Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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#Carignan Story # 169 : Un jour de célébration pour le bœuf au schiste.

Vous ne le saviez peut-être pas, mais Samedi dernier, un jour avant le classique mais ordinaire jour du Seigneur, c’était le Jour du Carignan, ou le « Carignan Day » pour faire plus international. Une occasion de se retrouver entre fous de Carignan comme ce fut le cas l’an dernier pour le premier jour de célébration, en terre minervoise, chez l’ami Pierre Cros, à Badens, autour d’un roboratif cassoulet ! Au cas où vous ne comprendriez toujours rien à cette affaire, penchez vous sur cet article rédigé dans la langue de Goethe (ça me fera au moins un bon commentaire de Léon !), celle que parle si bien mon ami le journaliste André Dominé qui en est l’auteur. Samedi dernier, c’était rebelote, le Jour du Carignan II, un jour lancé comme ça, au pif, comme une boutanche de « Carignator » jetée dans la Grande Bleue, au hasard d’une discussion entre potes même pas amochés par le fait de se retrouver lors d’un Vinisud autour d’un géant « Bar à Carignan » tout juste improvisé.

L'approche de Berlou, avec le Caroux en arrière-plan. Photo©MichelSmith

L’approche de Berlou, avec le Caroux en arrière-plan. Photo©MichelSmith

La session officielle du deuxième Carignan Day, mise sur pieds une fois de plus par Sebastian Nickel qui en est son « inventeur », s’est tenue sur les hauts de la petite commune rocheuse de Berlou (Hérault), dans les locaux aimablement mis à notre disposition par le sieur Jean-Marie Rimbert, accoucheur et empereur autoproclamé du facétieux Carignan de schiste « Carignator » (il entre aussi plus pleinement dans une cuvée « Le Chant de Marjolaine » et, dans une moindre mesure dans la cuvée « Mas au Schiste ») sa cuvée la plus spectaculaire. Au menu : la création sous forme d’association du Mouvement Carignan Renaissance (pas encore de site Internet, mais ça va venir) que j’ai l’honneur de présider, une verticale des carignans de Jean-Marie Rimbert, un bœuf bourguignon au carignan de Berlou, ou Boeuf au schiste, et une promenade digestive dans les vignes pour une photo souvenir. Carignan Renaissance est une idée lancée il y a une dizaine d’année déjà par John Bojanowski qui, avec gentillesse, a accepté que l’on reprenne ce nom pour l’association dans laquelle il milite à nos côtés. Avec son épouse Nicole, il vinifie au Clos du Gravillas, dans le Minervois, un superbe carignan « Lo Veilh » déjà évoqué dans ces pages virtuelles, vin sur lequel je reviendrai un jour plus longuement car il fait partie à mes yeux d’un des grands classiques du Midi.

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Verticale de "Chant de Marjolaine" et de "Carignator" immortalisée par Sebastian Nickel. Photo©MichelSmith

Mais revenons sur un autre classique, notre hôte du jour en l’occurrence, j’ai nommé Jean-Marie Rimbert. Il y aurait tant et tant à dire sur les vins de ce personnage iconoclaste que je préfère vous reporter à la lecture d’un de mes premiers papiers, ici même. Tout comme Pierre Cros il y a un an, Jean-Marie nous proposait en guise de mise en bouche une verticale assez fournie de sa cuvée connue sous le nom du « Chant de Marjolaine », dédiée à sa fille qui porte ce joli prénom. C’est un pur carignan de schiste qui la compose, ne l’oublions pas, plutôt porté sur le fruit, destiné à être consommé non pas dans l’urgence mais assez vite dans le temps, disons 3 à 5 ans. Pourtant, en y regardant de plus près, on s’aperçoit que 1999, le premier millésime de la série, élaboré à partir d’une vendange égrappée (les suivants le seront aussi), bien que présentant une robe quelque peu brunie, est encore très frais et joliment porté sur les fruits rouges confits. Sur les 6 millésimes goûtés, c’est pourtant le plus récent qui l’emportera à mes yeux, un 2006 juteux aux notes d’orange sanguine armé d’une très belle matière. Notons au passage que le 2004 n’a pas démérité.

