Les 5 du Vin

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Muscadet : un trésor caché ? (1/2)

Je vais publier cet article, qui concerne essentiellement la capacité de vieillir des vins de Muscadet, en deux parties à une semaine d’intervalle. En voici la première, avec un compte-rendu de dégustation qui concerne les Muscadets vieillis mais sans mention communale. Cette sélection comporte 15 vins sur les 33 échantillons dégustés. La semaine prochaine, vous aurez droit aux vins avec mention communale et à ma sélection de 15 vins sur les 24 échantillons dégustés, ainsi qu’à quelques remarques en guise de conclusion.

muscadet-bregeon-5Est-ce que le Muscadet est toujours un vin pâle, simple et assez vif ? Parfois oui, mais parfois les choses sont bien plus complexes, comme je l’ai découvert, et pas pour la première fois, lors de cette dégustation.

Il y a deux réactions possibles quand on suggère, en compagnie, de commander une bouteille de Muscadet à table. La première est un regard d’injurié qui tente de cacher l’insulte par un masque d’étonnement ; la deuxième est un œil approbateur, mêlé d’une pointe d’admiration et, parfois, d’un brin de méfiance. Les deux types de réactions, avec des nuances en ce qui concerne le second, nécessitent qualifications et explications.

La première réaction «type» est celle d’un amateur lambda, qui se méfie encore du Muscadet, ou, au mieux, ne le conçoit que dans le registre très mineur de vin pour rincer des fruits de mer. La faute à un passé, pas trop éloigné, rempli de flots de vins médiocres, produits avec des rendements déraisonnables et copieusement soufrés. La deuxième pourrait être celle d’un professionnel du vin, convaincu par la qualité remarquable des meilleurs vins de Muscadet mais conscient que cette qualité dépend, surtout, du producteur et de son approche.

Carte-des-rgions-viticoles-du-Pays-nantais-et-de-Vendee-C-M.CRIVELLAROPour bien situer la géographie et l’influence océanique, un peu de recul peut être utile

 Les causes de cette désaffection, pour ce qui a longtemps été une des appellations françaises de blancs secs les plus en vogue, ont déjà été mentionnées. Mais la mécanique du renouveau dans la qualité des meilleurs vins de cette région nantaise, donc océanique, méritent qu’on s’y attarde un peu. Comme toujours, le point de départ, et qui reste la pierre angulaire, a été la volonté et le talent de quelques producteurs opiniâtres. Ceux-là continuent à mener le bal. Mais la prise de conscience du potentiel du cépage melon de bourgogne (un nom curieux et un peu malheureux qui fait partie des petits handicaps de l’appellation) est devenue plus large. Après tout, cette variété est un cousin du chardonnay car les deux ont pour co-géniteur le gouais blanc, parfois connu sous l’intitulé de «Casanova des vignes».

Après une vague de modernistes qui ont tenté de lui donner des lettres de noblesse avec des élevages sous bois, d’autres, peut-être plus sages, ont insisté sur ses capacités de vieillissement en bouteille ou bien en cuve enterrée et vitrifiée. Ce sont ces vins-là que j’ai voulu tester lors d’une récente dégustation près de Nantes, organisée pour moi par Interloire, et qui a réuni près de 60 échantillons. Le vin le plus jeune de cette série provenait du millésime 2005, et le plus ancien de 1982. Et la fourchette des prix, du moins pour les vins encore à la vente, allait de 6 à 50 euros : ce dernier prix, excessif à mon avis, étant exceptionnel dans une série dont la valeur moyenne tournait autour de 15 euros pour des flacons ayant une bonne dizaine d’années de mûrissement derrière eux. Et, vu le niveau des meilleurs vins que j’ai dégustés, il serait très difficile d’égaler leur rapport qualité/prix dans ce pays.

carte MusadetLes sous-régions du Muscadet existait déjà. Maintenant arrivent les appellation communales : Clisson, Gorges et Le Pallet. D’autres attendent leur heure. Cela ne va pas simplifier la donne pour le consommateur, mais c’est probablement une solution pour tirer une partie de l’appellation vers le haut. L’influence géographique de l’eau, et pas uniquement de l’océan, est assez évidente sur cette carte.

La dégustation s’est ordonnée en deux séries de vins. D’abord les Muscadet-sur-Lie sans appellation communale, ensuite les Muscadet-sur-Lie avec appellation communale, que celle-ci soit actuelle ou en cours de confirmation par les instances, de plus en plus centralisées, qui gouvernent ce genre de chose. Les vins du premier groupe étant globalement plus âgés que ceux du deuxième car la mise en place des ces communes désignées, opération clé dans l’image nouvelle que Muscadet souhaite projeter, est relativement récente.

Les Muscadet-sur-Lie sans désignation communale

Les vins notés sont mes préférés parmi les échantillons présentés. Tous les vins étaient servis en semi-aveugle, car je ne connaissais que leurs millésimes. Les écarts de prix entre vins d’un niveau équivalents m’ont semblé assez importants. Outre le positionnement prix très ambitieux d’une des cuvées, je pense que ces écarts reflètent surtout la renommé des producteurs et leur réussite commerciale. Mais je dirais aussi que les vins les moins chers parmi ma sélection méritent clairement d’être vendus à des prix un peu plus élevés. L’ordre des notes suit celui de mes préférences, puis l’ordre alphabétique dans chaque série ayant la même note.

Domaine de la Landelle, l’Astrée 1999 (15,5/20)

Ce vin était servi en magnum.

Un très beau nez, aussi fin qu’expressif. Belle complexité de saveurs qui combinent finesse et une certaine puissance avec une belle acidité intégrée qui assure une finale fine et salivante (28 euros, pour le magnum)

 

Michel Luneau, Vins de Mouzillon 2005 (15/20)

Le nez semble plus discret que la plupart, mais aussi plus fin. J’aime bien sa pointe d’amertume qui rend plus précise la sensation de ses belles saveurs. Un ensemble long, salivant et très fin, encore plus remarquable vu son prix très modeste. (6 euros)

 

Pierre Luneau Papin, L d’Or 1999 (15/20)

Une première bouteille fut bouchonnée. La deuxième était splendide : joli nez floral. Beaucoup de gourmandise en bouche avec de belles saveurs fruitées. C’est frais, long et parfaitement harmonieux avec un équilibre idéal. (plus à la vente)

 

Louis Métaireau, Grand Mouton, One 2005 (14,5/20)

Le nez est fin mais assez puissant, dans un registre un peu herbacé. Tendre à l’attaque, le vin à ensuite une bonne tenue ferme, une acidité moyenne, un bon équilibre et longueur. Le prix me semble assez délirant cependant, à entre deux et six fois le niveau de ses concurrents proches en qualité (36 euros).

 

Domaine Landron, Le Fief du Breil 2000 (14,5/20)

La première bouteille était oxydée (bouchon poreux, probablement). La deuxième étalait une belle richesse s’arômes et de saveurs, avec beaucoup de matière et une texture fine. Bonne longueur et une acidité pour soutenir cet ensemble (25 euros)

 

Château de la Pingossière 1990 (14,5/20)

Le nez est simple et un peu fermé. Bien équilibré en bouche, assez puissant mais avec une bonne fraîcheur et une très bonne longueur (n’est plus en vente).

 

Domaine de la Poitevinière 2005 (14,5/20)

La première bouteille était bouchonnée. La deuxième avait une robe jaune paille, donc très prononcé pour un muscadet de cet âge. Le nez semble aussi assez évolué, avec des arômes qui me rappellent des vieux sauvignons. Bien arrondi en bouche aussi, avec des saveurs exotiques mais très agréables et complexes. Encore un vin vendu à un prix très faible (5,80 euros)

 

Château de l’Aulnaye 2003 (14/20)

Un très beau nez, aussi riche que fin. Bonne équilibre entre vivacité de la matière et finesse de texture (9,5 euros)

 

Château de la Bourdinière 1990 (14/20)

Bonne intensité au nez. Un peu d’amertume en bouche mais les saveurs sont larges et assez longues, ce qui lui donne une belle complexité. Un peu cher peut-être (27 euros).

 

Bruno Cormerais, Vieilles Vignes 1989 (14/20)

Ce producteur, qui a aussi présenté un 1982 d’une jeunesse étonnante, a fait ici un vin au nez floral expressif et à l’acidité bien présente qui lui donne un bon équilibre, même si les saveurs manquent un peu de précision (plus à la vente).

 

Domaine de la Landelle, Les Blanches 1998 (14/20)

Le nez est vif, même un peu vert. Ses belles saveurs et sa vivacité prononcée indiquent qu’il pourra encore tenir longtemps (12 euros)

 

Domaine Landron, Le Fief du Breil 2005 (14/20)

Nez vif, aux arômes qui rappellent le genet. C’est précis dans la définition des saveurs et assez long (18 euros)

 

Pierre Luneau Papin, L d’Or 2005 (14/20)

Un beau nez, riche et complexe. Une très bonne largeur dans les saveurs et un parfait équilibre, malgré une pointe de sècheresse en finale (18 euros)

 

Louis Métaireau, Grand Mouton, Premier Jour 1989 (14/20)

Au premier nez, présence de soufre et une sensation de réduction. Le vin se révèle en bouche avec une sensation saline marquée. Semble étonnamment jeune malgré ses 25 ans. Mais deux euros par année passée est un tarif bien trop élevé pour ce vin ! (52 euros)

 

Domaine de la Perrière, Olivier de Clisson 2005 (14/20)

Le nez assez herbacé me donne une impression de réduction au début. L’attaque est tendre, mais est suivie d’une impression vivace, avec des saveurs très nettes (7 euros)

 

 David Cobbold


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Toscana quattro : altri buoni vini e buoni indirizzi…

Ne croyez pas que je cherche un tant soit peu à  me justifier, mais cette longue série, peut-être pénible pour certains, de quatre articles sur la Toscane, à la recherche du Sangiovese, touche à sa fin. Certes, j’aurais pu aller plus loin, vous en mettre encore plein la vue, en raconter beaucoup plus, être plus exhaustif, plus savant, rassembler des écrits antérieurs, mais à quoi bon… Vous l’avez remarqué, je reste un journaliste besogneux, désordonné, manquant de style, de méthode et de syntaxe. L’Italie, ma grande sœur, la Toscane en particulier, y est pour quelque chose : ce trait d’union béni entre le Nord et le Sud est parfait pour étancher mes soifs de vins et de curiosités dans la nonchalance la plus totale. Une fois de plus, bien qu’accompagné d’amis délicieux – je les remercie encore -, ce fut pour moi un parfait voyage en solitaire. Une dernière fois, je vais tenter de vous propulser là-bas en vous proposant quelques pistes… en trois étapes. Notez, cela me paraît important…

Firenze. Photo©MichelSmith

Firenze. Photo©MichelSmith

Tout d’abord, en guise d’antipasti, pour ceux qui me suivent depuis le début sans broncher, voici d’autres vins de Sangiovese goûtés lors de nos belles tablées…

-Castell’in VillaChianti Classico 2009 – Un pur Sangiovese un peu évolué au nez, sur les fruits cuits en bouche (prune, cerise), facile et prêt à boire (21 €).

