Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Not bin there, but liked it!

Mes confrères d’In Vino Veritas et moi-même confessons une certaine réticence vis-à-vis des vins australiens.
Ce n’est pas faute d’en avoir dégustés, en 22 ans. Mais très peu ont été sélectionnés.

Trop d’extrait, trop d’alcool, trop de sucre… Les raisons sont variées et se combinent parfois. Peut-être ne déguste-t-on pas les bons? Peut-être ne nous envoie-t-on pas les bons? Peut-être n’importe-t-on pas les bons?

J’ai failli aller voir sur place, l’an dernier; mais ça ne s’est pas fait. Mon billet était payé. Je devais participer à un concours de vins à Sydney. J’avais même contacté Wine Australia pour pouvoir me joindre à leur programme de visites de caves pour professionnels – ils sont annoncés sur leur site. Trois emails plus tard, j’ai renoncé. Aucune réponse. Nothing. Nada. Et pourtant, oui, j’avais les bonnes adresses.

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Et maintenant, trouver Coonawarra…

Comme je ne me voyais pas me débrouiller tout seul à 30 heures de vol de mes bases, organiser mes déplacements moi-même dans un pays si vaste, j’ai jeté l’éponge.

Et puis, n’y voyez aucune prétention de ma part, aucun ego mal placé,  mais je vis des articles que je vends; j’essaie d’y traduire mes impressions, un peu de la passion que m’inspirent une région, un producteur, un vin. C’est une approche assez personnelle. Alors donner plus de quinze jours de mon temps, loin de ma famille, pour découvrir des vignerons qui s’en tapent (ou au moins, ceux qui les représentent), ce ne serait pas raisonnable.

Mais revenons aux vins. A toute règle, une exception, voici un Australien qui a plu à notre panel. Son terroir: la terra rossa de Coonawarra. Son producteur: le géant Penfolds.

Au cas où il s’en trouverait parmi vous pour regretter que je consacre quelques lignes à une maison de cette taille (ça s’est vu ici même pour des vins de Tariquet, par exemple), je réponds par avance: je commente ce que je trouve. Par ailleurs, plus on me dira que small is beautiful, et plus j’aurai envie de vérifier par l’absurde en dégustant des vins de coopératives et de négociants  – c’est mon côté iconoclaste, je suppose. Enfin, j’ai toujours trouvé qu’il y avait du mérite à produire en gros volume une bonne cuvée accessible au plus grand nombre – plus même, parfois, qu’atteindre l’excellence sur de toutes petites quantités que seuls quelques privilégiés auront la chance de boire.

Quelques éléments complémentaires glanés sur le web à propos du vin: Bin 128 existe depuis 1962. Belle année (c’est ma date de naissance)! Un petit changement en 1980, tout de même: depuis lors, il est élevé en barriques de chêne français.

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Bin here before (Photo (c) H. Lalau 2014)

Petit avertissement pour ceux qui découvriraient les vins australiens:  son nez n’est pas commun – il exhale un fort parfum d’eucalyptus (mais aucune trace de koala!). On peut ne pas aimer, mais si l’on passe outre, on découvre un très joli panorama. La brume forestière se lève sur une bouche fraîche, poivrée, des tannins suaves. Ce Bin 128 a de la présence, de la prestance, même. Il fait plus jeune que ses 5 ans. Mais il n’est pas envahissant.

La visite se termine sur une note fumée, un peu d’encens. Voilà un beau vin de gibier. 14% au compteur, mais il n’y paraît pas.

Bin surprised. Bin pleased.

Hervé Lalau

PS. A ceux qui pensent qu’il faut aller voir le vignoble et parler avec le vigneron pour comprendre le vin, ce billet paraîtra sans doute comme un non sens. Dans le contexte de la polémique Pérez-Bettane, qui fait rage à ce sujet, n’y voyez aucune provoc de ma part. Si j’avais dû visiter tous les domaines dont j’ai commenté les vins, j’aurais plus de miles sur les compagnies aériennes que George Clooney dans In the Air. Ce n’est pas le cas, et ma foi, je pense que je ne me débrouille pas si mal. Notez quand même que ce sont ces passages dans le vignoble, ces discussions avec les vignerons qui me font aimer ce métier. Pas très cohérent, le Lalau…


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Norton (le cépage, pas la moto!)

Note : J‘avais promis, la semaine dernière, une suite à mon article sur le dosage en Champagne. Elle aura lieu la semaine prochaine car je n’ai pas eu le temps cette semaine de la préparer correctement.

Quand on me dit « Norton », je pense, a priori, à un truc un peu vieux mais sympa qui loge dans mon garage. A savoir, ceci:

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Mais Norton, c’est aussi le nom d’un cépage hybride, autrefois très répandu dans tout le nord-est et le centre des Etats-Unis. Détruit par la prohibition aussi sûrement que s’il s’agissait du phylloxera, cette variété peine à revenir des limbes et compte aujourd’hui quelques 200 hectares, je crois, essentiellement dans le Missouri et la Virginie. Il porte le nom d’un physicien et horticulteur nommé Daniel Norbonne Norton, qui vécut au début du 19ème siècle près de Richmond, en Virginie.

Selon Robinson, Harding et Vouillamoz (dans leur remarquable livre de référence Wine Grapes), il s’agirait d’un hybride entre une variété presque disparue de l’espèce vitis vinifera, l’enfariné noir, et une variété de vitis aestivalis.

