Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Journalisme d’investigation (Kate Moss, le retour)

Ne reculant devant aucun effort d’investigation quand la cause est importante, Les 5 du Vin vous dévoilent à présent le sein qui a servi à mouler le verre qui va servir à faire parler de la sortie de la nouvelle cuvée de Dom Pérignon qui doit servir à relancer la marque à Londres; et qui sans cela, avouons-le, serait peut-être passée inaperçue dans la Jet Set avec son nom de sous-marin russe (P2-2008).

Ouf, ça donne soif, des phrases pareilles!

Accessoirement, cette image obtenue de haute lutte (merci Booble) vous permet de constater que Kate Moss est dotée de deux seins. Comme on le sait, c’est le gauche qui a été utilisé. Oui mais, quel est le gauche? Le gauche pour elle, ou le gauche sur la photo? Au fait, voyez-vous une différence?

Vous ne rêvez pas, vous êtes bien sur Les 5 du Vin. C’est étonnant comme on peut écrire beaucoup sur à peu près rien.

Est-ce que c’est ça, être vendeur?

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Source: Lui. Sujet: elle.

Hervé Lalau


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On l’a échappé belle! (à la santé de Kate Moss)

On dit que c’est Madame de Pompadour qui aurait lancé la mode. Ou Marie-Antoinette, selon d’autres sources; mais c’est un peu douteux.

Ce qui est plus sûr, c’est que Claudia Schiffer s’est prêtée à l’exercice, il y a quelques années. C’est maintenant au tour de Kate Moss.

De faire quoi? Mais d’avoir une coupe de Champagne à son nom, pardi! Ou plutôt, à son sein, puisque le verre a été moulé à la forme de son pare-choc gauche.

On le sait, la coupe n’est pas le verre idéal pour apprécier des bons effervescents (le buvant est trop large, et la profondeur insuffisante pour les cordons de bulles). Mais c’est très secondaire dans ce genre d’opération de VIP-marketing. En l’occurrence, le mannequin britannique s’est associé avec Dom Pérignon – la coupe sera bientôt dévoilée à Londres pour la sortie de la cuvée P2-2008.

Soyons justes, ça aurait pu être pire. On aurait pu mouler le verre sur une poitrine siliconée. Ou pire encore, pour rester dans les Beautiful People, sur le testicule gauche de George Clooney. What else?

34-Kate-Moss-Coupe-11-377x640Hervé Lalau

 


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Would you invest with Twelve-by-Seventy-Five?

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I’ll have to crave your patience as once again this week I am returning to the British disease – wine investment. Whether this British disease includes the Scots we will know more clearly after 18th September and the vote for Scottish independence or not as the case may be. But I digress …

Today I was contacted by a putative investor asking me my opinion of Twelve-by-Seventy-Five Ltd. I had never heard of this company – hardly surprising as it was only formed in January 2014 and the two current directors were not appointed until early April 2014.

Co-details

Company founded on 24th January 2014.

However, a quick look at their website (http://www.twelve-by-seventy-five.com) raised considerable doubts and questions:

Fine Wine Booming

‘Fine wine is booming’ – actually prices have been falling since 2011 – a long bear market. ‘As expert wine traders’ – rapidly gained expertise!

Creating a Portfolio

‘We are experienced wine merchants & brokers’. ‘We have firmly established contacts with French négociants over the years’. Again impressively, rapidly gained experience for a company founded in 2014!

Tax-free

‘Free of capitals gains’ – partially correct as wines that are not expected to be drinkable after 50 years are exempt as ‘wasting assets’ but many investment grade fine wines are certainly drinkable after 50 years or more. 1961s, for example, are still being drunk with pleasure. Amusingly capital gains tax is currently less of a problem because of the long bear market so ‘profits’ on wine investment don’t really apply.

AC=1855

For all the nascent company’s expertise they have confused ‘appellation contrôlée’, that began in 1936 with the 1855 Classification.

Vino-Barking

‘Vinothéque in Barking’. Although Vinothéque is part of London City Bond, this storage facility for private clients is in Burton-on-Trent nearly 150 miles north west of Barking.   

Twelve-by-Seventy-Five Ltd is clearly a company to avoid at all costs – hopefully no-one will fall for this nonsense. Sadly I wouldn’t bet on it!

Jim Budd

Jim+Umbrellascropss


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Ôtez-moi ces bouteilles d’eau !

