Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Coins cachés en Rhône nord (seconde partie)

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Journée calme

On en profite pour aller au marché se procurer quelques spécialités. Nos paniers après repérages et causettes avec les ambulants regorgent de caillettes, ravioles aux herbes, de rigottes de Condrieu et d’une belle pogne de Romans (grosse brioche à la fleur d’oranger). Quelques légumes et fruits complètent notre bel assortiment.
Je ne résiste pas à livrer deux accords du soir à s’en lécher les babines

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Caillettes réchauffées et Les Pends rouge Domaine de Entrefaux
Les grosses boulettes adoucissent la petite austérité du vin, en détaillent le minéral. L’amertume gracieuse du vin met en évidence toutes les épices et le goût du mélange de viande de porc et de foie, puis se rafraîchît au contact de l’épinard, sublime le goût légèrement terreux de la blette, puis offre son fruit pour les confire dans le gras du cochon.

Rigotte moyennement affinée et Les Terres Blanches 2012 Domaine Belle à Larnage
Le vin, au tranchant d’un axe minéral bien net, atténue l’exubérance du fromage, efface son sel et révèle ses arômes de pierre à fusil, de noisette et de pâte d’amande, du zeste de citron jaune apparaît en fin de bouche.

Enfin un peu de culture

33ROTIE-CONDRIEU_anthique-MuseeStRomain©Paul Veysseyre
Le temps est un rien couvert, mais il fait sec et chaud, l’occasion rêvée d’aller se rafraîchir et s’instruire au musée gallo-romain de Saint Romain en Gal. En face de Vienne, le musée évoque le moment où Vienna était une riche cité et la capitale d’un vaste territoire qui couvrait le Dauphiné et la Savoie et s’étendait de chaque côté du Rhône. Un bâtiment très actuel tranche avec les 7 ha de vestiges de la colonie romaine. http://www.musees-gallo-romains.com/saint_romain_en_gal

En route pour le Palais

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Un gros rayon de soleil transperce les nuages et nous indique la direction suivre, Hauterive. Là, au cœur du village, gît le Palais Idéal du Facteur Cheval, ça ne nous change pas trop des vestiges du matin… Le style, s’il y en a un, tarabiscoté, est tout à fait fascinant. La richesse des détails nous enivre, les géants nous impressionnent, les écrits nous font rires «DEFENSE DE RIEN TOUCHER». Un temple tellement kitsch qu’il ressemble à une poésie minérale ou l’insolite côtoie le rêve en une illustration naïve qui réveille en nous un monde imaginaire. On a grimpé partout, on lui a tourné le dos, on y a joué à cache-cache, on a tout lu, puis on s’est assis devant, fatigués de tant d’éléments. On s’est baladé dans le village, histoire de prendre du recul, de s’échapper de l’emprise onirique jusqu’au du concert du soir, les places sont réservées.
http://www.facteurcheval.com

La journée des sensations fortes

Véritable cachotier, papa nous a prévu un vol en gyrocoptère (pas sûr que ça vole vraiment c’est engin là…). Une bonne quinzaine de minutes d’émotions, le temps de survoler le château de Crussol et jeter un œil, de haut, au vignoble des Royes dont la blancheur luit au soleil du matin. info@rhone-crussol-tourisme.com
De retour sur le plancher des vaches, direction le Domaine Courbis, propriétaire des Royes, rare endroit calcaire perdu au bout des granits de l’appellation Saint Joseph. Laurent Courbis nous accueille, on lui montre la photo prise, minuscule image d’un entonnoir géant. Il propose de nous y emmener, puis revenir déguster les vins. Vu du bord, le vignoble est encore plus vertigineux qu’en l’air. Ça doit glisser cette cagnasse. Laurent confirme.

Les Royes vu du ciel MVH
Les Royes blanc 2012 St Joseph offre sa richesse aux senteurs de miel d’acacia et de fleur d’amandier, gourmand et juteux de fruits blancs avec de la fraîcheur, une arrête minérale. Les Royes rouges 2012 ont ce parfum suave aux accents de confiseries à la violette qui nous ravit tant. Encore sauvage, il mort à pleines dents dans la prunelle et la cerise noire, mais déjà nous fait un sourire charmeur chaud d’épices et d’impressions fumées. http://www.vins-courbis-rhone.com
La voiture résonne d’explications, de commentaires, de paroles en l’air, de précisions, le dîner et la soirée risquent d’être agités.

Le train, ça vous dit ?

Le Mastrou (1)MVH
Il s’appelle le Mastrou, il a 120 ans et va de Tournon sur Rhône à Lamastre. On le prend à 10 h et en moins de 2 heures, il nous monte au marché du mardi. On le reprend à 15 h. On emmène Djibou.
Tout à l’avant du train, on observe les cheminots, le feu ronfle, de temps en temps le sifflet nous fait sursauter et hurler le chien. Je suis heureux d’avoir mis un tee-shirt sombre, la cheminée nous envoie des escarbilles, minuscules fragments de suie qui impriment d’un trait leur trace noir de fusain. Nous voilà enfin arrivé. Le centre de la petite ville grouille de monde. On se prend quelques Picodon et un saucisson, le Saint Joseph Domaine Gonon blanc 2012 ira à merveille sur les deux.
http://trainardeche.fr http://www.lamastre.fr
Retour au Rhône et détour à pied par le sentier des Tours qui domine Tournon et s’échappe vers le fleuve. Une jolie promenade apéritive avant le resto Le Comako créé il y a peu par le chef Jérôme Feix.
À Tournon, le St Jo est roi, Le Paradis Saint Pierre Saint-Joseph blanc de Pierre et Jérôme Coursodon nous vient comme une évidence sur la Pintade de la Drôme, haricot coco et pied de cochon, enfin quand je dis «nous», c’est surtout mon père qui dit…
Son onctuosité nous plaît, un paradis riche comme il se doit. La pintade n’en revient pas. Le fruit domine, avivé par la fraîcheur citronnée et mêlé d’épices, il fait de la volaille une exotique pastilla. Sa structure minérale en impose et sa texture légèrement ligneuse, il est élevé en barriques, entrent en harmonie avec les haricots et le cochon. On se régale.
Pour qui a pris Le Filet de Canard, l’extraverti Les Pierres Sèches rouge d’Yves Cuilleron fait s’envoler le volatile vers un nirvana gustatif qui ne compte plus les nuances fruitées et épicées.

