Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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L’œnotourisme sera culturel ou ne sera pas

Notre invité du jour n’est autre qu’André Deyrieux, le fondateur de Winetourisminfrance. Et de quoi nous parle-t-il? D’œnotourisme, bien sûr!

Le Plan stratégique 2025 de France-Agrimer classe dans les opportunités de la filière viti-vinicole "l’augmentation sensible du tourisme du vin (œnotourisme)". Bien vu !

Une mesure du Plan est consacrée à l’oenotourisme, la n°24 : "Soutenir et développer l’oenotourisme en région source de développement économique et d’image", dans le cadre de l’objectif intitulé "Maintenir le marché intérieur fort".

On se demande pourquoi l’oenotourisme ne serait bon qu’au marché intérieur. D’ailleurs, les actions menées au travers d’Atout France et du Conseil Supérieur de l’Oenotourisme visent clairement des pays clés du marché international.

Il serait regrettable que les acheteurs étrangers (y compris professionnels) ne soient pas incités à venir associer "en live" paysages et dégustations quand on sait l’influence que joue l’esthétique d’un paysage de vignes sur la perception qualitative d’un vin

Le laconisme de la mesure n°24 laisse en tout cas de côté un point fondamental. Si l’œnotourisme exige bien l’alliance du tourisme et du vin, il est également éminemment culturel.

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Le graphisme se joint au vin

De la culture dans mon verre !

Je ne veux pas parler ici de l’importance sur un territoire touristique de la valorisation des monuments habituels ; châteaux, abbayes, moulins, monuments…

Je veux mettre l’accent sur les patrimoines naturels et culturels, matériels ou immatériels propres au monde du vin. « Le vin est l’une des choses les plus civilisées du monde », rappellait Hemingway.

De la géologie à la toponymie, des outils aux savoir-faire, de l’archéologie à la saga des coopératives, des vieux cépages aux cabanes de vigne… c’est un immense millefeuille patrimonial, dont le vin est à la fois le fruit et la cause, qui est offert aux oenotouristes, gens curieux et cultivés, épicuriens et désireux de se divertir et d’apprendre.

La richesse de nos patrimoines viticulturels devrait être une fierté nationale ; elle est sur le plan international un avantage concurrentiel considérable, et pour notre économie touristique, et pour le marketing de nos vins. Il serait regrettable de se limiter à des wineries sans supplément d’âme, ou à des caveaux « à la papa » et « sans goût ni grâce ».

Cette demande pour l’oenotourisme culturel est de mieux en mieux analysée par des pays comme le Portugal, la Croatie ou la Géorgie… qui voient à juste titre dans la culture et l’imaginaire de puissants vecteurs d’identité et d’authenticité. Il faut donc tout faire pour que la culture ne soit pas le chaînon manquant de l’oenotourisme.

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Le vin devient graphique…

Des histoires dans mon vin !

Ces héritages, il n’appartient qu’à nous de les mettre en valeur par leurs histoires. C’est ce que nous proposent de faire les gens de communication et de marketing qui utilisent la très efficace technique – finalement ancestrale – du story-telling.

Nous avons besoin qu’on nous raconte des histoires. C’est la raison pour laquelle nous allons au cinéma, lisons des livres, et voyageons, de plus en plus nombreux, sur les routes des vins. Or le monde du vin est rempli d’histoires qui aident à comprendre nos appellations, nos vignes, notre passé parfois récent, parfois très lointain, nos terroirs, notre culture…

Et tiens, pour vous donner un exemple, voici ce qu’on peut raconter à partir d’une simple étiquette

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Une étiquette, une histoire : Lunel

 

L’étiquette représente l’ancien port de Lunel, dans le Languedoc. De par sa position, Lunel contrôlait la circulation d’est en ouest entre Montpellier et la vallée du Rhône (sur la via Domitia, puis ensuite à partir du XIVe s., grâce au pont franchissant le Vidourle), ainsi que celle remontant vers les Cévennes.

Il manquait une voie d’accès à la mer, plus sûre que le passage "terrestre" par une mouvante zone lagunaire. Le fait qu’en 1248, Saint-Louis accorde le monopole de la vente du sel à la famille des Gaucelm, seigneurs de Lunel, déclenche le projet de creusement d’un canal. Sa construction progressera lentement depuis l’étang de l’Or et ne parviendra à Lunel même qu’en… 1728. A partir de cette date, relié à la Méditerranée et au port de Sète, Lunel peut se développer largement.

Le port devient un lieu de transit important pour le sel, le bois des Cévennes, et évidemment pour le Muscat de Lunel, de grande renommée, produit sur les communes de Lunel, Lunel-Viel, Saturargues et Vérargues.

L’apparition du chemin de fer (la gare de Lunel ouvre en 1845) mettra un terme au rôle du port. Le canal sera déclassé en 1937 et le port comblé en 1941. Un parking occupe sa place, à côté du parc Jean Hugo, mais ses quais de pierre sont encore visibles.

Le canal n’a pas été comblé. Accessible depuis la sortie de Lunel, un parcours longeant les berges permet de découvrir les environs en VTT ou à pied. On voit sur l’étiquette, reprise d’une carte postale, les barriques de Muscat.

On aperçoit également un habitant de Lunel qui semble pêcher avec un panier au bout de sa ligne. C’est une allusion à une ancienne légende qui veut que les habitants de Lunel, rêveurs et poètes, cherchaient à pêcher la lune dans le canal avec un panier percé. Ils furent pour cela surnommés "Pescalunes", "pêche lune".

