Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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A bas le protectionnisme des cépages: le cas du teran

Je rebondis ici sur un sujet abordé dans ce blog très récemment par Hervé Lalau dans un excellent papier avec lequel je suis en parfait accord.

http://les5duvin.wordpress.com/2013/05/01/les-cepages-sont-a-tout-le-monde/

On voit, de temps en temps, une région, voire un pays, tenter de jouer la carte du protectionnisme avec certaines variétés de vigne pour étouffer toute concurrence. Autant je considère qu’il est tout à fait légitime et souhaitable d’avoir une législation claire qui protège une appellation géographique en la rendant exclusive à son origine, autant une telle approche ne peut en aucun cas être justifiée pour un cépage dont l’origine géographique est toujours incertaine et difficile à cerner dans le temps, sans parler du fait que son étendue géographique traverse largement nos frontières politiques actuelles.

teran

grappe de Teran, de la famille des Refosk

Un cas actuel m’amène à parler de ce sujet mais j’ai aussi le souvenir qu’il y a quelques années l’Alsace a tenté de mettre main basse sur deux cépages, le Riesling et le Gewuztraminer, en empêchant d’autres régions françaises d’en planter (ndlr: un arrêté de 2012 interdit l’usage de ces cépages en Vin de France, de même que certains cépages savoyards).

Vu que ces deux variétés, et surtout le Riesling, sont très plantés dans d’autres pays et sont probablement originaires de l’Allemagne de toute façon, je trouve cette attitude absurde et je ne comprends pas que l’INAO en France ait pu l’appuyer, obligeant même un très bon vigneron, Jean-Louis Denois, d’arracher ses parcelles de ces deux variétés au-dessus de Limoux ! Et maintenant, on en replante parce que la législation européenne interdit, paraît-il, ce genre d’absurdité. Espérons qu’elle refuse alors à la Slovénie ce qu’elle essaie d’imposer à son voisin du Sud, et peut-être aussi à l’Italie !

paysage d'Istrie

Paysage d’Istrie, en Croatie, un des berceaux du cépage Teran (photo DC)

 

Un cas d’école

Le cas actuel dont j’ai parlé se passe entre la Slovénie et la Croatie autour d’un cépage rouge, le Teran, ou Terrano. La variété est connue en Istrie (Croatie) depuis le 14ème siècle mais se trouve aussi en Slovénie et en Italie. Comme toute variété ancienne il a pas mal de synonymes : Cagnina (en Frioul et Emile-Romagne), Rabiosa Nera (Breganza), Refosco del Carso, Refosk ou Refosco d’Istria (Slovénie et Croatie). Mais il s’agit bien d’une variété distincte du Refosco dal Pedoncolo Rosso, avec laquelle elle a longtemps été confondue.

Nous savons que les frontières politiques non seulement ne sont pas constantes dans le temps (et l’ex-Yougoslavie en est un excellent exemple), mais ne peuvent pas être étanches au mouvement des plantes, par exemple. De plus, il est très hasardeux de dire avec précision où une variété de vigne à vu le jour pour la première fois.

Je ne vois pas alors comment un seul pays ou région peut être autorisé de s’accaparer un cépage. C’est pourtant ce que la Slovénie essaie de faire en ce moment en empêchant des vignerons croates, de la région d’Istrie où il y a quelques 400 hectares de la variété plantés, d’utiliser le nom Teran pour leur vins qui en sont pourtant issus ! Même si, de nos jours, cette surface ne représente qu’environ 8% du vignoble de cette belle région qui borde l’Adriatique, en regardant les archives, on constate qu’il y en avait quelques 35,000 hectares de teran en Istrie vers 1880. Environ 25 producteurs croates mettent en bouteille des vins issus du seul cépage teran de nos jours, et ils se voient confrontés à l’interdiction d’appeller leur vin par son nom de cépage légitime par une sombre manoeuvre opéré par la Slovénie pour garder l’exclusivité du nom Teran sous la législation européenne. Et la Croatie entrera dans l’Union Européenne en juillet 2013.

terra rossa

 Terra Rossa en Istrie, sol qui semble convenir au cépage Teran (Photo DC)

J’ai pu dégusté, à diverses reprises, plusieurs vins issus de cette variété, aussi bien slovènes qu’italiens ou croates. Un récent voyage en Istrie m’a permis de goûter les vins croates qui figurent ci-dessous. Le Teran (ou Terrano) semble particulièrement adapté à des sols calcaires rouges, riches et fer, et c’est là où on le trouve, du moins en Slovénie (sur le plateau de Kras), et en Istrie croate.

