Les 5 du Vin

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Châteauneuf-du-Pape (2): en hommage à leurs pères

Suite des aventures de notre invitée polonaise Agnieszka Kumor à Châteauneuf du Pape, commencées samedi dernier.

Après la visite chez David Sabon au Clos Mont-Olivet et chez Sylvie Vacheron au Clos du Caillou, une pause gourmande s’impose. J’ai repéré quelques restaurants à Châteauneuf-du-Pape. La Mère Germaine tient ses promesses: cuisine raffinée, choix de vins au verre restreint, mais excellent et très bien conseillé. Changement de décor (et de prix) le lendemain avec La Mule du Pape (juste en face), qui offre une cuisine simple et savoureuse, en direct du marché. Les deux établissements proposent les vins des vignerons que je m’apprête à voir, et d’autres du coin. Ça, c’est intelligent !

Mais reprenons les visites. Dans ce second épisode, il sera question du bon négoce et de fruit dans le vin…

 Les Cailloux, 15 juillet, 13h45

Je retrouve André Brunel devant chez lui, à un jet de galet du Clos Mont-Olivet. Nous prenons aussitôt la direction de Sorgues où se trouve sa cave d’expédition. En route, nous discutons de ce qu’est un  négoce fort pour une région. De l’avis de mon interlocuteur, il n’y en aurait pas assez de négociants à Châteauneuf-du-Pape. J’énumère ceux qui ont dans leur gamme les vins de cette appellation: Ogier, Chapoutier, Paul Jaboulet Aîné, Brotte, Bouachon, Guigal, les Caves Saint-Pierre, les Grandes Serres, Jean Trintignant (SAS), FCV, Medeos et j’en oublie sûrement. Eleveurs, vinificateurs, propriétaires de domaines prestigieux, leur rôle est essentiel face à la grande distribution en France avec sa politique du bas prix, mais aussi pour se donner des atouts à l’exportation. Ce rôle a évolué avec le temps, et après le passage à la production individuelle de certain nombre de domaines. Ensemble, ils ont hissé la notoriété de l’appellation à l’international. Un effort digne d’admiration, quand on sait que la moitié de la production de Châteauneuf-du-Pape se vend aujourd’hui hors de France, avec les Etats-Unis comme premier marché d’exportation.

1. A droite les armoiries des producteurs, à gauche celles des négociants. Photo Agnieszka Kumor

A droite les armoiries des producteurs, à gauche celles des négociants. Photo Agnieszka Kumor

André Brunel est lui-même producteur et négociant. Des 95 ha de vignes qu’il possède, 20 ha produisent du Châteauneuf-du-Pape dont il exporte 80%. Le reste du vignoble est partagé entre les Côtes du Rhône et les vins de pays. C’est son père, Lucien, décédé en 1993, qui a sorti Les Cailloux de la cave coopérative. André a développé ensuite la double vocation du domaine.

Nous entrons dans l’imposante cave d’expédition, fleuron de la marque André Brunel. Je détecte des capsules à vis sur les vins expédiés outre-Atlantique et en Norvège. Nous échangeons un sourire espiègle.

Les Cailloux blanc 2012 (20€, les prix indiqués au domaine)

Les blancs constituent environ 10% de la production. Une seule cuvée traditionnelle est produite. Composé majoritairement de roussanne et de grenache blanc, élevé sur lies fines en cuves béton, ce vin se distingue par un nez délicat et légèrement fruité, une acidité moyenne et une finale amère sur une amande fraîche. Un millésime tendu qu’il vaut mieux goûter à partir de deux ans d’âge.

2. La dégustation avec André Brunel au domaine Les Cailloux. Photo Agnieszka Kumor

Les vins dégustés avec André Brunel au domaine Les Cailloux. Photo Agnieszka Kumor

Les Cailloux rouge 2011 (20€)

Dans la cuvée traditionnelle rouge ce sont le grenache, le mourvèdre et la syrah qui mènent le bal, ils sont accompagnés de cépages minoritaires. Le vin est intense, diffuse les notes de fruits rouges et noirs légèrement kirschées. Les tanins charnus commencent à s’assouplir, la matière est équilibrée (millésime solaire), la finale longue sucrée/amère. Nous le comparons avec les millésimes difficiles.

Les Cailloux rouge 2008 (20€)

Issu d’une année difficile, donc, ce vin au nez discret commence à se complexifier, sa matière est étonnamment mure malgré la pluie et le vent glacial qui ont repoussé les vendanges jusqu’en octobre. Je le verrai bien sur un mijoté de sanglier au vin.

