Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


14 Commentaires

Voir plus clair dans le brouillard: une analyse de quelques mythes (ou réalités ?) du vin.

Je sais que je vais être taxé (une fois de plus) de sceptique incorrigible, de politiquement incorrect, ou d’inculte incapable de comprendre l’évidence même. Ou peut-être des trois ensemble ? Néanmoins, que voulez-vous, je demande des preuves de choses qui sont régulièrement avancées comme étant des vérités devant s’imposer à tous.

Prenons deux exemples ayant cours d’une manière récurrente dans notre petit monde du vin: primo, les effets supposés bénéfiques de la culture dite "biodynamique", et secundo, l’impact supposé conséquent sur un vin de la nature de la roche "mère" qui sous-tend son vignoble. Deux occasions récentes m’ont donné l’espoir de voir un peu plus clair derrière les écrans de brouillard qui entourent ces deux phénomènes de communication utilisés, de plus en plus, comme un point final à tout débat sur la réalité.

Vous trouvez que j’exagère ? Comptez le nombre de fois dans l’année qu’un producteur de vin, ou son attaché(e) de presse, ou sa documentation, vous disent, pratiquement en guise de tout argument sur la qualité des ses vins, "je suis (il est) en biodynamie". En tout cas, cela m’arrive très souvent, et je ne sais toujours pas comment le prendre. Est-ce une profession de foi ? Dans ce cas, je ne suis pas croyant. Est-ce un argument commercial qui porte sur la qualité de la vigne et donc le vin ? Alors je demande des preuves pour étayer les affirmations.

Si on passe maintenant à mon autre exemple, celui d’un supposé lien, fort et indiscutable, entre la nature de la roche qui compose le sous-sol d’un vignoble et le caractère du vin qui est produit sur cette zone, il me semble évident que cette supposition est utilisée (du moins en France) par un nombre incalculable de producteurs et autre communicants pour expliquer et défendre le caractère voulu unique de tel ou tel vin.

Jusqu’à présent, et à ma connaissance, les rares tests comparatifs entre un terrain agricole cultivé selon les préceptes de la biodynamie et un autre comparable mais cultivé soit en bio "classique", soit en conventionnel, ont été mené par des gens qui avaient un intérêt dans la biodynamie, ou bien sur des patates. Cela ne suffit pas à répondre à mes interrogations. Mais j’ai une bonne nouvelle à vous annoncer. Une telle comparaison, avec un protocole de contrôle qui me semble être sérieux, est en cours sur un vignoble en France. Cela se fait, depuis quelques mois, à Châteauneuf-du-Pape sur un domaine qui s’appelle L’Or de Line et que j’ai visité récemment pour voir comment le test est organisé.

Gérard Jacumin, qui a repris ce domaine de 9 hectares et 15 parcelles de son père après une carrière dans l’informatique, n’est pas un fantaisiste. Il se trouve aussi qu’il fait des vins dont j’ai beaucoup aimé la finesse, mais cela n’est pas mon sujet du jour. Jacumin a converti son vignoble en bio depuis 2009 et, devenu curieux devant le phénomène appelé "biodynamie", à décidé de tenter une véritable expérience pour y voir plus clair. Il a choisi, avec l’aide d’une équipe de la Chambre d’Agriculture du Vaucluse, une parcelle homogène d’un hectare plantée avec trois cépages rouges: grenache, syrah et mourvèdre, en proportions à peu près égales. La moitié de cette parcelle continue à être cultivée en bio, et l’autre en biodynamie en suivant les recommandations d’un des consultants spécialisé dans ce type d’agriculture et en utilisant les produits prescrits. Nous ne connaitrons pas les résultats de cette expérience avant environ trois ans, mais je vais suivre cela avec intérêt et je vous tiendrai au courant. Un protocole de suivie et de comparaison a été établi par la Chambre d’Agriculture citée, et c’est leur équipe qui va opérer les prélèvements de contrôle.

Mon deuxième sujet de questionnement, qui n’aboutira pas cette semaine (et peut-être jamais) est l’affaire des sous-sols et d’un supposé effet "minéral", qui serait engendré par la nature des roches du sous-sol ; cet effet étant perceptible sur le goût du vin dont les raisins proviennent de vignes situées au-dessus de la roche en question. Mes lecteurs sont peut-être familiers avec mes doutes sur l’importance d’un tel phénomène de transmission et qui serait capable d’affecter le goût d’un vin. Certains vont peut-être soupirer et tourner la page. Je demande leur indulgence car j’ai de nouvelles considérations à leur soumettre qui vont, je l’espère, retirer un peu du brouillard de suppositions qui entourent cette affaire.

Il y a quelques mois j’ai parlé d’une dégustation de rieslings d’Alsace qui démontrait que même trois dégustateurs expérimentés étaient incapables de distinguer des rieslings issus de sols calcaires de ceux issus de sols granitiques. Il ne s’agit pas de cela aujourd’hui, mais d’un long et très intéressant article publié dans le dernier numéro de The World of Fine Wine et écrit par un spécialiste des sols, le Professor Alex Maltman. Je crois avoir déjà fait référence à des travaux de ce Monsieur, mais c’est la première fois que j’ai lu quelque chose d’aussi long et clair de sa part sur le sujet.

Dans son article, Maltman prend la peine d’expliquer des choses d’une manière limpide pour des non-scientifiques comme moi. Je vais essayer d’en extirper quelques points qui me paraissent essentiels, car je conseille à mes lecteurs dont le niveau en anglais est suffisant de se procurer le numéro 45 de cette revue en tous points remarquable. Si le diable peut parfois se loger dans les détails, l’incompréhension nait souvent d’une mauvaise définition des mots. Maltman prend donc la peine de faire la distinction entre éléments chimiques, minéraux et roches. C’est très utile pour un ignare comme moi, et peut-être aussi pour une bonne compréhension de la suite. On y va, Professor Maltman ?

