Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


Un commentaire

Le Faux Gras nous gave

Cette semaine, nous accueillons Eric Boschman, sommelier et consultant belge doté d’un joli brin de plume. Il nous parle, non pas de vin, mais de foie gras. Non, en fait, de faux gras.

Méfiez-vous des imitations, des amalgames et du dénigrement…foiegras-524x433

Du foie gras, du vrai

Chers amis militants anti foie-gras,

Nous ne nous connaissons pas, je le regrette car je suis sûr que vos idées sont magnifiques. Je profite de ces quelques centimètres carrés pour vous écrire une petite lettre. En effet, depuis quelques années, mes oreilles sont saturées, comme le foie d’un palmipède fatigué, par une campagne publicitaire financée par votre association.

 «Pas de foie malade à ma table»

Elle me me gave, et je ne vous parle même pas de votre dernière spot radio en Belgique, où une hystérique allumée annonce que "le foie gras est un foie malade".

Je crois en la juste cause de votre combat, je crois que le bien être des animaux, comme celui des humains et des végétaux, est un droit fondamental dans une société évoluée telle que la nôtre, même si parfois un doute raisonnable peut-être de mise quant à cette évolution. Je trouve formidable les actions menées par votre association et vos militants pour que l’on traite vraiment mieux les bêtes. Je me souviens d’un truc à propos du chargement des vaches dans des camions, où votre travail à changé fondamentalement les choses, et je trouve ça, je le réécris, exceptionnel.

Mais là, je suis un peu étonné, et le mot est léger, face au raccourci que vous prenez.  A cause de vous, des centaines, peut-être même des milliers de gens, croiront cette histoire de bête malade et se détourneront du produit. Il y a déjà douze pays dans l’Union Européenne qui ont interdit le gavage. Croyez vous qu’aux Pays-Bas, où ce travail est illégal, on ne mange plus de foie-gras ?

Non, simplement on l’importe, en le contrôlant un rien moins bien, en paupérisant un peu plus les petits agriculteurs qui se diversifiaient grâce à cette production et on augmente de manière drastique l’empreinte carbone de ce produit. Je sais, je m’emballe, je fais des raccourcis et en plus on ne fait pas d’omelette sans casser d’œufs.

Mais bon, reprenons. Le spot, pardon la scénette, met en en évidence un médecin qui parle de stéatose. Il est vrai qu’un foie plein de graisse au stade de la stéatose n’est pas en top bonne santé. Vous voyez, nous pourrions finir par nous entendre, je ne suis pas rabique. Je n’entrerai pas non plus sur le terrain historique, car au nom des traditions, un tas de choses parfois stupides sont faites. Et même si les gaveurs n’ont fait, depuis l’époque romaine, que suivre ce que font tous les agriculteurs, c’est à dire, reproduire, amplifier, structurer des mouvements naturels pour augmenter leurs rendements et pourvoir à la nourriture des humains en général, les habitudes alimentaires ont changé et ce qui était bon il a 2000 ans ne l’est plus forcément aujourd’hui.

Je suis interloqué par votre pub parce que d’une part, elle me la joue tragique, et que d’autre part elle me dit de remplacer mon plaisir par une chose que je trouve parfaitement immangeable, fabriquée Outre-Rhin à base d’huile de palme, de fécule et de champignons, sans oublier les exhausteurs de goût.

Certes, l’huile de palme, lorsqu’il s’agit de sauver les canards et les oies, c’est de circonstance. Bon, ok, je sais, l’humour, c’est pas votre truc, j’arrête ici. Une fois encore, je souligne le coût environnemental du transport, mais ce n’est qu’un détail, surtout depuis l’Allemagne voisine. Je suis surpris lorsque j’entends ce qui est sous entendu dans cette réclame, car il ne s’agit en fait que de réclame pas d’information, ce serait même plutôt le contraire, même s’il n’est pas possible, je conviens avec vous, de placer tous les éléments à charge et à décharge de ce dossier sur trente secondes.

Je suis surpris, écrivais-je, par ce qui est sous entendu; en fait, il y a une bonne et une mauvaise attitude à table. Celle qui consiste à acheter vos petites boîtes est bonne, celle qui consiste à ne pas le faire et à manger selon son bon plaisir est mauvaise. Comment nomme-t-on ce genre de façon de procéder par un bien vilain mot qui commence par F et se termine par isme ?