3. Le vieux cep du grenache. Photo Agnieszka Kumor

Un vieux cep de grenache. Photo Agnieszka Kumor

Les Cailloux rouge 2006 (25€)

Bouquet de pivoines et d’iris, puis notes chocolatées et torréfiées, pour finir sur la truffe. Acidité prononcée, texture qui évoque du velours. Ici, on n’érafle pas systématiquement, disons les trois quarts de raisins, et quand il le faut.

Les Cailloux Cuvée Centenaire rouge 2010 (env. 70€)

Sortie en 1989, cette cuvée a été l’une des premières cuvées spéciales dans la région. Composée de grenache majoritaire (syrah et mourvèdre sont à 10% chacun), sa bouche rappelle une framboise enrobée de chocolat amère. C’est un vin gourmand qu’on sent longtemps sur les papilles.

Quel est le style des Cailloux? Ample, intense, velouté et profond.

 

Domaine Jean Royer, 16 juillet, 13h45

Avec Jean-Marie Royer, les choses sont claires dès le départ: les bouteilles m’attendent, mises en rang sur le comptoir du caveau, on dirait l’équipe de XV de France avant un tournoi des Six Nations. On va parler vin, mais on va parler aussi des hommes et des femmes.

4. On déguste avec Jean-Marie Royer. Photo Agnieszka Kumor

Dégusté avec Jean-Marie Royer. Photo Agnieszka Kumor

Dans la famille de Jean-Marie il y avait des maçons, des petits vignerons, mais il n’y avait pas de transmission. Entre une grand-mère «démoniaque», se souvient-il, et la disparition prématurée à 38 ans de son père Gaston, il lui a fallu apprendre sur le tas. Il se demande encore comment sa mère d’origine espagnole, Lucie, laissée avec un fils de deux ans dans un milieu étranger a pu supporter cela. Lui, c’est le rugby qui lui a donné des forces quand, en 1985, après la formation viticole et le service militaire, il a repris la petite exploitation familiale. S’en sont suivis les 15 ans de  son«odyssée sous-marine», dit-il, où il ne savait pas vraiment ce qu’il voulait faire. A cette époque toute la production partait en négoce.

Ce sera finalement sa future épouse qui l’incitera à une prise de conscience: sur un terroir d’excellence, il devrait faire des vins d’excellence. Ce n’est qu’en 2007 qu’il sortira un millésime digne de ses ambitions, sous l’œil de l’œnologue-conseil Philippe Cambie, personnage incontournable de la région (il surveille d’ailleurs également les trois autres propriétés visitées). Le récent achat d’un hectare de vignes dans la zone prestigieuse de La Crau suit cette optique de qualité. Sur plus de 9 ha de vignes que compte le domaine, 5 ha sont dans l’appellation Châteauneuf-du-Pape, le reste se déploie en Côtes du Rhône et Vin de France (Le Petit Roy, 8€50). Nous dégustons une douzaine de millésimes déclinés en différentes cuvées.

5. Le vignoble du Domaine Jean Royer soigné aux petits oignons. Photo Agnieszka Kumor

Le vignoble du Domaine Jean Royer soigné aux petits oignons. Photo Agnieszka Kumor

Domaine Jean Royer blanc 2012 (23€)

Les blancs de Châteauneuf-du-Pape sont représentés par une seule cuvée traditionnelle composée pour moitié de grenache blanc, complété de bourboulenc et de clairette. Toutes les grappes sont éraflées. Nez aromatique et intense de fleures blanches, de gingembre, bouche à la trame délicate, légère, au goût de citron et de pamplemousse, à l’acidité prononcée.

Domaine Jean Royer rouge 2011 (22€)

La cuvée traditionnelle rouge est un assemblage à grenache majoritaire, le reste composé de syrah, mourvèdre et cinsault. Ce vin sent la noisette et la myrtille, en bouche l’acidité affirmée, les tanins fondus, finale sucrée/acidulée.

2010 : nez floral, bouche intense sur le fruit.

Domaine Jean Royer rouge Cuvée Prestige 2011 (33€)

Nez délicat rappelle les fruits de bois. Bouche épicée, tanins souples. L’éraflage n’est pas systématique sur cette cuvée 100% grenache élevé en cuves et en barriques de 225 l.

2008 : nez viandeux, bouche épicée, légèrement confiturée. Laissons-le attendre un peu.

2007 : nez plus végétal, notes de cuir, petite sucrosité en bouche.

Domaine Jean Royer rouge Les Sables de La Crau 2011 (50€)

Nez très complexe, notes de tabac brun, et avec cela beaucoup de fraîcheur et de fruité, un certain côté sauvage de ce 100% grenache.

2010 : nez toujours marqué par le tabac, bouche croquante.

Nous goûtons le millésime 2012 sur les pièces bourguignonnes: la trame est massive, franche, étonnante de fraîcheur, notes de framboises et de myrtilles.

Existent, en outre, la cuvée Sola Syrah Régalis (100% syrah) et Hommage à Mon Père (100% grenache).