Earth_Eastern_Hemisphere

La terre se compose  d’éléments chimiques, dont 8 dominent la croûte de notre planète : oxygène, silicium, aluminium, magnésium, calcium, potassium et sodium (dans l’ordre de leur importance). Et les deux premiers se trouvent fatalement en quantités importantes dans chaque vignoble. Mais on ne trouve que rarement ces éléments de manière isolée. Ils se combinent entre eux pour former des amalgames rigides que nous appelons minéraux. Le sol d’un vignoble, comme tous les sols, est donc composé de "minéraux". Le seul problème avec ce dernier mot est qu’il a plein d’acceptions, comme nous allons le voir.

Le soufre, par exemple est un élément minéral que l’on peut trouver naturellement dans des vignes sur sols volcaniques, mais il est aussi présent dans la plupart des vignobles parce qu’il a été aspergé sur les vignes pendant des décennies pour lutter contre des maladies. Mais la très grande majorité des minéraux que nous trouvons dans les vignobles sont des combinaisons entre le silice et l’oxygène, généralement associant d’autres éléments. On les appelle des silicates. Parmi eux, le quartz, le feldspath, le mica et les minéraux argileux. Même si nous connaissons des centaines de minéraux, dans la nature on retrouve presque toujours les mêmes, agglomérés solidement et dans des proportions à peu près équivalents pour former ce que nous appelons rochers. Et notre planète est constitué de rocher. Donc, pour résumer, les minéraux sont des combinaison d’éléments, et les rochers sont des combinaisons de minéraux.

periodic-table-elements

Il est difficile de classifier les roches. On a tendance à procéder par la manière dont ils ont été constitués : sédimentation, fusion, transformation, etc. Comme personne n’a été témoin des ces évènements, il y a une part de subjectivité dans de tels classifications. Et une roche donnée peut aussi adopter une variété d’apparences, sans parler des mélanges. Dire qu’un sous-sol est fait de schiste ou de marnes ignore toutes les subtilités et variations de la réalité géologique. Lorsque des éléments se combinent pour former un minéral, les liaisons impliquent leur électrons et sont donc très fortes. Cela donne de la rigidité au minéral et emprisonne les éléments. Sauf évènement particulier, ces éléments ne seront plus disponibles pour nourrir une plante, comme une vigne par exemple. La quasi-totalité de minéraux ont donc une forme cristalline, qui est le terme pour l’arrangement méthodique des leurs éléments.

cristal de quartz

La suite sera pour la semaine prochaine, si vous avez de la patience. Mais, rassurez-vous, le "terroir" existera toujours ! C’est juste l’acception trop souvent impliquée par ce mot qui va se déplacer un peu, comme des plaques tectoniques.

 

David Cobbold

 


1 commentaire

Encore une fraude au Brunello!

Toute la Toscane retient son souffle après les déclarations de la police italienne sur une vaste fraude aux appellations touchant le Brunello et le Rosso di Montalcino.

D’après le communiqué de la Guardia di Finanza de Sienne, l’instigateur de cette nouvelle fraude serait un consultant. Les malversations, qui toucheraient plusieurs domaines, se seraient déroulées sur plusieurs millésimes, au moins entre 2008 et 2013.

Au total, quelque 160.000 litres de vin (encore au stade de l’élevage) ont été mis sous scellés en attendant de plus amples vérification.

Mais des questions restent encore sans réponse: quels sont les domaines concernés? Etaient-ils eux-mêmes victime de l’escroc supposé ou complice? D’où venaient les vins utilisés? Comment disparaissaient-ils des statistiques de leur région d’origine pour réapparaître dans les dénominations d’origine "contrôlée et garantie" Brunello ou Rosso di Montalcino?

Un point positif, tout de même: cette fois, le Consorzio, sous l’impulsion de son président Fabrizio Bindocci, semble vouloir faire toute la lumière sur ces falsifications. Ce sont même les contrôles internes du Consorzio qui ont débouché sur l’enquête.

Par ailleurs, le Consorzio, qui estime que les vignerons sont victimes de l’affaire au même titre que les consommateurs, puisqu’elle touche au renom de la DOCG, s’est déjà porté partie civile pour le procès à venir.

 

Hervé Lalau


2 Commentaires

Bourgueillothérapie – a fairly unique blend of art and wine

IMG_1399

The winning design for Bourgueillothérapie 2015.

Last weekend was the third consecutive edition of Bourgueillothérapie we have attended. Organised by Sophie and Ludo Ragot of Cafe de la Promenade and leading Saint-Nicolas-de-Bourgueil producer – Sebastien David, this is an intriguing blend of artists and producers from Bourgueil and Saint-Nicolas-de-Bourgueil.

Over a brief working weekend that starts early Saturday afternoon finishing early Sunday afternoon the artists produce a work of art inspired by a theme that changes every year. Naturally the theme invariably involves wine with a particular accent on Bourgueil. Then Sunday afternoon prizes are awarded for the best works of art before everything is auctioned for charity. This year the chosen charity was La Croix Rouge.

There were a couple of changes this year. On Friday night the artists and the producers gathered in one of the cellars of Domaine de la Chevalerie for a meal and a chance to taste wines from the therapeutic producers. During the evening I particularly enjoyed wines from Domaine Amirault and Sébastien David in Saint-Nicolas-de-Bourgueil, Xavier Courant in Saint-Patrice and the 2009 Buzardières from Domaine de la Chevalerie. My selection does mean that there weren’t other excellent wines there but these were the best I tasted as due to the sharing of bottles amongst a crowd of perhaps 50 people there are inevitably some you miss.