Pourquoi j’en parle aujourd’hui ? D’abord parce que j’ai pu assister, samedi dernier à Paris, et grâce à Tim Johnston, à une rare dégustation de 7 vins issus de ce cépage. Ils provenaient de deux domaines différents et de 5 millésimes. Ces vins ont été importés pour l’occasion par un amateur américain, Andy Williams (pas le chanteur), fidèle client du bistrot Juvenile’s qui est devenu, en 20 ans, un véritable mini-carrefour pour quelques amateurs et producteurs du monde entier. Mais aussi parce que je trouve intéressant d’explorer les raisons de ces modes et goûts successives qui entraînent la montée en faveur ou la descente vers l’oubli de tel ou tel cultivar.

Les caractéristiques du Norton incluent une abondance de couleur et, apparemment, deux fois plus de l’antioxydant resvératrol que le cabernet sauvignon. Mais aussi une bonne acidité et très peu de tanins. En cherchant bêtement des points de repère pendant que je dégustais les vins, je me trouvait pas trop loin de certaines expression du dolcetto piémontais, mais pas exactement là non plus.

 IMG_6364Voilà les deux domaines dont les vins étaient présents à cette dégustation. J’aime bien l’étiquette de gauche, qui pourrait sortir d’un livre de Vermorel sur les cépages. 

 

La dégustation

Voici les notes prises le 18 octobre, chez Juvenile’s à Paris. L’ordre des notes est celui du service, décidé par les organisateurs.

Chrysalis Vineyards, Locksley Reserve Norton 2001

Le nez me semble un peu animal et assez nettement volatile. La sensation en bouche est pleine, lisse et chaleureuse, avec une bonne présence de fruit mais une structure qui ne repose que sur l’alcool qui domine trop l’équilibre (pas noté).

Horton Vineyards, Orange County Norton 2001

Aussi volatile que le précédent et un peu bizarre au nez. Je l’ai qualifié de  funky  dans mes notes, partiellement écrites en anglais. Présence de bois aussi, ce qui étonne dans un vin de 13 ans. Ces impressions se confirment en bouche, avec la chaleur en plus (pas noté).

Chrysalis Vineyards, Locksley Reserve Norton 2012

Bon fruité, assez chaleureux et tendant vers la confiture mais plaisamment suave en texture. Peu de structure toujours, mais une longueur décente. Ce vin semble plus complet et bien plus agréable que le 2001. (note de 13,5/20)

Horton Vineyards, Orange County Norton 2007

Assez riche au nez, avec une impression de fond que je n’ai pas senti auparavant dans cette série. La texture est fine et la structure très souple, quasiment sans présence tannique. Mais toujours cette impression de chaleur malgré le fait que les degrés annoncés ne sont pas énormes, autour de 13%. (Note de 13/20)

Chrysalis Vineyards, Estate Bottled Norton 2011

Le nez est un peu fermé mais semble avoir plus de complexité que les autres. Les saveurs fruitées ont de la fraîcheur et évoquent des baies noires. Le meilleur vin de la série avec un équilibre qui le rend très agréable. (Note de 14/20)

Horton Vineyards, Orange County Norton 2011

La fraîcheur importante de ce vin semble aller vers l’acétique. Le fruité est gourmand mais cette acidité perturbe l’ensemble. (note de 12/20)

Chrysalis Vineyards, Barrel Select Virginia Norton 2013

Le boisé est marqué mais pas d’une manière dérangeante. Une belle vivacité et un peu plus de longueur que la plupart des vins de cette série, probablement soutenue par le boisé. Belle qualité de fruit. (Note de 13,5/20)

Conclusions

Les informations fournies indiquent que ces vins se vendent aux USA pour des prix allant de 15$ à 30$ et la production est limitée. Vu le marché intérieur aux USA, il n’y a aucune chance de les voir en France un jour et ils ne me semblent pas du tout compétitifs sur un échiquier plus large que leur zone de production, où ils sont surtout achetés grâce à une forme de fierté locale. Leur principale qualité réside dans leurs saveurs fruitées, bien que celles-ci (du moins dans les échantillons présents) tendent vers le confituré. Des habitués de vins rouges tanniques les trouveront probablement trop souples, bien que leur acidité empêche toute impression de mollesse. Mais le vin, c’est la diversité, et les goûts des humains suivent le même principe.

 

David Cobbold

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Un commentaire

English Cyder, by Aspall

Pour beaucoup de Français, cidre veut dire Normandie ou Bretagne.

Avec tout ce que cela peut avoir de connotations gourmandes, certes, mais un peu réductrices – galettes, crêpes, tartes au pommes…

Le monde du cidre est pourtant beaucoup plus vaste.

D’une part, il y a l’Espagne. Certaines sources nous disent que les premiers pommiers à cidre seraient arrivés en Europe du Nord au début du Moyen-Age, depuis les Asturies et le Pays Basque – deux régions où la tradition cidricole reste forte, même si les types de produits qu’on élabore là-bas sont assez différents – ils sont appréciés « tranquilles », et non mousseux.

De là, la pomme à cidre se serait installée non seulement en France, mais aussi en Angleterre.

D’autres sources indiquent que le cidre y existait déjà au Sud et dans l’Ouest de l’Angleterre au temps des Romains, mais il semble qu’il avait été plus ou moins oublié entretemps. Quoi qu’il en soit, il y a prospéré, surtout après la conquête normande. Au point que le cidre est devenu un sérieux concurrent pour la bière dans les pubs anglais. L’Angleterre produit d’ailleurs aujourd’hui quatre fois plus de cidre, que la France, en volume.

