyable et le vin ne semble pas prêt à se livrer de si tôt. Je reviendrai vers ce vigneron Jeudi prochain, lorsque j’attaquerai les rouges. Comme je reviendrai aussi sur le Château de Mérande dont j’ai pu goûter le soir même l’étrange cuvée « In Extremis« , tentative pas trop mal réussie menant vers un vin de voile. Faut-il le souligner ? Avec ces deux vignerons – mais je sais qu’il y en a plusieurs autres que je découvrirai cet hiver lors des salons -, on est bien loin de l’image un peu trop facile que l’on se fait des vins de Savoie lors d’un séjour en station de ski.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Maintenant, n’oubliez pas : Jeudi prochain, on goûtera quelques rouges pas piqués des hannetons !

Michel Smith


3 Commentaires

Some scenes from the 2014 Loire harvest

IMG_1481

Pierre-Marie Luneau listening to his nascent 2014 Muscadet

IMG_2227

Frédéric Mabileau (Saint-Nicolas-de-Bourgueil) also listening to his wine – potential Eclipse 2014

IMG_2186

Happy hod carriers@Domaine de la Noblaie, Ligré (AC Chinon) despite the arrival of the first spots of rain that would turn out to be a downpour lasting several hours.

IMG_2229

A downpour indeed! The scene an hour or so later. (8th October)

IMG_2522

A well-content Antoine Sanzay (Saumur-Champigny) with his nascent and deep coloyred 2014 Cuvée Domaine about a week in.

IMG_2513

Domaine Antoine Sanzay – happy pickers celebrating the end of the 2014 vendange (10th October)

IMG_2510

Queue of tractors and trailers@Cave Co-operative de St Cyr (10th October)

IMG_2488

Noble rot developing in Chenin Blanc in the Layon. All now depends upon the weather.

IMG_2491

Noble rot developing in Chenin Blanc in the Layon. All now depends upon the weather.

IMG_2366

Cabernet Franc holding up well despite rain in early October.


8 Commentaires

Quand la Savoie m’appelle, j’accours ! (1ère partie)

(Première partie : une sombre histoire de Mondeuse à Genève)

Franck Merloz, l'un des instigateurs de cette dégustation. Photo©MichelSmith

Franck Merloz, l’un des instigateurs de cette dégustation. Photo©MichelSmith

C’est encore un truc tout con, un truc de ouf. Pas un happening politique qui consiste à défiler dans les beaux quartiers avec poussettes et crucifix pour une manif anti mariage gay. Non, il s’agit d’un simple message d’un Savoyard qui défend avec conviction son terroir, ses cépages, ses vignerons. Une de ces initiatives spontanées qui fleurissent un peu partout désormais, une bouteille à la mer jetée suite à une amicale séance de provocation du genre : « Nous on fait de meilleures Mondeuses que vous » ! Et vlan ! Voilà le défi lancé. Une battle comme on dit désormais en bon Français sur les réseaux sociaux. Z’auraient pu choisir la plus belle pomme, la plus belle vache, le plus beau fromage, le plus beau lac… Non, il a fallut que maître José Vouillamoz d’un côté, Suisse de nationalité, et même Valaisan, lance un jour le défi pour que Franck Merloz, de l’autre côté du Léman, relève le gant. Résultat, ce dernier, très actif sur Twitter et sur son propre site In Roussette We Trust m’a intimé l’ordre d’être la cinquième roue du team France tendance Savoie afin de juger laquelle des dix Mondeuses présélectionnées – cinq Savoyardes, cinq Suisses – remporterait le titre de Meilleure Mondeuse des Alpes !

La Maison qui accueille notre dégustation. Photo@MichelSmith

La Maison qui accueille notre dégustation. Photo@MichelSmith

J’étais donc le seul estranger. Et j’ai accepté ce sort avec grand plaisir car cela faisait un bail que je n’avais pas mis les pieds dans les alpages. En y ajoutant une seule condition : que le facétieux Franck Merloz, en grand défenseur des vins de sa région, m’organise par la suite une mini-tournée au sein de l’appellation Vin de Savoie. Le mec a tenu parole et c’est pourquoi mon expédition fera l’objet de trois articles pour zéro centime. Quant au concours, rien de très folichon. Hormis la composition des jurys, la rigueur de mise et le bon déroulement de la dégustation, c’était genre décontracté, avec une bonne bouffe à la fin. Verres appropriés, température convenable, vins sélectionnés préalablement par chaque équipe, salle de dégustation acceptable (merci à la Maison du Terroir de la République et du Canton de Genève, à Berneix), crachoirs, papier, crayons et un accord vite réalisé sur « la façon de procéder » avec, en prime, pour bien montrer que je n’avais pas fait la route à mes frais, cette sentence de ma part : « silence absolu pendant la dégustation, pas d’échanges, pas de remarques ». Après tout nous étions en Suisse, pas au café du commerce de Chambéry ! Pour les détails, voir en fin d’article.