Il produit des vins assez tannique mais pas très colorés, avec une acidité élévée et un alcool plutôt faible. Sa localisation sur certain types de sols lui a donné des appellations associées quand il est utilisé seul : Terrano del Carso, en Italie; Kraski teran, en Slovénie ; Istarski teran, en Croatie. Mais on le trouve aussi parfois en assemblage. L’influence historique de l’Italie dans ces parties proches de la mer Adriatique de la Slovénie, comme de la Croatie, a été considérable et l’italien y est souvent la deuxième langue.

florr detail et Koslovic (2)

Ivan Damjanič (photo DC)

Damjanič, Clemente 2009

(60% merlot, 20% cabernet sauvignon, 15% teran, 5% borgonja)

Le teran a été séché en cagettes, puis macéré pendant 2 mois afin d’assouplir ses tannins et réduire son acidité naturellement élévé.

Le vin porte encore l’empreinte de son élévage sous bois (14 mois, puis 10 mois en cuve inox) et montre la souplesse et le fruit du merlot, bien associé à l’acidité et à l’astringence des deux variétés locales (la variété borgonja, dont il n’en reste que très peu en Croatie, n’est autre que le blaufrankisch). Un beau vin qui sera à son meilleur d’ici un an. 15/20.

Prix conso: 16,50 euros

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La cuvée Clemente, à droite, de Damjanič (photo DC)

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La belle gamme de vins de Benvenuti (photo DC)

Benvenuti Teran 2009

Le nez oscille entre l’animal et la cerise griotte. C’est structuré, assez intense, et un poil rustique à cause de tannins pas trop aimables. Très juteux quand même, mais j’ai soupçonné une petite touche de bretts. 14/20

Prix conso: 18 euros (ce qui m’a semble assez élevé pour ce vin d’un producteur qui fait par ailleurs des vins tout à fait remarquables en blanc avec le cépage Malvazia)

Koslovic sign

Les installations de Kozlovič sont à la pointe de la modernité (photo DC)

Kozlovič, Teran 2012

(un échantillon en cours d’élevage, fermentation en cuve bois)

Un fruité somptueux qui est porté par une très belle acidité. Croquant et ferme, semble moins tannique que le 2011. 15/20 (note provisoire)

Prix conso: probablement 10 euros (pas encore en vente)

florr detail et Koslovic

Kozlovič, Teran 2011

Vin fin finissant très sec, avec un fruité qui rappelle des baies noirs sauvages. La structure est délicate mais ferme par ses tanins pourtant bien  intégrés. La finale est claire et bien fruité. Délicieux. 14,5/20

Prix conso: 10 euros

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Antonella  Kozlovič, avec son mari, a bien développé cette affaire familiale

(photo DC)

Kozlovič, Othello 2009

(70% teran, 15% cabernet sauvignon, 15% merlot)

Très belle richesse dans la matière, mais aussi une superbe fraîcheur aporté par le teran. Une pointe d’amertume en finale qui caractérise souvent cette variété. Excellent équilibre dans ce vin encore austre mais fin. 15,5/20

Prix conso: 12 euros

Cossetto, Teran 2009

Robe assez intense mais nez pas très net. Le boisé est excessif et donne un aspect caramel aux saveurs qui devient vite envahissant. 11/20

Prix conso: inconnu

J’espère, pour conclure, que le bon sens prévaudra dans cette affaire qui est aussi lamentable et dérisoire que tous les autres du même genre (Alsace, Picpoul et compagnie en France, par exemple). Hervé Lalau l’a bien dit: "Les cépages sont à tout le monde".

