Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Bleu de toi

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Mais le bleu est-il appétissant ?

Le cocktail Blue Lagoon fait paraît-il rêver aux îles… mais le bleu de méthylène, ça n’est pas très glamour. Même pour colorer cette agréable liqueur d’orange, faite avec l’écorce des petites oranges vertes amères ou bigarades.

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Et pourtant, on force la nature à nous faire des choses bleues. Peut-être est-ce un relent de tintinophilie, le souvenir ténu de l’Orange bleue vogue dans nos âmes…
Je ne suis pas certain que le quidam à qui on offre un jus d’orange en reconnaisse le goût, ni moi non plus d’ailleurs, ou en fermant les yeux, on est trop influencé par la couleur.

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On nous fait des tomates bleues

Il n’existait à l’origine qu’une dizaine d’espèces de tomates, toutes originaires d’Amérique du Sud. On dépasse aujourd’hui les 10.000 variétés, dont 4.000 cultivées intensément. Nos primeurs et supermarchés sont loin du compte…
Demandez à votre maraîcher préféré un kilo de tomate bleue, elle existe depuis quelques années.

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En dépit de sa couleur inusitée, la tomate bleue n’a rien à voir avec un organisme génétiquement modifié. Elle est le résultat d’une recherche de plusieurs années menée à l’Université d’État de l’Oregon en vue justement d’augmenter la quantité de lycopène dans le fruit. Elle a été présentée au monde en 2004, mais les semences restent très difficiles à trouver. Le plus intrigant, c’est que le plant, qui devrait être entièrement vert, produit parfois des feuilles bleues.

 

La nature s’en charge toute seule et là on peut aimer en confiance ou pas

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Le gyroporus cyanéscens ou bolet indigotier n’a pas l’air vraiment engageant. Dès qu’on le coupe ou que sa chair est froissée, il offre une superbe couleur bleue qui peut en faire fuir plus d’un !
Il est toutefois reconnu comme bon comestible en dépit de sa couleur de Schtroumf.

Le bleuissement ?
Il est dû à une réaction chimique : l’un de ses composants, l’acide variégatique exposé à l’oxygène de l’air se transforme en méthide quinone, un pigment bleu que l’on retrouve également chez certains lichens.
Nous voilà rassuré… mais, second souci, sa chair devient verte à la cuisson.

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Comment le reconnaître
Le bolet indigotier ou bleuissant porte un chapeau granuleux de couleur blanchâtre à jaunâtre comme ses tubes. Son pied trapu et ventru donne l’impression d’être couvert d’un fin velours. Sa chair est cassante et vire immédiatement du blanchâtre au bleu à la cassure.
On le trouve du début de l’été jusqu’à fin novembre dans les sols sableux sous les pins, les châtaigniers ou les chênes.
Il offre peu de risques de confusion avec des variétés de bolets plus ou moins toxiques, c’est rassurant.
Bonne omelette !

 

Le vin bleu, ça existe

C’est la cave Cers-Portiragnes-Villeneuve près de Bézier qui a imaginé cette cuvée vraiment particulière tendrement nommée La tête dans le Ciel Bleu.

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Commercialisé en quantités très limitées, le vin adopte une belle couleur bleue turquoise et répond à une véritable prouesse technique. Gulillaume Bonzoms, le directeur de la cave, explique : « La plus grande difficulté a été de donner à ce vin cette teinte unique sans dénaturer son goût. C’est tout juste si l’on sent un léger parfum de lavande et de myrtille, fort agréable de l’avis de tous ceux qui ont pu goûter ce nectar. Nous avons mis un point d’honneur à n’utiliser que des produits naturels, en plus du raisin bien sûr, la formule restant bien sûr un secret ! »
Moi, j’ai pas goûté, mais je veux bien tenter l’expérience.

L’avantage, c’est qu’il ne faut plus acheter une bouteille bleue, comme celles qui sévissent de-ci delà et qui ne donnent vraiment pas envie de les ouvrir.

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Le bleu c’est vraiment une couleur à chier pour le vin et sans doute pour la bière aussi.

