Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


2 Commentaires

Piémont vs Andalousie : le meilleur pour un Bélier !

Je pourrais étaler des noms sur une liste proprette, vous déballer des châteaux à tours de bras et autant de domaines à la queue leu-leu, vous mettre l’eau à la bouche, dresser un compte-rendu aussi savant que détaillé, vous faire partager du « name dropping » à foison façon aboyeur de l’Élysée ou de Buckingham, vous en mettre aussi plein les mirettes à faire se pâmer tous les pseudos connaisseurs soucieux d’étaler leur science. Je pourrais aussi en appeler à Dédé la Farine (à défaut de « la Sardine »), je veux dire Léon le Troksiste, ou Luky le Belge, sachant que depuis qu’il ne vient plus nous voir ça doit le démanger quelque part lui qui, en plus, est un vieux pote au Portugais (Hollandais) que je vais citer si tout va bien d’ici quelques lignes… Oui, je pourrais frimer. Mais voilà, je viens d’avoir 66 berges et, même si je me conduis encore comme un gamin, il y a des limites à ne pas dépasser.

Sur le marché de Pézenas, samedi dernier... Photo©MichelSmith

Sur le marché de Pézenas, samedi dernier… Photo©MichelSmith

Mais d’abord, quelques explications. J’étais à Pézenas en cette fin de semaine, d’une part pour y faire mes courses au marché du samedi, d’autre part pour honorer un gueuleton dominical manigancé par mon ami Bruno et toute une clique de copains complices dont le célèbre "showviniste" Olivier Lebaron, les facétieux Catherine et Daniel Leconte des Floris et le sémillant Philippe Richy du Domaine Stella Nova accompagné de sa fille Anne. Rassurez-vous, je ne vais pas vous conter dans le détail ce rassemblement de vieux(eilles) routards(es) du vin tous débraillés et hirsutes (ou avec ce qu’il restait de poils sur le caillou), ni vous hacher menu le détail du repas. Je suis pressé et vous l’êtes aussi très certainement. Sauf que ça se passait au sommet d’un hôtel particulier, celui de Lacoste, dont la façade nord est, en partie, occupée par la Société Générale. Mais bon, la cité dite « de Molière », dite aussi la « petite Versailles du Languedoc », dite encore « ville de Bobby Lapointe  », doit bien compter une cinquantaine d’hôtels classés dignes de ce nom, alors…

Nathalie et Olivier Lebaron. Photo©MichelSmith

Nathalie et Olivier Lebaron. Photo©MichelSmith

Mon ami Bruno Stirnemann, gourmand et brillant orchestrateur des Accords de Bruno avait donc prévu comme à son habitude un monumental repas dont il a le secret, repas entrecoupé (entre chaque plat) de la brève présentation d’une vingtaine de vins de Bourgogne, de Bordeaux, mais aussi d’Espagne, de Hongrie, d’Italie, du Jura, du Roussillon ou de Languedoc. Parmi tous ces flacons, un vin m’est apparu bien au dessus du lot, très jeune et enjoué, frais et tranchant, copieux mais sans excès. Ce blanc 2010 n’est autre que le fruit d’un pur Palomino Fino, le cépage du Jerez, région qui recèle de nombreux trésors cachés. Ceux-ci sont le plus souvent mis à jour par les membres passionnés de l’Equipo Navazos qui, bien qu’intéressés par tous les vins espagnols, semblent avoir une prédilection pour l’Andalousie. Leur mission : détecter des pépites dans les caves du royaume, se les réserver, suivre leur élevage, puis leur mise en bouteilles, enfin leur commercialisation. Je vous avais déjà déterré quelques bouteilles ici même. Vous ne pourrez pas me dire que vous n’étiez pas au parfum. Il semblerait qu’en France ces vins soient en vente à la Maison du Whisky à Paris. Alors, cherchez-les et réservez-les !

Un blanc extra ! Photo©MichelSmith

Un blanc extra ! Photo©MichelSmith

Cette fois-ci, les fadas de Equipo Navazos ont trouvé aussi cinglé et exigeant qu’eux puisqu’ils se sont associés au Portugais Dirk Niepoort, dont la famille venue de Hollande est installée à Porto depuis 4 générations. Il faut savoir que les Niepoort élèvent quelques uns des portos les plus purs et qu’ils sont ouverts à de multiples collaborations extérieures. C’est ce qui s’est passé ici avec ce blanc issu d’un des domaines historiques de Jerez-de-La-Frontera. Pressurage lent, fermentation à l’ancienne en vieux fûts de 600 litres (bota de chêne américain) sous l’action des levures indigènes, débourbage, élevage de 7 mois dans les mêmes fûts remplis aux 5/6 èmes sans aucun mûtage (ou fortification) pour encourager l’action des lies fines et le développement d’un léger voile, pas de fermentation malolactique… l’idée étant d’obtenir un beau vin aux arômes caractéristiques du terroir crayeux d’albarizas qui caractérise les meilleurs finos. Résultat, ne titrant que 12° et des poussières, on obtient un blanc frais mais délicatement sec, pas trop acide, quelque chose de simple mais suffisamment gras et solide pour affronter une charcuterie ou une huître, un vin qui évoque, en bien plus léger, un grand fino. Tiré à plus de 6.000 exemplaires, édité depuis le millésime 2009, ce vin est commercialisé autour de 15 € quand on le trouve en France ou en Espagne où les cavistes entament le 2011.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Comme Bruno connaît mes goûts pour les vins du Piémont, il avait prévu une autre petite rareté, pourtant tirée à 110.000 exemplaires, je veux parler de mon Moscato d’Asti légèrement frizzant de La Spinetta. Bien que cette bouteille soit contingentée, on la trouve plus facilement à Paris que dans le Midi. Soit, elle était servie sur mon gâteau d’anniversaire (au chocolat) alors que j’aurais préféré la boire à l’apéro, mais ce n’est pas grave car malgré ses 5 petits degrés d’alcool et ses 120 g de sucres résiduels, elle enchante toujours mon palais de ses bulles ultra fines. Et voilà de quels artifices mes bons amis de Pézenas usent lorsque je me pointe chez eux !

Michel Smith

 

 


9 Commentaires

Vins rosés: discutons des goûts, des couleurs et des prix.

Je me suis toujours méfié des modes, mais le vin rosé n’est pas qu’une affaire de mode. Il est aussi ancien que le vin. Donc il n’a pas son origine en Provence, malgré un slogan publicitaire débile.