David


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#Carignan Story # 168 : à boire en été, jusqu’à la Saint-André…

C’est un Coteaux de Bessilles 2012. Un peu rustique, soit, j’en conviens, et goûté à l’emporte-pièce, je l’avoue, après une matinée de dégustations et un après-midi de practice de golf lors des journées Millésimes en Languedoc organisées au Château des Carrasses, entre Narbonne et Béziers,  par Clair de Lune, une agence de RP très active dans le Sud… Cette soirée, sorte de soirée de clôture, était consacrée aux IGP et, bien entendu, la plupart des participants avaient préférés leurs merlots, syrahs & co sous prétexte qu’évidemment un pur Carignan ne pouvait que gâcher la fête et ne pas intéresser les nombreux journalistes internationaux présents.

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Bruno Peyre, Clos des Clapisses. Photo©MichelSmith

Seul mon pote Bruno Peyre, du Clos des Clapisses, malicieux comme à son habitude, avait osé présenter son Carignan, non pas en rouge, mais en blanc et en rosé. Bien joué le Bruno ! Comme par hasard son stand, si on peut appeler une table un stand, était dévalisé par des journalistes chinois ou danois dont la curiosité avait été aiguisée par la belle acidité du Carignan. Ne souhaitant pas faire un énième papier sur un énergumène pour qui mon cépage chéri est adulé, j’ai cherché désespérément ailleurs, du Carignan, du bon et du vrai, du rouge quoi. C’est alors que j’ai rencontré Jean-Louis Reffle, lequel avait mis sa plus belle chemise pour l’occasion.

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Jean-Louis Reffle, Directeur de la cave de Montagnac. Photo©MichelSmith

Directeur de la cave coopérative de Montagnac, dont j’avais apprécié quelques jours avant un bon Picpoul de Pinet, Jean-Louis m’a présenté sans attendre sa bouteille « de base », une cuvée bien carignanisée (à 80%, le reste en grenache), le fameux Coteaux de Bessilles cité plus haut, IGP un peu oubliée à mes yeux dans la mesure où je n’avais pas souvenance d’en avoir goûté depuis des lustres. Oh, à 3,50 € départ cave, tiré à 120.000 bouteilles, il ne faut pas s’attendre à quelque chose d’extraordinaire. Le « Saint-André », puisque tel est son nom, est un vin facile et léger, sans trop d’aspérités et très « coulant », qui se laisse boire sans souci comme on dit maintenant et que j’ai bu sans me plaindre sur la grillade de saumon, plat typiquement languedocien s’il en est.

Le Saint-André. Photo©MichelSmith

Le Saint-André. Photo©MichelSmith

Bon, comme je suis de bonne humeur, je ne vais pas insister sur l’originalité d’un tel mets parfaitement ancré dans la gastronomie locale (pas même un petit pâté de Pézenas à se mettre sous la dent !) qui montre que, lorsqu’il s’agit d’impressionner la presse internationale, nos édiles viticoles manquent souvent d’idées et de savoir-faire. De ce côté-là, Sud de France et consorts ont encore bien des progrès à réaliser… Ne titrant que 12,5°, fait à partir de vignes de Carignan d’un âge respectable (50/60 ans) vendangées à la machine, vinifié à chaud après une macération de 8 à 12 h, mon petit « Saint-André » fait partie de ces vins du Midi peu glorieux et pourtant attachants que l’on prend plaisir à vider de temps en temps, surtout quand vient l’été et que vos amis vous ont autorisé à le servir frais ! Je conseille donc de le boire lors d’une grillade ou d’un pique-nique d’ici la Saint-André (30 Novembre), avant que l’hiver ne fasse des siennes.

Sur la terrasse du Château des Carrasses. Photo©MichelSmith

Dégustation sur la terrasse du Château des Carrasses. Photo©MichelSmith

Au fait, si d’aventure vous passez par là cet été, non loin de Pézenas, profitez-en pour vous balader sur le circuit balisé par la cave où s’exposent de nombreuses statues de pierre représentant des scènes et des personnages liés au vin

Michel Smith

PS Un savoureux cadeau au passage : ce joli texte de Vincent Pousson un confrère carignophage dont le blog me réjouit toujours, un texte sur un personnage habitué de nos pages, j’ai nommé Léon Luc Charlier dont la cuvée « La Loute » est ici encensée à juste titre. Il s’agit-là d’un Carignan de garde dont je vous ai déjà causé dans cette rubrique. Et puis, rien ne vous empêche de visiter le blog de ce personnage hors du commun qui parle de tout et de n’importe quoi, mais qui adore s’emporter pour un oui, comme pour un non.