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Un soir d’hiver, quand quittant la bise pour se réfugier près de l’âtre chez des amis peu au fait du vin, j’ai été bizarrement surpris lorsqu’ils ont sorti de leur vaisselier leur plus beaux verres. Pour faire honneur au vin apporté par mes soins, on ne va pas chez des potes sans un joli flacon sous le bras. Un Coteau du Layon d’une année à botrytis à la douce couleur de miel qui s’est vu annihiler dans les verres ouvragés de couleur turquoise. Plus de robe, plus de nez à cause de l’évasement, plus de goût à cause du buvant épais. Tu veux flinguer le pinard délectable de ton meilleur ennemis, fais-le déguster devant lui par ses intimes dans des verres bleus, résultat garanti.

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Embrasserai-je ces lèvres pulpeuses teintées de bleu ?
Juteuse comme une quetsche charnue et sucrée…
Faut faire un certain effort d’imagination pour passer le cap du bleu.
Et vous ?

 

Ciao

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Marco

 

 

 

 

 


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Bike ride – Loire-Auvergne to Loire-Atlantique for teenagers with cancer

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Esme Morris Macintyre: 1995-2013

Early Last July my partner’s niece, Esme Morris Macintyre, lost her seven year battle with a brain tumour. She was just 11 when the tumour was discovered and 18 when she died.

In those seven years she raised thousands for teenagers with cancer. Her death, her brave fight and indomitable spirit have inspired others to raise money for the Teenage Cancer Trust. (See Esme’s Adventure on Facebook:https://www.facebook.com/EsmesAdventure). Esme set up this page when she knew that she had only a few months more to live.

Last August Esme’s aunt Carole Macintyre cycled from John O’Groats to Esme’s home in Fife some 300 miles if you include a few involuntary diversions. I rode with her as support vehicle. She raised some £3600 for Teenage Cancer Trust.

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Carole@John O’Groats, Scotland

This June we plan to reverse roles with me riding from the source of the Loire at Gerbier de Jonc to La Baule, where the river flows into the Atlantic. Although 1000 kilometres by river but it will be just short of 1200 by road. Carole will kindly be supporting me but this time support will be motorized.

Again the ride will be to raise money for teenagers with cancer but this time I plan to assist two charities – Teenage Cancer Trust (www.teenagecancertrust.org/) and Fondation Gustave Roussy (http://www.gustaveroussy.fr).

The current plan is to take seven to eight days to ride from the source to the Atlantic starting from Gerbier de Jonc heading to to Solignac-sur-Loire then following the Loire northwards to Le Puy, passing just to the west of Saint-Etienne onto Roanne, Digoin, Decize and Nevers. Once I reach Nevers there is a recognized and signposted cycle route from there to the Atlantic. Before then there may be some cycle routes but as far as I know not yet a complete cycle route.

 

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Halfway point: sign on the bridge across the river@Pouilly-sur-Loire

From Nevers the route runs on the West Bank of the Loire past the bridge across the river to Pouilly-sur-Loire, which marks the halfway point for the Loire’s journey to the sea. Then I will be skirting round Sancerre to the east and staying mainly on the west bank until Orléans, where the Loire decides against heading onto Paris, instead heading westwards. Much of the remainder of the route will be on the now south bank of the Loire until I reach the Pont de Saint-Nazaire to finish the last few kilometres to La Baule on the north side.

More details to follow along with a donation link. Will be very grateful for any advice.

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Jim’s VTT in vines above Chavignol (Sancerre) March 2013

 


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Reflecting on Forez and Roannaise

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Ici Commence La Loire: glasses emphasizing that these are the first vineyards you come to after the source of the Loire at Gerbier de Jonc 

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New book on the Côte Roannaise published in early 2014.

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Even highly reputed journalists and bloggers like Marc Vanhellemont and Olivier Grosjean now make their way to the Roannaise.

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I have just finished a very rewarding and interesting five days in the Côte Roannaise and the Côtes de Forez. In five days I was able to get to know the area, its vignerons and their wines much better, especially those of Forez where I had only once visited before and that was at least 15 years ago. In August 2009 I spent three days in the Côte Roannaise but that was mainly a holiday and I made just a few visits.

Of course it helped that the weather has fine for the first four days. It was only on the Saturday (22nd March) that the Loire’s long dry spell since the middle of February broke. Due to the long warm spell the vines are around three weeks in advance of last year. The buds have reached the cotton stage and will start to open soon. Although an early start often ensures a reasonable vintage, the vignerons will fear a frost at least until the end of April. As elsewhere in the Loire the last two vintages have been short, particularly for those hit by hail, so a severe spring frost would be very bad news. However, with most of the vineyards on the lower slopes of the Monts de Forez and Roannaise frost tends to less of a problem than in other parts of the Loire.

