Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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#Carignan Story # 169 : Un jour de célébration pour le bœuf au schiste.

Vous ne le saviez peut-être pas, mais Samedi dernier, un jour avant le classique mais ordinaire jour du Seigneur, c’était le Jour du Carignan, ou le « Carignan Day » pour faire plus international. Une occasion de se retrouver entre fous de Carignan comme ce fut le cas l’an dernier pour le premier jour de célébration, en terre minervoise, chez l’ami Pierre Cros, à Badens, autour d’un roboratif cassoulet ! Au cas où vous ne comprendriez toujours rien à cette affaire, penchez vous sur cet article rédigé dans la langue de Goethe (ça me fera au moins un bon commentaire de Léon !), celle que parle si bien mon ami le journaliste André Dominé qui en est l’auteur. Samedi dernier, c’était rebelote, le Jour du Carignan II, un jour lancé comme ça, au pif, comme une boutanche de « Carignator » jetée dans la Grande Bleue, au hasard d’une discussion entre potes même pas amochés par le fait de se retrouver lors d’un Vinisud autour d’un géant « Bar à Carignan » tout juste improvisé.

L'approche de Berlou, avec le Caroux en arrière-plan. Photo©MichelSmith

L’approche de Berlou, avec le Caroux en arrière-plan. Photo©MichelSmith

La session officielle du deuxième Carignan Day, mise sur pieds une fois de plus par Sebastian Nickel qui en est son « inventeur », s’est tenue sur les hauts de la petite commune rocheuse de Berlou (Hérault), dans les locaux aimablement mis à notre disposition par le sieur Jean-Marie Rimbert, accoucheur et empereur autoproclamé du facétieux Carignan de schiste « Carignator » (il entre aussi plus pleinement dans une cuvée « Le Chant de Marjolaine » et, dans une moindre mesure dans la cuvée « Mas au Schiste ») sa cuvée la plus spectaculaire. Au menu : la création sous forme d’association du Mouvement Carignan Renaissance (pas encore de site Internet, mais ça va venir) que j’ai l’honneur de présider, une verticale des carignans de Jean-Marie Rimbert, un bœuf bourguignon au carignan de Berlou, ou Boeuf au schiste, et une promenade digestive dans les vignes pour une photo souvenir. Carignan Renaissance est une idée lancée il y a une dizaine d’année déjà par John Bojanowski qui, avec gentillesse, a accepté que l’on reprenne ce nom pour l’association dans laquelle il milite à nos côtés. Avec son épouse Nicole, il vinifie au Clos du Gravillas, dans le Minervois, un superbe carignan « Lo Veilh » déjà évoqué dans ces pages virtuelles, vin sur lequel je reviendrai un jour plus longuement car il fait partie à mes yeux d’un des grands classiques du Midi.

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Verticale de "Chant de Marjolaine" et de "Carignator" immortalisée par Sebastian Nickel. Photo©MichelSmith

Mais revenons sur un autre classique, notre hôte du jour en l’occurrence, j’ai nommé Jean-Marie Rimbert. Il y aurait tant et tant à dire sur les vins de ce personnage iconoclaste que je préfère vous reporter à la lecture d’un de mes premiers papiers, ici même. Tout comme Pierre Cros il y a un an, Jean-Marie nous proposait en guise de mise en bouche une verticale assez fournie de sa cuvée connue sous le nom du « Chant de Marjolaine », dédiée à sa fille qui porte ce joli prénom. C’est un pur carignan de schiste qui la compose, ne l’oublions pas, plutôt porté sur le fruit, destiné à être consommé non pas dans l’urgence mais assez vite dans le temps, disons 3 à 5 ans. Pourtant, en y regardant de plus près, on s’aperçoit que 1999, le premier millésime de la série, élaboré à partir d’une vendange égrappée (les suivants le seront aussi), bien que présentant une robe quelque peu brunie, est encore très frais et joliment porté sur les fruits rouges confits. Sur les 6 millésimes goûtés, c’est pourtant le plus récent qui l’emportera à mes yeux, un 2006 juteux aux notes d’orange sanguine armé d’une très belle matière. Notons au passage que le 2004 n’a pas démérité.