Quel est le style du Domaine Jean Royer ? Fruité et épicé, complexe et fin.

Agnieszka Kumor

 

http://domaine-les-cailloux.fr

http://www.domainejeanroyer.fr


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Châteauneuf-du-Pape, de Clos en Clos

Je les aime en rouge pour leur matière qui patine sous l’effet du temps et de la patience. Mais je crois que je les aime encore plus en blanc pour leur fraîcheur et leur finesse. Leurs producteurs maîtrisent à merveille les différents composants du raisin qui n’ont pas l’élégance de mûrir en même temps. Le mot qui revient souvent c’est l’équilibre entre les sucres et la maturité phénolique du raisin. Un équilibre nécessaire pour éviter de faire les vins trop alcoolisés, mais difficile à obtenir avec les vendanges de plus en plus précoces. Patience, donc. Aussi, ces quinze dernières années, les Châteauneuf-du-Pape ont trouvé une nouvelle expression, à mi-chemin entre la tradition et la modernité. C’est la raison pour laquelle je suis partie à la rencontre de cette nouvelle vague de vignerons castel-papaux.

Mon choix s’est porté sur quatre producteurs que je ne connaissais pas encore, ayant visité auparavant à l’occasion de mes escapades au festival d’Avignon quelques autres prestigieuses propriétés dans la région. Cette première rencontre m’a convaincue qu’il y en aurait d’autres. Me voici donc à nouveau sur les routes tortueuses entre Orange, Courthézon, Bédarrides, Sorgues et Châteauneuf-du-Pape. Les quatre producteurs dont je souhaitais faire connaissance ont tous répondu "présent!". J’ai nommé: Clos du Mont-Olivet, Clos du Caillou, Les Cailloux et Domaine Jean Royer. L’accueil chaleureux, le sens de communication et de partage ne sont pas ici les vains mots. Premier épisode…

Clos du Mont-Olivet, 15 juillet, 10h00

Je retrouve David Sabon dans le caveau, où il s’occupe des vacanciers de passage. Des Suisses, des Belges, notamment. Manifestement, ils connaissent bien les vins de cette propriété de plus de 46 ha, dont la majorité est en appellation Châteauneuf-du-Pape. L’âge des vignes, que je verrai un plus tard dans la matinée sur des parcelles éparpillées aux alentours, s’étale de 60 à 80 ans. Certains grenaches ont été plantés en 1880. Le Grenache Noir y est roi, et il est majoritaire dans cette cuvée. Il est suivi par la syrah et le mourvèdre. Les 4% restant sont les cépages minoritaires. Comme le veut la tradition, on utilise ici les 13 variétés autorisées. Et vous allez comprendre pourquoi.

2. David Saban dirige le domaine familiale avec ses cousins. Photo Agnieszka Kumor

David Sabon dirige le domaine familiale avec ses cousins. Photo Agnieszka Kumor

On commence la dégustation par les blancs représentés par une seule cuvée traditionnelle. Leur production a augmenté au cours de la deuxième moitié des années 1990 avec l’arrivée des cousins Sabon à la tête de la propriété. David, Thierry (maître de chai) et Céline représentent la 4e génération de vignerons. Certaines années, les blancs peuvent aller jusqu’à 10% de la production totale. C’est beaucoup pour cette appellation, où les blancs sont très minoritaires.

Clos du Mont-Olivet blanc 2012 (18,50€, les prix indiqués au domaine)

J’aime son nez aromatique, parfumé de fleurs blanches et de cire, sa bouche élégante, d’une acidité moyenne et fine, un vin incisif et très long. La fermentation malolactique n’est pas recherchée. L’élevage sur lies fines (en fût d’un vin pour la Roussanne, en cuve inox pour la Clairette, le Bourboulenc et les autres) lui donne de la souplesse sans le pousser dans la lourdeur. Un pari de Sudiste réussi à la manière d’un Bourguignon !

On continue avec les rouges. En 2005, c’est la cuvée Le Petit Mont qui rejoint la cuvée traditionnelle et la prestigieuse Cuvée du Papet, telle «une page blanche à écrire pour compléter la gamme», souligne David Sabon.

Le Petit Mont rouge 2011 (14,50€)

A majorité de Grenache, délicat, fruité et droit. Un bon petit soldat qui sert d’excellente entrée en la matière.

Clos du Mont-Olivet rouge, millésimes 2011, 2010, 2006, 1999

C’est la cuvée traditionnelle en rouge. Les millésimes se suivent, mais ne se ressemblent pas. Entre 18€ et 23€ la bouteille, elles vous font profiter du style de la maison sans vous ruiner. L’éraflage partiel des grappes est opéré. Tout dépend du cépage, du millésime et de l’état de la rafle, qui reste pour David le «quatorzième cépage» de l’appellation.