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Opéra, Côtes de Forez, Stéphanie Guillot: Fleur de Vigne a cuvée from a patch of old vines

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Les Millerands, Domaine Robert Sérol This is the largest domaine in the region run by the dynamic Stéphane and Carine Sérol

The Côtes de Forez and the Côte Roannaise have much in common: both are small appellations with Gamay as the only permitted variety and both have recently diversified by planting a range of white varieties generally sold as IGP Pays d’Urfé. The Côte Roannaise became an appellation in 1994 and currently has 220 hectares in production, while the Côtes de Forez was promoted in 2000 and has 150 hectares in production. Almost all vignerons in both Forez and Roannaise now have at least one white wine from a considerable range of varieties. The most popular are Chardonnay and Viognier but Roussanne is also planted as well as Sauvignon Blanc, Sauvigon Gris, Gewürztraminer, Riesling and one producer (Vincent Giraudon) has Aligoté and another Muscat (Domaine du Pavillon). Then there are the hybrids: Bacco Noir, Siebel 54/55 (red) and Rava Par Six (white) planted by the rather extraordinary Pic et Vin based in the small village of Boisset Saint Priest.

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Rav Par Six – a white hybrid

Although it may seem surprising to find Rhône varieties – Roussanne and Viognier – in the Loire, parts of the Forez are south of Lyon although with a cooler climate. There are also a few parcels of recently-planted Syrah. Often the Viogniers are attractive being leaner, fresher and less opulent than their Rhône neighbours. In addition there is also a little Malbec.

Having flirted with a number of white varieties, several producers are now attracted by the idea of planting the world’s greatest white variety – Chenin Blanc. Indeed there has almost been a race to be the first to plant Chenin in the area. In Forez both Odile Verdier/Jacky Logel and Pierre Redon, Laurent and Christine Demeure are keen to plant, while in the Roannaise both Stéphane Serol and Romain Paire (Domaine des Pothiers) are also looking to plant and are looking for suitable sites.

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Site for the soon to be most southerly Loire Chenin vineyard. Soil looks rather rich but apparently, there is very little clay but granite based soils instead

The Chenin race looks to have been won by the Demeures-Redon as they will plant their first plot in two weeks time in the south of the Forez appellation at Boisset Saint-Priest. Of course the Chenin will either be IGP or Vin de France. Once planted this will certainly be the plot of Chenin closest to to the Loire’s source by several hundred kilometres. It will be very interesting to see the result. Will Chenin ripen properly here and how will it do on the region’s granitic soil? It would seem to be a reasonable bet that if you can ripen Roussanne and Viognier here you should be able to ripen Chenin.

 

hens and a Coq in vineyards in the Côtes Roannaise

Hens and a Coq in vineyards in the Côtes de Forez

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Sheep in Domaine de Palais (aka Mouton-Palais), Côte Roannaise

 

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@Gilles Bonnefoy: Peacocks in a vineyard may be a step too far as they have a liking for grapes but earlier in the year may be OK?

Several producers put sheep in their vineyards, which helps to keep the grass under control and provide fertiliser. Yann Palais at Domaine des Palais (Roannaise) has sheep in his vineyards from the end of the vintage until the end of March. Simon Hawkins of Domaine du Fontenay also has sheep in his vineyards from time to time. While in the Forez I had to take photos of a fine troupe of hens with their splendid coq in the vineyards of Hervé, a member of the coop. Clearly vino-husbandry is more developed here than it is in Ingrandes-de-Touraine! Furthermore, unlike Bourgueil, the Roannaise/Forez people already have an Indication Geographique Poules d’Urfé for their eggs.

With around 10 out if their 30 producers signed up organic viticulture is now strongly implanted in the Côte Roannaise, especially as this includes two of the largest domaines – Robert Sérol (29 ha) and Domaine des Pothiers (14ha). They will be joined by Domaine de la Rochette, owned by the Néron family with 13ha who have just started their organic conversion.

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‘Ancrée (anchored) dans son territoire’. The boast on the coop’s website but if winemaking moves to Beaujolais it will be a claim that will no longer ring true!

There was a time when the Cave Coopérative – Les Vignerons Foréziens, which was created in 1959 – was virtually the only producer in the area. In the mid-1990s the Cave represented 80%-90% of the production. This is now down to around 50% from 40 members with around 80 hectares out of the 150. Out of the 40 members, ten supply the cave with some 80% of the grapes with the coop’s president Alain Patard having 12 hectares.