Atablec

Conviviality chez les Caslots

It was an excellent and convivial evening despite the producers not introducing their wines as they had been asked to do. However, they are not entirely to blame as a few glasses into the evening I suspect few would have listened with any attention!

The other innovation was to group the participants in four places instead of at the producers’ individual domaines, so cutting down the travelling and trying to avoid some locations attracting virtually no visitors.

Sadly David Cobbold, who was one of the guest artists last year, was too busy to participate this year but I did my humble best to fill the gap with a photo-expo called ‘de Nicolas à Patrice’ at Le Café de la Promenade’ that will continue into October. The framed photos are priced at 60€ each with 50€ going to La Croix Rouge. Although a number have now been sold I can take orders for copies.

Poulet-flambé

Vincent le Cuisinier – one of the photos that has sold, although further orders can be taken.

As well as the photos I also put up a shirt to be auctioned for charity, which is why Eddy Oosterlinck is now the best dressed man in the Coteaux du Layon.

IMG_1410

Eddy elegantly resplendent in his New Orléans Jazz Festival shirt.

IMG_1303

The splendid shoes of Maître Véronique Bourrel, huissier à Strasbourg. Perhaps included in the auction next year?

Wellheeledauctioneer

Véronique’s 2013 therapy shoes.

IMG_1370

Ludo Ragot with the winners of the children’s prize

 

•••

TeenageCancerJerseyss

I start my cycle ride down the Loire from the source to the Atlantic on Wednesday to raise funds for two cancer charities set up to help young people suffering from cancer. Even a donation of 5€ can make a difference! I will value your support. The two cancer charities are: The Fondation Gustave Roussy in France (https://igr.friendraising.eu/jim.budd) and Teenage Cancer Trust in the UK (http://uk.virginmoneygiving.com/JimBudd).

 

banniere_dons_gustave_roussy

GRoussy-logo


9 Commentaires

Cahors ou comment réussir son retour

Cela fait moins de dix ans que l’appellation Cahors est de retour sur la scène internationale. C’est un exploit qui force l’admiration quand on mesure le chemin parcouru par cette appellation du Sud-Ouest français. Après le spectaculaire réveil qualitatif et la mise en place d’une communication mieux adaptée au monde globalisé, quelle stratégie choisiront les producteurs cadurciens et les institutions pour prendre des parts de marché à l’international? Il y a des leçons à tirer du succès des malbecs argentins, mais encore faut-il comprendre les raisons de ce succès.

C’est pour comprendre, justement, que je me rends sur le coteau historique du vignoble de Cahors, près de Cieurac, où je retrouve mon interlocuteur, Bertrand-Gabriel Vigouroux. Nous sommes au Château de Haute-Serre, l’une des trois propriétés qui constituent les Vignobles Georges Vigouroux. Les deux autres étant le Château de Mercuès et le Château Leret-Monpezat. Au total 147 hectares de vignes. Sans la passion du père, Georges Vigouroux, le Château de Haute-Serre n’existerait probablement pas. Le phylloxera avait eu raison de ce vignoble. Le père de Bertrand l’a acheté et complètement replanté en 1971 avec 60 hectares de vignes d’un seul tenant, aujourd’hui majoritairement couvert de malbec, complété par le merlot et le tannat. Depuis 2000, Bertrand-Gabriel assure la direction de l’entreprise familiale.

1. Bertrand-Gabriel Vigouroux, directeur général des domaines Georges Vigouroux. Photo Photo SAS Georges Vigouroux

Bertrand-Gabriel Vigouroux, directeur général des domaines Georges Vigouroux. Photo Photo SAS Georges Vigouroux

De la place pour innover

La moitié de l’activité de l’entreprise repose sur les vignes, l’autre moitié sur le négoce, qui est l’activité historique de la famille depuis le XIX siècle et se décline aujourd’hui en différentes appellations du Sud-ouest (dont le Cahors). L’entreprise réalise la moitié de son chiffre d’affaires à l’exportation, et son premier marché est l’Amérique du Nord, avec les Etats-Unis et le Canada. Il fallait aller chercher ce marché. Bertrand a toutes les raisons d’en être fier, car c’est en créant sa marque de négoce Pigmentum qu’il a réussi à s’y implanter, au moment où le marché nord-américain s’ouvrait aux Cahors super premium. Il y vend aussi ses cuvées haut de gamme : Icone Wow, Prestige et Château de Haute-Serre.

C’est aussi aux Etats-Unis que Bertrand a trouvé son oenologue-conseil, Paul Hobbs, un Californien spécialiste des malbecs argentins. Outre leur collaboration habituelle sur les vins des domaines Vigouroux, ils ont lancé dernièrement à New York, à Paris et à Londres une cuvée spéciale appelée Crocus. 100% malbec, elle assemble des raisins issus des parcelles sélectionnées. Une «joint-venture» originale signée astucieusement Paul Bertrand (sic!); et le vin est superbe! Lui même oenologue, diplômé de l’Ecole de Toulouse, Bertrand est convaincu qu’il y a de la place pour innover à Cahors. Outre sa casquette du producteur, il porte aussi celle du Président délégué de l’UIVC, l’Union interprofessionnelle des vins de Cahors.

Construire ensemble l’image d’un grand vin

Et quand il parle de l’avenir de Cahors en tant qu’appellation, il a trois mots à la bouche : qualité, visibilité, image. L’immense travail effectué ces quinze dernières années dans les vignes et dans les chais a fait des cahors des vins de qualité. La segmentation des prix permet de choisir entre différents styles : les vins jeunes et fuités d’entrée de gamme à 5-7€, les gourmands du milieu de gamme à 7-14€ et les cuvées prestige, intenses et complexes haut de gamme à plus de 15€. Les vins sont très attractifs dès le premier segment des prix. Le consommateur y trouve facilement son compte.