Jean-Marie Rimbert, l'hôte de ce second Carignan Day. Photo©MichelSmith

Jean-Marie Rimbert, l’hôte de ce second Carignan Day. Photo©MichelSmith

L’autre cuvée star de Rimbert, le « Carignator », plus rarement vinifiée, se composait de 4 flacons dont un magnum. « Carignator 1er » avait la particularité d’assembler deux millésimes, 2000 et 2001, vinifiés en macération carbonique. Il avait fait sensation à sa sortie. Très long en bouche, tout empreint des essences de garrigue, il se manifeste encore par une belle présence tannique qui va lui assurer, à mon avis, quelques années de garde supplémentaire sur ses suivants. Les autres millésimes m’ont paru un peu décevants, exception faite d’un « Carignator 3 » 2008 servi en magnum, distingué au nez, frais, crémeux et particulièrement long en bouche, le genre de vin que j’aurais aimé boire sur une perdrix au chou avec quelques grains de genièvre.

Les autres cuvées dégustées... Photo©MichelSmith

Les autres cuvées dégustées… Photo©MichelSmith

Le plus jeune membre de Carignan Renaissance, Julien Gil, qui va bientôt épouser sa belle compagne allemande, Julia, était venu avec deux millésimes (2009 et 2010) de carignan (IGP Cité de Carcassonne) du Plô Roucarels dont j’avais en son temps apprécié le 2007. Venant après les deux carignan du Puch (2010 et 2011) dont je parlerai pas vu qu’il s’agit d’une petite propriété que je partage avec des amis, c’est le 2010 de Julien qui m’a frappé par son élégance et son côté immédiatement abordable. Je ne sais plus si c’est André Dominé ou Sebastian Nickel qui avait proposée cette bouteille, mais le Côtes du Rhône Villages Saint-Gervais 2007 du Domaine Clavel, déjà goûté pour vous l’an dernier s’est révélé solide comme un bloc, d’une belle netteté et somme tout assez droit.

De gauche à droite : John Bojanowski, Jean-Marie Rimbert et Julien Gil. Photo©MichelSmith

De gauche à droite : John Bojanowski, Jean-Marie Rimbert et Julien Gil. Photo©MichelSmith

Pour la fin, j’ai gardé le somptueux Côtes du Brian 2011 « Lo Vielh » (17 €, départ cave) de Nicole et John, vin bio déjà évoqué plus haut. Il s’agit d’une parcelle plus que centenaire implantée sur le très calcaire terroir de Saint-Jean-de-Minervois. Le raisin a été égrappé avant d’être foulé aux pieds dans des pièces neuves de 450 et 600 litres pour une cuvaison de 4 à 5 semaines. La mise est récente, tout comme celle d’une autre cuvée, version 2010 (10 €), travaillée de la même façon, à partir des mêmes vignes, mais avec une vinification en pièces plus âgées et baptisée « Côté Obscur » car elle a mis plus de temps à se faire. Tirée à 3.500 bouteilles, c’est probablement un des plus complexes vins de Carignan actuellement sur le marché : touches de bois de rose, cacao, myrtille, on a une grande fermeté en bouche et un fruité remarquable en finale. John me dit qu’un restaurant de Perpignan, le Figuier, va l’avoir à sa carte. Je vais pouvoir en profiter !

Michel Smith


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#Carignan Story # 168 : à boire en été, jusqu’à la Saint-André…

C’est un Coteaux de Bessilles 2012. Un peu rustique, soit, j’en conviens, et goûté à l’emporte-pièce, je l’avoue, après une matinée de dégustations et un après-midi de practice de golf lors des journées Millésimes en Languedoc organisées au Château des Carrasses, entre Narbonne et Béziers,  par Clair de Lune, une agence de RP très active dans le Sud… Cette soirée, sorte de soirée de clôture, était consacrée aux IGP et, bien entendu, la plupart des participants avaient préférés leurs merlots, syrahs & co sous prétexte qu’évidemment un pur Carignan ne pouvait que gâcher la fête et ne pas intéresser les nombreux journalistes internationaux présents.

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Bruno Peyre, Clos des Clapisses. Photo©MichelSmith

Seul mon pote Bruno Peyre, du Clos des Clapisses, malicieux comme à son habitude, avait osé présenter son Carignan, non pas en rouge, mais en blanc et en rosé. Bien joué le Bruno ! Comme par hasard son stand, si on peut appeler une table un stand, était dévalisé par des journalistes chinois ou danois dont la curiosité avait été aiguisée par la belle acidité du Carignan. Ne souhaitant pas faire un énième papier sur un énergumène pour qui mon cépage chéri est adulé, j’ai cherché désespérément ailleurs, du Carignan, du bon et du vrai, du rouge quoi. C’est alors que j’ai rencontré Jean-Louis Reffle, lequel avait mis sa plus belle chemise pour l’occasion.

