Les 5 du Vin

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Une barrique à la mer, pourquoi faire ?

J’ai assisté très récemment à une très intéressante dégustation qui a permis d’explorer les effets du vieillissement partiel d’un vin sous l’eau. Quelle eau ? Le bassin d’Archachon, bras de mer (le bon terme géographique est lagune mésotidale) plus calme de l’océan Atlantique. Quel vin ? Le Château Larrivet Haut-Brion rouge 2009, un très bon Pessac-Léognan. Quelle quantité ? 55 litres dans une barrique adaptée (on appelle ces petits tonneaux des barricots, ou des quarts). Combien de temps? 6 mois après la fin de l’élevage normal de ce vin, qui était, dans ce cas, de  16 mois en barriques bordelaises dont un tiers étaient neuves. Et le tout avec un protocole de contrôle qui me semble suffisant: c’est à dire la présence deux vins témoins, dont un était le vin "normal" mis en bouteille à la fin de son élevage, et l’autre un deuxième lot de 55 litres, tiré du même vin "de base" et vieilli aussi 6 mois de plus dans un deuxième barricot, cette fois-ci dans le chai climatisé du château.

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Le chai à barrique à Larrivet Haut-Brion 

Vous me direz peut-être que tout cela n’est qu’un "coup de pub", destiné à attirer de l’attention sur ce château. Je vous répondrai ceci :

(a) et pourquoi pas ?

(b) en tout cas pas seulement, car tout ce qui fait avancer la connaissance sur les mystères du vin est à prendre, et là nous avançons en terra incognita, même si d’autres choses dans ce registre ont été tentées, volontairement ou involontairement, avec des bouteilles à l’eau. Mais je ne vous parlerai ici que de cette seule expérience car les résultats, aussi bien gustatifs qu’analytiques, contiennent leur lot de surprises, et, peut-être, des pistes à explorer plus loin.

D’abord la dégustation. On nous a présenté trois vins : en vin témoin, le Château Larrivet Haut-Brion rouge 2009, avec son élevage normal, puis le même vin ayant séjourné 6 mois de plus dans une barrique de 55 litres en bois neuf (échantillon appelé Tellus 2009), et enfin le même vin ayant aussi séjourné 6 mois de plus dans une barrique de 55 litres en bois neuf, ancré dans une gueuze dans la zone d’étiage du bassin d’Arcachon (échantillon appelé Neptune 2009).

Barriques

Les deux quarts de barrique, ou barricots, dont celle de gauche après immersion. Ils sont l’oeuvre de maîtres tonneliers de chez Radoux, partenaire de cette opération

Mes commentaires sur ces trois vins.

Vin témoin (Larrivet 2009) :

Assez arrondi et chaleureux comme souvent pour ce millésime. Signes d’évolution (robe et nez). Ferme et charpenté en bouche avec des tanins pas encore totalement assouplis. Un beau fruité conserve une part de jeunesse à ce vin qui montre aussi le caractère solaire du millésime (alcool 14,15 à l’analyse).

Tellus 2009

Robe plus jeune, m’a-t-il semblé, bien que cela ne soit contredit par les analyses d’anthocyanes. Le nez est plus puissant et concentré, mais il m’a semblé que ce n’est pas seulement du à un effet du boisage supplémentaire, car le fruité est toujours bien présent et n’a pas été écrasé par le bois. Mais il aura besoin d’un peu plus de temps en bouteille pour trouver une posture parfaitement harmonieuse. (alcool 14,2)

Neptune 2009

Ce vin semblait plus frais en général, au point même de révéler des arômes de type poivron au nez, chose qu’on ne trouve que rarement dans les 2009 bordelais, et pas du tout dans les deux vins précédents. Mais c’est par sa texture que ce vin marque sa différence intéressante pour moi. Bien que semblant plus jeune et un peu plus intense dans l’ensemble, ses tanins sont bien plus souples et le vin est plus long, terminant sur une note de fraîcheur que je n’ai pas remarquée dans les deux autres. (alcool 13,37)

Château Larrivet Haut-Brion immersion de la barrique_52

Le barricot de Neptune en cours d’immersion dans sa "gueuze" (je croyais que cela signifiait une bière Belge, mais….) 

Quelques explications de ces différences, via les analyses

En ce qui concerne le vin "Neptune", j’étais surpris de voir sur les fiches analytiques, après la dégustation, que son degré d’alcool avait baissé de 0,8 en l’espace de 6 mois. D’où l’impression de fraîcheur qu’il m’a donnée? Une partie de l’alcool serait donc partie dans le Bassin? En ce qui concerne l’assouplissement des tanins, l’explication semble être donnée par un cheminement inverse, car ce Neptune affiche la présence de 86 mg/litre de sodium, substance totalement absente des deux autres vins. Quand on sait à quel point le sel peut modifier, en le diminuant, l’impression de dureté des tanins en dégustation…..

Peut-on tirer des conclusions de cette expérience ?

D’abord que ces deux chemins  d’élevage produisent des effets différents et palpables à la dégustation. D’autres plus savants que moi (j’attends nos chers lecteurs au tournant, maintenant) pourront sans doute nous fournir des explications pour les deux phénomènes que j’ai pu pointer par la dégustation.

Quant à la perte d’alcool, qui atteint 5,5% en 6 mois (est-ce une forme d’osmose inverse ?), cette approche de l’élevage me donne des idées pour la masse croissante des vins dont les niveaux d’alcool frisent ou dépassent les 14,5%. Faut-il suggérer aux producteurs de Châteauneuf-du-Pape, par exemple, de mettre leur barriques dans le Rhône pendant un an ? Cela va créer un sacré bazaar sous le Pont d’Avignon !

Quant à la perception des tanins plus souples, je conseille de manger un peu plus salé avec vos rouges jeunes. Cela serait peut-être plus efficace que des les passer en carafe.