Je sais, je sais : je suis un « chieur » de première. Je devrais mettre un peu d’eau dans mon vin. Mais que voulez-vous, un rien m’emporte. Et c’est pour cette raison que bien des attachées de presse ne m’invitent plus dans leurs sauteries. Comme je les comprends…

Tant mieux, d’ailleurs, car je ne m’en porte pas plus mal…

Vu sous cet angle le journaliste dégustateur Bernard Burtschy a plus d'au autour de lui que de vin. Photo©MichelSmith

Vu sous cet angle le journaliste dégustateur Bernard Burtschy a plus d’eau autour de lui que de vin. Photo©MichelSmith

Une des raisons pour lesquelles je me retrouve estampillé «chieur de service», en dehors du fait que je peste contre les discours de sous-préfecture qui s’éternisent, que je m’énerve quand il me faut attendre plus de trente minutes avant d’avoir un verre de vin à la main, comme ce fut le cas récemment à Pennautier, dans l’Aude, un soir d’été entre 19 et 20 heures (Monsieur le Maire, ce soir-là, je vous aurais volontiers zigouillé !), et que j’enrage de constater que les vins ne sont que rarement à bonne température, l’une de ces raisons, donc, tient en quelques mots : «Mais que font ces putains de bouteilles en plastique sur une table où l’on présente du vin ?» On me rétorque que les gens ont soif, qu’il fait chaud, qu’il y a des enfants… Et moi de répondre : «Et les carafes, les cruches, c’est fait pourquoi, hein ? Pour les chiens ?»

Une carafe d'eau, même ordinaire, ça a tout de suite plus de gueule, non ? Photo©MichelSmith

Une carafe d’eau, même ordinaire, ça a tout de suite plus de gueule, non ? Photo©MichelSmith

Vous voyez, ça me met en rogne. Entendons-nous. Je n’ai rien contre la flotte. Bien au contraire. J’en abuse moi-même souvent en travaillant, le matin en me levant, le soir en me couchant. Il m’arrive même d’en rêver ! Mais de là à l’afficher dans toute la laideur de son emballage sur une nappe blanche bien amidonnée où les nobles bouteilles de vins sont alignées pour une dégustation, alors là je dis non, non, non et non ! Chacun sa place. On est là pour le vin, nom d’une pipe ! Pas pour Nestlé, Carrefour ou Intermarché ! Si on veut que les gens boivent de l’eau, rien ne me paraît plus simple que d’aménager une table à part que l’on réserve à cet effet. Ou alors, revenons-en à la bonne vieille cruche en terre. Ça a tout de même plus de gueule, non ?

Ma cruche "spécial touriste" dénichée dans la ville potière de La Bisbal, en Catalogne. Photo©MichelSmith

Ma cruche "spécial touriste" dénichée dans la ville potière de La Bisbal, en Catalogne, c’est classe, non ? Photo©MichelSmith

On a clairement l’impression le plus souvent que les syndicats de vignerons ou leurs comités interprofessionnels s’en fichent comme de leur première chemise. Parfois, ils semblent plus enclins à faire de la pub pour Vittel, Cristaline ou Évian que pour renforcer l’image de leur propre cru.

Si encore ils cherchaient à mettre en avant l’eau minérale de leur région plutôt que celle de Leader Price, il y aurait matière à se féliciter. Mais il n’en est rien. Responsables après tout de l’impression qu’ils laissent, les vignerons n’ont pas encore saisi l’urgence qu’il y a de dissocier l’image de l’eau de celle du vin. Dommage, car lors des salons de vins, les présentations de presse, les repas de promotion avec le chef local, la table est souvent plus encombrée de bouteilles en plastique que de bouteilles de vins. Et quand il s’agit de prendre une photo de l’événement, combien de fois suis-je obligé de tailler dans mes clichés ou de les jeter plutôt que de les publier.

Michel Smith


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Je peux avoir un rosé-pamplemousse à la place?

La scène se passe cette semaine dans un restaurant d’autoroute. Mais pas n’importe lequel – un établissement d’un certain standing, pour la catégorie, et qui propose une belle carte de vins pas chers. Elle me rappelle celle des Mercure – on verra que ce n’est pas fortuit.