1. La gamme dégustée au Clos du Mont-Olivet. Photo Agnieszka Kumor

La gamme dégustée au Clos du Mont-Olivet. Photo Agnieszka Kumor

La Cuvée du Papet rouge 2006 (52€)

Concentrée, intense, aux notes de terreau et de baies sauvages.

La Cuvée du Papet rouge 1989

Très charnu, ce millésime présente  une acidité élevée, mais fine, aux notes de figues et de noix, et non éraflé avec cela. La grande surprise de la dégustation.

Quel est le style du Clos du Mont-Olivet ? Aérien dans les blancs et soyeux comme du taffetas dans les rouges. Une pointe de cépages blancs dans la cuvée rouge traditionnelle lui apporte de la fraîcheur et une finition acidulée tout en finesse.

3. La charrue pour labourer la terre entre les rangs. Photo Agnieszka Kumor

La charrue pour labourer la terre entre les rangs. Photo Agnieszka Kumor

Le Clos du Caillou, 16 juillet, 10h00

Sylvie Vacheron m’attend dans un caveau flambant neuf. Soigneusement dessiné, moderne et pratique, il offre un havre de fraîcheur en cette matinée déjà chaude. D’emblée, j’apprends le paradoxe du domaine. Pour trouver les parcelles classées en Châteauneuf-du-Pape… il faut sortir du Clos. En 1936, le propriétaire d’alors a refusé l’accès aux experts chargés de la délimitation de l’appellation. Résultat : le Clos reste aujourd’hui un îlot de Côtes du Rhône dans l’océan des Châteauneuf-du-Pape qui l’entoure. Mais le terroir est absolument le même. Je goûte avec intérêt ces Côtes du Rhône souples et fruités, produits sur 43 ha de vignes. Puis, on passe aux Châteauneuf-du-Pape. Ils occupent les 9 ha restants, avec la production d’un peu plus de 7% des blancs, ce qui correspond à la moyenne de l’appellation.

4. Les cuvées dégustées au Clos du Caillou.  Photo Agnieszka Kumor

Les cuvées dégustées au Clos du Caillou. Photo Agnieszka Kumor

Sylvie, avec son mari Jean-Denis, disparu accidentellement en 2002, représente la même génération de vignerons dont sont issus les cousins Sab0n. Il s’agit ici de cette «génération 90», arrivée aux manettes au cours de la dernière décennie du XX siècle, usant de la subtilité pour ne pas froisser leurs aînés, mais sachant aussi s’imposer. Et le résultat est dans la bouteille. Bruno Gaspard se joint à nous. Maître de chai, il s’occupe aussi du vignoble, il va m’y emmener pour me montrer les «safres», ces amas d’argile limoneuse durcie et agglutinée, qui prêtent leur nom à la cuvée prestige. On admirera aussi le chai, en partie creusé sous les vignes. Le fameux œnologue Philippe Cambie conseille le domaine, c’est aussi le cas des trois autres propriétés visitées.

Les Safres blanc 2012 (28€)

Nez discret de citron confit et d’herbes, bouche à l’acidité moyenne. On fait un saut dans le temps. Je lui préfère le millésime 2006 aux notes légèrement fumées, plus acidulé et plus long en bouche. Décidemment, ces blancs vieillissent si bien !

Les Safres rouge 2011 (25€)

Les rouges sont déclinés en trois cuvées. La gamme Safres est à majorité grenache, avec 5% de mourvèdre et les cépages minoritaires. L’éraflage y est systématique. C’est un vin complexe, aux notes de chocolat et de terreau, et qui finit tout en finesse.

Les Quartz rouge 2011 (40€)

Cette cuvée à majorité grenache avec 15% de syrah est plus vive, plus sauvage, épicée et tannique. Le millésime 2006 prend les arômes de sous-bois et devient plus massif.

La Réserve rouge 2011 (60€)

Ce vin à 60% grenache et 40% mourvèdre a été élevé en demi-muids neufs et vieux. Avec ses notes de figue et de cerise griotte au kirsch, il est d’une longueur infinie.

5. Les safres. Photo Agnieszka Kumor

Les safres. Photo Agnieszka Kumor

 

Quel est le style du Clos du Caillou ? Très élégant. Il donne des vins souples et complexes à la fois, qui se révèlent avec le temps.

Agnieszka Kumor

… à suivre samedi prochain

http://www.clos-montolivet.com

http://www.closducaillou.com


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Berlin aime le vin!

Retour de notre invitée polonaise Agnieszka Kumor, qui nous parle d’une ville à la fois si proche et si lointaine: Berlin.