https://fr-fr.facebook.com/comakorestaurant

Demain, on fait plaisir à maman

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On débute la journée par une balade à cheval à la découverte du pays de Crussol. On y passe la matinée, partant des Ecuries de Bressieux à Saint-Romain-de-Lerps on se rapproche du Rhône pour ensuite repartir vers notre lieu de départ. Moi, j’ai l’air assez gauche, pas l’habitude. Maman, c’est la classe.
http://www.ecuriesdebressieux.com
On reste nature en poussant jusqu’aux Jardins Paysagers la Terre Pimprenelle, un hectare de fleurs, de plantes, d’arbres et d’arbustes. Maman pourrait y passer des heures, nous ça nous creuse.

https://sites.google.com/site/jardinlaterrepimprenelle/

Il y a une expo d’art contemporain au château de Tournon, on y passe avant d’enfin manger un morceau. Je ne sais ce qui creuse le plus, le grand air ou la culture.
Nous sommes tous très heureux de s’asseoir à la terrasse du Bistrot des Clercs, l’établissement de Laetitia Chabran. On y sert une cuisine généreuse qui nous rassasie tout en nous apportant un grand plaisir. http://www.bistrotdesclercs.com
C’est le moment de faire le bilan. Les vacances sont déjà finies et il nous semble n’avoir rien vu. Les pieds de plomb, on les a cette fois pour rentrer à la maison. On ne s’imaginait pas, ma sœur et moi, un nombre aussi considérable d’activités diverses.
C’est dit, on reviendra, déguster d’autres vins, visiter d’autres lieux, surtout qu’on n’a pas fait de bateau…

http://www.condrieu-coterotie.com
http://www.ht-tourisme.com
http://www.rhone-crussol-tourisme.com
http://www.vins-rhone.com
http://www.vins-rhone.com/fr/rhonescapade

 

Ciao

Picodon

 

Marco


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Give me Five

Non, ce n’est pas le vin des 5 du Vin, mais le 5 du Mas de Bertrand 2012, un joli Montpeyroux dégusté lors des dernières Régalades.

Pourtant, avec son beau nez de Syrah bien mûre, sa bouche qui oscille entre le cuir, le cassis et les épices, la fermeté et la jovialité, on dirait presque le portrait collectif de notre valeureuse équipe. A vous de retrouver les caractéristiques de chacun…

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C’est l’alibi tout trouvé, en tout cas, pour vous dire à quel point je crois dans ce cru.

Je ne suis pas trop sûr que toutes les appellations communales souhaitées par le Languedoc prendront vie un jour – moins pour des raisons de contenu, d’ailleurs, que pour des raisons de potentiel de production (certaines ne comptent plus que 4 ou 5 vignerons, et se font grignoter par la ville…).

Mais Montpeyroux, si. D’ailleurs, pas mal de gens sont déjà persuadés qu’elle en est une, d’appellation communale. Languedoc Montpeyroux ou Montpeyroux tout court, la belle affaire!

C’est l’occasion pour moi de rappeler à tous les décideurs, à tous les définisseurs, à tous les tamponneurs, que le terroir était là avant eux, que le vin était là avant eux, et qu’il le sera encore après eux.

Hervé Lalau

 

 

 


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#Carignan Story # 247 : Spécial tajines

Vacances, travail, loisirs, passions, faudrait choisir si l’on écoute les gens sérieux. Pour ma part, lorsque je suis en vacances, je « travaillotte » et je n’y puis rien, c’est comme ça.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

 

Retour du Maroc où j’étais allé me promener peu avant l’automne, quelqu’un d’aimable m’a fait remarquer que le Carignan « Beauvallon » que je disais avoir dégusté lors de mon premier dîner à Fès en compagnie d’un superbe tajine de légumes, n’était autre que le frère siamois du Domaine Riad Jamil, déjà chroniqué à deux reprises dans ces pages : ici, par exemple, et une seconde fois là. Vous allez me dire que ce n’est pas du vrai journalisme que je vous sers là, que j’ai des marottes, que les vins des Celliers de Meknès sont bigrement favorisés dans mes articles et que probablement je suis payé par l’Office du Tourisme Marocain. Je n’y peux rien, les gars, j’vous l’jure sur la tête de ma Mère, car cette grosse entreprise de Meknès est la seule, à ma connaissance, à vinifier un pur Carignan. Celui-ci semble être un de leurs fleurons. Si vous en connaissez un autre, je vous en prie écrivez moi !

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Pour vous, je l’ai donc goûté par deux fois auparavant, dans les millésimes 2008 et 2009, sans grand enthousiasme d’ailleurs. Là, j’ai bu un 2011, toujours dans le cadre de cette A.O.G Beni M’Tir qui ne garantie que ce qu’elle veut bien garantir. Comme les choses du vin sont compliquées au Maroc, en relisant mes notes d’un voyage effectué il y a douze ans, je me demande si le Carignan « vif, simple et direct » (notes prises à l’aveugle) goûté alors avec la mention sur l’étiquette « Campagne 2001/2002 » et que je conseillais de boire « d’ici un an ou deux » ne rentre pas dans l’assemblage de ce « Beauvallon » qui semble avoir un confortable tirage vu qu’il est présent un peu partout dans les rares boutiques de vin que compte le royaume, mais aussi dans les restaurants Marocains de notre Hexagone où le couscous reste un met incontestablement populaire. Par deux fois, je n’ai pas été enthousiasmé (je me répète…), et puis là, je le goûte in situ, dans son pays natal, non loin des murailles de Meknès, à une table princière à 30 ou 40 km des vignes, servi avec gentillesse par un sommelier qui dit ne pas avoir le droit de goûter le vin. Résultat, je le trouve bon, honnête, sincère.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Est-ce le décor grandiose de Fès qui s’étale à mes pieds ? Est-ce l’enthousiasme de ses habitants ? Est-ce mon humeur positive ce soir-là ? Est-ce le millésime ? Est-ce le prix presque dérisoire du vin ? Allez savoir… D’abord, mon sommelier a accepté sans broncher de mettre ce 2011 à température. Porté au nez, je lui trouve de fines notes de garrigues qui me rappellent mon pays d’adoption. Il est fait un peu à la manière d’un Corbières de belle facture : vieilles vignes, macération carbonique classique, presque comme à La Voulte Gasparets, élégance en moins, élevage sans excès en barriques pas trop neuves, puissance raisonnable, chaleureux mais avec une pointe de fraîcheur, tannins rustiques, il rempli bien son rôle de compagnon de cuisine modérément épicée. Qui a dit que le vin était toujours meilleur bu sur place ? Après tout, c’est peut-être pour cette raison que je me suis installé dans le Midi.

