Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Dix questions insignifiantes sur le Vin en été… et ses à-côtés

Dix questions idiotes, affligeantes même et ô combien stupides… Mais tant pis ! Faut bien s’offrir le luxe de déconner un peu dans la vie, non ?

Et trouver de quoi s’occuper sur la plage les jours de pluie… Commençons par une question d’actualité, une question grave pour laquelle je n’ai pas trouvé d’illustration.

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Après le pamplemousse, c’es la fraise qui la ramène ! Photo©MichelSmith

1 – Dis mon bon tonton, pourquoi tu dis que la grêle c’est dégueulasse ?

Parce que ça vous tombe dessus sans crier gare, que ça peut détruire les vignes du voisin et pas les vôtres. Que ça peut foutre à zéro le moral d’un copain, ravager sa meilleure parcelle ou la moins bonne comme l’ensemble de son domaine, que c’est injuste, tout simplement. Qu’il faudrait être assuré pour s’en sortir et que l’assurance est plus sûrement garantie pour le riche propriétaire de Châteauneuf-du-Pape ou de Volnay que pour le petit vigneron de Homps en Minervois Et qu’une fois le drame passé, les pleurs séchés, il reste la vigne hachurée en plein cycle de maturité par l’orage sans oublier les bâtiments gravement endommagés. Comme une colonie d’hirondelles massacrées au napalm. En général, il faut plusieurs années pour s’en remettre. Je pense particulièrement à mes amis membres de Carignan Renaissance, Anne-Marie et Roland Coustal du Domaine Terres-GeorgesPeut-être un début de solution du côté du bon Jacques Berthomeau ?

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L’été, les chopines avec les copines… Photo©MichelSmith

2 – Toi qui sait tout mon pépé, un vin cher est-il meilleur qu’un autre qui l’est beaucoup moins ?

Pas forcément. S’il est cher c’est surtout qu’il est rare… Tiens, pendant nos vacances j’achète mon vin en Bag in box de 5 litres, à la Cave de Montpeyroux où le rouge est bien marqué par le Carignan. Il me coûte autour de 15 € et il me convient parfaitement. Dans le carton, il y a une poche en plastique alimentaire qui renferme le vin à l’abri de l’air et de la lumière. Au fur et à mesure que je tire du vin pour remplir mon verre, la poche se rétracte. C’est pratique, je n’ai plus qu’à le ranger au frigo et même leur rosé est très bon.

3 – Au fait, pourquoi ne trouve-t-on plus de rosés de saignée ?

Disons que l’on en trouve moins. Pourquoi ? À cause de la couleur, pardi, de cette satanée robe rose pâle (quand elle n’est pas neutre) venue de Provence et qui désormais dicte sa loi sur le marché du rosé du Nord au Sud. Il paraît qu’il plaît à ses dames et comme ce sont elles qui détiennent les cordons de la bourse… Mais on en trouve encore à Tavel, au Château de Manissy, par exemple, ou chez certains « arriérés » des Corbières, à l’instar du Château Colos-Celse à Villerouge-la-Crémade. Mais il est vrai que ce n’est pas à la couleur que l’on juge la qualité d’un vin…

Photo©MichelSmith Photo©MichelSmithPhoto©MichelSmith

4 – On dit que le Côtes de Provence est le meilleur rosé du monde ?

C’est ce qu’on dit… Et c’est vrai qu’il y en a d’excellents du côté de Lalonde, par exemple, au Domaine de l’Angueiroun, au Château Sainte Marguerite, au Pas du Cerf, ou à Saint-André-de-Figuière, pour ne citer que ceux-là. Petit rappel nécessaire pour paraître moins couillon en société : le rosé de Provence se veut généralement issu d’un « pressurage direct » et les spécialistes, du moins certains, disent que c’est pour cela (en dehors du baratin sur le terroir) qu’il est le meilleur. Un peu comme un blanc, le raisin est mis directement dans le pressoir sans avoir le temps de trop se colorer au contact de son jus. Car la couleur d’un vin nécessite un temps de contact entre la peau (où se trouvent les éléments colorants) et le jus. Le vin « de saignée », lui, n’est pas immédiatement pressuré. Les grains de raisins baignent dans leur jus durant quelques heures (une nuit, voire plus) et c’est en soutirant le jus par le robinet au bas de la cuve que le vigneron constate la couleur. Quand elle lui convient, il ne lui reste plus qu’à tirer le jus (sans les peaux) pour en faire son rosé. Plus branché, le premier est jugé vif et fruité, le second plus rond ou gras et tout aussi fruité et parfois même très légèrement tannique ou poivré. Mais les deux peuvent être délicieux et croquants à souhait ! Et, selon les goûts de chacun, le meilleur rosé du monde peut venir de Chinon ou de Bordeaux, quand il ne vient pas d’Italie ou d’Espagne. On dit aussi que la Provence est la région qui produit le plus de rosé. Or, elle serait désormais dépassée par le Languedoc-Roussillon.