-San Giusto a RentennanoChianti Classico Riserva La Baroncole 2009 – Robe très foncée, nez assez boisé pour ce Sangiovese agrémenté d’un très faible pourcentage de Canaiolo. A près plus de 16 mois en barriques de chêne Français Il me paraît encore un peu austère et peut attendre plus de deux ans au moins.

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Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

-Caparsa, Chianti Classico Riserva Caparsino 2009 – L’inverse du précédent, soit un rouge non filtré, tendre, frais, subtil, au joli fondu conduisant à une finale en douceur (autour de 20 €)… On le boirait sans retenue sur de l’agneau. Voir également les commentaires du premier article lors d’une précédente visite en Toscane.

-Campi Nuovi, Montecucco Sangiovese 2011 – Une belle pièce de 7 ha en biodynamie (affiliée à Renaissance des Appellations) et en relative altitude à 20 km au sud de Montalcino avec fermentations (levures indigènes) puis élevage d’un an en foudre de chênes de 70 hl. On a un vin chaleureux, rond, puissant, prenant (14,5° affichés), qui ne manque pas non plus de vivacité. L’attendre encore un peu et prévoir un lièvre.

-Il Paradiso di Manfredi, Rosso di Montalcino 2010Florio Guerini continue d’émerveiller son monde avec un Sangiovese de toute beauté, sans aucun excès de lourdeur. Notes de fenouil et de pinède au nez, une sérieuse densité en bouche qui n’empêche ni le fruit ni la fraîcheur de s’exprimer avec des touches de goudron de bois et une belle persistance. Une saveur toute particulière et un domaine à ne pas oublier si j’en juge par ce beau papier que lui a consacré Patrick Böttcher dans son blog Vins Libres.OLYMPUS DIGITAL CAMERA

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-PietrosoRosso di Montalcino 2012- Que du Sangiovese vendangé à la main généralement début octobre sur la propriété sise en bordure de Montalcino. Fermentations en cuves inox (levures indigènes), élevage en cave souterraine (foudres et demi-muids) sur une année, c’est un vin souple, non filtré, un peu simple au départ, mais qui s’avère assez tannique pour affronter une viande saignante.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA-Pian dell’Orino, Rosso di Montalcino 2011 – Voisine directe de celle des Biondi Santi, la propriété compte 4 vignes de Sangiovese Grosso totalisant 6 ha cultivés en bio. Notes de fraise confite, de l’épaisseur et de la puissance (14,5°), il y a de l’élégance et de la longueur en bouche en dépit d’une certaine lourdeur. Il faudrait l’attendre, laisser le vin se « fondre » un peu plus…OLYMPUS DIGITAL CAMERA

-San PolinoBrunello di Montalcino 2008 – Belle, mais minuscule propriété (2,5 ha) en biodynamie (Luigi Fabbro adhère à Renaissance des Appellations) dédiée au Sangiovese avec pas mal de vieux millésimes en stock. Vinifié en foudres (Slovénie) et barriques, c’est la finesse qui l’emporte au nez comme en bouche. Souple, l’alcool se fait moins ressentir, mais le vin s’ouvre tout de même sur une densité assez massive ponctuée de tannins élégants. Lui offrir une belle viande.

Photo©MichelSmith

En allant chez Biondi Santi… Photo©MichelSmith

Ensuite, histoire de ne pas mourir idiot, quelques remarques intéressantes et utiles faîtes par mes Lecteurs épris de Sangiovese. Notez-les sur votre feuille de route pour un prochain voyage car, en matière de Sangiovese, ils en connaissent un rayon !

-D’Antonella, sur Facebook :

Pour le Sanviogese, que nous adorons tout comme vous, son absence de la Costa Toscana s’explique par son inadaptation au climat côtier, fort différent de celui le Toscane intérieure. Leonardo Salustri – vous avez goûté ces vins (voir ici) – est un spécialiste reconnu de ce cépage et a collaboré avec l’université de Sienne pour des études sur le Sangiovese. Il définit les conditions qu’il faut pour faire un bon Sangiovese : une distance minimale de la mer car le cépage n’aime pas l’air salin, un terrain bien drainé (en pente donc), une belle amplitude de température jour/nuit (ici un minimum d’altitude et plutôt loin de la mer).

‪Où nous sommes – je schématise – le Sangiovese brûle avant de mûrir et il reste alors deux solutions: soit en faire un vin très simple, soit l’assembler. En particulier à Bolgheri, il n’y a pas de conditions favorables à ce cépage. Le Macchiole, qui ont testé au moins une trentaine de cépages, vous le diront bien : les seuls exemples intéressants sont sur des terrains en altitude (250 m) protégés de l’air marin et bien drainés. Vous pourriez goûter une prochaine fois ceux de I Mandorli à Suvereto en haut d’une colline qu’on nomme « il Belvedere », de Fuori Mondo à Campiglia Maritima, là aussi en altitude, où celui de l’Azienda Caiarossa à Riparbella. Il se trouve que les 3 domaines sont biodynamiques. C’est un français qui vinifie à Caiarossa, Dominique Génot ; un belge Paul Morandini Olivier qui est propriétaire de Fuori Mondo et un vrai italien (quand même!), Massimo Pasquetti, qui conduit I Mandorli.

J’ajoute qu’une visite s’impose absolument pour approfondir votre connaissance du Sangiovese chez Salustri, là aussi domaine biologique, qui en outre de faire des superbes Sangiovese (4 vins différents), fait une huile d’olive (primée par Slow Food) et de la charcuterie de Cinta Senese bio absolument divine!

Photo©MichelSmith

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-De Paul Morandini Olivier (cité quelques lignes plus haut) sur Facebook :

J’ai l’impression que l’encépagement de Sangiovese à Bolgheri ne dépasserait pas les 10 %… Mais c’est la morphologie même du Sangiovese qui en fait un cépage compliqué à cultiver… L’air chaud et humide de la mer ne lui permet pas d’arriver aux bonnes maturités en général. Des sols pauvres, à une certaine altitude et protégé de ce vent humide sont indispensables pour magnifier ce cépage roi ici en Toscane

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-De Nicolas, ces précisions sur notre blog, puis par mail :

Pour ce qui est de la Maremma vous êtes un peu dur, car il y a plusieurs appellations qui favorisent le Sangiovese, comme la nouvelle appellation Montecucco Sangiovese DOCG (qui a été initiée par Salustri et qui n’existait pas encore en 2008 d’où la DOC seulement) et aussi Morellino di Scansano, qui n’est ni plus ni moins que l’équivalent du Chianti plus au nord, avec un minimum de 85% de Sangiovese obligatoire. Et il existe beaucoup de Morellino di Scansano et quelques-uns d’admirables, dont le domaine Villa Patrizia qui produit un Riserva pur Sangiovese nommé Valentane de toute beauté.

Pour revenir à Salustri, dommage que vous n’ayez pas dégusté le Grotte Rosse 2010 car il est remarquable de puissance et avec beaucoup plus de fraîcheur que le 2008. Ce domaine fait face à Montalcino (à l’époque ils livraient le raisin pour les Brunello…), dans un endroit sauvage mais magique, à deux pas de Colle Massari, un domaine en vogue et à qui ils ont mis les pieds à l’étrier. Leurs Sangiovese possède une expression tout à fait originale grâce à une situation particulièrement avantageuse, sur une colline fortement ventée.

Je ne suis guère surpris, malgré que nous soyons d’une génération d’écart, que le Sangiovese nous fascine tant. Quel cépage grandiose ! Malheureusement souvent sous estimé, mais en même temps ça ne fait qu’accroître le désir de le découvrir !  Moins surpris que vous ayez trouvé un certain nombre de Chianti Classico en pur Sangiovese. Certes, vous n’avez pas rencontré Roberto Bianchi de Val delle Corti et son incroyable Chianti, plus précisément sa Riserva, probablement un des plus beaux à l’heure actuelle, et produit que les années qui le méritent. Mais je vous assure que l’on trouve une multitude de purs Sangiovese de qualité dans toute la Toscane, et à des prix plus doux que dans le Classico ! Comme je vous l’ai précisé en commentaire, il y a deux appellations qui méritent de s’y attarder : Montecucco Sangiovese et Morellino di Scansano. Sans parler de toutes les autres appellations Chianti. Voici les producteurs de 100 % Sangiovese que je vous recommande vivement et ailleurs qu’en Chianti :

-Salustri : goûtez le reste de la gamme, c’est magnifique ! Marco est un vigneron talentueux, réfléchi et inquiet comme les meilleurs. Son Grotte Rosse 2010 est un des plus grands Sangiovese qu’il m’ait été permis de goûter, même s’il est encore si jeune… Il faudra s’accrocher pour trouver un Brunello de ce niveau sur ce millésime.

-Podere Il Poggio : un autre Montecucco, réalisé par Silvia Spinelli, une vigneronne d’une rare et intelligente humilité, et qui est d’une finesse exemplaire; à tester aussi son 100% Pugnitello, un vieux cépage remis au goût du jour

-Villa Patrizia : un merveilleux domaine familial en bio, avec un Montecucco nommé Istrico avec un rapport qualité-prix exemplaire et le Valentane, un Morellino di Scansano pur, puissant, juste!

-Montemercurio : un très prometteur domaine sur l’appellation Nobile di Montepulciano, avec son Messagero élevé 2 ans en foudre puis une année en bouteille comme le consortium l’exige, un vin à la fois fin et très puissant, mais d’une puissance intrinsèque et non fabriquée.