La vague rose déferle, depuis quelques années, dans les revues plus ou moins spécialisées, sur les rayons des magasins et sur nos tables, débordant maintenant très nettement de la saison estivale. J’en veux pour preuve que cette couleur de vin est maintenant plus vendue, en France du moins, que le blanc.

nuancier-rose

La nuance mandarine, je ne l’ai jamais vu dans un vin rosé. Les autres, si, mais les noms me paraissent plutôt fantaisistes

Puisque nous évoquons le sujet de la couleur, le ton précis de la robe de certains vins rosés est cerné d’une manière quasi-obsessionnelle par des guetteurs de «tendances», au point que les producteurs provençaux, aussi préoccupés par les robes que des tailleurs pour dames, ont même établi des noms pour chaque variante, comme chez des marchands de couleurs. Je les ai vu exposés lors d’une récente dégustation de vins de Provence à Paris, et ils m’ont bien fait sourire. Je ne sais pas, par exemple, à quoi ressemble un ton rose «melon». Vous avez déjà vu un melon rose? Peut-être.

600x450-ct

En tout cas je trouve qu’il y a un paradoxe intéressant dans le fait que la région dont les paysages sont parmi les plus colorés de la France fuit la couleur dans son vin emblématique.

Tout cela ne serait pas si grave si cela n’aboutissait pas à ce que j’appelle la discrimination par la couleur. Car il y a des vins qui se voient refuser l’agrément dans certaines appellations du Sud, et particulièrement en Provence, parce qu’ils ont trop (en général) ou pas assez (cela arrive aussi, à Tavel) d’intensité de couleur. Le vin peut être délicieux et respecter tout le cahier des charges de l’appellation, mais si sa robe n’a pas le bon niveau de coloration, il est jugé indigne de porter le nom de l’appellation en question. Et cela peut ruiner, littéralement, le producteur qui dépendrait de cette étiquette pour assurer la vente. Des telles absurdités arrivent tous les ans, malheureusement. J’estime que cela porte un discrédit à tout le système des appellations. Car quelqu’un, dans les «milieux autorisés» (comme disait Coluche) tolère ce genre de bêtise, et certains vont peut-être jusqu’à l’encourager.

L’intensité (ou la faiblesse) de coloration n’a jamais été signe de qualité ou non-qualité organoleptique d’un vin. Et je ne parle pas d’une oxydation prématurée ou d’autre forme de déviance.

Ces notions me tournent dans la tête chaque fois que je déguste une série de vins rosés, tant je suis frappé par le fait qu’il y a des vins rosés pâles pleins de saveurs et d’autres, aussi pâles, d’une fadeur totale. Puis, d’un autre côté, il y a des rosés de robe foncée sans intérêt et d’autres qui débordent de saveurs somptueuses, même si, en moyenne, je trouve d’avantage de saveurs et de présence parmi les vins les plus colorés.

Pendant les quinze derniers jours, j’ai dû déguster pas loin de 200 rosés, de diverses provenances françaises, pour les besoins d’articles. La moitié venait de Provence, et un tiers du Bordelais. Une manière d’opérer une sélection de ces deux zones de production dont les styles se trouvent presque à l’opposé, et les prix moyens aussi. Car la réussite commerciale remarquable des rosés de Provence (ils constituent au moins 85% de la production de cette région maintenant) a aussi fait grimper leurs prix d’une manière déraisonnable. Je sais bien qu’un rosé est compliqué à faire, mais est-ce que le coût moyen de production varie du simple au double entre Bordeaux et Provence? Les prix de vente, si.

Voyons cela de plus près :

Une sélection de bons rosés de Provence

Château Carpe Diem, Côtes de Provence 2013

Malgré son extrême pâleur qui subit la mode actuelle qui dicte sa loi en Provence, ce vin est excellent, avec des arômes délicats et des saveurs suaves. Tendre et raffiné, il finit sur une belle fraîcheur. Pour l’apéritif.

prix : 7 euros

Château Trians, Coteaux Varois 2013

Beaucoup de présence par sa matière en bouche pour ce vin plus puissant que fin, mais quel caractère !

prix : 8/10 euros

Château Gasqui, Côtes de Provence 2012

Belle robe, relativement intense pour la région. Un vin magnifique, plein de saveurs, de la richesse et de la longueur. Ce style à part, qui démontre aussi l’avantage d’un an de garde pour les meilleurs rosés, est fait pour des accords osés à table. Plusieurs producteurs m’ont pourtant dit qu’il est très difficile de vendre un rosé en Provence lorsqu’il a dépassé un an. Encore une illustration de la bêtise de la mode !

prix : 8/10 euros

Château Thuerry, Les Abeillons, Coteaux Varois 2013

Un nez expressif, avec une gamme large d’arômes. Ce rosé de caractère a du fond et finit, avec une bonne longueur, sur une petite note d’amertume agréable.

prix : 8/10 euros

Domaine de Saint Ser, cuvée Tradition, Côtes de Provence Sainte Victoire 2013

Vin avec une plénitude de saveurs gourmandes, un peu épicées. Ce rosé relativement puissant conviendrait surtout à table.

prix : 8/10 euros

Hecht & Bannier, Côtes de Provence 2013

Un excellent vin, très fruité et suave de texture, le tout avec un bon équilibre et une finale élégante. Ce très joli rosé, un des meilleurs de ma dégustation, peut se boire à l’apéritif ou avec des tapas, des poissons ou de la volaille.

prix : 8/10 euros

Mas de Cadenet, Côtes de Provence Sainte Victoire 2013

Aussi succulent que vivace, la belle matière possède de la finesse et de la longueur. Un rosé alerte et fin, propice à tous les accords.

prix : 10/12 euros

Château Henri Bonnaud, Terre Promise, Côtes de Provence Sainte Victoire 2013

Très belle structure pour ce vin puissant et vibrant par son acidité bien intégrée. Précis dans sa définition et d’une très bonne longueur. Excellent.

prix : 10/12 euros

Château Gassier, Le Pas du Moine, Côtes de Provence Sainte Victoire 2013

Robe d’un rose tendre. Une très belle expression de fruité croquant, donnant une bouche bien équilibrée et succulente, d’une intensité exemplaire.

prix : 12 euros

Château de Brigue, Bulles de Brigue (vin rosé pétillant)

Ce vin original, élaboré selon la méthode traditionnelle, a une robe rose d’une belle intensité. Cette couleur annonce un vin au caractère marqué, puissant et même très légèrement tannique. Il met vos papilles en éveil et ferait un compagnon de table des plus intéressants. Le prix peut sembler un peu élevé, mais la qualité est là.