Dernier point intéressant que j’ai relevé des fiches analytiques : l’élevage sous l’eau constitue donc un milieu anaérobique dans lequel bactéries et autre choses indésirables, comme les brettanomyces, ne peuvent se développer. Zero pointé pour ces trucs-là dans l’échantillon Neptune, alors qu’ils étaient présents dans l’échantillon Tellus.

 

La semaine prochaine je vais vous parler d’une expérience qui a démarré cette année et qui tente, enfin, de mesurer et quantifier les effets réels de l’agriculture biodynamique sur une parcelle de vignes, comparés à une autre moitié de la même parcelle en agriculture biologique.

 

David Cobbold


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Penfold’s, un (bon) géant d’Australie

Juste pour prévenir le lecteur sensible, je vais vous parler aujourd’hui d’un producteur de très grande taille. Et qui est de plus australien. Et qui (crime suprême ?) ne parle pas, ou peu, de « terroir ».

Penfold's winery

La société Penfold’s, dont la base se trouve en South Australia, près d’Adelaïde, fut fondée en 1844, seulement huit ans après la création de la province elle-même. Tout le monde sait que l’histoire viticole de ce pays de la taille d’un continent ne dure que depuis quelques 200 ans. Avantage, inconvénient ou neutralité dans le jeu de la concurrence internationale ? La réponse dépendra de son point de vue et de quel aspect de la production est concerné. Prenons un exemple : la connaissance de toutes les combinaisons possibles entre cépages et climats/lieux. On peut très bien soutenir que l’absence de durée serait un inconvénient car cela aurait laissé moins de temps aux vignerons à expérimenter différentes combinaisons. Mais, d’un autre côté, les australiens (comme tous les pays du dite « nouveau monde ») ont contourné cet inconvénient en laissant à chacun le libre choix de planter ce qu’il veut là ou il le veut. Ensuite, seule la capacité de vendre cette production (ou pas) détermine si le cultivar en question reste en place. Il y aurait bien d’autre chose à dire sur ce sujet mais je n’ai pas le temps maintenant, alors revenons au cas Penfold’s. Cette entreprise, qui appartient depuis 2005 au groupe brassicole Foster’s, mais qui est côté en bourse séparément sous le nom Treasury Wine Estates, est propriétaire de près de 1100 hectares de vignes, principalement dans les secteurs d’Adelaide Hills, de Barossa et de Coonawarra (South Australia), mais achète aussi du raisin. Sa production totale avoisine les 17 millions de bouteilles. Parmi cette production il y a le vin australien le plus cher (plus de 600 euros la bouteille), appelé Grange, mais aussi 7 autres marques qui ont été listées en 2012 par Langton’s (la maison de vente aux enchères australienne spécialisée dans le vin) parmi les 20 vins les plus désirables dans le pays. On est clairement confronté à un grand producteur de vin, dans tous les sens du terme. Penfold's range

Une petite partie de la gamme de Penfold’s, dont le célèbre et très cher Grange, à gauche

Mais ses débuts ont été très artisanaux, car le jeune Docteur Penfold a acquis, en 1844 et avec sa femme Mary, un domaine appelé Magill Estate, qui est toujours dans le giron de la firme qui porte son patronyme, même s’il n’y reste de 5 hectares de vignes. Il y a planté un peu de vigne pour produire des vins fortifiés, car il était médecin et convaincu des bienfaits de ce type de breuvage pour la santé de ses patients. Près de 100 ans plus tard, le développement qualitatif de Penfold’s et sa conversion progressive à la production très majoritaire de vins secs doit beaucoup un son winemaker en chef des années 1940 à 1970, Max Schubert, qui, contre l’avis des dirigeants de l’époque, a développé le Grange Hermitage (son nom à l’origine) en sa basant sur son expérience lors d’une visite à Bordeaux et ce qu’il y a vu sur la capacité de garde des grands vins rouges secs. S’en est suivi la naissance de toute une série de vins qui portent une désignation de cuvée : Bin 389, Bin 707, Bin 28, Bin 128, etc. Car on désigne la plupart des vins ainsi chez Penfold’s, sans nécessairement mentionner (sauf sur la contre-étiquette), les origines géographiques de ces vins qui sont essentiellement issus d’assemblages, avec shiraz et cabernet sauvignon comme cépages principaux en ce qui concerne les rouges.   J’ai eu l’occasion récemment de déguster une partie de ces vins, alors voici mes notes, que j’ai du prendre rapidement, malheureusement (Michel n’approuvera pas, mais je n’étais pas maître de la situation).

Penfold’s Bin 289 Shiraz, Coonawarra, 2012

Voici une exception car la région d’origine figure bien sur l’étiquette. Nez fin, assez discret. Un toucher velouté/satiné, avec un fond plus vibrant qui devient ferme en finale. Acidité et tannins en équilibre. Finale assez longue et un peu chaleureuse.

Bin 389, Cabernet/Shiraz 2011

Aussi chaleureux mais avec des tannins plus fermes que les autres vins dégustés. Très bien fait, commence à s’arrondir et pas surpuissant. Je constate que l’équilibre des vins de Penfold’s va de plus en plus vers l’équilibre et la finesse par rapport à mes souvenirs.  Je ferai la même remarque à propos de leur excellent chardonnay haut de gamme, dont je n’ai pas pris de notes malheureusement.

St. Henri Shiraz 2005 (en magnum)

Nez très intense de type cassis. En bouche il y a une grande sensation de fraîcheur de pureté. Ce vin est pourtant plus jeune de la Grange qui suit. Le magnum y est peut-être pour quelque chose ? Il semble plus frais en anguleux aussi par son profil. Ce vin me fait penser au style d’un Hermitage (rhodanien), avec un très bel équilibre et beaucoup de finesse.

