Les 5 du Vin

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Le goût du terroir, vu de Cahors – et d’ailleurs

Lors de mon dernier passage à Cahors, j’ai eu l’occasion de voir Lydia et Claude Bourguignon descendre dans la fosse. Non pas la fosse aux lions, mais une fosse creusée au milieu des vignes, ou plutôt deux. L’une sur une terrasse du Lot, l’autre sur le Causse calcaire.

Armés d’un poignard et de beaucoup de patience, ces spécialistes du sol ont suivi le cours des racines, émietté les différentes couches de terre. J’ai vu, de mes yeux vu, qu’il y avait deux types de racines, celles qui plongent en profondeur, et celles qui s’étalent juste sous la surface – le désherbage et le tassement du sol en seraient les causes.
Les Bourguignon avancent que pour faire un bon vin, les plus importantes, de racines,  sont les premières. No sé. J’ai aussi lu le contraire (les jeunes racines seraient celles qui vont à la chasse aux ions). Les racines profondes ont en tout cas l’avantage de mieux alimenter la vigne en eau dans les zones sèches – et pour autant qu’il y ait de l’humidité en profondeur.

J’ai aussi vu quelques galets, que les racines contournent – elles n’en extraient sans doute pas grand chose, mais cela rallonge le chemin de la sève, ce qui, d’après les Bourguignon, favorise la concentration du raisin. Ik weet het niet.

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Claude Bourguignon dans la fosse aux ions (Photo © H. Lalau 2014)

Je les ai aussi entendu évoquer la "solubilisation de la roche par les acides exsudés par les radicelles". Le fait que cette décomposition créée une sorte de gangue d’argile de décomposition autour des racines. Ich weiss nicht.

Je les ai entendu parler de Kimmeridgien et de Bathonien. Les calcaires de Cahors sont bien du Kimmeridgien, mais comme le climat est plus chaud qu’en Bourgogne, les éléments carbonés se sont décomposés plus vite, ce qui fait que le sol ressemble plus à du Bathonien. Ca, c’est bath!

Les Bourguignon ont expliqué que les arômes du raisin étaient liés aux enzymes, et que pour les extraire, les enzymes ont besoin d’un cofacteur métallique. I don’t know.

Tout cela, et d’autres choses que je n’ai pas retenues ou comprises, étaient versées au dossier pour expliquer que oui, toutes choses étant égales par ailleurs (et elles le sont rarement), un Cahors de terrasse argileuse est différent d’un Cahors du Causse calcaire; et même, que les zones ferrugineuses ont leur spécificité. Ce qui fut vérifié à la dégustation, avec les (très jolis) vins du Château Ponzac. Sauf que bien sûr, la vinification agit comme un filtre.

J’ai aussi entendu de mes oreilles un Américain quelque peu péremptoire dire que tout ça n’était que foutaise.

Je n’ai pas vu les racines de ses vignes californiennes – je suppose qu’elles en ont aussi! Ni ses sols. Mais je suis sûr qu’en cherchant bien, on doit y trouver aussi du calcaire et de l’argile. D’ailleurs, je crois me souvenir qu’on en tient compte pour planter des cépages rouges ou blancs. Peu importe, en définitive, si l’Amérique identifie des terroirs, les revendique, ou préfère les assembler.On peut aussi faire de bons vins, de cette façon.

Moi qui vous parle, j’ai eu l’occasion de déguster d’excellents pinots noirs et chardonnays chiliens assemblant des raisins issus de différentes vallées distantes de près de 400 km (San Antonio, Casablanca et Limari, notamment) et qui étaient diablement expressifs. Pas d’un terroir, non, mais du travail très qualitatif d’oenologues inspirés. C’est ce que permet de faire aussi notre Vin de France, et soyons justes, cela peut-être très bon, pour autant que les raisins de l’assemblage soient bons. Mais ce n’est pas la question. Je vous avoue humblement que je n’ai pas tout compris de la démonstration des Bourguignon.