Jean-Marie Rimbert, l'hôte de ce second Carignan Day. Photo©MichelSmith

Jean-Marie Rimbert, l’hôte de ce second Carignan Day. Photo©MichelSmith

L’autre cuvée star de Rimbert, le « Carignator », plus rarement vinifiée, se composait de 4 flacons dont un magnum. « Carignator 1er » avait la particularité d’assembler deux millésimes, 2000 et 2001, vinifiés en macération carbonique. Il avait fait sensation à sa sortie. Très long en bouche, tout empreint des essences de garrigue, il se manifeste encore par une belle présence tannique qui va lui assurer, à mon avis, quelques années de garde supplémentaire sur ses suivants. Les autres millésimes m’ont paru un peu décevants, exception faite d’un « Carignator 3 » 2008 servi en magnum, distingué au nez, frais, crémeux et particulièrement long en bouche, le genre de vin que j’aurais aimé boire sur une perdrix au chou avec quelques grains de genièvre.

Les autres cuvées dégustées... Photo©MichelSmith

Les autres cuvées dégustées… Photo©MichelSmith

Le plus jeune membre de Carignan Renaissance, Julien Gil, qui va bientôt épouser sa belle compagne allemande, Julia, était venu avec deux millésimes (2009 et 2010) de carignan (IGP Cité de Carcassonne) du Plô Roucarels dont j’avais en son temps apprécié le 2007. Venant après les deux carignan du Puch (2010 et 2011) dont je parlerai pas vu qu’il s’agit d’une petite propriété que je partage avec des amis, c’est le 2010 de Julien qui m’a frappé par son élégance et son côté immédiatement abordable. Je ne sais plus si c’est André Dominé ou Sebastian Nickel qui avait proposée cette bouteille, mais le Côtes du Rhône Villages Saint-Gervais 2007 du Domaine Clavel, déjà goûté pour vous l’an dernier s’est révélé solide comme un bloc, d’une belle netteté et somme tout assez droit.

De gauche à droite : John Bojanowski, Jean-Marie Rimbert et Julien Gil. Photo©MichelSmith

De gauche à droite : John Bojanowski, Jean-Marie Rimbert et Julien Gil. Photo©MichelSmith

Pour la fin, j’ai gardé le somptueux Côtes du Brian 2011 « Lo Vielh » (17 €, départ cave) de Nicole et John, vin bio déjà évoqué plus haut. Il s’agit d’une parcelle plus que centenaire implantée sur le très calcaire terroir de Saint-Jean-de-Minervois. Le raisin a été égrappé avant d’être foulé aux pieds dans des pièces neuves de 450 et 600 litres pour une cuvaison de 4 à 5 semaines. La mise est récente, tout comme celle d’une autre cuvée, version 2010 (10 €), travaillée de la même façon, à partir des mêmes vignes, mais avec une vinification en pièces plus âgées et baptisée « Côté Obscur » car elle a mis plus de temps à se faire. Tirée à 3.500 bouteilles, c’est probablement un des plus complexes vins de Carignan actuellement sur le marché : touches de bois de rose, cacao, myrtille, on a une grande fermeté en bouche et un fruité remarquable en finale. John me dit qu’un restaurant de Perpignan, le Figuier, va l’avoir à sa carte. Je vais pouvoir en profiter !

Michel Smith


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Après le pitoyable Classement de Saint-Émilion: et si on boycottait les GCC ?

Ben oui, tiens, pourquoi pas ?

J’en ai ras la casquette de tout ce remue-méninges autour du classement décennal de Saint-Émilion. Pourtant, j’aime bien Saint-Émilion, village classé à l’église monolithe plus qu’insolite. Tenez, profitez donc ici de cette planante vue qui a dû coûter bonbon.

Le village offre une restauration haut de gamme, un super bistro à vins, des châteaux en veux-tu en voilà, de confortables chambres d’hôtes un peu partout autour, un formidable musée de la poterie, de délicieux macarons, une noble Jurade qui compte parmi ses illustres prud’hommes notre Hervé Lalau en personne…, lequel a déjà pas mal pondu sur le sujet. Patatras !  Il semble à mes yeux que tout ça ne soit qu’une façade d’opérette pour touristes, ou, si l’on préfère, un décorum pour un péplum moderne des plus vulgaires, une sorte de version bachique de "Qui veut gagner des millions" . Une farce à la Française.