José, le Prof... Photo@MichelSmith

José, le Prof… Photo@MichelSmith

À ce stade, je me demande si tout le monde sait ce qu’est une Mondeuse. Mon ami Marco, certainement, lui le sait, je n’en doute pas. David aussi qui voit en elle une sorte de Syrah light. Et Hervé, en bon érudit du vin, fort probablement sait de quoi il en retourne. Quant à Jim et moi, vaguement… mais vous, vous cher Lecteur ? Rassurez-vous, je ne vais pas vous faire l’affront d’un cours ampélographique. Laissons cela à José Vouillamoz, biologiste savant né « avec du Fendant dans le biberon » qui a cosigné récemment Wine Grapes, un gros livre sur les cépages. Sans se séparer de sa casquette noire ni desserrer sa cravate trop courte, le gars nous raconte en préambule qu’il s’agirait d’un cépage rouge apparenté à la Syrah. Ça, nous le savions, mais comment se fait-ce ? Simple, sa maman, dame Mondeuse blanche, se serait croisée avec un cépage noir de l’Ardèche du nom de Duréza probablement dans les rangs d’une vigne de l’Isère. De son côté, le Duréza aurait une sœur nommée Teroldego dans le Trentino. Il faut noter aussi, tests adn à l’appui, que ces deux cépages sont les petits-enfants du Pinot noir. En outre, le professeur trouve des liens entre Mondeuse noire et Viognier… Enfin, je m’y perds comme toujours. Vous lirez la suite dans cet article passionnant qui vous apprendra que dans la nature tout le monde fricote avec tout le monde, ce que vous saviez déjà, non ?

À gauche, les Suisses, à droite, les Français. Photo@MichelSmith

À gauche, les Suisses, à droite, les Français. Photo@MichelSmith

Cinq Mondeuses Suisses, cinq Françaises, toutes goûtées à l’aveugle bien entendu, toutes classées au final dans un ordre très protocolaire : une Française, une Suisse, etc. alors que l’ordre de présentation à la dégustation était aléatoire (il pouvait y avoir deux Suisses de suite). Et la gagnante fut : la Mondeuse 2010 « Quintessence » de Philippe Héritier, vigneron en bio et éleveur d’escargots au Domaine des Orchis en Savoie. Ce vin n’était pas classé premier de mon côté (je l’avais mis en troisième position), mais j’avais noté sa finesse, sa structure bien présente, ses notes de petits fruits rouges fins, ses superbes et élégants tannins de cuir. Ensuite, pour la seconde place, la quasi unanimité s’est faite autour du vin présenté en quatrième position. Il s’agit de la Mondeuse 2012 du Domaine Mermoud sis dans le canton de Genève, tout près de notre lieu de dégustation : belle robe violine, nez épicé, boisé, puissance en attaque, très joli fruit, beaux tannins, mais boisé un peu trop dominant à mon goût. Le Château de Mérande de Yann Pernuit, cuvée « La Noire » 2011 est arrivé troisième du « concours ». J’ai relevé une robe sombre, presque opaque, un nez franc purée de cassis, laurier, très serré en bouche, belle finale sur le fruit et je l’avais classé cinquième pour ma part, ayant, je le reconnais après coup, été un peu trop sévère au moment d’établir un classement. Il faut dire à ma décharge que ce classement s’est opéré trop vite – les membres du jury avaient faim… – laissant peu de temps à la réflexion.

Les vainqueurs, dans l'ordre, de gauche à droite. Photo@MichelSmith

Les vainqueurs, dans l’ordre, de gauche à droite. Photo@MichelSmith

Heureusement, les participants avaient amené du renfort pour le dîner. Michel Grisard, par exemple, était venu avec une superbe Mondeuse 1989 de son Domaine du Prieuré Saint-Christophe. Mais comme ce voyage est fort long à narrer, histoire de vous faire saliver, je vous en dirai plus un de ces prochains jeudis sur d’autres Mondeuses (et d’autres cépages rouges) de choix. En attendant, la semaine prochaine, je vous ferai part de mes retrouvailles avec les blancs de la région. De belles surprises en perspective car, des deux côtés de la frontière, les vignerons de talents ne manquent pas.