Le caveau du Domaine des Aires, pourtant vaste, se trouve à Lunel même, rue des Aires.

Sa devise : "un bon vin satisfait au goût par sa saveur, à l’odorat par son bouquet, à la vue par son éclat, à l’ouïe par la renommée de sa cave" ! 

D’où vient le nom du Domaine des Aires ? C’est une autre histoire…

André Deyrieux

 

 

 


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Sur la route de Porto-Vecchio

Retour de notre invitée polonaise Agnieszka Kumor, qui, cette fois-ci, nous amène en Corse du Sud.

Au seuil des vacances, je vous propose une dégustation confidentielle entre Sartène et Porto-Vecchio. C’était l’été dernier, à quelques jours des vendanges 2013, un mélange de tension et d’espérance flottait dans l’air, comme avant la naissance d’un bébé. Les grappes étaient lourdes et demandaient d’être cueillies. L’attente se faisait longue…

Castellu di Baricci (Sartène), ou la fraîcheur du vin

Au cœur de la Vallée d’Ortolo, à l’intérieur des terres. Il est 15 heures, et c’est le four dehors. J’aperçois Elisabeth Quilichini devant les maisons d’hôtes installées dans les anciennes écuries. On fait les vins ici depuis le début du XIXème siècle. Depuis quatre générations ce sont les femmes qui dirigent la propriété. En 1975, la maman d’Elisabeth, Laurence, décide de ne plus vendre les raisins au négoce et de produire les vins en bouteille. Le papa d’Elisabeth, Paul, met en place une restructuration complète du vignoble. Les vignes sont arrachées au cours des années 1980 et replantées en 2000. La création du domaine actuel, issu de la division du domaine San Micheli (situé en face) couronne leur œuvre. Et les vignes donnent leur premier millésime cinq ans plus tard. Sont plantés aujourd’hui : vermentinu, sciacarellu, niellucciu et grenache. Un hectare de minustellu (cépage rouge autochtone de Sartène) récemment planté attend pour prouver ses qualités. Depuis qu’en 2010 Elisabeth a repris à son tour le domaine, le vignoble a passée en bio. Les vins progressent sous l’œil d’un œnologue-conseil, Aurélie Patacchini.

1. Les arènes granitiques constituent le sous-sol du vignoble de Corse-du-Sud. Photo Agnieszka Kumor

 Les arènes granitiques constituent le sous-sol du vignoble de Corse-du-Sud. Photo Agnieszka Kumor

Nous fuyons la chaleur pour déguster les vins dans le chai. Les chiens baissent la garde et s’étalent sur le sol frais. Castellu di Baricci 2012 rosé (prix au domaine 12€) issu du pressurage direct et de l’assemblage sciacarellu/grenache, a la robe grise et exalte les notes de groseille, ce vin étonne par sa complexité et fraîcheur. Aucune lourdeur, juste ce qu’il faut du gras (effet d’élevage sur lies), les tannins sont légers, le fruité me plaît, c’est très désaltérant. Même effet avec Castellu di Baricci 2012 blanc (16€) élevé en barriques d’occasion et en cuves inox, 100% vermentinu : herbes fines, lemon grass, acidité prononcée, un vin ample et harmonieux. Changeons de couleur, Castellu di Baricci 2011 rouge est un assemblage de sciacarellu/niellucciu (élevés en foudres) et de grenache. Il rappelle la gelée de myrte, les tanins encore charnus au moment de notre dégustation ont du s’assagir depuis, les raisins de Corinthe pointent leur nez, un vin intense et toujours d’une étonnante fraîcheur.

3. Elisabeth Quilichini, heureuse dans ses vignes. Photo Agnieszka Kumor

Elisabeth Quilichini, heureuse dans ses vignes. Photo Agnieszka Kumor

C’est une femme jeune, formée à Bordeaux, en Languedoc et en Vénétie, qui est aujourd’hui à la tête du domaine. Elisabeth Quilichini a placé la barre très haut. Elle produit 50 000 cols, vendus notamment en CHR, chez les cavistes et dans les boutiques de produits corses. Ce qui représente une réussite en termes d’image et un succès financier. Ce que l’on lui souhaite, c’est de pouvoir investir maintenant. Elle écoute avidement ses aînés – Canarelli, Abbatucci, Richarme, Seroin, Farinelli… – parfaitement consciente d’un défi qu’elle se donne. Son seul regret : l’isolement qui fait qu’ils ne se rencontrent que trop rarement ! Notre regret à nous, c’est que ses vins à l’écrasante majorité restent en Corse ; on devrait néanmoins pouvoir les trouver à Paris et à Marseille.

2. Cherchez Castellu di Baricci parmi les produits corses. Photo Agnieszka Kumor

 Cherchez Castellu di Baricci parmi les produits corses. Photo Agnieszka Kumor

Clos de Sarcone (Vin de Corse, Figari), où le vin se veut voluptueux

Quelques jours plus tard, dans le dédale des routes départementales autour du village de Poggiale, près de l’aéroport de Figari. Il n’est que neuf heures, la fraîcheur du matin m’enivre et voilà que je me perds. Ni vu ni connu, je rebrousse le chemin. Ce doit être quelque part par là, non ? Le changement de perspective paie. Au détour d’une ruelle, un homme me fait des grands signes de la main. J’y suis !