Unfortunately like some other cooperatives, such as the Cave de Haut-Poitou, Les Vignerons Foréziens face severe economic problems. For much of the time during the 2013 vintage Sylvain Deschavannes was the only person in the winery, which is on three levels with lots of different vats. Sylvain also has 6.7 hectares of vines to look after – most notably three on the steeply sloping Montaubourg. Given these constraints, and the fact that he is not a trained winemaker, Sylvain has done remarkably well to produce an acceptable range of wines in 2013.

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Sylvain Deschavannes

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Alain Patard, président of Les Vignerons Foréziens

Les Vignerons Foréziens already have a commercial tie-up with other cooperatives: in the Beaujolais, the Cave Coopérative Signé Vignerons at Bully which in 2012 incorporated the Louis Tête brand in their structure, and the Cave des Vignerons des Coteaux du Lyonnais. Now there is a project to vinify the Forez wines at Bully and to keep the current cooperative building just for sales to the public. This plan would avoid having to spend money on upgrading the facilities. The large fly in the ointment is that it is highly unlikely that the INAO would allow Appellation Côtes de Forez wine to be made some 60 miles away, while retaining the appellation. They might agree to a derogation for a year, possibly two, assuming that the Vignerons Foréziens make a good case of explaining how this move will be financed and that traceability will be assured, so that there is no possibility of the Forez wines getting mixed up with Beaujolais.

Although appellation rules generally permit an appellation’s wines to be made in an adjoining commune outside the appellation, making an AC wine outside the specified zone of production is not allowed. Beaujolais is certainly nowhere near the specified zone of production for the Côtes de Forez, so a permanent move to Bully would mean that the Forez wines would have to be Vin de France, which would then surely be more difficult to sell. Of course it is possible to sell Vin de France successfully at a considerable price but to do that it helps to be well known and to have a good reputation. Sadly neither applies to Les Vignerons Foréziens. Direct sales, especially during the summer months – mid-June until mid-September – account for a substantial part (€350,000) of the Cave’s turnover with tourists keen to buy a wine from the Côtes de Forez. Without the appellation, unless this Vin de France is very cleverly labelled it is unlikely to have the same attraction to visitors.

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Hail damage (2012) on Jacky Logel’s vines still clearly visible in March 2014

Doubtless the coop’s problems have not been helped by the August hailstorms that hit Forez in 2012 and 2013. Normally the coop produces between 3500-4000 hls but following a very severe hailstorm on 6th August 2013 they made only 1,800 hls last year. Hailstones the size of boules (de pétanque) fell as well blocks of ice causing not only very substantial damage in the vineyards but smashing roofs and car windows. The independent growers were, of course, also hit hard: Jean-Claude and Yves Gaumon in Leigneux and Gilles Bonnefoy in Champdieu.

The previous year the hail arrived a day earlier (5th August) and followed a different corridor hitting Verdier-Logel hard. They made only one red in 2012 from a small parcel in Rézinet. Fortunately they were able to source some grapes from Yves Cuilleron in the Northern Rhône, so making their FMR (a play on the word éphémère (mayfly) – the flying insects that live only one day.

The vignerons of Forez and Roannaise have created an association and they now work closely together. It is good to see two small appellations cooperating so effectively together. It makes a change from appellations like Châteauneuf-du-Pape and Corbières, who have specialised in having rival syndicats all pulling in different directions.

 

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The steeply sloping Bouthéran vineyard (Roannaise) – if it is really a special vineyard this should be reflected in the price

One aspect that many producers in the two appellations could work on is developing a more coherent pricing structure. As in Chianti the most expensive wines are almost invariably either IGP or Vin de France (Vino da Tavola in Italy), sometimes being sold at twice the price per bottle as the appellation wines. Recently there has been a proliferation of different cuvées of appellation wine with often very little difference in price – only 30-40 cents – between an early drinking, early bottled wine and one from a single vineyard, such as the steeply sloping Boutheran in the Côte Roannaise,  with its greatly increased production costs. It makes little sense to praise individual sites and then sell them for almost the same price as the basic wine. If there really is a quality difference between the various cuvées, and if special sites like Bouthéran and Montplaisir (also in Roannaise) are to be credible, then this needs to be reflected in the price.