Grange 2009 (aka Bin 95)

Voilà le mythe onéreux ! J’ai le souvenir, en 1995 ou 1996, d’avoir vidé seul un flacon de Grange 1989 dans un restaurant à Alberta (Canada) quand je travaillais sur mon premier livre sur le vin. J’en suis sorti indemne, en rentrant à l’hôtel à pied, mais le vin ne valait pas à l’époque son prix d’aujourd’hui ! Le nez est ample et très mur, velouté, régal. Très belle intensité. Matière très veloutée et profonde. Ce vin est aussi raffiné que long et ne ressemble pas à ces « blockbusters » qu’affectionnait tant Mr RP à une époque (comme un autre vin australien nommé Mollydooker, que j’ai trouvé imbuvable). C’est chaleureux sans excès, très complet et très long et peut se déguster de suite. Evidemment son prix le réserve à des gens très riches et, en ce qui me concerne, j’estime qu’aucun vin ne « vaut » ce prix là. Mais il faut constater son très haut niveau qualitatif.

Voilà, quelques faits, et, à part, mes observations sur la qualité perçue des vins. Rien de plus….

David Cobbold


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Eloge du riesling allemand, et de la Mosel en particulier

Peu d’amateurs de vins blanc ne contestent aujourd’hui que le riesling est un très grand cépage, capable d’une infinitude de déclinaisons. Sa "maison-mère" est indiscutablement l’Allemagne, même si on en trouve, et de très bons, ailleurs : France, Australie, Autriche, etc. Sans avoir eu la chance de mon collègue Jim d’aller suivre la piste de quelques grands rieslings allemands sur place, j’ai pu déguster récemment deux gammes assez complètes de rieslings allemands, tout en restant tranquillement chez moi dans le sud-ouest de la France. Chaque gamme venait non seulement d’un producteur différent, mais aussi d’une région différente. Cette dégustation de vins aussi remarquables par leur forte personnalité que par leur finesse m’inspire quelques commentaires d’ordre général sur les évolutions en cours dans la vinification en Allemagne et d’autres considérations.

1). La tendance vers de plus en plus de vins secs parmi les blancs allemands est une mode qui n’est pas systématiquement porteuse de finesse. Cela entraine forcément des degrés plus élevés, ce qui peut, parfois, nuire à la délicatesse d’expression du riesling en particulier. Ce n’est pas une règle, bien entendu, mais, à titre personnel, je préfère très souvent des rieslings ayant une pointe de sucre résiduel et des degrés d’alcool autour de 9% à des vins parfaitement secs mais qui titrent, du coup, plutôt 11%, voire plus. Mais il paraît que ce dernier type de vin fait bander des sommeliers, alors il gagne du terrain actuellement. J’en ai déjà parlé lors d’un article précédent pour relater une expérience dans un restaurant à Paris lorsqu’un serveur a voulu me décourager de prendre un Riesling splendide de Dornhöfer (un des domaines visités par Jim, situé dans le Rheinhessen) parce qu’il était, dixit le gus, «un peu sucré». Quelle connerie !

2). La région de la Mosel en Allemagne (Moselle, si vous préférez) a toujours mes faveurs pour la délicatesse et le fruité, aussi succulent que fin, de ses meilleurs vins. Même s’il faut admettre les progrès fait ailleurs, et notamment en Rheinhessen, je ne déguste que rarement des rieslings aussi raffinés que ceux de la Mosel. Cela remonte à très loin dans ma mémoire, ce qui peut expliquer cela. J’étais encore un enfant d’environ 12 ou 13 ans (ne le dites pas aux ayatollahs) quand mon père et mon grand-père m’ont fait déguster le premier vin qui m’a vraiment ébloui : un riesling de la Mosel. Je me souviens encore de cette incroyable sensation de croquer du fruit, légèrement sucré mais porté par une fraîcheur qui le faisait vibrer et fondre dans la bouche. C’était un jardin de délices par ses parfums et une caresse par sa texture. On pourrait dire que ce vin-là aura joué pour moi le rôle de la madeleine pour Proust.

3). Il n’y a pas que le Riesling qui vaille en Allemagne. Je ne parle pas ici des rouges, de plus en plus présents (35% de la production actuelle) et intéressants, mais des autres vins blancs : Weissburgunder (Pinot Blanc), Grauburgunder (Pinot Gris) et Silvaner donnent un nombre croissant de vins délicieux. Comme Michel, je ne suis pas un fan des Pinot Gris alsaciens, mais une série de vins allemands (du Pfalz, principalement) de cette variété dégustée cet hiver à Berlin m’a vraiment bluffé. Vous verrez dans mes notes ci-dessous un commentaire élogieux aussi sur un Pinot Blanc de la Mosel.

4). Même si les bons vins allemands sont quasiment absents du marché français depuis, disons, la guerre de 14/18, on commence enfin à tourner la page et à réparer cette injustice vinicole grâce à quelques importateurs. Vins du Monde avait montré la voie, bien que trop souvent à des prix prohibitifs, mais plusieurs autres ont suivis, dont voici une liste non-exhaustive : Terres de Vins, à Romans-sur-Isère (www.terresdevins.com) ; Wine In Black (www.wine-in-black.fr) ; Oenotropie (www.oenotropie.com) ; et, bientôt, South World Wines (www.southworldwines.com), qui était jusqu’à récemment spécialisé dans les vins de l’Hémisphère Sud et qui m’a fourni les vins de ma dégustation.

Pauly gammeLa gamme des vins, tous des rieslings sauf un, du producteur mosellan Axel Pauly 

Mes notes de dégustation des vins des deux domaines

1). Weingut Axel Pauly, Lieser, Mosel

Des vins d’une très grande finesse, dont chacun chantait juste, clair et précis, sans agressivité mais avec la précision et la délicatesse que j’aime tant dans ce type de vin. Je note aussi avec bonheur que tous les vins de ce producteur sont fermés avec des capsules à vis, ce qui me semblent très souhaitable.

Weissburgunder 2013

Un nez frais et tendre, aux arômes délicats de fleurs blanches et d’herbes aromatiques (estragon peut-être ?). Un ensemble très séduisant qui se poursuit en bouche avec des saveurs bien ciselées, précises et salivantes. Tout le potentiel de ce cépage est mis en évidence par ce très joli vin qui laisse le palais alerte. Je pense que nous ne connaissons pas assez le potentiel de ce cépage autrefois assez plantée en Bourgogne (on en trouve encore à Nuits St. Georges, je crois, mais je ne suis pas un spécialiste des bourgognes et je les trouve bien trop chers dans l’ensemble).