Michel Smith

Le vainqueur, un Savoyard. Photo@MichelSmith

Le vainqueur, un Savoyard. Photo@MichelSmith

Pour info…

L’ami Franck Merloz édite Roussette In The Pocket, un petit guide perso de ses bonnes adresses vigneronnes. Vous pouvez le télécharger ici : http://www.irwt.fr/roussette-in-the-pocket

* L’équipe de Suisse comprenait :

-Pierre Thomas, Journaliste: www.thomasvino.ch

-Richard Pfister, Œnologue, www.oenoflair.ch

-Catherine Cornu, www.vinvitation.ch

-José Vouillamoz, Botaniste, Généticien, Ampélologue

-Stéphane Meier, www.vinvitation.ch

* L’équipe de France :

-Caroline Daeschler, Sommelière, consultante, blogueuse (http://motsetvins.e-monsite.com/)

-Bruno Bozzer, Sommelier, Caviste à Annecy Le Vieux, élu Caviste de l’année 2013 par la RVF

-Michel Smith, Journaliste Indépendant et blogueur (http://les5duvin.wordpress.com/)

-Franck Merloz, Blogueur (http://irwt.fr), web-entrepreneur (TweetAWine.com) et consultant indépendant

-Michel Grisard, Vigneron en Savoie, grand spécialiste de la Mondeuse, Président du CAAPV (http://www.cotes-et-vignes.fr/centre-dampelographie-alpine-pierre-galet/caa-pg/)

* Les vins de Savoie (et du Bugey) présentés :

- Domaine des Orchis (Philippe Heritier) Quintessence de Mondeuse 2010

- Domaine Saint-Germain La Perouse 2012

- Chateau de Mérande (Yann Pernuit) La Noire 2011

- Domaine Grisard (Jean-Pierre) Mondeuse Prestige & Tradition 2011

- Domaine Bonnard Mondeuse de Montagnieu (Bugey) 2011

* Les vins de Suisse :

  • - Domaine Mermoud Mondeuse 2012, Genève
  • - Domaine de Grand-Cour (Jean-Pierre Pellegrin), Mondeuse, assemblage de 2009/2010 (50%/50%), Génève
  • - Domaine Mayencourt Mondeuse du Globe Yvorne 2011, Vaud (Chablais)
  • - Domaine Mermetus (Vincent et Henry Chollet), cuvée « Le vin du Bacouni » 2012, Lavaux (Vilette)
  • - Domaine des Rueyres (Jean-François Cossy), cuvée « Es Pedances » 2012, Lavaux (Chardonne).

* Le Classement final :

1 – Domaine des Orchis (Philippe Heritier) Quintessence de Mondeuse 2010

2 – Domaine Mermoud Mondeuse 2012 – Genève

3 – Chateau de Mérande (Yann Pernuit) La Noire 2011

4 – Domaine Mayencourt Mondeuse du Globe Yvorne 2011, Vaud (Chablais)

5 – Domaine Jean-Pierre Grisard Mondeuse Prestige & Tradition 2011

6 – Domaine Bonnard Mondeuse de Montagnieu 2011 – Bugey

7 – Domaine des Rueyres, « Es Pedances » 2012, Lavaux (Chardonne)

8 – Domaine Saint-Germain « La Perouse » 2012

-Non classée car bouchonnée: Domaine Mermetus, Lavaux (Vilette)

-Disqualifié car assemblage de millésimes non retenus: Domaine de Grand-Cour, Génève


4 Commentaires

A plusieurs, c’est mieux et bien plus amusant!

Les chiffres des exportations de vin français en baisse nous l’indiquent clairement: les vins de ce pays ont parfois du mal à trouver leur place sur un échiquier mondial de plus en plus occupé par des produits de belle qualité, issus d’un nombre croissant de pays producteurs très actifs sur des marchés importants et ouverts.

Si l’on peut et l’on doit reconnaître les qualités individuelles d’une forte proportion de vins français (il n’y a jamais eu autant de bons), le manque de stratégie collective fait souvent que ces vins n’obtiennent pas, ou péniblement et par à-coups, la place qu’ils méritent.

