Qui pense à associer nos pâtes molles préférées aux vins luxembourgeois? Sans doute pas grand monde, vu que la plupart des consommateurs ignorent que la rive gauche de la Moselle, entre Schengen et Wasserbillig, se couvre d’un superbe vignoble en coteaux. Dommage car si c’est beau à voir, c’est aussi bon à boire…
Vins du Luxembourg
Blancs, par la plupart, les vins de la Moselle luxembourgeoise siéent particulièrement bien aux pâtes onctueuses et s’adaptent avec facilité à presque l’ensemble du plateau. Fraîcheur et structure sont leurs atouts. De plus, nuances aromatiques, caractère minéral, élégance, droiture, font parties de leurs avantages. Reste à leur dégoter quelques fromages au lait cru, il leur faut comme à nous du goût et de la qualité…
Clos du Rocher
Les vins
Cuvée Riesling brut Crémant du Luxembourg Pol Faber
Une jolie effervescence aux reflets verts teintés d’émeraude. Le nez confesse avec délicatesse le cépage qui le compose. Une subtile note d’hydrocarbure surprend les narines. Le fruit blanc, pomme douce et poire fondante, précèdent les parfums de rose et de fleur d’oranger. La bouche gourmande croque dans les fruits sentis, apprécie les fleurs respirées, se plaît du sucré acidulé de l’ananas. Le minéral vient ajouter son trait fumé. Le poivre et la bergamote, en final, se remarquent longuement.
Riesling 2010 Grevenmacher Fels Grand Premier Cru Clos des Rochers
Jaune citron, il respire à plein nez le minéral iodé. Ce sont ensuite des confitures de prunes, quetsche et mirabelle, qui émerveillent, relevées d’une écorce de kumquat. La bouche est à la fois droite et complexe, nuançant au sein du minéral des arômes de poire croquante, d’asperge, de mandarine, de sésame grillé, le tout fondu dans une matière dense bien perceptible. Un Riesling bien sec, une denrée devenue rare…
Clos du Paradis 2007 (Auxerrois) Vin de Table luxembourgeois Château Pauqué
Jaune doré, le nez confit, grillé, plein d’aromates, de fleurs sèches, de pain qui sort du four, d’épices, …
Le confit est encore plus présent en bouche, véritable cassate légèrement vanillé, puis viennent les essences de mandarine, céleri, mangue, rhubarbe, angélique, gentiane, apportant chacune leur nuance aromatique. Et puis, cette amertume racée, superbe impression racinaire à la délicate élégance, aidée de l’acidité, nous emporte loin. Puis, nous entraîne encore au pays des épices.
Les laits crus
Pourquoi pas deux figures emblématiques de la production française, histoire de leur redorer un peu le blason, Camembert de Normandie et Maroilles fermier. Eux qui au pays du fromage sont souvent regardés avec méfiance et consommés par les derniers aficionados qui subsistent dans l’Hexagone. Faut dire que les autorités sanitaires n’ont toujours pas compris qu’un fromage au lait cru est beaucoup plus résistant aux infections bactériennes qu’un fromage au lait thermisé (chauffage du lait pas plus haut que 72°C) ou pire un pasteurisé. Ce dernier n’appartient plus au monde des vivants et certes pas mauvais de goût, il est bien loin de la complexité du lait cru. Pour terminer par une image forte, le fromage au lait pasteurisé est un peu comme un immeuble vide, si on veut le squatter, aucun problème, tous les étages sont disponibles. À l’inverse, un fromage au lait est un immeuble bien rempli de bactérie évidemment mais bonnes pour notre petite santé été elles s’opposent avec brio à tout envahissement. Les autorités sanitaires n’ont pas tout à fait le même point de vue…
Le Camembert de Normandie Réaux
Le Camembert par excellence, bien typé, rustique, fort en goût, fort en gueule, à la pâte qui même 4/4 affiné reste à la fois ferme et onctueuse, un bonheur. Généreux, il prodigue sans compter des notes aillées, des goûts de noisette, des saveurs minérales, des arômes de chicorée et de lait qui attache, des fragrances de champignon et de sous-bois. Un fromage qui a plein de choses à dire (bien loin des pâles imitations qui n’ont que la première partie du nom, Camembert n’est pas Camembert de Normandie!)