Purist, Riesling Trocken Kabinett 2013

Nommé ainsi car ne contenant aucun sucre résiduel, c’est un vin de la tendance mentionnée en point (1) ci-dessus. Il est réussi dans le genre, malgré mes remarques. Le nez est fin autour de notes discrètes de fumé, de sapin et de fleur de montagne. Une très belle acidité est totalement intégrée dans une matière au toucher satiné, aussi vibrante que persistante. Une sensation de puissance contenue se dégage de ce vin de bel caractère, bien équilibré avec ses 11 degrés d’alcool.

Generations, Riesling 2013

Le nom de ce vin évoque la suite des générations à la tête de ce domaine familiale dont on trouve aussi un écho sur les étiquettes. De l’ampleur et une belle expressivité olfactive aux accents de miel de montagne et de bruyère. Bouche très légèrement arrondie par une pointe se sucre résiduelle, mais l’acidité fine et parfaitement intégrée est si puissante que l’équilibre reste sur de la vivacité. Un riesling mosellan classique, de grande classe, dont la pureté d’expression est exemplaire.

Helden, Lieser Niederberg Riesling 2012

Vin mono-parcellaire. Nez puissant et complexe, aux arômes de fruits blancs et verts, avec une autre dimension qui échappe à la description catégorielle et que certains résument par le terme « minéral ». C’est vif et précis, mais avec un fond structuré qui semble presque tannique et qui se prolonge dans une longue finale. Un vin manifestement à la quête d’un lien avec son terroir, qui sent la fraîcheur de son climat et la chaleur de son sol schisteux.

Kabinett Riesling 2013

Dans la grande tradition des kabinett qui ne sont pas des trocken, ce vin à un équilibre autour d’un degré alcoolique modeste (8,5%) et, du coup, du sucre résiduel. Le nez rappelle la pêche blanche et l’herbe verte. La bouche est très suave, donnant une impression d’un vin demi-sec toute en délicatesse. L’acidité équilibre parfaitement le tout. Une délice !

Auslese Riesling 2012

Nez aux accents d’hydrocarbure (pétrole) et de bruyère. Je ne suis pas personnellement amateur de ce type d’arômes dans les rieslings, mais je sais que certains lui trouve des qualités. Honnêtement je préfère boire du fruit transformé que du pétrole ! La sucrosité arrive sur la pointe des pieds, portée par une fine acidité totalement intégrée dans l’ensemble. La délicatesse du toucher est remarquable et le vin finit en demi-sec grâce à son équilibre. Les saveurs sont d’une grande gourmandise, avec un bouquet de fruits bien murs et très juteux.

2). Weingut Dreissigacker, Bechtheim, Rheinhessen

La deuxième gamme dégusté provient du Rheinhessen. Des vins certes bons, mais d’un style plus puissant que celui des précédents, ayant beaucoup de caractère mais moins de finesse. Ce producteur a un autre inconvénient à mes yeux : il utilise essentiellement le bouchon en liège.

Riesling Trocken 2013

Nez frais et élégant qui oscille entre l’herbe fraîche, les fines herbes et une pointe de miel. Délicat et désaltérant au palais, c’est un vin plutôt aérien qui paraît plus léger que ses 12% d’alcool grâce à sa belle vivacité qui n’est ni agressive ni dure.

Riesling Trocken, Bechtheimer (2012)

Une pointe d’hydrocarbures au nez, puis une gamme plus subtile d’herbes. Assez tendre au palais, avec de la rondeur qui ne doit rien au sucre résiduel. Néanmoins j’ai trouvé sa texture un peu herbacée et donc pas très fine.

Riesling Trocken, Bechtheimer Hasensprung (2011)

Un très joli nez, plein d’élégance et d’harmonie : aux accents légèrement miellés, fumés et d’épices douces. Cette belle complexité se retrouve en bouche avec un vin de puissance moyenne mais aux saveurs larges qui ont une bonne persistance. Encore une fois, une légère rugosité de texture par rapport à celles qu’on trouve souvent en Mosel.

Riesling Trocken, Bechtheimer Geyersburg (2010)

Le nez, très complexe, touche à la cire d’abeille et à la térébenthine avec un fond de fruit blanc bien mur. Cette richesse de saveurs et de textures se confirme en bouche, qui fait le va-et-vient entre des vibrations due à son acidité bien intégrée et une impression de rondeur qui, une fois de plus, vient de la belle maturité du raisin. Excellente persistance.

Riesling Trocken, Westhofener Kirchspiel (2011)

Nez assez perçant qui évoque délicatement les arômes de type hydrocarbure, mais aussi les fines herbes. La texture est vigoureuse, un peu herbacée, donnant un caractère affirmé à ce vin relativement puissant, destiné à la table et capable dune large gamme d’accords.

Riesling Trocken, Westhofener Morstein (2012)

Nez encore discret qui combine arômes de fruits verts et blancs avec quelques aromates et épices douces. L’attaque est large, confiante et généreuse. La matière est parfaitement en phase avec cette puissance, car le vin est expressif mais équilibré, à la texture légèrement crayeuse.

Auslese Riesling, Bechtheimer Geyersburg (2010)

Nez puissant qui évoque les hydrocarbures, le miel de forêt et les racines. En bouche, les sensations sont aussi intenses par la sucrosité que par l’acidité. Une très grande longueur permet de décomposer les saveurs complexes de ce vin qui pourra faire face à tous les accords difficiles pour beaucoup, y compris avec des plats épicés.

Alors essayez des rieslings de la Mosel, si ce n’est déjà fait. Vous serez pas déçus.

David Cobbold


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Incursion brève chez Tariquet…

Comme souvent, le dernier papier de David me fait réagir .