Mais pour augmenter sa visibilité, le vignoble cadurcien aurait besoin de croître. Il compte aujourd’hui 4.200 hectares (dont 90% planté en malbec) et la surface classée en appellation totalise 21.000 hectares. Il y a donc de la place pour planter davantage. Mais quels cépages et où? Le malbec, c’est certain, mais pas uniquement. Un tiers de l’aire AOC Cahors serait favorable aux grands blancs, qui, au côté des rosés, restent une alternative de diversification très intéressante. Ils sont produits aujourd’hui en IGP Côtes du Lot ou Comté Tolosan, avec beaucoup d’ingéniosité. Mais pour obtenir l’AOP blanc, il faudra que les vignerons s’entendent sur son profil qualitatif. Les Châteauneuf-du-Pape blancs existent, pourtant. Alors, rendez-vous dans quinze ans pour les grands Cahors blancs?

Et puis, pour les rouges, la notion de grands et premiers crus est à l’étude. La réflexion passera peut-être par la reconquête des coteaux, ces pentes historiques abandonnées, car difficiles d’accès. Lydia et Claude Bourguignon, grands médecins des sols, en sont convaincus. Notons au passage que depuis les années 2000, les surfaces plantées en malbec ont doublé en Argentine pour atteindre les 34.000 hectares.

2. Les vins dégustés au Château de Haute-Serre. Photo Agnieszka Kumor

Les vins dégustés au Château de Haute-Serre. Photo Agnieszka Kumor

Le point fort des Argentins, c’est la taille foncière de leurs entreprises viti-vinicoles. Les domaines de Cahors n’ont pas la même force de production, ni de marketing. C’est pour cela qu’ils vont en mode groupé. C’est très intelligent. Mais n’oublions pas, souligne Pablo Lacoste, professeur d’histoire à l’Université de Santiago du Chili, que le succès des exportations des malbecs argentins, c’est d’abord le succès sur le marché national. Cela veut dire que le malbec de Cahors doit non seulement se vendre en France, mais aussi y être mieux connu.

3. La Villa Cahors Malbec, un lieu de dégustation à Cahors. Photo UIVC

La Villa Cahors Malbec, un lieu de dégustation à Cahors. Photo UIVC

Un malbec différent

Le Cahors affiche clairement ses ambitions à l’international. Les ventes à l’exportation ne représentent aujourd’hui que 22% (les 78% restant sont vendus en France). L’objectif de l’UIVC est d’exporter au moins 35% de la production à l’horizon 2018. Un ratio qui reste crédible, quand on regarde la progression enregistrée depuis deux ans (une augmentation de 16,39% en volume en 2013, source : Ubifrance – Douanes). Et quand on parle des marchés à l’exportation, le choix des Etats-Unis semble un choix logique, depuis que ce pays est devenu le premier marché du vin au monde. Complexe, mais très ouvert, ce marché attire déjà les producteurs de Cahors qui vendent leurs vins là-bas, et certains leaders de l’appellation y sont hautement cotés. Exemples: Clos Triguedina, Château du Cèdre ou encore Château Lagrezette. Mais dans l’esprit des consommateurs américains, le Cahors n’est pas synonyme de malbec. Sans surprise, c’est toujours l’Argentine. Et l’appellation française n’y est qu’un « newcomer ».

Un nouveau venu, certes, mais qui a toutes les chances de réussir à condition de se positionner là-bas sur un segment de marché différent des Argentins. C’est en partie vrai en ce qui concerne les prix. Les marques argentines se vendent en moyenne 18 dollars, et dans le cas des vins de Cahors il s’agit du prix moyen de 35 dollars. Il arrive que certaines cuvées les plus chères dépassent les 100 dollars. Face à un consommateur américain sensible au packaging attractif et au prix n’excédant pas les 15 dollars la bouteille, que faire pour justifier un vin complexe et plutôt cher ? «Il faut faire du malbec le nouveau super toscan !», lançait Roger Voss du Wine Enthusiast lors des derniers Cahors Malbec Days.

Les marchés européens, et en particulier du centre et de l’Est de l’Europe, devraient aussi être visés. Ces marchés se sont petit à petit lassés des vins argentins et chiliens qui les avaient séduit dans le passé, mais qui n’ont pas su renouveler leur offre, et notamment celle de l’entrée de gamme.

Les Argentins prospectent à Cahors

Dans cette quête de nouveaux marchés, le Cahors compte sur son image de berceau du malbec. L’histoire est de son côté, encore faudra-il convaincre les acheteurs. Et pour cela, les producteurs cadurciens pourraient compter sur un allié surprise. Les Argentins cherchent à trouver une nouvelle expression pour leurs vins, et les plus curieux prospectent déjà à Cahors.