Le Bar à vins de L'Envers du Décor. Photo©MichelSmith

Le Bar à vins de L’Envers du Décor. Photo©MichelSmith

Comme je suis de nature très mauvais esprit ( du moins c’est ce qu’on me dit), il m’est venu une idée, forcément lumineuse, à propos de Saint-Émilion. Une idée qui, au départ, peut paraître un tantinet révolutionnaire, provocatrice, mais qui pourrait, à condition de le vouloir, se développer en une idée plus consensuelle destinée à porter haut les couleurs et l’image de marque du cru si cher à Ausone.

La Cave Coopérative du cru, encore du côté "noble" de la route...Photo©MichelSmith

La Cave Coopérative du cru, du côté "noble" de la route…Photo©MichelSmith

L’idée est simple : et si on boycottait les GCC ? Ceux du Médoc et d’ailleurs, mais aussi et surtout ceux de Saint-Émilion. Je sais, cela vous semble idiot alors que, dans la pratique, ce serait trop facile. Il suffirait que tous les couillons de la terre (et nous sommes nombreux), les blogueurs, journalistes, illuminés, dindons de la farce, buveurs, amateurs, il suffirait que tous les déçus et les cocus du système se donnent le mot d’ordre sur Internet, avec quelques appuis de choix, allant de Léon à David, de Michel Bettane à Jancis Robinson, en passant par Bob, bien sûr, et les autres, même à Bordeaux, tous ceux qui pensent que ce feuilleton devenu judiciaire ne peut que ternir l’image de marque d’un des vignobles majeurs de notre sphère. Réfléchissons quelques secondes. Sans parler des simples Graves, simples Bordeaux, simples Haut-Médoc et Médoc, le seul risque que l’on prendrait en agissant ainsi du côté de Libourne, serait de parler – enfin – des autres, des vrais, des Saint-Emilion « tout court », de ceux du bas de l’échelle comme du haut de la côte, ceux de gauche ou de droite, les sans grades qui bordent la nationale à portée de vue des hlm, tous ceux qui n’adoptent qu’un seul nom, Saint-Émilion, et qui sont fiers de porter ce nom.

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Avec l’appui du Syndicat des Vignerons de Saint-Émilion, organisme fondé en 1884 et devenu depuis «Conseil» (c’est plus smart que syndicat…) qui pourrait nous prêter un de ses luxueux salons en haut du village, qui sait même avec l’aide du Premier Jurat qui n’est autre qu’Hubert de Bouärd dont l’Angélus vient d’être hautement promu, on pourrait organiser une  «dégustation des sans grades», manifestation qui, pourquoi pas?, pourrait se répéter tous les deux ans, peu avant Vinexpo, histoire de médiatiser un peu plus ces vins qui en ont bien besoin ?

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Photo@DR

Pendant qu’on y est, on en profiterait pour laisser de côté ceux qui, par la grâce d’une obscure dégustation de routine, obtiennent le droit de mettre qu’ils sont "Saint-Émilion Grand Cru", juste parce qu’ils affichent un demi degré supérieur aux autres (éventuellement chaptalisé). En revanche, on pourrait étendre cette dégustation aux fameux «satellites» dont on parle peu, nous les premiers.

Oui, bon, d’accord, tout cela n’est pas très cohérent. "Le Smith, il veut d’abord boycotter et après, avec l’aide de ceux qu’il appelle à boycotter, en promouvoir d’autres". Pourtant, ce serait bien, Monsieur le Prud’homme, cher Hervé, de ne parler que des sans grades, non ? On montrerait ainsi qu’à Saint-Émilion tous les vins ne sont pas chers et inaccessibles. D’ailleurs, on fixerait même un prix plafond : disons dix euros, ça me paraît honnête par les temps qui courent, non ?

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Il me semble qu’autrefois, un journaliste belge (encore eux !), Jo Gryn, a eu une idée semblable. De mon côté, je l’avais exploitée une fois, il y a longtemps, du temps où je travaillais pour Saveurs, et j’avais même, à cette occasion, trouvé quelques pépites. Alors, Messieurs de la Jurade ou du Conseil, messires «les garants de la tradition», la balle est dans votre camp !

Michel Smith


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Le chenin, ou comment en parler…

Le chenin blanc, alias pineau de Loire, est indéniablement un grand cépage. Pour moi, il a certaines similitudes avec le riesling, auquel il n’a pas grande chose à envier sur le plan de la finesse de son acidité, ni la précision de ses saveurs quand il est bien fait. Il est peut-être un peu plus versatile, en produisant, en Val de Loire, des bulles, des secs, des demi-secs et des moelleux, seul ou parfois en assemblage avec d’autres variétés.