4. Jean Ferracci, un vigneron tenace. Photo Agnieszka Kumor

 Jean Ferracci, un vigneron tenace. Photo Agnieszka Kumor

On s’installe à la table de cuisine et on commence d’emblée par la dégustation. Deux cuvées sont produites sur les 5 ha des vignes plantées en 1988. C’est en 1997 que Jean Ferracci, le propriétaire du domaine, mon hôte, met son premier millésime en bouteille. Nous commençons par Clos de Sarcone Vin de Corse 2012 blanc (13€) 100% vermentinu : aromatique et souple. Il négocie bien le gras et la tension. L’autre cuvée est Clos de Sarcone Figari 2011 rouge (11,50€) un assemblage de niellucciu (majoritaire) et de sciacarellu, c’est un vin aux notes d’anis et de fruits noirs, tannique, complexe, avec un léger rappel d’airelles en fin de bouche. Nous allons aussi déguster une cuvée spéciale rouge 2012 élevée 11 mois en barrique (avec très peu de sciacarellu), elle sent le chocolat et le myrte, c’est un vin fruité et d’une volupté renversante.

5. Vin confidentiel, Clos de Sarcone. Photo Agnieszka Kumor

Vin confidentiel, Clos de Sarcone. Photo Agnieszka Kumor

Difficile à croire mais avec une production confidentielle de 13 000 bouteilles Jean Ferracci a encore diminué les rendements pour pousser ses vignes vers plus de qualité ! Point de bio, une agriculture raisonnée régit ce minuscule vignoble réparti en deux parcelles, avec 2 à 3 traitements à doses « homéopathiques » par an. Ses plus grands ennemies, plus encore que les insectes et les maladies, sont les sangliers. Clôtures électriques, aboiements artificiels ou ultrasons, rien n’y fait. Un vide juridique entoure cette plaie des vignerons corses.

Je reste partagée entre émotion et stupéfaction. Comment peut-on propulser son vin à un tel niveau d’excellence sans pouvoir disposer d’installations adéquates ? Jean Ferracci vinifie chez un voisin, Jean-Baptiste Grimaldi, propriétaire du Domaine Andriella. Ses vins ne s’exportent pratiquement pas, pour les goûter il faut venir sur l’Île de Beauté. Clos de Sarcone se vend dans les restaurants et chez les cavistes (notamment au Comptoir Bonifacien à Bonifacio). Croyez-moi, ils valent le détour.

Domaine de Torraccia (Porto-Vecchio), quand le vin devient complexe

« Je n’ai que vingt minutes à vous consacrer », prévient Marc Imbert et jette un coup d’oeil fatigué vers une pile de documents sur un coin de table. La vie d’un vigneron n’est pas faite que de passion, mais de paperasse aussi.

6. Marc Imbert a su relever le défi à l'international. Photo Agnieszka Kumor

Marc Imbert a su relever le défi à l’international. Photo Agnieszka Kumor

Depuis 2008, Marc dirige le domaine fondé par son père en 1964. Je rappelle que Christian Imbert est une icône dans le monde viticole corse. Fondateur de l’UVA Corse en 1976, il en a assuré la présidence jusqu’en 2008. Aujourd’hui, sur ce vignoble familial de 42 ha mené en bio, 130 000 bouteilles sont produites chaque année. Marc a réussi son pari à l’international, jusqu’à 20% de vins sont exportés, 50% sont vendus en Corse, le reste part sur le continent. La demande constante des importateurs est une stimulation forte face à de lourdeurs administratives… L’Amérique du Nord (les Etats-Unis et le Canada) est son premier marché à l’export suivi du Royaume-Uni et de l’Allemagne. Il est présent en Chine, mais ne néglige pas des marchés de niche comme la Pologne. Malgré ce succès commercial ou, peut-être, grâce à lui depuis cinq ans Marc Imbert s’efforce à garder quelques bouteilles sur la propriété pour en constituer sa propre « vinothèque ». Car chaque assemblage est une joie, « c’est ce qui donne un sentiment d’être vivant ! », confie-t-il, avant de s’éclipser, regard rageur, dans son bureau à l’étage.

7. Les vignes en pleine santé au Domaine Torraccia. Photo Agnieszka Kumor

 Les vignes en pleine santé au Domaine Torraccia. Photo Agnieszka Kumor

C’est avec Jean-Pierre Mizael, directeur du domaine, que je procède à la dégustation. Les bouteilles commencent à 7,70€ pour le millésime précédent l’année en cours, et vont jusqu’à 15€ pour la cuvée spéciale Oriu, destinée à la garde. La nouvelle venue, Nielucciu, subit une macération carbonique. Tannique, sauvage et légère, elle a été conçue pour être bue dans l’année De la très riche gamme dégustée, j’ai choisi : Domaine de Torraccia 2012 blanc (100% vermentinu) un vin sur les agrumes, nerveux et rafraîchissant ; Domaine de Torraccia Oriu 2009 rouge – au nez viandeux, avec des notes mentholées et torréfiées, un vin complexe et équilibré ; Domaine de Torraccia Oriu 2003 rouge – malgré un millésime très sec, ce vin reste frais, on détecte les notes d’humus et de fruits confits (figues), c’est un vin ample et long, à la matière généreuse et subtile à la fois.