Exemple le plus récent c’est celui d’Antonio Morescalchi, directeur de la bodega Altos Las Hormigas en Argentine, une entreprise italo-argentine. Cette bodega née en 1995 dans la province de Mendoza envisagerait des partenariats avec les frères Didier et Bruno Jouves du Domaine du Prince, la Métairie Grande du Théron et le Château Les Croisille. De son côté, Léo Borsi, œnologue du prestigieux Domaine du Vieux Télégraphe à Châteauneuf-du-Pape et propriétaire de 16 hectares de vignes à Mendoza, réfléchirait à une cuvée commune avec Pascal Pieron du Château de Rouffiac. Il semble que, dans la plupart des cas, il s’agirait d’abord d’élaborer des cuvées en « joint-venture », mais il est difficile ne pas imaginer les Argentins aller plus loin et chercher à acheter, quand on sait qu’un hectare planté s’acquiert entre 10 000 et 15 000€, soit deux fois moins cher qu’en Argentine. L’information est passée du côté des Chiliens. Rodrigo Zamorano, œnologue de la bodega chilienne de Caliterra, a récemment fait un déplacement dans la région. Son regard s’est posé sur la Métairie Grande du Théron…

4. Le vignoble cadurcien, il y a de la place pour planter davantage. Photo Agnieszka Kumor

Dans le vignoble cadurcien, il y a de la place pour planter davantage. Photo Agnieszka Kumor

Oui, le Cahors a besoin d’investissements, et notamment d’investissements étrangers. Après les Français qui ont acheté des vignobles en Argentine, les Argentins seraient-ils prêts à faire le chemin inverse ? «Il y a des leçons à tirer de leur succès, conclut Bertrand-Gabriel Vigouroux, non pas contre eux, mais avec eux». Et puis, d’autres malbecs du monde attendent déjà leur tour. La concurrence promet d’être rude…

Mon avis :

Pour finir, voici les Cahors que j’aime et dont la régularité se confirme d’une année sur l’autre (dans l’ordre alphabétique) :

Domaine de Cause, Château de Cayx, Château du Cèdre, Château de Chambert, Château Combel La Serre, Château Les Croisille, Château Croze de Pys, Château de Gaudou, Georges Vigouroux, Château Lamartine, Mas del Perié, Château Tour de Miraval, Clos Triguedina, Clos Troteligotte, Château Vincens.

Agnieszka Kumor


13 Commentaires

El Rey Fino (bis) : Vamos a catar…

Comme vous le savez, la Finomania est ancrée en moi pour de bon ! Peut-être avez vous lu jeudi dernier la première partie d’une série dédiée au Fino, ce vin Andalou qui rend fou. Si ce n’est pas le cas, je vous conseille de vous y plonger avant de lire ce qui suit. Servirse siempre muy frio, telle est ma devise ! Sauf que pour ma dégustation, j’ai préféré ne pas trop glacer le vin et le présenter autour de 15/16°. Bien sûr, je n’étais pas seul. C’eut été triste d’abord, alors que ce vin appelle la joie de tous se retrouver. C’eut été peu professionnel ensuite puisque j’avais quelques experts fort disposés à venir m’aider : Bruno Stirnemann, en premier qui a eut la gentillesse de mettre dans sa besace quelques raretés introuvables autrement que sur le net ou dans quelques bonnes maisons espagnoles ; Isabelle Brunet ensuite, sommelière émérite qui sert le Fino sans se faire prier à Barcelone ; et son écrivain de compagnon, Vincent Pousson qui n’hésite pas à cuisiner quelques idées solides pour accompagner les vins de son pays d’adoption.

Bruno Stirnemann. Photo©MichelSmith

Bruno Stirnemann. Photo©MichelSmith

Pour cette session, pas de cinoche « à l’aveugle ». Les bouteilles étaient au départ alignées par mes soins, mélangeant les trois appellations – Jerez, Manzanilla, Montilla-Moriles – sachant, je le rappelle, que la dernière D.O. est la seule, du moins dans la qualité Fino, à ne pas être mutée, renforcée à l’alcool si vous préférez. En queue de dégustation, sept bouteilles d’un type Fino, certes, mais élevé plus longtemps, flirtant avec le style Amontillado. Là encore, j’entends l’armée des puristes et spécialistes se manifester dans les rangs, mais nous autres, simples amateurs, n’avons rien trouvé à redire de cette manière de voir les choses. Sauf que cette « queue de dégustation » viendra en troisième semaine.

Isabelle Brunet. Photo©MichelSmith

Isabelle Brunet. Photo©MichelSmith

Ainsi, rien que pour vous enquiquiner, vous serez tous obligés de revenir la semaine prochaine afin de lire le dernier volet de cette trilogie. Il sera consacré à ces sept vins qui n’existaient pas chez les cavistes à l’époque où j’ai été initié aux vins de Jerez lors d’une mémorable Féria équestre. Il sera aussi accompagné de quelques bonnes adresses. Cela prouve que, contrairement à nos appellations vieillissantes qui pourrissent sur pieds, en Espagne on tente d’innover et d’enrichir. Certes, avec des vins probablement dits « de niche », mais des vins nouveaux qui contribuent à maintenir un intérêt autour d’un monde que l’on croyait au bord du déclin. Si d’autres membres des 5duVin souhaitent ajouter leurs commentaires, ils sont bien entendu les bienvenus. Mieux encore s’ils interviennent de leur propre chef, après la troisième partie, pour ajouter un article sur l’Oloroso, par exemple, ou sur des visions encore plus savantes de cet univers complexe du vin Andalou.

Vincent Pousson. Photo©MichelSmith

Vincent Pousson. Photo©MichelSmith

Cette dégustation n’est certainement pas parfaite. Pas d’étoiles ni de notations chiffrées, tant pis pour les amateurs de classements. Je sais, il manque des marques et cela ne plaira certainement pas aux aficións, donc pas la peine de m’en tenir grief. Vous ne lirez rien, hélas, sur l’Inocente de Valdespino, par exemple… la Quinta, le cheval de bataille d’Osborne et Coquinero d’Osborne également, le Fino Superiore de Sandman, le Hidalgo Fino d’Emilio Hidalgo, le Pavon de Luis Caballero, le Harveys Fino de Harveys, le Fino Romate de Sanchez Romate, le Gran Barquero de Pérez Barquero (Montilla-Moriles), etc. J’ai dû faire avec les moyens du bord ! Tous les vins de cette série titrent 15°. En gras, se distinguent nos vins préférés, nos coups de cœur. Pour ces premiers douze vins, les prix en grandes surfaces comme chez certains cavistes en Espagne, oscillent entre 4 et 8 euros. Un seul est en dessous de 9 €, tandis qu’un autre est à 12 € en France. Bien sûr, tous les autres sont plus chers en France et ce n’est pas toujours justifié. Bref, pour ceux qui vont se ravitailler en Espagne, vraiment pas de quoi se ruiner ! À noter aussi qu’en Espagne, beaucoup de ces vins sont disponibles en demi-bouteilles.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