Ne serait-il pas temps de cesser le harcèlement par la bien pensance ? Un des mes amis, restaurateur doublement étoilé de la bonne ville de Bruxelles, à reçu une véritable lettre d’insulte d’une dame, même pas cliente, lui demandant de quel droit il osait encore proposer du foie gras à sa carte. Une autre de mes amies, rédactrice dans un magasine féminin m’a dit qu’à chaque recette proposée avec du foie gras, elle recevait des lettres d’insultes, voire de menace. Mais où va-t-on, mes amis ? C’est quoi ce cirque ? Est-il utile d’énerver les gens avec ces histoires, qui ne sont pas des problèmes, alors que tout fout le camp ?

Et puis, franchement, en matière de cruauté animale, avez-vous connaissance, j’espère que oui, de la charte européenne pour la production de palmipèdes gras? Faites moi le plaisir de la lire, vous verrez qu’il n’est question que de bien être animal, pratiquement de la première à la dernière ligne. Savez-vous aussi que la Belgique est le pays du monde le plus en pointe en matière de protection et de respect des palmipèdes gras ? Qu’un animal blessé vaut au gaveur un avertissement de la part du vétérinaire de l’AFSCA qui le suit et que ces avertissements, s’ils se répètent, peuvent valoir une suppression du droit de gaver à l’artisan ?

Savez-vous, amis anti-foie gras, que la Belgique oblige à une formation de quinze jours les futurs gaveurs pour leur apprendre le respect et le bien être des animaux? Oui, j’en suis bien certain. N’oubliez pas, s’il vous plaît, que ces canards et oies, se gavent, certes pas dans la même proportion, dans la nature avant leurs grandes migrations, et que les animaux que nous mangerons, si l’on cesse de les gaver au bout de douze jours, retrouveront un foie tout à fait normal en quelques semaines. Ce n’est donc pas une maladie comme vous le faites croire aux plus faibles d’entre nous, aux moins bien protégés mentalement, qui peuvent croire à vos balivernes. Retenez le, ces oiseaux ne sont pas malades, ils maigrissent dés que l’on cesse de les gaver. Alors que pour moi, rien n’est moins sûr…

Sur ce, je vous livre ici quelques arguments en faveur du gavage car je pense que le faux gras n’est qu’un faux, et que rien ne vaut le vrai. Définitivement. Qu’il s’agisse de sein, de frère ou de gras.

Avant de vous livrer des arguments en faveur du gavage, car il faut être complet, je m’en voudrais de vous quitter sans vous livrer un peu d’information complémentaire à propos de cette merveilleuse huile végétale comme l’on nomme pudiquement "huile de palme durable" sur vos étiquettes. Allez donc voir, a cette adresse, à lire in extenso, si vous voulez vraiment avoir une idée de ce que vous mangez parfois. http://vivresanshuiledepalme.blogspot.be/2012/02/rspo-ou-la-mauvaise-blague-du-durable.html.

Arguments en faveur du gavage (Wallonie et Belgique)

La Belgique constitue le seul pays du monde possédant une législation spécifique au bien-être des palmipèdes à foie gras (Arrêté Royal du 25/04/1994), avec notamment l’obligation de suivre une formation agréée pour pouvoir procéder au gavage des palmipèdes gras,

Cette législation a été renforcée au 1er janvier 2011 pour interdire la cage individuelle au profit d’un logement collectif en gavage, suite à une Recommandation adoptée par la convention européenne pour la protection des animaux dans les élevages. La Belgique constitue le seul pays européen à avoir respecté les échéances pour la mise en application de cette Recommandation,

La Belgique a signé la charte européenne pour la production de palmipèdes gras émanant de la Fédération européenne du foie gras (Euro Foie Gras): dans cette charte, le secteur professionnel du foie gras s’engage à respecter les 12 principes relatifs au bien-être des animaux retenus dans le «Welfare Quality Project»,

L’élevage et le gavage offrent une opportunité de diversification dans les exploitations agricoles recherchant un complément de revenu. Cette diversification est soutenue par la Région Wallonne et le Ministre en charge de l’Agriculture : voir le projet d’encadrement zootechnique et vétérinaire des palmipèdes à foie gras financé par la DGARNE (Direction du Développement et de la Vulgarisation) et confié à l’Ulg, Clinique vétérinaire universitaire de la Faculté de Médecine vétérinaire. Voir aussi la présence de la Filière Avicole et Cunicole Wallonne, financée par la Région Wallonne et qui soutient la production de foie gras,

Depuis septembre 2011, en Wallonie, un Arrêté ministériel reconnaît officiellement des critères minimaux de qualité différenciée en volailles, en tenant compte, juste pour info, des recommandations de GAÏA (non, ce n’est pas de la schizophrénie que de participer à l’élaboration d’une réglementation visant à améliorer le sort des animaux à gaver et dans un même temps proclamer Urbi et Orbi tout un tas de contre-vérités, c’est juste un bon business) . Le canard à foie gras en fait partie.