Mais, sur le plan mondial, le chenin n’a pas (encore) percé comme le chardonnay, le sauvignon blanc ou même le pinot gris. Et puis, comme le chenin n’est guère planté qu’en Afrique du Sud et en France, cette situation risque de durer un bout de temps. Surtout parce que les producteurs français continuent à cacher son identité derrière des noms d’appellations géographiques peu connues car très réduites en taille et modestes sur un plan historique, malgré quelques éclats içi et là. Hormis les habitants du Val de Loire et quelques amateurs avertis, qui sait de nos jours que le chenin est le cépage des Vouvray, Montlouis, Saumur blanc, Anjou blanc, Savennières, Layon, Quart de Chaume, Bonnezeaux et d’autres appellations ligériennes?

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Une grappe de Chenin Blanc (Photo chrisada)

"Pas du chenin, du Vouvray…"

Ce genre de débat sur la manière de décrire des vins n’est guère à la mode en France, tant est-on obsédé par «l’identité du terroir» comme ultime (et seule « authentique ») manière de donner la clef du profil organoleptique d’un vin. J’ai même vu, il y a quelques années, l’appellation Vouvray refuser de participer à une colloque international sur le cépage chenin blanc en arguant de la position suivante : «nous ne faisons pas du chenin, nous faisons du Vouvray».

Ce genre d’ignorance des réalités des marchés, mêlée à de l ‘arrogance pure et dure, fait partie des facteurs qui limitent le maintien des parts de marché des vins français dans les marchés à l’export. Je suis bien d’accord que le cépage n’est pas le seul élément identitaire d’un vin. Mais le «terroir» non plus. Et il faut bien reconnaître que la plupart des consommateurs du monde identifie (avec plus ou moins de précision, certes)  le style d’un vin par son cépage majoritaire. Ignorer cela, c’est faire la politique de l’autruche.

Tout ceci en préambule à quelques dégustations récentes de vins secs issus du cépage chenin blanc, majoritairement réalisés lors d’une opération promotionnelle organisée par l’AOC Anjou Blanc à Paris, puis avec quelques autres vins dégustés à un de mes bars-à-vins préférés, le Café de la Promenade, à Bourgueil, à mi-chemin entre Tours et Saumur/Angers : autrement dit au cœur de la zone des plantations du chenin en France.

Du moment ou on accepte de subdiviser les territoires d’un pays en de multiples zones nommés par des symboles (villes ou régions) censés distinguer leur identité géographique, il est à peu près inévitable que les responsables de ces zones tentent de renforcer ces identités par des messages de communication diverses. En matière de vin cela prend généralement la forme d’un «terroir», et, puisque c’est à la mode, ce « terroir » est identifié très souvent à une nature de sol. La récente dégustation d’Anjou blancs à laquelle j’ai fais référence n’a pas échappé à cette petite règle.

Le thème proposé était même intitulé «discussion sur les grands chenins de schiste». Par opposition, m’a expliqué Patrick Baudoin, pour qui j’ai la plus grande estime par ailleurs, aux chenins issus de sols calcaires qui se trouvent de l’autre côté d’une certaine faille géologique, et qui correspondrait, plus ou moins, à la séparation entre les aires d’appellation Anjou et Saumur. Je ne suis pas géologue et je dois dire que je me fous un peu du sujet qui me semble relever plutôt d’un débat sur le sexe des anges, tant les paramètres du goût d’un vin sont multiples.

Ce qui me semble essentiel dans ces dégustations, et au sujet du chenin blanc en général, est qu’il y a de très beaux vins secs élaborés dans cette région et avec ce cépage.

Le chenin du succès: voyez Cahors…

Et c’est de cela que je vais vous parler à travers les quelques commentaires qui vont suivre. Je dirai simplement, en guise de conclusion à mes remarques de préambule, que la cause du chenin blanc au sans large serait bien mieux servie en mentionnant le nom du cépage sur tout les vins qui en sont issus, quelque soit leur zone géographique de production. Un peu à la manière de Cahors qui assume pleinement son cépage malbec, et avec les résultats positifs à l’export que l’on connaît. Il est possible, selon moi, de réconcilier vision large (le cépage) et identité locale (l’appellation, voire aussi la parcelle).