Et il y en a tant d’autres! Cependant il faut dissocier les producteurs qui assemblent leur Sangiovese avec du Merlot. Ils dénaturent le Sangiovese et les éloignent de ceux qui l’assemblent avec du Canaiolo ou du Ciliegiolo, des cépages qui l’épousent. D’ailleurs le Ciliegiolo, un des deux parents naturels du Sangiovese, est de plus en plus travaillé « in purezza », et peut offrir des résultats étonants, comme ceux du fascinant domaine de Sassotondo, près de Pitigliano.

Pour compléter, il faudrait aussi lire un ouvrage de référence et très esthétique et voir les vidéos qui vont avec.

 

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Merci donc à ces lecteurs amoureux comme moi de la Toscane. Pour conclure, je vous livre quelques bonnes adresses qui sont autant de coups de cœur, parfois un peu clichés il est vrai, passés ou présents.

-Pour vous loger, n’oubliez pas de chercher sur la toile les chambres d’hôtes à la ferme classées en Italie sous la rubrique agriturismo. Il y en a un peu partout, chez les vignerons ou oléiculteurs surtout, à l’instar de Poggetto Masino, du côté de Suvereto où chaque chambre décorée avec goût bénéficie de sa treille et de sa terrasse.

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-Pour boire un coup, discuter et croquer quelques spécialités faîtes sur le vif, Florence dispose d’un remarquable bar à vins (avec terrasse) à deux pas du Ponte Vecchio, Le Volpi e l’Uva, où le Sangiovese et d’autres cépages comme le Carignan sont à l’honneur servis au verre ou à la bouteille en toute convivialité !

-Pour manger au bord de l’eau, non loin de Bolgheri, ne pas manquer la visite chez Luciano Zazzeri, dans sa désormais mythique Pineta, sorte de luxueuse baracca posée sur la plage au large de Marina di Bibbona, sur la côte Etrusque. Depuis des années on y goûte les meilleurs produits de la pêche locale sans savoir exactement ce que le patron aura de nouveau à proposer ce jour-là. J’ai le lointain souvenir de tagliatelle au corail d’oursins et de galinette (rien à voir avec la poule du même nom, car c’est un poisson) aux tomates concassées. Côté vins, la carte de Champagne est quasi unique, celle des Toscans aussi avec, pour chaque référence, la proportion de Sangiovese (ou autre cépage) indiquée. L’endroit est devenu un peu chic et cher, mais en faisant attention on peut passer un moment inoubliable.

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-Pour une cuisine toscane mer et montagne, essayez Il Frantoio à Montescudaio, village situé à 10 km de Cecina : carpaccio de poulpe, spaghetti à l’encre de seiche, lapin farci, tripes, artichauts frits… Belle carte des vins. On peut aussi se restaurer agréablement au restaurant de Castello di Ama où l’huile et les vins du domaine sont mis à contribution.

-Encore plus perdu, simple, économique et chaleureux ? Allez donc vous percher dans la salle de la trattoria Da Nada  entre Sienne et Grossetto pour une cuisine familiale faîte avec amour et servie avec gentillesse dans l’étonnant village rocheux de Roccatederihi !

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-Pour les carnivores, à Panzano in Chianti, cet amusant et très populaire restaurant de viandes (bœuf surtout) où l’on mange à la bonne franquette face au show du patron, à condition de ne pas oublier sa bouteille de vin (on en vend partout dans le village) car celui qui vous est servi en pichet n’est vraiment pas génial. Les touristes adorent…

-Pour les inconditionnels de la charcuterie, il faut parcourir dans la cohue touristique l’incroyable magasin de la maison Falorni à Greve in Chianti où l’on peut aussi profiter sous les arcades d’un petit bistro à vins et goûter quelques produits de la maison posés sur des planchettes.

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-Pour les amateurs d’huile d’olive, je recommande le moulin du domaine Il Cavallino à Bibbona en Toscane maritime. Dirigée par Romina Salvadori, l’azienda produit une des huiles délicatement fruitée les plus réputées de Toscane que j’achète pour ma part en bidon de 5 litres à un prix beaucoup plus intéressant que celui pratiqué dans les grandes propriétés viticoles.  Se dépêcher, car la récolte 2014 n’a pas été généreuse en quantité !

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-Pour un confortable dîner bourgeois en ville, en plein cœur de Sienne, je vous recommande cette sorte de brasserie de bon goût, l’Osteria le Logge, à la cuisine traditionnelle teintée de modernisme et à la cave bien fournie en Sangiovese. Service jeune, enthousiaste, attentionné. Réserver de préférence dans la grande salle du rez-de-chaussée, une ancienne pharmacie, où les fioles et vases d’apothicaires sont remplacés par de grandes bouteilles de vins.

Photo©MichelSmith

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Buon viaggio !

Michel Smith

 

 


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Toscana due : le Sangiovese dans tous ses états.

Second volet de mon expédition en Toscane cet automne. Aujourd’hui, nous allons pénétrer plus en profondeur le cœur du Chianti Classico. Pour ceux d’entre vous qui prendraient le train en marche, je vous recommande la lecture de mon article de Jeudi dernier afin de bien comprendre l’essentiel de ma démarche et de celle de mes camarades. Ce voyage ne pouvait se faire et être utile que si nous acceptions de nous concentrer en priorité sur le grand cépage local qu’est le Sangiovese. Pour vous donc, je vais ouvrir mon carnet de bord en commençant par quelques unes de nos visites. Je vous préviens, je reviendrai la semaine prochaine, avec un épisode plus maritime…

Sienne... Photo©MichelSmith

Sienne… Photo©MichelSmith

Il Borghetto

Les bouteilles sont bourguignonnes – les seules à ma connaissance dans le Chianti – ce qui ne semble pas être du goût des pontes de l’appellation. En plus le bouchage se fait à l’aide de vis ! Résultat, bien qu’en plein territoire du Chianti Classico, Antonio Cavallini, secondé par l’œnologue Tim Manning, préfère se consacrer à l’IGP (Indicazione Geografica Protetta) Toscana après avoir longtemps tâté du Classico. Une trentaine d’hectares de bois, de vignes (grosse majorité de Sangiovese) et d’oliviers dans un somptueux cadre campagnard. Il y a aussi des chambres d’hôtes et la cuisine maison est réputée !

-IGP Toscana « Billacio » 2010 – Est-ce la bouteille ? Je ne suis pas le seul à lui trouver un style bourguignon. D’emblée, ce pur Sangiovese surprend par sa chaleur et son enthousiasme vite compensés par une belle fraîcheur teintée d’élégance. Copieux et volumineux, long aussi, il s’achève en douceur sur des notes de cassis très mûr (27 €).

-IGP Toscana « Clante » 2009 – Robe légèrement ambrée, le nez est d’une grande finesse. Un peu moins solaire que le précédant, il s’abandonne en bouche avec volupté sur des notes confites discrètement boisées (2 ans d’élevage en barriques).

Tim Manning dans l'oliveraie de Borghetto. Photo©MichelSmith

Tim Manning dans l’oliveraie de Borghetto. Photo©MichelSmith

Castello di Ama

Si ce n’était la présence de champs d’oliviers, le décor presque caussenard aux collines parsemées de petits chênes verts pourrait être celui du Quercy. On arrive au hameau d’Ama la faim au ventre car on nous a vanté un restaurant de charme (fermé le mardi) tenu par deux dames. Sans attendre le vin rosé (Sangiovese et Merlot), on se jette sur les crostini noyés par un flot d’huile d’olive nouvelle ! Le repas sera excellent et pas trop ruineux. Et il nous permettra de goûter les vins. Ici, la notion de cru n’est pas vaine puisque certaines parcelles embouteillées à part sont hautement regardées par la critique tant italienne qu’américaine. Légère entorse à notre règlement interne, le pur Sangiovese n’existe pas en ce domaine de 90 ha de vignes vendangées en caissettes de 12 kg et dirigé par l’œnologue Marco Pallanti très marqué par son passage à Bordeaux. Pas grave, puisque la plupart des cuvées, remarquablement vinifiées, sont présentées dans un beau registre de maturité. Elles accordent pour la plupart le minimum de 80 % au Sangiovese dans les assemblages de Classico. Voir aussi ma dégustation lors d’une précédente visite

-Chianti Classico Riserva 2009 – Un classique tout simple (10% de Merlot) et bien tourné que l’on boira de préférence frais et en entrée sur un pâté de grives, par exemple (33 €).

-Chianti Classico 2011 – Toujours 80 % de Sangiovese, 15 jours de macération et une année d’élevage en barriques, voilà un vin élégant, facile, équilibré et soyeux (85.000 bouteilles, 30 €).

-Chianti Classico 2010 Gran Selezione « San Lorenzo » – Premier millésime arborant cette nouvelle mention Gran Selezione, San Lorenzo (10% de Malvasia Nero et 10% de Merlot) est considéré comme le haut du panier des vignes du domaine sur lesquelles sont opérés un tri sévère. Complet, ferme, dense, matière élégante, joli fruit, c’est aussi le plus cher de la gamme (37 €).

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Riecine

Au flanc d’une colline entre Florence et Sienne, ce domaine de 35 ha n’en a pas fini d’étrenner sa cave-balcon (vue magnifique) ultra moderne construite toute en longueur en 2012 sur 750 m2. Aujourd’hui, Riecine est entre les mains d’un famille Russe qui a eut la bonne idée de garder dans ses murs le vinificateur Anglais (malgré son nom Irlandais) Sean O’Callagham, présent ici depuis plus de 12 ans après plusieurs années en Allemagne où il a obtenu son diplôme d’œnologie. Sean, qui fait office de directeur d’exploitation, a longtemps travaillé avec John Dunkley, lui aussi Britannique, l’ancien propriétaire des lieux. Les deux s’étaient donnés pour mission de tout faire pour que leur cépage chéri, le Sangiovese, produise les meilleurs vins possibles. Respect des sols, levures indigènes, pigeages à la main, cuves de petites tailles en ciment (Nomblot), inox et bois… rien n’est laissé au hasard.