Bonne lecture !


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Le chenin, ou comment en parler…

Le chenin blanc, alias pineau de Loire, est indéniablement un grand cépage. Pour moi, il a certaines similitudes avec le riesling, auquel il n’a pas grande chose à envier sur le plan de la finesse de son acidité, ni la précision de ses saveurs quand il est bien fait. Il est peut-être un peu plus versatile, en produisant, en Val de Loire, des bulles, des secs, des demi-secs et des moelleux, seul ou parfois en assemblage avec d’autres variétés.

Mais, sur le plan mondial, le chenin n’a pas (encore) percé comme le chardonnay, le sauvignon blanc ou même le pinot gris. Et puis, comme le chenin n’est guère planté qu’en Afrique du Sud et en France, cette situation risque de durer un bout de temps. Surtout parce que les producteurs français continuent à cacher son identité derrière des noms d’appellations géographiques peu connues car très réduites en taille et modestes sur un plan historique, malgré quelques éclats içi et là. Hormis les habitants du Val de Loire et quelques amateurs avertis, qui sait de nos jours que le chenin est le cépage des Vouvray, Montlouis, Saumur blanc, Anjou blanc, Savennières, Layon, Quart de Chaume, Bonnezeaux et d’autres appellations ligériennes?

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Une grappe de Chenin Blanc (Photo chrisada)

"Pas du chenin, du Vouvray…"

Ce genre de débat sur la manière de décrire des vins n’est guère à la mode en France, tant est-on obsédé par «l’identité du terroir» comme ultime (et seule « authentique ») manière de donner la clef du profil organoleptique d’un vin. J’ai même vu, il y a quelques années, l’appellation Vouvray refuser de participer à une colloque international sur le cépage chenin blanc en arguant de la position suivante : «nous ne faisons pas du chenin, nous faisons du Vouvray».

Ce genre d’ignorance des réalités des marchés, mêlée à de l ‘arrogance pure et dure, fait partie des facteurs qui limitent le maintien des parts de marché des vins français dans les marchés à l’export. Je suis bien d’accord que le cépage n’est pas le seul élément identitaire d’un vin. Mais le «terroir» non plus. Et il faut bien reconnaître que la plupart des consommateurs du monde identifie (avec plus ou moins de précision, certes)  le style d’un vin par son cépage majoritaire. Ignorer cela, c’est faire la politique de l’autruche.

Tout ceci en préambule à quelques dégustations récentes de vins secs issus du cépage chenin blanc, majoritairement réalisés lors d’une opération promotionnelle organisée par l’AOC Anjou Blanc à Paris, puis avec quelques autres vins dégustés à un de mes bars-à-vins préférés, le Café de la Promenade, à Bourgueil, à mi-chemin entre Tours et Saumur/Angers : autrement dit au cœur de la zone des plantations du chenin en France.

Du moment ou on accepte de subdiviser les territoires d’un pays en de multiples zones nommés par des symboles (villes ou régions) censés distinguer leur identité géographique, il est à peu près inévitable que les responsables de ces zones tentent de renforcer ces identités par des messages de communication diverses. En matière de vin cela prend généralement la forme d’un «terroir», et, puisque c’est à la mode, ce « terroir » est identifié très souvent à une nature de sol. La récente dégustation d’Anjou blancs à laquelle j’ai fais référence n’a pas échappé à cette petite règle.

Le thème proposé était même intitulé «discussion sur les grands chenins de schiste». Par opposition, m’a expliqué Patrick Baudoin, pour qui j’ai la plus grande estime par ailleurs, aux chenins issus de sols calcaires qui se trouvent de l’autre côté d’une certaine faille géologique, et qui correspondrait, plus ou moins, à la séparation entre les aires d’appellation Anjou et Saumur. Je ne suis pas géologue et je dois dire que je me fous un peu du sujet qui me semble relever plutôt d’un débat sur le sexe des anges, tant les paramètres du goût d’un vin sont multiples.

