Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


8 Commentaires

Pic Saintes Louves

Au Château de La Salade, Anne Vialla-Donnadieu ne vous en raconte pas; d’ailleurs, ses vins parlent pour elle.

Et de quoi parlent-ils? D’un petit coin du Pic Saint Loup, plutôt vers le bas de l’appellation, à Saint Mathieu de Tréviers. De belles syrahs et de vieux grenaches gorgés de soleil et de fruit.

Son mari est artiste – il a dessiné ses étiquettes. Elle l’est aussi, à sa manière, dans ses assemblages, dans sa recherche du toujours mieux, du toujours plus pur.

1671043731

Vue sur le Pic (Photo (c) H. Lalau 2014)

Un must pour les amoureux de vins sincères et goûteux.

Depuis peu, la fille d’Anne, Constance, jeune œnologue, a rejoint sa maman à la cave. Voici donc un domaine qui pourrait se transmettre par les femmes. Une sorte de Pic Saintes Louves… Ne me demandez pas si les vins sont féminins, je ne sais pas ce que ça veut dire. Par contre, je me suis régalé à les écouter discuter les mérites de tel ou tel vin, sa longueur, son potentiel de garde; d’autant que moi, je les trouve tous intéressants!

Voici ma sélection.

Château de la Salade Rosa Rosae Pic Saint Loup rosé 2013

Une avalanche de fruits rouges biens mûrs (groseille, cerise, fraise), accompagnés de quelques fleurs, une bouche ample, à la fois souple et vive. Un grand rosé qui plaira autant à l’apéritif qu’au cours d’un repas. 16/20

Château Aérien 2012

Une cuvée issue des jeunes vignes. Un joli fruité rouge, une bouche friande, des tannins suaves, beaucoup de fraîcheur, que demander de plus? 15/20

Château de la Salade Cuvée Mille Huit Cent Trois 2013

Un assemblage syrah grenache de vignes de 40 ans

Un nez superbe, à nouveau, plus sur le fruit noir, la mûre, le cassis, la cerise de Bâle. Belle structure en bouche, les tannins sont bien présent, les épices abondent, mais l’ensemble reste velouté; la finale, réglissée, joyeuse, invité au deuxième verre… 16/20

1203722013

Vue sur La Salade (Photo (c) H. Lalau 2014)

Château de la Salade Cuvée Aguirre 2009

Du fruit bien mûr (fraise, framboise), enveloppé par les notes de cuir et de fumé apportés par un bois très bine dosé; un vin solaire, capiteux – j’ai pensé à un Gigondas – bien anis fumé bien que le grenache soit minoritaire dans la cuvée. En arrière bouche, quelques notes anisées et un retour du fruit mûr. 16/20

Château de la Salade Cuvée Aguirre 2010

Le nez est plus frais, le fruit (cerise, mûre, airelles) un peu plus serré; la bouche est très marquée syrah; le bois bien intégré délivre quelques notes de cacao. Les épices déboulent dans la foulée, rafraîchissant la finale, tout est en place pour de très beaux moments gastronomiques. 17/20

Château de la Salade Cuvée Aguirre 2011

Un peu plus marqué par le bois actuellement (moka), mais un grand potentiel; la bouche est volumineuse; la finale grillée est encore un peu austère. A attendre. 14,5/20

 

Hervé Lalau

 

PS. Rien à voir avec ce qui précède, mais j’ai une petite pensée pour mes amis écossais qui décideront demain s’ils veulent l’indépendance ou pas. Avec les menaces qu’on leur fait, s’ils votent oui, c’est qu’ils ont vraiment un "brave heart"… Je ne me rappelle pas que l’establishment ait agité  autant de chiffons rouges lors de la séparation entre Tchèques et Slovaques. 


6 Commentaires

Comme un goût de perce-oreilles…

Grand retour de notre ami suisse Alexandre Truffer (rédacteur en chef de l’édition francophone du magazine Vinum), qui nous parle aujourd’hui de petites bêtes aux grands effets.

Certains auxiliaires de la vigne, comme les perce-oreilles ou les coccinelles, se cachent dans les grappes à la vendange et peuvent être pressés avec le raisin. A partir d’une certaine concentration, ces insectes donnent des faux goûts au vin comme l’a démontré Patrik Kehrli, entomologiste à la Station fédérale de Changins.

 

perce oreille creative commons

Intitulée «Impact des perce-oreilles et de leurs excréments sur les arômes et le goût des vins de Chasselas et de Pinot Noir», l’étude réalisée par l’Agroscope et la Ecole d’Ingénieurs de Changins peut faire sourire. Lorsqu’on demande à Patrick Kehrli pourquoi il a fait comparer à son panel de dégustation des vins comprenant diverses concentrations de perce-oreilles écrasés, il répond que tout a commencé à cause des coccinelles.

«En 2001, la coccinelle asiatique – utilisée dans les serres du nord de l’Europe comme auxiliaire contre les pucerons depuis des décennies – s’est échappée de Belgique et a commencé à coloniser tout le continent. Or, des études au Canada et aux Etats-Unis avaient montré que des vins présentaient des défauts liés à la présence de reste de coccinelles asiatiques dans les moûts», déclare l’entomologiste avant de préciser: «Tout d’abord, un vin pressé avec une récolte qui affiche un ratio de quatre coccinelles, qu’elles soit asiatiques ou indigènes, par kilo de raisin révèle d’indéniables défauts à la dégustation. Ensuite, ce ratio n’est jamais atteint dans le vignoble suisse. Les coccinelles se nourrissent de pucerons et non de raisin, les vignes saines ne sont donc pas une source de nourriture pour elles.» Bien entendu une question s’impose: «Pourquoi a-t-on trouvé des restes de coccinelles dans les vins américains?» «Il existe plusieurs théories», avance le biologiste. «La plus vraisemblable postule que les vignes américaines sont souvent entourées de champs de soja ou de blé. Lorsqu’on les moissonne, les coccinelles n’ont d’autre option que de se réfugier dans les vignes et de se nourrir avec des raisins blessés. En Suisse, le vignoble est suffisamment morcelé et entouré de zones de forêts ou de prairie pour que les coccinelles ne constituent pas un problème.»