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Jean-Louis Reffle, Directeur de la cave de Montagnac. Photo©MichelSmith

Directeur de la cave coopérative de Montagnac, dont j’avais apprécié quelques jours avant un bon Picpoul de Pinet, Jean-Louis m’a présenté sans attendre sa bouteille « de base », une cuvée bien carignanisée (à 80%, le reste en grenache), le fameux Coteaux de Bessilles cité plus haut, IGP un peu oubliée à mes yeux dans la mesure où je n’avais pas souvenance d’en avoir goûté depuis des lustres. Oh, à 3,50 € départ cave, tiré à 120.000 bouteilles, il ne faut pas s’attendre à quelque chose d’extraordinaire. Le « Saint-André », puisque tel est son nom, est un vin facile et léger, sans trop d’aspérités et très « coulant », qui se laisse boire sans souci comme on dit maintenant et que j’ai bu sans me plaindre sur la grillade de saumon, plat typiquement languedocien s’il en est.

Le Saint-André. Photo©MichelSmith

Le Saint-André. Photo©MichelSmith

Bon, comme je suis de bonne humeur, je ne vais pas insister sur l’originalité d’un tel mets parfaitement ancré dans la gastronomie locale (pas même un petit pâté de Pézenas à se mettre sous la dent !) qui montre que, lorsqu’il s’agit d’impressionner la presse internationale, nos édiles viticoles manquent souvent d’idées et de savoir-faire. De ce côté-là, Sud de France et consorts ont encore bien des progrès à réaliser… Ne titrant que 12,5°, fait à partir de vignes de Carignan d’un âge respectable (50/60 ans) vendangées à la machine, vinifié à chaud après une macération de 8 à 12 h, mon petit « Saint-André » fait partie de ces vins du Midi peu glorieux et pourtant attachants que l’on prend plaisir à vider de temps en temps, surtout quand vient l’été et que vos amis vous ont autorisé à le servir frais ! Je conseille donc de le boire lors d’une grillade ou d’un pique-nique d’ici la Saint-André (30 Novembre), avant que l’hiver ne fasse des siennes.

Sur la terrasse du Château des Carrasses. Photo©MichelSmith

Dégustation sur la terrasse du Château des Carrasses. Photo©MichelSmith

Au fait, si d’aventure vous passez par là cet été, non loin de Pézenas, profitez-en pour vous balader sur le circuit balisé par la cave où s’exposent de nombreuses statues de pierre représentant des scènes et des personnages liés au vin

Michel Smith

PS Un savoureux cadeau au passage : ce joli texte de Vincent Pousson un confrère carignophage dont le blog me réjouit toujours, un texte sur un personnage habitué de nos pages, j’ai nommé Léon Luc Charlier dont la cuvée « La Loute » est ici encensée à juste titre. Il s’agit-là d’un Carignan de garde dont je vous ai déjà causé dans cette rubrique. Et puis, rien ne vous empêche de visiter le blog de ce personnage hors du commun qui parle de tout et de n’importe quoi, mais qui adore s’emporter pour un oui, comme pour un non.

Bonne lecture !


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#Carignan Story # 167 : En avant les Yerle !

Si vous ne connaissez pas encore Puech Auriol, c’est le moment ou jamais ! Conseillé de maints domaines viticoles en Europe, Stéphane Yerle, Bigordan d’origine, est un technicien formé à l’école Ducourneau (Madiran). Il fait partie de ces gars que j’aime bien côtoyer pour leur curiosité, leur largesse d’esprit et cette volonté qu’ils ont, mieux, cet enthousiasme à vouloir se rapprocher de la vigne, la source même de leurs travaux. Avec son épouse Cécile, qui elle est du pays, Stéphane met tout en œuvre pour, en dehors de ses voyages, se rapprocher de cette « vigne mère », ou « vigne jardin » qui lui permet de se ressourcer. Installés à la Villa Voltaire, sur Cazouls-les-Béziers, les Yerle conduisent leur vignoble en biologie depuis pas mal de temps déjà. Travail du sol, apport de fumier, les vignes sont effeuillées à la main et vendangées en vert, les raisins sont ramassés en caissette puis élevés en petites cuves sur leurs propres lies de fermentation.