5 – Ça veut dire quoi Papy « boire avec modération » ?

D’abord, mon enfant, cela signifie qu’il ne faut jamais se forcer et, quand tu seras grande, ne tremper tes lèvres dans le vin qu’une fois que tu te seras assurée qu’il est à ton goût, en le sentant, par exemple, ou en le crachant comme Papy le fait souvent. Ensuite, selon ton poids et ta corpulence, tu pourras boire deux ou trois verres de vin en mangeant. Et si c’est quelqu’un d’autre qui te ramène à la maison, quelqu’un qui n’a pas bu plus d’un verre de vin, et qui le reste du temps a bu de l’eau, alors là tu pourras ajouter quelques verres. Mais si tu t’aperçois par la suite que tu ne sors que des conneries après quelques verres, mets toi vite à l’eau !

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6 – Où faut-il aller pour boire de bons canons en écoutant de la bonne musique ?

À Marciac, dans le Gers, comme toujours chaque été. Les Vignerons de Plaimont vont parrainer deux soirées prestigieuses : l’une avec l’orchestre cubain de Buena Vista Social Club et celui d’Omar Sosa Quarteto le 31 Juillet et le 1er Août avec une soirée consacrée aux chanteuses, dont la grande Eliane Elias. Ne pas oublier le 31 Juillet un grand concert gratuit au Château de Sabazan avec le violoniste Didier Lockwood.

7 – Peut-on mettre de la glace dans le vin ?

Pourquoi pas ? En été, tout est possible ! Moi-même je ne me gêne pas. Quand le rosé est moyen, c’est presque conseillé. Dans le blanc aussi où l’on peut même rajouter une rasade de limonade comme au comptoir du bistrot jadis. Moi, je fais ça dans un grand verre avec une tranche d’agrume et 5 ou 6 glaçons, c’est très rafraîchissant quand le thermomètre dépasse les 30 degrés. Avec un rouge simple, mais de bonne facture, essayez-donc la sangria, là aussi rafraîchie avec quelques glaçons.

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8  - Pourquoi mettre son portrait dans les publicités sur son vin ?

Je pense à la blonde tropézienne Valérie Rousselle (devenue Riboud) et à son Château La Roubine ou encore à Bernard Magrez, le fameux « compositeur de vins rares ». C’est vrai, je suis un peu naïf, mais je crois que ça doit leur fait tout simplement plaisir de voir leur tronche dans un canard… Faudra que j’essaie pour voir l’effet que ça fait le jour où je gagne au loto !

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Un bon rosé, un blanc ou un rouge frais sur une grillade de poulet ! Photo©MichelSmith

9   – Comment assurer pour la température des vins cet été ?

Si tu as un réfrigérateur à disposition et s’il fait très chaud, mets tous tes vins dedans. Quand tu vas à la plage, range une ou deux bouteilles dans une glacière en plastique isotherme, quelque chose de léger et de pas trop cher. En deux heures de temps elles seront encore bien fraîches. Si certaines personnes ne supportent pas l’idée d’un rouge frais, essaie tout de même de les convaincre d’enfouir une ou deux bouteilles dans le sable mouillé de la plage en les protégeant de gros cailloux afin qu’elles ne soient pas emporter par les flots. Procède de la même manière en bordure de rivière en te servant des cavités des rochers.

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On fait de tout dans le Languedoc ! Photo©MichelSmith

10 – Question capitale : qu’est devenue la belle Aurélia Filion ?

C’est vrai ça, la lumineuse Aurélia, sa faconde, son rire, sa mèche rebelle sur le front, ses petits pulls de couleurs tendres. Elle sentait si bon le sable chaud des vacances… Oui, je sais qu’elle est sur le site de Terre de Vins et même dans le magazine du même nom, mais depuis qu’elle y est, son show n’a plus la même saveur… D’ailleurs, l’est-elle vraiment ? Elle est annoncée page 11 du dernier numéro comme étant présente chaque semaine en vidéo… Or, un rapide lancement de recherche fait plutôt apparaître une parution mensuelle, voire annuelle la dernière remontant à un an (juillet 2013), comme quoi la presse du vin de nos jours c’est un peu n’importe quoi. On dit d’elle aussi dans le magazine « qu’elle a fait irruption sur la Toile il y a deux ans »… Pourtant, cela fait bien quatre ans que ses chroniques sont sur le Net. Certes, je ne vais pas chipoter, mais j’aimerais savoir ce qu’il en est exactement ? Aurélia serait-elle morte noyée dans le Champagne ? Dans ce cas, qui d’autre écrirait ses chroniques posthumes ?