Un bénéficiaire de la production intégrée

Revenons à «Forficula auricularia», le perce-oreille commun! «Le forficule existe naturellement en Suisse», explique Patrik Kehrli «il est considéré comme un auxiliaire dans la plupart des cultures, car il mange des nuisibles comme le ver de la grappe ou les psylles du poirier. Le problème en ce qui concerne la vigne est que cet animal nocturne se cache dans les grappes pendant la journée. Lors des vendanges, ils sont donc ramassés avec le raisin comme on peut facilement le voir au fond des caissettes à vendanges. Comme les populations de perce-oreilles ont considérablement augmenté ces dernières années dans les vignobles européens, les vignerons nous ont demandé de vérifier, comme pour les coccinelles, l’impact qu’il pouvaient avoir dans la vinification.»

Les premiers scientifiques à se poser des questions sur l’impact des perce-oreilles sur le vin ont été des Allemands, car certaines vignes germaniques ont vu se développer des populations de forficules envahissantes. «Il y a toujours eu des cas des parcelles abritant de fortes densité de perce-oreilles, mais le développement général de ces populations a sans doute été favorisé par la généralisation de l’enherbement, voire par des modifications de comportement dans l’utilisation des pesticide» explique l’entomologiste de Changins. Selon les recherches effectuées par la station fédérale dans des vignes enherbées et travaillées en production intégrée, le nombre de perce-oreilles oscillait entre une par grappe et une toute les cent grappes durant la haute saison (entre le 20 août et le 7 septembre) avant de redescendre significativement à la mi-septembre. Néanmoins, dans de rares cas, on peut trouver des populations dix fois plus denses, susceptibles elles de poser problème.

Une question de quantité

Un travail de diplôme réalisé par Jocelyne Karp de l’Ecole d’Ingénieurs de Changins, sous la direction de Jean-Philippe Burdet (EIC) ainsi que Christian Linder et Patrik Kehrli (Agroscope), a visé à comparer un vin de Pinot Noir non-contaminé avec des échantillons vinifiés avec des concentrations de cinq, dix ou vingt perce-oreilles par kilo de raisin. Les auteurs de l’étude ont aussi comparé un Chasselas témoin avec des équivalents où avaient été inoculé des perce-oreilles (5 individus vivants par kilo de raisin), des excréments de perce-oreille (0,6 grammes par kilo de raisin) et une combinaison insectes et déjections.

Au niveau des analyses chimiques, pas ou peu de différence. Au niveau gustatif, les résultats sont plus parlants. Si le Chasselas assaisonné aux forficules ne présente qu’une légère déviation olfactive avec le témoin non-contaminé, l’échantillon auquel ont été ajouté des excréments montrait des différences profondes en termes de couleur, d’arômes et de perception générale. Ce dernier était jugé, moins floral, moins fruité, moisi et de faible qualité générale. En ce qui concerne le Pinot Noir, le seuil de tolérance se situait au-dessus de cinq et en-dessous de dix individus par kilo, car les vins contenant un ratio de dix à vingt insectes par kilo de raisin étaient jugés, entre autres, animaux, réductifs, végétaux et amers.

Les insectes sont nos amis

En conclusion, les auxiliaires de la vigne peuvent parfois poser des problèmes à la cave, mais uniquement lorsque les parcelles sont colonisées par des populations anormalement élevées. Chargé de rédiger avec Christian Linder un livre sur les ravageurs de la vigne par l’Agroscope, Patrik Kehrli admet qu’ils ont hésité à enlever «Forficula auricularia» de la liste des alliés du vignerons pour la mettre dans celle des nuisibles: «après réflexion, nous avons estimé que dans plus de 99% des cas, les perce-oreilles constituent une aide plutôt qu’un problème pour le vigneron.» Et les coccinelles? «Asiatiques ou indigènes, ce sont des auxiliaires du cultivateur. De manière générale, le vignoble suisse n’a pas de problème avec les insectes. Le phylloxéra est maîtrisé par le greffage, le ver de la grappe par la confusion sexuelle et les acariens par la lutte intégrée au moyen de typhlodromes. Le seul souci, c’est que les insectes vivant dans le vignoble peuvent se transformer en vecteur de véritables ennemis de la vigne: les virus et les bactéries.»

Pour en savoir plus :

Kehrli P., Karp J., Burdet J.-P., Deneulin P., Danthe E., Lorenzini F.und Linder C.: Impact of processed earwigs and their faeces on the aroma and taste of Chasselas» and «Pinot Noir» wines. 2012

Jocelyne Karp : Dynamique des populations des perce-oreilles (Forficula auricularia L.) en viticulture et influence sur les qualités organoleptiques des vins.2011

 Alexandre Truffer

 


6 Commentaires

Saint Joseph Express

Voici quelques jours, j’ai passé quelques heures dans l’appellation Saint Joseph. Pas de quoi prétendre que je connais l’endroit comme ma poche. Juste de quoi me mettre l’eau à la bouche et me donner l’envie de vous en parler. De partager quelques coups de cœur, tout en sachant que cette sélection est forcément très réductrice.