Sur l’ardoise au mûr, il y a l’offre de la quinzaine, le second vin du Château Talbot, Le Connétable, à prix tout doux. Hasard ou positionnement délibéré, c’est plutôt bien vu, car nous sommes sur l’Autoroute des Anglais, et certains se souviennent peut-être que leurs ancêtres ont vendangé l’Aquitaine. Bien avant Porto ou l’Australie. D’ailleurs, avant d’être une marque de voiture… et une cuvée de Saint Julien, Talbot était un chef de guerre anglais. Scoop de la semaine: il est mort à la bataille de Castillon, ce qui ne nous rajeunit pas.

En contrepoint, sur ma table, il y a un dépliant pour  le "menu express"; avec en promo, une bouteille de Coca-Cola gratuite. Pas vraiment slow food, dans l’esprit. Et pour le repas gastronomique français, je repasserai.

D’ailleurs, côté eau, en grande bouteille, il n’y a que de la Sanpé. Dommage pour le touriste qui aimerait buller hexagonal, mais l’enseigne a un "Accor" avec Nestlé Waters.

La jeune Américaine avec bébé qui dîne à côté carbure au Nestea. Il faudra vraiment que j’essaie avec un steak.

Son mari, lui, mange à la Heineken. Il y avait aussi de l’Affligem à la carte, mais pourquoi prendre des risques? Et puis à quoi ça servirait qu’Heineken arrose les grands événements sportifs, si c’est pour que l’Américain-moyen-qui-fait-l’Europe choisisse une bière d’abbaye?

Pour que mon bonheur soit complet, mon autre voisine (française, 30-35 ans) demande à la serveuse si, en lieu et place des vins sur la carte, elle peut avoir un rosé-pamplemousse. Qu’elle reçoit et boit avec délectation, sur une salade et des pâtes.

Qui suis-je pour lui gâcher son plaisir?server

Ne comptez pas sur moi pour en faire la promo

Morale de l’histoire: je ne dois pas surestimer l’impact de mes articles. Ni prendre mes désirs pour des réalités.

Je ne suis qu’une goutte dans l’océan de l’information, un tout petit point dans la galaxie de la communication. La plupart des gens ne me demandent rien, ils ne m’ont pas attendu pour boire du vin ou ne pas en boire. Il est illusoire de vouloir transmettre ses expériences et ses passions, en tout cas au plus grand nombre; tout juste peut-on donner envie à certains, parfois, d’essayer un vin, un cépage, une origine. Parce qu’on aura trouvé les mots justes, la sincérité qui fait mouche, pour ces buveurs-là. Il ne faut pas en demander plus.

Entre les adeptes de l’aromatisé et les collectionneurs d’étiquettes, entre les blogueurs qui savent tout et les distributeurs qui cassent du prix, entre les classiques qui ronronnent et les avant-gardistes qui ostracisent, entre la publicité et le buzz, entre la vulgarité du pinard et la préciosité des vins d’initiés, il doit bien y avoir une petite place pour une critique viticole indépendante et ouverte, mais quant à dire que c’est moi qui sais la faire…

Oui, le doute m’habite. J’ai longtemps voulu croire qu’il était salutaire, voire créateur. Aujourd’hui, je me demande vraiment à quoi sert d’étaler des mots sur la page virtuelle, de passer du temps, de se mettre en frais, de se mettre en danger, d’affronter les commentaires de courageux anonymes, les vagues échos de Facebook (auquel je me refuse toujours de m’affilier), ou pire peut-être, l’indifférence de celui pour qui, hors de Bordeaux et de Beaune, pas de salut.

Et puis je pense au vigneron ou à la vigneronne pour qui, peut-être, un bon commentaire sera comme une reconnaissance; celle d’un travail bien fait, celle d’une différence; et l’annonce, pour le consommateur, d’un bon moment partagé.

Alors je repars au front. Il y a mieux à faire que de pleurnicher.

Hervé Lalau


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Incursion brève chez Tariquet…

Comme souvent, le dernier papier de David me fait réagir .