Et les bons vins de chenin dans tout cela ?

Voici la liste de mes préférés (avec, il faut le dire, une fourchette de prix d’une largeur étonnante).

Anjou blanc, Château de Brossay, Les Neprons 2011

Robe soutenue et nez plaisant, avec des touches de miel et de tilleul. Assez ferme en bouche, autour d’une acidité bien présente mais correctement intégrée.

Prix : 5,50 euros

Anjou blanc, Château de Fesles, La Chapelle 2011

Très beau nez harmonieux, plus fin qu’intense. Le fruité est discret mais la texture soyeuse. Bonne longueur toute en finesse.

Prix : 12 euros

Anjou blanc, Domaine Richou, Les Rogeries 2011

Un joli nez, complexe à souhait. Matière dense et un peu crayeuse autour d’un fruité délicat. Fringant, à défaut d’être très long en bouche.

Prix : 12,90 euros

Anjou blanc, Domaine Patrick Baudoin, Le Cornillard 2010

Nez intense aux arômes complexes. Une très belle vivacité égaie l’ensemble, même avec la « malo » faite. Vin juteux d’une très belle longueur. Remarquable équilibre de l’ensemble. Un des mes vins préférés.

Prix : 21,40 euros

Anjou blanc, Domaine de Bablut, Ordovicien 2009

Une belle matière riche qui donne un vin sec et presque tannique (j’ai remarqué cet aspect tannique du chenin dans plusieurs de ces vins). Intense, vibrant et long très bien équilibré.

Prix : 9,90 euros

Anjou blanc, Château de Pierre Bise, Le Haut de la Garde 2009

Un nez riche et bien complexe. Malgré une relative rondeur et beaucoup d’intensité, ce vin reste vibrant, avec une belle longueur. Une pointe de chaleur en finale signe un millésime à grande maturité.

Prix : 8 euros (ce qui me semble donner le meilleur rapport qualité/prix de tous les vins dégustés).

Anjou Blanc, Domaine de Montgilet 2012

Le meilleur des vins « jeunes ». Déjà une certaine complexité, du fruit et de l’intensité.

Prix : 8,30 euros

Anjou Blanc, Thibault Boudignon 2011

J’ai dégusté ce vins à deux reprises, avec des résultats un peu différents (ce qui arrive !).

J’ai aimé, une fois, son nez complexe, de fruits blancs et de citron. Il m’a paru alors droit, juteux et fin, alors que je l’ai aussi, à une autre occasion, trouvé dur et manquant de fruit. Excellente longueur.

Prix : 18 euros

Saumur blanc, Domaine des Glycines 2011

Vif, simple et bien fait, avec des saveurs franches et une matière salivante. Bonne longueur sur une finale crayeuse.

Prix : 16 euros (un peu élevé à mon avis)

Saumur blanc, Chemin du Puy 2008 (Frédéric Mabileau)

Avec sa bouteille lourde et son bouchon très long, ce vin annonce des ambitions, comme son nez riche et beau, au boisé assumé. Mais sa précision en bouche et la finesse de sa texture le fait paraître bien moins puissant, plus fin et cristallin.

Prix : 25 euros

David Cobbold


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Picpoul de Pinet, un succès mérité en Languedoc !

Mes amis blogueurs et moi-même avons parfois la dent dure envers le Languedoc viticole. Nous l’aimons bien, trop peut-être, ce qui fait que nous sommes prompts à le critiquer au moindre faux pas. Combien de fois n’ai-je pas décrié l’ambition démesurée de certaines appellations, l’aptitude qu’ont ces mêmes appellations à vouloir se hausser un peu trop du col, la gabegie de certains, la timidité maladive des uns et la médiocrité des autres, l’immobilisme des appellations et, à l’inverse, le trop grand empressement de leurs dirigeants happés dans la politique locale par trop pesante. Parfois, il faut bien l’admettre, je suis allé trop vite en besogne. En cherchant bien, les success stories ne manquent pas en Languedoc. Aussi lorsque ce matin il me vient l’envie de positiver, alors j’en profite. Cela se passe en réalité dimanche soir, sur la terrasse de ce lieu somme toute assez inattendu, au Château Les Carrasses, un castel de conte de fée restauré à grand frais par un Irlandais fortuné, une folie vigneronne transformée en hostellerie de luxe quelque part à proximité du Canal du Midi, grosso modo entre Béziers et Narbonne.