My thanks to all the vignerons I visited for their warm welcome and a particular thanks to Gilles Bonnefoy, Stéphane Sérol, Jacky Logel and Mélanie for organising my visit – making it so worthwhile and enjoyable.

 

Jim Budd


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Vinisud, mon «off» de rêve… ou l’analyse du cru Daumas Gassac

Pendant que les mouches s’abattaient sur une flopée de salons en tous genres, regroupant toutes sortes d’individus dissidents, de blogueurs bigarrés et de vignerons désargentés, tandis que les dégustateurs en goguette se battaient pour une "larmichette" de rosé ou de pétillant, et que mes amis de la Presse débarquaient au compte-goutte des TGV bondés, j’avais décidé, en cette radieuse veille de Vinisud, de prendre la tangente, de bifurquer par Pézenas et de piquer droit au nord sur les contreforts du Larzac. L’air y est généralement plus pur, l’atmosphère plus calme. Direction Aniane où se tient, à la mi-Juillet, un petit salon du vin dont on cause de plus en plus de Nîmes à Perpignan. Faudra que j’aille voir… En attendant, j’avais un rendez-vous capital avec une icône du vin languedocien, un vulgaire Vin de Pays de l’Hérault, le Mas de Daumas GassacAh, si toutes les escapades «off» pouvaient être comme celle-ci !

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C’est vrai ça, qu’on le veuille ou non, chaque vignoble a ses icônes. En Champagne c’est Krug ou Bollinger, La Romanée Conti en Côte de Nuits, Ausone à Saint-Émilion, Gauby en Roussillon, et l’on pourrait ainsi sortirdes domaines légendaires dans chaque appellation protégée digne de ce nom, ou dans chaque région vineuse. Mais souvent les choses se corsent. Prenons la Provence, il y a Pibarnon à Bandol, mais plein d’autres prétendants dignes d’un titre de grand cru dans les environs immédiats : Tempier, La Tour du Bon, Pradeaux… On adule Lafite à Pauillac, mais quid de Mouton ou de Pontet Canet ? Ne sont-ils pas dignes de porter la couronne eux-aussi ? En Languedoc, c’est kif-kif. On a Mas Jullien, Peyre Rose, La Grange des Pères, Les Aurelles, le Prieuré de Saint Jean de Bébian… Stop ! Pour autant, on oublie parfois un peu vite celui qui fut le premier à y croire, le premier domaine à faire parler d’Aniane, le premier qui mit le Languedoc sur la carte des grands vins et qui fit se déplacer Émile Peynaud en personne jusque vers les terres ingrates menant aux Cévennes.

Photo©MichelSmith

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En compagnie d’une trentaine de privilégiés, dont Jacques Perrin, Andrew Jefford, Bernard Burtschy, Raoul Salama, Alain Chameyrat, Sylvie Tonnaire et d’autres stars pinardières, je me suis retrouvé vers 13 h assis sous l’olivier, confronté une fois de plus à la gentillesse des Guibert brothers – cela m’arrive tous les dix ans depuis que je suis devenu Sudiste – face aux adorables mignardises et autres bouchées (ah, les gougères aux cèpes…) concoctées par Fabienne Perret, l’incomparable cuisinière du Mas Cambounet, près de Gignac. Un peu plus tard, dans une salle un peu trop sombre à mon goût, je me suis retrouvé assis parmi les plus fins connaisseurs du cru, ainsi que les membres du personnel et le triumvirat qui dirige actuellement le domaine, Samuel, Roman et Gaël Guibert. Des centaines de verres ventrus étaient remplis comme il le faut, la température était respectée, les bouteilles vides étaient alignées et mitraillées par les flashes des photographes, le rituel de la dégustation pouvait alors commencer.

Photo©MichelSmith

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Ici, on ne fait pas les choses en petit. Au programme, une verticale de 30 millésimes du célèbre Mas de Daumas Gassac. Incroyable démonstration que même les grands crus de Bourgogne et de Bordeaux sont incapables de faire ou refusent tout simplement de s’y mettre, et que les Guibert de la Vaissière rééditent eux tous les 10 ans. Ce Dimanche, on partait de 2012, mis récemment en bouteilles, pour remonter le temps jusqu’à 1979 en passant quelques rares étapes sans grand intérêt. Même si je ne suis pas un fan du Cabernet-Sauvignon, l’occasion était trop belle de faire une comparaison avec mes notes des trente dernières glorieuses et de vous exposer mes observations de piètre dégustateur. Une remarque : tout le monde a pu s’exprimer en un tour de table final et il est vite apparu évident qu’il pouvait y avoir des différences notoires d’une bouteille à l’autre vu le nombre de bouteilles ouvertes pour l’occasion. D’où un bémol qui s’impose en cas de velléité de critiques incendiaires. Mais comme c’était la troisième fois en 30 ans que je goûtais la plupart des millésimes sans jamais relire mes notes prises auparavant, j’étais en mesure de me faire une opinion globale relativement objective quitte, au besoin, à me corriger une fois chez moi face à des vins qui jadis me paraissaient faiblards et qui ne le sont plus aujourd’hui, voire l’inverse.