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Le Carignan, qui dans cette cuvée « domaine » est âgé de 50 ans en moyenne, occupe chez eux une place prépondérante, persuadés qu’ils sont que la diversité de l’encépagement fait la force du Languedoc. Il est planté sur marnes sableuses du Miocène et argilo-calcaires du Pilocène. Ils ont aussi quelques spécimens de ce cépage en blanc qu’ils associent au chardonnay. Une autre vigne perdue dans la garrigue est plantée de pure syrah, tandis qu’il reste des parcelles de grenache donnant un excellent « Tourments » élevé en pièces de 600 litres, sans oublier de l’aramon et du cinsault qui, associés au carignan et au grenache donne une explosif vin de soif appelé « Gros Grains » (7 € départ cave) que les amateurs s’arrachent pour accompagner les grillades.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Servi frais en ce premier jour de presqu’été, le vin se boit divinement bien sur une tranche de veau accompagnée de petits légumes. Non filtré, pour ainsi dire prêt à boire, ce Puech Auriol 2010, Coteaux d’Ensérune pour les initiés, se présente avec un nez étoffé et fin, légèrement marqué par la garrigue et la framboise sauvage. D’un registre plutôt léger malgré ses 13,5°, il se conduit avec fermeté en bouche, se faisant à la fois pulpeux et charnu, maintenant de purs accents fruités jusqu’en finale. On peut encore l’attendre 2 à 4 ans. Cela n’empêche qu’à deux, en lui laissant quand même le temps de respirer (décantage), la bouteille (9 € départ cave) a été vidée en un rien de temps ! Croyez-moi, c’est un bon signe !

Michel Smith


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Les Muscadets avec les autres

Il y a des bonnes idées qui sont parfois mal exploités. Prenons le cas du caviste Yves Legrand, également marathonien, triathlète, Iron Man, et plus encore à 66 ans, mais aussi vigneron, vendeur et buveur de vin, basé à Issy-les Moulineaux. Ulcéré pas le bas prix et la renommé sinistrée des vins de Muscadet, cet homme s’est mis en tête d’aider les meilleurs vins de cette appellation en grande difficulté à se vendre à leur juste prix, c’est à dire au niveau des bons vins blancs d’ailleurs. Et il a proposé une opération de promotion formidable auprès de tous les cavistes de France qui a capoté par la bêtise de quelques administratifs hors contact avec le terrain. Passons!

Car Yves Legrand a eu une autre très bonne idée : confronter une sélection de bons vins de Muscadet à quelques bons vins blancs d’autres régions de France, à l’aveugle et avec avec un jury de journalistes. Jeudi 18 avril j’ai donc pu participer à une dégustation de 17 vins blancs, dont 7 Muscadets. Les vins étaient issu de différents millésimes et tous vendus par Yves dans ses boutiques, sauf 6 des 7 Muscadets. Les prix variaient de 8 euros à 100 euros, avec les 7 Muscadets occupant le créneau bas, entre 8 et 13,50. Tous les vins étaient mis en carafe à bonne température identique, numérotés, et les dégustateurs fixés sur deux objectifs : (1) Noter son plaisir sur 20 et (2) Indiquer le prix que nous pensions mettre sur chaque vin dans le commerce.

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Les dégustateurs au travail dans les belles caves en craie du Chemin des Vignes, à Issy-les-Moulineaux (photo David Cobbold)
 

Nous ne savions rien de l’origine des autres vins, et le but, bien souligné par Yves, n’étaient pas de dire que le Muscadet écrase tout, ou bien le contraire, mais simplement de donner sa chance à ces vins dans un univers concurrentiel large et ouvert. On l’a découvert pour certains vins pendant le dégustation, pour d’autres après : cet univers (hors Muscadet) était aussi large sur le plan géographique, allant de L’Alsace au Roussillon en passant par la Bourgogne et la Loire que sur celui des prix (10 à 100 euros) ou même de l’âge des vins (1985 à 2011).