Par contre, je me souviens d’une dégustation assez probante, à l’aveugle, réalisée chez moi en compagnie de l’ami Marc Vanhellemont. Nous avions reçu trois cuvées de Coteaux du Giennois – marnes, caillots, silex, du même producteur, Berthier, du même domaine (Montbenoît), du même village (Pougny), du même millésime (2012) et vinifiées en cuve. photo

Chez les frères Berthier, le sol est… sur la bouteille (Photo © H. Lalau 2014)

 A la dégustation, nous avons bel et bien noté de grosses différences. La cuvée Terre de Silex était très aromatique, très fumée aussi; la cuvée Terre de Caillottes présentait un profil très particulier, vif et souple à la fois, avec un fruit assez mûr; la cuvée Terre de Marne, enfin, était florale et fruitée, sa bouche veloutée, c’était le vin le plus complet. Et non, ce n’était pas seulement parce que nous cherchions à trouver des différences: nous sommes revenus plusieurs fois sur les vins, dans tous les ordres possibles, les différences étaient toujours les mêmes.

J’avais déjà eu l’occasion de faire une expérience assez comparable à Sancerre, chez les frères Riffault, ou encore en Suisse, en Lavaux. Cahors n’a fait que confirmer mes impressions.

Notre ami David a raison de douter – je lui laisse le bénéfice de ce doute. Quant à moi, je ne sais pas bien comment ça marche; comment le sol peut donner un goût au vin à travers l’homme et la vinification. Je pense qu’il y a beaucoup de facteurs à prendre en compte, que l’on ne maîtrise pas encore tous les paramètres, que la science a encore du chemin à faire dans la connaissance de l’effet sol, même si, comme Michel, je suis convaincu que l’homme est un des facteurs essentiels.

Malgré tout, sans pouvoir expliquer, je le répète, je constate que pour bon nombre de vins, lorsqu’on a pu réduire le nombre d’éléments de comparaison au minimum, on constate bel et bien, au nez comme en bouche, une différence entre les vins obtenus sur un tel sol et ceux obtenus sur un autre sol. Cela ne démontre sans doute pas grand chose, en termes scientifiques; et cela n’autorise certainement pas certains à se rengorger de leur "terroir d’exception" – surtout quand dans ce prétendu terroir, ils agglomèrent des sols très divers. Ainsi, parler des terroirs de Sancerre peut avoir un sens. Parler du terroir de Sancerre, aucun. Mais ce n’est pas parce que l’on abuse du terroir dans le marketing moderne que son effet n’existe pas.

Je ne sais pas si j’ai fait beaucoup avancer le schmilblick. Je n’ai pas l’esprit scientifique. Mais si j’ai pu susciter votre curiosité, c’est déjà ça. Essayez par vous-mêmes de reproduire l’expérience. Si vous passez par Saint-Chinan, cet été, par exemple, demandez à déguster un vin de schistes et un vin de cailloutis calcaires. Et faites moi part de vos conclusions.

Hervé Lalau


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Le football se joue à 11 et c’est l’Allemagne qui gagne à la fin. Et qu’est-ce qu’on boit pour fêter ça?

C’est drôle. Nous autres Français vantons la qualité des produits manufacturés d’Outre-Rhin. Nous achetons leurs voitures, leurs camions. Nous acceptons les euros de leurs touristes. Nous reconnaissons volontiers la puissance de leur économie et de leur équipe de football. Nous avons même fait l’Europe avec eux. Et puis la brigade franco-allemande. Mais acheter leurs vins? Ah ça non!

L’Europe du vin est souvent à sens unique. Les Allemands nous achètent nos Alsace, nos Bordeaux, nos Bourgogne, nos vins du Midi. Mais nous dédaignons leurs Baden, leurs Mosel, leur Pfalz, leurs Franken.

Correction: nous les ignorons. Aucun importateur n’a jamais vraiment pris la peine de nous les présenter. Nous ne les connaissons pas. C’est dommage pour l’honnête homme épris de vin. Comment un oenophile pourrait-il prétendre apprécier le riesling, par exemple, s’il ne connaît que les versions alsaciennes?

Deutsche Präzision

Car l’Allemagne a de très belles choses à faire valoir en matière de viticulture.

Deux mille ans d’histoire viticole (les Romains, toujours eux!).