Il se trouve que, comme lui, j’ai toujours eu un faible pour l’IGP Côtes de Gascogne à l’instar de ce colombard appuyé de 30 % de sauvignon du Domaine de Bordes à la fois très peu cher, lisse et éclatant de fraîcheur en bouche. Il faut aussi goûter celui du Domaine de Millet où le colombard joue cette fois-ci avec l’ugni blanc (40 %) donnant une bouche un peu grassouillette parfois, mais pleine de rebondissements. Le Domaine de Pellehaut, bien sûr, avec son Été Gascon certes empreint de douceur, mais ô combien frais en finale, sans parler de son Ampéloméryx qui associe cinq cépages blancs dont le chardonnay et le sauvignon. Et tant d’autres vins à commenter… Ceux de la maison Rigal par exemple, qui fleurent si bon le Sud-Ouest : Les Touterelles ou Il était une fois le Colombard. Sans oublier ceux, bien sûr, d’Alain Brumont ou de la cave de Plaimont, comme le souligne David. Bien d’autres encore…

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Paysage typique du vignoble Gascon… Photo©MichelSmith

Tariquet : un petit film sur le vignobles…

Tout cela me fait penser à Tariquet qu’il est devenu bien vu par les temps qui courent d’insulter à longueur de commentaires assassins et de messages aussi bêtes que méchants sur les lignes des réseaux sociaux. Tout cela parce qu’une bande d’intellos rétrogrades auto déclarés amateurs de vins d’artisans ou d’artistes (quelle expression suffisante !) s’esclaffe et s’offusque que l’on puisse bâtir en France un domaine de 900 hectares. Contrairement à d’autres, lorsqu’il n’y a rien à boire dans un café en dehors d’un soda merdeux et uniforme, d’un ruineux quart Vichy ou Perrier ou d’une bière industrielle à peine maltée, je me contente volontiers d’un blanc (ou rosé) de Tariquet qui, en plus, me fait l’apéro. Et c’est bien pour cette raison que, tandis que je passais cet hiver à proximité de leur stand sur Vinisud, alors que j’avais quelques minutes d’avance sur mon programme, je me suis pointé sans rien d’autre requête qu’une simple demande : « Est-ce que je peux déguster » ? Bien entendu, des vendeurs empressés et bien sapés se sont précipités sur moi vu qu’ils n’avaient pas grand monde à cette heure plutôt matinale où je goûte le mieux. Pour ma part, j’étais prêt à assassiner, à pourfendre, à dégommer, à tirer à vue sur les monstrueux vins de ces propriétaires qui n’ont d’autre réputation que d’être de gros industriels affichant un score de 8 millions et demi de bouteilles mises en marché chaque année.

Au fur et à mesure qu’il me servait des blancs à parfaite température, j’ai fini par faire comprendre à mon interlocuteur endimanché que je n’étais pas un commercial et que je ne souhaitais pas connaître les caractéristiques techniques de chaque vin avant de déguster, encore moins le prix à négocier à partir d’un certain nombre de palettes. Tout était estampillé Côtes de Gascogne, tout était blanc, rien que du 2013, sachant que nous ne dépasserions pas la barre des 10 euros prix public, c’est tout ce qu’il me fallait savoir et je n’en demandais pas plus. Hélas, l’encépagement était marqué sur la bouteille, mais je n’en fis pas un drame dans la mesure où j’ai réussi à l’exclure de mon esprit en dégustant.

Premier vin : un chenin/chardonnay tout simple, grassouillet, marqué par un petit fruit, le truc sans vice ni vertu. Passons et excusons nous auprès de lui tant il est vrai que le premier blanc du matin n’est jamais transcendant…

Second vin : le « Classic », soit 40 % du volume du domaine, ce qui doit faire plusieurs centaines de milliers de cols. Un assemblage très couleur locale, très « pays » avec 35 % de colombard, 45 % d’ugni blanc, 10 % de gros manseng et 10 % de sauvignon. Approche sur la rondeur, très belle fraîcheur par la suite et finale un poil sur la sucrosité. À 5 euros le flacon, j’ai aimé sans honte et j’en ferais volontiers mon apéro du soir pour célébrer ma victoire à la pétanque. N’en déplaise à mes suiveurs de Facebook.

Troisième vin : un chardonnay frais, droit, équilibré, pas passionnant pour mon goût, mais très bien bâti et fort probablement à la hauteur d’un plat de crustacés genre langoustines mayonnaise.

Quatrième vin : un sauvignon pur tout aussi frais que le précédent, bien dense en bouche, bien dans sa peau et bigrement jovial pour finir. À 6,50 euros, j’en fais volontiers mon apéro et je le sers même sur ma terrine campagnarde.

Cinquième vin : un « Réserve » brut de cuve, donc refusé. Tout de même goûté, je l’ai jugé trop boisé. D’où le risque à faire goûter des vins en cours d’élevage… Et qu’on ne me dise pas qu’un pro doit pouvoir tout affronter…

Sixième vin : un gros manseng et chardonnay attaquant et vif, dense, copieux, jolie petite longueur et finale sur le fruit. À 7,50 euros, ça m’irait bien pour un poulet à la crème ou une volaille à l’estragon.

Sixième vin : un chardonnay « Tête de Cuvée » 2011 moyen et un peu trop savonneux à mon goût.

Septième vin : un « Rosé de Presse » 2013 tout simple mais bien frais et bon, sans plus.

Huitième vin : un marselan 2013 aussi alerte et frais que le précédent, tout en rondeur avec de jolies touches poivrée. À 7 euros le flacon, j’ai peut être meilleur. Mais là encore, si je suis dans une banale brasserie avec un lapin tout aussi banal malgré la moutarde, je prends !

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Conclusion : Tariquet – à qui, je ne dois rien et qui n’a rien à me vendre – est un domaine sur lequel on peu compter avec des vins (je n’ai pas tout goûté, car il y en avait d’autres) corrects et sans prétention autre que celle de faire plaisir dans l’immédiat. Maintenant, si ça ne plaît pas à certains qu’ils aillent se faire empapaouter. Je dis ça gentiment, les gars alors, c’est pas la peine de monter sur vos grands chevaux ou de me montrer vos crocs ! Et en plus, je signe…

Michel Smith


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Les 5 de l’été. Marre du rosé ? Buvez des blancs du Sud-Ouest!