Ce qui me semble essentiel dans ces dégustations, et au sujet du chenin blanc en général, est qu’il y a de très beaux vins secs élaborés dans cette région et avec ce cépage.

Le chenin du succès: voyez Cahors…

Et c’est de cela que je vais vous parler à travers les quelques commentaires qui vont suivre. Je dirai simplement, en guise de conclusion à mes remarques de préambule, que la cause du chenin blanc au sans large serait bien mieux servie en mentionnant le nom du cépage sur tout les vins qui en sont issus, quelque soit leur zone géographique de production. Un peu à la manière de Cahors qui assume pleinement son cépage malbec, et avec les résultats positifs à l’export que l’on connaît. Il est possible, selon moi, de réconcilier vision large (le cépage) et identité locale (l’appellation, voire aussi la parcelle).

Et les bons vins de chenin dans tout cela ?

Voici la liste de mes préférés (avec, il faut le dire, une fourchette de prix d’une largeur étonnante).

Anjou blanc, Château de Brossay, Les Neprons 2011

Robe soutenue et nez plaisant, avec des touches de miel et de tilleul. Assez ferme en bouche, autour d’une acidité bien présente mais correctement intégrée.

Prix : 5,50 euros

Anjou blanc, Château de Fesles, La Chapelle 2011

Très beau nez harmonieux, plus fin qu’intense. Le fruité est discret mais la texture soyeuse. Bonne longueur toute en finesse.

Prix : 12 euros

Anjou blanc, Domaine Richou, Les Rogeries 2011

Un joli nez, complexe à souhait. Matière dense et un peu crayeuse autour d’un fruité délicat. Fringant, à défaut d’être très long en bouche.

Prix : 12,90 euros

Anjou blanc, Domaine Patrick Baudoin, Le Cornillard 2010

Nez intense aux arômes complexes. Une très belle vivacité égaie l’ensemble, même avec la « malo » faite. Vin juteux d’une très belle longueur. Remarquable équilibre de l’ensemble. Un des mes vins préférés.

Prix : 21,40 euros

Anjou blanc, Domaine de Bablut, Ordovicien 2009

Une belle matière riche qui donne un vin sec et presque tannique (j’ai remarqué cet aspect tannique du chenin dans plusieurs de ces vins). Intense, vibrant et long très bien équilibré.

Prix : 9,90 euros

Anjou blanc, Château de Pierre Bise, Le Haut de la Garde 2009

Un nez riche et bien complexe. Malgré une relative rondeur et beaucoup d’intensité, ce vin reste vibrant, avec une belle longueur. Une pointe de chaleur en finale signe un millésime à grande maturité.

Prix : 8 euros (ce qui me semble donner le meilleur rapport qualité/prix de tous les vins dégustés).

Anjou Blanc, Domaine de Montgilet 2012

Le meilleur des vins « jeunes ». Déjà une certaine complexité, du fruit et de l’intensité.

Prix : 8,30 euros

Anjou Blanc, Thibault Boudignon 2011

J’ai dégusté ce vins à deux reprises, avec des résultats un peu différents (ce qui arrive !).

J’ai aimé, une fois, son nez complexe, de fruits blancs et de citron. Il m’a paru alors droit, juteux et fin, alors que je l’ai aussi, à une autre occasion, trouvé dur et manquant de fruit. Excellente longueur.

Prix : 18 euros

Saumur blanc, Domaine des Glycines 2011

Vif, simple et bien fait, avec des saveurs franches et une matière salivante. Bonne longueur sur une finale crayeuse.

Prix : 16 euros (un peu élevé à mon avis)

Saumur blanc, Chemin du Puy 2008 (Frédéric Mabileau)

Avec sa bouteille lourde et son bouchon très long, ce vin annonce des ambitions, comme son nez riche et beau, au boisé assumé. Mais sa précision en bouche et la finesse de sa texture le fait paraître bien moins puissant, plus fin et cristallin.