Le gavage des canards constitue une courte période dans la vie de l’animal : maximum 2 semaines sur plus de 13 semaines de durée d’élevage. Par ailleurs, les animaux ont accès à un parcours extérieur au moins la moitié de leur vie. Depuis des années déjà, les professionnels ouvrent leur porte au grand public (fermes ouvertes) pour montrer comment ils travaillent,

Les chercheurs français de l’INRA, dont Jacques Servière, ont démontré que le gavage, en conditions normales, n’apparaît pas comme étant générateur important d’actions irritantes sur le tractus digestif. Ces actions irritantes auraient en effet pour conséquence une inflammation tissulaire. Elles se mesurent par le rythme cardiaque, le taux de corticostérone, la réaction d’extravasion plasmatique neurogène de l’œsophage, ainsi que des mesures au niveau du système nerveux,

Jusqu’à présent, il n’a jamais été démontré la possibilité d’une alternative au gavage pour obtenir du foie gras, mais le secteur est proactif et ouvert aux recherches scientifiques. Il faut savoir que pour être reconnu comme «foie gras», celui-ci doit peser au moins 300 grammes (exigence issue de la réglementation européenne relative aux normes de commercialisation des volailles).

Si vous voulez exercer votre libre arbitre, et ne pas forcément penser comme les réclames radiophoniques le voudraient, allez donc voir sur  www.facw.be

Eric Boschman

(Pour plus d’info, on se reportera à l’article paru sur l’excellent blog d’Eric, Saturday Wine Fever).


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«Vigneron indépendant», ça se dit comment en polonais ?

Agnieszka Kumor, notre invitée polonaise, nous parle d’export et de caves particulières…

Qu’est-ce qu’un vigneron indépendant aux yeux d’un amateur de vins polonais? La question m’a été posée à l’occasion des Rencontres nationales des Vignerons Indépendants de France, qui ont eu lieu cette année à Epernay. J’ai accepté l‘invitation avec joie, car les débats portaient sur un sujet qui me tient à cœur: comment réussir à l’export ? C’est une initiative rare et louable que de se poser ce genre de questions. Les réponses ne sont ni faciles, ni évidentes. Et pourtant, il faut chercher des solutions. Surtout, lorsqu’il s’agit d’une petite entreprise.

Pascal Agrapart, vigneron ‡ Avize, exporte 65% de sa production des champagnes. Photo Agnieszka KumorPascal Agrapart, vigneron à Avize, exporte 65% de sa production de Champagne. Photo Agnieszka Kumor.

Certes, un vigneron indépendant n’a pas les moyens financiers d’une grosse structure. Mais il possède quelque chose qu’une grande marque n’a pas: l’histoire qui se cache derrière un vin que l’on produit. Une histoire à raconter. «Le soutien marketing d’un grand groupe est appréciable pour un importateur, mais il y a des contreparties», explique Sławomir Chrzczonowicz, directeur import chez Winkolekcja. S’il veut bénéficier d’un marketing d’envergure, il doit acheter l’ensemble des produits proposés, même ceux qui ne l’intéressent pas. Rares sont les services à la carte. Résister à cette pression et négocier, c’est le lot de tous les grands importateurs, mais aussi des petites entreprises qui ont fleuri un peu partout sur le marché polonais ces dernières années. Comme celle du Français, Guillaume Deliancourt, le PDG de Deliwina, qui a posté un témoignage passionné sur ce blog. «Ce sont les producteurs indépendants qui font souvent les vins les plus captivants», estime Robert Mielżyński, le PDG de la firme qui porte son nom. Ces vins reflètent la personnalité de leurs producteurs. En vendant une bouteille, un caviste vend l’histoire d’hommes et de femmes. «J’aime l’idée de pouvoir proposer aux clients les vins d’un même producteur, mais à des prix différents. Ce qui les unit c’est son histoire», conclue Mielżyński.