La domination des vins rosés dans les propositions de "vins d’été" me gonfle sérieusement. Je n’ai pas grand chose contre le vin rosé : il y en a de très bons et j’en bois. Ce qui me désole, c’est cette mode de les proposer partout et n’importe comment, comme s’il n’y avait rien d’autre de buvable pendant les mois d’été. Et la majorité est, comme toujours, sans grand intérêt.

L’autre jour, j’ai vidé ma cave d’échantillons de vins rosés de tous les flacons reçus cette année et pas encore dégustés. Sur 15 bouteilles ouvertes, j’en aurai bu une seule avec un peu de plaisir. D’accord, ils ne sont pas chers (sauf en Provence), et on peut les boire avec une large gamme de mets, mais est-ce que cela suffit pour ne consommer que cela pendant les mois chauds ?

Pour échapper au diktat du rosé, je prône donc un retour massif vers le vin blanc. Et, si vous cherchez des vins blancs abordables, vous ferez bien d’investiguer les ressources du Sud-Ouest de la France. La semaine passée, j’ai dégusté une petite série de vins blancs de Gascogne, auquel j’ai ajouté un blanc de Bergerac et deux du Bordelais pour avoir une vision un peu plus large de cette région qui jouit, globalement, d’un climat océanique pas trop chaud; ce qui est, pour moi, un des meilleurs en France pour l’équilibre de ses vins blancs.

Et la gamme des cépages, bien que souvent dominée par le sauvignon blanc, est assez diversifiée pour offrir une déclinaison de saveurs sans perdre un ingrédient essentiel d’un vin blanc : la sensation désaltérante apportée par l’acidité. Petit et gros manseng, colombard, ugni blanc, sémillon, chardonnay, l’en de l’el, mauzac et bien d’autres, plus rares, se présentent à nous selon la zone ou l’appellation. Et tous les vins que j’ai dégustés, comme l’essentiel de l’offre de la région, se trouvent entre 4 et 9 euros en prix de vente public, et très majoritairement entre 4 et 6. Qui dit mieux ? Rarement le Val de Loire, du moins pour des vins de bon niveau et hormis le cas spécifique de Muscadet. Sûrement ni la Bourgogne ni l’Alsace. Et les blancs du Grand Sud me semble très majoritairement trop lourds pour les mois d’été, et les bons se vendent bien plus chers. Non, les meilleurs rapports qualité/prix en matière de vins blancs sont à chercher, en ce moment, dans le sud-ouest, parole de gascon adoptif !

Voici ma petite dégustation et sélection (à partir d’une série deux fois plus grande). J’ai envie d’appeler cela Les 5 de l’Eté.

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Domaine de Bazin 2013, IGP Côtes de Gascogne (colombard et ugni-blanc) : prix 6 euros

Ce vin, vinifié par l’excellente Cave de Plaimont, qui est le géant de la région, mettrait tout le monde d’accord comme apéritif d’été, ou avec quelques fruits de mer. Son nez est frais mais délicat, car ses arômes perçants n’ont rien d’agressif dans le registre de fruits blancs et agrumes. Une texture ronde mais sans aucune lourdeur entoure une acidité vibrante pour donner un vin salivant et bien équilibré, doté d’une bonne persistance. Un bon plaisir simple.

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Domaine de Miselle 2013, IGP Côtes de Gascogne (colombard et gros manseng) : prix 5 euros

Le nez est plus riche et complexe que celui du vin précédent, car il intègre une note de fruits exotiques à une base d’agrumes. Bien structuré, avec un léger fond d’amertume qui lui donne de la longueur. Ce délicieux vin de caractère ne vaut que 5 euros ! On pourrait bien l’associer à toutes sortes de plat d’été. Je ne vois pas d’autres appellations en France capables de produire ce genre de rapport plaisir/prix.

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Domaine de Perreau 2013, Montravel. Prix, environ 5 euros, cépages sauvignon blanc (80%) et sémillon

Ce vin d’une jeune vigneronne qui vient de reprendre un domaine familiale m’a séduit par son nez discret mais précis, aux touches d’agrumes, et son toucher très fin qui évite tout excès de type végétal. D’une finesse surprenante pour un un prix si doux. La légèreté de son alcool (11,5%) est un autre atout considérable pour les journées chaudes. Atout qui malheureusement est devenu de plus en plus rare.

 

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Château Martinon 2013, Entre-deux-Mers. Prix 6 euros, 60% sémillon, 30% sauvignon blanc, 10% muscadelle

J’aurai pu choisir entre de nombreux excellents vins de cette appellation très connue mais trop peu aimé en France. Mais j’avais celui-ci sous la main et cela tombait parfaitement bien car il est aussi d’une grande régularité tout en se singularisant en incluant une majorité de sémillon dans son assemblage. Son très joli nez à de la complexité. En bouche le vin semble vibrant et minéral (je déteste utiliser ce mot mais je ne vois pas un autre pour décrire la sensation !), ferme mais frais, parfaitement équilibré et bien gourmand.

 

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Chateau de Bonhoste, cuvée Prestige 2013 (sauvignon blanc, sauvignon gris et sémillon : prix 9 euros)

Ceux qui mettent une sorte de point d’honneur à détester, par principe, tout vin qui rencontre le bois ferait mieux de passer leur chemin et de laisser ce très beau vin à d’autres qui gardent l’esprit ouvert. Car le bois (fermentation en barriques avec élevage de 6 mois) y est parfaitement dosé et intégré. Le nez est aussi plaisant qu’élégant, et l’élevage ne masque pas la qualité du fruit. Textures et saveurs sont suaves mais pas dominés par l’élévage et une jolie fraîcheur pointe en finale. Voilà un vin raffiné qui irait bien avec de plats de poissons grillé ou à la vapeur. C’est un peu plus cher, mais cela les vaut.