Michel Smith


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Les tribulations de la famille Vanwijn : coins cachés en Rhône Nord (épisode 1)

Article paru dans In Vino Veritas n°168

Les aficionados des plus belles syrahs du monde sauteraient de joie à l’idée de passer leurs congés près de Tain l’Hermitage; c’est le cas du père Vanwijn, bien sûr. Mais ma soeur et moi, nous avons décidé de faire la gueule tout le trajet. On nous dira « pourquoi tant de haine? » C’est simple: qu’il y a-t-il à faire dans le nord du Rhône? Papa a beau raconter tout ce qu’il veut, on ne l’écoute plus. Même Djibou, notre chien, n’a plus quitté son panier. Mais c’est décidé, on part demain tôt dans la matinée.

Arrêt antidépresseur

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Arrivé en début d’après-midi à Tain l’Hermitage, la voiture s’arrête au bord de la N7. Plongez dans nos jeux, la musique hurlante, il faut nous secouer pour nous rappeler à la réalité. Pause chocolat, ça vous va ? Hurle papa. Eberlués, on contemple le tout nouveau bâtiment de la Cité du Chocolat de Valrhona. Il ressemble à une grosse boîte de pralines. Ma sœur reste tétanisée devant le mur végétal de la façade principale, la nature elle aime. Bon, on entre ? Et tout de go comme un ado, notre père nous inscrit à l’atelier dégustation, 2 heures de pur bonheur, manque plus que les lunettes roses pour se croire perdu sous les tropiques. Provisions faites à la boutique, on sort le sourire enfin retrouvé. Après une telle thérapie, on est prêt à réaffronter la vie. Papa ne s’y trompe pas et nous emmène dans une autre boutique, celle de la Maison Chapoutier. Les hauts verres scintillent et se remplissent de quelques Crus, il nous faut une Syrah qui va avec le chocolat. Le Cornas Les Arènes 2010 semble tout indiqué, d’ailleurs, il fera une bonne partie du repas de demain. Puissant, mais aussi gourmand, il se parfume de fruits noirs bien mûrs, il est suave et bien épicé, les tanins bien présents, de quoi bien agrémenter une côte à l’os puis de le confronter à d’autres tanins, ceux de quelques crus Valrhona. Le choc risque d’être à la fois impressionnant et délicieux.

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Valrhona pour qui ne connait pas est une chocolaterie créée à Tain l’Hermitage. Cette étape incontournable pour les gourmands s’est dotée depuis 2013 d’un espace dédié au chocolat et ouvert tous les jours.

Au milieu de l’avenue Paul Durand, l’artère qui mène à la gare de Tain, se trouve le Caveau M. Chapoutier.

Manger, puis dormir

Avant de rejoindre notre lieu de séjour perdu au milieu des vignes, on fait un saut à la Cave de Tain qui possède un intéressant caveau didactique. Quelques Saint Péray effervescents viennent compléter nos achats. Ils ne feront pas la semaine, frais, aux arômes de fruits blancs sur lit minéral, ils accompagneront nos mises en bouche de fin de journée. http://www.cavedetain.com

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Entretemps en route, c’est pas loin, pour le Mangevins, c’est dans la même avenue que le Caveau précédemment visité. Vincent Dollat et son épouse Feiko y officient. La cuisine, on peut appeler «fusion», comme la Fleur de Courgette et escargots en tempura qui possède certes un accent de chez mais avec une nuance nippone. Le Condrieu 2012 de Pierre Gaillard accepte l’exotisme, rafraîchit le gastéropode et nuance de violette la fleur de courgette.
En route pour notre logement. On occupe un gîte à Chanos-Curson perdu au milieu du vignoble, La Farella. La piscine nous fera un bien fou avant un repos bien mérité, mais pourquoi tu ne nous a rien dit papa ? J’ai tout expliqué, mais vous n’avez rien écouté. Ça vous a fait de belles surprises pour cette première journée. Il y en aura quelques autres, elles s’égraineront tout au long de notre séjour tant redouté. Bonne nuit.

Sport ou culture ?

Bien évidemment ma sœur voudrait enfourcher son vélo et parcourir les collines alentours. Moi, un petit saut au musée archéologique de Vienne me plairait plus. La décision est simple, si le temps n’est pas trop chaud et peu de vent, on fait du vélo, j’ai un bon contact explique mon père. Si le climat nous fait des caprices, direction le musée termine papa. Demain, on nous prévoit une température de cycliste…

Rendez-vous au Domaine Habrard à Gervans, pour parcourir l’appellation Crozes-Hermitage. Fabien Louis, notre guide, nous attend derrière ses vélos électriques, ma sœur a le sien.
Voilà un engin que je n’ai jamais essayé, paraît qu’avec cette modernité les côtes se montent les doigts dans le nez. Comme tout voyage oenotouristique et culturel pour son petit cour de géologie tout au long de la promenade, on démarre avec une dégustation des vins du domaine d’accueil. Laurent Habrard nous montre la différence entre les Marsanne expressives plantées sur lœss en Crozes et la puissance retenue du même cépage qui pousse aux Roucoules en Hermitage.

Les fourmis nous démangent, en route

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C’est le moment choisi pour présenter l’entité aux étrangers, nous et une poignée bigarrée d’Allemands et de Hollandais qui n’y ont jamais mis les pieds. Cépages, sols, style de vin sont décrits par Fabien Louis, également sommelier qui tient à Thain un bar à vins, Des Terrasses du Rhône http://www.ausommelier.com http://www.baladesviticoles.com
En route, c’est parti pour 500 m et premier arrêt, histoire d’admirer la portion la moins connue de l’appellation, les granits qui en occupent toute la partie nordique et qui se termine avec la colline de Thain, aire de l’Hermitage. Ça monte, ça descend, on s’arrête de temps en temps pour souffler, prendre quelques photos, admirer le travail des vignes.

L’ascension jusqu’à Larnage

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Au milieu des monticules granitiques gît une particularité géologique qui se mérite, vélo électrique ou pas, le miens ne devait pas être branché, et c’est au bout de plusieurs lacets qu’enfin on accède à ce terroir écrit en vert sur fond blanc. Le sol gris blanc très clair est assez impressionnant, composé de kaolin, une argile complètement altérée qui s’emploie dans la fabrication de la porcelaine. Un terrain assez rare et encore plus rarement planté de vignes. Il donne des vins droits, presque austères, tendus par l’acidité due à la forte teneur en silice. Les Domaines Belle et Rémizières y ont plusieurs parcelles, comme René Jean Dard et François Ribaud (Dard & Ribo) qui en font la mythique cuvée K. On y passera goûter tout ça.