Château Les Carrasses dans les vignes du Languedoc, non loin de Béziers. Photo Michel Smith

Château Les Carrasses dans les vignes du Languedoc, non loin de Béziers. Photo Michel Smith

Ce soir-là, pour quelques privilégiés dont je faisais partie, on exposait une bonne douzaine de flacons estampillés Picpoul de Pinet avec quelques plats d’huîtres du cru, c’est-à-dire en provenance directe de l’étang de Thau, scandaleusement accompagnées de citron et de sauce vinaigrée à l’échalote. Tout en réclamant un poivrier pour réparer cet affront au goût iodé du divin mollusque, je menais d’arrache-pied une épique bataille dans le but illusoire de maintenir les bouteilles à la bonne température vu qu’on nous servait un sorbet de vin. Las de ce combat à la Don Quichotte, je me rapprochais de mon ami Guy Bascou, le président de ce vin récemment admis dans le sacro saint club des crus du Languedoc. Pour m’éviter toute réprimande, je précise que depuis longtemps (1985) l’amateur d’huîtres que je suis pouvait se rincer le gosier avec un Coteaux-du-Languedoc-Picpoul-de-Pinet (ouf !), mais que dès cette année 2013, le 14 Février dernier pour être précis, après une décennie de palabres inaoesques et plusieurs décades de célébrité locale (vdqs depuis 1954) sur les fruits de mer, le territoire caché dans un triangle Pézenas, Agde, Sète, peut désormais se revendiquer aop Picpoul de Pinet à part entière et se targuer par la même occasion d’être, avec 1.400 ha en production (l’aire d’appellation couvre 2.400 ha), la plus grande aop de blanc du Sud de la France, la seule aussi à arborer le nom de son unique cépage, le picpoul blanc.

Guy Bascou, le président heureux de l'AOP Picpoul de Pinet. Photo: Michel Smith

Guy Bascou, le président heureux de l’AOP Picpoul de Pinet. Photo: Michel Smith

Mais pourquoi peut on parler de succès à propos du Picpoul de Pinet ? D’abord parce que cette appellation y croit depuis longtemps. Aux grands professeurs spécialistes du blanc venus parler à ces culs terreux de vignerons du sud il y a 20 ans en leur disant qu’il serait inimaginable de penser pouvoir faire du blanc en Languedoc-Roussillon, cette appellation prouve le contraire. Non, monsieur dont-je-tairai-le-nom par charité chrétienne, Bordeaux et Bourgogne – on pourrait aussi ajouter la Loire – ne sont pas les seules régions détentrices de terres à blancs !  Ensuite parce que les vignerons des 4 caves coopératives et les 24 caves particulières ont su s’entendre depuis 1994 sur l’utilisation d’une bouteille spécifique nommée « Neptune » réservée au vin blanc sec Picpoul de Pinet et que chaque année plus de 8 millions de cols – beaucoup capsulées vis – circulent à travers le monde. Enfin parce qu’à l’export le Picpoul se porte bien atteignant plus de 40 % des ventes avec quelques 600.000 bouteilles vendues aux États Unis, par exemple.

Bon, certes, les doctes dégustateurs amateurs de Bâtard-Montrachet et autres Sancerre Cul de Beaujeu peuvent dormir paisiblement sur leurs deux oreilles : Picpoul de Pinet ne cherche pas à se mesurer à eux. Il se contente, pour le moment, d’être un super Gros Plant du Sud, assez proche même d’un bon Muscadet. Souvenons-nous cependant qu’il y a 30 ans, seuls quelques illuminés prédisaient un avenir de grand vin dans le Muscadet… Je reste persuadé pour ma part que l’appellation va progresser ces prochaines années et que les duretés ressenties dans quelques vins vont tôt disparaître. Ainsi donc, il ne faut rien attendre de plus d’un Picpoul de Pinet qu’un agréable vin blanc sans souci pour démarrer un repas, sur une truite fumée ou un hareng pommes à l’huile, par exemple, pour jouer un rôle certain sur les sushis ou pour accompagner des fruits de mer, huîtres et coquillages en particulier, missions où le Picpoul se donne à cœur joie.