Une école de viticulture, Geisenheim, de réputation mondiale.

De vrais terroirs; des crus bien identifiés sur l’étiquette, même si leurs noms à rallonge sont souvent un peu rébarbatifs pour les Francophones. C’est que les Allemands sont des gens précis. Ils indiquent la région (elles sont treize); le district ou Grosslage (ce sont les crus au sens large, ils sont 160); et même, pour les vins fins, l’Einzelllage (les parcelles, crus au sens strict). Elles sont plus de 2.600.

Et puis, pour faire bonne mesure, ils indiquent le type de vin (sec, demi-doux, doux, spätlese, auslese, trockenbeerenauslese, eiswein). Difficile, avec un riesling allemand, de niquer votre truite au bleu avec du sucre résiduel que vous n’attendiez pas. Précis, je vous dis, le Teuton…

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 Le vignoble allemand (partie ouest)

Surtout, l’Allemagne peut aligner aujourd’hui toute une Mannschaft de grands vignerons. Dans la famille Müller, il n’y a pas que Thomas ou Gerd, il y a aussi Egon, par exemple. Mais on peut citer aussi Bürkling-Wolf,  Dr. Loosen, Adeneur, Wittmann, Fürstliches Castell’sches Domäneamt, Reichgraff von Kesselstatt, Reichsrat von Bühl, Robert Weil…

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Ralf Anselmann, de la Mannschaft des vins allemands (photo ©  H. Lalau)

 

Deutsche Diversität

Ce n’est pas non plus que le style de leurs vins soit rébarbatif à nos palais. Après tout, nous apprécions les vins d’Alsace, dont les cépages sont tout aussi rhénans que ceux de Rheingau, de Baden ou de Pfalz – comme le soleil brille pour tout le monde, le Rhin coule pour tout le monde. La Moselle aussi. Et au risque de choquer mes amis lorrains, ce qui se produit en Moselle allemande est autrement plus abouti que du côté français.

Notons que la production allemande est plus diversifiée qu’on ne le pense généralement; elle n’est pas faite que de blanc; le Spätburgunder (notre pinot noir) est présent là-bas depuis le Moyen-âge. On dit que ce sont les bons moines de Citeaux qui l’ont apporté. Il y donne de superbes résultats, notamment en Baden et dans la petite région de l’Ahr. Toujours en rouge, le Saint Laurent et le Dornfelder peuvent aussi donner de beaux vins.

Bien sûr, on trouve aussi chez eux de l’Elbling pas mûr et du Müller-Thurgau de trop gros rendement, de la bibine juste bonne à tuer le ver, des vins de négoce pour Diskont-Supermärkte, de la bonne vieille daube de coopérative industrielle  - ils sont comme nous, je vous dis!

Les vignerons allemand ne sont ni meilleurs ni moins bons que les nôtres. Ils ont leurs traditions, leur culture, mais la vigne reste la vigne. Les frontières sont arbitraires (est-ce la Deutsche Weinstrasse qui commence à Cleebourg, ou la route des vins d’Alsace?), et le vignoble alsacien porte encore énormément de traces du régime allemand – la flute rhénane, les winzergenossenschaft – pardon, les coopératives, la désignation des vins par les noms de cépage, les vendanges tardives, les sélections de grain noble, etc…

Côté terroirs, nous avons nos graves, notre kimmeridgien, nos galets roulés. Les Allemands ont leurs différents types de schiefer, leur ardoise locale (salut Claudia!); et puis leur loess, et même des poches de roches volcaniques, comme au Kaiserstuhl.

Leurs climats sont plus variés qu’on ne le pense (quand on y pense). Et plus chauds, par endroit. Saviez-vous qu’on trouve des figues dans le Palatinat et dans le pays de Bade? Et même des orchidées… Par ailleurs, comme dans toutes les zones septentrionales, l’exposition au soleil, les masses d’eaux et la protection au vent jouent un rôle très important. Le "climat", au sens de cru, est une notion primordiale. Certains sont réputés depuis des siècles, comme nos climats bourguignons. Enfin, réputés, mais pas de ce côté-ci du Rhin.