Muscadet 2

L’alignement des 17 vins, après la dégustation et devant le vignoble du Chemin des Vignes, dont le vin était présent et n’a pas démérité : numéro 9, au milieu (photo David Cobbold)

Deux ou trois généralités me semble significatives à la suite de cette belle expérience. D’abord il n’est pas toujours facile de reconnaître un Muscadet à l’aveugle dans ce type de dégustation. Tel n’était pas le but de l’opération, mais je n’ai pu identifier à l’aveugle que 4 sur les 7. Ensuite, comme mes collègues, j’ai systématiquement sur-évalué les Muscadets servis, ce qui indique déjà quelque chose. Enfin un des Muscadets a reçu la meilleur note de tous les vins de la séance, et ce vin ne vaut que 8,50 euros. Dans les notes moyennes, le Muscadet Sèvres et Maine 1999 de Château du Coing de Saint Fiacre, de Chéreau-Gunther a battu, de peu, le Bourgogne 2009 du Domaine Leflaive (qui vaut plus de 3 fois son prix) et la Grande Cuvée du Domaine de l’Hortus (qui en vaut plus que le double).

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Mes 5 Muscadets préférés (photo David Cobbold)

Mon petit hit parade perso était :

15,5/20). Bourgogne Domaine Leflaive 2009

15,5/20). Domaine de l’Hortus Grande Cuvée  2010

15/20). Muscadet Domaine de l’Ecu 2005 expression de Granit

15/20). Pessac Leogan, Château de Fieuzal 1985

15/20). Muscadet Sèvre et Maine, Clos du Bon Curé 1999

15/20). Vouvray Clos de la Bretonnière 2011, (Jacky Blot)

15/20). Muscadet Côtes de Grand Lieu, Domaine de l’Aujardière 2003,

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Deux de mes vins préféres, Muscadets tous les deux (photo David Cobbold)

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Ce qui signifie une fourchette de prix allant de 8,60 euros à 100 euros pour des vins qui m’ont donné autant de plaisir !

Que conclure ? Qu’il est maintenant évident pour moi, comme pour tous les autres participants à cet exercice,  que les bons vins de Muscadet sont du niveau d’autres bons vins blancs de France de partout. Et qu’ils méritent d’être vendu un peu plus cher que n’est le cas actuellement, de l’ordre de 10 à 15% au moins, selon le cas.


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Entre le Phare de l’Aude et le Grenat de Perpignan

I know, I know, it is not the first time… Bon, je sais, ce n’est pas la première fois que je vous fais le coup de « Changer l’Aude en Vin ». Si j’en reparle en ce printemps qui débarque enfin, c’est que j’aime ce petit salon sans façon organisé par les vignerons eux-mêmes. Et vous savez que lorsqu’il s’agit de réchauffer les bons petits plats de la communication sans chichi, sans grands frais, sans grosse frime ni déploiement pompeux de filles archi-pomponnées dans un grand hôtel chic de la Capitale, histoire de draguouiller « ceux qui comptent » dans la presse viti-vini, je suis le premier à dégainer. Vous n’avez qu’à feuilleter mes derniers articles pour vous rendre compte que j’ai un faible pour ces mini-événements qui rassemblent dans la simplicité des gens qui se ressemblent et qui souhaitent vivre différemment leurs vins. Que ce soit à Cabrières ou à Latour-de-France, « invité payant » ou « invité pour de vrai », j’aime aller me perdre dans notre belle région pour y découvrir d’autres têtes, d’autres vins, d’autres approches. Cette fois-ci, outre mon déplacement et mon repas de midi qui restaient à mes frais, j’étais invité pour de bon afin de déguster les vins, puis pour participer à un très amical et flamboyant dîner vigneron. Le tout, dans le cadre d’un restaurant dont on cause beaucoup sur la côte languedocienne. Bien sûr, n’ayant pas de comptes en Suisse, ni à Singapour, j’ai accepté. Qu’auriez-vous fait à ma place ?

Deux "membres fondateurs" devant le phare de Leucate : Carine Farre (Vignobles du Loup Blanc) et Jean-Baptiste Sénat, tous deux du Minervois.