Comme en France, de regroupement en fusions, les producteurs sont devenus de plus en plus gros et de moins en moins en moins nombreux. De plus en plus industriels, aussi. Toute comparaison avec l’industrie de la bière n’a rien de fortuit. D’ailleurs, le premier groupe de cidre britannique, Bulmer (marques Bulmer, Woodpecker, Jacques, Strongbow, Scrumpy Jack ou encore Pomagne) est propriété du géant néerlandais de la bière Heineken.

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On note par ailleurs que certains gros producteurs se fournissent aujourd’hui en concentré de pomme ailleurs qu’en Angleterre – la Pologne est devenue un gros fournisseur de ce produit de base. Le procédé est à présent si courant que certains producteurs plus traditionnels ont mis en place une nouvelle dénomination, le « Real Cider » – un produit qui doit être issu au moins à 90% de jus de pommes frais (la réglementation anglaise pour le cidre sans autre mention n’exige que 35%).

Car quelques irréductibles subsistent, qui pratiquent une cidriculture plus artisanale.

Aspall

Comme Aspall, par exemple, qui entend défendre l’héritage de son Suffolk. Aspall est d’ailleurs d’abord le nom d’un charmant village, non loin d’Ispwich. Les propriétaires, eux, s’appellent Chevallier.

Seraient-ils français? Presque. La famille est arrivée de l’île de Jersey au 18ème siècle, Clément Chevallier ayant hérité Aspall Hall.

Une de ses premières décisions, à  son arrivée, en 1728, fut de planter des pommiers qu’il avait apportés de son île. Les gens du coin le traitaient de fou. Mais ses cidres de qualité allaient rapidement lui valoir une meilleure réputation.

Clément représente donc la première génération de Chevallier dans l’entreprise. Et comme ceux-ci ont l’esprit de famille, ils ont donné à certaines de leurs cuvées le nom des plus éminents.

Clément’s Four, pour Clément. Temple Moon, pour le Révérend Temple Chevallier; Peronelle’s Blush, pour Madame Peronnelle – fondatrice de la Soil Association – le mouvement bio britannique, en 1946. Date à laquelle le domaine est passé en bio.

46 variétés de pommes!

Je n’ai aucune idée de la qualité du terroir du Suffolk en matière de pommes – c’est une région assez plate, mais apparemment assez riche en faune et flore diverses. Aspall y exploite 300 ha de vergers, traversés par la petite rivière, la Deben. On n’y compte pas moins de 46  variétés de pommes, dont la Bramley Seedling, la Grenadier, la Howgate Wonder, la Kingston Black. Un vrai conservatoire. Et ça nous change de la Golden!

Ce qui m’a séduit, justement, dans la gamme des cidre Aspall, c’est non seulement l’approche artisanale, mais la variété – chaque cidre – pardon, cyder, a sa personnalité; les couleurs vont du très pâle au doré en passant par l’ambre, la pétillance varie de forte à très faible, les arômes vont du plus serré au plus débridé. J’en veux pour exemple le Crisp Suffolk Draught Cyder, dont la pâleur, l’aromatique assez discrète, l’amertume, l’acidité et la bulle assez calme me font plus penser à une bière  qu’à un cidre. Et à l’autre bout du spectre, l‘Imperial Vintage 285, aux nez de pommes mûre, de tarte tatin, à la bulle généreuse et au subtil équilibre sucre-acidité. Et 8,2° d’alcool. Pas si loin du vin, finalement. Pensons à un Asti, ou à une Blanquette ancestrale…

Bref, un coup de coeur, que j’espère vous avoir fait partager. Et au-delà, mon intérêt pour une boisson au riche héritage, qui mériterait d’être mieux connue, d’où qu’elle vienne – même d’au-delà de nos petites frontières physiques ou mentales.

Hervé Lalau


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Quand la Savoie m’appelle, j’accours ! (1ère partie)

(Première partie : une sombre histoire de Mondeuse à Genève)

Franck Merloz, l'un des instigateurs de cette dégustation. Photo©MichelSmith

Franck Merloz, l’un des instigateurs de cette dégustation. Photo©MichelSmith

C’est encore un truc tout con, un truc de ouf. Pas un happening politique qui consiste à défiler dans les beaux quartiers avec poussettes et crucifix pour une manif anti mariage gay. Non, il s’agit d’un simple message d’un Savoyard qui défend avec conviction son terroir, ses cépages, ses vignerons. Une de ces initiatives spontanées qui fleurissent un peu partout désormais, une bouteille à la mer jetée suite à une amicale séance de provocation du genre : « Nous on fait de meilleures Mondeuses que vous » ! Et vlan ! Voilà le défi lancé. Une battle comme on dit désormais en bon Français sur les réseaux sociaux. Z’auraient pu choisir la plus belle pomme, la plus belle vache, le plus beau fromage, le plus beau lac… Non, il a fallut que maître José Vouillamoz d’un côté, Suisse de nationalité, et même Valaisan, lance un jour le défi pour que Franck Merloz, de l’autre côté du Léman, relève le gant. Résultat, ce dernier, très actif sur Twitter et sur son propre site In Roussette We Trust m’a intimé l’ordre d’être la cinquième roue du team France tendance Savoie afin de juger laquelle des dix Mondeuses présélectionnées – cinq Savoyardes, cinq Suisses – remporterait le titre de Meilleure Mondeuse des Alpes !