Il se trouve que, comme lui, j’ai toujours eu un faible pour l’IGP Côtes de Gascogne à l’instar de ce colombard appuyé de 30 % de sauvignon du Domaine de Bordes à la fois très peu cher, lisse et éclatant de fraîcheur en bouche. Il faut aussi goûter celui du Domaine de Millet où le colombard joue cette fois-ci avec l’ugni blanc (40 %) donnant une bouche un peu grassouillette parfois, mais pleine de rebondissements. Le Domaine de Pellehaut, bien sûr, avec son Été Gascon certes empreint de douceur, mais ô combien frais en finale, sans parler de son Ampéloméryx qui associe cinq cépages blancs dont le chardonnay et le sauvignon. Et tant d’autres vins à commenter… Ceux de la maison Rigal par exemple, qui fleurent si bon le Sud-Ouest : Les Touterelles ou Il était une fois le Colombard. Sans oublier ceux, bien sûr, d’Alain Brumont ou de la cave de Plaimont, comme le souligne David. Bien d’autres encore…

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Paysage typique du vignoble Gascon… Photo©MichelSmith

Tariquet : un petit film sur le vignobles…

Tout cela me fait penser à Tariquet qu’il est devenu bien vu par les temps qui courent d’insulter à longueur de commentaires assassins et de messages aussi bêtes que méchants sur les lignes des réseaux sociaux. Tout cela parce qu’une bande d’intellos rétrogrades auto déclarés amateurs de vins d’artisans ou d’artistes (quelle expression suffisante !) s’esclaffe et s’offusque que l’on puisse bâtir en France un domaine de 900 hectares. Contrairement à d’autres, lorsqu’il n’y a rien à boire dans un café en dehors d’un soda merdeux et uniforme, d’un ruineux quart Vichy ou Perrier ou d’une bière industrielle à peine maltée, je me contente volontiers d’un blanc (ou rosé) de Tariquet qui, en plus, me fait l’apéro. Et c’est bien pour cette raison que, tandis que je passais cet hiver à proximité de leur stand sur Vinisud, alors que j’avais quelques minutes d’avance sur mon programme, je me suis pointé sans rien d’autre requête qu’une simple demande : « Est-ce que je peux déguster » ? Bien entendu, des vendeurs empressés et bien sapés se sont précipités sur moi vu qu’ils n’avaient pas grand monde à cette heure plutôt matinale où je goûte le mieux. Pour ma part, j’étais prêt à assassiner, à pourfendre, à dégommer, à tirer à vue sur les monstrueux vins de ces propriétaires qui n’ont d’autre réputation que d’être de gros industriels affichant un score de 8 millions et demi de bouteilles mises en marché chaque année.

Au fur et à mesure qu’il me servait des blancs à parfaite température, j’ai fini par faire comprendre à mon interlocuteur endimanché que je n’étais pas un commercial et que je ne souhaitais pas connaître les caractéristiques techniques de chaque vin avant de déguster, encore moins le prix à négocier à partir d’un certain nombre de palettes. Tout était estampillé Côtes de Gascogne, tout était blanc, rien que du 2013, sachant que nous ne dépasserions pas la barre des 10 euros prix public, c’est tout ce qu’il me fallait savoir et je n’en demandais pas plus. Hélas, l’encépagement était marqué sur la bouteille, mais je n’en fis pas un drame dans la mesure où j’ai réussi à l’exclure de mon esprit en dégustant.

Premier vin : un chenin/chardonnay tout simple, grassouillet, marqué par un petit fruit, le truc sans vice ni vertu. Passons et excusons nous auprès de lui tant il est vrai que le premier blanc du matin n’est jamais transcendant…

Second vin : le « Classic », soit 40 % du volume du domaine, ce qui doit faire plusieurs centaines de milliers de cols. Un assemblage très couleur locale, très « pays » avec 35 % de colombard, 45 % d’ugni blanc, 10 % de gros manseng et 10 % de sauvignon. Approche sur la rondeur, très belle fraîcheur par la suite et finale un poil sur la sucrosité. À 5 euros le flacon, j’ai aimé sans honte et j’en ferais volontiers mon apéro du soir pour célébrer ma victoire à la pétanque. N’en déplaise à mes suiveurs de Facebook.

Troisième vin : un chardonnay frais, droit, équilibré, pas passionnant pour mon goût, mais très bien bâti et fort probablement à la hauteur d’un plat de crustacés genre langoustines mayonnaise.

Quatrième vin : un sauvignon pur tout aussi frais que le précédent, bien dense en bouche, bien dans sa peau et bigrement jovial pour finir. À 6,50 euros, j’en fais volontiers mon apéro et je le sers même sur ma terrine campagnarde.