Vu de Belgique

Du poste de vigie bruxellois d’où je vous parle, les choses sont un peu différentes, parce que l’on trouve plus facilement des vins allemands en Belgique.

Oh, pas tant que ça! Mais il y a un courant d’affaires. En région flamande, notamment, les blancs allemands, très secs ou très doux, gardent des adeptes. Et puis, la jolie ville romaine de Trèves, la petite capitale de la Moselle allemande, n’est qu’à deux heures et demie de Bruxelles ou d’Anvers, une heure et demie de Liège ou d’Hasselt.

Malgré tout, quand Carrefour s’est avisé de proposer un carton des six grandes nations viticoles de la Coupe du Monde 2014, l’enseigne a choisi six bouteilles venant d’Italie, d’Espagne, du Portugal, de France, d’Argentine et du Brésil. Voila qui n’a guère porté chance aux trois premières nations, éliminées dès le premier tour. Mais surtout, une grande nation du football et du vin était absente: l’Allemagne.

A présent qu’elle a remporté l’épreuve, il s’agirait peut être de fêter dignement l’événement!

"Ceux qui m’aiment prendront le train…"

Pour ce faire, je vous propose de lever un verre d’un vin vraiment représentatif du savoir-faire allemand.

Anselmann

Essinger Sonneberg Silvaner Eiswein 2009

Il s’agit d’un Eiswein de la Maison Anselmann. Plus précisément, d’un Pfalz Essinger Sonnenberg. Pfalz, c’est le nom allemand du Palatinat (ancienne villégiature des troupes de Louis XIV), Essingen, c’est le village, et Sonnenberg (la colline ensoleillée), le cru.

Eiswein, pour les Französich, c’est vin de glace. Un vin issu de raisin récolté gelés, une sorte de cyoextraction naturelle. La seule admise en Allemagne.

Quant au cépage, il s’agit d’un silvaner (oui, de ce côté de la frontière, le y se change en i).

Je suis sûr qu’une bonne partie d’entre vous n’attendaient pas cette variété à si belle fête:

-Un sylvaner en vin de glace! T’as vu jouer ça où, Hervé?

-Oh, pas loin, tout près de Landau. Une ville française jusqu’en 1815, à propos. De Wissembourg, ça fait une demie heure de train. Vous avez un direct toutes les heures à partir de 8 heures (départ Wissembourg 8h33, arrivée 9h07  à Essingen).

Au fait, le sylvaner, ça peut être autre chose qu’un vin du patron pour brasseries à touristes; essayez un peu ceux de Franconie…

Mais oublions un instant l’étiquette pour nous intéresser au vin.

La robe est bien dorée, brillante. Le nez est plus riche que la Bundesliga. Abricot, mangue, coing, amandes fraîches se bousculent au portillon du stade; la bouche, elle, surprend par sa fluidité – avec un tel nez, on s’attend à un monstre de sucrosité, et là, überraschung, une belle acidité balance le sucre, c’est délicat, élégant. Je dirais même "ralfiné" – le vigneron, que j’ai connu à Neustadt, à l’occasion de Mundus Vini, s’appelle Ralf. Avec sa soeur, Ruth et son frère Gerd, il dirige aujourd’hui cette maison familiale de taille importante pour la région – 100 ha. Pour info, sa gamme comprend bien d’autres trésors – des Eiswein de Dornfelder ou de Pinot Noir (!), et puis de très beaux vins secs, en rouge comme en blancs – et notamment un superbe gewurztraminer, chose assez rare en Allemagne.

Je croise Ralf de temps à autres dans les concours, à Séville, à Paris, à Québec. Comme mon allemand est un peu rouillé, nous parlons un sabir de français et d’espagnol – une langue qu’il maîtrise très bien. Car vous savez quoi? Ralf s’intéresse aux vins du monde entier, lui; des Amontillados andalous aux Amarones vénitiens en passant par les vins du Niagara, d’Argentine, de Bourgogne. Et même les Alsace.

Peut-être qu’un jour, nous aussi, en France, on s’intéressera à ses vins…

"Ceux qui m’aiment prendront le train…".