Je ne parle pas ici des crus classés et consorts, des grands bourgognes ou des plus prestigieux vins du Rhône, ni des grandes marques de Champagne qui bénéficient d’une très belle image qui les protègent d’une réelle concurrence exogène, sans parler du travail individuel des marques pour assurer que cette image reste aussi visible que désirable. Et les producteurs importants, dont le volume de production et la largeur de gamme autorisent une organisation qui alloue une part significative de leur budget aux voyages, à la promotion et au réseau commercial, sont aussi généralement mieux armés dans ce combat quotidien pour maintenir ou augmenter les ventes que des producteurs de taille modeste.

C’est pourquoi, pour tous les autres, c’est à dire la vaste majorité des vignerons indépendants de ce pays, le partage avec des collègues de ces efforts essentiels pour la survie de leurs entreprises me semble être bien plus que du simple bon sens : presque une nécessité. Et je ne parle pas ici des actions de communication collectives conduites au niveaux nationaux, régionaux ou par une appellation, car celles-ci doivent donner une part égal du gâteau à chaque producteur, du moins en théorie. Les exemples de groupements volontaires entre vignerons pour mener des actions de promotion ou de commercialisations ne manquent pas, même si la plupart reste inconnue des consommateurs, et pour cause car leur objet n’est pas de se substituer au producteur, mais de lui donner les moyens d’atteindre des intermédiaires, journalistes ou revendeurs, qui, ensuite, mettront en avant les producteurs dont ils ont apprécié les vins.

IMG_6319

Puisque les journalistes se prennent pour des messies, il leur faut porter la bonne parole. Un collègue hollandais pris par une folie de grandeur au labo Oenoteam

 

Pour ne parler que de la France, un des plus anciens de ces groupements volontaires, qui réunit des producteurs de plusieurs régions français, est le club Vignobles et Signatures. A Bordeaux, depuis quelques années, plusieurs consultants ont étendu leurs services de conseil dans les domaines viti et vini pour proposer aussi à ceux de leurs clients qui le souhaitent la formation de clubs qui assurent des actions promotionnelles afin de faire connaître les vins de leur membres, comme leurs façons de travailler. Je pense à Stéphane Derenoncourt ou à Olivier Dauga, dont les activités ne sont pas limitées à la seule région bordelaise d’ailleurs.

Une récente addition est le club de vignerons intitulé «In a bottle», qui vient de fêter son premier anniversaire et dont les 17 membres sont tous suivis par le même laboratoire de conseil œnologique, Oenoteam, à Libourne. Julien Belle, Thomas Duclos et Stéphane Toutoundji en sont les trois œnologues consultants. Ce laboratoire, et ses consultants, ont un grand nombre de clients mais l’association de 17 entre eux est un acte volontaire et supplémentaire qui implique d’aller ensemble à la rencontre des professionnels du vin pour mieux vendre ensuite.

IMG_6355

Les moments les plus magiques des voyages de presse sont ces moments improvisés, comme quand Laurent de Bosredon nous sort deux flacons du monbazillac 1942 de son domaine. L’un était superbe, l’autre un peu moins (oh bouchon liège, quand tu nous tient !)

J’ai accepté avec intérêt une invitation d’aller voir sur place ce club en action au moment des vendanges de cette année. Le voyage s’est concentré sur la partie de le rive droite du bordelais ou se trouve la majorité des membres de ce club, entre Libourne et Castillon, avec une extension dans le bergeracois voisin au Château de Bélingard, domaine d’une très grande beauté situé en Périgord, sur les appellations Monbazillac et Côtes de Bergerac. J’ai envie de vous raconter la série d’activités et rencontres qui a constitué ces deux journées bien remplies, non pas en tant que récit d’un voyage de presse, mais pour illustrer mon propos sur l’intérêt d’un tel regroupement sur le plan d’une action de communication intelligente et approfondie.