-Chianti Classico 2012 – Pur Sangiovese, il rassemble un peu de toutes les vignes du domaine pour un vin léger, discrètement épicé, fruité pur, paraissant facile mais de belle texture, finale en apothéose et prêt à boire après un court passage en carafe (15 €). La version 2011 est plus vive, plus mordante et nécessite un temps de mise en carafe plus long. Les deux sont à boire sur un lapin rôti à la broche, par exemple, ou une pintade aux choux.

-IGP Toscana « La Goia » 2009 – À 95 % Sangiovese, après 2 ans d’élevage en barriques de 2 vin, plus un an d’affinage en bouteilles, ce vin qui se veut dans l’esprit d’un « super toscan » impressionne par son nez magnifique, sa densité profonde, sa puissance et ses notes de boisé épicé (10.000 bouteilles, 30 €). Dans la même trame, un 2006 se goûte divinement bien grâce à un surcroît de fraîcheur, d’amplitude et de longueur.

Photo©MichelSmith

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Fontodi

Il y a aussi de la Syrah dans cette propriété entre les mains de la famille Manetti depuis 1968, un nom connu dans la région pour ses fabriques traditionnelles de tuiles en terre cuite, spécialité qui les amène actuellement à faire des essais de vinification et d’élevage dans des cuves en terracotta. Une propriété proche de Panzano, forte de 130 ha dont 70 ha en vignes cultivée en agriculture biologique.

-Chianti Classico 2011 - Cent pour cent Sangiovese, élevé un an en barriques de chêne (Tronçais et Allier) le vin affiche une belle robe solide et un nez fin. Belle franchise en bouche, structure, densité et petits tannins rafraîchissants (170.000 bouteilles).

-Chianti Classico Riserva « Vigna del Sorbo » 2009Sangiovese à 95 % (le solde en Cabernet) élevé pour moitié en barriques neuves durant deux ans, le reste en barriques usagées, le vin présente un nez opulent et concentré (notes de café) sur une bouche assez boisée. Le 2010 et le 2011 bénéficient d’ores et déjà de la nouvelle mention Gran Selezione (30.000 bouteilles).

-IGT Colli Toscana Centrale « Flaccianello della Pieve » 2009 – Pur Sangiovese, la cuvée met en avant les plus beaux raisins du domaine avec un élevage de 2 ans en barriques neuves. Joli nez précis et fin, fruité (cerise) en bouche, épicé aussi, belle longueur (60.000 bouteilles). La version 2011 resplendit de fraîcheur et offre des notes toastées et chocolatées.

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Castello dei Rampolla

Non loin de Panzano, on retrouve une surprenante variété de vignes (Syrah, Pinot noir, Cabernet, Petit Verdot en plus du Sangiovese, presque toutes enherbées, plantées à 6.000 pieds à l’hectare) dans un ensemble de 130 ha, dont 32 ha en vignes sur des terres assez calcaires, à plus de 300 mètres d’altitude. Dans la famille di Napoli Rampolla depuis 1739, ce sont désormais Luca et Maurizia (frère et sœur) qui donnent une orientation biodynamique au domaine. Après avoir travaillé à Castello di Ama jusqu’en 2000, Marcus, un Allemand autodidacte dirige la cave et le vignoble avec brio et passion. La cuverie et la cave semi enterrée méritent une visite. Une cuvée vedette nommée « Sammarco » est cependant fortement marquée par le Cabernet Sauvignon.

-Chianti Classico 2012 – Un peu plus de 90% de Sangiovese dans cette cuvée d’un bon rapport qualité-prix. Complété par le merlot et le cabernet, voilà un beau vin, franc, direct, très propre et joliment frais (12 €).

-IGT Toscana 2010 – Dédié au seul Sangiovese, on a un vin souple et aimable assez représentatif d’une vison moderne du cépage, avec ce qu’il faut de matière et de tannins souples, sans oublier une bonne longueur en bouche (15 €).

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Monteraponi

Atteint comme beaucoup d’autres toscans par le virus de l’agriturismo, Mauricio Castelli a choisi de laisser les ateliers d’argenterie à d’autres membres de la famille, à Florence, pour mieux se retirer dans cette ferme-hameau achetée dans les années 70, posée à 600 m d’altitude et restaurée avec soins. De là il peut chasser la bécasse à sa guise sur ses 200 ha de terres (beaucoup de bois), tout en consacrant une partie de son temps à ses 10 ha de vignes, à ses 1.300 oliviers et à ses passions affichées pour la Bourgogne et le cigare. Ici, tout semble petit et traditionnel, l’équipement étant de taille humaine : la production ne dépasse guère 50.000 flacons, la culture est organique, la cave dispose de cuves ciment et de jolis foudres faits spécialement en Bourgogne. Quant à la vigne, elle est tellement précieuse que, pour se protéger des sangliers, elle est clôturée sur deux mètres de hauteur ! En dehors des rouges, on relève trois cuvées vedettes : un divin blanc de Trebbiano (vignes de 44 ans et seulement mille bouteilles) et un rosat issu d’une saignée sur Sangiovese de 40 ans et Merlot pour également un millier de bouteilles, sans oublier un Vin Santo 2005 discrètement rancioté  !

-Chianti Classico 2012Sangiovese, bien sûr (avec 5 % de Canaiolo), de jeunes vignes de différent clones, c’est un vin droit et bien sec, marqué par de jolies notes de fruits rouges boisés, très agréable à boire frais sur une terrine ou un petit gibier (15 €).

-Chianti Classico Riserva « Il Capitello » 2011 – Grosse majorité de Sangiovese (7 % Canaiolo et 3 % Colorino) à 420 mètres d’altitude, il s’agit là des plus vieilles vignes du domaine avec un élevage de 26 mois en foudres de bois français. Pas de filtration à l’embouteillage. Nez finement boisé, beaucoup de sève en bouche, magnifique structure, beaucoup de longueur et finale sur le fruit (cerise à l’eau-de-vie) mêlé aux tannins sobres et à la fraîcheur (33 €).

-Chianti Classico Riserva « Baron Ugo » 2010 – Le plus acclamé des vins de 2010, ce presque pur Sangiovese d’altitude (570 mètres, avec du Canaiolo et du Colorino sur un peu moins de 10 %) porte le nom d’un des premiers seigneurs du lieu. Il est élevé 36 mois en foudre de chêne (Allier et Slavonie) et mis en bouteilles sans filtration. On a de la finesse au nez, mais j’ai du mal à l’apprécier en bouche en dépit (ou à cause) d’une attaque vive et mordante. Il faudrait à mon avis le décanter deux heures avant le service (50 €).

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Isole e Olena

Débarqué en 1976 après avoir quitté le Piémont et ses vignes familiales, Paulo de Marchi s’est vite rendu compte que le schéma qu’on lui proposait ici – le Sangiovese associé aux cépages dits « internationaux » – n’était guère malin, qu’il manquait de finesse et d’authenticité. Songez que l’on pouvait même à l’époque l’associer à des raisins blancs ! C’est donc tout naturellement qu’il est devenu l’un des plus ardents défenseurs du cépage toscan largement représenté aujourd’hui dans sa propriété de près de 300 ha, dont 49 ha en vignes. Mais il n’a pas pour autant arraché sa Syrah (qui donne un vin fin, mais aussi dense et tannique), son Pinot Noir ou son Chardonnay, cépages récréatifs à ses yeux. Avec son épouse argentine, Marta, on sent que l’accueil au domaine fait partie des gènes : inlassablement, ils expliquent leurs vins et justifient leurs choix avec passion. Et ils ne quittent jamais les visiteurs sans un passage dans la maison dédiée au vin santo, là où le raisin sèche lentement sur ses claies de roseaux. Environ 20 % du domaine est vendangé à la machine.

-Chianti Classico 2012 – Complètement sur le fruit, pas compliqué pour deux sous, voilà un Sangiovese dense, équilibré et long en bouche. Un régal !

-IGP Toscana « Ceparello » 2011 – Ce « super toscan » de pur Sangiovese qui porte le nom du petit ruisseau au fond de la vallée, séduit immédiatement par sa fraîcheur, son expression enjouée et ses petits tannins presque délicats. Mais ce n’est pas qu’un vin d’apparence facile : dense, il vous transporte en profondeur et il n’est pas prêt de dire son dernier mot. Mon coup de cœur de la tournée !

-Vin Santo del Chianti Classico 2005 – Ample, frais et structuré, ce vin d’ambre vendu en petits flacons offre une finale légèrement fumée. La Malvasia domine ici à 60 %, le reste étant l’apanage du Trebbiano.

Michele Smith

Maintenant, ça va être l'heure du caffe ! Photo©MichelSmith

Maintenant, ça va être l’heure du caffe ! Photo©MichelSmith

 


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Toscane : en quête de Sangiovese

Tout le monde connaît le cépage et, je m’en réjouis. Beaucoup l’adulent de par le monde. Pourtant, à moins de le réclamer avec insistance, je trouve qu’il n’est pas si évident que ça à trouver à l’état pur dans une bouteille. Cépage emblématique du Chianti, capable de prouesses, sa majesté il Sangiovese est présent partout dans le centre de la Botte jusque dans les collines de l’Émilie-Romagne, au nord de Florence. Mais il est toujours assez fortement concurrencé sur son propre terrain par le Cabernet Sauvignon, le Cabernet Franc, le Merlot et maintenant la Syrah qui séduit de plus en plus de vignerons Italiens. J’aime son fruit distingué, sa finesse, sa jovialité retenue et je sais qu’une fois en bouteilles, il est capable de faire preuve d’une très honorable longévité. Même s’ils sont de plus en plus nombreux à le remettre au goût du jour, allez expliquer ça aux aristocrates Toscans : c’est tout juste s’ils ne vous rigolent pas au nez avec dédain ! Partir à la recherche du Sangiovese n’est pas nouveau pour moi. Mon premier voyage en Toscane remonte aux glorieuses années 1980, lorsqu’un ami, lui-même natif de Toscane, Gabriele Cionnini, créateur en région parisienne de Castelli et Châteaux, boîte spécialisée dans la vente de vins italiens de qualité, se faisait l’apôtre des crus de la Botte en France et nous organisait des visites privées sur mesure chez ses clients du Piémont, de Toscane désireux de pénétrer le marché Français.