Les accords
Avec le Crémant
Un accord bien sympa, et assez attendu, bulles et Camembert forment souvent un duo savoureux. Le dosage du vin, loin d’être excessif, métamorphose le fromage en une pâtisserie des plus agréables. Elle équilibre le sel du fromage, booste ses épices, comme le poivre et le cumin, puis amplifie encore sa saveur de crème pâtissière, de meringue citronnée. La petite finale sale le bout de la langue et redonne un regain de tonus, comme s’il en fallait…
Un duo qui fonctionne à l’image de l’Auguste et du clown blanc, le Crémant agit ici en faire-valoir, mais en final tout le monde s’y retrouve, surtout celui qui les a en bouche.
Avec le Riesling
Le vin apporte de la grâce à ce paysan en culotte de peau odorante. L’ail devient plus présent, mais le sel s’efface, le champignon se prend pour une morille, puis le citron vient rafraîchir l’ensemble et apporte son punch, en fait demander encore et encore.
Avec l’Auxerrois
Cela semble sage ou plutôt tout de go plongé dans la plénitude. Les voilà épanouis comme un couple qui semble avoir toujours existé. Le Camembert avec son goût de cacahuète encourage l’Auxerrois à se prendre pour un grand Bourgogne. Quel minéral ! Et puis, il y a cette impression sucrée, sans vraiment l’être, et les alcools qui veulent aussi leur part du lion, distillats de poire et de pomme, même la tourbe d’un whisky d’Islay vient s’inviter à la fête des papilles.
Maroilles de la Ferme des Bahardes des Véronique et Pierre-Marie Juste à Etrouengt
Fabrication fermière, cet imposant carré de 720 g, ce beau Maroilles, fleure bon la campagne.
Parallélépipède orangé, cette croûte lavée certes odorante offre une douceur de pâte exceptionnelle. Le grain du caillé hyper fin a le goût des pistaches grillées, des amandes effilées, de la crème acidulée, des châtaignes rôties. Très sapide, la croûte salée caractéristique, le caractère bien trempé, il peut effrayer les âmes sensibles. Pourtant son cœur fondant n’est que délicatesse et raffinement. Mais peut-être ont-elles été échaudées par d’industrielles productions qui souvent ont l’esprit plus amer que friand.
Les accords
Avec le Crémant
Incroyable développement d’un goût prononcé de poire, le crémant se transforme en cidre, avec le rugueux du fruit. Le fromage apporte encore des épices, comme du carvi, histoire de se la jouer façon Munster. Puis, le citron et la rhubarbe se confisent dans les sucres respectifs.
Avec l’Auxerrois
Un accord sec, hyper minéral, élégant et puissant, racé, que des qualités, voilà qui devrait en enthousiasmer plus d’un. Caramel, pain grillé, crème brûlée, c’est du dessert. Avec la croûte, la paille humide s’ajoute, une présence animale apparaît, mais rien n’y fait, le vin magnanime l’invite à se nimber d’une douceur qui rend l’accord encore plus addictif.
En prime, une pâte persillée pour terminer, la Fourme de Montbrison
Profitez-en, elle risque de disparaître…
Un joli bleu au lait cru, à l’odeur forte de champignon, de cuir, de sous-bois de poil de vache, le goût d’oxydation de la moisissure bien droit avec son amertume caractéristique, sèche, elle a le goût du caillou qui lui donne de la race, du caractère, un délice pour qui aime lesmarbrures délectables. Celles qui offrent une moisissure moins envahissante et moins métalliques que dans bien des bleus. C’est l’apanage du lait cru.
Accompagnée d’un
Pinot Blanc 2011 Goldberg Grand Premier Cru Domaine du Cep d’Or
La robe presque blanche, ce Pinot développe en douceur, la suavité d’une pâte d’amande, le léger torréfié d’une chicorée un rien lactée, le floral mellifère de l’aubépine. Il tend d’emblée dans l’espace palatin son ossature, architecture minérale rafraîchie de rhubarbe confite, adoucie de gelée de reine-claude. À la fois vif et aimable, il se positionne comme un agréable compagnon de table.
Accord
Très pomme, poire, rhubarbe, le trio poivré et lactique avec un petit goût de champignon et le sucré d’une noix de pécan. Un agréable mariage auquel on assiste et participe avec plaisir.
Äddi!
Marc