Folle descente

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En rasant la colline de l’Hermitage, ce qui permet d’en admirer de près les enseignes hollywoodiennes…
Les granits nordiques nous laissent pour les anciennes terrasses du Rhône d’altitudes décalées, nous ce qu’on voit c’est que ça descend et on est bien content. Au décrochage entre ces deux espaces plans apparaissent quelques pentes argileuses du côté de Mercurol. C’est le terroir des Pends qui donnent des vins minéraux, argile tu m’entends, mais bien enrobés de chair, frais. Le Domaine des Entrefaux en tire un joli parti. Les Crozes Hermitage Les Pends blanc et rouge viendront remplir notre escarcelle.

Enfin les Châssis

Arrive la plaine des Châssis, celle qui abrite quelques domaines réputés comme Le Clos des Grives de Laurent Combier http://www.domaine-combier.com ou encore Alain Graillot avec aujourd’hui son fils Maxime qui tient la barre http://www.alaingraillot.com . Les vins y sont certes plus solaires, plus puissant, mais leur structure minérale leur apportent fraicheur et élégance.
La balade se termine autour d’un verre, celui de l’effort fourni, histoire de nous réhydraté, celui de l’amitié, histoire de trinquer aux belles appellations et au terroir dans les jambes.

Demain repos !

Ciao

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Marco


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Impressions Marocaines, ou le vin sous voile

Douze ans ! Cela faisait un bail que je n’avais mis les pieds sur la terre Marocaine. La dernière fois, c’était pour un grand reportage pour le compte du magazine Saveurs, entre Fès, Meknès et Volubilis. Franck Crouzet, Directeur de la Communication chez Castel, nous avait chaperonnés avec force largesse puisqu’il nous logeait, mon équipe et moi, dans le luxueux Palais Jamaï, probablement le plus agréable des palaces après la Gazelle d’Or à Taroudant, lieu de repos favori des Chirac. Ah la vie de luxe, ça a du bon, vous ne trouvez pas ? Au passage, si vous avez comme moi des envies de faire péter le compte en banque, sachez que le directeur du Palais Jamaï m’a dit en confidence que son hôtel allait fermer après Noël pour des travaux de très longue durée. Ses propriétaires, les mêmes que ceux de La Mamounia à Marrakech, sont décidés semble-t-il à le faire entrer dans l’ère des grands paquebots pour milliardaires, ce qui n’est pas de bonne augure si vous voulez mon avis. Bon, comme il ne s’agit pas d’une rubrique hôtelière, je me garderai bien de vous ennuyer plus encore avec ce sujet.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Passons au vin. Dans ce Maghreb où le jus fermenté est caché (il y a aussi du casher…), mis sous voile (pour tenter un brin d’ironie de mauvais goût), alors qu’il est présent depuis l’Antiquité, il règne une véritable omerta : officiellement, il y a bel et bien des vignes, visibles de tous d’ailleurs, mais elles sont surtout là pour le raisin de table, non pour le vin. Si, si, on vous le jure. Déjà, lors de mon précédent voyage, j’avais été surpris par cette hypocrisie, comme en Tunisie d’ailleurs et peut-être même aussi en Algérie, où je ne suis pas retourné depuis mes débuts journalistiques. Surpris par la manière – je devrais dire la diabolisation – par laquelle ces pays pourtant producteurs traitent le vin. On estime qu’au Maroc, la vigne emploierait pas loin de 20.000 personnes et concernerait autour de 10.000  hectares (je n’ai pas trouvé de chiffres officiels, même sur le site de l’OIV), contre 80.000 dans la première décennie du siècle dernier et 60.000 dans les années précédant l’indépendance. Lorsqu’on en parle, les gens rigolent ou changent de sujet quand ils n’invoquent pas le Coran, refusant parfois le dialogue, ce qui est encore le cas à Meknès ou Fès, peut-être moins il est vrai à Casablanca ou Rabat.

Photo©MichelSmith

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À côté de ça, dans les hôtels le vin n’est pas exclut et il existe – du moins dans les grandes villes – quelques lieux de perdition bien cachés (vitrines neutres, exemptes de publicité), comme à Rabat, par exemple, principalement dans les quartiers dits « modernes » ou « européens », où des citoyens entrent et sortent, quelques uns passablement éméchés, un flacon de whisky ou une bouteille de vin sous le bras soigneusement enveloppée dans un papier journal, afin de rester bien à l’abri des regards. Ces boutiques que l’on ne peut appeler « cavistes » tant elles sont laides et peu avenantes ne sont pas nombreuses, mais elles sont la preuve d’une tenace rigueur religieuse. De la même manière, connus de tous, il y a aussi des bars sombres ou souterrains où la bière coule à flots dans la cacophonie la plus totale, les imprécations des ivrognes, les vapeurs tenaces d’alcool et de tabac. Je sais aussi que certaines boîtes de nuits ou discothèques, surtout du côté de Casablanca, font grande consommation d’alcool. Pourtant, « Chez nous, on ne boit pas. On ne pose même pas nos yeux sur le vin. C’est interdit ».