- Muyfina, Manzanilla, de chez Barbadillo (bouchon à vis). Robe jaune pâle. Un goût cireux, étrange, poussiéreux, notes de vieux cuir… Puissant, gras et long en bouche mais sur une tonalité rustique. Dur, manquant à la fois de fraîcheur et de finesse.

Comportement acceptable sur des tapas : olives, anchois…

- Carta Blanca, Jerez, de chez Blazquez (distribué par Allied Domecq). Robe paille étonnement soutenue. Densité, profondeur, quelque chose d’inhabituel, rusticité, plus proche de l’oxydation que de la flor, avec des notes de caramel et (ou) de Pedro Ximenez. Très léger rancio en finale.

Bien sur des tapas genre tortillas. À tenter sur un fromage comme le Manchego (brebis) ou un Picón de Valdeón, persillé de chèvre et de vache.

- Tio Pepe, Jerez, de chez Gonzalez Byass (DLC Novembre 2014. Robe bien pâle. Nez de voile. Très sec en bouche, comme c’est annoncé sur l’étiquette. Le vin joue son rôle, sans plus. Il ne surprend pas. Simple et court.

Sans hésiter à l’apéritif sur du jambon, clovisses ou salade de poulpe.

- La Gitana, Manzanilla, de chez Hidalgo (bouchon à vis). Robe très pâle. Nez frais. Excellente prise en bouche, du nerf, de l’attaque, notes de fruits secs, bonne petite longueur qui s’achève sur la salinité.

Exquis sur de belles olives, beignets d’anchois, gambas, ratatouille froide.

9b67f081b2b72c5af843b1deacb59de8

- San Leon, Manzanilla, des Bodegas Arguezo. Robe moyennement pâle. Nez pas très net, simple et rustique. Bouche réglisse et fumée.

Ça fonctionne sur le gras du jambon et sur le boudin noir de campagne.

- La Ina, Jerez, de chez Lustau. Robe pâle. Nez plutôt complexe sur la flor et l’amande grillée avec de légères notes de fumé. Belle amplitude en bouche, de la fraîcheur, du mordant, rondeur en milieu de bouche, finale sans bavures sur des notes salines.

L’apéritif presque parfait sur amandes grillées, olives pimentées, jambon bellota, lomo, chorizo, palourdes, anchois frais, sardines grillées…

- La Guita, Manzanilla, de chez Raneira Perez Marin (bouchon à vis, mise en bouteilles Décembre 2013). Robe légèrement paillée. Nez fin et discret avec touche d’amande. Une vraie présence en bouche, ça frisotte, léger rancio, manque peut-être un poil de finesse, notes d’amandes salées en finale. C’est bien foutu.

Plus sur des plats de crustacés, langoustines, crevettes, etc.

- El Maestro Sierra, Jerez, des Bodegas Maestro Sierra (Mise en bouteilles en Avril 2014). Belle robe pâle. Nez fumé. Dense, ample et riche en bouche, un poil rondouillard, mais bien fait dans l’ensemble.

Apéritif, certes, mais le garder pour un plat de poisson au four, ou pour un plat de morue, une omelette de pommes de terre ou de champignons.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

- Fino Electrico, Montilla-Morilès, de Toro Albala (12 € pour 50 cl. Diffusé par Valade & Transandine chez Soif D’Ailleurs à Paris) Robe pâle. Nez fruité, élégant, notes d’amande fraîche et de fumé. Finesse en bouche, impression de légèreté, complet, finale sur la longueur.

« Une bouche à jambon », remarque justement Vincent. Oui, mais un grand pata negra ! Quant à Bruno qui lui donne une de ses meilleures notes, il le verrait bien sur un turbot ! Et pour ma part, je lui propose une brouillade de truffes !

- Puerto Fino, Jerez, de Lustau (élevé à El Puerto Santa Maria). Belle robe légère. Très complexe au nez comme en bouche : notes de fougère, amande fraîche, écorce de citron, iode, silex, épices, vieux cuir, volume… on sent que ce fino est associé à une vieille réserve de type solera tant la longueur le maintient en bouche avec toute sa richesse. Les critiques le propulsent « Roi des Finos » et ils n’ont pas tort.

Un grand apéritif de salon, parfait pour réfléchir aux choses de la vie au creux d’un profond fauteuil. Un bon robusto de Cuba, genre Ramon Allones, pour les inconditionnels du cigare. À essayer aussi sur une cuisine asiatique, Thaï ou Coréenne. Sur une huître tiède à la crème ou sur une mouclade légèrement crêmée et épicée.

- Papirusa, Manzanilla, de Lustau (Bouchage vis, aurait dû passer à mon avis avant le précédent). Si je ne me trompe pas, le fino a pour base une solera moins âgée que pour le Puerto Fino. Belle robe blonde. Parfaitement sec en bouche, c’est propre, net, élégant, fraîcheur évidente, salinité bien affirmée, un régal de précision, une touche animale pour finir, genre vieux cuir. Finale exemplaire où le goût du vin reste en bouche pour longtemps. Difficile de dire, en tout cas pour moi, si c’est ce vin qui l’emporte sur l’autre. Question de goût. Toujours est-il que c’est un formidable rapport qualité-prix !