prix : 16 euros

Domaine de la Croix, La Bastide Blanche en Provence, Côtes de Provence 2013

D’un style raffiné, de couleur légère mais d’une matière en bouche splendide, assez riche et suave, mais vibrante, savoureuse et longue. Pour les meilleurs plats de poisson.

prix : ≥12 euros

 

Une sélection de bons rosés de Bordeaux

Les Bordeaux Rosés

Les rosés du Sud-Ouest, et du Bordelais en particulier, ont presque toujours bien plus d’intensité de couleur que ceux de Provence. Ceci est le résultat d’un effet de mode, car, sur le plan technique, on peut tout faire avec un vin rosé en matière de couleur. Mais il est indubitable que les rosés plus colorés, comme ceux de Bordeaux, ont presque toujours plus d’intensité dans leurs saveurs que les rosés pâles de Provence. Sont-ils meilleurs pour autant ? Comme toujours, cela dépendra du vin individuel et de votre palais. Mais il sont presque toujours nettement moins chers, et représentent donc de meilleurs rapports qualité/plaisir/prix.

Château Tour de Mirambeau Réserve, Bordeaux Rosé 2013

Robe d’une rose soutenue. Nez qui rappelle les fruits rouges frais, donnant une impression bette et appétissante. La texture est élégante et les saveurs pures, évoquant le fruit, le sous-bois et les épices douces. L’ensemble est soutenu par une belle acidité. Un vin délicieux qui trouvera sa place un peu partout, de l’apéritif aux grillades, en passant par les fromages à la pâte ferme. Le prix, bien qu’élevé pour la région, est justifié.

Prix : 8,5 euros

Chateau Penin, Bordeaux Rosé 2013

Ce domaine est un habitué des palmarès de nos dégustations des vins de Bordeaux dans les trois couleurs. Pourtant, nous masquons les bouteilles ! La robe est d’un rubis très léger, donc assez soutenue. Le nez est vineux et bien arrondi. Il évoque la cerise et un peu le bonbon. En bouche, pas mal de volume, mais il évite toute piège de lourdeur car l’acidité est aussi tonique que bien intégré dans l’ensemble. La final dévoile une structure légèrement tannique. C’est un rosé de caractère, destiné à la table et à une large gamme de mets.

Prix : 6,95 euros

Château Lestrille, Bordeaux Rosé 2013

Un nez aussi expressif que séduisant, de fruits rouges. Sa texture suave enrobe les saveurs de fruits et le jeu de l’acidité. Ce vin, aussi précis que complet, peut très bien accompagner plats cuisinés, viandes froides ou une volaille rôtie.

Prix : 5,30 euros

Château La Rame, Bordeaux Rosé 2013

Le nez, très tendre, évoque la pêche et quelques fruits rouges. Cette impression de tendresse se confirme en bouche avec un fruité délicat et délicieux. Une évocation de journées chaudes et d’un moment de relaxation avec quelques tapas ou un poisson grillé.

Prix : 6,65 euros

Château Lamothe Vincent, Bordeaux Rosé 2013

Ce rosé très juteux est un des meilleurs que j’ai dégusté cette année. Il allie parfaitement le petit accent d’un rouge du bordelais à celui des blancs de la même région, opérant la parfaite synthèse entre les deux. Car, à mon avis, les meilleurs rosé ne sont pas de vins blancs avec une légère coloration : il s’agit d’un troisième type de vin, distinct des deux autres. Ce vin est riche en saveurs, long et assez complexe. Il convient à toutes sortes de mets ou son caractère affirmé donnera du répondant. Son prix, pour une telle qualité, est très intéressant.

Prix : 5 euros

Et les Clairets ?

On l’oublie un peu, mais le clairet, avec le vin blanc, a longtemps dominé la production bordelaise, aujourd’hui très majoritairement dévouée aux vins rouges. A tel enseigne que les anglais de la vieille génération (avant la mienne !) appellent encore tous les vins rouges de Bordeaux "claret", terme qui dérive directement de la désignation française, indiquant un rouge clair, même si ce ton est devenu nettement plus fincé depuis l’invention des Pontacs à Haut-Brion, fin 17ème. La technique d’élaboration d’un clairet moderne, de couleur nettement plus intense que celle d’un rosé, implique simplement une durée plus longue de macération des peaux avec le jus : entre 24 et 48 heures, au lieu des 12 à 18 heures pour un rosé de saignée. Les raisins rouges du bordelais étant de nature tannique, un peu de ces tannins accompagnent la couleur plus dense d’un Bordeaux Clairet, rendant ces vins souvent plus aptes pour un usage à table, y compris avec des viandes, que pour un apéritif.

Château Lauduc, Bordeaux Clairet 2013

Sa couleur rubis claire, bien plus proche d’un vin rouge que d’un blanc, est fidèle à la tradition des clairets. Un très beau nez de groseilles et de framboises, vif et joliment fruité. Ce fruit fait le contrepoint en bouche à des tannins fins mais bien présents. Vin parfait pour des grillades ou des plats légèrement relevés.

Prix : 5,25 euros

Château Penin, Bordeaux Clairet 2013

Nez tendre et aromatique, bien arrondi par des notes de fruits murs. En bouche, un fruité aussi expressif et gourmand, soutenu par une très légère structure tannique. Vin délicieux, qui peut se boire seul ou avec une large gamme de mets.

Prix : 6,95

Château Thieuley, Bordeaux Clairet 2013

Autre producteur qui impressionne par sa régularité dans la qualité. Un vin très complet, bien fruité et parfaitement équilibré par une sensation de fraîcheur qui le rendrait très agréable en été.

Prix : 5,90 euros

Château Lestrille Capmartin, Bordeaux Clairet 2013

Même productrice que Château Lestrille. Robe de rubis translucide et nez de framboise et de pastèque. Tendre en bouche, grâce à sa rondeur très légèrement sucrée, ce vin exprime beaucoup de saveurs fruitées, tout en conservant ce qu’il faut d’acidité pour maintenir l’ensemble au frais. La finale un peu fumée rajoute une touche de complexité. Le rapport qualité/prix est très bon.

Prix : 5,60 euros

 

Conclusion

On le voit bien, il est assez facile de trouver des rosés aussi satisfaisants à Bordeaux qu’en Provence, mais pour un prix qui est de moitié inférieur ! Bien entendu, on aura de la peine à les trouver sur des cartes des restaurants de la Côte d’Azur, mais que les amateurs de partout soient avertis.