Car Saint Joseph, c’est vaste! L’appellation s’étend sur une soixantaine de km du Nord au Sud, sur la rive ouest du Rhône. Du granite, du gneiss, mais aussi du calcaire (comme à Châteaubourg); mais on peut tout de même trouver trois grands dénominateurs: les pentes, la proximité du fleuve et la syrah (pour les rouges, du moins, qui constituent plus de 90% de la production).

J’en ajouterai un autre, tout à fait personnel: la qualité de leur fruit, en blanc comme en rouge.

IMG_4647

De Tain l’Hermitage à Tournon sur Rhône, il suffit de prendre la passerelle (Photo © H. Lalau 2014) 

Ma petite sélection de blancs

Chapoutier Les Granilites 2013

Au nez, c’est plutôt floral. En bouche, c’est vif, avec un côté salin qui allonge la finale.

IMG_4620

Photo © H. Lalau 2014

Cuilleron Le Lombard 2013

Nez très expressif de poire et de frangipane, Bouche bien grasse, mais doublée d’une bonne vivacité.

Boissonnet 2013

Au nez, de l’abricot, en bouche, de l’amande fraiche et du miel d’acacia.

Coursodon 2011

"La base du vin c’est pas la richesse mais l’équilibre", explique Jérôme Coursodon. Qui a mis en pratique cette profession de foi, avec un blanc  de marsanne qui reste allègre, joyeux malgré l’élevage bois. Le nezd’abricot évoquerait presque le viognier, mais non, il n’y en a pas.

 

 IMG_4637Lieu-dit Sainte Epine, à Saint Jean de Muzols (Photo © H. Lalau)

Ma petite sélection de rouges

Cave de Tain Saint Joseph 2012

Voici la plus grosse cuvée de l’appellation, peut-être la plus représentative aussi, d’une certaine façon. Une chance pour nous (et pour Saint Joseph), elle est excellente. Si toutes les coopés de France travaillaient comme celle de Tain…

IMG_4626

Au nez, de la fraise, de la cerise, assez exubérantes, et de la mûre ; la bouche est dense, solide mais bien fraîche (une pointe d’eucalyptus). Les tannins sont bien ronds, l’ensemble laisse une impression de plénitude. Un vin qui a du répondant – redégusté une heure plus tard, il s’était encore ouvert.

Domaine Pierre Gonon 2012

Les frères Gonon, Jean et Pierre, exploitent 10ha de vignes quarantenaires (toutes en bio), réparties entre trois coteaux de Mauves à Saint Jean de Muzols.

Ce nez est une épicerie à lui tout seul : au rayon fruits, de la mûre, du cassis, au rayon épices, du poivre, du clou de girofle, de la tapenade ; la bouche, elle, est juteuse mais vive, la finale très longue avec un retour du fruit noir et un peu de pierre à feu. Grand vin.

Domaine Coursodon 2011 Cuvée L’Olivaie

Ce domaine familial de 15ha – Jérôme représente la 5ème génération – est situé à Mauves.

Nez intense, évoquant la framboise et le réséda. Poivre et réglisse en bouche; beaucoup de fraîcheur.

Domaine de la Côte Sainte Epine Vieilles Vignes 2011

Encore un domaine familial (c’est Mikaël Desestret qui est aux manettes); 7 hectares sur la commune de Saint Jean de Muzols, et plus précisément sur le lieu dit Sainte Epine , un des plus réputés de Saint Joseph.

Au nez, une belle giclée de cerises griottes, accompagnée de légère notes fumées; tannins très fins. Corsé, tendu, minéral, c’est le type même du grand vin du Rhône Nord, conjuguant plaisir et complexité.

Aléofane rouge 2012

Natacha Chave a encore mis dans le 1000 avec ce 2012 très sensuel. Le nez déborde de fruit (cerise noire, framboise), la bouche est plutôt sur les épices, notamment la réglisse; belle longueur et superbe tannins soyeux. J’adore.

IMG_4621

En résumé, beaucoup de belles choses. C’est bien simple: il n’y avait rien à jeter! C’est assez rare pour être signalé – tiens, ça me rappelle une dégustation de Côte Rôtie, l’année dernière. Les Côtes du Rhône Septentrionales détiendraient-elles le secret du vin juteux qui séduit, qui titille, qui cajole, qui console?

Mon ami Marc, qui les fréquente plus que moi, aura sans doute son idée là dessus.

Hervé Lalau

 


2 Commentaires

Expo-photo@2014 La Bourgueillothérapie + Les étapes pour Loire vélo

IMG_2347

Portrait of the Artist in 2013 as a young man facing a blank canvas and searching for inspiration!

IMG_2511

Inspiration found… (No 4 in Expo)

The 2014 edition of La Bourgueillothérapie fast approaches – this weekend 13th and 14th September. Earlier than last year because the 2014 vendange is expected to start earlier than the 2013, which was very late.