Ave Firenze ! Photo©MichelSmith

Ave Firenze ! Photo©MichelSmith

Récemment, deux copains amateurs de Pézenas, Clément et Bruno, ont eu la bonne idée en Octobre de me proposer de les accompagner pour un petit périple d’une semaine en Toscane. Ni une, ni deux, nous voilà partis pour résider au cœur du Classico, la Conca d’oro, comme on dit ici, où nous fûmes accueillis par un couple extraordinaire, Amandine et Tim. Amandine est directrice commerciale d’un gros domaine que nous irons visiter, tandis que Tim, un Anglais, est œnologue et accompagne vers le succès quelques domaines du coin. Pour ce voyage, nous avons volontairement choisi de nous concentrer sur le secteur du Classico sans pour autant nous priver de quelques échappées. Mais surtout sans faire appel au Consorzio Vino Chianti Classico. Cet organisme officiel, qui depuis 1924 regroupe 95 % des vignerons de l’appellation, cherche à protéger et à promouvoir les vins de cette appellation contrôlée (D.O.C.G. en Italie). Pas de rendez-vous fixés à l’avance, tout s’est décidé – improvisé même – spontanément sur place grâce à l’aide bienveillante de nos hôtes que je remercie au passage. En allant sur le site du Consozio, qui malgré le nombre de touristes francophones, n’est édité qu’en Italien et en Anglais, vous pourrez jeter un coup d’œil sur la carte répertoriant les domaines estampillés Gallo Nero (coq noir), la mascotte historique, de la banlieue sud de Florence au nord-est de Sienne en passant par des bourgs incontournables comme Greve In Chianti et Radda In Chianti.

La bande : Clément, Bruno, Amandine et Tim... Photo©MichelSmith

La bande : Clément, Bruno, Amandine et Tim… Photo©MichelSmith

Pourquoi le Classico ? D’abord parce qu’il fallait en faire un choix : visiter tous les domaines qui comptent dans le Chianti eut été utopique. Ensuite parce que le décret du Chianti Classico, contrairement au Chianti « tout court » qui peut être suivi de plusieurs noms de zones (Colli Aretini, Colli Fiorentini, Colli Senesi, Colline Pisane, Montalbano, Rùfina…), impose un minimum de 80 % de Sangiovese, le cépage principal du Chianti. Pour les 20 % restants, on peut ajouter des cépages locaux tels le Colorino et le Canaiolo, mais aussi, et c’est souvent le cas, des cépages Bordelais comme le Cabernet Sauvignon et le Merlot. Parfois, on a même l’impression qu’il y en a plus que le pourcentage requis, mais on ne va pas polémiquer là-dessus tant ils sont nombreux, chez les viticulteurs, à croire que ces cépages son locaux ! En Classico, il y a d’autres règles sur le degré, le rendement et l’élevage, par exemple, qui font que, un peu comme ce qui différencie un Bordeaux d’un Bordeaux Supérieur, le Classico est souvent plus distingué. Il existe même depuis peu un niveau bien plus haut de gamme – Chianti Classico Gran Selezione – qui positionne certaines cuvées très haut, tant en exigences d’élevages qu’en prix !

Gallo Nero et prises de notes... Photo©MichelSmith

Gallo Nero et prises de notes… Photo©MichelSmith

La zone concernée par le Classico, entre Florence et Sienne, est aussi la plus belle : les collines offrent de magnifiques points de vue, les forêts ne manquent pas et les villages, le plus souvent perchés, sont coquets et largement ouverts au tourisme. Plein de boutiques à découvrir et quantité de bistrots cachés. Faute de place, je vous laisse le soin de voir tout cela sur le Net, tant il est vrai que pour nous, ce qui importait dans ce voyage, c’était de remplir la mission qui nous nous étions fixée : rechercher et goûter le plus possible de cuvées de pur Sangiovese tout en goûtant aussi, plus souvent par politesse je dois le dire, d’autres vins suggérés par leurs auteurs. Aucun service de presse pour nous influencer et seulement 2 à 4 domaines visités par jour. En revanche, beaucoup de bouteilles achetées dans les boutiques – les villages n’en sont jamais à court… – ou commandées dans les restaurants, puis dégustées le soir à table où nos deux cuisiniers, Tim et Bruno, rivalisèrent de talents. On verra cela la semaine prochaine.

Un matin d'automne, entre Sienna et Firenze. Photo©MichelSmith

Un matin d’automne, entre Siena et Firenze. Photo©MichelSmith

Pour patienter, je propose un petit retour en arrière. Ma dernière expédition de ce type remontait à l’hiver 2009 où, en plus de producteurs très huppés avec des vins style « grands crus » – ici, Italiens et Américains parlent de « super toscans » comme d’autres de « super tankers » ! -, j’avais visité plusieurs domaines au sud de Sienne qui, au passage, reste ma ville préférée en Toscane. Là, pour résumer, comme toujours, se côtoient quatre appellations notoires : Brunello di Montalcino, Rosso di Montalcino, Rosso di Montepulciano et Vino Nobile di Montepulciano. Ces appellations (D.O.C. pour deux d’entre elles, D.O.C.G. pour le Vino Nobile et le Brunello) sont en principe exclusivement dédiées au Sangiovese, parfois mêlé à d’autres cépages locaux pour les simples D.O.C.). Le voyage d’alors était bien plus encadré et les rendez-vous fixés à l’avance. Là aussi, je m’étais fixé pour règle de bien cerner le goût du Sangiovese.

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La dégustation qui m’est restée le plus à l’esprit fut celle de l’Azienda Agricola Caparsa. Perdu au milieu des collines du Chianti avec 12 ha de vignes, Paolo Cianferoni, un brin écolo, est un puriste du Sangiovese qui travaille en bio. Le sommelier Belge Andy de Brouwer qui m’accompagnait alors, avait bien ressenti les choses en goûtant le Chianti Classico Riserva « Doccio a Matteo » 2003 (23 €) un presque pur Sangiovese (5% de Colorino) dans un millésime de canicule. Je le cite : « Le Sangiovese planté en altitude apporte la juste acidité à ce vin d’une riche complexité, axé sur les arômes animaliers. Le fruit est mûr et on devine la présence de petites cerises du Nord noyées dans l’eau-de-vie comme au temps de ma grand-mère. J’ai appris grâce à Paolo que le Sangiovese de bonne provenance aimait se faire attendre : les tannins s’assouplissent et l’acidité naturelle conserve le vin. Pour l’accompagner, je vois un perdreau en feuille de vigne et son jus de déglaçage parfumé d’un petit trait de cognac accompagné de quelques airelles sauvages ».

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Paolo Cianferoni, de Caaparsa. Photo©MichelSmith

Ainsi, avant de détailler pour vous la semaine prochaine les vins de mon périple de cet automne 2014, afin de vous mettre dans le bain, si j’ose dire, je vais m’autoriser une sélection des vins retenus par mes soins lors de mon voyage en 2009. Sachez au passage que Brunello est aussi le nom local du Sangiovese à Montalcino, tandis qu’à Montepulciano on l’appelle le Prugnolo Gentile. Parmi la dizaine de clones recommandés, il en existe un qui est spécifique à Montepulciano et qui porte le nom de BBS (Brunello Biondi Santi) car il a été développé à partir de vieilles souches de Sangiovese Grosso déjà sélectionnées pour leurs qualités et plantées à Greppo, le siège de la propriété familiale des Biondi Santi, au début du siècle dernier. Quand ils sont donnés, les prix sont d’époque, les millésimes aussi. Notez que les vins hauts de gamme sont à des tarifs élevés. Ce rapide tour d’horizon vous aidera peut-être, dans un premier temps, à établir votre circuit dans l’une des plus célèbres régions viticoles d’Italie avec le Piémont. Et je suis même allé jusqu’à vous faciliter la tâche : en cliquant sur le nom du domaine, vous aurez un accès à leur site.

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Lecoq est aussi sur la cave de l’Azienda Monteraponi, à Radda. Photo©MichelSmith

Carpazo 

-Rosso di Montalcino 2006 « La Caduta » – Nez sur la réserve, profondeur en bouche, harmonie, tannins mûrs et fondus bien présents. Potentiel de garde de plus de 5 ans pour ce pur Sangiovese tiré à 15.000 exemplaires.

-Brunello di Montalcino 2004 – Nez fin, complexe, épicé, note de café, le tout très aérien. Belle bouche puissante mais franche avec un fruité bien marqué et une acidité soutenue. S’achève sur des tannins corsés mais civilisés. Grande longueur.

Il Conventino 

-Rosso di Montepulciano 2007 – Rouge solide, tout en fruit, doté d’une bonne longueur. Très bon rapport qualité/prix/plaisir, il est commercialisé sur place à moins de 8 €. Bio depuis 1993, le domaine couvre 23 ha plantés en cépages locaux. Les bâtiments sont pour beaucoup consacrés à l’œnotourisme.

-Vino Nobile di Montepulciano 2001 – Robe légèrement brunie, nez envoûtant, le vin est massif, plein, ferme, tannique, prêt à boire après une mise en carafe. Là aussi une excellente affaire.

Majestueuse Sienne ! Photo©MichelSmith

Majestueuse Sienne ! Photo©MichelSmith

Tenute Silvio Nardi

-Brunello di Montalcino 2004 – Robe moyennement soutenue, nez intense, bouche soyeuse et tannins bien présents (réglisse) sur une finale fraîche. 100 % Sangiovese provenant de 55 parcelles différentes. Tirage : 16.000 bouteilles. Mon coup de cœur !

-Brunello di Montalcino 2004 « Manachiara » – Ce « matin clair » (12.000 cols) offre un nez assez sophistiqué et boisé (épices, vanille), sur une matière dense et serrée dotée de tannins prometteurs.

Biondi-Santi

-Brunello di Montalcino 2004 « Annata » – Robe rubis profond, nez floral, tannins prenants, épaisseur, bonne acidité, s’ouvre sur la minéralité et s’achève sur le fruit. 70.522 bouteilles mises en juin 2008 (72 €).