Hervé Lalau

 Contact: Weingut Anselmann


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#Carignan Story # 229 : À Saint-Chinian, Bordes n’a rien de gnangnan !

Je sais, ce n’est pas très brillant comme jeu de mots. J’implore votre pardon, cher Padre Carignanus. Encore plus navré car dans Carignanus, il y a… Bon, passons et revenons à des choses plus sérieuses.

J’avoue que j’ai découvert ce domaine poussé par des amis connaisseurs alors que j’errais lamentablement dans les travées de Vinisud cet hiver à la recherche du mistigri. Et c’est ainsi que je suis tombé nez à nez avec un mec à la bouille pas possible, un peu comme un Pierre Vassiliu des années 70 pour ceux qui n’ont pas oublié l’animal. Bonne tête de paysan, rond, épanoui et rigolard, le visage encombré de poils, les cheveux en désordre comme un homme de Tautavel qui se serait rasé au silex, le mec se dresse pile devant moi tel un menhir de petite taille, mi provocateur, mi charmeur, d’un air de dire « est-ce qu’on peut devenir pote avec un hurluberlu en perdition tel que ce Smith » ?

Mine de rien, ça compte une tronche. Dans le cyclisme comme dans le vin, une bonne gueule qui interpelle vaut mieux qu’une sale gueule qui ne revient à personne. Jim ne me contredira pas.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Le gars est un bon vivant qui menait en ville une vie relativement confortable – j’ai cru comprendre qu’il était plombier – mais qui n’avait qu’un rêve dans la vie, celui de s’enraciner dans la campagne de son pays pour partager plein de choses avec sa famille et ses amis. Afin de mieux vous le présenter, j’ai retrouvé un petit film qui le résume bien. Allez le voir ici et vous comprendrez mieux.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Donc, je rencontre Philippe Bordes du Domaine Bordes, un gars attachant que tout le monde autour de Saint-Chinian semble aimer. Lui et sa compagne Emma ne possèdent pas un gros domaine : tout juste une dizaine d’hectares. Quelques parcelles à leur mesure conduites en bio, tantôt sur des argilo-calcaires, tantôt sur des schistes, avec des cuvées que les amateurs commencent à s’arracher, notamment son pur Mourvèdre, sans oublier sa cuvée haut de gamme, un pur Carignan.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Des Carignans centenaires que Philippe conserve jalousement et qui entrent dans une cuvée « Elles » (hommage à ses filles et à leur maman) fort joliment présentée sous la mention IGP Monts de la Grage. Le vin a 30 mois de barriques et il n’est pas donné (une trentaine d’euros), mais il convient aussi d’ajouter que les bouteilles ne sont pas nombreuses à la vente. Un 2010 non filtré au nez opulent et complexe (fruits de garrigue), un peu corsé à l’attaque, mais devenant vite gracieux, équilibré, frais et parfaitement à l’aise aujourd’hui sur un canard aux olives, par exemple, ou sur un cul de veau (quasi) cuit longuement en cocotte avec un peu de crème et des girolles.

-On peut rencontrer les Bordes au hameau de Tudery, entre Saint-Chinian et Assignan. Leur téléphone : 06 66 60 85 10.

                                                                                                                     Michel Smith


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Hail and a brief farewell

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Late September 2013: roof damaged by 17th June 2013 hailstorm that hit Vouvray. Still awaiting repair.

Here is a very moving report from scott paul wines on Sunday’s violent storm that hit Meursault, Volnay, Pommard, and Beaune. All the more devastating as the 2014 crop had been looking very good.

 ‘Violent hail in the vineyards – a report from Volnay

Yesterday afternoon at 5:15pm, the Côte de Beaune was hit with a violent hailstorm, destroying 50-90% of the potentially beautiful crop that was hanging in the vineyards in Meursault, Volnay, Pommard, and Beaune. This was the third year in a row that these villages were hit with a devastating storm. As if that were not bad enough, this will now be the fifth year in a row with a very tiny crop, as 2010, 2011, 2012, and 2013 all produced a fraction of what a “normal” year would bring. Over those four years, they produced about two years worth of wine. As you can well imagine, the effects of this will be beyond devastating for many of Burgundy’s producers of all sizes.’