Mais cette stratégie a des limites que pose la production. Quand un restaurateur est séduit par un vin, il aimerait relancer la commande, mais souvent il n’y en a plus.

Chose intéressante: j’ai l’impression que les Polonais sont plus sensibles à cette histoire humaine qu’à l’histoire d’un lieu. En France, on parle beaucoup de «terroir», en se limitant souvent à une structure de sol, et, donc, à un lieu. Sans vouloir trop m’avancer dans la psychanalyse des peuples, je crois que l’Histoire a appris aux Polonais que ce sont souvent les gens qui confèrent à un endroit son identité.

Vignerons Indépendants de France (DR)

La curiosité n’est pas un vilain défaut

L’image des vignerons indépendants est une chose acquise en Pologne. Mais pour qui, exactement ? Jusqu’à présent, j’ai parlé des amateurs éclairés, des cavistes et des importateurs passionnés et consciencieux. Mais qu’en est-il du consommateur lambda ? Eh bien, pour ainsi dire, il s’en fiche éperdument. C’est le rapport qualité/prix qui l’intéresse. Trois quarts des vins s’achètent au prix moyen de 3,40€ à 9,50€, en grande surface. (Je note au passage qu’en bas de cette échelle de prix les Polonais payent 0,70€ de plus que les Français !) On ne trouve quasiment pas de vins des vignerons indépendants en grande distribution, et très peu dans les petits magasins d’alimentation. Ce sont ces deux principaux réseaux de distribution qui se partagent le marché du vin en Pologne (97% des ventes).

Et pourtant, les cavistes (ils sont une centaine, mais en progression rapide) ne les considèrent pas comme de la concurrence, car ils visent des gammes de prix différents. Mais la GD joue en rôle indéniable dans la progression de la consommation de vins. Les Polonais sont curieux et ils en consomment de plus en plus. Les supermarchés et les magasins discount l’ont bien compris. Parmi ces derniers, Tesco ou Kaufland cherchent à importer eux-mêmes. D’autres, comme Biedronka ou Lidl, ont augmenté de 20% leur offre de vins, et font des promotions ciblées à prix défiant toute concurrence. Et ils misent sur la quantité pour conforter leurs marges. Grâce à ce type de marketing les ventes de vins espagnols et portugais ont littéralement explosé en un an !

Clos Montebuena, Rioja 2005. Les ventes de vins espagnols explosent en PologneClos Montebuena, Rioja 2005. Les ventes de vins espagnols explosent en Pologne.

France is back

Depuis quelques années on observe un regain d’intérêt pour les vins français. Saviez-vous que les Polonais boivent plus de vins de Bordeaux que les Italiens, les Suédois, les Autrichiens ou les Russes? La France est aujourd’hui le troisième plus gros fournisseur en vins de la Pologne en valeur (après l’Allemagne et l’Italie), et le 5ème en volume.

La demande va clairement vers le milieu de gamme. Les Français ont tiré des leçons des erreurs du passé, l’approche et le marketing ont été repensés, et les résultats sont là. De plus en plus de producteurs considèrent que la Pologne n’est plus un marché de «seconde zone».

Un regret tout de même: le nombre de restaurants italiens à Varsovie se comptent désormais à plus de 150. Et que servent ces restos italiens ? I vini italiani, certo ! Je lance un appel solennel à qui veut bien l’entendre : il faudrait davantage de restaurants français en Pologne, où on servirait des vins des vignerons indépendants, évidemment!

Agnieszka Kumor

Collabore avec Vinisfera.pl


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Exporter des vins français en Pologne? Quelle bonne idée!

Suite des chroniques sabbatiques de notre invitée polonaise, Agnieszka Kumor, qui aujourd’hui, nous parle du marché polonais.    

Une histoire pour commencer. Dans la fraîcheur du petit matin printanier quatre chasseurs polonais reviennent de la chasse. Le dîner approche, chacun sort sa bouteille et la pose sur la table. «Une bouteille de quoi?» vous demandez-vous. De la vodka polonaise, Żubrówka, Wyborowa, Soplica, Żytnia, Żołądkowa Gorzka… ? Eh bien, non. Un vin français, alors? Que nenni. L’un des chasseurs sort un vin italien, l’autre – encore un vin italien, le troisième – un Rioja, et le quatrième – un blanc autrichien. C’est par celui-là, d’ailleurs, qu’ils commenceront leurs agapes.