List of photos for my exhibition@Café de la Promenade with proceeds going to La Croix Rouge. The expo starts late afternoon on Friday 12th September and proceeds go to La Croix Rouge, the chosen charity for this year:   

Bourgueil expo – ‘de Nicolas à Patrice’

  1. Cabernet Franc Mi-pente, Domaine de la Butte: September 2010
  2. Caves de Grand Mont 1
  3. Caves de Grand Mont 2
  4. David Cobbold – artist in residence: Bourguillothérapie 2013
  5. Dorothée – no messing at the Café de la Promenade!
  6. François Jamet, tasting, Domaine les Vallettes, Saint Nicolas de Bourgueil
  7. Frédéric Mabileau, Saint Nicolas de Bourgueil (Vins: Anjou, Bourgueil, Saint Nicolas de Bourgueil, Saumur): June 2013
  8. Gérard Vallée et son fils, Domaine de la Cotelleraie, Saint-Nicolas-de-Bourgueil
  9. Guillaume Lapaque, directeur du syndicat des vins de Bourgueil: June 2012
  10. Hervé Ménard, Domaine Menard, Bourgueil: March 2014
  11. Jean-Claude Audebert, Maison Audebert, Bourgueil
  12. Jean-François Mabileau, Domaine de la Closerie, Restigné
  13. Jean-Marie Amirault, Benais
  14. Joël Taluau, Joël Taluau et Thierry Foltzenlogel, Saint-Nicolas-de-Bourgueil (Vins Bourgueil and Saint-Nicolas-de-Bourgueil): Joël died June 2013
  15. La Loire@Chapelle
  16. L’arme de Jean Carmet – cave of Lamé Delisle Boucard
  17. Ludovic Ragot, Café de la Promenade, Bourgueil
  18. Maeva Mabileau, Domaine de la Closerie, Restigné
  19. Nathalie Omasson, Saint-Patrice
  20. Philippe Boucard, Lamé Delisle Boucard, Ingrandes-de-Touraine: October 2009
  21. Pierre, Stéphanie and Emmanuel Caslot avec Binettes, Domaine de la Chevalerie, Restigné: June 2014
  22. Pierre Breton, Domaine Catherine & Pierre Breton, Restigné (Vins: Bourgueil and Chinon)
  23. Pierre Caslot, Domaine de la Chevalerie, Restigné
  24. Pierre-Jacques Druet, Benais: distinctive sign
  25. Robert Viémont, Confrèrie de Commanderie de la Dive Bouteille de Bourgueil et Saint-Nicolas-de-Bourgueil
  26. Sandrine and Mateo Duveau, Bourguillothérapie 2013
  27. Sebastien David, Saint-Nicolas-de-Bourgueil
  28. Sophie Ragot, Café de la Promenade, Bourgueil: June 2013
  29. Sorting Cabernet Franc at Domaine Frédéric Mabileau, Saint-Nicolas-de-Bourgueil (Vins: Saint-Nicolas-de-Bourgueil, Bourgueil)
  30. Tasting ’47 to ‘93 – 100 point tasting! (Cave de Lamé Delisle Boucard)
  31. Thierry Amirault, Domaines les Quarterons, Saint-Nicolas-de-Bourguei
  32. Vignerons at tasting of ’47 to ‘93 in cave of Lamé Delisle Boucard and Les  Gambiers de Domaine des Ouches, Ingrandes-de-Touraine
  33. Vincent Cuisinier de Campagne, Ingrandes-de-Touraine: Poulet roti à la Belge
  34. Vincent Marchesseau, Vignoble des Robinières, Bourgueil (Vins: Bourgueil, Saint-Nicolas-de-Bourgueil, Chinon)
  35. Xavier Courant, Domaine l’Oubliée, Saint-Patrice
IMG_0238

The answer if you have ever wondered why customers@Café de la Promenade is always so well behaved…!

After La Bourgueillothérapie it will be time for us to head to Gerbier de Jonc, the source of the Loire to start my cancer charity ride to from there to La Baule, where La Loire meets the Atlantic.

I will be riding to raise money for two cancer charities – the Fondation Gustave Roussy in France (https://igr.friendraising.eu/jim.budd) and Teenage Cancer Trust in the UK (http://uk.virginmoneygiving.com/JimBudd). All donations very gratefully received.

 

TeenageCancerJerseyss

New cycling top kindly sent to me by Teenage Cancer Trust specially for my cycle ride down the Loire Valley.

Eight-day ride down the Loire: les étapes

17th September – 24th September 
Wednesday 17th : Gerbier de Jonc – Retournac via le Béage (85 kms)
Thursday 18th : Retournac – Renaison (Côte Roannaise) (120 kms)
Friday 19th: Renaison – Nevers (165 kms)
Saturday 20th: Nevers – Chavignol (60 kms)
Sunday 21st: Chavignol – Beaugency (114 kms)
Monday 22nd: Beaugency – Bourgueil (143 kms)
Tuesday 23rd: Bourgueil – Ancenis (121 kms)
Wednesay 24th: Ancenis – La Baule (115 kms)

 

JIM BUDD

Charles-vélos

Delighted that I will be joined for part of the ride: Bourgueil to La Baule by Charles-Eric Pasquiers, the general manager of Domaine FL in Anjou. C-E is pictured here crossing La Beauce during the punishing Bordeaux-Paris ride.


9 Commentaires

#Carignan Story # 236 : Questions sur Boutenac

Sur dix communes, dont celle de Boutenac, et depuis 2005, contrairement à d’autres appellations sudistes, ce n’est pas l’altitude qui fait le cru. Ici, bien que l’on soit au cœur du massif des Corbières, les vignes ne dépassent pas cent mètres d’altitude… Qu’on le veuille ou non, ce qui fait Boutenac, c’est sa spécificité Carignan en plus de son terroir qui est plus complexe qu’on ne le croit, ne se limitant pas à la seule présence des galets roulés. L’A.O.P. Corbières Boutenac existe bel et bien et se porte plutôt pas mal si on écoute ses principaux acteurs. Certains la déclinent même en plusieurs cuvées. Pourtant, elle ne concerne pour l’instant que 150 ha de terres et 25 vignerons menés par Pierre Bories, un gars formidablement ambitieux pour son pays. Et malgré tout le respect que je dois à mes amis vignerons de la région, malgré la jeunesse et l’enthousiasme des uns et des autres, elle reste une appellation quelque peu bâtarde, sans grande âme, sans grande logique. Une appellation qui pourtant, lorsque je l’explorais pour la première fois dans les années 90, avait toutes les chances de réussir. Mais je le répète une fois de plus : une appellation, ça se mérite !