-Brunello di Montalcino 1983 « Riserva » – À peine tuilée, dépôt en suspension, notes de vieux tabac. Chaleureux, persistant, le vin prend son temps et distille sa finesse (490 € !). Liège changé en 2000. Traditionaliste, le dottore Franco Bondi Santi, décédé en 2013 à l’âge de 91 ans, continuait, lors de mon passage, d’inspecter ses 25 ha de Sangiovese Grosso patiemment greffé à partir de plants sélectionnés sur des vignes-mères plantées par son père. L’élevage est long et se fait en fûts slovènes, puis en bouteilles. La « Riserva » ne sort que dans les années exceptionnelles. Cyprès vénérables et magnifiques terrasses, ce domaine historique est fort bien conservé par les enfants de Franco.

Avis affiché à l'attention des touristes ! Photo©MichelSmith

Avis affiché à l’attention des touristes ! Photo©MichelSmith

Il Greppo

-Vino Nobile di Montepulciano 2006 – Pur Sangiovese, nez légèrement mentholé, superbe matière charnue en bouche, de la densité, mais aussi beaucoup de fraîcheur et de longueur. Le domaine, 15 ha de vignes face à la vallée de la Valdichiana, propose des appartements à louer, ainsi que des repas à la ferme.

Avignonesi

-Vino Nobile di Montepulciano 2006 – Tiré à 300.000 exemplaires, (85 % Sangiovese – ici on préfère dire Prugnolo Gentile -, 10 % Canaiolo et 5 % Mammolo), c’est le vin-phare de cette légendaire maison. Nez sur la finesse, bouche altière, grande fraîcheur en dépit de la chaleur du vin servi, de l’alcool (14°) et du temps d’élevage (18 mois) sous bois. Sur les millésimes plus récents, comme 2011, la fiche technique annonce un cent pour cent Sangiovese.

Castello di Ama

-Chianti Classico 2006 « Bellavista » – Marco Pallanti, œnologue (à l’époque président du Chianti Classico) et son épouse Lorenza Sebasti, continuent sur leur exigeante lancée pour faire de ce château (en réalité un hameau ceint de 90 ha de vignes, dont du Cabernet Franc, 40 ha d’oliviers, le tout à 500 m d’altitude) un incontestable grand cru. Pour sa 25 ème vendange, il nous offrait un Classico armé de l’un des plus beaux nez du Chianti. On y sent la profondeur de la terre, mais aussi des touches de laurier et de sous bois. Magnifique en bouche, avec une sensation de rythme, d’élevage attentionné et de tannins proches de la perfection. Mais il y a un peu de Merlot. Autour de 10 % ? Vous le saurez au prochain numéro car j’ai revisité cette propriété… et surtout son restaurant !

Le grand cru d'Ama ? Réponse Jeudi prochain ! Photo©MichelSmith

Le grand cru d’Ama ? Réponse Jeudi prochain ! Photo©MichelSmith

Fèlsina

-Chianti Classico 2007 « Berardenga » – Pur Sangiovese, robe d’un rubis profond, souplesse en attaque, densité, petits fruits rouges confits, tannins présents mais discrets, assez proches du raisin, finale discrètement boisée, belle fraîcheur et grande longueur. Le domaine couvre 120 ha.

-IGT Toscana 2005 « Fontalloro » – 40.000 flacons d’une vieille vigne de Sangiovese à 400 m d’altitude. Robe soutenue, bouche austère, dense, minérale, serrée, longueur, fruité en finale.

Fontodi

-Chianti Classico 2006 – Fraîcheur en bouche, densité et longueur, ce Sangiovese, tiré à 170.000 exemplaires, est très représentatif de ce beau millésime. Au sud de Panzano, le domaine compte 70 ha de vignes en agriculture biologique.

-IGT Colli Toscana Central 2006 « Flacianello » – Après un 2005 assez corsé, cet autre Sangiovese est des plus complets : très belle robe, élégance au nez, fruité pur, longueur.

Coucher de soleil sur Siena... Photo©MichelSmith

Coucher de soleil sur Siena… Photo©MichelSmith

Tenuta La Novella

-Chianti Classico Riserva 2006 – Une révélation que ce rouge à 80 % Sangiovese au boisé chic et fondu. Notes de vieux cuir et de fruits rouges bien mûrs, puissance, longueur, on peut patienter 5 ans. Il aura fallu 10 ans à l’entrepreneur Français François Schneider pour rénover ce splendide domaine bio (12 ha de vignes et 34 ha d’oliviers) à 16 km de Florence et à 500 m d’altitude, conseillé par Stéphane Derenoncourt.

Mazzei

-Chianti Classico 2006, Castello di Fonterutoli – Une fois de plus un fort joli nez sur ce millésime, large, élancé et très frais en bouche. Tiré à 50.000 exemplaires, à 90 % Sangiovese et 10 % Cabernet. La maison compte trois domaines, un au cœur du Chianti, un autre sur le versant maritime et un en Sicile.

Marchesi Antinori

-IGT Toscana 2006 « Tignanello » – C’est le plus Sangiovese (80 %) de la carte de cette grosse maison connue dans le monde entier. Best seller avec au moins 300.000 flacons, le solde de l’encépagement se fait avec les deux cabernets. Robe dense, profonde, nez épicé, attaque franche, notes herbacées, fond de fruit équilibré, soyeux et persistant. Le style reste très international, sans surprises. Son frère, le « Solaia », n’est vinifié que dans les grandes années et il est dominé par le Cabernet Sauvignon (20 % de Sangiovese). Au sud de Florence, depuis mon voyage de 2009, la visite d’une nouvelle cave s’impose : architecture, musée, restaurant, boutique, elle est magnifiquement intégrée dans le paysage, tel un navire à quelques encablures de l’autoroute.

N’oubliez pas de vous rebrancher Toscane Jeudi prochain, pour d’autres découvertes dans le Chianti Classico !

A presto !

Plaisir du matin italien : un merveilleux café doré Photo©MichelSmith

Incontournable plaisir du matin italien : un merveilleux café cuivré ! Photo©MichelSmith

            Michele Smith


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Quand la Savoie m’appelle, je fonce (3 ème et dernière)…

(Troisième partie : les rouges veillent)

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Rappel : ces derniers jeudis, je vous ai brossé un portrait personnel, compressé et rapide de ma trop courte visite entre Suisse et Savoie. J’aurais aimé rester plus longtemps, aller au fond des choses, être complet, faire mon métier en quelque sorte. Mais, faute de moyens, j’ai pris ce que les gens ont bien voulu m’offrir avec générosité. Vignerons, amis, je les remercie de m’avoir donné cette occasion d’entrevoir un fragment de Savoie, province que je n’avais pas revue depuis 20 ans au moins. Avec plus de temps, j’aurais voulu découvrir les châteaux de Ripaille ou de la Violette, aller chez les Dupasquier, goûter tous les Quénard, les Trosset, les Ravier, visiter un ou deux négociants, une ou deux caves coopératives, que sais-je encore.

Photo©MichelSmith

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En Savoie comme ailleurs, on n’oublie jamais les rouges. Il y a 25 ans, lors d’un déjeuner dans une ferme-auberge d’altitude au large de Megève, j’avais allègrement vidé une bouteille de Mondeuse dont j’ai depuis oublié et le millésime et le nom de son auteur. Lors de ma visite dans la région, ce souvenir était constamment en moi et il m’a été donné d’en goûter quelques unes, et non des moindres puisqu’il s’agissait de Mondeuses venues des deux côtés de la frontière présentées lors d’un concours amical à Genève, concours sur lequel j’ai écrit il y a deux semaines. C’est la Mondeuse 2010 des Orchis de Philippe Héritier qui était arrivée en tête, suivie du 2011 des Mermoud à Lully (Genève), puis celle de « La Noire » 2011 du Château de Mérande à Arbin. Trois vins que j’avais bien noté en plus de la Mondeuse 2012 (bio) du Domaine Raphaël Saint-Germain (Savoie), cuvée « La Pérouse » (élevage en fûts), et du 2012 « Vin du Bacouni » d’Henri et Vincent Chollet, au Domaine Mermetus, à Vilette (Vaud) qui, pour info se vend 24 Fr Suisse sur place. Ce dernier m’avait impressionné par sa fraîcheur et la finesse de ses tannins. Deux qualités qui semblent résumer la Mondeuse.

Photo©MichelSmith

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Je n’évoquerai ni le Pinot noir, ni le Cabernet Sauvignon, ni même le Gamay, cépages que l’on retrouve des deux côtés de la frontière aux côtés de plants plus locaux comme la Mondeuse, à l’instar de l’appellation Vin de Savoie Arbin, du nom d’une commune où j’ai été reçu avec beaucoup d’égards, chez les frères André et Daniel Genoux associés à Yann Pernuit, au Château de Mérande dont j’ai déjà évoqué les blancs Jeudi dernier. À Arbin, comme me le faisait remarquer Franck Merloz, mon guide, nous sommes un peu en Terre de Mondeuse, lui dit « Mondeuse land »… Pour preuves, ces Arbin 2013 et 2011 « La Belle Romaine » de cuvaisons courtes, la première sur la souplesse et la finesse, l’autre éclatante de joie, simple, facile à boire. Ce côté presque simple de la Mondeuse se retrouve dans le 2010 « La Noire » (élevage sous bois) : amplitude, clarté, fraîcheur, jolis tannins… Arrivée troisième lors du concours genevois dans sa version 2011, cette Mondeuse Arbin est tout aussi droite, ample et fraîche dans sa version 2012.

Yann Pernuit. Photo©MichelSmith

Yann Pernuit. Photo©MichelSmith

Adrien Berlioz Photo©MichelSmith

Adrien Berlioz Photo©MichelSmit

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

On retrouve cette fraîcheur caractéristique dans les vins d’Adrien Berlioz qui possède quelques vignes sur Arbin en plus de ses vignes sur Chignin. Vin de Savoie Mondeuse 2013 avec élevage en demi-muids de plusieurs vins, son rouge a le goût de la pureté et de la roche sur une longueur assez surprenante. Dans le même millésime, cuvée « Marie-Clothilde », la Mondeuse, toujours élevée en demi-muids paraît plus serrée, plus apte à la garde, dotée qu’elle est d’une forte réserve en densité et en fraîcheur. Adrien n’avait pas donné d’échantillons pour participer au concours de Genève. Gageons qu’avec un tel vin il serait arrivé dans le trio de tête. Il se passe avec la Mondeuse noire en Savoie ce qui se passe en Beaujolais un peu avec le Gamay noir à jus blanc. J’en connais qui croient que ce n’est qu’une fille de joie à consommer vite et sans arrière-pensée. Détrompez-vous les gars : le 1989 de Michel Grisard, par exemple, goûté lors d’un dîner amical à Genève montre tout le contraire. Un quart de siècle après, la fringance est toujours là, soutenue par l’élégance des tannins.