 

Oui, on peut trouver plein de bons blancs pour l’été dans le grand sud-ouest, et ce n’est qu’un début !

 

David Cobbold

 


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#Carignan # 227 : Californie et Chili, vers la Renaissance

Sans tambours ni trompettes, notre jeune association Carignan Renaissance se bouge de plus en plus, même si elle ne compte à ce jour que 25 adhérents, dont une bonne vingtaine sont vignerons. Parmi les derniers arrivés, saluons le Mas Mellet, dans les Costières (Gard), le Plan Vermeersch en Vallée du Rhône (Drôme), le Domaine de Cébène à Faugères (Hérault), le Champ des Sœurs à Fitou (Aude), le Clos des Jarres en Minervois (Aude), le Château Montfin en Corbières (Aude).

Les vignerons carignanesques en recherche de logo. Photo©MichelSmith

Les vignerons carignanesques en recherche de logo. Photo©MichelSmith

Notre assemblée s’est magistralement déroulée l’autre jour, en lisière de Camargue, au Mas Mellet et j’en ai profité pour démissionner de mon poste de Président afin de laisser la place à plus jeune que moi. C’est donc le franco-languedo-germanique Sebastian Nickel qui prend ma suite avec pour mission d’animer plusieurs commissions, dont une technique. Pour ma part, je renouvelle mon soutien à l’association en tentant d’animer le site internet, ce qui ne sera pas une mince affaire !

Photo©MichelSmith

 Sebastian Nickel. Photo©MichelSmith

Lors de cette réunion, plusieurs membres ont débouché des échantillons de purs Carignan. Dans un prochain article, je reviendrai sur l’appellation de Sardaigne, Carignano del Sulcis, la seule à ma connaissance consacrée à ce cépage. En attendant, je voudrais parler de quelques vins dégustés ce jour-là, des échantillons ramenés des Etats-Unis par Isabelle et Jean-Marie Rimbert du Domaine éponyme à Berlou, en territoire de Saint-Chinian. De Mendocino County, il y avait ce 97 % Carignan, Lioco 2010, léger (12°), en plein sur le fruit, facilement buvable autour d’une grillade, simple mais pas vulgaire (environ 20 $). En autre Carignan, d’Alexander Valley cette fois-ci, mis en œuvre par la société Il Vino e Vivo et millésimé 2009, portant le joli nom de Chiaroscuro, s’est montré quant à lui sans grand intérêt, tant il était parfumé et sucré.Plus obscur que clair…

Photo©MichelSmith

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Deux autres Californiens étaient à la hauteur. Le premier, celui de Neyers à Santa Helena, en provenance d’Evangelho Vineyard (Costa Contra County), un 2011 souple et élégant au comportement assez brillant et frais sans oublier une bonne longueur. Le second, présenté par notre membre Jon Bowen du Domaine Sainte-Croix, dans les Corbières, venait de l’Alexander Valley et des caves Broc Cellars, sises à Berkley. Un 2012 visiblement de macération carbonique. Nez au fruité charmant, confirmé en bouche avec éclat : rondeur en attaque, mais jolis élans de cerise bigarreau en retour et bonne longueur.

Photo©MichelSmith

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Deux très bons Carignans de Californie sur quatre présentés, sans oublier un de tout à fait correct, voilà qui est de bonne augure pour l’amateur qui s’aventure dans l’Ouest américain. Mais la dégustation ne s’arrêtait pas là. L’autre vin de Jean-Marie, acheté à San Francisco, nous venait de l’Empedrado, au centre du Chili. Importé par Louis Dressner, il arborait le millésime 2012, avec 13,5° d’alcool. Son étiquette colorée et résolument moderne (si seulement la vieille Europe pouvait suivre le mouvement, histoire de dépoussiérer le vin…), portait le nom de Cuvée Antoine Nature.

Et pendant que l'on dégustait, la fougasse aux grattons d'Émilie nous attendait ! Photo©MichelSmith

Et pendant que l’on dégustait, la fougasse aux grattons d’Émilie nous attendait ! Photo©MichelSmith

Son auteur, Louis-Antoine Luyt (lire en Anglais), un jeune Bourguignon qui a déjà pas mal bourlingué, m’avait frappé par sa volonté et son caractère affichés dans un documentaire sur les vignerons français installés à l’étranger passé sur TF1 un Samedi après-midi. Voyant qu’il parlait de très vieilles vignes sans les nommer, je me doutais bien qu’il pouvait s’agir de Carignan. L’acidité est remarquable, le fruit est quant à lui d’une rare pureté et je stockerais volontiers quelques flacons de ce « nature » qui, apparemment, voyage merveilleusement bien sans son soufre…

Michel Smith

PS Félicitations au passage aux Vignerons de la toute nouvelle AOP Terrasses du Larzac, où l’on sait la valeur qu’ont les vieux Carignans dans les assemblages… Mesdames, Messieurs, rejoignez-nous vite à Carignan Renaissance !


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L’humeur Burgonde

Et voilà-t’y pas que j’apprends par l’entremise de notre collègue Jim Budd qu’un vin de Loire, le Sancerre Grande Cuvée 2012 de Jean-Paul Balland, vient, pour la toute première fois de remporter le Decanter International Trophy. En bon chauvin que je suis, j’aurais préféré voir l’un des nôtres (Languedoc ou Roussillon) lui ravir la vedette, mais je n’insiste pas vu que ce nom de Balland m’évoque plein de souvenirs, à la fois viticoles en même temps qu’éditoriaux. André Balland fut un temps mon premier et plus fidèle éditeur Parisien (oh, pas de la littérature de mon côté, rien que des guides) et c’est un peu grâce à ce bonhomme iconoclaste et audacieux que j’ai pu sillonner la France de haut en bas et d’est en ouest quand ce n’était pas en diagonale. Gourmand comme il était, je suis certain que le bougre aurait aimé se joindre à notre équipée catalane du week-end dernier.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