Read the rest here.

So tough to face a series of natural disasters resulting in several very short vintages and all the financial implications this brings. It was noticeable during June in the Loire how the spirits and morale of the producers rose as they could see that they had cleared two major hurdles during the growing season – no frost despite a very early budbreak and a successful flowering in ideal conditions during June. One could literally see them breathe more easily! Of course there is a long way to go yet, so fingers firmly crossed!

And now for something completely different

Off later this afternoon on a Masters of Riesling trip to the Mosel and Rhine. We will be visiting the Leitz, Loosen, Gunderloch, Dönnhoff, Guntrum and Fürst estates. Here are a couple of photos from my last Masters of Riesling trip in 2006. Will report back next week.

 

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June 2006: early Sunday morning light in the Mosel.

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Vineyards near the Rhine at Rudesheim

Jim

   

 


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What’s in a word?… ou le poids d’un mot.

J’ai souvent pensé qu’une bonne partie de la réussite commerciale et durable d’une appellation de vin réside dans la facilité avec laquelle on peut énoncer le mot qui le résume en plusieurs langues. Mais aussi que la manière de faire tomber le mot en question, en l’enroulant avec une certaine aisance, voire avec gourmandise, renforce l’impact et la notoriété de l’appellation en question. Pour prendre un contre-exemple, je ne crois pas que l’appellation Grignan-les-Adhémar ait un grand avenir commercial à l’international.  En tout cas cela ne sera jamais à la hauteur d’un Chablis, d’un Sancerre, d’un Pommard ou d’un Margaux, pour ne prendre que quelques exemples. Alors, bien sûr, vous allez me trouver, ici ou là, quelques contre exemples, d’ailleurs dans les deux camps. Mais je crois néanmoins que l’affaire est entendue : un nom simple, beau et facile à prononcer en diverses langues est un des facteurs-clé de la réussite d’une appellation. Et si ce nom a par hasard une connotation culturellement valorisante (les marketeurs diraient probablement "aspirationnelle"), par association avec un lieu, un bâtiment ou un personnage, alors l’effet turbo et quasiment garanti.

Un contre exemple aura valeur de démonstration ici. Et c’est justement l’appellation qui a provoqué la création de cette récente appellation de Grignan-les-Adhémar, dans la Drôme, qui va nous le fournir car cette dernière désignation a remplacé celle qui le précédait, pour la même appellation, de Coteaux de Tricastin. Dans ce cas, l’association avec la centrale nucléaire de réputation douteuse du même nom a freiné les ventes des vins ce cette appellation, d’où le changement de nom. Ils auraient dû trouver un nom plus court, mais cela viendra peut-être.

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Le Cher  vu du château de Chenonceau le soir (photo David Cobbold)

 

Comme les lecteurs qui me suivent un peu savent parfaitement que je suis contre la multiplication des appellations en France (je prône plutôt une diminution radicale de leur nombre), ils vont sans doute sourire en lisant ce qui va suivre, car je crois, pour une fois et sous certaines réserves, qu’une des récentes appellations de vin a quand mêmes quelques atouts dans son sac, même si tout n’est par encore parfaitement au point. Il s’agit de Touraine Chenonceaux. Le nom est un peu long, mais le mot Chenonceau, avec  l’imaginaire ou le souvenir qu’il évoque, possède quelques avantages. La château de Chenonceau est un des trésors touristiques du Val de Loire et de la France. Et il se trouve que le domaine du dit château possède quelques vignes, d’où une bonne et étroite association entre le monument et la jeune appellation.