IMG_6308

La dégustation chez Oenoteam, à Libourne, a lancé le voyage : bonnes conditions, vins à parfaite température et dégustateurs concentrés

Nous étions une petite dizaine de journalistes, issus de 5 pays : Angleterre, Allemagne, Belgique, Hollande et France. Les vendages en rouges étant en cours dans la région, l’occasion était parfaite pour voir des vignes, goûter des raisins, discuter des dates et techniques des vendanges, voir entrer des raisins et constater l’omniprésence des tables de tris dans les chais, entendre les avis des uns et des autres sur les perspectives qualitatives ce millésime miraculé (en gros c’est « Boudu sauvé des eaux » par le soleil de septembre), puis se rendre compte des investissements techniques réalisées par tous, et cela malgré la disparité entre leurs niveaux de sophistication qui correspondent, en gros, aux moyens disponibles. Et, bien entendu, déguster tous les vins de ce club dans au moins deux millésimes différents.

Louis Havaux en pleine forme après une dégustation

Son excellence Louis Havaux, toujours pro, toujours discret, toujours souriant, toujours en forme. Le vin nous maintient bien, il me semble!

L’organisation était aussi professionnelle que décontractée, deux qualités que j’estime essentielles pour la réussite d’une telle opération. Mes collègues étaient, de sûrcroit, attentifs et appliqués dans leur attitudes, sans être des «casse-pieds», ce qui est aussi vital mais difficilement contrôlable par un organisateur, sauf éventuellement par la sélection des candidats. Car combien de voyages de presse ou autres dégustations sont pollués par une ou deux personnes qui ne semblent prêter aucune attention à ce qui est dit ou versé dans leurs verres? Si on ne veut pas visiter la n-ième cuverie, chai à barrique ou chaîne d’embouteillage, on se tient tranquillement dans un coin, non? Et on parle le moins possible, et tout au plus en chuchotant, lors des dégustations longues, il me semble. On peut toujours attendre les repas pour la convivialité. Mais je digresse !

Ce voyage a débuté par une visite du laboratoire Oenoteam ou tout a commencé, puis, dans leur salle immaculée, une dégustation de l’ensemble des vins des membres du club dans le millésime 2012 (voir le première photo). Manière de constater le haut niveau d’équipement dont ce labo dispose et observer les ballets des échantillons issus des cuves en cours de fermentation, puis d’entrer dans le vif du sujet. J’étais plutôt impressionné par les qualités du millésime 2012, pourtant pas doté d’une si belle réputation. Les 2013, que nous avons dégusté le lendemain matin, s’en sortaient nettement moins bien.

Il est intéressant de noter que mes préférés ne sont pas nécessairement les vins les plus chers, ni ceux issus des appellations les plus prestigieuses. Je continue à penser que c’est le vigneron et ses aides qui font le vin, et sûrement pas son appellation, mais aussi que le prix n’est pas toujours un indicateur fiable de qualité. Je vous livre une liste de mes vins préférés, dans l’ordre alphabétique qui a plus ou moins correspondu à l’ordre de la dégustation, qui s’est faite à découvert. Tous les prix sont ttc départ des propriétés.

IMG_6312

Château Blissa, Côtes de Bourg : un des meilleurs vins de cette dégustation du millésime 2012, et un des moins chers aussi (voir ci-dessous)

Château Lanbersac, Puisseguin St. Emilion (9,80 euros)

Château Blissa, Côtes de Bourg (7,20 euros)

Château La Claymore, Lussac St. Emilion (10,75 euros)

Château Croque Michotte, Saint Emilion Grand Cru (23 euros)

Château La Tour du Pin Figeac, St. Emilion Grand Cru (30 euros)

Château La Grave Figeac, St. Emilion Grand Cru (24 euros)

Château Lajarre, Bordeaux Supérieur (6,60 euros)

Château Canon Montségur, Castillon Côtes de Bordeaux (6,90 euros)

Château Ogier de Gourgue, Côtes de Bordeaux (12,70 euros)

Château Saint Nicolas, Cadillac Côtes de Bordeaux (9,30 euros)

Oui, il est très possible de trouver un vin à 7 euros meilleur ou aussi bien qu’un autre à trois ou quatre fois ce prix-là. Et oui, un Bordeaux supérieur peut être meilleur qu’un Saint Emilion Grand Cru ou un Pomerol. Le vin est complexe, comme son appréciation !

IMG_6350

Les raisins de Cabernet Franc sur cette propriété bordelaise attendront encore quelques jours. Nous les avons goûtés et ils sont très prometteurs, plein de fruits et aux tanins presque murs.