Michel Smith

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À quoi cela peut-il bien servir ?

Oui, je me demande vraiment à quoi cela sert-il de palabrer ?

À quoi servent ces conférences, colloques et autres débats ?

Pas même le temps de captiver son auditoire que déjà il faut passer la parole à un autre. Est-ce si utile de se déplacer pour un petit quart d’heure d’explication de texte face à un public déjà averti, déjà convaincu et qui plus est restreint ? Ce qui va suivre, aux yeux des bénévoles qui n’ont pas compté leurs heures pour la bonne réussite de ces journées, paraîtra insolent, discourtois, voire exagéré. Mais en même temps, je ne peux continuer à me satisfaire de la convenance habituelle dans laquelle j’ai baigné les trois quarts de ma vie. Critiquer ce que je viens de revivre une fois de plus constitue pour moi un devoir. Ainsi donc, je présente d’ores et déjà mes excuses à ceux que je risque d’offenser.

Unknown

Je veux vous parler de ces réunions, de ces discussions articulées autour du vin qui donnent lieu à de sempiternels débats sans lendemains. On les accepte volontiers, parfois à contre cœur. On y va à ses propres frais alors que l’on a déjà du mal avec sa maigre retraite et que l’on a un boulot à n’en plus finir sur le bureau. On se dit que peut-être on apprendra des choses, que ça fera du bien de faire un break, de voir d’autres personnes, d’échanger. Et puis Bruno Chevallet, l’organisateur, est si convaincant, si aimable, que l’on rêve déjà de pique-niques au bord de l’eau, d’échanges passionnés sous les oliviers et d’un hôtel de charme avec petit déjeuner provençal au son des cigales. Alors on dit oui. On y va le cœur en bandoulière avec en tête l’échafaudage d’un plan apte à défendre le Carignan du Roussillon, sans oublier de parler des autres, de ceux d’Uruguay ou d’Israël.

Le Maître et son élève... Photo©MichelSmith

Le Maître et son élève… Photo©MichelSmith

Cela me fait mal de le dire aussi brutalement, mais une fois sur place on déchante : les repas sont ruineux, les produits locaux sont relégués aux abonnés absents, le foie gras, le homard et le saumon sont mis en avant (pourquoi pas le caviar ?), de coûteux droits de bouchons vous scient le moral et en plus il faut se battre pour boire le vin à sa bonne température. Côté débats, discipliné on attend patiemment son tour de parole pour balbutier quelques mots sur cette éternelle et lancinante définition du « terroir », puis on écoute des gens passionnants que l’on coupe, comme c’était le cas pour vous il y a à peine 10 minutes, car, c’est un fait, « le temps nous manque ». Comme toujours. Sur ce, on n’oublie pas de se congratuler les uns les autres, d’applaudir, d’échanger nos cartes, de remercier tel ou tel sponsor qui, en brillant de son absence, montre l’intérêt qu’il porte aux choses du vin, ne cherchant même pas à aller au bout de sa mission. Le tout face à un maigre public estimé à 20 personnes, peut-être 30 par moments, tous participants ou accompagnants. Au final, lorsque l’on rentre chez soi épuisé par 5 heures de route, viennent les mots fatidiques : « Et alors ? » Alors, quoi ? On se sent comme envahi par un sentiment de frustration. On fait son délicat, son difficile…

Danièle Raulet-Reynaud à gauche et Iulia Scavo, la star montante de la sommellerie. Photo©MichelSmith

Danièle Raulet-Reynaud à gauche et Iulia Scavo, la star montante de la sommellerie. Photo©MichelSmith