Prix : 25 euros

David Cobbold


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Les Muscadets avec les autres

Il y a des bonnes idées qui sont parfois mal exploités. Prenons le cas du caviste Yves Legrand, également marathonien, triathlète, Iron Man, et plus encore à 66 ans, mais aussi vigneron, vendeur et buveur de vin, basé à Issy-les Moulineaux. Ulcéré pas le bas prix et la renommé sinistrée des vins de Muscadet, cet homme s’est mis en tête d’aider les meilleurs vins de cette appellation en grande difficulté à se vendre à leur juste prix, c’est à dire au niveau des bons vins blancs d’ailleurs. Et il a proposé une opération de promotion formidable auprès de tous les cavistes de France qui a capoté par la bêtise de quelques administratifs hors contact avec le terrain. Passons!

Car Yves Legrand a eu une autre très bonne idée : confronter une sélection de bons vins de Muscadet à quelques bons vins blancs d’autres régions de France, à l’aveugle et avec avec un jury de journalistes. Jeudi 18 avril j’ai donc pu participer à une dégustation de 17 vins blancs, dont 7 Muscadets. Les vins étaient issu de différents millésimes et tous vendus par Yves dans ses boutiques, sauf 6 des 7 Muscadets. Les prix variaient de 8 euros à 100 euros, avec les 7 Muscadets occupant le créneau bas, entre 8 et 13,50. Tous les vins étaient mis en carafe à bonne température identique, numérotés, et les dégustateurs fixés sur deux objectifs : (1) Noter son plaisir sur 20 et (2) Indiquer le prix que nous pensions mettre sur chaque vin dans le commerce.

Muscadet 1

Les dégustateurs au travail dans les belles caves en craie du Chemin des Vignes, à Issy-les-Moulineaux (photo David Cobbold)
 

Nous ne savions rien de l’origine des autres vins, et le but, bien souligné par Yves, n’étaient pas de dire que le Muscadet écrase tout, ou bien le contraire, mais simplement de donner sa chance à ces vins dans un univers concurrentiel large et ouvert. On l’a découvert pour certains vins pendant le dégustation, pour d’autres après : cet univers (hors Muscadet) était aussi large sur le plan géographique, allant de L’Alsace au Roussillon en passant par la Bourgogne et la Loire que sur celui des prix (10 à 100 euros) ou même de l’âge des vins (1985 à 2011).

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L’alignement des 17 vins, après la dégustation et devant le vignoble du Chemin des Vignes, dont le vin était présent et n’a pas démérité : numéro 9, au milieu (photo David Cobbold)

Deux ou trois généralités me semble significatives à la suite de cette belle expérience. D’abord il n’est pas toujours facile de reconnaître un Muscadet à l’aveugle dans ce type de dégustation. Tel n’était pas le but de l’opération, mais je n’ai pu identifier à l’aveugle que 4 sur les 7. Ensuite, comme mes collègues, j’ai systématiquement sur-évalué les Muscadets servis, ce qui indique déjà quelque chose. Enfin un des Muscadets a reçu la meilleur note de tous les vins de la séance, et ce vin ne vaut que 8,50 euros. Dans les notes moyennes, le Muscadet Sèvres et Maine 1999 de Château du Coing de Saint Fiacre, de Chéreau-Gunther a battu, de peu, le Bourgogne 2009 du Domaine Leflaive (qui vaut plus de 3 fois son prix) et la Grande Cuvée du Domaine de l’Hortus (qui en vaut plus que le double).

Muscadet 3

Mes 5 Muscadets préférés (photo David Cobbold)

Mon petit hit parade perso était :

15,5/20). Bourgogne Domaine Leflaive 2009

15,5/20). Domaine de l’Hortus Grande Cuvée  2010

15/20). Muscadet Domaine de l’Ecu 2005 expression de Granit

15/20). Pessac Leogan, Château de Fieuzal 1985

15/20). Muscadet Sèvre et Maine, Clos du Bon Curé 1999

15/20). Vouvray Clos de la Bretonnière 2011, (Jacky Blot)

15/20). Muscadet Côtes de Grand Lieu, Domaine de l’Aujardière 2003,

Muscadet 4

Deux de mes vins préféres, Muscadets tous les deux (photo David Cobbold)

Muscadet 5

Ce qui signifie une fourchette de prix allant de 8,60 euros à 100 euros pour des vins qui m’ont donné autant de plaisir !