 

Les autres activités de ce voyage se sont enchaînées logiquement pas des visites de propriétés en cours ou en attente imminente des vendanges. Des merlots de qualité variable mais globalement correcte étaient, pour la plupart, déjà ramassés. Les domaines visités étaient tous relativement modestes au niveau de leurs prix de vente et vendangent donc la majorité des leurs parcelles à la machine, comme 75% du vignoble français. Cela nous a permis de constater que cette méthode, grâce notamment à des systèmes de tri embarqués sur les dernières machines, qui sont souvent doublés par des tables de tri au chai, permettent d’éliminer la majorité des raisins abîmés ou autre matière indésirable. A condition que le vignoble ne soit pas trop loin du chai, je ne vois pas trop de raisons de préférer des vendanges manuelles pour la plupart des vins.

IMG_6327

Jean Trocard, au pied d’une de ses cuves à Château Laborde (Lalande de Pomerol) nous donne ses explications

Des dégustations de baies de merlot, cabernet sauvignon et cabernet franc avant vendange nous ont confirmé la nécessité d’attendre plus longtemps la maturité des deux cabernets, du moins dans la plupart de cas. Une autre dégustation nous a présenté les effets de différentes barriques, bois et tonneliers sur un même lot de merlot.  Des visites de chais et/ou de vignobles furent organisées à quatre domaines différents.

Puis il y a eu, le lendemain, une dégustation complète du millésime 2013 et une initiative originale, organisé par le producteur de caviar français Sturia (la France est maintenant le troisième producteur de caviar au monde, après la Chine et l’Italie), d’associer des mini-plats incorporant divers caviars avec des vins rouges du club «In a bottle»:  ce fut un exercice périlleux!

Ce programme était émaillé de rencontres et discussions avec un grand nombre des 17 producteurs. Et je garde pour la fin ce qui était, pour moi, le clou du programme: un apéritif et dîner dans la maison des Bosredon au Château de Bélingard, avec vue exceptionnelle sur la vallée de la Dordogne, ses vignes, ses bois en coteaux et le tout roulant vers l’horizon dans le nuit tombante. Un moment de détente magique accompagné par l’esprit vif et spontané des nos hôtes.

IMG_6321

Quand Bordeaux prend un air de Provence avec cet olivier, planté en 1955 et qui a donc survécu aux hivers de 1956 et 1985. Devant le chai de Château Laborde, à Lalande de Pomerol

Il est frappant de noter que bon nombre des adhérents de ce club, comme dans d’autres du même genre, ne viennent pas du milieu traditionnel viticole. Question de vision, d’organisation, de priorités commerciales ou de moyens? Je n’en sais rien, mais peut-être un peu de tout cela. Il est clair, en tout cas, que quelqu’un qui vient d’un autre univers arrive plus facilement à reconnaître qu’il a besoin de l’aide de spécialistes pour l’épauler dans les multiples fonctions qu’impliquent la production et vente du vin. Et il apporte, probablement, une ouverture d’esprit vers les marchés que n’a pas, toujours, un vigneron «de père en fils». Enfin, il a souvent davantage de moyens également. Mais quelqu’en soient les causes, les résultats me semblent assez probants.

J’ai beaucoup appris pendant ces deux jours, même si je plaiderais pour un peu moins de visites de cuveries! Ensemble, ce club à pu faire connaitre les vins et les personnalités de ses adhérents à un groupe de journalistes bien plus efficacement que si chacun y allait avec sa petite chanson. Je leur souhaite longue vie et réussite.

 David Cobbold

(texte et photos)

IMG_6358

PS. Et une mention spéciale pour un autre vin que n’a pas pu participer aux deux dégustations des 2012 et 2013, et pour cause : son propriétaire n’a pas estimé ces millésimes dignes d’être embouteillés sous son étiquette. Il s’agirait de Château Yquem ? Pas du tout, car son nom (curieux) est Château Grand Français, un vin d’appellation Bordeaux Supérieur situé près de Coutras, au nord de la région girondine. Mais j’ai dégusté, en magnums, les millésimes 2009 et 2010 de ce vin que se vend autour de 10 euros la bouteille. Il m’a semblé en tout points remarquable, surtout le 2010, et je serai très intéressé de glisser un flacon comme joker dans une série de vins aux noms plus prestigieux. Et Michel sera très content d’apprendre que ce domaine est en agriculture biologique !