Alors, je ne sais si cela sera utile à mes rares lecteurs, mais j’ai concocté une liste toute personnelle de bons Picpoul de Pinet dans le millésime 2012 : Domaine Félines-Jourdan, les Vignerons de Montagnac « Terres Rouges », L’Ormarine « Préambule », L’Ormarine « Juliette », "Cap Cette" de la cave coopérative de Pomérols. Bon profit !, comme on dit en Catalogne…

Michel Smith


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Quand Châteauneuf se fait vertigineux…

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Comme chaque année depuis trois ans, on en est à la quatrième année, les jeunes de Châteauneuf, les jeunes vignerons bien entendu, organisent un gros salon destiné au public. L’occasion de déguster 80 domaines et de faire ses provisions de belles bouteilles.

Printemps de Châteauneuf 2013 015

Parallèlement à cet évènement, des ateliers sont organisés. Quatre en tout, dont l’un des plus remarquables cette année a été celui consacré aux vieux millésimes.

En voici quelques mots…

 Printemps de Châteauneuf 2013 011

Deux blancs pour commencer et l’occasion de rappeler que le Châteauneuf-du-Pape blanc vieillit très bien. Pour la petite histoire, il y a 3 ans, j’en ai bu un du millésime 1947, signé Beaurenard, remarquable de fraîcheur et de persistance aromatique.

Mais passons à la dégustation

 Printemps de Châteauneuf 2013 009

Premier vin, le blanc 1991 du Château La Nerthe

L’œil est tout de go attiré par l’éclat de la robe. Doré cuivré aux nuances vertes, elle ne fait pas son âge. Le nez évoque les tisanes de camomille et de tilleul, les fleurs sèches. Puis, elle évolue vers les épices douces, curcuma, cardamome. Enfin, surgit le fruit confit qui parfume la pâte d’amande de zeste d’orange et de dés d’abricot.

En bouche, ce qui frappe en premier, c’est la texture onctueuse, la fraîcheur qui n’est pas acide, mais minérale, même l’alcool ici est sublimé par sa volatilité. Les parfums se développent en petites notes subtiles. On retrouve ce que le nez avait senti. La longueur nous fait détailler les épices. À imaginer en compagnie d’un Salers ou d’une Fourme de Montbrison.

Un beau vin pour un millésime compliqué, pluies au printemps et en été, trois jours pendant les vendanges. Il assemble 40% de Grenache, 40% de Roussanne, 10% de Clairette et 10% de Bourboulenc. La fermentation se fait en barrique dont 1/3 neuves. Le vin est bâtonné.

On reproche souvent aux blancs du Château La Nerthe d’être trop boisés, certes, mais l’âge efface ce qui gêne le dégustateur qui n’aime guère les goûts dus au logement.

www.chateaulanerthe.fr

Étape suivante, toujours en blanc

Printemps de Châteauneuf 2013 010

Domaine de Beaurenard 1986

D’une luminosité incroyable, ce millésime de presque trente ans brille comme un gemme au fond du verre. Le fruit explose dès qu’on y plonge le nez, suivi d’un carrousel d’épices. Le poivre se mélange à l’abricot sec, la réglisse aux zestes de citron vert, le cacao à la mangue confite.

La bouche aérienne, très fraîche, offre une saveur minéral saline, plantée de fleurs de garrigue, fleurs de thym et de romarin.

Il ne laisse pas indifférent et prouve la longévité des blancs de Châteauneuf. Sa fraîcheur incroyable, ses arômes interpellent. Super avec un Banon bien affiné.

Un assemblage de Clairette, Roussanne et Bourboulenc, des vignes de 75 ans.

www.beaurenard.fr

On passe aux rouges

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Bosquet des Papes 2001

Non éraflé et élevé en cuve béton, ces Grenache mâtinés d’un peu de Mourvèdre adoptent une robe légèrement tuilée, mais leur nez oscille entre les notes torréfiées d’un café serré et les fruitées d’une confiture de cerise. Réglisse et poivre viennent ensuite attendrir la légère note de salpêtre.