Cette anecdote est à double lecture : elle montre que la culture de la consommation de vin en Pologne progresse, mais elle prouve aussi que la France a un rôle à y jouer, à condition qu’elle change sa stratégie sur le terrain. Quand je rencontre les vignerons français, je leur pose inlassablement la même question : «Exportez-vous en Pologne?» Certains me répondent que oui, d’autres que ce marché (40 millions de consommateurs potentiels, tout de même) ne les intéresse pas. Cela me laisse songeuse. Les Français seraient-ils ignorants, négligents, snobs ? Ou, alors ce serait les Polonais qui multiplient les taxes, pèchent par leur caractère bordélique et ne répondent même pas aux mails? Sans doute les deux, mon capitaine…

2.-Les-erreurs-ont-ete-commises

Des erreurs ont été commises

Les vins français ont toujours été pour les Polonais un synonyme de luxe et de qualité. Dans les années 1990, l’importation de vins a explosé. Les Polonais se sont tournés naturellement vers les vins français, mais n’ayant pas un grand pouvoir d’achat, ils ont commencé par des vins d’entrée de gamme. Or, le choix des importateurs paresseux dans cette catégorie s’est porté sur les vins de mauvaise qualité. Beaucoup d’importateurs sont passés par des intermédiaires en Allemagne, car les producteurs des vins intéressants et pas chers n’avaient jamais eu accès au marché polonais. Les vins se sont vendus (au moins au début) en grandes surfaces (et donc sans conseil), tandis que les grands vins étaient hors de prix. Résultat : dès le moment où les vins du Nouveau Monde ont débarqué sur le marché, les Polonais ont vite fait le calcul qualité/prix et se sont tournés vers ces nouveaux produits.

1.-Le-Polonais-est-un-consommateur-nomade

  Le Polonais est un consommateur nomade

 Actuellement, les Polonais achètent des vins chiliens, argentins, australiens, mais aussi bulgares, californiens et israéliens. Lentement mais sûrement, les vins d’Afrique du Sud se frayent aussi un chemin. Les Autrichiens et les Allemands sont très actifs. Est-ce que les Français pourront remonter la pente ? Rien n’est moins sûr. Ceux qui y croient encore trouveront à la fin de cet article les contacts utiles. Selon moi, il est plus intéressant d’avoir un importateur qui assure aussi la distribution par les biais de sa propre chaîne de magasins et qui vend aux hôteliers et à la restauration. La France garde sa troisième place d’investisseur en Pologne (après la Hollande et l’Allemagne), mais elle se place seulement 6ème quant à la vente de ses vins. Or, les Polonais achètent de plus en plus de vins.

 En 2011, les ventes de vins en Pologne ont grimpé de 4%. L’année a été difficile pour les petits et moyens importateurs car les vins de qualité se vendent désormais aussi dans les magasins discount. Ces magasins, qu’ils soient d’origine allemande ou polonaise, ont élargi leur offre de 20%. Malgré la crise, les ventes devraient poursuivre leur progression – celle-ci est estimée à 5% pour 2012. Les vins tranquilles ont le vent en poupe. C’est la tranche la plus dynamique : 7% de progression en 2010, selon le rapport AC Nielsen. Les ventes de vermouths, de mousseux et de liqueurs, traditionnellement appréciés des Polonais, reculent.

4.-Le-vin-consomme-en-troisieme-position-apres-la-biere

Le vin arrive en 3ème position des boissons en Pologne, après la bière et la vodka

(Brasserie Hipolit Lackowski : collection Jan Skrzyniarz)

 La consommation moyenne annuelle de vin en Pologne représente 3 litres per capita. Bon, à titre de comparaison, en France on consomme 35 litres, en Hongrie 24 litres et en Espagne 22 litres. Faîtes un effort, mes chers compatriotes ! La chance est de votre côté : il paraît que vous allez multiplier par sept votre consommation de vins à l’horizon des vingt prochaines années !

Les Polonais aiment le vin accessible au palais et qui leur parle immédiatement. Un vin suave, fruité et pas trop acide. Ce sont des consommateurs nomades : 84% d’entre eux n’ont pas de marque ou de producteur préférés. L’amateur averti trouvera sans doute les grands vins français, mais ils sont à un prix qui exclue une partie de consommateurs. Et l’on sait bien que c’est le bon vendu à un coût modéré qui éduque le palais. Cette offre attractive et accessible mène naturellement, avec le temps, vers un produit plus complexe et plus cher.