La Maison qui accueille notre dégustation. Photo@MichelSmith

La Maison qui accueille notre dégustation. Photo@MichelSmith

J’étais donc le seul estranger. Et j’ai accepté ce sort avec grand plaisir car cela faisait un bail que je n’avais pas mis les pieds dans les alpages. En y ajoutant une seule condition : que le facétieux Franck Merloz, en grand défenseur des vins de sa région, m’organise par la suite une mini-tournée au sein de l’appellation Vin de Savoie. Le mec a tenu parole et c’est pourquoi mon expédition fera l’objet de trois articles pour zéro centime. Quant au concours, rien de très folichon. Hormis la composition des jurys, la rigueur de mise et le bon déroulement de la dégustation, c’était genre décontracté, avec une bonne bouffe à la fin. Verres appropriés, température convenable, vins sélectionnés préalablement par chaque équipe, salle de dégustation acceptable (merci à la Maison du Terroir de la République et du Canton de Genève, à Berneix), crachoirs, papier, crayons et un accord vite réalisé sur « la façon de procéder » avec, en prime, pour bien montrer que je n’avais pas fait la route à mes frais, cette sentence de ma part : « silence absolu pendant la dégustation, pas d’échanges, pas de remarques ». Après tout nous étions en Suisse, pas au café du commerce de Chambéry ! Pour les détails, voir en fin d’article.

José, le Prof... Photo@MichelSmith

José, le Prof… Photo@MichelSmith

À ce stade, je me demande si tout le monde sait ce qu’est une Mondeuse. Mon ami Marco, certainement, lui le sait, je n’en doute pas. David aussi qui voit en elle une sorte de Syrah light. Et Hervé, en bon érudit du vin, fort probablement sait de quoi il en retourne. Quant à Jim et moi, vaguement… mais vous, vous cher Lecteur ? Rassurez-vous, je ne vais pas vous faire l’affront d’un cours ampélographique. Laissons cela à José Vouillamoz, biologiste savant né « avec du Fendant dans le biberon » qui a cosigné récemment Wine Grapes, un gros livre sur les cépages. Sans se séparer de sa casquette noire ni desserrer sa cravate trop courte, le gars nous raconte en préambule qu’il s’agirait d’un cépage rouge apparenté à la Syrah. Ça, nous le savions, mais comment se fait-ce ? Simple, sa maman, dame Mondeuse blanche, se serait croisée avec un cépage noir de l’Ardèche du nom de Duréza probablement dans les rangs d’une vigne de l’Isère. De son côté, le Duréza aurait une sœur nommée Teroldego dans le Trentino. Il faut noter aussi, tests adn à l’appui, que ces deux cépages sont les petits-enfants du Pinot noir. En outre, le professeur trouve des liens entre Mondeuse noire et Viognier… Enfin, je m’y perds comme toujours. Vous lirez la suite dans cet article passionnant qui vous apprendra que dans la nature tout le monde fricote avec tout le monde, ce que vous saviez déjà, non ?

À gauche, les Suisses, à droite, les Français. Photo@MichelSmith

À gauche, les Suisses, à droite, les Français. Photo@MichelSmith

Cinq Mondeuses Suisses, cinq Françaises, toutes goûtées à l’aveugle bien entendu, toutes classées au final dans un ordre très protocolaire : une Française, une Suisse, etc. alors que l’ordre de présentation à la dégustation était aléatoire (il pouvait y avoir deux Suisses de suite). Et la gagnante fut : la Mondeuse 2010 « Quintessence » de Philippe Héritier, vigneron en bio et éleveur d’escargots au Domaine des Orchis en Savoie. Ce vin n’était pas classé premier de mon côté (je l’avais mis en troisième position), mais j’avais noté sa finesse, sa structure bien présente, ses notes de petits fruits rouges fins, ses superbes et élégants tannins de cuir. Ensuite, pour la seconde place, la quasi unanimité s’est faite autour du vin présenté en quatrième position. Il s’agit de la Mondeuse 2012 du Domaine Mermoud sis dans le canton de Genève, tout près de notre lieu de dégustation : belle robe violine, nez épicé, boisé, puissance en attaque, très joli fruit, beaux tannins, mais boisé un peu trop dominant à mon goût. Le Château de Mérande de Yann Pernuit, cuvée « La Noire » 2011 est arrivé troisième du « concours ». J’ai relevé une robe sombre, presque opaque, un nez franc purée de cassis, laurier, très serré en bouche, belle finale sur le fruit et je l’avais classé cinquième pour ma part, ayant, je le reconnais après coup, été un peu trop sévère au moment d’établir un classement. Il faut dire à ma décharge que ce classement s’est opéré trop vite – les membres du jury avaient faim… – laissant peu de temps à la réflexion.

Les vainqueurs, dans l'ordre, de gauche à droite. Photo@MichelSmith

Les vainqueurs, dans l’ordre, de gauche à droite. Photo@MichelSmith

Heureusement, les participants avaient amené du renfort pour le dîner. Michel Grisard, par exemple, était venu avec une superbe Mondeuse 1989 de son Domaine du Prieuré Saint-Christophe. Mais comme ce voyage est fort long à narrer, histoire de vous faire saliver, je vous en dirai plus un de ces prochains jeudis sur d’autres Mondeuses (et d’autres cépages rouges) de choix. En attendant, la semaine prochaine, je vous ferai part de mes retrouvailles avec les blancs de la région. De belles surprises en perspective car, des deux côtés de la frontière, les vignerons de talents ne manquent pas.