C’est toute la quintessence des vins de Corse-du-Sud…

Agnieszka Kumor


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Paris aime le saké

La passion mène à de belles découvertes. Ma passion du kendo m’a amenée, il y a quelques années, au Japon. J’ai pu m’entraîner auprès d’un senseï japonais dans un dojo de la ville de Kyoto. J’ai découvert la symbolique des cerisiers en fleur. Leur beauté fragile qui ne dure que dix jours enseignait jadis aux samouraïs que leur propre vie pouvait cesser à tout instant. C’était souvent le cas, car les seigneurs en ces temps avaient la fâcheuse habitude de se disputer le pouvoir. Et pour oublier les problèmes du boulot, les samouraïs buvaient du saké. L’histoire de certaines maisons du saké remonte au XVI siècle. Une belle longévité, cette fois-ci.

1. L'armure de samouraï dans le monastère de Mont Koya. Photo Agnieszka Kumor

 L’armure de samouraï dans le monastère de Mont Koya. Photo Agnieszka Kumor

C’est au Japon que j’ai découvert le bon saké. Mais ce n’est qu’à Paris en rencontrant Toshiro Kuroda que j’ai appris ce qu’est un grand saké. Cela fait dix ans que cet ancien journaliste s’est lancé dans la cuisine. Créateur de quelques bonnes adresses dans le quartier japonais de la rue Sainte-Anne, il possède notamment «Bizan» (anciennement «Issé»), un établissement réputé où règne Masayoshi Hanada, un jeune maître sushi talentueux et inventif. Fin connaisseur des produits du terroir nippon, Monsieur Kuroda connaît le saké sur le bout des doigts. Il est, par ailleurs, auteur de «L’Art du Saké» (Ed. de La Martinière, 2013) avec les remarquables photos d’Iris L. Sullivan, et de «Le saké : dix façons de l’accompagner» (Editions de l’Epure, 2014), co-écrit avec Laurent Feneau.

2. Toshiro Kuroda lors d'une dégustation avec l'Association de la Presse Etrangère. Photo Agnieszkz Kumor

 Toshiro Kuroda lors d’une dégustation avec l’Association de la Presse Etrangère. Photo Agnieszka Kumor

Ginjô, le saké de qualité

C’est dans son Workshop Issé de la rue Saint-Augustin que je rencontre ce "sakéologue" passionné. Oui, le mot existe, comme l’œnologue pour le vin; Toshiro Kuroda explique patiemment les secrets de fabrication du saké. Car le saké est un vin de riz, à ne pas confondre avec cet alcool de riz sans goût servi en fin de repas dans les établissements asiatiques et issu, celui-ci, de la distillation. Oui, comme le vin est le fruit de la vigne, ou encore la bière est produite sur la base de malt (essentiellement d’orge) et de houblon, le saké est un produit de fermentation régi par une forme d’appellation d’origine contrôlée en fonction de polissage des graines, et de l’addition ou non de l’alcool. Point de notion du terroir, en revanche. Le riz récolté dans des différentes régions de culture voyage au sec jusqu’aux points de fabrication. Une cinquantaine de variétés de riz existent, elles se distinguent par la corpulence et la porosité des graines. Quand le riz est plus poreux, cela accélère le travail de «grignotage» de l’amidon par le champignon et les levures. Parmi les plus prestigieuses variétés, Omachi et Yamada nishiki (respectivement «la mère» et « la fille» en termes génétiques).

3. Moromi, la fermentation principale du saké. Photo DR

Moromi, la fermentation principale du saké. Photo DR

Et de quoi parle-t-on ? On parle du saké Ginjô, qui constitue 8% du marché du saké au Japon. D’un style raffiné et d’un haut niveau de fabrication, la catégorie Ginjô décrit un saké de qualité.

Entrons en matière

Le saké a besoin de l’eau de source très pure et du bon riz, dont on polit la couche externe. Des graines perdent parfois jusqu’aux 50% du volume initial pour qu’il ne reste que le coeur du riz, débarrassé des protéines et des graisses qui alternent la saveur de la boisson, mais riche en amidon qui sera transformé en sucres. Le pourcentage marqué sur l’étiquette exprime ce qui reste après le polissage. Plus le riz est poli, plus son taux de polissage est bas, et plus le saké est fin. Cuit à la vapeur, ce riz ne doit pas coller, à la différence du celui destiné à la consommation.

La fermentation du riz cuit dure jusqu’à 48 heures dans des petits plateaux en bois de cèdre (que l’on ouvre et ferme pour réguler le taux d’humidité et la température), et se fait en présence d’un agent de saccharification, un champignon appelé kōji (qui répond au nom latin d’Aspergillus oryzae). Il s’agit d’une moisissure noble, proche de celle qui façonne les fromages à pâte persillée, et qui ensemence ici le riz. On prépare ensuite des levures indispensables pour démarrer la fermentation principale. On crée ces levures en élaborant un pied de cuve, et selon la qualité du saké désirée, cela peut prendre entre quinze jours (méthode moderne avec l’ajout de l’acide lactique dans le pied de cuve), et un mois (à l’ancienne, on bâtonnant le riz avec le kōji sans ajouter d’acide lactique). La fermentation alcoolique du riz cuit, du riz levuré et de l’eau se produit pendant 25 à 36 jours dans des cuves larges et plates en acier émaillé que l’on bâtonne pour réactiver la fermentation. Pendant ce temps, les sucres se transforment en alcool.