And now something completely different. Je reviens de Berlin où j’ai passé quelques jours à l’occasion du concours de vins international, le 18ème Berliner Wein Trophy. Profitant de ce passage, j’ai testé l’accueil que fait Berlin aux vins du monde. Un très bon accueil, dois-je le dire?

Créé en 1994, par Peter Antony et comme un rendez-vous de copains désirant partager leur passion vinique avec les consommateurs, le Berliner Wein Trophy jouit depuis une dizaine d’années du patronage de l’OIV et du soutien de la revue de vins allemande, Wein+Markt. Doté d’une organisation très stricte, avec une matinée de briefing pour permettre aux jurés de se mettre au parfum de la réglementation du concours, de son déroulé et du comportement à suivre, cet événement réunit aujourd’hui environ 8.000 vins répartis en deux sessions, celle d’hiver et d’été. Les dégustations se déroulent sur quatre jours de 9h30 à 14h00, avec des pauses obligatoires de quinze minutes entre les séries qui vont de 11 à 16 vins. Les jurés, entre 5 et 7 par table, n’ont le droit d’échanger verbalement qu’une fois sortis de la salle de dégustation. Le taux de médailles ne doit pas dépasser 30%.

1. Le lot du dégustateur. Photo Agnieszka Kumor

Le lot du dégustateur (photo Agnieszka Kumor)

 

Cépages locaux ou internationaux, même combat

Ces échanges sont toujours passionnants, surtout quand les dégustateurs viennent d’horizons et de pays différents, et c’était le cas. Avec mon collègue de table, un maître de chai venu du pays de Juliette et de l’Amarone, nous avions du mal à accepter la présence de bretts, alors que mon autre collègue de table, un acheteur de supermarchés, en appréciait le goût. Les vins allemands ne représentaient que 16% du total des inscrits, et c’est justement dans cette catégorie que j’ai fait des découvertes bien agréables. Lors de la dégustation à l’aveugle, on ne connaît des vins que leurs cépages et le millésime (et, même, pas toujours). J’ai apprécié notamment certains Dornfelder 2012 : frais, fruités, leurs producteurs les ont réussi avec beaucoup d’élégance, en domptant leur vigueur.

2. Les jurŽs d'horizons diffŽr ents. Photo Agnieszka Kumor

Des jurés d’horizons différents (photo Agnieszka Kumor)

 

Mon autre trouvaille est aussi allemande, c’est le Pinot Blanc, appelé là-bas Weisser Burgunder. Les 2012 et les 2013 ont été tranchants, à l’acidité raffinée, délicatement floraux, complexes, un brin différents de leurs frères alsaciens, autrichiens, suisses ou italiens. Le pinot blanc ne couvre que 3% de l’encépagement total allemand, mais il paraît que sa popularité augmente au fur et à mesure qu’augmente la température. Sa superficie totale a doublé en dix ans. Finalement, nous nous sommes régalés avec les vins italiens, surtout avec les variétés telles que : corvina, barbera, rondinella, dolcetto, primitivo ou encore corvinone, croatina, prugnolo gentile, canaiolo, mammolo et oseleta.

Les Jerez et les Montilla-Moriles font inexorablement fureur à ce genre d’occasion. Il est très dommage que ces bijoux de la couronne espagnole ne collent pas avec la mode de la société actuelle, qui bannit le doux partout, mais avale du (mauvais) sucre, par ailleurs.

Nachtigall, le bar à vins entre copains

Après le travail, le plaisir que je partage volontiers avec vous. Ce sont des bars à vins berlinois. Plus bas vous trouverez les coordonnés de quelques uns. J’ai atterri au Nachtigall, dans le quartier de Prenzlauer Berg, aux abords de la petite Kollwitz Platz. Un bar en bois et des bancs avec des coussins invitent à y passer une soirée entre copains.

3. Un verre à Nachtigall. Photo Agnieszka Kumor

Un verre au Nachtigall (photo Agnieszka Kumor)

Des vins allemands et italiens à des prix (très!) raisonnables, entre 3€50 et 4€50. Tous les producteurs sont affichés. J’ai goûté un très correct Riesling Kalkmergel de la cave Weingut Beck, 4€ le verre. Un seul bémol : pas de restauration chez Nachtigall, les assiettes de charcuteries à 8€ devront vous contenter. Un magasin de vins situé au détour d’une rue (à Kollwitzstrasse) offre une occasion d’acheter une bouteille tout en se faisant conseiller par un spécialiste. Pas le temps de vérifier un autre weinbar recommandé par mes amis berlinois, le Cordobar, situé dans le centre, avec ses vins allemands et autrichiens. Là-bas vous pourrez accompagner votre vin d’un plat simple et sympa, et même acheter une bouteille pour la maison.