Sur la route du château. Photo©MichelSmith

Sur la route du château. Photo©MichelSmith

Quelques points positifs

-Le Carignan doit être ramassé manuellement dit la règle. Je suppose que c’est pour satisfaire les habitudes de macérations carboniques qui perdurent ici sur le Carignan depuis les années 60/70/80 grâce aux conseils de l’œnologue narbonnais Marc Dubernet, en particulier. À moins que ce ne soit dans un souci fort légitime de protéger les vieilles vignes cultivées en taille basse (taille gobelet), en liaison étroite avec le sol, et donc très fragiles lorsque les engins agricoles se faufilent entre les rangs.

-Dans les documents officiels, le Carignan est cité en premier… mais avec la Syrah… puis après le Grenache et le Mourvèdre. Selon les textes, il arrive même que le Mourvèdre prenne le devant sur la Syrah. Allez comprendre… Sauf qu’à mes yeux de petit observateur de seconde zone, qui plus est Parisien de naissance et d’éducation, il me semble qu’en dehors de la conception de vins de cépages, la Syrah n’a rien à faire sous la cagnasse de Boutenac. Voilà, c’est dit ! Cela n’empêche pas que l’on puisse en mettre dans les assemblages, mais le moins possible SVP !

Le clocher de Boutenac. Photo©MichelSmith

Le clocher de Boutenac. Photo©MichelSmith

Quelques questions et quelques (modestes) conseils amicaux.

-La charge maximum autorisée est de huit tonnes de raisins par hectare… De prime abord, ça a l’air positif plutôt que de s’en tenir aux sempiternels rendements plafonds que l’on dépasse allègrement par dérogation. Sauf que, qu’est-ce que l’on fait si l’on dépasse la limite ? On déclasse en quoi ? Et que fait-on à l’inverse si les vignes ne sont pas très productives ? On charge en engrais chimiques pour donner un coup de fouet ?

-Quelle est la mesure phare, la mesure choc, prise par les pousseurs de crus pour mettre en avant la singularité de l’appellation Boutenac ? Désolé, je n’en vois point.

-Le cru, c’est bien. Corbières-Boutenac c’est pas mal. Mais si on avait vraiment voulut marquer les esprits, appuyer là où il faut, ne faillait-il pas simplement s’en tenir au nom Boutenac ? Pourquoi rajouter Corbières alors que le monde entier ne situe pas cette zone hormis quelques occitanistes patentés dans le triangle Perpignan-Carcassonne-Narbonne ? Pourquoi, à l’heure de la mondialisation, ne pas s’en tenir à la mention plus explicite à mon sens : Boutenac, Grand Vin du Languedoc ? Il paraît qu’un dossier dans ce sens est en cours depuis 2012. Il serait temps de l’activer.

-Enfin, revenons sur le Carignan. Après avoir laissé entendre au monde entier que l’on allait voir ce que l’on allait voir, que le Carignan de Boutenac était le cépage du coin, celui qui est adapté au climat, au sol et qui confère de la grandeur d’âme au vin, pourquoi diable le limiter ? Dire qu’il ne doit pas dépasser 50 % de l’encépagement (ou 60 %, ou 70% peu importe), cela signifie en quelque sorte qu’il n’est pas jugé assez bon en solo, qu’il doit obligatoirement être associé au Grenache ou au Mouvèdre et, le plus souvent hélas, à la Syrah. Ne serait-il pas un poil plus logique, plus judicieux de dire : « Faîtes ce que vous voulez avec lui, l’important étant qu’il doit être présent dans l’assemblage, à fond la caisse ou à minima, avec les trois autres cépages » ? Combien de vignerons passent à côté de grandissimes Carignans afin de rester dans la logique stupide d’un texte de technocrates assistés de vignerons aveugles ? Combien sont-ils de femmes et d’hommes qui éprouvent le besoin – nécessaire à mon sens – de vinifier leur plus grand vin avec leurs meilleurs Carignans sans avoir à le polluer par l’apport vulgaire de raisins passe-partout ? Combien se sentent dans l’obligation morale de « tricher » pour réaliser leur plus belle cuvée, celle que l’on réserve à l’appellation Corbières-Boutenac ?

Salomé Besancenot surveille la température des vins de son papa. Photo©MichelSmith

Salomé Besancenot surveille la température des vins de son papa. Photo©MichelSmith