Michel Smith

Le vainqueur, un Savoyard. Photo@MichelSmith

Le vainqueur, un Savoyard. Photo@MichelSmith

Pour info…

L’ami Franck Merloz édite Roussette In The Pocket, un petit guide perso de ses bonnes adresses vigneronnes. Vous pouvez le télécharger ici : http://www.irwt.fr/roussette-in-the-pocket

* L’équipe de Suisse comprenait :

-Pierre Thomas, Journaliste: www.thomasvino.ch

-Richard Pfister, Œnologue, www.oenoflair.ch

-Catherine Cornu, www.vinvitation.ch

-José Vouillamoz, Botaniste, Généticien, Ampélologue

-Stéphane Meier, www.vinvitation.ch

* L’équipe de France :

-Caroline Daeschler, Sommelière, consultante, blogueuse (http://motsetvins.e-monsite.com/)

-Bruno Bozzer, Sommelier, Caviste à Annecy Le Vieux, élu Caviste de l’année 2013 par la RVF

-Michel Smith, Journaliste Indépendant et blogueur (http://les5duvin.wordpress.com/)

-Franck Merloz, Blogueur (http://irwt.fr), web-entrepreneur (TweetAWine.com) et consultant indépendant

-Michel Grisard, Vigneron en Savoie, grand spécialiste de la Mondeuse, Président du CAAPV (http://www.cotes-et-vignes.fr/centre-dampelographie-alpine-pierre-galet/caa-pg/)

* Les vins de Savoie (et du Bugey) présentés :

- Domaine des Orchis (Philippe Heritier) Quintessence de Mondeuse 2010

- Domaine Saint-Germain La Perouse 2012

- Chateau de Mérande (Yann Pernuit) La Noire 2011

- Domaine Grisard (Jean-Pierre) Mondeuse Prestige & Tradition 2011

- Domaine Bonnard Mondeuse de Montagnieu (Bugey) 2011

* Les vins de Suisse :

  • - Domaine Mermoud Mondeuse 2012, Genève
  • - Domaine de Grand-Cour (Jean-Pierre Pellegrin), Mondeuse, assemblage de 2009/2010 (50%/50%), Génève
  • - Domaine Mayencourt Mondeuse du Globe Yvorne 2011, Vaud (Chablais)
  • - Domaine Mermetus (Vincent et Henry Chollet), cuvée « Le vin du Bacouni » 2012, Lavaux (Vilette)
  • - Domaine des Rueyres (Jean-François Cossy), cuvée « Es Pedances » 2012, Lavaux (Chardonne).

* Le Classement final :

1 – Domaine des Orchis (Philippe Heritier) Quintessence de Mondeuse 2010

2 – Domaine Mermoud Mondeuse 2012 – Genève

3 – Chateau de Mérande (Yann Pernuit) La Noire 2011

4 – Domaine Mayencourt Mondeuse du Globe Yvorne 2011, Vaud (Chablais)

5 – Domaine Jean-Pierre Grisard Mondeuse Prestige & Tradition 2011

6 – Domaine Bonnard Mondeuse de Montagnieu 2011 – Bugey

7 – Domaine des Rueyres, « Es Pedances » 2012, Lavaux (Chardonne)

8 – Domaine Saint-Germain « La Perouse » 2012

-Non classée car bouchonnée: Domaine Mermetus, Lavaux (Vilette)

-Disqualifié car assemblage de millésimes non retenus: Domaine de Grand-Cour, Génève


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Clos Vougeot, un mythe… surfait

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Le Clos de Vougeot (Photo Nyco)

 

On s’était à l’avance pourléché les babines à l’idée de déguster quelques Clos Vougeot Grand Cru, c’est pas tous les jours.
Les 50 ha 11 a 95 ca en production se vendent comme des petits pains et le Clos légendaire n’a guère la nécessité de communiquer, « y en a pas assez ma bonne dame ». Mais comme les petits pains ou le pain tout court d’ailleurs, la qualité n’est plus ce qu’elle était. Quelle déception ! Une bonne proportion des échantillons se sont tout simplement avérés en-dessous de tout, manquant tour à tour de structure, de maturité ou de fruit, fluets, acides au possible, verts, astringents…
Bref, désillusion totale ! Et également, scandale !
Le prix moyen des bouteilles vendues avoisine les 100€, souvent plus, rarement moins.
On pensait sortir plus d’une page dans le prochain IVV (c’est l’excellentissime revue qui organisait la dégu), mais une page suffira à décrire les 4 flacons qui nous ont offerts ce petit orgasme gustatif qu’on est en droit d’attendre d’une telle appellation. N’en déplaise aux moines de Cîteaux qui réalisèrent le clos en 1110. Et qui demandera plus de 2 siècles pour adopter sa forme actuelle. Exposé Est et Sud-Est à une altitude de 250 mètres, il plante ses Pinots Noirs dans un sol peu profond (environ 40 cm) composé d’éclats calcaire à faible matrice argileuse sur dalle calcaire du Bajocien.
Sa renommée rend ses vins presque intouchables, voici donc les quatre qui valent, sinon leur prix, du moins leur renommée…

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Le très accessible

Clos de Vougeot Grand Cru 2012 Domaine Faiveley

Grenat clair, sa robe surprend, mais l’habit ne fait pas le moine et le premier nez déjà envoûte par son élégance fruitée. Liqueur de griotte au poivre, framboise mâtinée de sureau, biscuit beurré nappé de gelée de groseille, tout appelle la gourmandise. La bouche suit le même mouvement, ajoutant quelques épices, la nuance grillée témoin de l’élevage. Les tanins se tissent en toile fine et soyeuse au toucher frais et gracieux. Son caractère amène le rende agréable dès la première gorgée.