Deux "membres fondateurs" devant le phare de Leucate : Carine Farre (Vignobles du Loup Blanc) et Jean-Baptiste Sénat, tous deux du Minervois. Photo©MichelSmith

Il me semble que cela fait près de deux ans que je vous cause de cette petite association de vignerons certifiés bio et vendangeant à la main (deux conditions pour faire partie de la bande d’une quinzaine de membres) qui se réunissent chaque année dans le but de faire goûter leurs vins durant toute une journée. L’an dernier, comme tous les ans, le métinge audois de « Changer l’Aude en Vin » se tenait en plein cœur de la Cité de Carcassonne (voir mon article du moment) en un lieu charmeur composé de bric et de broc. Cette année, le cadre était plus contemporain, plus marin et plus lumineux puisque la manifestation se tenait au pied du phare de Leucate, au restaurant « Klim & Co », imposant bloc de béton et de verre posé sur ce qu’il est convenu d’appeler « La Falaise », au-dessus de la plage de Leucate, le petit Saint-Trop audois. L’an dernier, les 5 vignerons invités venaient de la Loire, cette année, ils représentaient le Sud Ouest avec des gars et des filles comme Myriam et Bernard Plageoles (Gaillac) ou Diane et Philippe Cauvin (Fronton) venus en presque voisins.

Le troupeau de Brice, le berger de Leucate, au pied du restaurant. Photo©MichelSmith

Le troupeau de Brice, le berger de Leucate, au pied du restaurant. Photo©MichelSmith

Pas facile de goûter le vin quand la grande bleue scintille de mille feux attirant sans cesse votre regard, qu’une voile blanche se prélasse dans le décor, que le troupeau de brebis corses conduit par Brice, le berger gourmand, s’attarde pour arracher les plantes de la garrigue après un passage dans les vignes de Mireille et Pierre Mann, ou que le père Guinot, l’ostréiculteur tatoué de Port-Leucate, se pointe avec une bourriche d’huîtres aussi croquantes que joufflues et qu’il tient à vous les arroser d’une lichette d’huile d’olive. Résultat, comme je ne suis plus une machine, et n’étant qu’à 30 minutes de voie rapide de chez moi, j’ai pris le temps de tout taster en m’excusant par avance d’avoir oublié 2 ou 3 vignerons. Commençons par ce qui fâche : à mon goût beaucoup trop de vins « en cours d’élevage » et toujours autant de blancs saisis par la glace et de ce fait insondables, ingoûtables. Mais bon sang de bonsoir quand va-t-on apprendre aux serveurs et aux vignerons qu’il ne faut pas glacer un vin, mais juste le rafraîchir ? Et que rafraîchir ne consiste pas à noyer une bouteille dans un sceau de glace, mais dans beaucoup d’eau avec juste quelques glaçons destinés à maintenir la température fraîche !

Les huîtres "joufflues" de Leucate en guise d'apéro. Photo©MichelSmith

Les huîtres "joufflues" de Leucate en guise d’apéro. Photo©MichelSmith

Je reviendrai sur les vins des Plageoles une autre fois et me contenterai ici de signaler quelques perles du vignoble audois puisque c’était le but de la manœuvre. Disons le tout net, je n’ai pas à faire part de grosses découvertes. Des confirmations, oui. J’ai tout de suite flashé sur Maxime Magnon dont beaucoup de cuvées, certaines à base de Carignan, ne sont hélas plus disponibles tellement ses vins des Corbières maritimes ont la cote. C’est un gars qui, il y a 2 ans, me laissait une impression mitigée – à vrai dire, je le trouvais un peu hautain, distant -, mais que je me promets d’aller rencontrer un jour dans ses vignes tant il met de conviction à raconter ce qu’il fait. Comme quoi, il ne faut pas se fier aux jugements trop hâtifs et prendre le temps d’aller à la rencontre de l’autre, de briser la glace, en somme. Plutôt que de rester sur des rouges en plein élevage, je me suis penché sur un rosé « Métisse » 2012 franc de robe, à la fois rythmé et langoureux, comme un certain « Tango pour Claude » joué par Richard Galliano (ici avec Michel Portal) http://www.deezer.com/track/7996087 , fait de lladoner pelut, de cinsault et d’une pointe de mourvèdre. Le blanc, grenache gris (70%) et grenache blanc, est d’une précision exemplaire avec un caractère incisif qui le faisait se marier sans encombres à la délicieuse huître pochée au caviar-citron (si, si, ça existe !) servie au dîner le soir même.