Cette appellation Touraine Chenonceaux, qui devrait dans l’avenir s’intituler Chenonceau(x) tout court, existe pour des vins rouges et pour des vins blancs. Les blancs sont issus du seul cépage Sauvignon Blanc, ce qui est assez restrictif mais il semblerait que c’est la seul variété blanche plantée dans la zone. Les rouges autorisent un assemblage entre Malbec (appelé localement côt) et Cabernet Franc. Un peu de gamay était autorisé au début, mais cela va disparaître. L’aire de l’appellation est constitué d’une collection de certaines parcelles dans une zone géographique plus vaste, et qui ont été agrées après analyse et inspection. Puis les vins qui en sont issus sont soumis à une dégustation à l’aveugle qui leur accorde, ou non, le droit d’utiliser l’appellation Touraine Chenonceau. S’ils échouent, il passent en Touraine "simple". Il paraît que le juges sont assez sévères. En tout cas ma récente dégustation d’une quarantaine d’échantillons n’a révélé qu’une seule bouteille ayant un défaut (et ce n’était pas du bouchon) et qui se serait manifesté qu’après la mise. Car le dégustation d’agrément a lieu avant la mise, ce qui ne me semble pas vraiment idéal mais il faut aussi savoir qu’une des contraintes de l’appellation est l’utilisation d’un flacon spéciale pour renforcer l’identité : ce flacon étant assez élégant au demeurant.

Voici le cahier des charges officiel, tel qu’il apparaît sir le site de l’appellation :

"Le Touraine Chenonceaux est produit selon un cahier des charges précis et exigeant ; les efforts menés depuis la vigne ayant permis ce niveau qualitatif. La taille est en effet maîtrisée, les rendements limités à 60 hectolitres/hectare pour les blancs et 55 hectolitres/hectare pour les rouges.
La réglementation s’étend également jusqu’à la mise en marché. 
Les blancs doivent être élevés sur lies fines au minimum jusqu’au 30 avril suivant la récolte et les rouges jusqu’au 31 août.
Étape finale : des dégustateurs experts valident le niveau qualitatif de chaque vin."

Certainement tout cela est encore perfectible mais j’ai trouvé une bonne cohérence qualitative parmi les échantillons de cette appellation que j’ai dégusté. Les vins blancs sont délicats mais fins, sans excès ni du côté du boisé, ni du côté du végétal. Leurs texture sont, dans l’ensemble, assez soyeuses, qui semble signer un soin apporté quant à la maturité, comme de la vinification. Pourtant la plupart étaient issu du millésime 2013, qui est loin de constituer une merveille sur le plan de son potentiel. Je suis plus circonspect en ce qui concerne les rouges, qui ont certainement besoin d’un vieillissement supplémentaire pour arrondir leur angles, même s’il ont du caractère. Le meilleur du reste était un 2011.

Il semble régner une excellent esprit de groupe avec une saine émulation dans cette petite appellation qui compte, pour l’instant, une trentaine de producteurs.  De plus, il y a une nette volonté de soigner les étiquettes, car j’ai trouvé, sur le plan graphique, très peu des lieux commun ringards qui pullulent dans le région.  Les domaines dont je retiens les vins sont :

Domaine Jacky Marteau (avec de beaux vins dans les deux couleurs, le rouge 2011 et un splendide blanc "La Chipie" 2012)

Domaine de la Rochette (rouge 2012)

Cave du Père Auguste (rouge 2012)

Domaine des Caillots (blanc 2012)

Domaine du Vieil Orme, Infini (blanc 2012)

Domaine de la Renaudie (blanc 2012)

Jean-Marc Villemaine (blanc 2013)

Domaine Michaud, Eclat de Silex (blanc 2013)

Domaine de l’Aumonier (excellent blanc 2013)

 

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La magie du Château de Chenonceau aide-t-il le vin qui porte son nom ? (photo David Cobbold)

Créer une appellation en restant exigeant sur le niveau minimal de qualité acceptable (et non pas souhaitable) me semble être une bonne voie pour le futur de ces institutions. Dans ce cas, le travail aura été de longue haleine (20 ans) et semble aujourd’hui porter ses fruits aussi bien sur le plan de l’image (avec l’aide bienveillant du château) que sur celui de la vente, car tout semble se vendre et à un prix public minimum de 8 euros, selon ce qu’on m’a  dit. Tout le monde n’a pas la chance d’avoir un joyau de château très visité sur l’aire de son appellation : alors ce modèle n’est pas extrapolable partout. Néanmoins, le choix du nom aura toujours son importance.

David Cobbold

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