 

David Cobbold


2 Commentaires

Vinisud, mon «off» de rêve… ou l’analyse du cru Daumas Gassac

Pendant que les mouches s’abattaient sur une flopée de salons en tous genres, regroupant toutes sortes d’individus dissidents, de blogueurs bigarrés et de vignerons désargentés, tandis que les dégustateurs en goguette se battaient pour une "larmichette" de rosé ou de pétillant, et que mes amis de la Presse débarquaient au compte-goutte des TGV bondés, j’avais décidé, en cette radieuse veille de Vinisud, de prendre la tangente, de bifurquer par Pézenas et de piquer droit au nord sur les contreforts du Larzac. L’air y est généralement plus pur, l’atmosphère plus calme. Direction Aniane où se tient, à la mi-Juillet, un petit salon du vin dont on cause de plus en plus de Nîmes à Perpignan. Faudra que j’aille voir… En attendant, j’avais un rendez-vous capital avec une icône du vin languedocien, un vulgaire Vin de Pays de l’Hérault, le Mas de Daumas GassacAh, si toutes les escapades «off» pouvaient être comme celle-ci !

Unknown-1

C’est vrai ça, qu’on le veuille ou non, chaque vignoble a ses icônes. En Champagne c’est Krug ou Bollinger, La Romanée Conti en Côte de Nuits, Ausone à Saint-Émilion, Gauby en Roussillon, et l’on pourrait ainsi sortirdes domaines légendaires dans chaque appellation protégée digne de ce nom, ou dans chaque région vineuse. Mais souvent les choses se corsent. Prenons la Provence, il y a Pibarnon à Bandol, mais plein d’autres prétendants dignes d’un titre de grand cru dans les environs immédiats : Tempier, La Tour du Bon, Pradeaux… On adule Lafite à Pauillac, mais quid de Mouton ou de Pontet Canet ? Ne sont-ils pas dignes de porter la couronne eux-aussi ? En Languedoc, c’est kif-kif. On a Mas Jullien, Peyre Rose, La Grange des Pères, Les Aurelles, le Prieuré de Saint Jean de Bébian… Stop ! Pour autant, on oublie parfois un peu vite celui qui fut le premier à y croire, le premier domaine à faire parler d’Aniane, le premier qui mit le Languedoc sur la carte des grands vins et qui fit se déplacer Émile Peynaud en personne jusque vers les terres ingrates menant aux Cévennes.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

En compagnie d’une trentaine de privilégiés, dont Jacques Perrin, Andrew Jefford, Bernard Burtschy, Raoul Salama, Alain Chameyrat, Sylvie Tonnaire et d’autres stars pinardières, je me suis retrouvé vers 13 h assis sous l’olivier, confronté une fois de plus à la gentillesse des Guibert brothers – cela m’arrive tous les dix ans depuis que je suis devenu Sudiste – face aux adorables mignardises et autres bouchées (ah, les gougères aux cèpes…) concoctées par Fabienne Perret, l’incomparable cuisinière du Mas Cambounet, près de Gignac. Un peu plus tard, dans une salle un peu trop sombre à mon goût, je me suis retrouvé assis parmi les plus fins connaisseurs du cru, ainsi que les membres du personnel et le triumvirat qui dirige actuellement le domaine, Samuel, Roman et Gaël Guibert. Des centaines de verres ventrus étaient remplis comme il le faut, la température était respectée, les bouteilles vides étaient alignées et mitraillées par les flashes des photographes, le rituel de la dégustation pouvait alors commencer.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Ici, on ne fait pas les choses en petit. Au programme, une verticale de 30 millésimes du célèbre Mas de Daumas Gassac. Incroyable démonstration que même les grands crus de Bourgogne et de Bordeaux sont incapables de faire ou refusent tout simplement de s’y mettre, et que les Guibert de la Vaissière rééditent eux tous les 10 ans. Ce Dimanche, on partait de 2012, mis récemment en bouteilles, pour remonter le temps jusqu’à 1979 en passant quelques rares étapes sans grand intérêt. Même si je ne suis pas un fan du Cabernet-Sauvignon, l’occasion était trop belle de faire une comparaison avec mes notes des trente dernières glorieuses et de vous exposer mes observations de piètre dégustateur. Une remarque : tout le monde a pu s’exprimer en un tour de table final et il est vite apparu évident qu’il pouvait y avoir des différences notoires d’une bouteille à l’autre vu le nombre de bouteilles ouvertes pour l’occasion. D’où un bémol qui s’impose en cas de velléité de critiques incendiaires. Mais comme c’était la troisième fois en 30 ans que je goûtais la plupart des millésimes sans jamais relire mes notes prises auparavant, j’étais en mesure de me faire une opinion globale relativement objective quitte, au besoin, à me corriger une fois chez moi face à des vins qui jadis me paraissaient faiblards et qui ne le sont plus aujourd’hui, voire l’inverse.

Photo©MichelSmith

Raul Salama face à Jacques Perrin. Photo©MichelSmith

Comme il y a dix ans, le roi de la série fut sans contestation 1998 tiré autour de 120.000 exemplaires comme la plupart des autres millésimes depuis plus de 20 ans. À l’époque, cela devait être en 2001, j’avais relevé « sa robe solide, son nez complexe (goudron de bois, fumée, pruneau), puissant et profond en bouche, vieux cuir, gibier, laurier, genièvre, beaucoup de hauteur et finale magistrale sur la gelée de cassis. Une architecture romane ». Cette fois-ci, j’ai pu écrire peu ou prou la même chose : « Robe solide, nez intense voire complexe (sous-bois, vieux bois, laurier), grande intensité en bouche, équilibre remarquable, bonne fraîcheur, tannins grillés en finale sur des notes tendres de gelée de cassis. Un vin de plaisir à boire dans les 5 années à venir sur une côte de bœuf ». Il y a dix ans, j’avais été fortement impressionné par 2001, me disant qu’il serait intéressant de le revoir vers 2011. En 2014, le vin ne m’a pas déçu, mais sa robe m’a parue un peu évoluée quoique la bouche était vivace, pleine, riche (notes de fenouil), tandis que matière et longueur me paraissaient prometteuses, rehaussées de touches salines et minérales. Je lui laisserai encore dix ans… pour voir. Il y a dix ans, j’étais perplexe face au même millésime dans la cuvée « Émile Peynaud » que tout le monde adulait. Nous n’avons pas goûté cette fois-ci de vins issus de cette parcelle d’un hectare plantée en 1970.