Le vigneron sur son tapis Persan. Photo©MichelSmith

Le vigneron sur son tapis Persan. Photo©MichelSmith

Pour terminer en beauté, quelques mots sur le cépage Persan dont on dit qu’il a son berceau dans la Vallée de la Maurienne. Pour l’anecdote, on le connaît sous le nom de Pousse de chèvre ou de Serine, mais aussi de Princens et de Sirazène pointue… Au bord de la disparition, peut-être à cause de sa sensibilité aux maladies, il fait son retour en Savoie, ainsi que vers Saint-Jean-de-Maurienne. Le jeune Adrien Berlioz est fier de faire goûter le sien qu’il va jusqu’à piger aux pieds dans une cuve largement ouverte. Égrainé à la main, son 2013, cuvée « Octavie » n’est pas passé inaperçu : sur mes notes j’écris que « c’est du super et que ça ronronne comme un beau chat persan ». Je pense que je devais être épuisé par mes dégustations de Mondeuses ! En réalité, j’étais face à l’inconnu. À moins que ce ne soit la vue du Mont Blanc dans le lointain ? J’ai trouvé le même, en 2012, dense, fermé et tannique. Je ne sais pas pourquoi mais je le voyais bien avec une alose et une sauce au chocolat. Hallucinant ! Dangereux ce vins de Savoie !

Michel Smith


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Quand la Savoie m’appelle, je vole (2 ème) …

(Seconde partie : la force des blancs).

Chignin, à la croisée des chemins des blancs. Photo©MichelSmith

Chignin, à la croisée des chemins des blancs. Photo©MichelSmith

Le propre de ces appellations biscornues et éparpillées qu’il nous arrive parfois d’avoir en France, c’est qu’elles sont difficiles à cerner et qu’elles surprennent le visiteur grâce à, ou plutôt à cause de la multitude d’options qu’elles entraînent derrière elles. Ainsi, sous son ombrelle, une appellation telle que Vin de Savoie est loin de ne concerner qu’un type de vin. Entre rouges, rosés, blancs et bientôt crémants, on compte maints noms de clochers et pléthore de cépages qui font que, chez un vigneron même modeste, on peut être confronté à une bonne vingtaine d’étiquettes. Rien que pour les blancs, j’en ai compté 21, la plupart sous les deux parapluies, Savoie ou Roussette de Savoie réunis. Cette dernière AOP étant réservée au cépage Altesse avec la possibilité, pour certains blancs, de mentionner le nom de leur terroir : Frangy, Marestel, Monterminod ou Monthoux. Mais, si l’on se confronte aux 23 cépages de l’AOP, certains parfois vinifiés seuls en vin de France, on entre en plein dans cet univers vaste, souvent délaissé par le grand public, qu’offre la belle et très étendue diversité savoyarde. Et encore plus si l’on s’intéresse aux rouges, ce que je tenterais de faire très modestement Jeudi prochain afin de clore cette mini-série en beauté.

Au dessus d'Aubin, entre deux Roussannes, le figuier abrite le vigneron. Photo©MichelSmith

Au dessus d’Arbin, dans les vignes de Roussane et de Mondeuse, même si l’abri n’est plus guère utilisable, le figuier abrite encore le vigneron. Photo©MichelSmith

Pour ne pas compliquer les choses et vous laisser entraîner sans attendre dans les méandres du vin savoyard en général, le mieux est de prendre ses repères sur le site de l’Interprofession, ici, sachant que l’on n’aura tout de même qu’une partie de l’iceberg. Pour aller vite, en blanc, quatre cépages dominent : la Jacquère, l’Altesse, la Roussanne et le Chasselas. En Suisse, la donne est aussi compliquée et vous n’avez qu’à suivre les articles de mes compères de blog, Hervé Lalau et Marc Vanhellemont, pour tenter d’y comprendre quelque chose, eux qui parlent souvent du vin Suisse. Avec une quarantaine de cépages autochtones encore cultivés dans la plupart des cantons, je vous souhaite bon courage ! Là aussi, je vous recommande une exploration sur le très officiel Swiss Wine. Entre la Suisse et les deux départements Savoie et Haute-Savoie, je ne vous parlerai que de ce que j’ai pu goûter en blanc au cours de mon séjour de deux jours chaperonné que j’étais par mon guide, Franck Merloz, le chantre des vins savoyards comme on peut s’en apercevoir en allant visiter son site In Roussette We Trust.

L'Aligoté de Genève... J'en veux bien tous les jours ! Photo©MichelSmith

L’Aligoté de Genève… J’en veux bien tous les jours ! Photo©MichelSmith

Le premier blanc rencontré du côté de Genève, à la Maison du Terroir de Bernex, fut assez magistral. Bu quelques minutes avant notre dégustation de Mondeuses, il eut pour principal effet de nettoyer mon palais, tout en éveillant ma curiosité. Une attention toute particulière que j’apprécie lorsque l’on est sur le point de s’adonner à la dégustation avec tout le sérieux et la concentration inhérents à ce genre d’exercice. Il s’agissait de l’Aligoté 2012 du Domaine Mermoud, à Lully, domaine qui comme par hasard, est arrivé premier des rouges Suisses dans notre championnat des Mondeuses décrit la semaine dernière ici même. Je l’ai trouvé fringuant, bien sec, droit, mais aussi plein et complet.

La Petite Arvine du Valais, aussi ! Photo©MichelSmith

La Petite Arvine du Valais, aussi ! Photo©MichelSmith

Le vin suivant, une Petite Arvine 2013 du Valais vinifiée par Gérald Besse sur la commune de Martigny, a également fait son effet : il m’est apparu plus gras, puissant, mais en même temps assez équilibré, bien en chair et assez copieux.

La Belledonne ? Photo©MichelSmith

La Belledonne ? (enfin, je crois) Photo©MichelSmith

Le lendemain, chez les Savoyards, arrêt buffet en ce lieu magnifique adossé aux Bauges avec vue sur la Belledonne. Lors d’un magistral repas de vendanges au Château de Mérande en compagnie de Yann Pernuit, associé aux frères Genoux, à Arbin, en un domaine mené en biodynamie, celui-là même arrivé troisième dans le classement des Mondeuses avec sa légendaire « Noire », nous eûmes droit à trois Roussette de Savoie qui, comme chacun sait, est issue du cépage Altesse (Roussette en Savoie). Les premières cuvées sont commercialisées sous le joli nom de « Son Altesse ». La première version, 2013 (11 €), nous offrait une vision jeune du cépage : nez élégant, charnu en bouche, de l’enthousiasme, cire d’abeille et miel en finale. Le 2010 qui suivait affichait une robe lumineuse, clarté et pureté en bouche, matière dense, grande fraîcheur et finale sur le fruit (pêche, prune, poire) frais et mûr. La cuvée 2011 « La Comtesse » (élevée dans un foudre de 13 hl acheté en 2007) était sur l’onctuosité, la plénitude, la densité et elle se buvait divinement bien sur les diots.

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Sous le nom de « Grand blanc », le Chignin-Bergeron 2013 – l’appellation est dédiée au cépage Roussanne -, robe plus soutenue (jaune paille) que les vins précédents, fonctionnait aussi très bien avec les diots, grâce à l’aspect charnu du vin, à sa matière, à sa puissance. Plus tard dans l’après-midi, au Domaine du Cellier des Cray, petite propriété menée elle aussi en bio, Adrien Berlioz nous fera goûter un autre Chignin-Bergeron 2013 « Binette » de toute beauté provenant d’une vigne plein sud sur alluvions calcaires d’un rendement de 40 hl/ha : c’est plein de sève, riche, dense, marqué par le fruit de la reine-claude au bord de l’abandon. Très long en bouche, ce vin laisse la sensation de coller au palais. Son Chignin 2013 (cépage Jaquère principalement), cuvée « Zeph » (surnom du grand-père) provenant du lieu-dit « Les Côtes », le plus chaud de la commune, sonne un peu creux derrière, mais ce n’est qu’une impression, sa caractéristique étant d’être plus proche de la pierre, pour ne pas dire plus minéral que le précédent. Toujours en 2013 et en Chignin, la cuvée « Euphrasie » est pour le moment cloisonnée ne laissant apparaître que sa fermeté, sa densité aussi, tandis que la cuvée « Raipoumpou » (radis) provenant d’une vigne sous la chapelle est plus précisément axée sur le fruit et le minéral, un blanc toasté et grillé, très persistant en bouche.

Du côté de Chignin...Photo©MichelSmith

Du côté de Chignin…Photo©MichelSmith

Adrien, dont l’épouse est apicultrice, réserve sa grande cuvée « Zuline » au cépage Altesse, en appellation Roussette de Savoie. Son 2013 est épicé et fumé au nez, sec et direct en bouche avec un délicat fond de verveine. Sa longueur en bouche est proprement incroyable et le vin ne semble pas prêt à se livrer de si tôt. Je reviendrai vers ce vigneron Jeudi prochain, lorsque j’attaquerai les rouges. Comme je reviendrai aussi sur le Château de Mérande dont j’ai pu goûter le soir même l’étrange cuvée « In Extremis« , tentative pas trop mal réussie menant vers un vin de voile. Faut-il le souligner ? Avec ces deux vignerons – mais je sais qu’il y en a plusieurs autres que je découvrirai cet hiver lors des salons -, on est bien loin de l’image un peu trop facile que l’on se fait des vins de Savoie lors d’un séjour en station de ski.

Photo©MichelSmith

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Maintenant, n’oubliez pas : Jeudi prochain, on goûtera quelques rouges pas piqués des hannetons !