En bouche, les papilles s’étonnent de la sensation crispy que leur fait le vin, une fraîcheur étonnante qui rend dynamique le décor tannique tissé de fruits rouges et noirs. La longueur, soutenue par la fraîcheur et l’alcool, est étonnante et mène à un bouquet d’épice. Un vin qui sied à un pavé de biche.

www.le-bosquet-des-papes.com

Un cran plus loin dans le temps

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Les Cailloux 1995  

Un millésime encensé et qui a souvent déçu. Heureusement pas cette fois ! Le nez, la bouche déploient leur élégance… peut-être est-ce dû à l’éraflage totale déjà en vigueur au domaine dans ces années-là.

De couleur brique, on est tout de go sur des pâtes de fruit. Elles mélangent la prune, la groseille, la framboise, l’abricot, se soulignent de condiments. Le grain tannique encore bien présent apporte un relief des plus plaisants. Un jus abondant s’en écoule. Loin d’être sec, il se montre encore généreux et colore de sa série fruitée la longueur considérable.

www.andre-brunel.com

Encore une décennie

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Clos Saint jean 1989

Un vin issu d’une vendange non éraflée et qui arbore un brun rouge aux reflets carminés. La première impression n’est guère flatteuse et rappelle la cave humide, le sous-bois, le cuir. Il faut laisser à ce Monsieur le temps de se réveiller après autant d’années confiné au fond d’un flacon. Le cuir se transforme alors en morille, puis en menthol. Puis, l’ouverture se fait de plus en plus grande, goulée d’air après goulée d’air, et jaillissent les pâtes concentrées de cassis et de fraise, délicatement épicées.

La bouche offre une onctuosité surprenante qui donne une impression sucrée. Un sucré amer au goût de moka fruité. Les tanins, bien présents, et la fraîcheur finale donnent envie d’en boire encore et encore.

Une daube de chasse avec plein de champignons serait bienvenue.

www.closstjean.fr

D’un an son aîné

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Domaine du Grand Tinel 1988

Grenat profond, ce sont des pâtisseries qui parfument nos narines, biscuits sablés, tartes à la cerise et à la figue, lacets de réglisse poivrée, puis pour encore plus nous envoûter, des sirops de poire et d’abricot. Le nez très évolutif nous entraîne dans un monde d’épice, de sous-bois, de cuir.

L’incroyable impression aérienne en bouche nous fait décoller et laisse en dentelles la suavité nous poursuivre. C’est à la fois gourmand et élégant avec le croquant du grain tannique qui ne se laisse pas oublier. Élégance renforcée par la finale florale. Les vignes poussent sur les sables, ce qui n’est pas étranger au raffinement développée.

www.domainegrantinel.com

Deux années en 1

Printemps de Châteauneuf 2013 005

Château Cabrières 1971

À le voir, on hésite à le boire, on le croit volontiers passé, brun trop clair, on l’effleure du nez et là, il nous accroche par ses notes fabuleuses de cacao, de réglisse et de menthol, puis d’eucalyptus. Des pâtes de fruits jaillissent d’on ne sait où, une note fugace de laine humide, du grillé et du café, de l’iode. En bouche, les yeux fermés, on soupçonne un vin doux qui aurait remplacé son sucre par une fraîcheur percutante, une amertume subtile et, venant subrepticement, un trait de rancio qui nous dit qu’avec une tartine de sardine, il ferait un tabac. Les tanins se rappellent à notre souvenir et apportent du relief dynamisé par la vivacité. Les vignes ont aujourd’hui plus de cent ans.

www.chateau-cabrieres.fr

L’autre en 1, le dernier d’une superbe série

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Clos du Mont-Olivet 1961

Un millésime superbe dans toute la France, même à Bordeaux… Brique rouge foncé, il flatte notre imagination et nous offre le petit déjeuner dans la garrigue – un rien de toast nappé de confiture assis sur un caillou entouré de thym. À l’aération suivante, trois girations plus loin, les épices prennent le dessus, poivre noir, cumin se soulignent d’un trait de réglisse, encore un tour et le langage épicé devient de plus en plus subtil et se termine par une inattendue note de safran. Une amertume délicate et rafraîchissante ensorcelle la bouche qui offre un croquant qui nous fait craquer, un jus fluide où l’on reconnaît l’abricot, la prune jaune et la figue,  les épices s’affolent et tourbillonnent, puis s’assagissent pour nous laisser jouir de la quiétude qui nous a envahi.

www.clos-montolivet.com

Une superbe verticale, pas un flacon à jeter, c’était inespéré.

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Ciao

Marc

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