5. Le saké frais ou tiédi, à vous de choisir. Photo Agnieszka Kumor

Le saké frais ou tiédi, à vous de choisir. Photo Agnieszka Kumor

L’ajout de l’eau dans la boisson, qui reste encore avec ses lies, permet de réduire son degré d’alcool. On sépare les substances solides du liquide, qui est le plus souvent filtré (ou laissé reposer), et pasteurisé avant sa mise en bouteille. Quand le producteur indique que le saké est non pasteurisé, en réalité cela veut dire qu’il n’était chauffé qu’une seule fois avant l’expédition. La boisson finale qui titre entre 14° et 17°, et dont le goût varie du sec au moelleux, peut vieillir plusieurs années, mais uniquement quand le saké est conservé dans des barils en acier émaillé ou en bois. Pour mieux apprécier ses valeurs organoleptiques on sert le saké prestigieux très frais (8-12°C), mais on peut aussi le boire à température ambiante ou tiédi à 45°C.

 La dégustation

Et mes coups de coeur, vous demanderez-vous ? Il y en a trois :

-       Dewazakura – Omachi (44€), produit par la maison Dewazakura syuzo, très équilibré, au nez délicat, avec de la fraîcheur, en bouche robuste et gourmand, produit de la variété « reine » du riz, Omachi, poli à 50%, dégusté froid

-       Daishichi – Masakura – Kimoto Junmai Ginjô (59€), produit par Daishichi shuzo, acidulé et fruité, légèrement crémeux en bouche, taux de polissage 41%, servi frais

-       Mizuho Kenbishi – Junmai (42€), produit par Kenbishi jozo, une maison qui a cinq siècles d’existence à son actif, arômes fermentaires et plantes médicinales au nez, un assemblage des sakés des deux variétés nobles du riz, vieilli entre 3 et 5 ans.

4. Mon trio de tête. Photo Agnieszka Kumor

  Mon trio de tête. Photo Agnieszka Kumor

Un temps d’initiation chez Lavinia

Et puis, il n’y a pas que les sakés dans la vie, il y a aussi d’excellents whiskies japonais. Le caviste Lavinia, en partenariat avec Toshiro Kuroda et l’association des «Becs fins de saké» a eu la bonne idée de les présenter au grand public au travers d’un mois de manifestations qui se dérouleront dans le magasin parisien du caviste, du 5 mai au 2 juin 2014. Dégustations, ateliers, gastronomie japonaise et découpage de thon au sabre sont au programme, en présence d’une vingtaine de sakéificateurs venus tout exprès du Japon. Une belle initiation dans la culture de l’Empire du Soleil levant.

Agnieszka Kumor

 

Workshop Issé, 11 rue Saint-Augustin Paris 2e, tél. : 01 42 96 26 74

Bizan, 56 rue Saint-Anne Paris 2e, tél. : 01 42 96 67 76

Lavinia (Paris), 3 boulevard de la Madeleine Paris 1er http://www.lavinia.fr/fr


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Châteauneuf-du-Pape (2): en hommage à leurs pères

Suite des aventures de notre invitée polonaise Agnieszka Kumor à Châteauneuf du Pape, commencées samedi dernier.

Après la visite chez David Sabon au Clos Mont-Olivet et chez Sylvie Vacheron au Clos du Caillou, une pause gourmande s’impose. J’ai repéré quelques restaurants à Châteauneuf-du-Pape. La Mère Germaine tient ses promesses: cuisine raffinée, choix de vins au verre restreint, mais excellent et très bien conseillé. Changement de décor (et de prix) le lendemain avec La Mule du Pape (juste en face), qui offre une cuisine simple et savoureuse, en direct du marché. Les deux établissements proposent les vins des vignerons que je m’apprête à voir, et d’autres du coin. Ça, c’est intelligent !

Mais reprenons les visites. Dans ce second épisode, il sera question du bon négoce et de fruit dans le vin…

 Les Cailloux, 15 juillet, 13h45

Je retrouve André Brunel devant chez lui, à un jet de galet du Clos Mont-Olivet. Nous prenons aussitôt la direction de Sorgues où se trouve sa cave d’expédition. En route, nous discutons de ce qu’est un  négoce fort pour une région. De l’avis de mon interlocuteur, il n’y en aurait pas assez de négociants à Châteauneuf-du-Pape. J’énumère ceux qui ont dans leur gamme les vins de cette appellation: Ogier, Chapoutier, Paul Jaboulet Aîné, Brotte, Bouachon, Guigal, les Caves Saint-Pierre, les Grandes Serres, Jean Trintignant (SAS), FCV, Medeos et j’en oublie sûrement. Eleveurs, vinificateurs, propriétaires de domaines prestigieux, leur rôle est essentiel face à la grande distribution en France avec sa politique du bas prix, mais aussi pour se donner des atouts à l’exportation. Ce rôle a évolué avec le temps, et après le passage à la production individuelle de certain nombre de domaines. Ensemble, ils ont hissé la notoriété de l’appellation à l’international. Un effort digne d’admiration, quand on sait que la moitié de la production de Châteauneuf-du-Pape se vend aujourd’hui hors de France, avec les Etats-Unis comme premier marché d’exportation.