J’ai goûté tous les Boutenac (remarquez que je dis « Boutenac » et non « Corbières Boutenac ») lors d’une mémorable soirée au château de Boutenac où se trouve le siège des vins de Corbières. Outre le fait que la majorité des vins proposés à la dégustation par les vignerons eux-mêmes étaient chauds, que de nombre d’entre eux étaient outrageusement boisés, bâclés par un élevage superficiel sans style et sans finesse (« Eh oui, faut faire une cuvée spéciale coco ! »), j’ai eu l’occasion de relever – mais ce n’était pas à l’aveugle – que les meilleures vins avaient une part carignanesque majoritaire en eux. Ce fut le cas des châteaux Aiguilloux, Caraghuilhes, Villemajou, Fonsainte, La Voulte Gasparets, Ollieux-Romanis, de vieux classiques des Corbières en quelque sorte. J’ai d’ailleurs terminé la soirée avec une parfaite Échappée Belle (de Caraguilhes) que j’avais encensé ici même en Mars dernier et que la toute jeune Salomé, la fille du vigneron, maintenait régulièrement à température comme on peut le voir sur ces photos. Sinon, une curiosité – une petite bombre, devrais-je dire – dont on attendra la sortie d’ici peu : la saisissante cuvée « Côte de Pierre » 2012 que Louis Fabre (Château Fabre Gasparets) réalise avec la complicité Didier Barral (de Faugères). Tiré à 3.000 exemplaires, ce "très majoritaire" Carignan sera en vente cet automne autour de 30 € !

Ce nouveau Carignan sera-t-il Boutenac ? Corbières ? Ou rien du tout... Photo©MichelSmith

Ce nouveau Carignan sera-t-il Boutenac ? Corbières ? Ou rien du tout… Photo©MichelSmith

Michel Smith


5 Commentaires

Zurich, salon apéro au Schloss Sihlberg

???????????????????????????????

logo_175px

À l’invitation de Susi et Andreas, de www.swiss-wine-connection.ch, me voici débarquant comme un grand à Zurich, ville où je n’avais jamais les pieds. Il fait beau et je décide d’aller à pied de la gare, Zürich HB, jusqu’à mon hôtel en longeant la Limatt, la rivière qui arrose la ville. De loin, j’aperçois une grue gigantesque, plus haute que les toits de la vieille ville. Bizarre, cette géante qui pointe son épingle rouillée vers les cieux. De près, elle semble incongrue… mais l’anachronique arabesque d’acier trône indifférente tant à l’admiration qu’aux quolibets. Dans son petit communiqué, Susi en parlait, affirmant qu’avec pareil engin, Zürich se prenait pour un port. Un port où le vin coule à flot…

???????????????????????????????

Un mot sur la grue

En 2009, l’association d’artistes «zürich transit maritim» www.zurich-transit-maritim.ch installe cinq bollards en fonte sur le Limmatquai (le bollard est une bitte d’amarrage)Copie (2) de ztm-legenden et sonne ainsi le début de la métamorphose de Zürich en ville portuaire. Mais les bollards n’étaient que les prémices d’une transformation plus profonde qui culmine avec l’installation de la grue portuaire annoncée par le groupe d’artistes lors de l’inauguration.
De mai 2014 à mars 2015, la grue de 90 tonnes provenant du port Baltique de Rostock sera visible sur le Limmatquai.

Zurich, port à vin

Le vin suisse se produit majoritairement dans la partie occidentale du pays. Valais, Vaud et Genève se partagent les deux tiers de la superficie totale du vignoble. «À contrario, une large part du vin est bue dans la «Greater Zurich Area». Pas étonnant dès lors que Zurich soit le lieu privilégié par les producteurs pour les dégustations de vins, qu’il s’agisse de vins indigènes ou internationaux. En cette année de l’installation de la grue portuaire, nous nous emparons du concept artistique controversé en les poussant un peu plus loin. En effet, si le projet d’un canal transhelvétique reliant le Rhône au Rhin, très actuel encore au milieu du siècle dernier, s’était réalisé, verrait-on aujourd’hui des tonneaux de vin de Genève, ou de plus loin encore, déchargés sur les quais de Zurich? »

Header_2014_kran_02

Avec ou sans canal transhelvétique, Zürich devient chaque année le havre des vins helvétiques. Mémoire & Friends, organisée depuis 2009, a lieu le dernier lundi du mois d’août. C’est l’un des plus importants événements de la scène viticole suisse. Parmi les exposants figurent les 54 membres de la Mémoire des Vins Suisses www.mdvs.ch ainsi qu’une centaine de leurs amis. Ceci vaut le voyage à Zurich, avec ou sans bateau…

 

Et le Schloss Sihlberg dans tout ça ?

???????????????????????????????

Si le lundi se consacre à l’ensemble des appellations suisses, la veille, l’organisation propose un programme off, cette année, la rencontre avec les vignerons du coin. La ville de Zürich et ses environs comptent quelques domaines, ce dimanche offrait une fin de journée exceptionnellement ensoleillée des plus propices aux discussions bachiques. Le cadre : la terrasse agréable du Schloss Sihlberg, une grosse villa qui doit remonter au début 20ème. Alanguis au soleil, on dirait une fiction, une bonne douzaine de producteurs attendaient les visiteurs.
Ne connaissant rien, mais certes bardé de quelques a prioris, je commence la dégustation flanqué de mon confrère et copain Alexandre Truffer qui s’occupe de la version francophone du magazine Vinum. La surprise est de taille, les premiers vins dégustés nous plaisent. Originaux et d’excellentes factures, on se dit qu’on est bien tombé, "c’est toujours ça de pris". L’ensemble dégusté a été sans fausse note, par-ci par-là, certes quelques faiblesses, mais une série de belles découvertes avec en tête, le cépage autochtone, le Räuschling.

Les coups de cœur

Suisse Zurich août 2014 017

 

Le Räuschling Lattenberg 2013 Zweifel Weine le premier dégusté et une grande première pour moi, une découverte, celui-ci, frais, citronné, croquant et des plus désaltérant. Le domaine produit aussi un Malbec 2012 qui pousse sur sable et ne ressemble ni à un argentin, ni à un cadurcien, élégant, il offre un fruité évocateur de marmelade de cerise tissé dans une soie tannique délicate. http://www.zweifelweine.ch

Le Sauvignon 2012 de Winzerei zur Metzg a le grand avantage de ne pas goûter le Sauvignon, aux antipodes des tristes productions variétales, le Zurichois offre du musc et de la réglisse qui embaument avec délicatesse la gelée de groseille blanche.