Si ce n’était que pour les joies de retrouver mes amis vignerons, un tel voyage valait-il la peine d’être vécu ? Malgré les déconvenues, je dis oui haut et fort, même si je reste sur ma faim. Tout cela pour des « Rencontres internationales », les premières du genre sur la Côte d’Azur avec pour thème palpitant : « Un cépage, un terroir, des hommes » argumenté de la sorte : « Comment des vignerons ont su mettre en valeur des cépages oubliés et mal aimés sur des terroirs adaptés pour des vins exceptionnels ». La seule mention des cépages oubliés et la possibilité de défendre en public mes bons vieux plants du Midi, comme je le fais ici même tous les dimanches depuis 4 ans, ont suffi à me faire déplacer. Et, vous vous en doutez, ce n’était pas que pour un dîner dit « de gala » destiné à oindre les huiles dans le sens du poil. Alors, je m’efforce de retenir le côté positif des choses. Je me rends compte en effet que, malgré quelques écueils, rien n’a été perdu pour autant. Quelle chance j’ai a eu de pouvoir renouer avec le Romorantin de Michel Gendrier que je n’avais pas goûté depuis des lustres, de rencontrer sa charmante épouse, d’échanger avec André Dubosc venu de Plaimont pour une fois sans son béret basco-béarnais, accompagné lui aussi de son épouse et d’une jeune chercheuse en cépages autochtones de l’école de Purpan qui explore savamment les travaux sur les comportements des cépages anciens du Sud Ouest comme le fait Michel Grisard, présent lui aussi pour parler de son expérience en son Centre d’Ampélographie Alpine dédié à Pierre Galet. Ah, ce Professeur Pierre Galet qui travaille d’arrache pieds à un nouveau Dictionnaire encyclopédique des cépages, c’est une légende vivante. Un homme plein d’humour doté d’une mémoire éléphantesque qui vous lance à la figure un magistral « Profitez-en, j’ai 93 ans et je vais bientôt mourir » !

Les participants... enfin, une partie. Photo©DR

Les participants… enfin, une partie. Photo©DR

Quelle joie aussi d’embrasser Patricia Boyer du Clos de Centeilles que l’on a vu naître dans les années 80 avec déjà le souci de préserver les nobles cépages languedociens. Joie aussi de goûter sans retenue les cépages corses de Jean-Chales Abbatucci, de vider un verre ou deux de Mailhol en compagnie de ses auteurs Laurence et François Henry devenus historiens pour la cause des cépages, de siroter pour la première fois de ma vie une Mondeuse Blanche, celle de Philippe Grisard. Écouter les passionnantes recherches de Garance Marcantoni, la conseillère en viticulture biologique de la Chambre d’Agriculture du Var que les vignerons présents n’ont jamais pris la peine de contacter alors qu’elle a tant de connaissances à partager avec eux sur les cépages oubliés de Provence. Regretter l’absence de vignerons provençaux, hormis deux d’entre eux. Boire le discours d’historienne et l’accent pierreux de la Roumaine Iulia Scavo qui, je l’espère, deviendra un jour Meilleur Sommelier du monde après le Suisse Paolo Basso. Je vous jure, cette fille le mérite ! Quel plaisir aussi de causer un brin avec Jean Rosen, André Deyrieux, Jean-Luc Etievent, j’en passe et des meilleurs

La photo souvenir... Où tout le monde semble ravi ! Photo©DR

La photo souvenir… Où tout le monde semble ravi ! Photo©DR

Boire et échanger, voilà de vrais moments de partage qui gomment les défauts de cette première initiative forcément perfectible. En dernier ressort, j’aimerais suggérer ceci aux organisateurs : que l’on sorte lors des prochaines sessions du tape à l’œil, du bling-bling cher à la Côte d’Azur ; que l’on remise aux oubliettes ces soirées interminables où les étoilés se surpassent à grands renforts de verrines dînatoires et autres variations sur lesquelles le rouge chaud ne passe décidemment pas, pas plus que le rosé d’ailleurs ; que l’on aille vers plus de simplicité, vers des repas de grandes tablées où nous sommes tous ensemble, chez un vigneron de La Londe, par exemple. Et que l’on réduise le nombre d’intervenants afin de laisser s’exprimer ceux qui sont dans le concret. Je sais, ce ne sera pas toujours chose facile. Au Lavandou, nous sommes sur la route de Saint-Tropez et sur la commune qui abrite la modeste demeure de Carla Bruni au Cap Nègre. Mais on peut rêver…

Michel Smith


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Avis à tous les grincheux

Ce lundi, sur le site de Decanter, mon excellent confrère Andrew Jefford consacrait sa chronique hebdomadaire à la loi Evin et à ses subtilités. Sans oublier l’addiction de l’ANPAA pour les prétoires.

Au passage, Andrew cite l’arrêt de la Cour d’Appel de Versailles du 3 avril dernier, qui stipule que «les annonceurs ne peuvent évidemment être tenus, sous le prétexte de satisfaire aux exigences légales, de représenter des professionnels grincheux, au physique déplaisant et paraissant dubitatifs, afin d’éviter au consommateur toute tentation d’excès. L’image donnée de professions investies par des jeunes, ouvertes aux femmes, et en recherche de modernité est enfin pleinement en accord avec les dispositions légales autorisant une référence aux facteurs humains liés à une appellation d’origine.»