1. A droite les armoiries des producteurs, à gauche celles des négociants. Photo Agnieszka Kumor

A droite les armoiries des producteurs, à gauche celles des négociants. Photo Agnieszka Kumor

André Brunel est lui-même producteur et négociant. Des 95 ha de vignes qu’il possède, 20 ha produisent du Châteauneuf-du-Pape dont il exporte 80%. Le reste du vignoble est partagé entre les Côtes du Rhône et les vins de pays. C’est son père, Lucien, décédé en 1993, qui a sorti Les Cailloux de la cave coopérative. André a développé ensuite la double vocation du domaine.

Nous entrons dans l’imposante cave d’expédition, fleuron de la marque André Brunel. Je détecte des capsules à vis sur les vins expédiés outre-Atlantique et en Norvège. Nous échangeons un sourire espiègle.

Les Cailloux blanc 2012 (20€, les prix indiqués au domaine)

Les blancs constituent environ 10% de la production. Une seule cuvée traditionnelle est produite. Composé majoritairement de roussanne et de grenache blanc, élevé sur lies fines en cuves béton, ce vin se distingue par un nez délicat et légèrement fruité, une acidité moyenne et une finale amère sur une amande fraîche. Un millésime tendu qu’il vaut mieux goûter à partir de deux ans d’âge.

2. La dégustation avec André Brunel au domaine Les Cailloux. Photo Agnieszka Kumor

Les vins dégustés avec André Brunel au domaine Les Cailloux. Photo Agnieszka Kumor

Les Cailloux rouge 2011 (20€)

Dans la cuvée traditionnelle rouge ce sont le grenache, le mourvèdre et la syrah qui mènent le bal, ils sont accompagnés de cépages minoritaires. Le vin est intense, diffuse les notes de fruits rouges et noirs légèrement kirschées. Les tanins charnus commencent à s’assouplir, la matière est équilibrée (millésime solaire), la finale longue sucrée/amère. Nous le comparons avec les millésimes difficiles.

Les Cailloux rouge 2008 (20€)

Issu d’une année difficile, donc, ce vin au nez discret commence à se complexifier, sa matière est étonnamment mure malgré la pluie et le vent glacial qui ont repoussé les vendanges jusqu’en octobre. Je le verrai bien sur un mijoté de sanglier au vin.

3. Le vieux cep du grenache. Photo Agnieszka Kumor

Un vieux cep de grenache. Photo Agnieszka Kumor

Les Cailloux rouge 2006 (25€)

Bouquet de pivoines et d’iris, puis notes chocolatées et torréfiées, pour finir sur la truffe. Acidité prononcée, texture qui évoque du velours. Ici, on n’érafle pas systématiquement, disons les trois quarts de raisins, et quand il le faut.

Les Cailloux Cuvée Centenaire rouge 2010 (env. 70€)

Sortie en 1989, cette cuvée a été l’une des premières cuvées spéciales dans la région. Composée de grenache majoritaire (syrah et mourvèdre sont à 10% chacun), sa bouche rappelle une framboise enrobée de chocolat amère. C’est un vin gourmand qu’on sent longtemps sur les papilles.

Quel est le style des Cailloux? Ample, intense, velouté et profond.

 

Domaine Jean Royer, 16 juillet, 13h45

Avec Jean-Marie Royer, les choses sont claires dès le départ: les bouteilles m’attendent, mises en rang sur le comptoir du caveau, on dirait l’équipe de XV de France avant un tournoi des Six Nations. On va parler vin, mais on va parler aussi des hommes et des femmes.

4. On déguste avec Jean-Marie Royer. Photo Agnieszka Kumor

Dégusté avec Jean-Marie Royer. Photo Agnieszka Kumor

Dans la famille de Jean-Marie il y avait des maçons, des petits vignerons, mais il n’y avait pas de transmission. Entre une grand-mère «démoniaque», se souvient-il, et la disparition prématurée à 38 ans de son père Gaston, il lui a fallu apprendre sur le tas. Il se demande encore comment sa mère d’origine espagnole, Lucie, laissée avec un fils de deux ans dans un milieu étranger a pu supporter cela. Lui, c’est le rugby qui lui a donné des forces quand, en 1985, après la formation viticole et le service militaire, il a repris la petite exploitation familiale. S’en sont suivis les 15 ans de  son«odyssée sous-marine», dit-il, où il ne savait pas vraiment ce qu’il voulait faire. A cette époque toute la production partait en négoce.

Ce sera finalement sa future épouse qui l’incitera à une prise de conscience: sur un terroir d’excellence, il devrait faire des vins d’excellence. Ce n’est qu’en 2007 qu’il sortira un millésime digne de ses ambitions, sous l’œil de l’œnologue-conseil Philippe Cambie, personnage incontournable de la région (il surveille d’ailleurs également les trois autres propriétés visitées). Le récent achat d’un hectare de vignes dans la zone prestigieuse de La Crau suit cette optique de qualité. Sur plus de 9 ha de vignes que compte le domaine, 5 ha sont dans l’appellation Châteauneuf-du-Pape, le reste se déploie en Côtes du Rhône et Vin de France (Le Petit Roy, 8€50). Nous dégustons une douzaine de millésimes déclinés en différentes cuvées.

5. Le vignoble du Domaine Jean Royer soigné aux petits oignons. Photo Agnieszka Kumor

Le vignoble du Domaine Jean Royer soigné aux petits oignons. Photo Agnieszka Kumor

Domaine Jean Royer blanc 2012 (23€)

Les blancs de Châteauneuf-du-Pape sont représentés par une seule cuvée traditionnelle composée pour moitié de grenache blanc, complété de bourboulenc et de clairette. Toutes les grappes sont éraflées. Nez aromatique et intense de fleures blanches, de gingembre, bouche à la trame délicate, légère, au goût de citron et de pamplemousse, à l’acidité prononcée.