Photo©MichelSmith

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Paradoxe encore, malgré la mise sous voile du vin Marocain (cachez ce flacon que je ne saurai voir…), les ventes se portent bien et ce secteur de l’agriculture est en pleine forme. Sur plus de 50 millions de bouteilles produites, l’écrasante majorité est vendue et consommée sur place comme l’explique cet article glané sur la toile. On pourrait croire que cet engouement est à mettre sur le compte des touristes et des retraités de France et d’ailleurs venus profiter d’une fin de vie bon marché, certes, mais il y a fort à parier que la classe moyenne qui ne cesse d’augmenter à en juger par la frénésie immobilière autour des villes, ne soit pas totalement hermétique aux plaisirs du vin. Dans les restaurants de Meknès ou de Fès, outre les hôtels, les cartes de vins n’existent pas ou sont réduites au stricte minimum. Ironiquement, la plupart des restaurateurs annoncent au touriste : « Si tu veux amener ton vin ou ta bière, pas de problèmes ». D’autres, toujours à Fès, où je suis resté le plus longtemps tellement j’aime cette ville, emploient de jeunes rabatteurs qui promettent à voix basse un verre de vin que l’on verra arriver sur table dans un gobelet en plastique soigneusement enveloppé d’une serviette en papier. Le plus souvent, dans de telles conditions, le vin est franchement imbuvable et on ne sait même pas ce que l’on boit puisque la bouteille n’est jamais montrée. Plus on s’enfonce dans la médina et plus le vin est ignoré. Paradoxe, le Maroc produit pourtant des vins honorables, semblables pour beaucoup à ceux que l’on buvait dans le Midi dans les années 80/90 avec une mention particulière pour l’usage du bois sous forme de barriques ou de chips, artifices employés ailleurs, à l’abri des regards dans les chais-usines proches du port de Sète notamment.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Les bouteilles et leurs habillages ne font guère preuve d’originalité. La tendance est aux cépages « internationaux », Cabernet, Merlot, Syrah. Peu chers, ils dominent surtout à l’export où ils font fureur dans les restaurants à couscous de Paris à Bruxelles en passant par le Danemark ou la Suède. Ce léger manque d’audace est probablement dû au fait que seules quelques entreprises se partagent le gâteau viticole, la plus grosse étant le groupe Castel qui possède plusieurs centaines d’hectares et qui est propriétaire depuis 2003 de la marque Sidi Brahim, un vin rouge et rosé associé à l’Algérie (c’est le nom d’une célèbre bataille en 1845) racheté à la maison bordelaise William Pitters (de Bernard Magrez) qui depuis, hormis un petit vignoble, s’est retirée du Maroc laissant ses vignes à Castel. Au passage, je n’ai jamais réussit à savoir si les vignes qui fournissent le raisin du Sidi Brahim (1.150.000 cols environ, rien que dans la grande distribution en France) sont tunisiennes, marocaines ou algériennes, ou si elles ne sont pas un peu des trois pays… Il est vrai que j’aurais pu poser la question au service com du groupe… Introuvable au Maroc, ce vin n’est d’ailleurs pas le plus vendu des vins du Maghreb en France puisqu’il est devancé de peu par le Boulaouane (ex propriété de la SVF), nom qu’il ne faut surtout pas confondre avec Guerrouane, une AOG (appellation d’origine garantie, sorte d’IGP) au même titre que Beni M’Tir, Zemmour (rien à voir avec l’autre zozo), Berkane et une dizaine d’autres, tandis que l’on ne compte qu’une seule AOC, les Coteaux de l’Atlas proche de Méknès.

C'est Fès que j'aime. Photo©MichelSmith

C’est Fès que j’aime. Photo©MichelSmith

Sur place, je n’ai pas rencontré de vin de marque Boulaouane (6 millions de cols par an) alors qu’il est produit à partir de raisins récoltés au sud de Casablanca (et dans la région de Meknès ?) puis envoyé en bateau-citerne jusqu’en Languedoc pour les assemblages et la mise en bouteilles. Castel, déjà présent  au Maroc dans la bière (Flag) et l’huile d’olives, semble s’implanter de plus en plus dans ce pays, laissant à d’autres groupes marocains, comme Les Celliers de Meknès, la part de plus en plus importante du marché local des vins (75 %) et préférant se concentrer sur l’exportation. Présidé par Brahim Zniber, 94 ans, un entrepreneur Marocain ayant réussi à rassembler plus de 2.500 ha près de Meknès, aux pieds de l’Atlas, le vignoble est encore planté de Grenache, Carignan, Cinsault, Aramon et Alicante, mais aussi de Cabernet-Sauvignon et Franc, Syrah et Merlot. Il compte en son sein un véritable château doté d’un chai bien équipé et d’une batterie de barriques neuves. On compte un ou deux domaines intéressants (ex-groupe Thalvin) dans le secteur de Casablanca et de Rabat. Deux vignerons de la Vallée du Rhône, dont Alain Graillot (Crozes Hermitage) avec une vingtaine d’hectares de Syrah cultivée en bio pour un rouge de qualité nommé « Tandem », se sont intéressés au Maroc. Au Domaine du Val d’Argan, plus au sud (proche d’Essaouira), Charles Mélia (Châteauneuf-du-Pape), a été l’un des premiers à se lancer avec de jolis vins à la clef. Deux familles Bordelaises, celles des propriétaires de Fieuzal et de Larrivet-Haut-Brion, ont elles aussi tenté l’aventure en plus grand dans la région de Meknès, au Domaine de La Zouina. On m’a parlé en bien de la Ferme Rouge, près de Rabat, dirigée par Jacques Poulain, un ancien oenologue de Thalvin qui utilise pas mal de Tempranillo dans ses rouges et dont les blancs (Chardonnay et Viognier) font fureur… Quant à l’ineffable Gérard Depardieu, il a tenté une expérience (quelques hectares seulement) du temps ou son ami Bernard Magrez sévissait vers Méknès au Domaine Sahari notamment. Mais je n’ai jamais goûté ses vins.

Photo©MichelSmith

Du raisin, oui… Du vin, non. Photo©MichelSmith

Au cours de ce voyage, plus intéressé par la fréquentation de restaurants réellement Marocains et de ce fait pour la plupart hostiles au vin, hormis un Carignan qui sera l’objet de ma chronique de Dimanche, je n’ai pas goûté de vins mémorables. Il y a 12 ans, en revanche, ce sont ceux de Beni M’Tir qui m’avaient plus frappés lors d’une dégustation à l’aveugle réalisée par mes soins avec l’aide de la société Castel puisqu’il n’existait pas de structure promotionnelle et que celle-ci n’existe toujours pas d’ailleurs. J’avais goûté une superbe cuvée « Excellence » 2000 et 2001 de Bonassia Vineyards (Cabernet/Merlot) concoctée pour l’export, ainsi qu’un autre rouge 2001 du Domaine de Baraka (Castel) joliment tannique et un Guerrouane 2001 du Domaine Delorme, cuvée « Aït Mimoun » élevée en grande partie en barriques (chêne américain) qui me paraissait refléter la Syrah. Côté gris (ou rosé), le Boulaouane du Domaine de Khmis (Celliers de Boulaouane), bien marqué par le Cinsault, agrémenté de Grenache et de Cabernet, m’avait bigrement séduit tout comme son frère de Beni M’Tir signé à l’époque Atlas Vineyards.