Cela me semble frappé au coin du bon sens.

Comme il n’est pas exclu, cependant, que l’ANPAA se pourvoie en cassation (à moins qu’elle n’en appelle à la Cour de Luxembourg ou de La Haye, à l’OTAN ou encore à l’ONU), je suggère aux vignerons bordelais de se mettre en conformité, sinon avec la lettre de la loi, au moins avec son esprit prohibitionniste.

Je propose donc le visuel suivant.

Jefford-Evin-Law-Bordeaux-advertHervé LALAU


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Résister à la GD et promouvoir le vin avec intelligence et humour

Nous constatons tous l’effrayante domination de la dite "Grande Distribution" (alias temples déshumanisés de la consommation) dans le domaine du vin. 70% ou 80% en France probablement et pareil en Grande Bretagne. Seule l’Italie semble échapper à cette tendance à la concentration, grâce à la fois à l’absence de centralisation de ce pays et au dynamisme des enotecas. Je rajouterai aussi que les producteurs de vin en Italie sont plus intelligents, commercialement, que la plupart de leurs homologues français en ne pratiquant pas la vente aux particuliers au même prix que la vente aux cavistes !

Alors comment survivent les cavistes en France ? Pas si mal, à en croire la dynamique Fédération Nationale des Cavistes Indépendants. Le seul problème de ce réseau informel dont les magasins sont souvent tenus par des vrais passionnés est une absence de formation structurée de leur personnel, ou chacun y va un peu de ses idées et préjugés, quitte parfois à raconter un peu n’importe quoi aux clients.

Parmi les petites chaînes qualitatives de cavistes, je suis frappé depuis un moment par le dynamisme et intelligence de l’enseigne Repaire de Bacchus. Ma récente dégustation des vins que cette chaîne va proposer pour les Foires aux Vins m’a convaincu de la qualité et de l’originalité de leur sélection. Oh, ce ne sont pas les prix "ras des paquerettes" souvent pratiqués par la GD. Non, ils ont d’autres arguments : des vins de caractère, parfaitement faits, souvent originaux, parfois venus d’ailleurs,  et en tout cas très bien choisis. Mais, en dégustant ces vins-là dont je vous parlerai peut-être en septembre, mon œil fut attiré par une série singulière de photos accrochées aux murs de la petite salle.

Il s’agit d’une quarantaine de producteurs, essentiellement français, qui fournissent le Repaire de Bacchus et qui ont tous accepté de de faire prendre en photo comme pour une garde à vue. Certains sont criants de vérité et je me suis amusé à identifier le voleur de scooters (Alphonse Mellot) le tueur en série (Pierre Lurton) le chef de clan sicilien (Jean-Pierre Perrin), l’escroc récidiviste (Bruno Lafon), le voleur à main armée (Charles Hours), ou bien la tueuse politique (Carole Bouquet), et ainsi de suite….jugez par vous-même !

 

P27_Alphonse Mellot_Photo_96x39

 

P21_Pierre Lurton_Photo_96x39

P30_Jean Pierre Perrin_Photo_96x39

P18_Bruno Lafon_Photo_96x39

P15_Charles Hours_Photo_96x39P02_Carole Bouquet_Photo_96x39

 

Je trouve cette série de photos, en noir en blanc comme il se doit, formidable, autant que l’esprit de cette opération promotionnelle qui met un visage derrière les étiquettes avec beaucoup d’humour et une belle idée fédératrice.

Il y en a plein d’autres dont, bien entendu, notre Gégé national, plus vrai que nature en gangster effrayant. Mais aussi des choses plus surprenantes et à contre-emploi, comme Hubert de Billy (Champagne Pol Roger) dont le motif  de garde à vue, précisé ainsi dans la petite brochure qui recense tout ce beau monde : "collabore étroitement avec les Anglais en étant le Champagne le plus prisé sur cette petite île au nord de Calais. Garde à Vue !"

Chapeau bas aux concepteurs de cette très jolie opération promotionnelle, ainsi à tous les producteurs que se sont prêtés à l’exercice de style.

 David Cobbold

 


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On va déguster ? Oui, mais comment ?

Lorsque vous lisez nos articles et jusqu’aux commentaires savants de nos fidèles lecteurs, vous êtes en droit de vous poser des questions sur le mot «dégustation», un terme qu’un journaliste du vin et qu’un amateur du même breuvage utilisent quasi quotidiennement et plutôt deux fois qu’une. Vous pouvez dès lors vous en tenir à la définition de tel ou tel dictionnaire, mais vous êtes toujours fondé à vous demander quels sont les avantages et les inconvénients d’une telle procédure de jugement pour les soit disant professionnels que nous sommes.