Domaine Jean Royer rouge 2011 (22€)

La cuvée traditionnelle rouge est un assemblage à grenache majoritaire, le reste composé de syrah, mourvèdre et cinsault. Ce vin sent la noisette et la myrtille, en bouche l’acidité affirmée, les tanins fondus, finale sucrée/acidulée.

2010 : nez floral, bouche intense sur le fruit.

Domaine Jean Royer rouge Cuvée Prestige 2011 (33€)

Nez délicat rappelle les fruits de bois. Bouche épicée, tanins souples. L’éraflage n’est pas systématique sur cette cuvée 100% grenache élevé en cuves et en barriques de 225 l.

2008 : nez viandeux, bouche épicée, légèrement confiturée. Laissons-le attendre un peu.

2007 : nez plus végétal, notes de cuir, petite sucrosité en bouche.

Domaine Jean Royer rouge Les Sables de La Crau 2011 (50€)

Nez très complexe, notes de tabac brun, et avec cela beaucoup de fraîcheur et de fruité, un certain côté sauvage de ce 100% grenache.

2010 : nez toujours marqué par le tabac, bouche croquante.

Nous goûtons le millésime 2012 sur les pièces bourguignonnes: la trame est massive, franche, étonnante de fraîcheur, notes de framboises et de myrtilles.

Existent, en outre, la cuvée Sola Syrah Régalis (100% syrah) et Hommage à Mon Père (100% grenache).

Quel est le style du Domaine Jean Royer ? Fruité et épicé, complexe et fin.

Agnieszka Kumor

 

http://domaine-les-cailloux.fr

http://www.domainejeanroyer.fr


5 Commentaires

Châteauneuf-du-Pape, de Clos en Clos

Je les aime en rouge pour leur matière qui patine sous l’effet du temps et de la patience. Mais je crois que je les aime encore plus en blanc pour leur fraîcheur et leur finesse. Leurs producteurs maîtrisent à merveille les différents composants du raisin qui n’ont pas l’élégance de mûrir en même temps. Le mot qui revient souvent c’est l’équilibre entre les sucres et la maturité phénolique du raisin. Un équilibre nécessaire pour éviter de faire les vins trop alcoolisés, mais difficile à obtenir avec les vendanges de plus en plus précoces. Patience, donc. Aussi, ces quinze dernières années, les Châteauneuf-du-Pape ont trouvé une nouvelle expression, à mi-chemin entre la tradition et la modernité. C’est la raison pour laquelle je suis partie à la rencontre de cette nouvelle vague de vignerons castel-papaux.

Mon choix s’est porté sur quatre producteurs que je ne connaissais pas encore, ayant visité auparavant à l’occasion de mes escapades au festival d’Avignon quelques autres prestigieuses propriétés dans la région. Cette première rencontre m’a convaincue qu’il y en aurait d’autres. Me voici donc à nouveau sur les routes tortueuses entre Orange, Courthézon, Bédarrides, Sorgues et Châteauneuf-du-Pape. Les quatre producteurs dont je souhaitais faire connaissance ont tous répondu "présent!". J’ai nommé: Clos du Mont-Olivet, Clos du Caillou, Les Cailloux et Domaine Jean Royer. L’accueil chaleureux, le sens de communication et de partage ne sont pas ici les vains mots. Premier épisode…

Clos du Mont-Olivet, 15 juillet, 10h00

Je retrouve David Sabon dans le caveau, où il s’occupe des vacanciers de passage. Des Suisses, des Belges, notamment. Manifestement, ils connaissent bien les vins de cette propriété de plus de 46 ha, dont la majorité est en appellation Châteauneuf-du-Pape. L’âge des vignes, que je verrai un plus tard dans la matinée sur des parcelles éparpillées aux alentours, s’étale de 60 à 80 ans. Certains grenaches ont été plantés en 1880. Le Grenache Noir y est roi, et il est majoritaire dans cette cuvée. Il est suivi par la syrah et le mourvèdre. Les 4% restant sont les cépages minoritaires. Comme le veut la tradition, on utilise ici les 13 variétés autorisées. Et vous allez comprendre pourquoi.

2. David Saban dirige le domaine familiale avec ses cousins. Photo Agnieszka Kumor

David Sabon dirige le domaine familiale avec ses cousins. Photo Agnieszka Kumor

On commence la dégustation par les blancs représentés par une seule cuvée traditionnelle. Leur production a augmenté au cours de la deuxième moitié des années 1990 avec l’arrivée des cousins Sabon à la tête de la propriété. David, Thierry (maître de chai) et Céline représentent la 4e génération de vignerons. Certaines années, les blancs peuvent aller jusqu’à 10% de la production totale. C’est beaucoup pour cette appellation, où les blancs sont très minoritaires.

Clos du Mont-Olivet blanc 2012 (18,50€, les prix indiqués au domaine)

J’aime son nez aromatique, parfumé de fleurs blanches et de cire, sa bouche élégante, d’une acidité moyenne et fine, un vin incisif et très long. La fermentation malolactique n’est pas recherchée. L’élevage sur lies fines (en fût d’un vin pour la Roussanne, en cuve inox pour la Clairette, le Bourboulenc et les autres) lui donne de la souplesse sans le pousser dans la lourdeur. Un pari de Sudiste réussi à la manière d’un Bourguignon !