Que conclure ? Qu’il est maintenant évident pour moi, comme pour tous les autres participants à cet exercice,  que les bons vins de Muscadet sont du niveau d’autres bons vins blancs de France de partout. Et qu’ils méritent d’être vendu un peu plus cher que n’est le cas actuellement, de l’ordre de 10 à 15% au moins, selon le cas.


Un commentaire

Die, Tonton, qu’est-ce que tu bois?

Le saviez-vous ? Die compte parmi les plus anciens terroirs de vin à bulles au monde. Laissez donc Tonton Hervé vous en conter l’histoire…

Il était une fois au bord des Alpes un peuple qui s’appelait les Voconces, et qui produisait du vin selon une curieuse méthode; d’après Pline l’Ancien, qui les cite dans son Histoire Naturelle, ces Gaulois plongeaient les récipients contenant le vin en début de fermentation dans les rivières de leurs montagnes pour lui conserver son pétillant – le principe même de la Méthode Dioise. Pline écrivait ceci en 77 après JC, ce qui ne nous rajeunit pas. Et des outils à vocation bachique retrouvés sur le site d’une ancienne villa viticole de Pontaix confirment le passé viticole antique de la région.

Diois

Au bout du Diois

Vive le chemin de fer!

Preuve supplémentaire de la qualité des vins: au 14ème siècle, un édit interdit l’apport de vins extérieurs dans l’aire de production de la Clairette de Die.

Celle-ci connaît un premier essor au 18ème siècle, avec la création de nombreuses caves. Avec l’arrivée du chemin de fer, à la fin du 19ème siècle, elle part à la conquête du marché français; dès 1910, elle est reprise dans le classement des futures appellations. Ce statut d’AOC lui est conféré en 1942.
La production connaît un nouveau développement avec la création de la cave coopérative, en 1950. Développement qui se traduit par un accroissement de la superficie viticole.
Dans le même temps, les procédés de production sont mieux encadrés: en 1971, la Méthode Dioise Ancestrale -utilisée pour cette seule AOC- est précisée.

La méthode Dioise

Dans cette méthode, différente de celle utilisée pour les Crémants, la première fermentation est volontairement incomplète. Elle est ralentie ou arrêtée par le refroidissement du moût à basse température. Le moût est par la suite mis en bouteille, sans ajout de liqueur de tirage, et le processus de fermentation est relancé par une augmentation de la température, le dioxyde de carbone généré lors de cette fermentation en bouteille créant l’effervescence. La fermentation s’arrête naturellement lorsque le vin atteint un degré d’alcool proche de 7° à 9°. Les vins produits par la méthode rurale sont parfois troubles à cause de la présence de sédiments. A Die, on utilise un filtrage sous pression qui permet de clarifier le vin sans pour autant nuire à son effervescence.

Outre la Clairette de Die (paradoxalement, majoritairement issue de Muscat), les 31 communes de l’aire d’appellation du Diois produisent aussi le Crémant de Die (appellation reconnue en 1993). Il s’agit d’un vin effervescent élaboré selon la méthode dite traditionnelle.

En parlant de tradition, et pour ne pas rester la bouche sèche après toutes ces explications, j’ai débouché une Clairette Bio Tradition de chez Jaillance (alias Cave de Die). Voici mes notes de dégustation.

Robe : Brillant, or pâle, bulle fine. Nez: Pâte de coing, herbe fraîche, notes de fruits exotiques. Bouche: équilibrée, notes d’infusion (tilleul, camomille…) et belle nervosité, de l’élégance – il y a une vie après la touche sucrée.

Accords gourmands: tout seul, en milieu d’après-midi. Ou bien au dessert, sur des glaces, des tartes, des crumbles au fruits, ou un moelleux au chocolat.

Hervé Lalau

PS. Quand le sage montre la lune, est-ce que l’idiot regarde le Diois?

 

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