5.-Les-Vins-de-Pays-et-les-IGP-ont-toute-leur-place-sur-les

Les IGP ont toute leur place sur les tables polonaises (photo Agnieszka Kumor)

En parcourant l’offre française des boutiques en ligne, je constate que l’une se spécialise dans les Vins de Pays d’Oc, Corbières et Languedoc-Roussillon, l’autre aura des liquoreux, des vins de Loire et d’Alsace (très en vogue, ces derniers, car ils se marient bien avec les plats polonais). Bien sûr, chacune de ces boutiques propose de jolis Bordeaux et Bourgogne. Mais il y manque cruellement, par exemple, les grands vins de Cahors, de Madiran, de Beaujolais ou de crémants, tous trop rares sur les tables polonaises. Des IGP y ont toute leur place et des vins issus de l’agriculture biologique, eux aussi.

Les français confrontés à l’exportation sont en partie victimes de leur système d’AOC. Il garantit sans doute des normes de production, mais il empêche l’invention, indispensable à l’international. Du point de vue marketing, la France s’est endormie ces vingt dernières années. Elle ressemble à un champion du monde assis sur un banc de touche. Bien sûr, les taxes douanières sont élevées, les banderoles (obligatoires sur les cols de bouteilles) changent trop souvent, les contre étiquettes doivent être écrites en polonais. Mais le marché est très dynamique et les goûts évoluent.

Un exemple : un millier d’acheteurs polonais (surtout les particuliers à titre d’investissement) ont déboursé 50 mln de zloty (12,5 mln €) dans la campagne de ventes de vins « en primeurs » en 2011. Ce qui donne à la Pologne une place honorable dans le paysage de «wine banking» (investissement dans le vin) dans cette partie de l’Europe.

3.-Mais-tout-n-est-pas-encore-perdu Mais tout n’est pas encore perdu…

Evidemment un producteur seul n’a pas la force de frappe indispensable à l’exportation. Il faut que les interprofessions s’engagent plus dans la popularisation de vins de régions accessibles financièrement. Le travail du Conseil Interprofessionnel des Vins d’Alsace est pour moi un modèle à suivre dans ce domaine (avec une dégustation annuelle, des stages pour sommeliers et cavistes, des voyages de presse pour lesquelles l’Interprofession a traduit les documents en polonais !). Et il faudra passer par la case des cours de langues.

L’anglais est le plus souvent de mise dans les affaires. Les producteurs devraient tenter aussi les actions conjointes dans les salons. Le Pavillon français est bien garni à, par ordre de grandeur, La Foire internationale Enoexpo à Cracovie (14-16 nov. 2012) et au salon Eurogastro à Varsovie (21-23 mars 2012).

Mesdames et Messieurs les producteurs n’oubliez pas qu’en 2011 la croissance en Pologne a été de 4,3% ! Le marché polonais en guise d’antidote à la crise des ventes en France ? A suivre…

Agnieszka Kumor

(collabore avec www.vinisfera.pl)

A toutes fins utiles, voici quelques importateurs en Pologne :

Centrum Wina (Varsovie) Anna Zembala (directrice de communication) azembala@centrumwina.com.pl mob. : 00 48 506 012 023  administration : 00 48 22 566 34 00

Winkolekcja (Varsovie) Slawomir Chrzczonowicz directeur import (parle français) schrzczonowicz@winkolekcja.pl 00 48 691 901 701 administration: 00 48 22 542 80 00

Mielzynski (Varsovie, Poznan) site en anglais ! http://www.mielzynski.pl/mielzynski_eng.html Robert Mielzynski PDG wino@mielzynski.pl administration : 00 48 22 887 38 05

M & P Alkohole i Wina Swiata (Varsovie) Magda Bednarek directrice import magda@wina-mp.pl mob.: 00 48 500 056 562 administration: 00 48 22 771 30 48

Sobieslaw Zasada Import Win (Cracovie) Mariusz Ciupka service commercial m.ciupka@wina.zasada.com.pl administration : 00 48 12 639 58 80

Wine4you (Varsovie) Jaroslaw Cybulski PDG info@wine4you.pl administration : 00 48 22 701 71 44


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Quel danger redouter d’un dîner à Tanger?