Photo©MichelSmith

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Dans quelles conditions dégustons-nous ? Sommes-nous vraiment sérieux dans cet exercice ? Pour ma part, je n’exerce plus mon métier de la même façon qu’à mes débuts : la Presse du vin, comme la Presse généraliste, d’ailleurs, n’est plus la même; elle tend à se  transformer, ces derniers temps, en messagerie publicitaire. En outre, sans parler de l’irrésistible montée des blogs spécialisés ou pas, notre bonne vieille presse s’est considérablement effacée de la vie publique et professionnelle, au profit des twittos et autres interventionnistes faceboukiens. Bref, ayant quelque peu vieilli, je ne vois plus l’utilité de grandes séances de dégustation qui étaient  mon lot quasi hebdomadaire il y a 30 ans. La nouvelle donne du métier, c’est de faire court et surtout ne pas rentrer dans le sujet en profondeur. Bref, faut zapper !

Photo©MichelSmith

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À l’époque, en commençant tôt le matin, je pouvais goûter en une session 100 à 150 rieslings d’Alsace, ou la même quantité en simples Bordeaux ou en Côtes de Provence. Je m’en vantais presque. Je ne regrette pas ces séances magistralement orchestrées par moi-même ou, à ma demande le plus souvent, par les organismes compétents, bien équipés et bien réglés que sont les comités interprofessionnels ou les syndicats vignerons. Ils avaient la gentillesse de s’en tenir à mes instructions, ce qui facilitait ma tâche. De telles séances ont contribué largement à former mon palais et mon sens critique. Mais elles ont failli faire de moi une sorte de robot, une machine à laver plus blanc que blanc avec un œil, un nez, une bouche, certes, mais doté d’un mécanisme d’absorption qui, j’en conviens aujourd’hui avec le recul, me faisait perdre par moment tout sens normal de l’observation, toute capacité à analyser, tout effort de concentration, bref tout ou presque de mon acuité à raisonner.

Photo©MichelSmith

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Fort de mon expérience (qui n’a de valeur au passage que celle que je lui accorde, bien entendu), et sans me déparer de mon sarcasme habituel, je m’autorise  à vous résumer ci-après les avantages et les désavantages de chaque style d’exercice, tels qu’ils m’apparaissent aujourd’hui, avec le recul : la vison de la dégustation idéale, selon moi, puis toujours selon moi, une autre vision, plus cauchemardesque celle-là. Je vous ferais grâce d’une seule circonstance de dégustation, celle que je pratique chez moi, en privé. Non parce qu’elle manque d’intérêt, mais parce qu’elle se raréfie et que le texte que vous allez lire est déjà très long, très long, trop long.

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Mini verticale de Pibarnon avec Éric ? Ça ne se refuse pas…Photo©MichelSmith

-La dégustation pro, à l’aveugle.

Il s’agit-là presque toujours d’un exercice effectué à l’emporte-pièce où les bouteilles sont cachées grâce à une sorte de robe qui les habille. Cela se fait le plus souvent à la va-vite, dans un cadre solennel soit trop aseptisé (salle dite « de dégustation »), soit trop feutrée (salon d’un grand hôtel parisien, salle de réception d’un château dit «bordelais»), soit brouillon avec nappe en papier déchirée et crachoirs dégoulinants.

L’idéal : Peu de gens, des dégustateurs complices acceptant une règle de retenue, voire de silence dans une salle neutre, peu chauffée mais lumineuse avec des sièges confortables pour s’assoir et prendre des notes, un service bien organisé par des jeunes d’une école hôtelière qui annoncent à chaque fois le numéro de la bouteille. Je n’oublie pas un crachoir par personne régulièrement vidé, plusieurs verres larges, plusieurs serviettes en papier, une bouteille d’eau fraîche mais non glacée, vins servis à température cave (13°) qu’ils soient blancs, rouges ou rosés. Espace suffisant entre chaque siège pour éviter les conversations et remarques intempestives, portables éteints, interdiction de sortir pour aller fumer, déplacement autorisé uniquement pour aller pisser.

Le cauchemar : Mecs et nanas bruyants, malpolis, puant le parfum low cost et la cigarette, causant sans retenue de leurs exploits bachiques passés. Horaires libres où les dégustateurs vont et viennent à leur guise déréglant au passage l’ordre de présentation des flacons. Vins blancs et rosés baignant dans la glace, rouges trop chauds. Manque de serviettes. Pas assez de crachoirs ou crachoirs trop pleins non vidés. Biscuits au fromage ou pain croustillant circulant en pleine dégustation… Stop !