Suisse Zurich août 2014 024
www.winzerei-zur-metzg.ch

Suisse Zurich août 2014 025

La Suisse francophone est venue en force et qualité:  Alexandre Truffer (Vinum et Romanduvin, déjà cité,  et Laurent Probst -http://vinsconfederes.ch/ – discutent autour du Sauvignon de Metzg.

Landolt Weine AG. Vinifie nombre de parcelles entourées des murs de la ville, c’est un peu le Haut Brion alémanique, sans comparer toutefois les vins…
Son Stadt Zürich Schaumwein brut Pinot Noir en méthode traditionnelle vaut un bon Champagne. La perle nacrée, le galbe langoureux, la suavité fraîche d’une groseille blanche, le poivré délicat des prémices charnels. http://www.landolt-weine.ch

Suisse Zurich août 2014 028
Assemblage de Müller-Thurgau, Räuschling et Pinot Blanc pour la Cuvée Blanche 2013 Weingut Diederik à Küsnacht, lieu tristement célèbre, c’est là qu’est morte notre reine Astrid en 1934 dans un accident de voiture. La fraîcheur éclatante du vin lui rend hommage, il a de l’éclat, un développement minéral et une rondeur envoûtante. http://www.diederik.ch

Suisse Zurich août 2014 031
Meilener Räuschling Seehalden 2013 Schwarzenberg Weinbau qui n’est autre qu’un vin blanc des plus gracieux, alliant fraîcheur délicate et croquant gourmand. Le Meilener Pinot Noir Sélection 2011 au nez fumé, apparaît comme un PN classique alémanique comme on pourrait se l’imaginer, mais son fondu, ses épices, ne font qu’embellir son fruit. http://www.reblaube.ch

Suisse Zurich août 2014 034
Peut-être le plus beau Räuschling le R3 2012 AOC Zürichsee Lüthi Weinbau qui se parfume avec raffinement de rose blanche avant de fondre comme une poire savoureuse.
Tout aussi surprenant, le Pinot Noir Barrique 2012 à la caresse tannique subtil, au fruité bien dessiné, contour de cerise noire mélangée de fraise et de prunelle. Il préfermente à froid pendant 15 jours. http://www.luethiweinbau.ch

Suisse Zurich août 2014 039
Belle démonstration, belle découverte, quel apéritif, quel envie d’en connaître plus.

Le lendemain, on attaquait la grosse dégustation, en salle, une autre histoire, une autre ambiance, faudra qu’on en parle…

Et pour mieux comprendre la Suisse et ses vins, le dernier bouquin d’Ellen…

vineglorious-cover-sm210814

Ellen Wallace, Editor GenevaLunch
editor@genevalunch.com
http://www.genevalunch.com
Tel: +41 21 806 3800

 

Ciao

Copie de ztm-legenden

 

Marco


3 Commentaires

Triguedina, côté parcelles

J’ai un lien particulier, historique, si l’on veut, avec le Clos Triguedina.

C’est un des premiers vins qu’il m’ait été donné de déguster régulièrement, à la fin des années 1970. C’était juste après les Bourgogne que mes parents m’emmenaient goûter au fût, lors de leurs descentes de cave. Vous voyez, j’ai eu une enfance malheureuse! C’est sans doute pour l’exorciser que j’occupe ce petit bout de toile, quitte à exaspérer les abstinents.

Mais revenons à Triguedina – le Clos portait le titre de Château, à l’époque, si je ne m’abuse.

Château ou pas, ce Cahors était un sacré changement, pour le dégustateur novice que j’étais, qui plus est habitué aux robes claires du Pommard. Côté tannins, aussi, c’était une autre paire de manches. Mais la cuvée Prince Probus, le haut de gamme de M. Baldès – le père du propriétaire actuel – était toujours très bien élevée, pour autant que je m’en souvienne. J’ai retrouvé une bouteille de 1982, au fond de la cave de mes parents, début 2000; elle était parfaite.

Les décennies ont passé. Jean-Luc Baldès a repris le flambeau, après avoir fait ses classes – je vous le donne en mille – en Bourgogne! Mais aussi à Bordeaux.

Sans rien renier, il a imprimé sa marque sur le domaine – le New Black Wine, c’est lui. Avec cette cuvée, il fait revivre une tradition cadurcienne, le "Cahors de chauffe". Le Vin de Lune, le Pétillant Rosé, c’est lui aussi. On peut être résolument Cadurcien, les pieds dans la terre, avoir l’esprit de famille… et l’esprit créatif. Sans oublier l’ambition, sans laquelle il ne se créée pas grand chose en ce monde.

Ses vins, il les signe: Jean-Luc Baldès en grand, Triguedina en plus petit. C’est même à cette adresse que vous le trouvez.

homeR

Vous trouvez ça vaniteux? Moi pas. Jean-Luc assume l’héritage, mais revendique son apport. Le droit de suivre une autre voie, ou la même; le droit d’avoir raison, et de se tromper. Le droit d’avoir du caractère et des convictions. Le droit de vous dire "Pensez de moi ce que vous voulez; mais goûtez, s’il vous plaît".

Côté héritage, notons tout de même qu’il perpétue la cuvée Probus (le Prince est parti, reste le vin, et c’est l’essentiel).