Notre invité des 5, ce samedi, s’appelle Dominique Hutin. Marc et moi le connaissons depuis un certain temps déjà – bien avant qu’il n’officie comme chroniqueur à France Inter – à l’époque, si je ne m’abuse, Docteur, il pigeait chez Régal… 

Ce Normand mutin est un bon gars (la preuve, il vient goûter le vin jaune en Jura!), mais ne dédaigne pas la polémique  - hutin ne veut-il pas dire querelleur, en vieux françois?

Du Maroc, où il séjourne cette semaine, il nous livre un billet teinté d’exotisme, tour à tour suave et épicé, comme la cuisine locale. Tangerine trees and marmelades skies…

Hervé

Medina de Tanger, mars 2013.

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Pause !

Prenons le large des rivages de la Manche pour gagner le Cap Spartel, ligne de partage des eaux de l’Atlantique et de la Méditerranée. Bienvenue à Tanger, Maroc.

L’essentiel des 50.000 hectares de vignes qui strient le paysage marocain est dévolu à la production de raisin de table (seuls 25 % sont convertis en vin) et ici, à l’extrême-nord du royaume, nous sommes loin des vignobles de Meknès, Khemisset, El Hajeb … ou de Marrakech la touristique et de ses cartes des vins luxuriantes.

Aussi, au moment de se réhydrater, le voyageur intègre rapidement que Tanger la portuaire, quasiment voisine de pallier de l’Espagne viticole (depuis la baie de Tanger, les côtes ibères dessinent une partie de l’horizon), que Tanger la fantasmée n’est pas un épicentre viticole. Pas même en termes de consommation.

Plutôt que s’essouffler à lubrifier quelques jours de globe-trottage entre souk, kasbah et médina avec une chronique viticole et déambulatoire dans les rayons des magasins de bouche tangérois, il est prudent de s’en tenir à une amicale carte postale.

VINOGRAPHIE

1- Bonassia

Maroc – SVCM Meknès (groupe Castel)

Bonassia «Gris» – non millésimé (13,5°) – Vin de Qualité Supérieure – Encépagement: Bonassia – 46,00 DRH (environ 4,20 euros).

Technologique et bordé d’arômes amyliques, mais… joliment fruité et campé sur un bon équilibre.

2- Ness

Espagne – Elviwines

«Ness» – 2004 (14,5°) – Denominación de Origen «Ribera del Júcar» – Encépagement : Tempranillo, Bolal, Cabernet-Sauvignon, Syrah – 120,00 DRH (environ 10,90 euros).

Beau design, mais … horriblement soufré, court, sec. Promesse non tenue.

  • 3- Bistrot

Maroc - Celliers de Meknès

«Les vins du Bistrot» – non millésimé (12 °) – Vin de Qualité Supérieure – 40,00 DRH (environ 3,65 euros).

A fuir.
4- Terres rouges

Maroc – Domaine de la Ferme Rouge

«Terres  rouges» – rouge 2011 (13,5°) – Appellation d’Origine Garantie «Zaër» – Encépagement : Grenache, Syrah – 95,00 DRH (environ 8,65 euros).

Bâti autour d’un duo (gagnant) de grenache et de syrah, rond, séduisant, joli arômes de mûres. Accents rhodaniens. Assurément le meilleur vin de ce petit panorama. Le vin de notre tajine poulet/abricots/amande. «Mot compte triple».

5- Sahari

Maroc - SVCM Meknès (groupe Castel)

«Domaine de Sahari» – non millésimé (13,5°) – Vin de Qualité Supérieure – Encépagement : Grenache, Carignan, Cinsault – 40,00 DRH (environ 3,65 euros).

Court, sans relief aucun, ni intérêt … sauf peut-être pour la prose de la contre étiquette.

«[...] haute attention d’œnologues bordelais [...] climat privilégié [...] sol argilo-calcaire de qualité [...] souple, élégant et présente un grand équilibre en bouche».

6- Président

Maroc - Domaine des Ouled Thaleb (Thalvin) 

«Cuvée du Président» – non millésimé (13 °) – Vin de Qualité Supérieure – Encépagement : «Cabernet rouge» – 60,00 DRH (environ 5,45 euros).

Variétal, amertume finale, souple. Beaucoup plus civil après une nuit de méditation, avec les tortillas épicées du boulanger de la rue Gzenaya (dans la Medina, près de la rue d’Italie).