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Ce papier se termine un peu en queue de poisson, me direz-vous. Pas faux. Il faut dire à ma décharge que les marques virevoltent, qu’elles changent de mains et de noms en fonction des marchés internationaux et au gré des opportunités de ventes et de rachats rendant très difficile le suivi de l’épopée vineuse de ce pays. Hormis les taxes que cela rapporte à l’état Marocain, mis à part quelques noms sûrs (Castel, Les Celliers de Meknès), la plus grande confusion règne, même si les caves viticoles que j’ai pu visiter jadis étaient fort bien tenues et aussi bien équipées. L’aventure du vin au Maroc reste obscure et seule la rencontre entre un bon vigneron européen et un homme puissant bien introduit dans les sphères royales pourrait permettre de bâtir un beau rêve à l’image de certains domaines du sud de la France ou de l’Espagne. Comme l’Algérie et la Tunisie, le Maroc est un grand pays de vin qui s’ignore…

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Les douanes, toujours les douanes… Photo©MichelSmith

Mon souhait le plus cher serait de voir s’ouvrir un jour à Meknès une Maison du Vin Marocain. S’il vous plaît votre Majesté, vous qui comptez au moins un magistral palais dans chaque ville, vous pourriez faire quelque chose pour que le vin devienne l’une des fiertés de votre royaume ? D’ici 50 ans, peut-être ? Fort bien, j’attendrai.

Michel Smith


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Vineglorious! & other tales

vineglorious-coverJim presents his apologies but today’s post has been delayed by a long dinner featuring 21 wines from Gigondas stretching from 2006 back to 1995. Despite scrupulous observation of the precepts of La Modération, this billet will not be completed until later on today.

A few hours later…. before moving onto Vineglorious! and other tales I should pick out my favourite wines from the marathon Gigondas Ageability Dinner. In order of vintage I was particularly impressed by: 2005 Confidentiel Montirius, 2004 Domaine Saint Gayan, 2000 Château de Saint Cosme, 2000 Domaine la Boussière and the 1999 Domaine les Pallières.

Vineglorious – Switzerland’s Wondrous World of Wines: Ellen Wallace
I met Ellen in Montreux at the 2014 Digital Wine Communications Conference. She is a journalist, editor and publisher. Born in America Ellen moved to France and then to Switzerland in 1985. Vineglorious! is self-published and is that rare beast a book on Swiss wines in English.

This is not your typical wine book – more a series of impressions or short articles highlighting aspects of Swiss wine.This is probably not a book for a wine geek, so if you are looking for a treatise on Swiss wine this is not it. Ellen’s intention is to capture the reader’s interest rather than provide information in regimented order as in the classic wine book format. She often concentrates on stories rather than how many hectares, vines per hectare etc. Telling the myth of Hannibal’s elephants and Barry the dog with his handy brandy, Charles the Bold and his silver bathtub or the 19th century counterfeiter Joseph-Samuel Farinet, who became a Robin Hood figure and now has a vineyard, which belongs to the Dalai Lama, planted in his memory on the Colline Ardente above the village of Saillon.

Ellen decided against having an index in her book. Instead she has one on-line that can be updated with links to information on her website. It can also available as a printable pdf minus the links to the articles. Due to its episodic nature Vineglorious! needs an index if you are looking for a specific vineyard or grape variety rather than just wanting to dip into it.

Vineglorious is available p&p from 30 Chf within Switzerland 35 Chf in other parts of Europe.

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Simon Woods: The World’s Shortest Wine Book* *maybe

People, who live in the north of England, are renowned for being blunt. Simon Woods lives in Greater Manchester and his new book is full of admirably blunt, good advice.

‘It’s bollocks.’ – science of food and wine matching.

‘The easiest way to get more out of a bottle of wine? Buy some decent glasses.’ Rather than recommending expensive and often fragile Riedel glasses, Simon suggests you head for IKEA and buy the Hederlig range at £1.40 a pop – ‘they’re perfectly adequate for all but the most picky drinkers’.

France and Italy: the greatest wines, the grottiest marketing

‘Let’s not beat about the bush, some countries make wine that is dispensable. If Chile or England didn’t exist, there wouldn’t be too many people in the wine world who would shed a tear. Unless they came from Chile or England. Ditto for much of Eastern Europe and Canada. But if France or Italy didn’t exist…’

‘Add in the national character traits – stubborness for the French, vanity for the Italians – and you have a marketing nightmare. It’s no wonder that many people opt for New World wines called simply Blob Estate Cabernet Sauvignon.
Subtitled ’21 ways to get more out of a bottle of wine’ Simon’s 64 page book is self-published with 21 short chapters. He actually wrote three more short chapters which you can get by emailing him.   Simon Woods: The World’s Shortest Wine Book* *maybe available for £5 or less on Amazon. 

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Invest in brass necks!

good friend!

‘good friend to customers’ not sure the creditors of bust Vinance plc owed £15 million would entirely agree…

It was nearly three weeks ago that a comment from an anonymous source alerted me to the existence of Simon Ford’s Electus Wines Ltd:
‘Jim, after the Vinance debacle am stupefied to see that Simon Ford has set up a new wine investment firm.’
Following Vinance plc’s collapse into liquidation on 17th May 2013, Electus Wines Ltd was set up on 16th July 2013. It has two directors 37-year-old Simon John Ford, based in Ottawa, Canada and 69-year-old Timothy Graham Ford (Simon’s father) based in London SE3. Electus Wines Ltd is registered c/o Lester Aldridge LLP, WSP House, 70 Chancery Lane, London WC2A 1AF. Timothy Ford is a consultant to Lester Aldridge LLP and is the Chairman – Reading University Pension Fund. See his Linkedin profile.