4. La mort dans l'oeuvre de KŠthe  Kollwitz. Photo Agnieszka Kumor

La mort dans l’oeuvre de Käthe Kollwitz (photo Agnieszka Kumor)

Pas le temps, car Berlin attend avec ses moments d’envoûtement et de folie. Comme l’incomparable acoustique de la salle des Berliner Philharmoniker sous la baguette du maestro Herbert Blomstedt, ou les dessins de Käthe Kollwitz, artiste géniale et tragique, alliant les aspects les plus sombres de la vie à ses éclats les plus lumineux.

Agnieszka Kumor

 

Quand Berlin rime avec bar à vin:

Nachtigall Knaackstraße 43, www.nachtigall-berlin.com /

Cordobar Große Hamburger Straße 32 www.cordobar.net /

Lage 93 Lietzenburger Straße 93 http://www.lage93.de /

Weinbar Rutz Chausseestraße 8 www.rutz-weinbar.de


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"Wachau-classico", alias Spitzer Graben

Luzia Schampf est une journaliste autrichienne dont les deux grandes passions sont le ski et le vin. Avec les années, elle skie un peu moins, mais elle s’intéresse toujours autant au vin. Pour les 5 du Vin, elle nous fait découvrir un des plus beaux vignobles d’Autriche (et du monde): la Wachau. Et plus spécifiquement, le Spitzer Graben. Là où les pentes sont les plus spectaculaires, là vins sont les plus purs, sans doute. Le coeur de l’appellation, le "Wachau-classico", en quelque sorte.

Et en prime, elle nous permet de rafraîchir notre allemand…

Steilkurve

Karger, kühler, trockener als alles andere in der Wachau ist der Spitzer Graben. In der westlichsten Ecke des renommiertesten Weinbaugebiets Österreichs wachsen zarte, hochmineralische Weine, die immer mehr Beachtung finden.

Die Weingärten entlang des Spitzer Bachs sind spektakulär steil und richten sich wie Hohlspiegel nach Sü- den aus. Mit bis zu 400 Meter Seehöhe sind sie die höchstgelegenen der Wachau. Der Bach mündet bei Spitz in die Donau, das dazugehörige Tal verengt sich noch vor dem Ortsende zu einem tiefen V und windet sich nördlich am Jauerling mit seinen 960 Metern vorbei in Richtung Westen. Um hier überhaupt Rebstöcke pflanzen zu können, wurden schmale Terrassen in die Hänge geschlagen, die mit Trockensteinmauern gestützt werden.

In den Fokus rückte diese Ecke, als sich Peter Veyder- Malberg 2008 dort niederließ und mit zarten, hoch-Malberg. „Ursprüngliches liegt mir. Alles andere hatte ich schon ausprobiert.“

Wachau

Photo: Hersteller

Früheres Zentrum, heute am Rand

Im 13. Jahrhundert war der Spitzer Graben das größte und wichtigste Anbaugebiet einer bereits hoch ent- wickelten Weinkultur rund um Spitz. Im Zuge von Klimaverschiebungen und anderen Umwälzungen verla-gerte sich das Geschehen über die Jahrhunderte in das Donautal. Heute ist er eine jener kühlen Randlagen, wo Trauben gerade noch reif werden. Die Lese setzt hier bis zu zwei Wochen später ein als in der östlicheren Wachau. Die Lese setzt hier bis zu zwei Wochen später ein als in der östlicheren Wachau. Die Böden, Glimmerschiefer und Gneis, bewahren die Wärme des Tages bis in die Nacht hinein, während dank des Jauerlings und nahen Waldviertels kühle Luftströme durch das Bachtal in Richtung Donau zie- hen. Diese Temperaturspannungen, die hier besonders deutlich ausfallen, helfen, die Aromen der Trauben auszubilden.

Mit Kühle, Kargheit und Trockenheit kommen die Sorten Riesling und Neu-burger am besten zurecht, weshalb beide hier verstärkt zu finden sind. Grüner Veltliner, der üppigere Bedingungen bevorzugt, gedeiht in den „fetteren“ Ecken innerhalb dieser kargen Szenerie – oder muss bewässert werden. Nicht, dass es im Spitzer Graben nicht schon einige Winzer gegeben hätte, die hier Spitzenweine machen. Josef Högl in Vießling und Johann Donabaum in Laaben zählen zu den Pionieren hier. Högl, der in jungen Jah- ren für die Weingüter Prager und F. X. Pichler arbeite- te, füllte als Erster Mitte der 1990er Jahre Einzellagen- weine aus Bruck und Schön. Donabaum übernahm 1996 und beschloss angesichts der Möglichkeiten, den Heu- rigen seiner Eltern sein zu lassen und auf Premiumwein zu setzen. Beide Familien produzierten in früheren Generationen Trauben für die Genossenschaft der Domäne Wachau. Bis heute wird sehr viel für die Domäne gelesen in diesem Gebiet, das „angesichts der Klimaänderungen in den letzten 15 Jahren immer wichtiger wurde“, wie Roman Horvath, Weingutsleiter der Genossen- schaft, erklärt: „Trauben aus kühleren Randlagen erge- ben in Kombination mit jenen aus wärmeren Bereichen wie dem Loibner Becken balancierte Wachauer Weine mit Finesse.“  Wenn es mengenmäßig passt, werden auch Spitzer-Graben-Weine abgefüllt wie ein „Riesling Federspiel Bruck“ oder ein Neuburger „Terrassen Spitz“, eine urösterreichische Rarität. Beide sind alkoholmäßig in der Mittelklasse um die 12,5 bis 13 Volumenprozent ange- siedelt, was ein weiteres sympathisches Merkmal der Tropfen dort ist.