Sylvie Tonnaire (Terre de Vins), venue de Montpellier

Sylvie Tonnaire (Terre de Vins), venue de Montpellier

Ensuite, mes plus beaux vins de cette dégustations furent : 2011, excellent millésime en Languedoc, pour sa profondeur, sa puissance, son gras, la finesse de ses tannins et la subtilité de son boisé qui en font un vin de grande garde ; 2008 pour sa grande réserve, son équilibre, sa structure fraîche et savoureuse, sa haute distinction et sa superbe longueur qui font qu’il peut encore se garder une décennie au moins ; 2003, millésime tannique s’il en est, pour sa robe solide et son nez fermé, sa bouche épaisse, profonde, intense, sans oublier son incroyable fraîcheur (bizarrement, il est plus fin que tannique et j’avais déjà relevé ce paradoxe il y a dix ans) sur de jolies notes terreuses en rétro-olfaction ; 1997, que j’avais noté jadis comme étant court et sec, se révélait cette fois-ci certes trouble de robe, mais boisé, fumé et garrigue au nez, droit, parfaitement structuré en bouche, armé d’un joli fruit proche de la cerise noire, belle matière, grande longueur et finale sur des tannins bien fondus, donc un vin prêt à boire d’ici 5 ans ; 1989, enfin, fut à mes yeux le plus beau de la série des « vieux », mon jugement de maintenant ne variant guère avec celui d’il y a dix ans : belle robe, nez complexe (étoffe, sous-bois, feuillu, boisé, goudron…), gras, soyeux, fruits cuits, petite trame de fraîcheur, tannins présents (vieux cuir) et grande longueur.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Restent les « bonnes » bouteilles (2010, 2009, 2007, 2004, 2001,1995, 1994…) qui font parties de celles que l’on peut boire bientôt sans hésiter, disons dans les dix ans maximum. Notez que j’ai presque failli mettre 1995 dans mon peloton de tête.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Lorsque l’on aborde les « vieux » millésimes – rappelons au passage que le premier millésime de Daumas Gassac fut 1978, tiré à 17.860 exemplaires – les notes sont plus sévères tant et si bien que l’on peut marquer le milieu des années 90 comme étant le signe d’un changement de cap vers plus de soins qualitatifs dans l’élevage notamment. 1991 qui me semblait creux et dissocié il y a dix ans n’avait rien d’autre à dire hormis son amertume. Sans parler de 1992 qui était loin d’être net avec ses traces de moisissures. 1996, autrefois jugé austère et amer, n’apparaissait pas cette fois-ci dans la liste des vins. Pourtant pas si mal noté précédemment, 1988 s’est montré décevant plus de dix ans après, baignant dans l’alcool et l’amertume. Pas si mal jugé jadis, 1984 débarrassé de ses notes de truffe n’avait plus grand-chose à offrir.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

En revanche, on notera par souci d’honnêteté les bonnes prestations des millésimes suivants : 1985, 1983, 1982, 1981, 1980 et, un peu au dessus, 1979, le deuxième millésime du cru et le dernier de la dégustation. Ou le premier pour ceux qui avaient choisi de commencer par le plus ancien, ce qui n’était pas mon cas. Ce vin fait preuve d’une émouvante solidité : belle texture, fraîcheur, élégance… Mais, comme pour tous les vins de la décennie 80, il est grand temps de le boire sur un gigot d’agneau !

Éric Dugardin, venu de Lille.

Éric Dugardin, venu de Lille.

Pour ajouter un peu de sel à ce trop long compte-rendu et pour éviter les sarcasmes de ceux qui nous reprochent de goûter « comme des journalistes », j’ai demandé à Éric Dugardin, mon vis-à-vis de dégustation, sommelier-conseil de métier, de me faire part de son commentaire. « La verticale de Daumas Gassac sur 30 millésimes, résume-t-il, permet de constater l’importance d’un grand terroir en cabernet non-cloné sur des décennies juxtaposées. Les années 80 avaient la caricature Bordelaise et ont assurées le vieillissement. Les années 90 ont gagné en grain de tanin (93-94-95-98-2000) et en puissance alcoolique (plus Languedocien, la vigne s’acclimate). Pour le technicien : après 2000, moins de glycérol et des ph plus bas (sauf 2003) avec des extraits secs élevés. Pour le discours du sommelier une autre analyse mérite d’être développée ».

Aimé Guibert déguste son vin...

Aimé Guibert déguste son vin…

Modeste, toujours sensible au moindre compliment, la larme à l’œil pointant dès qu’un commentaire le touche, Aimé Guibert, à l’origine de ces rendez-vous particuliers, doit bien approcher le cap des 90 printemps. Depuis une bonne dizaine d’années, il a cédé la direction à ses 5 fils. Il est venu rejoindre la famille en fin de dégustation pour écouter les invités résumer leurs impressions. Je l’ai vu siffler un verre au passage. Fidèle à sa reconnaissance éternelle envers Émile Peynaud, il évoque aussi volontiers le géologue et géographe Henri Enjalbert, lequel fut le premier à lui faire comprendre qu’il avait une terre de grand cru sous les pieds.

Pour ma part, au risque de paraître indécent, mais afin de faire taire les éventuelles mauvaises langues, je souligne simplement que je ne suis pas reparti de Daumas Gassac une bouteille sous le bras. J’en profite aussi pour redire que, bien que n’étant pas un amoureux éperdu du Cabernet-Sauvignon, 1998, mon millésime préféré de Daumas Gassac, s’avère être celui qui en contient le plus, 86,7% pour être précis… avec 10% de Tannat et 3,3% de Malbec. Comme quoi, il ne faut jamais dire «Fontaine, je ne boirais pas de ton eau» ! Il y a un peu plus de dix ans, on pouvait se procurer ce vin pour une cinquantaine d’euros départ cave. Allez, à la prochaine, Monsieur Aimé Guibert ! Et portez vous bien!

Michel Smith

Mas-de-Daumas-Gassac-Rouge


2 Commentaires

Choses vues et bues à Millésime Bio

Ce mardi, Jim Budd vous a annoncé avec entrain Lundi dernier l’ouverture de la grande manifestation hivernale, Millésime Bio qui se tient tous les ans à pareille époque à Montpellier. Comme je publie après lui, il m’est difficile d’être aussi loquace. Difficile d’y revenir, à moins de vous faire partager quelques découvertes faites lors de ces trois jours, une sorte de « pot pourri » de bouteilles diverses et variées,  accompagné de portraits d’amis vignerons, sachant que je profite toujours de ce salon pour faire mon marché annuel en bouteilles de Carignan afin d’alimenter la rubrique Carignan Story. Lorsque les prix sont donnés (hélas, entre les photos, les dégustations et les notes, je n’ai pas toujours eu la présence d’esprit de les demander), il faut les entendre TTC départ cave.