Cinquième vin : un « Réserve » brut de cuve, donc refusé. Tout de même goûté, je l’ai jugé trop boisé. D’où le risque à faire goûter des vins en cours d’élevage… Et qu’on ne me dise pas qu’un pro doit pouvoir tout affronter…

Sixième vin : un gros manseng et chardonnay attaquant et vif, dense, copieux, jolie petite longueur et finale sur le fruit. À 7,50 euros, ça m’irait bien pour un poulet à la crème ou une volaille à l’estragon.

Sixième vin : un chardonnay « Tête de Cuvée » 2011 moyen et un peu trop savonneux à mon goût.

Septième vin : un « Rosé de Presse » 2013 tout simple mais bien frais et bon, sans plus.

Huitième vin : un marselan 2013 aussi alerte et frais que le précédent, tout en rondeur avec de jolies touches poivrée. À 7 euros le flacon, j’ai peut être meilleur. Mais là encore, si je suis dans une banale brasserie avec un lapin tout aussi banal malgré la moutarde, je prends !

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Conclusion : Tariquet – à qui, je ne dois rien et qui n’a rien à me vendre – est un domaine sur lequel on peu compter avec des vins (je n’ai pas tout goûté, car il y en avait d’autres) corrects et sans prétention autre que celle de faire plaisir dans l’immédiat. Maintenant, si ça ne plaît pas à certains qu’ils aillent se faire empapaouter. Je dis ça gentiment, les gars alors, c’est pas la peine de monter sur vos grands chevaux ou de me montrer vos crocs ! Et en plus, je signe…

Michel Smith


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Mises fractionnées ? La plaie !

Voilà qu’en Bourgogne certains souhaitent rallonger la liste des grands crus et premiers crus, tandis qu’à la veille des vendanges dans le Languedoc-Roussillon et la Vallée du Rhône, la course au raisin – qui se fait de plus en plus rare – est enclenchée par les négociants. C’est clair que, confronté à ces nouvelles toutes fraîches, le sujet que je vais vous proposer va vous paraître quelque peu réchauffé. Pourtant, il y a longtemps que ça me turlupine cette affaire-là… Déjà, lorsque je démarrais dans le vin, certaines pratiques de cave me laissaient pantois. Cela m’est revenu l’autre jour alors que je discutais de choses et d’autres dans la cave d’un vigneron-ami à qui je venais de poser la question qui fâche après avoir goûté le vin d’une grosse cuve assez bien remplie. Je reproduis à peu près notre dialogue :

Moi – Et cette cuvée, tu vas la mettre en bouteilles quand ?

Lui – D’ici la fin du mois, je ferais une première mise de 4 à 5.000 bouteilles…

Moi – Et pourquoi pas tout d’un coup ? (soit environ 8.000 bouteilles, ndlr)

Lui – Ben parce que je n’ai pas la place de stocker les cartons… Et pour dire vrai, je ne suis pas certain de pouvoir tout vendre en quelques mois.

Moi – Tu pourrais trouver un coin pour empiler tes bouteilles nues en palettes et les habiller au fur et à mesure de tes commandes.

Lui – Non, c’est compliqué tout ça. Je préfère faire deux chantiers de mises dans l’année… parfois même trois en fonction des commandes.

Moi – Ok, mais dans ce cas, à chaque mise tu as un vin différent. Je veux dire que le second embouteillage n’aura pas le même goût qu’à la première mise.

Lui – Oui, et ça pose un problème ?

La question ne devrait pas se poser pour le nouveau que l'on attend avec impatience. Photo©MichelSmith

La question ne devrait pas se poser pour le nouveau que l’on attend avec impatience. Photo©MichelSmith

Bien sûr que cela pose problème. Oh rien de capital… Pourtant, moi je ne trouve pas ça bien du tout et je vous explique pourquoi, à mes yeux, cette pratique des mises fractionnées n’est pas très logique à l’égard du consommateur. Son client, admettons qu’il achète ce vin après avoir lu l’article qu’un critique émérite – on va citer Hervé Lalau – lui consacrait dans l’IVV, par exemple. Le journaliste, qui s’y prend toujours en avance pour collecter l’info, a goûté le vin en Janvier qui suit la récolte, directement à la cuve, comme je viens de le faire. Ce même vin sera (partiellement) mis en bouteilles deux ou trois mois plus tard après une filtration lâche, comme on dit. Déjà, après cette opération, il n’aura pas le même goût que lorsqu’il reposait tranquillement dans sa cuve. C’est pour cela, au passage, que je me fais un devoir de n’écrire sur un vin que lorsqu’il a été mis en bouteilles. Disons que c’est ma façon à moi d’être proche de mon lectorat (éventuel).