À l’occasion de cette chronique, je pourrais aussi m’étendre en large et en travers sur la nouvelle bataille qui s’annonce sur la toile mondiale et qui, peut-être, nous vaudra des prises de positions bien tranchées sur le fait que ces incorrigibles anglo-saxons cherchent à s’accaparer nos noms d’appellations en développant de nouvelles adresses en .vin ou .wine. Si j’en crois mon informateur matutinal, il va y avoir du grabuge dans l’air et nos stratèges pinardiers ont plutôt intérêt à être réactifs, d’humeur combative aussi…

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En même temps, je me sens aujourd’hui carrément d’humeur bourguignonne. Et je tiens à vous faire partager mon sentiment sur une dernière soirée festive dans ce lieu béni où, sur la plage de Sant Pol, de l’autre côté de la frontière, à une heure et demie de route de Perpignan, la Bourgogne est portée aux nues. Comment est-ce possible ? Eh bien grâce à la folle magie dont est capable le maître du restaurant Villa Mas dans une belle demeure années 30 à Sant Feliu-de-Guixols. Son nom : Carlos Orta Cimas, chef autodidacte aussi précis et méticuleux dans le choix de ses produits de la mer qu’il l’est dans l’histoire d’amour qui le lie à la Bourgogne. Les plus attentifs d’entre vous se souviendront d’une première expérience du même type menée l’an dernier et narrée sur ces mêmes ondes par votre serviteur. En fonction du code désormais bien compris entre les composants de la tablée et mon ami Bruno Stirnemann, un autre fondu de vins, nous étions six à table avec un seuil financier à ne pas dépasser afin d’éviter tout excès et déconvenue. L’autre obligation était de coucher à deux pas de là car, inévitablement chez le roi de la platine qu’est Carlos, le patron du Villa Mas, la soirée se termine souvent vers 4 à 5 heures du matin. Un ange passe sur ce très spécial after…

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À l’exception d’un grand Riesling Allemand 2007 Auslese (sélection de grains botrytisés) servi en fin de repas, sept grands vins bourguignons à des prix jamais vus sur nos cartes de vins en France, ni même chez nos cavistes (faudrait-il encore les trouver…), furent impeccablement versés à l’aveugle dans nos verres Zalto. Avant toute chose, si vous faîtes partie des amoureux de la Bourgogne, je vous conseille d’aller télécharger la carte des vins sur le site de Villa Mas, histoire de rêver un peu. Grâce au sommelier, nous étions des seigneurs. En guise d’apéritif, sur quelques tapas classiques, le Chablis 1er cru La Forêt 2006 de Raveneau (40 €) fit un effet bœuf sur presque tout, sauf les anchois, mais ça, je m’y attendais. Pétrole, truffe, coing frais, persistance, droiture… ce fut dès le départ une plongée au paradis. Dès lors, tout pouvait fonctionner comme sur des roulettes.

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Vint ensuite sur des tapas un peu plus maritimes le Meursault Les Luchets 2008 de Roulot (55 €) qui jouait plus dans registre de la finesse que dans la force. Rien à voir avec les effluves de torréfactions affichées par le vin suivant, un (simple) Puligny-Montrachet 2005 d’Anne-Claude Leflaive : raffinement d’acidité aux notes grillées et racinaires naviguant entre bergamote, noisette, truffe, absinthe, iris… Hélas, je n’ai pas retrouvé son prix, mais je sais que son 2007 était à 70 €. Complètement inattendu, le vin suivant qui s’ouvrait lentement sur des notes de petits éclats pierreux (silex) et graphites, s’avérait être un (autre simple) Bourgogne 2004 du Comte de Vogüé au prix conséquent de 95 €. Je l’ai bu avec plaisir toujours sans connaître son identité et l’ai trouvé plus court que le précédent ce qui était logique après tout même si Bruno m’a appris que ce vin était principalement constitué des jeunes vignes, certes, mais situées sur des crus renommés. Peut-être serions-nous faits autant plaisir avec un Mâcon Villages du Comte Lafon ou des Vignes du Maynes dans un millésime mûr comme le Cruzille 2008 à 22 € ? Mais bon, il faut savoir jouer le jeu.

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Le premier rouge fut un Chambolle-Musigny 1er cru Aux Cras 2009 de Georges Roumier (90 €) au petit nez poivré et tendre, encore un peu jeune et retenu, marqué par d’élégants tannins. Les deux derniers vins, que j’ai gardé en guise de dessert, nous entrainèrent dans des discussions enflammées, sauf que nous étions tous d’accord sur un point : la grandeur des vins que nous fûmes incapables d’identifier. D’abord le Clos des Lambrays 2006 (105 €), le pinot dans toute sa splendeur, resplendissant, encore ferme et marqué par la griotte; puis un même Clos des Lambrays, version 2002 (125 €), élégant au nez, subtil et tactile en bouche, devenant de plus en plus clair, limpide, ferme, dense, ensoleillé et frais à la fois.

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Voilà un repas dégustation à l’aveugle (chaque vin nous fut dévoilé avant que le suivant n’arrive) que personne ne nous offrira et que nous sommes bien contents de nous offrir nous-mêmes ! Quelle chance nous avons, car de l’aveu même du Roi Carlos, les prix vont monter : « Je suis désolé, je n’y peux rien mais je suis obligé de m’aligner avec les tarifs pratiqués par mes amis bourguignons », lâche-t-il un peu gêné. Pourtant, nous savons que, pour un an ou deux au moins, ce ne sera pas l’ensemble de la carte qui augmentera, mais certains vins, de plus en plus difficile à arracher. Alors, face à la folie ambiante, qui sait nous serons là pour ajouter à nos souvenirs un récit de plus. Et puis, la prochaine fois, au lieu de nous concentrer exclusivement sur la Bourgogne, peut-être nous contenterons-nous d’un match entre vins du reste du monde… À moins de nous plonger sur les vins en dessous de 50 € ? Mais là on va dire que je deviens radin…

Michel Smith

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