La vendange en macération préfermentaire avant vinification pour partie en cuves tronconiques en bois. Cuvaison de 3 semaines. Élevage en fûts de chêne dont la proportion de 2/3 de fûts neufs varie selon les millésimes.

Superficie du Domaine Faiveley : 1 ha 28 a 69 ca
Production annuelle moyenne : 5 900 bouteilles
http://www.domaine-faiveley.com

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Le gourmand élégant

Le Grand Maupertui 2012 Clos-Vougeot Grand Cru Domaine Anne Gros

Sa jolie couleur grenat pourpre flatte l’œil et stimule le nez. Ce dernier n’est pas déçu, la chair de cerise noire éclate presque violemment, l’explosion révèle dans le même instant des fragrances de cacao et d’écorce d’orange, puis fusent encore le cassis et la framboise, le tout bien poivré. La bouche croque de fruit et l’étoffe tanique ressemble à un boutis maculé de jus suave, cousu de baies affriolantes, ourlé d’épices douces. Un vrai régal fruité dont la fraîcheur allonge le plaisir sans fin.

Au domaine la vinification reste traditionnelle et se fait en cuves ciments à revêtement époxy pour les rouges. Les températures maîtrisées s’adaptent en fonction de l’état sanitaire et du type de millésime. Les cuvaisons durent de 12 à 15 jours. Élevage de 16 mois dont 80 % de fûts.
Parcelle d’un seul tenant de 93 ares. Année de plantation 1905 (la régularité des repiquages donne en réalité une moyenne d’âge de la parcelle d’environ 60 ans).
http://www.anne-gros.com

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L’austère au cœur tendre

Clos Vougeot Grand Cru 2011 Louis Max

Rubis brillant, il respire la chair de cerise et de burlat saupoudrée de poivre noir. Un nez qui inspire la bouche et l’incite à y plonger les lèvres sans plus tarder. Ce sont alors chapelets de fruits rouges qui déboulent en rangs serrés apportant autant de griotte, de cerise que de groseille et de framboise. Les baies s’égratignent sur la soie sauvage des tanins et donne à la fois relief et dynamique à l’architecture bachique.
http://www.louismax.com

Clos Vougeot Gerbet
Le malicieux

Clos Vougeot Grand Cru 2011 Domaine François Gerbet

Rubis pourpre, il se poivre le nez avec espièglerie. Il ne renie pas son cépage. Bien typé Pinot Noir, il sent la griotte et le burlat, la groseille et l’airelle, les baies couchées sur un lit d’aiguilles de pin. En bouche, le caractère fruité fait le forcing et se jette dans le palais avec entêtement. Légèrement hérissés, les tanins enveloppent de leur soie sauvage l’élan gourmand. Quelques épices terminent le mouvement. Un vin de plaisir coquin, à la fraîcheur taquine.

Macération préfermentaire à froid de 4 à 5 jours en cuves. Fermentation de plusieurs jours avec pigeages. Élevage de 18 mois.

Exploité par Marie Andrée et Chantal Gerbet, le domaine a été fondé en 1947 par François François Gerbet, originaire des Pyrénées.
http://www.vins-gerbet.com

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Clos-Vougeot, une appellation sûre d’elle

Considéré de tous temps comme l’un des plus grands vins de Bourgogne, et témoin du passé cistercien de la région, le Clos de Vougeot est aussi un exemple type de l’organisation bourguignonne. Il résume à lui seul, toutes les complexités de la Bourgogne viticole, toutes ses subtilités aussi. Propriété exclusive des moines pendant six siècles, il est aujourd’hui dans les mains de plus de 80 propriétaires réunis au sein d’un syndicat de défense qui sert aujourd’hui de modèle aux autres appellations.
C’est pas gagné…

Ciao

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Marco


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Une barrique à la mer, pourquoi faire ?

J’ai assisté très récemment à une très intéressante dégustation qui a permis d’explorer les effets du vieillissement partiel d’un vin sous l’eau. Quelle eau ? Le bassin d’Archachon, bras de mer (le bon terme géographique est lagune mésotidale) plus calme de l’océan Atlantique. Quel vin ? Le Château Larrivet Haut-Brion rouge 2009, un très bon Pessac-Léognan. Quelle quantité ? 55 litres dans une barrique adaptée (on appelle ces petits tonneaux des barricots, ou des quarts). Combien de temps? 6 mois après la fin de l’élevage normal de ce vin, qui était, dans ce cas, de  16 mois en barriques bordelaises dont un tiers étaient neuves. Et le tout avec un protocole de contrôle qui me semble suffisant: c’est à dire la présence deux vins témoins, dont un était le vin « normal » mis en bouteille à la fin de son élevage, et l’autre un deuxième lot de 55 litres, tiré du même vin « de base » et vieilli aussi 6 mois de plus dans un deuxième barricot, cette fois-ci dans le chai climatisé du château.

chateau_LHB_chai_5

Le chai à barrique à Larrivet Haut-Brion 

Vous me direz peut-être que tout cela n’est qu’un « coup de pub », destiné à attirer de l’attention sur ce château. Je vous répondrai ceci :

(a) et pourquoi pas ?

(b) en tout cas pas seulement, car tout ce qui fait avancer la connaissance sur les mystères du vin est à prendre, et là nous avançons en terra incognita, même si d’autres choses dans ce registre ont été tentées, volontairement ou involontairement, avec des bouteilles à l’eau. Mais je ne vous parlerai ici que de cette seule expérience car les résultats, aussi bien gustatifs qu’analytiques, contiennent leur lot de surprises, et, peut-être, des pistes à explorer plus loin.