Luc de Conti, avec son pet'nat de muscadelle. Photo@MichelSmith

Luc de Conti, avec son pet’nat de muscadelle. Photo@MichelSmith

Luc de Conti, chantre du Bergeracois, annoncerait sa retraite que ça ne lui ressemblerait pas. Tel d’Artagnan il brandit ses gasconnades favorites sous forme de cuvées de Muscadelle ou de Sauvignon, dont un amusant pétillant naturel de muscadelle titrant 9 petits degrés..

À côté de lui, le Gaillac du Domaine Rottier, avec un 2011 d’un rouge profond, ample, poivré, notes de violette, délicieusement frais et généreux (7,10 €).

"Extase" est le nom bien porté par une autre muscadelle –  en Monbazillac, cette fois. Un 2005 au Domaine de l’Ancienne Cure, régal de caramel au lait et de concentré de fleurs de tilleul en 50 cl (38 €).

De la Maison Trénel, ce joli Mâcon Villages blanc 2010 dense et structuré, frais, tout en fruit et gras (13 €), parfait à l’apéritif ou sur une andouillette de Bobosse.

Photo@MichelSmith

Photo@MichelSmith

Marc Bournazeau, de Terra Remota ne pense qu'à ses messages. Photo@MichelSmith

Marc Bournazeau, de Terra Remota ne pense qu’à ses messages. Photo@MichelSmith

Au domaine catalan Terra Remota, un blanc d’appellation Emporda, « Caminante » 2012, tout en matière, gaieté et densité composé au tiers de chenin, chardonnay et grenache blanc.

L’incomparable Régine Sumeire vinifie toujours un parfait Côtes de Provence «Pétale de rose» 2012, au Château Barbeyrolles. Charnu, droit, long, son rosé se déguste les yeux fermés, comme un grand blanc (environ 15 €).

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Le Domaine Sainte Croix, dans les Corbières, côté Roussillon, m’a espanté avec un superbe grenache « Celestra » 2011, un rouge à mettre en cave sans attendre.

Aimable Chinon rouge au Château de la Bonnelière, le « Clos » 2011 est un vin tout en hauteur et fraîcheur qu’il convient de boire sans trop attendre (9,50 €).

Côtes du Rhône 2012 « Parcelle Sud » de Notre Dame de Coussignac (Ardèche), à majorité Clairette : densité, richesse, gourmandise…

Intense et bouleversant Côtes Catalanes rosé 2012 à base de grenache noir du Domaine de l’Horizon, à Calce, dans les Pyrénées Orientales (30 €)…

Réjouissant Montlouis-sur-Loire "Les Bournais" 2011 (vignes non greffées sur argiles) tendu et puissant, de chez François Chidaine.

Thierry Daulhiac du Château Le Payral à Saussignac. Photo@MichelSmith

Thierry Daulhiac du Château Le Payral à Saussignac. Photo@MichelSmith

Jean-Bernard Larrieu, du Clos Lapeyre, à Jurançon. Photo@MichelSmith

Jean-Bernard Larrieu, du Clos Lapeyre, à Jurançon. Photo@MichelSmith

Surprenant, inattendu et exotique Saussignac 2009 du Château le Payral d’un moelleux tendre et intense.

À la même table, Jean-Bernard Larrieu enthousiasmait ses visiteurs avec des Jurançon troublants en sec comme en moelleux. Formidable sec de Gros Manseng "La Magendia" 2012 éclatant de raisin, long et structuré.

Chez Larmandier-Bernier, grandissime "Terre de Vertus" 2008 aussi prenant qu’épicé et long… Le "Vielles Vignes de Cramant" 2007 est d’une grande complexité au nez comme en bouche. De grands Champagne de garde !

Superbe série de blancs du secteur méridional de la Vallée du Rhône vinifiés de mains de maître par Stéphane Vedeau, probablement les plus beaux blancs du salon. Étonnant Côtes du Rhône "La Truffière" 2013 porté sur le fruit et grandissime Roussanne pure en Villages Valréas 2010 toute en longueur

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Les blancs géants de Stéphane Vedeau… Photo@MichelSmith

Un Bourgueil de garde "Buzardières" 2011 tout en volume et tannins du Domaine de La Chevalerie (19 €).

Beaucoup plus jovial et très sudiste, le "Fruit Défendu" 2013 (vieux Cinsault) du Domaine Magellan est à boire frais dès l’arrivée du printemps (environ 8 €).

Stéphanie Caslot, à gauche, et sa blonde assistante du Domaine de La Chevalerie à Restigné. Photo@MichelSmith

Stéphanie Caslot, à gauche, et sa blonde assistante du Domaine de La Chevalerie à Restigné. Photo@MichelSmith

Bruno Lafon du Domaine de Magellan. Photo@MichelSmith

Bruno Lafon du Domaine de Magellan. Photo@MichelSmith

Michel Louison en poète du rosé. Photo@MichelSmith

Michel Louison en poète du rosé. Photo@MichelSmith

Triomphal rosé 2012 en Pays d’Oc tout en finesse entièrement dédié au Cabernet Franc que l’on doit au talent de vinificateur de Michel Louison au Domaine Lamartine qu’il s’est créé avec son épouse Monique du côté de Limoux (12,50 €).

Tout en dentelle, un blanc 2013 du languedocien Domaine Turner-Pageot nous montre un Sauvignon (Vin de France) insoupçonné au fruité aussi fin que frais.

Gaieté, profondeur et matière dans ce rouge Minervois 2011 "Sur la Lune" du couple Bojanowski dont le Clos du Gravillas est réputé pour ses vieux Carignans.

Et pour finir, le sourire ensoleillé de Nicole Bojanowski du Clos Gravillas à Saint-Jean-de-Minervois. Photo@MichelSmith

Fly me to the moon, semble dire le sourire ensoleillé de Nicole Bojanowski du Clos Gravillas à Saint-Jean-de-Minervois. Photo@MichelSmith

De nombreux salons "Off" se déroulaient en marge du salon et j’ai profité de celui organisé par le Vin de mes Amis pour aller goûter la cuvée "Solidarité" vinifiée par Édouard Fortin dont je vous avais narré la triste histoire il y a quelques temps dans ce blog. C’est un beau rouge qui rassemble les vins donnés par tous ses copains vignerons afin de l’aider à se redresser et à reprendre espoir. Le vigneron était fier de m’annoncer que ma commande serait bientôt honorée. Je suis ravi d’avoir modestement contribué à la relance de son domaine.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

PS Une pensée pour les vignerons de La Londe Les Maures auxquels je souhaitais rendre visite. Par manque de temps, je n’ai pu aller goûter leurs vins. Je pense surtout au Château Les Valentines qui viennent de m’adresser ce reportage photographique que je voudrais partager avec vous ici.