Poster un commentaire

#Carignan Story # 241: chez les Cavistes, vers la mer…

J’ai toujours été intrigué par le petit village venté de Caves, juste au dessus de Fitou dans la partie audoise des Corbières maritimes. J’étais curieux de savoir quel nom on donnait aux 700 et quelques habitants de cette commune. D’emblée, je pensais les appeler « Cavistes » comme on parle des « Brivistes » en Corrèze, tout en me disant qu’une telle épithète n’était guère possible. Après vérification, figurez-vous que si ! Normal, puisqu’il paraît que l’on a toujours fait du vin à Caves. J’imagine pourtant, mais c’est une autre histoire, qu’il y avait aussi pas mal de chevriers et de bergers dans le secteur, comme partout dans la campagne environnante. Cela n’a rien à voir, mais je me souviens aussi à propos de Caves que Jérôme Savary, le génial metteur en scène décédé l’an dernier, y avait une résidence secondaire avec quelques vignes et l’on raconte qu’avec son cigare que je le voyais allumer dès sa descente d’avion l’aéroport de Perpignan, il ne lésinait pas sur les vins du coin tout en empestant la garrigue. Je le pardonne bien volontiers car je sais qu’il fumait cubain et comme je viens de faire mon petit shopping chez Gérard à Genève, je suis mal placé pour critiquer. D’autant que j’adore (mais c’est un secret…) fumer mon barreau de chaise à l’abri du vent dans le creux d’un rocher en pleine garrigue avec un bon bouquin.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Ce brave meneur de troupe qu’était Savary connaissait-il les vins du Domaine Saint-Michel (ne pas confondre avec Saint-Michel Archange, dans le Minervois, ni avec le Domaine Saint-Michel les Clauses, du côté de Boutenac), ceux de Jacqueline Vaills et d’Henri Rius, deux éminents « cavistes« , ses voisins ? Moi pas, avant que je ne suive docilement les recommandations d’un aimable Lecteur, un fidèle de cette misérable et obstinée rubrique qui ne cesse de s’enrichir chaque dimanche que dieu fait. En traversant mes chères Corbières l’autre jour, bien avant que l’on ne célèbre la Saint Michel, je me suis arrêté à l’entrée de Caves. Le couple de cavistes n’étant pas là, je fis la connaissance de celui qui occupe, lui, la fonction officielle de caviste, Mohamed, un charmant monsieur débarqué de son Maroc natal (il vient de Meknès, la capitale agricole) il y a un bail et qui a atterri ici après un passage à Châteauneuf-du-Pape. J’ai eu une pensée pour ce beau pays que je n’ai pas revu depuis des lustres, une pensée aussi pour ces paysans qui cultivent si bien nos vignes du Sud sans en boire le jus fermenté. Une pensée pour ceux qui, parmi les cabernets, les merlots et les syrahs du Moyen Atlas, taillent encore les valeureux Carignans que les experts n’ont pas su – ni pu – leur faire arracher.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Le Carignan blanc goûté et acheté ici grâce à la gentillesse de Mohamed qui tenait le caveau aménagé dans une sorte de hangar bourré de reliques en formes de bouteilles, à la bordure du village, est un des moins onéreux qu’il m’ait été donné de goûter : autour de 4 ou 5 € le flacon, si je me souviens bien. Il porte le vocable « Vin de cépage » sous le nom Carignan écrit en caractères néo-gothiques du style de ceux que l’on rencontre sur les enseignes de la Cité de Carcassonne. Pas de millésime, mais il semble (robe bien soutenue) à la vue comme au touché, que ce ne soit pas du 2013. Le nez est prononcé, mûr, balsamique et fruité (pulpe de raisin, prune), tandis qu’en bouche le vin est rond, puissant, d’un bel équilibre, marqué par quelques notes résinées. S’il manque un poil d’acidité, il a sa place cependant à l’apéro sur des légumes croquants accompagnés de tapenades ou d’anchoïades, sur des olives, des crevettes grises, des palourdes… Mais c’est aussi un bon compagnon des grillades de poissons. Cela tombe bien, les ports de pêche ne sont pas loin où l’on retrouve retrouve d’anciens pêcheurs partis de Mostaganem (Algérie, cette fois) dans les années soixante. Dans d’autres ports, les pêcheurs sont venus de la Baie de Naples ou de Sicile. La Méditerranée n’est pas qu’une simple mer, c’est aussi une véritable mère pour nous. Et j’imagine que, de temps en temps, le regard de Mohamed doit se tourner vers cette mer qui le sépare de son pays.

Michel Smith

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Rejoignez 10 860 autres abonnés