D’abord la dégustation. On nous a présenté trois vins : en vin témoin, le Château Larrivet Haut-Brion rouge 2009, avec son élevage normal, puis le même vin ayant séjourné 6 mois de plus dans une barrique de 55 litres en bois neuf (échantillon appelé Tellus 2009), et enfin le même vin ayant aussi séjourné 6 mois de plus dans une barrique de 55 litres en bois neuf, ancré dans une gueuze dans la zone d’étiage du bassin d’Arcachon (échantillon appelé Neptune 2009).

Barriques

Les deux quarts de barrique, ou barricots, dont celle de gauche après immersion. Ils sont l’oeuvre de maîtres tonneliers de chez Radoux, partenaire de cette opération

Mes commentaires sur ces trois vins.

Vin témoin (Larrivet 2009) :

Assez arrondi et chaleureux comme souvent pour ce millésime. Signes d’évolution (robe et nez). Ferme et charpenté en bouche avec des tanins pas encore totalement assouplis. Un beau fruité conserve une part de jeunesse à ce vin qui montre aussi le caractère solaire du millésime (alcool 14,15 à l’analyse).

Tellus 2009

Robe plus jeune, m’a-t-il semblé, bien que cela ne soit contredit par les analyses d’anthocyanes. Le nez est plus puissant et concentré, mais il m’a semblé que ce n’est pas seulement du à un effet du boisage supplémentaire, car le fruité est toujours bien présent et n’a pas été écrasé par le bois. Mais il aura besoin d’un peu plus de temps en bouteille pour trouver une posture parfaitement harmonieuse. (alcool 14,2)

Neptune 2009

Ce vin semblait plus frais en général, au point même de révéler des arômes de type poivron au nez, chose qu’on ne trouve que rarement dans les 2009 bordelais, et pas du tout dans les deux vins précédents. Mais c’est par sa texture que ce vin marque sa différence intéressante pour moi. Bien que semblant plus jeune et un peu plus intense dans l’ensemble, ses tanins sont bien plus souples et le vin est plus long, terminant sur une note de fraîcheur que je n’ai pas remarquée dans les deux autres. (alcool 13,37)

Château Larrivet Haut-Brion immersion de la barrique_52

Le barricot de Neptune en cours d’immersion dans sa « gueuze » (je croyais que cela signifiait une bière Belge, mais….) 

Quelques explications de ces différences, via les analyses

En ce qui concerne le vin « Neptune », j’étais surpris de voir sur les fiches analytiques, après la dégustation, que son degré d’alcool avait baissé de 0,8 en l’espace de 6 mois. D’où l’impression de fraîcheur qu’il m’a donnée? Une partie de l’alcool serait donc partie dans le Bassin? En ce qui concerne l’assouplissement des tanins, l’explication semble être donnée par un cheminement inverse, car ce Neptune affiche la présence de 86 mg/litre de sodium, substance totalement absente des deux autres vins. Quand on sait à quel point le sel peut modifier, en le diminuant, l’impression de dureté des tanins en dégustation…..

Peut-on tirer des conclusions de cette expérience ?

D’abord que ces deux chemins  d’élevage produisent des effets différents et palpables à la dégustation. D’autres plus savants que moi (j’attends nos chers lecteurs au tournant, maintenant) pourront sans doute nous fournir des explications pour les deux phénomènes que j’ai pu pointer par la dégustation.

Quant à la perte d’alcool, qui atteint 5,5% en 6 mois (est-ce une forme d’osmose inverse ?), cette approche de l’élevage me donne des idées pour la masse croissante des vins dont les niveaux d’alcool frisent ou dépassent les 14,5%. Faut-il suggérer aux producteurs de Châteauneuf-du-Pape, par exemple, de mettre leur barriques dans le Rhône pendant un an ? Cela va créer un sacré bazaar sous le Pont d’Avignon !

Quant à la perception des tanins plus souples, je conseille de manger un peu plus salé avec vos rouges jeunes. Cela serait peut-être plus efficace que des les passer en carafe.

Dernier point intéressant que j’ai relevé des fiches analytiques : l’élevage sous l’eau constitue donc un milieu anaérobique dans lequel bactéries et autre choses indésirables, comme les brettanomyces, ne peuvent se développer. Zero pointé pour ces trucs-là dans l’échantillon Neptune, alors qu’ils étaient présents dans l’échantillon Tellus.

 

La semaine prochaine je vais vous parler d’une expérience qui a démarré cette année et qui tente, enfin, de mesurer et quantifier les effets réels de l’agriculture biodynamique sur une parcelle de vignes, comparés à une autre moitié de la même parcelle en agriculture biologique.

 

David Cobbold


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Penfold’s, un (bon) géant d’Australie

Juste pour prévenir le lecteur sensible, je vais vous parler aujourd’hui d’un producteur de très grande taille. Et qui est de plus australien. Et qui (crime suprême ?) ne parle pas, ou peu, de « terroir ».