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Des vignes et des cailloux

Tout juste 16 bornes. À peine sinueuse, la désormais célèbre Départementale 18 qui, au passage a inspiré l’un des vignerons de Calce (Olivier Pithon) pour une magistrale cuvée de blanc à base de grenaches, s’enfonce en grimpant au flanc d’un vallon de plus en plus étroit et aride peuplé de vignes en terrasses, de buissons de romarin et de caillasses. Pour déboucher où ? Sur un village sage, propret et fleuri qui s’étage au dos de la colline tout recroquevillé qu’il est à l’abri de la tramontane. D’emblée, on pense à un grand terroir. Et pourquoi le Roussillon, lui aussi, n’aurait pas le droit à ses grands vins ? Il faut déjà se rendre à l’évidence : nombre d’amateurs de vins du Sud vont à Calce comme s’il s’agissait d’un pèlerinage d’une capitale importance. C’est le cas depuis que ce bourg de 220 habitants (à peine un ou deux de plus) et de 220 mètres d’altitude (une estimation) est devenu la Mecque des dingos de vins, notamment, le jour où, au début du printemps, les vignerons s’adonnent au jeu des caves ouvertes lors d’une manifestation à la fois sérieuse et festive baptisée « Les Caves de rebiffent ». Qu’on se le dise, les vignerons de Calce préparent pour 2015 leur dixième « rebiffade » dans le plus grand secret. En attendant l’évenement, les cinéphiles revoient les séquences du film de Gilles Grangier, « Le Cave se rebiffe » qui, en 1961, s’inspirait du roman d’Albert Simonin. Gabin, Blier, Biraud… à vous d’imaginer quel vigneron collerait le plus aux personnages de premiers plans que sont Gérard Gauby, Olivier Pithon, Jean-Philippe Padié ou Tom Lubbe, pour ne citer que ceux-là.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Glaïeuls sauvages, orchidées, euphorbes, quelques rares figuiers, cyprès et chênes verts, du thym, de la lavande, du ciste… Puis du grenache gris, du carignan, du mourvèdre, que sais-je encore. Parmi les amateurs qui font le voyage à Calce, les plus courageux ont la bonne idée d’abandonner la voiture sur les hauteurs de Baixas – prononcez « Baichasse » – pour suivre à pieds une petite route parallèle à la D.18 inégalement goudronnée, le plus souvent réservée aux viticulteurs et aux chasseurs Calçéens. Quatre, voire cinq kilomètres de pur bonheur avec encore plus de plantes aromatiques en fleurs. Autant de parfums diffusés dans l’air encore frais du matin. Un peu d’exercices en bande ou en famille pour une montée douce et réjouissante jusqu’aux caves du village. Après la visite et le casse-croûte, on se dit que le retour sera une saine descente, digestive et sportive, à la portée de tous. Et la chance de pouvoir s’arrêter au bord du chemin pour discuter le coup avec un vigneron, parler cépage ou élevage, taille de la vigne ou vendange, évoquer l’âge canonique des carignans ou l’importance d’un labour de surface dans l’attente d’une pluie bénéfique que l’on espère proche. Se rendre compte que si la vigne se plaît ici, ce n’est pas une mince affaire.

Préparation de l'affiche des Caves se rebiffent par le photographe Éric Fénot. Photo©MichelSmith

Préparation de l’affiche des Caves se rebiffent 2014 par le photographe Éric Fénot de 180°C. Photo©MichelSmith

« Autrefois, on avait de longues périodes de sécheresse qui duraient 5 à 6 ans. Les femmes étaient obligées de dévaler la colline pour aller laver le linge dans l’Agly », se souvient un vieux venu bricoler sa vigne avec la pioche qu’il a rangé dans la 4L. « Que voulez-vous », se lamente un copain qui l’accompagne, « ici on a que du vin, du vent et des cailloux ! » Et l’ami Jean-Philippe Padié, éternel blagueur, qui débarque dans sa vigne le sourire en coin affirmant à la cantonade : « Il fait si sec que, pour faire du vin on va être obligé de presser les cailloux ! » Et le visiteur habitué des lieux qui se souvient avoir rencontré Marguerite Sol il y a un peu plus de 20 ans, la grand mère de Gérard Gauby dont le père, Michel, avait un troupeau de chèvres et de moutons dans le hameau de Las Founts, bien à l’écart du village. Elle gardait un souvenir mitigé du vin de jadis : « Il n’y avait pas toutes ces appellations que l’on voit aujourd’hui. Dans notre famille, on ne buvait que des vi ranci », autrement-dit des vins oxydés gardés dans un vieux fût sous un escalier dans la remise, parfois-même dehors, exposé à tous les vents dans de lourdes bombonnes. Pour devenir consommables, sous l’effet des variations de températures, les vins que l’on gardait pour la famille devaient acquérir ce goût caractéristique de rance, limite aigre. Quant aux raisins, ils filaient droit au négoce quand ils n’allaient pas à la coopérative. C’était le temps de la polyculture : les habitants de Calce et alentours étaient éleveurs et cultivateurs à la fois. Prendre le temps de rejoindre Calce, c’est moins d’une heure de promenade avec la chance de poser un instant sur un rocher pour voir surgir au dessus d’un coteau le Canigou enneigé tout auréolé de son cadre azur. Qui donc, résisterait aux charmes du Roussillon ?

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Plein centre où Caro et Léo vous attendent dans leur café-resto… Photo©MichelSmith

Celle ou celui qui n’a pas parcouru les sentes vigneronnes de Calce ou qui n’a pas glissé son corps entre deux ceps enracinés dans un sol caillouteux ne connaît pas son bonheur. Tantôt grise ou noire, blanche ou ocre, voire carrément rouge, la terre ici semble dérouter les jugements à l’emporte pièce. Il suffit de soulever les cailloux pour la voir. « Vos vignes sont bien entendu sur des sols de schistes ? », demande le journaliste qui a remarqué une ribambelle de rochers dans les parages. Tout juste si on ne lui rit pas au nez ! « Mon bon Monsieur, ici, on a de tout, un véritable puzzle géologique ! » Entre les vignes et les murets de pierre subsistent encore des calcinaires, des fours à chaux, restes de ce qui fit jadis, bien avant la vigne, la richesse principale de Calce. La calcination du calcaire donnait l’indispensable chaux qui servait, entre autres, à la fabrication du mortier. Tout est donc dans le nom de la localité et de ses habitants, les Calcéens, qui ont toujours vécus à distance de marche des calcinaires, ces nombreux fours à chaux dont on pense qu’ils sont là depuis l’époque gallo-romaine. Comme par hasard, la plus connue des cuvées de Calce appartient à Gérard Gauby qui l’a baptisée « Les Calcinaires ». Le calcaire est donc l’élément essentiel de la vigne à Calce. Mais ce serait trop simple de s’arrêter là tant Calce semble être né à la suite d’un véritable chaos tellurique…