Cette « Cuvée du Président » n’a rien des attraits du «Tandem» d’Alain Graillot (producteur de Crozes-Hermitaqe), produit en partenariat avec ce même ce même domaine des Ouled Thaleb.

COULISSES

7- Valise vins

La vérité oblige à dire que pour arranger l’ordinaire, on m’avait demandé de jouer les porteurs de valise vins. Une cave volante, affrétée pour l’occasion.

OUTSIDER

8- Miral

Domaine Miral – 120,00 DRH sur table (environ 10,90 euros).

Cuir, fruits rouges confits, fumée, souple, moderne. Agréable.

BONUS

9- Mouton Lafite

Mouton et Lafite sont sur une tête gondole, la fête tombe à l’eau …

10- Staline

J’aurais pu croiser cette bouteille en 1986, en Algérie, amenée par l’un des nombreux «touristes» russes aperçus là-bas. Mais le millésime, 2011, résume l’époque : d’autres temps, d’autres mœurs.

MIAMOGRAPHIE

Casa Pepe (pour tous les vins cités, sauf Domaine Miral)

9 rue Ibn Rochd – 05 39 93 70 39

(service en blouse blanche, par des messieurs courtois, délicieusement suranné).

La Fine Bouche

24 rue de Fès – 05 39 93 25 22

(même sélection que Casa Pepe, plus glamour … et plus cher).

Pâtisserie 

54 Rue Kacem Guennoum

Goûtez à tout : 100 DRH le kg.

Dominique Hutin


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Why screw caps turn me off.

Grand retour de notre invité australien, Lincoln Siliakus, qui nous parle bouddhisme, Tibet, Birmanie… et capsules à vis!

Two posters caught my eye in Paris yesterday. The first is an ad for the book Milarepa, a “Voyage tibétain au cœur de mes rêves” – with an admittedly delightful image of a Shan alabaster statue of the Buddha from Myanmar, thousands of kilometres from Tibet and light years different spiritually. And, just up the road, a poster for HSBC’s Business Services incorporates a photo of a monk looking over the temples at Bagan in central Myanmar.

Tibet or Burma

A wrong symbol and the use of Buddhism to sell financial services: the gaps struck me only because I know a bit – a little bit – about Myanmar and Buddhism. Otherwise, as I walked past, a trace would have been left; a barely conscious (false) lesson would have been learnt. This is why we all suspect, deep down, that we are getting scammed by the fictional symbolic life that is being created around us. I guess this is why there is such a search for authenticity these days.

What’s happening out there? It seems that our fictional world derives from the increasingly cerebral way we run our lives. Our minds, which have become finetuned over many generations to allow us to satisfy our basic needs, go in all directions once those basic needs are fulfilled. The technical, crunching mind has taken over. We have come to believe that we can fashion the world rather than the inverse; that the answer to our insecurity is to create security by abolishing risk; and that reality is about facts, that we need certainty -“closure”, as the Americans love to call it. The problem is that since there is neither security nor certainty, the thinking mind cannot provide them, and its attempts to do so become increasingly desperate.

Closure? Does this even apply to wine?

Is wine a product or is it an ineffable source of a thousand sensations linked to a mysterious process derived from the profound relationship between nature and people?

If it’s a product, the stuff in the glass, then you can kick in with your “rational” mind and purport to describe it in words and give it points. Others can then feel secure when drinking something that scores more than 90. Winemakers can pitch their products at the points and create fanciful names, images and communication campaigns, even fabricating a bit of authenticity if that is consistent with the marketing mix. If necessary, they can write a business plan with sexy spreadsheets, which will open the door to banks, investors and buyers. This business model cannot afford the occasional off bottle. No wonder screw caps are all the rage in ultra-pragmatic Australia.

If wine magically represents an authentic link between nature and the people who through centuries of careful observation have come to understand it, factual descriptions and points have little relevance. Drinkers have to do a lot of work for themselves to discover the wine that resonates for them, and have to be prepared to take risks.

The debate about wine closures is still at the level of its effectiveness. Do they work? We are still at the cerebral level. I suspect that the French deep down dislike screw caps because they represent a distrusted model of life. Over here, we like the pop of the cork as it symbolises the complex and unknowable side of life, and represent a rare example of authentic authenticity.

Lincoln Siliakus

 

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