Vous prendrez bien une ligne de Languedoc ? Photo©MichelSmith

Vous prendrez bien une ligne de Languedoc ? Photo©MichelSmith

-La dégustation chez le vigneron.

Le gars est prévenu de votre visite. Parfois, il y est sensible. Soit il vous attend et a tout préparé, soit il n’a rien prévu. Il ne sait par où commencer et il tremble probablement à l’idée de se retrouver face à un nez critique. Il se peut même qu’en faisant marcher son imagination, il vous croit plus sévère qu’un Bettane, plus yankee qu’un Parker, plus catégorique qu’un Cobbold, plus libre qu’un Lalau, plus tactile qu’un Vanhellemont, aussi expéditif qu’un acheteur de la GD, ou presque aussi important qu’un monsieur ou une dame de la télé. Il se peut aussi qu’en confidences, certains de se confrères lui aient dit que vous étiez imbuvable, un incorrigible bobo, d’extrême gauche de surcroît. Mais il sait aussi être confiant, voire s’en foutre comme de l’an quarante, feindre l’indifférence. Malin, il aimera peut-être vous jauger en se disant, après un temps de conversation, qu’il pourra tirer quelque chose d’une rencontre intelligente, qu’il saura écouter et prendre note de vos observations. Il peut aussi estimer qu’il serait bien plus heureux à labourer sa vigne sur son tracteur…

L’idéal : Mieux que quelque chose longuement préparée à l’avance (cette possibilité reste toutefois acceptable si l’on est chez un érudit qui impose sa manière à lui de présenter ses vins), la dégustation, au mieux, devrait pouvoir s’improviser en fonction de vos centres d’intérêts réels : les vins les moins chers, pas d’échantillons de cuve, les blancs uniquement, que les IGP, toute la gamme, etc. Une telle dégustation doit se monter de préférence après la visite de la cave. Vous demanderez, par exemple, de goûter le maximum de la production en commençant par le vin le moins cher, ce que je fais souvent moi-même. Il faut savoir se montrer directif, mais être souple aussi, ouvert, curieux, opportuniste (« Tiens, j’ai vu que vous avez une petite cuve de Counoise dans ce coin, je peux goûter ? C’est tellement rare… »), ne pas refuser l’offre d’aller à la rencontre d’un vieux millésime, profiter de l’immédiateté, de l’occasion.

Le cauchemar : Savoir demander à son interlocuteur de ne pas parler à tout bout de champ au moment de la dégustation, de ne pas révéler trop vite l’assemblage, de ne pas dévoiler les subtilités de l’élevage, c’est faire preuve d’ouverture. En étant sur le mode "curieux", vous rendez service à vous même ainsi qu’à votre interlocuteur. Un autre aspect négatif, c’est quand les bouteilles sont glacées. Proposer gentiment de remplacer celles sorties du frigo par d’autres prises à la réserve, à température cave. Lorsque le vigneron pense qu’il a tout son temps, lui offrir de l’aider à déboucher les bouteilles afin d’éviter trop d’attente ce qui favorise la perte de concentration. Cela ne peut qu’être utile plutôt que de perdre 20 minutes entre chaque vin avec des explications vaseuses, genre "cette année-là on a trié à mort. Vous vous rendez compte, on a près de 5 hl en moins par hectare !". Qui sait encore, le vigneron est aussi capable de se la péter (je suis le meilleur, les autres ce sont des brigands) et tenter de vous baratiner par la même occasion. Il saura aussi construire tout un mythe autour de ses vins. Il sait que ça marche parfois. Alors, il faut rester sur ses gardes et montrer qu’à vous, on ne la fait pas. Un lieu à éviter : la dégustation dans le salon sur des nappes blanches au coin du feu. Odeurs garanties dans vos verres et vos narines de bûches en chaleur et de cire…

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

-La dégustation dans les foires et salons.

Ce n’est pas la plus facile, car cela relève souvent de la véritable foire d’empoigne. Vous allez dire que je suis obsédé par les odeurs… Ben oui, quoi, entre les parfums de saucissons et la sueur des visiteurs, entre le brouhaha qui vous oblige à hurler vos questions et les vins trop chauds ou trop froids que l’on vous tend, il faut savoir jongler, passer du beau au moins beau. Moi, j’y vais surtout comme si j’allais à la pêche, en essayant de rencontrer des gens que je ne connais pas. D’’illustres anonymes qui un jour, peut-être, deviendront célèbres. Des gueules aussi, de l’humain. Et puis je dis bonjour aux amis vignerons qui me font taster leurs nouveautés. Je prends des notes, furtivement parfois, mais malgré tout, qu’est-ce que je me régale !