Là encore un vin de cigare, plutôt celui de la fin de matinée. Doit être à l’aise sur de gros crustacés, genre homard thermidor, surtout si on ajoute un peu de fino dans la cuisson. Sinon, parfait pour le jambon de qualité et les fritures de poissons ou de calamars.

-Solear, Manzanilla, de chez Barbadillo (Bouchage vis, DLC Avril 2015). Belle robe blonde et lumineuse. Nez discret et fin. Bouche fumée, fraîche avec des notes de fruits cuit (abricot). Un fino assez classique mais simple et qui s’oxyde assez vite. Il ne fait pas l’unanimité.

Sur des tapas : ailes de poulet, travers de porc, poivrons, sardines à l’escabèche, thon, maquereau.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Jeudi prochain, ne manquez pas le dernier volet ! Avec des finos de luxe car élevés plus longtemps, mais aussi plus rares et plus chers.

Michel Smith

 

 

 


1 commentaire

Nature, Brut et Rosé en plus, c’est du Drappier !

champagne-drappier-brut-nature-zéro-dosage

Zéro dosage, un milli poil de soufre et 100% Pinot Noir, fallait oser.

Les champagnes rosés souvent s’avèrent flatteurs, bien arrondis, et heureux de leur caractère fruité, de la facilité avec lequel il règne sur l’apéritif où ils restent toutefois cantonnés.
Le Rosé Brut Nature Zéro, c’est tout autre chose, tranchant, il réveille dès la première gorgée, les papilles alanguies en sont presque estourbies, mais, les sottes, restent convaincues du confort doucereux à venir…

drappierbrutnaturerosezerodosage

Qu’est-ce qu’il a dans le ventre ?

Brut Nature rosé Drappier
Pâle comme le pétale d’une rose, la robe miroite d’une infinité de bulles fines et nacrées. Délicat, c’est en toute discrétion que le nez livre à chaque éclat une note de fraise ou de groseille, puis encouragé par un léger remuage, l’agrume apparaît, suivi du poivre qui précise les senteurs d’églantine. Séquentielle comme le nez, la bouche s’avive tout d’abord des zestes de mandarine et de cédrat dont l’amertume délicate crée une atmosphère inouïe de fraîcheur. Les fruits rouges surgissent comme par enchantement et habillent de leur tendre couleur l’espace enivrant. La dynamique est lancée et aux fragrances fruitées succèdent les traits floraux, les impressions épicées, la vivacité sans cesse renouvelée.
Tout s’enchaîne, revient, se retire, recommence, farandole mesurée mais insistante.

Comment c’est-y qu’il est fait ?

6 Champagne Drappier le chai

Rosé de saignée, il cuve 3 jours et seuls les jus de première presse sont utilisés. La fermentation alcoolique dure environ 2 semaines et se passe à basse température. La malolactique naturelle et complète suit. 100 % des vins sont élevés en cuves, ce qui nous garde, et c’est ce qu’on aime, la plus grande fraîcheur possible. La cuvée reste 3 ans sur lattes. Dosage est égal à zéro.
Voilà un breuvage des plus tranchants, le gaz carbonique ajouté à la vivacité n’est guère commode à accorder, quoique…
Champagne de grande fraîcheur et de caractère affirmé, il fonctionne avec aisance de l’apéritif aux fromages. On l’imagine facilement accompagnant l’algue d’un sushi, la fraîcheur iodée des carpacci de saumon ou de coquilles St Jacques, le veau suit ou une volaille avec quelques champignons en garniture, enfin le plateau qui évite toutefois les pâtes persillées.

D’où qui vient ?

Champagne Drappier le vignoble (2)

Le vignoble s’étend sur 100 ha autour d’Urville où le Pinot Noir y est majoritaire. Urville vient de l’implantation d’une villa gallo-romaine qui il y a près de 2000 ans créa le premier vignoble. En 1116, Saint Bernard venu de l’Abbaye de Cîteaux réorganise le vignoble. Il importe de Bourgogne le Morillon Noir, ancêtre du Pinot, et fait construire plusieurs caves dont une à Urville. En 1153, la production de vin approche les 600.000 litres. Après la Révolution française, les caves d’Urville deviennent le presbytère du village. La Famille Drappier installée en mitoyenneté les achète et s’y installe après la Seconde Guerre mondiale.

Combien qui coûte ?

Champagne_Drappier_-_La_facade_1600x1200

Un peu plus d’une trentaine d’euro

http://www.champagne-drappier.com

Ciao

Champagne Drappier - Vendanges 2013 © Mathieu Drouet - www.takeasip.net

Marco


7 Commentaires

Macédoine, vin du monde, quelque part en Europe

Après avoir atterri à Salonique, c’est marrant de passer la frontière en voiture comme avant, avec deux postes et un no man’s land entre les deux. Vérification, passeport, cachets et "roule ma poule" ( dit en grec ou en macédonien, ce qui n’est guère compréhensible, mais on sait que c’est OK). En route vers Skopje, la capitale qui possède le plus de sculptures au mètre carré au monde, c’est surprenant.
Après une douche bienvenue, Skopje by night, resto traditionnel, agréable et premier contact avec un pays où on ne comprend pas le moindre mot. Heureusement il y a l’english baragouiné comme on peut, sauf pour mon pote et confrère danois qui m’accompagne. Premier contact aussi avec les vins de notre hôte qui accompagne avec bonheur les poivrons, grillades, tomates locales et autres agapes macédoniennes. Demain nous avons rendez-vous avec Marko…

Zolan nous emmène

???????????????????????????????