Michel Smith


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El Rey Fino (bis) : Vamos a catar…

Comme vous le savez, la Finomania est ancrée en moi pour de bon ! Peut-être avez vous lu jeudi dernier la première partie d’une série dédiée au Fino, ce vin Andalou qui rend fou. Si ce n’est pas le cas, je vous conseille de vous y plonger avant de lire ce qui suit. Servirse siempre muy frio, telle est ma devise ! Sauf que pour ma dégustation, j’ai préféré ne pas trop glacer le vin et le présenter autour de 15/16°. Bien sûr, je n’étais pas seul. C’eut été triste d’abord, alors que ce vin appelle la joie de tous se retrouver. C’eut été peu professionnel ensuite puisque j’avais quelques experts fort disposés à venir m’aider : Bruno Stirnemann, en premier qui a eut la gentillesse de mettre dans sa besace quelques raretés introuvables autrement que sur le net ou dans quelques bonnes maisons espagnoles ; Isabelle Brunet ensuite, sommelière émérite qui sert le Fino sans se faire prier à Barcelone ; et son écrivain de compagnon, Vincent Pousson qui n’hésite pas à cuisiner quelques idées solides pour accompagner les vins de son pays d’adoption.

Bruno Stirnemann. Photo©MichelSmith

Bruno Stirnemann. Photo©MichelSmith

Pour cette session, pas de cinoche « à l’aveugle ». Les bouteilles étaient au départ alignées par mes soins, mélangeant les trois appellations – Jerez, Manzanilla, Montilla-Moriles – sachant, je le rappelle, que la dernière D.O. est la seule, du moins dans la qualité Fino, à ne pas être mutée, renforcée à l’alcool si vous préférez. En queue de dégustation, sept bouteilles d’un type Fino, certes, mais élevé plus longtemps, flirtant avec le style Amontillado. Là encore, j’entends l’armée des puristes et spécialistes se manifester dans les rangs, mais nous autres, simples amateurs, n’avons rien trouvé à redire de cette manière de voir les choses. Sauf que cette « queue de dégustation » viendra en troisième semaine.

Isabelle Brunet. Photo©MichelSmith

Isabelle Brunet. Photo©MichelSmith

Ainsi, rien que pour vous enquiquiner, vous serez tous obligés de revenir la semaine prochaine afin de lire le dernier volet de cette trilogie. Il sera consacré à ces sept vins qui n’existaient pas chez les cavistes à l’époque où j’ai été initié aux vins de Jerez lors d’une mémorable Féria équestre. Il sera aussi accompagné de quelques bonnes adresses. Cela prouve que, contrairement à nos appellations vieillissantes qui pourrissent sur pieds, en Espagne on tente d’innover et d’enrichir. Certes, avec des vins probablement dits « de niche », mais des vins nouveaux qui contribuent à maintenir un intérêt autour d’un monde que l’on croyait au bord du déclin. Si d’autres membres des 5duVin souhaitent ajouter leurs commentaires, ils sont bien entendu les bienvenus. Mieux encore s’ils interviennent de leur propre chef, après la troisième partie, pour ajouter un article sur l’Oloroso, par exemple, ou sur des visions encore plus savantes de cet univers complexe du vin Andalou.

Vincent Pousson. Photo©MichelSmith

Vincent Pousson. Photo©MichelSmith

Cette dégustation n’est certainement pas parfaite. Pas d’étoiles ni de notations chiffrées, tant pis pour les amateurs de classements. Je sais, il manque des marques et cela ne plaira certainement pas aux aficións, donc pas la peine de m’en tenir grief. Vous ne lirez rien, hélas, sur l’Inocente de Valdespino, par exemple… la Quinta, le cheval de bataille d’Osborne et Coquinero d’Osborne également, le Fino Superiore de Sandman, le Hidalgo Fino d’Emilio Hidalgo, le Pavon de Luis Caballero, le Harveys Fino de Harveys, le Fino Romate de Sanchez Romate, le Gran Barquero de Pérez Barquero (Montilla-Moriles), etc. J’ai dû faire avec les moyens du bord ! Tous les vins de cette série titrent 15°. En gras, se distinguent nos vins préférés, nos coups de cœur. Pour ces premiers douze vins, les prix en grandes surfaces comme chez certains cavistes en Espagne, oscillent entre 4 et 8 euros. Un seul est en dessous de 9 €, tandis qu’un autre est à 12 € en France. Bien sûr, tous les autres sont plus chers en France et ce n’est pas toujours justifié. Bref, pour ceux qui vont se ravitailler en Espagne, vraiment pas de quoi se ruiner ! À noter aussi qu’en Espagne, beaucoup de ces vins sont disponibles en demi-bouteilles.

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- Muyfina, Manzanilla, de chez Barbadillo (bouchon à vis). Robe jaune pâle. Un goût cireux, étrange, poussiéreux, notes de vieux cuir… Puissant, gras et long en bouche mais sur une tonalité rustique. Dur, manquant à la fois de fraîcheur et de finesse.

Comportement acceptable sur des tapas : olives, anchois…

- Carta Blanca, Jerez, de chez Blazquez (distribué par Allied Domecq). Robe paille étonnement soutenue. Densité, profondeur, quelque chose d’inhabituel, rusticité, plus proche de l’oxydation que de la flor, avec des notes de caramel et (ou) de Pedro Ximenez. Très léger rancio en finale.

Bien sur des tapas genre tortillas. À tenter sur un fromage comme le Manchego (brebis) ou un Picón de Valdeón, persillé de chèvre et de vache.

- Tio Pepe, Jerez, de chez Gonzalez Byass (DLC Novembre 2014. Robe bien pâle. Nez de voile. Très sec en bouche, comme c’est annoncé sur l’étiquette. Le vin joue son rôle, sans plus. Il ne surprend pas. Simple et court.

Sans hésiter à l’apéritif sur du jambon, clovisses ou salade de poulpe.

- La Gitana, Manzanilla, de chez Hidalgo (bouchon à vis). Robe très pâle. Nez frais. Excellente prise en bouche, du nerf, de l’attaque, notes de fruits secs, bonne petite longueur qui s’achève sur la salinité.

Exquis sur de belles olives, beignets d’anchois, gambas, ratatouille froide.

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- San Leon, Manzanilla, des Bodegas Arguezo. Robe moyennement pâle. Nez pas très net, simple et rustique. Bouche réglisse et fumée.

Ça fonctionne sur le gras du jambon et sur le boudin noir de campagne.

- La Ina, Jerez, de chez Lustau. Robe pâle. Nez plutôt complexe sur la flor et l’amande grillée avec de légères notes de fumé. Belle amplitude en bouche, de la fraîcheur, du mordant, rondeur en milieu de bouche, finale sans bavures sur des notes salines.

L’apéritif presque parfait sur amandes grillées, olives pimentées, jambon bellota, lomo, chorizo, palourdes, anchois frais, sardines grillées…

- La Guita, Manzanilla, de chez Raneira Perez Marin (bouchon à vis, mise en bouteilles Décembre 2013). Robe légèrement paillée. Nez fin et discret avec touche d’amande. Une vraie présence en bouche, ça frisotte, léger rancio, manque peut-être un poil de finesse, notes d’amandes salées en finale. C’est bien foutu.

Plus sur des plats de crustacés, langoustines, crevettes, etc.

- El Maestro Sierra, Jerez, des Bodegas Maestro Sierra (Mise en bouteilles en Avril 2014). Belle robe pâle. Nez fumé. Dense, ample et riche en bouche, un poil rondouillard, mais bien fait dans l’ensemble.

Apéritif, certes, mais le garder pour un plat de poisson au four, ou pour un plat de morue, une omelette de pommes de terre ou de champignons.

Photo©MichelSmith

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- Fino Electrico, Montilla-Morilès, de Toro Albala (12 € pour 50 cl. Diffusé par Valade & Transandine chez Soif D’Ailleurs à Paris) Robe pâle. Nez fruité, élégant, notes d’amande fraîche et de fumé. Finesse en bouche, impression de légèreté, complet, finale sur la longueur.

« Une bouche à jambon », remarque justement Vincent. Oui, mais un grand pata negra ! Quant à Bruno qui lui donne une de ses meilleures notes, il le verrait bien sur un turbot ! Et pour ma part, je lui propose une brouillade de truffes !

- Puerto Fino, Jerez, de Lustau (élevé à El Puerto Santa Maria). Belle robe légère. Très complexe au nez comme en bouche : notes de fougère, amande fraîche, écorce de citron, iode, silex, épices, vieux cuir, volume… on sent que ce fino est associé à une vieille réserve de type solera tant la longueur le maintient en bouche avec toute sa richesse. Les critiques le propulsent « Roi des Finos » et ils n’ont pas tort.

Un grand apéritif de salon, parfait pour réfléchir aux choses de la vie au creux d’un profond fauteuil. Un bon robusto de Cuba, genre Ramon Allones, pour les inconditionnels du cigare. À essayer aussi sur une cuisine asiatique, Thaï ou Coréenne. Sur une huître tiède à la crème ou sur une mouclade légèrement crêmée et épicée.

- Papirusa, Manzanilla, de Lustau (Bouchage vis, aurait dû passer à mon avis avant le précédent). Si je ne me trompe pas, le fino a pour base une solera moins âgée que pour le Puerto Fino. Belle robe blonde. Parfaitement sec en bouche, c’est propre, net, élégant, fraîcheur évidente, salinité bien affirmée, un régal de précision, une touche animale pour finir, genre vieux cuir. Finale exemplaire où le goût du vin reste en bouche pour longtemps. Difficile de dire, en tout cas pour moi, si c’est ce vin qui l’emporte sur l’autre. Question de goût. Toujours est-il que c’est un formidable rapport qualité-prix !

Là encore un vin de cigare, plutôt celui de la fin de matinée. Doit être à l’aise sur de gros crustacés, genre homard thermidor, surtout si on ajoute un peu de fino dans la cuisson. Sinon, parfait pour le jambon de qualité et les fritures de poissons ou de calamars.

-Solear, Manzanilla, de chez Barbadillo (Bouchage vis, DLC Avril 2015). Belle robe blonde et lumineuse. Nez discret et fin. Bouche fumée, fraîche avec des notes de fruits cuit (abricot). Un fino assez classique mais simple et qui s’oxyde assez vite. Il ne fait pas l’unanimité.

Sur des tapas : ailes de poulet, travers de porc, poivrons, sardines à l’escabèche, thon, maquereau.

Photo©MichelSmith

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Jeudi prochain, ne manquez pas le dernier volet ! Avec des finos de luxe car élevés plus longtemps, mais aussi plus rares et plus chers.

Michel Smith

 

 

 

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