Michel Smith


5 Commentaires

Crozes-Hermitage rouge : les bonnes affaires du Rhône septentrional ?

Il y a un mois ou deux, j’ai fait part dans ce blog de mon mécontentement à propos d’une manifestation organisée à Paris autour des vins de Crozes-Hermitage dont les conditions rendaient la dégustation très difficile, voir impossible. Les responsables ont parfaitement réagi en me proposant l’envoi d’échantillons afin que je puisse mieux juger des qualités relatives de certains de ces vins. Voici donc ma vision des vins rouges de Crozes-Hermitage dans les millésimes actuellement disponibles sur le marché, sur la base des 35 échantillons dégustés. Je parlerai des blancs une autre fois.

Pays-de-l'Hermitage

Photo: Crozes-Hermitage Commune

Autour du 45e parallèle, sur la rive gauche du Rhône, l’appellation Crozes-Hermitage concerne 11 communes du département de la Drôme. Un superficie de près de 1.650 hectares fait de cette appellation la plus étendue du Rhône septentrional (devant Saint Joseph). Sur le plan de la taille uniquement, il s’agit donc d’un grand parmi les petits, car l’ensemble des appellations septentrionales ne pèse qu’environ 5% dans le vaste ensemble des vins de l’aire rhodanienne française. Si le climat est globalement homogène sur cette aire, la topographie fait varier les situations individuelles des parcelles en matière d’altitude, de pente et d’orientation. Ne comptez pas sur moi pour une présentation de la géologie locale, il y a des spécialistes pour cela ! Les règles de l’appellation en matière de cépages sont assez simples : si c’est rouge (92% de la production), c’est fait avec de la syrah ; si c’est blanc, on peut faire appel à de la marsanne et à de la roussannne.

Cet article ne concerne que les vins rouges et touche à trois millésimes dégustés, selon les vins : 2010, 2011 (majoritaires) et 2012. Il faut évidemment noter que tous les producteurs de l’appellation n’ont pas jugé bon d’envoyer des échantillons : la notoriété des ce blog a beau s’étendre jusqu’en en Asie (voir l’article de samedi dernier), elle a tout de même ses limites!

Je pense néanmoins que cet échantillonnage, qui doit représenter plus de la moitié de l’appellation, est assez représentatif. Pour respecter la volonté des lecteurs, je ne mettrais pas de notes cette fois-ci, même sur 5 ou sur 20. Mais, comme je note toujours les vins pour mes propres besoins, je dois vous dire que les notes de l’ensemble des vins se trouvaient dans une fourchette entre 10/20 et 16/20, et que tous les vins que je commente ci-dessous étaient notés à 14,5/20 ou plus. La moyenne était donc assez élevée et j’ai trouvé la qualité relativement homogène.

Mes vins préférés

Millésime 2010 (9 vins dégustés)

Classique de Clairmont

Ce vin séduit par un beau nez de fruits noirs qui est assez suave et plein, allégé par une pointe de fraîcheur. En bouche, les tanins sont souples et la matière contient de la fraîcheur qui n’a rien d’agressive. Bonne longueur pour un vin assez gourmand à boire jeune. Je ne connaissais pas la production de cette cave coopérative qui a clairement des atouts (désolé), dont cette cuvée entrée de gamme.

Prix plus que raisonnable de 9 euros.

Domaine des Grands Chemins, Delas

Si le nez est un peu animal (réduction ?) ce que j’ n’aime pas du tout, la bouche se rattrape bien avec une structure dynamique et ferme basée sur une belle matière. Ce domaine appartient à Delas Frères, un bon négociant propriété de la maison de Champagne Deutz. Le vignoble est mené avec sérieux, est les vins sont fiables.

Prix: environ 18 euros, soit le double du vin précédent, ce qui n’est pas très favorable en terme de rapport qualité/prix.

Les Clos, Delas

Sélection parcellaire du producteur précédent, ce vin a un très joli nez qui dévoile beaucoup de finesse. La précision de son expression  fruitée est exemplaire, les tannins sont au service de l’ensemble sans chercher à écraser le tout, et l’ensemble est mur et très gourmand. Un des mes vins préférés de la série.

Prix autour de 22 euros.

Guigal

Je trouve ce vin exemplaire, car produit à 500.000 exemplaires et d’une qualité très régulière. On parle sans arrêt, dans des revues pour snobs faussement "rebelles" qui cherchent la mode éphémère, de cuvées microscopiques et introuvables, mais si l’on déguste à l’aveugle et sans biais, on ne peut que rendre hommage à des producteurs comme Guigal qui allient, depuis longtemps, volume et qualité. Le nez est fin, suave et parfaitement équilibré. C’est un joli vin direct dans son expression, souple mais assez complet et d’une bonne longueur.

Prix (excellent rapport plaisir/prix) : 13 euros

Domaine Belle, Roche Pierre

Le nez est superbe, très complet avec une magnifique expression de fruit. Le boisé est encore présent en bouche et assèche un peu la finale. Va peut-être s’équilibrer dans un an ou deux car il s’agit d’une cuvée de garde.

Un peu cher à 27 euros et dans un flacon inutilement lourd.

Nouvelère, Philippe et Vincent Jaboulet

Issue de très vielles vignes de la propriété familiale, cette cuvée est clairement destinée à une garde d’au moins 5 ans. Les nez est intense, mais, dans ce cas, le boisé est très bien supporté par la densité de la matière (il n’est pas perceptible), à la différence de la cuvée de base du même domaine.  Superbe matière et grande longueur.

Prix : 17 euros

Autres vins dégustés dans ce millésime : Domaine de la Ville Rouge, Terre d’Eclat ; Domaine Pradelle, les Hirondelles ; Philippe et Vincent Jaboulet (cuvée de base)

Millésime 2011 (21 vins dégustés)

Emmanuel Darnand, Les Trois Chênes

Un nez mur et expressif, très fruité. Aucune trace des notes végétales qui semblent marquer certaine cuvées de ce millésime. En bouche c’est assez dense et complexe, parfaitement net au-dessus d’un fond qui porte encore l’empreinte de son élevage. Une bonne cuvée de garde qui aura besoin de 3 à 5 ans de cave.