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Photo: Hersteller

Wein machen statt Auto reparieren

Malberg zog mit seinen Aktivitäten auch andere mit. Als Martin Muthenthaler 2006 seine Arbeit als Lkw- Fahrer in der Genossenschaft verlor, stieg er mit einem Heurigen ins Weingeschehen ein. Auch seine Eltern pro- duzierten früher Trauben für die Domäne Wachau. Der Sohn, ausgebildeter Kfz-Mechaniker, lernte „Weinbau by sehr viel doing“, wie er es ausdrückt. 2009 wagte er den Einstieg in die Premiumschiene und schloss den Heurigen. Er bestockte teilweise neu und stellte den wil- den Sortenmix auf Riesling, Veltliner und etwas Muska- teller um. Heute zeigt auch er mit Top-Weinen auf.

Muthenthaler und Malberg begannen kürzlich – jeder für sich, doch einer gemeinsamen Idee folgend – die Lage Brandstatt am Ende des Tales wieder aufzubauen. Der Boden ist zwar sehr gesund, weil er sich durch das Nichtbewirtschaften erholen konnte. Die Terrassen müssen revitalisiert werden, mehr als drei Viertel aller Trockensteinmauern sind eingebrochen. Wie Malberg legen auch Muthenthaler und seine Familie selbst Hand an: „Ich kann ziemlich gut Steinmauern aufbauen, der Vater auch.“ Ob auch Muthenthaler glücklich ist, sich für den mühevolleren Weg entschieden zu haben? „Absolut. Traubenproduktion war früher so anonym. Jetzt macht es irre Spaß.“

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Le texte original de cet article est paru dans le magazine Rondo du 14/06/2013

 


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Lille aime le vin

Notre invitée polonaise Agnieszka Kumor nous revient de Lille…

Je viens de passer deux jours à Lille pour réaliser mon prochain grand reportage radio. Visiter les entreprises innovantes, ça creuse! N’étant pas adepte de la malbouffe et du réchauffé, j’ai soigneusement sélectionné mes restaurants, laissant de la marge pour des découvertes de dernière minute. Et j’en ai fait ! C’est un vrai bonheur de trouver des gens qui aiment le travail bien fait, qui aiment le vin et qui le font savoir.

1. Ambiance vieux café au Comptoir 44. Photo Agnieszka Kumor

Ambiance vieux café au Comptoir 44. Photo Agnieszka Kumor

Quand je suis en déplacement en province ou à l’étranger j’aime bien dénicher de bons établissements qui servent les vins au verre. Car les restaurants qui vendent les grands crus au prix fort, c’est bien joli, mais c’est cher! Trop cher. Je préfère acheter une grande bouteille chez un vigneron et l’accompagner d’un bon dîner à la maison. Dans un restaurant, j’aime déguster les vins au verre. Mais de bons vins, et non pas « du rouge », « du blanc » et « du rosé » de base éventé ! Et voilà que rue de Gand, dans le vieux Lille, je trouve au moins deux établissements qui semblent avoir la même vision des choses.

Simplicité et élégance au Comptoir 44

Le premier se trouve au numéro 44. C’est lundi soir. Décor de vieux café du Nord de l’Europe, ça tombe bien – on est dans le Noooord ! L’accueil, chaleureux et sans prétention, est au rendez-vous. Cohabitent harmonieusement des vieilleries chinées par ci, par là, sans doute à la grande Braderie de Lille, et des fleurs blanches disposées dans des vases modernes, près des fenêtres. Le menu est simple, il s’avérera délicieux. Les murs sont en briques, le sol en bois. Un air de jazz ronronne en arrière-plan. Voilà pour l’ambiance. Onze vins servis au verre, les prix allant de 4,80€ pour un Corbières La Clef 2010 du Château Gléon, à 5,90€ pour un Côtes de Lubéron Le Chataîgnier du Domaine de la Citadelle. Un verre de Champagne Nicolas Maillart Brut Platine est à 9€. Mon Touraine « Hortense » 2012 du Claux Delorme (Albane et Bertrand Minchin) (5,30€) est un sauvignon vif et élégant, avec une finale superbe. Il a parfaitement servi de mise en bouche, pour accompagner ensuite les croquettes de crevettes grises en entrée. Je prolonge ma ballade gustative avec un Beaujolais Village 2010 du Domaine des Nugues (Gelin père et fils) (5,70€) – croquant, plein de fraîcheur et de fruit.