Добро утро, dobro utro, alias bonjour en langage local, la conversation s’arrête là, notre chauffeur Zolan ne parle que le macédonien. Après un bon 80 km d’autoroute, heureusement, Kavadarci est en approche – c’est le siège et le site de production de Тиквеш. Marko nous accueille et nous fait visiter les installations en pleine mutation.

???????????????????????????????

 

Macédoine juillet 2014 009

De gauche à droite, André le Danois et Marko le Serbe (Photo © Marc Vanhellemont)

Marko Stojakovic est l’œnologue d’origine serbe qui dirige la grosse structure. Après la visite, une dégustation s’impose. Au restaurant de la cave, les bouteilles défilent, on retient le Temjanika 2013, sorte de Muscat petits grains local, croquant et bien aromatique avec une jolie fraîcheur et une amertume gracieuse qui rappelle l’écorce de mandarine. Il appartient au cœur de gamme de Tikveš (prononcez Ticveche).
On enchaine avec le Barovo blanc, il fait partie des hauts de gamme et associe Grenache blanc dénommé ici Belàn (de bela = blanc en macédonien) Grenache gris.

Macédoine juillet 2014 048

Un 2010 à bel allure, jaune doré, il respire le coing et la marjolaine, les fruits confits et le poivre blanc. Le 2011 est plus frais, plus minéral, plus complet et plus équilibré. Le 2012 se parfume de verveine, respire les épices à plein nez. En bouche, il plaît par son élégance et son charnu, son accent floral et l’onctuosité de son fruit. Le signe d’une belle évolution qualitative.

Autre blanc, cette fois à base de Chardonnay, le Belavoda 2011 (eau blanche) un joli vin, plus international sans toutefois vendre son âme. Bien équilibré, sans excès ni de bois, ni de parfums excessifs, non ramassé avec un galbe qui le rend agréable en bouche et une tension minérale qui lui apporte une fraîcheur de bon aloi. Notre cher Bob l’a noté 93/100, c’est top pour l’entité, nous préférons, André et moi, le Barovo. Le 2012 est plus fin et le 2013 pas encore bouteille nous émerveille par sa pureté.

On reste Chardonnay avec un autre domaine dans le giron de Tikveš, le Domaine Lepovo spécialisé dans le Chardonnay. Bâtonné et élevé pendant 8 mois en barriques, il plaît grâce à ses arômes de citron vert et de mandarine avec une délicate de mirabelle.

Un rouge pour finir: le Barovo 2012, 100% Vranec

Violet pourpre, il kirsche son nez qui s’allonge sur l’amande et se voit planter un clou de girofle en pleine cerise. La bouche est très sympa, débute par une multitude d’épices pour ensuite offrir une corbeille de fruits où la fraise et la groseille dominent le cassis et la myrtille, c’est pas fini, le floral s’annonce et déclare poudre d’iris et réséda, suivent le cacao rafraîchi de prunelle. Finale aux accents poivrés, on en a plein la bouche.
Demain on visite le vignoble de Barovo perché à 600 mètres à proximité de la frontière grecque (du moins à vol d’oiseau).

Barovo a été créé du temps de Tito qui voulait y installer une station viticole expérimentale. Le temps a passé. Le vignoble a échappé à l’arrachage et offre aujourd’hui une multitude de cépages autochtones et internationaux dont le Grenache blanc dit Belàn, de plus de 40 ans, une richesse. Le paysage est superbe, le calme et la sérénité rares, ici le monde semble s’être arrêté pour se consacrer uniquement à la vigne. Un bel endroit, mais faut y arriver, trois quarts de piste, ça prend du temps.

Macédoine juillet 2014 154

 

Macédoine juillet 2014 161

Tikveš… et les autres!

Nous avions, André Devald, et moi demandé une dégustation comparative. Sur la table s’étalait presque toute la production macédonienne à ce jour. Un véritable parcours du combattant… Les autres caves ont gardé cette habitude des temps socialistes, celle de ne pas faire les malos sur les rouges et d’y ajouter du sucre pour tenter d’équilibrer le breuvage obtenu. C’est assez imbuvable, sauf peut-être avec la cuisine grasse et sucrée qui reste aussi une tradition locale.

???????????????????????????????

Que s’est-il passé à Tikveš dont les vins font la malo ?

Célèbre œnologue castelpapal, l’habile Philippe Cambie œuvre depuis quelques temps au bord des Balkans. La transformation est fulgurante. En quelques millésimes, les vins sont passés de médiocres (et c’est gentil) à bien foutus, voire vraiment bons. Marko, qui reste sur place, le seconde avec beaucoup de feeling, voilà un duo qui a transformé plus qu’un essai. Et ce n’est pas fini, l’avenir sera porteur de nouveautés pêchées dans la tradition revue et les cépages autochtones, ça nous promet de belles surprises à venir.

???????????????????????????????

Retour à Skopje

Pour profiter du contraste entre la vieille ville et les nouvelles constructions dans un style néo antique mâtiné d’une tournure austro-hongroise fin 19e avec de grosses et hautes colonnes comme à Antigone Montpellier. Faut le voir pour le croire, jamais vu autant de statue au mètre carré, chacun son truc…

Macédoine juillet 2014 114

 

Macédoine juillet 2014 372

Macédoine juillet 2014 094

Quant à l’impression laissée par notre séjour, elle est positive et nous encourage à déguster régulièrement la production de Тиквеш.
On se quitte devant quelques spécialités en images

Macédoine juillet 2014 390

???????????????????????????????

Macédoine juillet 2014 397
Do Gledanye

http://tikves.com.mk/

чао

???????????????????????????????

 

Marco

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Rejoignez 10 638 autres abonnés