Prix : 19 euros

Domaine Michelas St. Jemms, La Chasselière

Une très belle qualité de fruit dans ce vin, qui se montre intense, mure et fine de texture. Très joli vin, fait avec des raisins de bonne maturité. Matière bien extraite, sans aucun excès.

Prix : 17 euros

Domaine Michelas St. Jemms, Terres d’Arce

Le nez est encore bien marqué par son élevage en fûts, ce qui lui a aussi apporté une magnifique finesse de texture et se saveurs. Peut-être qu’une part moins importante de bois neuf aurait permis une meilleure expression de fruit, car la matière était clairement de qualité. Aura besoin d’un an ou deux pour trouver sa voie, mais très prometteur..

Prix inconnu, mais probablement plus de 20 euros

Yann Chave, Le Rouvre

De la fraîcheur au nez, malgré une pointe de réduction. Ce vin a pris le parti du fruit, qui domine l’ensemble de belle manière. Juteux et très gourmand, c’est presque délicat et tout à fait délicieux.

Prix : 18 euros

Paul Jaboulet, Domaine de Thalabert

Avec le Crozes de Guigal, voici un autre "classique" de cette appellation pleinement réussi. Le nez est fin et bien équilibré et l’ensemble très bien fruité avec un peu de structure derrière. Délicieux à boire maintenant, positionné entre cuvées à boire jeunes et cuvées de garde, ce vin est d’un bon niveau à ce prix-là.

Prix : 17 euros

Luc Tardy, Domaine du Murinais, cuvée "vieilles vignes"

Je me méfie un peu de ces mentions "vieilles vignes" car il n’y a aucune définition de l’expression, mais, dans ce cas, cela semble justifié car les parcelles ont 39 et 45 ans. Un élevage mixte bois/béton a conservé l’intensité des arômes de cassis au nez et le boisé est parfaitement intégré. La matière en bouche est riche et complexe, avec un très beau fruité et une texture soyeuse. Excellent vin dans un style à mi-chemin entre les vins à boire jeune et les cuvées nettement orientées vers une garde. Un de mes préférés dans cette série.

Prix : 18 euros

David Raynaud, Domaine Les Bruyères, Entre Ciel et Terre

Malgré un nez réduit, il y a une belle matière en bouche, assez dense mais qui contient encore un peu de CO2, ce qui perturbe la texture. Cela est probablement fait exprès pour protéger ce vin qui n’a pas de soufre ajouté. Intense, il aura besoin d’un peu de temps pour trouver son équilibré et s’épanouir. En attendant, il faudrait le conserver au frais. Un bon vin pour amateurs (fortunés) de vins "sans soufre".

Prix : 28 euros, ce qui me semble assez cher

Charles et François Tardy, Les Mâchonniers

Très joli fruité au nez, avec une expression nette et bien mûre qui se confirme ensuite parfaitement en bouche. Un magnifique vin de plaisir immédiat, juteux, équilibré et harmonieux.

Prix : 18 euros

Cave de Tain, Les Hauts du Fief

La cuvée haut de gamme de la Cave de Tain est issue d’une sélection de vins de différentes parties de l’appellation. Le boisé domine un peu au nez, mais il y a une belle matière derrière. Sa structure encore un peu anguleuse demandera deux ou trois ans pour se fondre.

Prix : ?

Domaine Remezières, cuvée Christophe

Grace à des fruits manifestement mûrs, ce vin possède une matière de belle finesse, riche mais pas à l’excès. Son élevage est parfaitement maîtrisé et je n’ai perçu aucune présence intrusive de notes boisés, malgré l’emploi de 70% de barriques neuves. C’est un cuvée ambitieuse, issue de très vielles vignes (65/70 ans), qui semble destinée à une petite garde est qui est parfaitement réussite. Un des meilleurs vins de la série, il est aussi celui qui présente le meilleur rapport plaisir/prix.

Prix : 15 euros

Autres vins dégustés dans ce millésime: Domaine Ferraton, la Matinière; Gaylord Machon, cuvée Ghany ; Domaine Melody, Premier Regard; Domaine Mucyn; Eric Rocher, Chaubayou ; Domaine Belle, Les Pierrelles ; Chapoutier, Meysonniers; Chapoutier, Les Varonniers; Cave de Tain (cuvée de base) ; Emmanuel Durand, Mise en Bouche; Domaine du Colombier, cuvée Gaby.

Millésime 2012 (5 vins dégustés)

Domaine Aleofane (Natacha Chave)

Encore un peu dense par sa matière juvénile et  riche, ce vin possède une très belle fraîcheur et fait preuve de beaucoup d’intensité et de finesse. Très prometteur.

Prix : 17 à 20 euros

Luc Tardy, Domaine du Murinais, Les Amandiers

Le nez a encore besoin de se stabiliser mais la matière en bouche est d’une belle richesse.

Prix : 12 euros

Autres vins dégustés dans ce millésime: Christelle Betton, Espiègle; Christelle Betton, Caprice; Etienne Bécherais, Le Prieuré d’Arras.

Petite conclusion

Globalement, les vins de cette série présentaient un très bon niveau. Il faut toujours faire attention à relativiser ses jugements dans ce genre d’exercice. Si Crozes-Hermitage est la plus grande (et  la moins chère) des appellations du Rhône septentrional, ses vins ne pèsent pas lourd face aux grosses divisions du Rhône Sud. Par conséquent, les rapports plaisir/prix ne sont pas à situer sur la même échelle. Car, si on peut trouver de vins splendides en Côtes du Rhône du Sud pour moins de 10 euros, il faut mettre environ le double pour avoir à peu près le même rapport à Crozes. Mais vous avez une pure syrah issue de son lieu d’origine probable.

Parmi les déceptions de cette dégustation, je dois ranger les deux cuvées de la Maison Chapoutier. Alors que les autres Maisons historiques de la zone (Guigal, Jaboulet et Delas, ainsi que la Cave de Tain) ont tous placé un vin parmi les meilleurs de cette série, je n’ai pas trouvé les vins de Chapoutier dignes de leur réputation. Une cuvée (en 2011) m’a paru diluée et pas mûre, et l’autre (également un 2011) était totalement écrasé par son élevage, avec un jus assez maigre derrière.

Mais il y avait une grande majorité de bons ou de très bons vins. Il s’agit donc d’une appellation largement digne d’intérêt.

David

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Joignez-vous à 9  360 followers