2. Du très beau Beaujolais Villlage du Domaine des Nugues chez Gérard Gelin et son fils Gilles

Du très beau Beaujolais Village du Domaine des Nugues chez Gérard Gelin et son fils Gilles

Je l’ai choisi pour ma corolle de dorade (à la cuisson idéale !) accompagnée d’une crème aux asperges vertes et d’une purée de pommes de terres maison. Bien sûr, Comptoir 44 possède une jolie carte de vins en bouteille où figurent toutes les régions de France, et même deux vins étrangers. Mais ce qui m’a plu dans la démarche de ce restaurateur, c’est sa sélection soigneuse de vins au verre, avec le choix porté sur des cuvées simples et élégantes. Et aussi les prix, customer friendly, qui sont une invitation à la dégustation. Cela va sans dire: la température du vin était impeccable. Et le serveur, lui aussi, était à croquer !

Le Vin Qui Danse vous met l’eau à la bouche

Passons de l’autre côté de la rue, au numéro 41. Cette adresse m’a été fortement recommandée par un couple du quartier. C’est mardi midi, changement d’ambiance, mais le plaisir reste intact. Car au Vin Qui Danse, le vin est roi; au point que chaque, je dis bien, chaque plat de la maison a sa suggestion au verre ! Dix vins sont ainsi proposés, chacun avec un descriptif. Mais rien ne vous interdit les mésalliances. In vino veritas !

3. Le Vin Qui Danse avec la modernité. Photo Agnieszka Kumor

Le Vin Qui Danse avec la modernité. Photo Agnieszka Kumor

Ce restaurant lillois fait partie d’une fratrie de trois, deux autres Vins Qui Danse[nt] se trouvent à Paris, du côté du Panthéon et entre la gare Saint Lazare et les Batignolles. A Lille, les murs en brique rouge rappellent l’histoire du pays du textile, des mines et de la sidérurgie, disparus depuis trente ans. Mais la population de cette région est très jeune et dynamique, et on respire cette énergie à chaque coin de rue. Ici, les peintures de style moderne ornent les murs et l’heure est à l’expérimentation.

La carte de vins est riche et recherchée. Les bouteilles viennent directement de chez les vignerons. Le verre est servi à table à la température idéale. Le serveur est professionnel et souriant. Les prix, aussi, très «amicaux» pour le client : entre 4€ pour un Bergerac blanc 2010 du Château La Renaudie (également disponible leur Pécharmant 2007 à 5€) et 6€ pour un Haut Médoc 2007 Cru Bourgeois du Château Puy Castéra. Je goûte un Saint-Nicolas de Bourgueil 2011 du Vignoble de la Jarnoterie (Carine et Didier Rezé), au nez agréablement végétal et prononcé du cabernet franc pur jus, frais et joyeux. Il accompagnera le bar parfaitement cuit, avec son tian de tomates et d’aubergines et un coulis au poivron rouge.

4. Un Vouvray ample et fruité. Photo Agnieszka Kumor

Un Vouvray ample et fruité. Photo Agnieszka Kumor

Mais voilà que déjà une autre alliance m’interpelle : un Vouvray 2009 des Vignobles Brisebarre (Philippe Brisebarre) et un pain perdu avec sa glace de confiture de lait. Ce sera le meilleur pain perdu de ma vie ! Le chef veut bien me trahir son secret : il l’a cuit dans la crème anglaise. Le vin est un chenin sec, ample et fruité, avec une pointe de sucrosité de compote de pommes caramélisées en finale, qui sied si bien à ce délice.

5. Les trois bières ch'tis. Photo Agnieszka Kumor

Les trois bières ch’tis. Photo Agnieszka Kumor

Visiter un pays de la bière (même s’il aime aussi le vin) sans en acheter, ça ne se fait pas. J’en ai emporté trois. Trois bières artisanales. A l’vote !

Agnieszka Kumor

Comptoir 44 : 44 rue de Gand, 59000 Lille, Tél. : 03 20 21 03 63. Ouvert 7j/7j midi et soir. Le même propriétaire possède aussi l’estaminet Le Royal.

Le Vin Qui Danse ! : 41, rue de Gand, 59000 Lille, Tél. : 03 20 21 02 33. Ouvert tous les jours midi et soir, sauf lundi.

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