La question ne devrait pas se poser pour les cuves de tailles moyennes, comme ici au Domaine Les Aurelles. Photo©MichelSmith

La question ne devrait pas se poser pour les cuves de tailles moyennes, comme ici au Domaine Les Aurelles. Photo©MichelSmith

Il faudra encore un, deux ou trois mois avant que le consommateur déniche ce vin chez son caviste et le lui achète en petite quantité car il n’est pas toujours très riche. Avec six bouteilles, il en aura assez pour tenir jusqu’à l’été. Cela tombe bien justement car, cet été, il prévoit de visiter les Gorges de l’Ardèche. Il a repéré le domaine sur Google Maps et il sait déjà qu’il passera à quelques lieues de l’endroit où ce Côtes du Vivarais est vinifié. Il en profitera pour faire, à moindre prix, le plein de la cuvée qu’il a aimé et visitera la cave par la même occasion. Sauf que la cuvée en question, qui entre-temps a obtenu un certain succès, a été mise en bouteilles en Juillet, juste avant les vacances de notre œnophile. Non seulement il n’aura pas la chance de boire le même vin que le critique passé en coup de vent l’automne dernier, mais il ne retrouvera pas non plus le vin qu’il avait acheté chez son caviste. Pour la bonne raison qu’entre temps le vin aura mûri dans sa cuve, nourri par ses lies fines. Et que les tannins qu’il aimait tant se seront assouplis.

La question ne devrait pas se poser non plus pour les vins vinifiés dans des oeufs, comme ici chez Jérémie Mourat en Vendée. Photo©MichelSmith

La question ne devrait pas se poser non plus pour les vins vinifiés dans des oeufs, comme ici chez Jérémie Mourat en Vendée. Photo©MichelSmith

Pour certains amateurs, cette problématique de mises fractionnées étalées sur une année ou plus ne pose aucun problème. Ils n’y prêtent aucune attention, à moins qu’il ne trouvent le vin meilleur, plus fondu, et c’est l’essentiel. Et si par hasard ils étaient déçus, le vin restera tout de même appréciable sur un bon gigot. Pour d’autres râleurs comme moi, ou pour celui ou celle qui préfère son gamay ou son grenache en plein sur le fruit, emprisonné tôt dans sa bouteille, ce sera une autre histoire. À moins qu’on lui explique gentiment que pour des raisons pratiques d’organisation le vigneron fractionne sa mise, il s’attend à retrouver le même jus puisque l’étiquette, comme le millésime, eux, n’ont pas changé.

Et on espère qu'elle ne se pose moins à Cornas qu'ailleurs... Photo©MichelSmith

Et on espère qu’elle ne se pose moins à Cornas qu’ailleurs… Photo©MichelSmith

Je vois déjà certains lecteurs bien intentionnés prendre le clavier pour m’écrire que cette pratique est obsolète, qu’elle n’est plus le fait que de quelques vignerons paysans reculés dans leur misérable appellation. Eh bien détrompez-vous. Elle touche encore pas mal de vignerons, des grands comme des petits, des bons comme des médiocres. Ceux qui, par exemple, n’ont pas la trésorerie nécessaire à une mise globale. Ceux qui préfèrent stocker un peu en cuve au cas ou un négociant serait prêt à mettre le prix en payant sur le champ. Ceux, comme mon copain du début, qui n’ont pas de grand réseau commercial et qui vendent leur vin au coup par coup. Soit, mais que faire ? La solution est simple : informer le consommateur d’une manière ou d’une autre. Il suffirait d’écrire « Première mise » ou « Deuxième mise » ou encore « Troisième mise » sur l’étiquette ou sur la contre-étiquette. Ou bien il suffirait de mettre clairement une date de mise en bouteilles et non pas un chiffre codé placé dans un recoin. Simple, certes. Sauf que cela complique encore plus la vie du Vigneron qui a déjà tant à faire. Fort heureusement pour l’amateur, les vignerons éditent de plus en plus de petites cuvées… voire des micro cuvées.

Michel Smith

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