On continue avec les rouges. En 2005, c’est la cuvée Le Petit Mont qui rejoint la cuvée traditionnelle et la prestigieuse Cuvée du Papet, telle «une page blanche à écrire pour compléter la gamme», souligne David Sabon.

Le Petit Mont rouge 2011 (14,50€)

A majorité de Grenache, délicat, fruité et droit. Un bon petit soldat qui sert d’excellente entrée en la matière.

Clos du Mont-Olivet rouge, millésimes 2011, 2010, 2006, 1999

C’est la cuvée traditionnelle en rouge. Les millésimes se suivent, mais ne se ressemblent pas. Entre 18€ et 23€ la bouteille, elles vous font profiter du style de la maison sans vous ruiner. L’éraflage partiel des grappes est opéré. Tout dépend du cépage, du millésime et de l’état de la rafle, qui reste pour David le «quatorzième cépage» de l’appellation.

1. La gamme dégustée au Clos du Mont-Olivet. Photo Agnieszka Kumor

La gamme dégustée au Clos du Mont-Olivet. Photo Agnieszka Kumor

La Cuvée du Papet rouge 2006 (52€)

Concentrée, intense, aux notes de terreau et de baies sauvages.

La Cuvée du Papet rouge 1989

Très charnu, ce millésime présente  une acidité élevée, mais fine, aux notes de figues et de noix, et non éraflé avec cela. La grande surprise de la dégustation.

Quel est le style du Clos du Mont-Olivet ? Aérien dans les blancs et soyeux comme du taffetas dans les rouges. Une pointe de cépages blancs dans la cuvée rouge traditionnelle lui apporte de la fraîcheur et une finition acidulée tout en finesse.

3. La charrue pour labourer la terre entre les rangs. Photo Agnieszka Kumor

La charrue pour labourer la terre entre les rangs. Photo Agnieszka Kumor

Le Clos du Caillou, 16 juillet, 10h00

Sylvie Vacheron m’attend dans un caveau flambant neuf. Soigneusement dessiné, moderne et pratique, il offre un havre de fraîcheur en cette matinée déjà chaude. D’emblée, j’apprends le paradoxe du domaine. Pour trouver les parcelles classées en Châteauneuf-du-Pape… il faut sortir du Clos. En 1936, le propriétaire d’alors a refusé l’accès aux experts chargés de la délimitation de l’appellation. Résultat : le Clos reste aujourd’hui un îlot de Côtes du Rhône dans l’océan des Châteauneuf-du-Pape qui l’entoure. Mais le terroir est absolument le même. Je goûte avec intérêt ces Côtes du Rhône souples et fruités, produits sur 43 ha de vignes. Puis, on passe aux Châteauneuf-du-Pape. Ils occupent les 9 ha restants, avec la production d’un peu plus de 7% des blancs, ce qui correspond à la moyenne de l’appellation.

4. Les cuvées dégustées au Clos du Caillou.  Photo Agnieszka Kumor

Les cuvées dégustées au Clos du Caillou. Photo Agnieszka Kumor

Sylvie, avec son mari Jean-Denis, disparu accidentellement en 2002, représente la même génération de vignerons dont sont issus les cousins Sab0n. Il s’agit ici de cette «génération 90», arrivée aux manettes au cours de la dernière décennie du XX siècle, usant de la subtilité pour ne pas froisser leurs aînés, mais sachant aussi s’imposer. Et le résultat est dans la bouteille. Bruno Gaspard se joint à nous. Maître de chai, il s’occupe aussi du vignoble, il va m’y emmener pour me montrer les «safres», ces amas d’argile limoneuse durcie et agglutinée, qui prêtent leur nom à la cuvée prestige. On admirera aussi le chai, en partie creusé sous les vignes. Le fameux œnologue Philippe Cambie conseille le domaine, c’est aussi le cas des trois autres propriétés visitées.

Les Safres blanc 2012 (28€)

Nez discret de citron confit et d’herbes, bouche à l’acidité moyenne. On fait un saut dans le temps. Je lui préfère le millésime 2006 aux notes légèrement fumées, plus acidulé et plus long en bouche. Décidemment, ces blancs vieillissent si bien !

Les Safres rouge 2011 (25€)

Les rouges sont déclinés en trois cuvées. La gamme Safres est à majorité grenache, avec 5% de mourvèdre et les cépages minoritaires. L’éraflage y est systématique. C’est un vin complexe, aux notes de chocolat et de terreau, et qui finit tout en finesse.

Les Quartz rouge 2011 (40€)

Cette cuvée à majorité grenache avec 15% de syrah est plus vive, plus sauvage, épicée et tannique. Le millésime 2006 prend les arômes de sous-bois et devient plus massif.

La Réserve rouge 2011 (60€)

Ce vin à 60% grenache et 40% mourvèdre a été élevé en demi-muids neufs et vieux. Avec ses notes de figue et de cerise griotte au kirsch, il est d’une longueur infinie.

5. Les safres. Photo Agnieszka Kumor

Les safres. Photo Agnieszka Kumor

 

Quel est le style du Clos du Caillou ? Très élégant. Il donne des vins souples et complexes à la fois, qui se révèlent avec le temps.

Agnieszka Kumor

… à suivre samedi prochain

http://www.clos-montolivet.com

http://www.closducaillou.com

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