Photo©MichelSmith

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Si Calce revit, autant le dire tout de suite, c’est grâce à Gérard Gauby et à ses disciples. Olivier Pithon est de ceux qui débarqua le premier. Venu d’Anjou, le jeune débutant d’alors se souviendra toute sa vie de la taille de « sa » première vigne. Après de nombreux mois chez Gauby, il réalisait son rêve. « C’était le 3 Janvier 2001 et j’étais dans une vieille parcelle de carignans plantés par un certain Saturne en 1940. Vue imprenable sur la Méditerranée, les Corbières, les Pyrénées. Sécateur à la main, tête baissée, l’aventure de ma vie commençait en même temps que je réalisais la diversité des sols de Calce. Travailler en bio est devenu pour moi une évidence ». Dans le puzzle évoqué plus haut, les schistes et les mica schistes sont le plus souvent la partie visible des bonnes terres à vignes de Calce. Elles exigent de l’homme beaucoup plus de sueur et de labeur. Mais il y a aussi des vignes plus calcaires qu’argileuses, des sols couverts de galets roulés et même des vignes sableuses ou limoneuses plus faciles à travailler. Or, les bons vignerons ont toujours eu cet instinct, à moins que ce ne soit de la curiosité, qui les font se tourner vers des parcelles à la fois spectaculaires et enchanteresses, des vignes au physique dur où il faut se battre contre les éléments, des vignes brûlées par le soleil ardent, fouettées par la force des vagues de tramontane, transies par le climat froid et vif d’une terre tournée vers le nord. Posé sur une de ses nobles parcelles qui regarde la Petite Sibérie, un mamelon de deux hectares rendu célèbre par la volonté d’Hervé Bizeul, un de ses amis installé à quelques kilomètres de là, Gérard Gauby aime raconter que cette parcelle est sa Grande Sibérie à lui. Et en disant cela, Gérard ne pratique pas que l’humour. Pour l’avoir fréquenté dès l’enfance, il sait pertinemment que ce terroir par endroit est froid, pour ne pas dire glacial, au point qu’un autre que lui l’auraient abandonné. Mais, comme les pionniers de jadis, comme son grand-père qui la travaillait à la pioche et à la jument, lui continue de s’y accrocher. Avec son fils, Lionel et ses ouvriers, il sait la valeur d’une telle terre : elle lui donnera des raisins qui ressemblent à ces paysans de la vigne passés avant lui, des fruits endurcis par la nature, mais enrichis d’une forme d’équilibre qui transcendera ses assemblages, qui rendra le vin encore plus complexe, plus animé, plus structuré, moins lourd. Car il serait stupide de croire que les vins des Gauby soient des durs, des gros bras, des balaises qui s’inspireraient de la supposée rusticité des terres et de leurs patrons. Dès que l’on a compris cela, il n’est pas étonnant de constater que les mots qui reviennent sans cesse en goûtant les vins des Gauby père et fils, sont la retenue, la vibration, la colonne vertébrale et la finesse. Reste le Domaine Gauby. Il faut aller le trouver en son royaume, à l’écart du village. Une petite route étroite mais bien fléchée en contrebas de la D.18 mène dans une espèce de mini canyon au sortir duquel on tombe sur la maison-cave de la famille Gauby. Physique de pilier de rugby, sport qu’il a pratiqué plus jeune en frôlant le haut niveau, Gérard a repris les vignes de son grand-père avec une énergie incroyable dans le milieu des années 80. Ses vins sont passés par tous les stades, du plus simple au plus rustique, du plus musclé au plus fin. Lumineux, digestes et précis, ils ont toujours su interpeller leur auditoire. Aboutissement d’une aventure qui ne cesse de se répéter, les plus grands dégustateurs de la planète vins placent Gauby parmi les noms symboliques du magistral renouveau sudiste constaté ces dernières années.

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La route départementale traverse le village. Photo©MichelSmith

Dès lors, il n’est pas étonnant d’apprendre que les vignerons installés à Calce à l’aube du nouveau millénaire sont tous passés par la case Gauby. Gérard, dont le père a été maire du village dans les années 80, connaît les collines et les chemins de sa commune comme sa poche. Pour abriter ses 150 ilots de vignes des traitements chimiques infligés sans retenue par des viticulteurs inconscients, il a patiemment construit son vignoble à l’intérieur d’une ceinture de protection propice à l’installation d’une biodiversité. La garrigue donne du sens à sa démarche : sur 45 hectares de vignes qu’ils travaillent, les Gauby possèdent autant d’hectares de terres sauvages qu’ils protègent des ravages de la civilisation. Cette démarche nécessite beaucoup de patience, dialogues, de compromis, d’échanges, de palabres… Et il n’est pas interdit de penser que c’est cette passion qui a donné du sens à l’installation d’un Jean-Philippe Padié, d’un Olivier Pithon, ou d’un Thomas Lubbe.

Pour autant, en succédant à Georges Gauby, le père de Gérard, un autre homme a également joué un rôle important dans l’image viticole qui colle désormais au nom de Calce. Cet homme, Catalan de cœur et de goût, aussi énergique que rêveur, diplomate et pragmatique, c’est Paul Schramm. Aujourd’hui passionné par la peinture, cet ancien prof à l’École Hôtelière de Perpignan où il enseignait l’art du service du vin à table, il s’est retiré en début d’année de la Mairie après deux mandats passés à embellir sa commune, à l’équiper en sentiers de randonnées, en parkings discrets, en aires de pique nique, à restaurer les ruines, les murets, à comprendre l’importance que la vigne, trésor de vie, pouvait avoir pour sa commune. C’est à lui que l’on doit l’ouverture de ce café-poste-restaurant, le Presbytère (les habitués disent « chez Caro et Léo » ), où tous les vignerons viennent boire le café du matin en se plongeant brièvement dans la lecture de L’Indépendant. On y trouve tous les vins de la commune qui peuvent être emportés et consommés à table, parfois servis au verre, à des prix décents. Ils sont six vignerons en tout, sept si l’on compte les 40 adhérents de la Cave Coopérative, un peu plus si l’on compte ceux qui ont leur cave ailleurs. Et leur notoriété est telle qu’en se donnant la main, en comptant sur l’aide précieuse de la mairie, ils déplacent les foules. Bruno Valiente, le nouveau maire, se frotte les mains : grâce au travail de son prédécesseur, Paul Schramm, il peut envisager avec optimiste l’avenir de son cher village-vigneron. Un authentique village si proche de la nature, si lointain de Perpignan… et si peu éloigné de l’homme.

Michel Smith

PS. Ce texte est extrait d’un article que je viens de publier dans le numéro 4 de la revue 180°C, à laquelle je collabore régulièrement depuis ses débuts. Article accompagné des photos d’Éric Fénot. Vous y trouverez aussi un mini portrait des principaux vignerons et des commentaires sur leurs vins. La revue 180°C est en vente dans toutes les bonnes librairies…

 

 

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