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Chez Jean-Baptiste Sénat (Minervois), la « Nine » 2011 (grenache et carignan surtout, avec un peu de tout) a des allures de grande, une finesse et une tendresse épicée qui ne manque pas de classe. Autre Minervois de taille, le 2011 « Bufentis » de Benjamin Taillandier (70% syrah), souple en apparence, mais armé d’une superbe matière. J’ai trouvé aussi une bonne dose de style dans les trois Fitou du Mas des Caprices : la cuvée « Oufti » 2011 étonne par ses tannins poivrés (pas mal de mourvèdre) ; le « Retour aux sources » 2011, très carignan appuyé par la syrah et le grenache, présente un nez de ouf (eh oui, je n’allais pas louper ça !) sur une densité et une tension fortes en bouche appuyées par des tannins boisés marqués par le schiste ; mourvèdre, carignan et un peu de grenache (10%), la cuvée « Anthocyane » 2010 quant à elle étonne, tant elle jouit de cette période faste où les vins se réveillent pour constater le monde autour d’eux avant d’aller se rendormir pour quelques années.

Éric Le Ho, Domaine de l'Arbousier, en Corbières. Photo©MichelSmith

Éric Le Ho, Domaine de l’Arbousier, en Corbières. Photo©MichelSmith

Quelques domaines en Corbières à signaler au passage : le Clos de l’Anhel est plaisant sur toute la ligne, grâce en partie au sieur carignan qui a bien joué son rôle sur le difficile millésime 2012 comme sur la cuvée « Lolo » qui est d’un excellent rapport qualité/prix et qui réjouira son auditoire dès cet automne ; le Domaine de l’Arbousier, un peu oublié dans mes notes ces dernières années, revient sur le devant avec une série de millésimes, dont un 2008 (12 €) rond, soyeux, équilibré et étincelant de fraîcheur ; le Clos de l’Espinous 2011 de Rémi Jailliet, tout en matière, très mûr et assez extrait. Sur La Clape, Pech Redon de Christophe Bousquet tient toujours son rang de beau rouge complet et expressif dans une version 2010 de « L’Épervier » que l’on croit prête à boire mais qui peut réserver son lot de surprises.

Diane et Philippe Cauvin, venus de Fronton. Photo©MichelSmith

Diane et Philippe Cauvin, venus de Fronton. Photo©MichelSmith

Sur le délicieux pigeonneau servi au dîner où je m’étais placé d’office aux côtés de Diane et Philippe Cauvin, du Château La Colombière à Villaudric, histoire de renouer un soir avec le pays de cocagne d’entre Garonne et Tarn qui me rapproche du Sud-Ouest, j’ai eu le bonheur de croquer dans un Fronton comme je les aime, un pur Négrette de galets roulés. C’était le 2010 de la cuvée Coste Rouge que j’avais pris soin de rafraîchir à ma façon vu que dans la salle la température montait dangereusement. Un moment délicieux qui vous fait quitter les lieux vers minuit, avant le dessert, pour traverser les étangs l’air léger, souriant à la lune et à ces instants de bonheur que nous réserve l’univers du vin.

                                                                                                         Michel Smith

Post Scriptum. Les lieux du vin où l’on grignote de belles choses tout en s’amusant avec de beaux vins ne courent pas les rues à Perpignan, en dehors de mes trois cantines (Le Garriane, Les Indigènes et Le Bistrot des Crus) favorites. Aussi me dois-je de vous signaler une nouvelle enseigne, Via del Vi*, qui vient d’ouvrir face au nouveau Théâtre de l’Archipel, œuvre architecturale aussi baptisée « Le Grenat » que je suis à peu près le seul à ne pas détester dans cette ville. Bref, ce bistrot au décor assez contemporain a encore quelques progrès à faire : une semaine après son ouverture on ne pouvait pas payer par carte bancaire ni obtenir de facture, mais cela n’a pas été suffisant pour que je puisse en dire du mal. Les quelques petits plats proposés par le jeune couple qui dirige le lieu furent irréprochables et le service des vins au verre se fit sans anicroches. Attention, à force de goûter les poulpes à la sétoise, le fromage maison au confit de figues, la terrine de légumes ou la paleta andalouse (entre 6 et 10 €), sans compter les desserts et quelques petits verres (entre 4 et 6 €), on approche vite des 60 € à deux. « Quand cesseras-tu d’avoir les yeux plus gros que le ventre ? », me disait ma grand-mère…

* 43 bis avenue Maréchal Leclerc, 66000 Perpignan. Tél. 04 68 67 84 96.

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