Cécile, la prima donna  de Vacqueyras... Photo©MichelSmith

Cécile, la prima donna de Vacqueyras… Photo©MichelSmith

L’idéal : Tôt le matin, lorsque le vigneron et son épouse sont encore bien frais et qu’ils ont pris le temps de s’installer après le café, c’est le moment qu’il faut saisir avant que le foule, entre onze heures et midi, ne commence à déferler dans les travées de plus en plus encombrées. Le truc, c’est de prendre rendez-vous le soir pour le lendemain en demandant de goûter « le maximum de vins à température salon du matin » ou à température « coffre de la voiture », ce qui revient à dire frais. Si on s’y prend bien, on sera capable d’organiser comme cela 2 ou 3 dégustations mémorables comme celles chez les frères Perrin (Beaucastel et autres) ou chez Christopher Cannan (Europvin) lors de Vinexpo avec qui j’ai pu goûter d’extraordinaires séries de vins de Jerez, par exemple. Autres souvenirs du même ordre, au stand de Jean-Dominique et Jean-Laurent Vacheron à Millésime Bio, chez Chapoutier à Vinisud, chez Bernard Baudry ou chez Huet au Salon des Vins de Loire, parmi d’autres belles signatures. Non seulement, on a le loisir de piocher dans de grands vins, mais on a souvent des personnages hors du commun comme interlocuteurs privilégiés.

Le cauchemar : Je hais les annonces répétitives et criardes par haut-parleur. Cela m’énerve et me déconcentre. Je fuis systématiquement les stands trop bondés car je ne me sens pas battre du coude pour une lichette de blanc. Je refuse d’attendre plus de 5 minutes que le patron de la maison de négoce à qui j’ai demandé une dégustation spécifique puisse être disponible et se mette à l’organiser en catastrophe. Envoyer promener gentiment les discours des commerciaux. Ne pas se surcharger en dossiers de presse qui rendent les sacs trop lourds. Et les verres… Quelle hantise ! Guère propres et le plus souvent mal adaptés, je préfère prendre le mien et tant pis si (très rarement) je le casse. Malheur si j’oublie mon verre ! Lors du dernier Vinisud, le verre Sud de France était parfait pour déguster, sauf qu’on n’avait pas le droit de sortir du stand avec. Idem au Salon d’Angers avec les verres Saumur-Champigny.

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C’est aussi parfois gênant de déguster en compagnie d’un homme ayant une trop forte personnalité… Photo©MichelSmith

À ce stade, vous seriez en droit de me demander comment j’opère maintenant ? Simple, je prends mon temps. Dans n’importe quelles circonstances. Lorsque je constate que la dégustation va être un simulacre ponctué de «Ah, bonjour… Alors, comment ça va ?», alors je goûte à la va vite à la recherche d’un simple bon vin de compagnie, d’un souvenir fugace. Ou j’opère une tentative d’isolement dans ma bulle. Mais quoi qu’il arrive, plutôt que de faire le marathon des tables, je prends sur moi et laisse passer l’orage. Quand je vois mes confrères, des blogueurs ou des cavistes débarquer en bande dans ma région pour visiter quatre propriétés en une journée en plus d’un déjeuner et d’un dîner forcément bien arrosés, j’émets des réserves non seulement sur leurs aptitudes à bien juger, mais aussi sur l’intelligence de l’organisme qui se dit professionnel et qui a conseillé ou manigancé ce déplacement. J’ai des réserves aussi lors des manifestations mondaines à Paris quand je les vois se ruer vers les vignerons les plus chéris par la critique. Certes, un crack taster pourra sortir du lot quelques flacons de haute tenue, mais combien de vins qui demandent du temps, de la concentration et méritent réflexion passeront au travers des mailles de son filet? Entre deux consultations de son smart phone, entre deux snap shots envoyés sur Facebook ou Twitter, entre deux cigarettes fumées à la va-vite à l’extérieur, combien de grands vins, plus fins, plus subtiles, plus sages, plus discrets, plus retenus, seront incapables de faire le voyage vers leur pensée, vers leur cerveau ?

C’est bien pour ça que, de temps en temps, lorsque je goûte un vin médiocre, voire une icône que je trouve sans intérêt, oui c’est bien pour cela que je ferme ma gueule. Enfin, pas toujours… Allez, on passe au suivant ?

Michel Smith

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