Penfold's winery

La société Penfold’s, dont la base se trouve en South Australia, près d’Adelaïde, fut fondée en 1844, seulement huit ans après la création de la province elle-même. Tout le monde sait que l’histoire viticole de ce pays de la taille d’un continent ne dure que depuis quelques 200 ans. Avantage, inconvénient ou neutralité dans le jeu de la concurrence internationale ? La réponse dépendra de son point de vue et de quel aspect de la production est concerné. Prenons un exemple : la connaissance de toutes les combinaisons possibles entre cépages et climats/lieux. On peut très bien soutenir que l’absence de durée serait un inconvénient car cela aurait laissé moins de temps aux vignerons à expérimenter différentes combinaisons. Mais, d’un autre côté, les australiens (comme tous les pays du dite « nouveau monde ») ont contourné cet inconvénient en laissant à chacun le libre choix de planter ce qu’il veut là ou il le veut. Ensuite, seule la capacité de vendre cette production (ou pas) détermine si le cultivar en question reste en place. Il y aurait bien d’autre chose à dire sur ce sujet mais je n’ai pas le temps maintenant, alors revenons au cas Penfold’s. Cette entreprise, qui appartient depuis 2005 au groupe brassicole Foster’s, mais qui est côté en bourse séparément sous le nom Treasury Wine Estates, est propriétaire de près de 1100 hectares de vignes, principalement dans les secteurs d’Adelaide Hills, de Barossa et de Coonawarra (South Australia), mais achète aussi du raisin. Sa production totale avoisine les 17 millions de bouteilles. Parmi cette production il y a le vin australien le plus cher (plus de 600 euros la bouteille), appelé Grange, mais aussi 7 autres marques qui ont été listées en 2012 par Langton’s (la maison de vente aux enchères australienne spécialisée dans le vin) parmi les 20 vins les plus désirables dans le pays. On est clairement confronté à un grand producteur de vin, dans tous les sens du terme. Penfold's range

Une petite partie de la gamme de Penfold’s, dont le célèbre et très cher Grange, à gauche

Mais ses débuts ont été très artisanaux, car le jeune Docteur Penfold a acquis, en 1844 et avec sa femme Mary, un domaine appelé Magill Estate, qui est toujours dans le giron de la firme qui porte son patronyme, même s’il n’y reste de 5 hectares de vignes. Il y a planté un peu de vigne pour produire des vins fortifiés, car il était médecin et convaincu des bienfaits de ce type de breuvage pour la santé de ses patients. Près de 100 ans plus tard, le développement qualitatif de Penfold’s et sa conversion progressive à la production très majoritaire de vins secs doit beaucoup un son winemaker en chef des années 1940 à 1970, Max Schubert, qui, contre l’avis des dirigeants de l’époque, a développé le Grange Hermitage (son nom à l’origine) en sa basant sur son expérience lors d’une visite à Bordeaux et ce qu’il y a vu sur la capacité de garde des grands vins rouges secs. S’en est suivi la naissance de toute une série de vins qui portent une désignation de cuvée : Bin 389, Bin 707, Bin 28, Bin 128, etc. Car on désigne la plupart des vins ainsi chez Penfold’s, sans nécessairement mentionner (sauf sur la contre-étiquette), les origines géographiques de ces vins qui sont essentiellement issus d’assemblages, avec shiraz et cabernet sauvignon comme cépages principaux en ce qui concerne les rouges.   J’ai eu l’occasion récemment de déguster une partie de ces vins, alors voici mes notes, que j’ai du prendre rapidement, malheureusement (Michel n’approuvera pas, mais je n’étais pas maître de la situation).

Penfold’s Bin 289 Shiraz, Coonawarra, 2012

Voici une exception car la région d’origine figure bien sur l’étiquette. Nez fin, assez discret. Un toucher velouté/satiné, avec un fond plus vibrant qui devient ferme en finale. Acidité et tannins en équilibre. Finale assez longue et un peu chaleureuse.

Bin 389, Cabernet/Shiraz 2011

Aussi chaleureux mais avec des tannins plus fermes que les autres vins dégustés. Très bien fait, commence à s’arrondir et pas surpuissant. Je constate que l’équilibre des vins de Penfold’s va de plus en plus vers l’équilibre et la finesse par rapport à mes souvenirs.  Je ferai la même remarque à propos de leur excellent chardonnay haut de gamme, dont je n’ai pas pris de notes malheureusement.

St. Henri Shiraz 2005 (en magnum)

Nez très intense de type cassis. En bouche il y a une grande sensation de fraîcheur de pureté. Ce vin est pourtant plus jeune de la Grange qui suit. Le magnum y est peut-être pour quelque chose ? Il semble plus frais en anguleux aussi par son profil. Ce vin me fait penser au style d’un Hermitage (rhodanien), avec un très bel équilibre et beaucoup de finesse.

Grange 2009 (aka Bin 95)

Voilà le mythe onéreux ! J’ai le souvenir, en 1995 ou 1996, d’avoir vidé seul un flacon de Grange 1989 dans un restaurant à Alberta (Canada) quand je travaillais sur mon premier livre sur le vin. J’en suis sorti indemne, en rentrant à l’hôtel à pied, mais le vin ne valait pas à l’époque son prix d’aujourd’hui ! Le nez est ample et très mur, velouté, régal. Très belle intensité. Matière très veloutée et profonde. Ce vin est aussi raffiné que long et ne ressemble pas à ces « blockbusters » qu’affectionnait tant Mr RP à une époque (comme un autre vin australien nommé Mollydooker, que j’ai trouvé imbuvable). C’est chaleureux sans excès, très complet et très long et peut se déguster de suite. Evidemment son prix le réserve à des gens très riches et, en ce qui me concerne, j’estime qu’aucun vin ne « vaut » ce prix là. Mais il faut constater son très haut niveau qualitatif.

Voilà, quelques faits, et, à part, mes observations sur la qualité perçue des vins. Rien de plus….

David Cobbold

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