Chaque année, pour moi, cette cuvée reste un marqueur, un jalon de la qualité du millésime à Cahors, dans un style travaillé – le style grand cru, pour autant que ce ne soit pas un gros mot à Cahors. Car vous le savez, c’est une des rares grandes appellations de France sans hiérarchie autre que celle de la réputation, du nom du domaine. Difficile de dire si c’est mieux ou moins bien. On vit avec. Crus ou pas, il y a de grands vins à Cahors.

Le terroir, un gros mot?

Ca n’empêche pas certains producteurs de Cahors de faire de louables efforts pour mieux identifier leurs terroirs (non, ce n’est pas un gros mot non plus!). Jean-Luc Baldès fait partie de ceux-là. On peut même dire qu’il est en pointe.

Quand je parle d’identifier, je ne veux pas dire qu’il les découvre. Bien sûr qu’il a toujours su que toutes ses parcelles ne se ressemblaient pas – c’est le B A Ba du métier du vigneron, et son père, comme son grand père,  le savaient avant lui.
Mais Jean-Luc, lui, avait envie de le montrer aux consommateurs. Alors il en a fait des cuvées séparées, une trilogie de parcellaires qui ont pour noms Au Coin du Bois, Petites Cailles et Les Galets.

J’en avais entendu parler. Ces derniers jours, j’ai pu les goûter.
Trois nouvelles pierres à l’édifice de la connaissance, ou en tout cas, à celui de mon éducation personnelle.

Vous dire que je les reconnaîtrais entre mille, peut-être pas. Vous dire que c’est le minéral qui parle, que j’ai croqué les cailloux, sucé la craie, non, bien sûr. Mais des différences, oui, j’en ai notées, aussi bien dans deux grands millésimes comme 2009 et 2011 que dans une année plus jalouse comme 2010 – car j’ai pu déguster trois millésimes de chaque.

La cuvée Au Coin du Bois m’a semblé la plus robuste des trois, la plus complète, la plus opulente aussi. Le 2009 a pour lui la richesse; le 2011 un fruit éclatant sur une trame solide.
Les Petites Cailles, qu’on imagine plutôt replètes, ont fait mentir leur nom: pour moi, c’est la cuvée la plus serrée, la plus dynamique – pas maigre, non, mais plutôt bâtie sur sa charpente acide que sur la chair – c’est particulièrement sensible sur le 2010, très élégant. Et complexe.
Les Galets, quant à eux, me semblent conjuguer le velours des tannins et la pureté d’un fruit rouge très direct; c’est aussi la cuvée la plus saline – on retrouve ce trait dans les trois millésimes, indépendamment de la matière, plus ou moins charnue. Comme un petit côté pointu sur la langue, bien agréable.

C’est mon ressenti, en tout cas.

Je me suis volontairement abstenu de m’intéresser aux sols avant de commenter pour ne pas me focaliser, même inconsciemment, sur la recherche d’éléments censés venir d’un terroir, même micro. Et je n’ai pas voulu non plus trop réfléchir. Je me suis laisser aller. J’ai mis mon nez dans le verre, le vin dans ma bouche, j’ai fermé les yeux, je me suis laissé guider par mes sens.

Je ne peux vous dire dans quelle mesure je me suis fait influencer, tout de même, par la recherche de la différence, d’écarts que je n’aurais peut être pas remarqués sinon.

Mais en dégustant les trois verres en parallèles, il était évident pour moi que j’avais bien affaire à trois expressions différentes du Malbec, tantôt séduisant, tantôt solennel, tantôt primesautier. J’aurais pu pousser plus avant, oui, mais ce n’était pas mon propos. Pas envie, cette fois, de relancer notre vieux débat sur le sol qui se boit ou pas. Je cherchais le plaisir, pas la prise de tête. Je l’ai trouvé. Bravo et merci au vigneron.

Les trois parcelles

Bien sûr, pour ne pas influencer la comparaison, les vinifications sont identiques pour les trois cuvées (macération de 20 à 25 jours, malo faite, 12 mois d’élevage en barrique française). Il n’y a que la provenance et les sols qui diffèrent.
Les Galets, ce sont des dépôts de sidérolithiques en troisième terrasse du Lot, riches en silice et en fer.
Au Coin du Bois, ce sont les secondes terrasses du Lot, à Puy l’Evêque – argiles rouges, limons, cailloux en profondeur, le tout sur une couche de calcaire en profondeur.
Les Petites Cailles, ce sont des sols du Causse, à Floressac. Calcaire kimmeridgien, argiles violettes, fer.

Sans pouvoir établir précisément les connexions "minérales", j’ai aimé les vins – les trois; comme on aimerait trois soeurs ou trois cousins. Pour leurs différences et pour leur air de famille. J’ai aimé aussi l’exercice intellectuel.

A vous de le reproduire, cet exercice, si ça vous intéresse. C’est tout le sens de cette trilogie, née avec le millésime 2007.

Triguedina

Ce trio, Jean-Luc Baldès le vend ensemble, dans un coffret. Une belle idée de cadeau pour Noël. Ou à n’importe quel autre moment de l’année, si affinités.

Attention: il n’y en a que 3.000 bouteilles de chaque, chaque année que le raisin veut bien nous donner.

Et maintenant, vous m’excuserez. Non seulement il me tarde de dîner (triguedina, en cadurcien); mais il me tarde surtout de reprendre mes dégustations comparatives, ne serait-ce que pour faire avancer la science… ;-))

Hervé Lalau

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Rejoignez 10 628 autres abonnés