Photo©MichelSmith

Raul Salama face à Jacques Perrin. Photo©MichelSmith

Comme il y a dix ans, le roi de la série fut sans contestation 1998 tiré autour de 120.000 exemplaires comme la plupart des autres millésimes depuis plus de 20 ans. À l’époque, cela devait être en 2001, j’avais relevé « sa robe solide, son nez complexe (goudron de bois, fumée, pruneau), puissant et profond en bouche, vieux cuir, gibier, laurier, genièvre, beaucoup de hauteur et finale magistrale sur la gelée de cassis. Une architecture romane ». Cette fois-ci, j’ai pu écrire peu ou prou la même chose : « Robe solide, nez intense voire complexe (sous-bois, vieux bois, laurier), grande intensité en bouche, équilibre remarquable, bonne fraîcheur, tannins grillés en finale sur des notes tendres de gelée de cassis. Un vin de plaisir à boire dans les 5 années à venir sur une côte de bœuf ». Il y a dix ans, j’avais été fortement impressionné par 2001, me disant qu’il serait intéressant de le revoir vers 2011. En 2014, le vin ne m’a pas déçu, mais sa robe m’a parue un peu évoluée quoique la bouche était vivace, pleine, riche (notes de fenouil), tandis que matière et longueur me paraissaient prometteuses, rehaussées de touches salines et minérales. Je lui laisserai encore dix ans… pour voir. Il y a dix ans, j’étais perplexe face au même millésime dans la cuvée « Émile Peynaud » que tout le monde adulait. Nous n’avons pas goûté cette fois-ci de vins issus de cette parcelle d’un hectare plantée en 1970.

Sylvie Tonnaire (Terre de Vins), venue de Montpellier

Sylvie Tonnaire (Terre de Vins), venue de Montpellier

Ensuite, mes plus beaux vins de cette dégustations furent : 2011, excellent millésime en Languedoc, pour sa profondeur, sa puissance, son gras, la finesse de ses tannins et la subtilité de son boisé qui en font un vin de grande garde ; 2008 pour sa grande réserve, son équilibre, sa structure fraîche et savoureuse, sa haute distinction et sa superbe longueur qui font qu’il peut encore se garder une décennie au moins ; 2003, millésime tannique s’il en est, pour sa robe solide et son nez fermé, sa bouche épaisse, profonde, intense, sans oublier son incroyable fraîcheur (bizarrement, il est plus fin que tannique et j’avais déjà relevé ce paradoxe il y a dix ans) sur de jolies notes terreuses en rétro-olfaction ; 1997, que j’avais noté jadis comme étant court et sec, se révélait cette fois-ci certes trouble de robe, mais boisé, fumé et garrigue au nez, droit, parfaitement structuré en bouche, armé d’un joli fruit proche de la cerise noire, belle matière, grande longueur et finale sur des tannins bien fondus, donc un vin prêt à boire d’ici 5 ans ; 1989, enfin, fut à mes yeux le plus beau de la série des « vieux », mon jugement de maintenant ne variant guère avec celui d’il y a dix ans : belle robe, nez complexe (étoffe, sous-bois, feuillu, boisé, goudron…), gras, soyeux, fruits cuits, petite trame de fraîcheur, tannins présents (vieux cuir) et grande longueur.

Photo©MichelSmith

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Restent les « bonnes » bouteilles (2010, 2009, 2007, 2004, 2001,1995, 1994…) qui font parties de celles que l’on peut boire bientôt sans hésiter, disons dans les dix ans maximum. Notez que j’ai presque failli mettre 1995 dans mon peloton de tête.

Photo©MichelSmith

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Lorsque l’on aborde les « vieux » millésimes – rappelons au passage que le premier millésime de Daumas Gassac fut 1978, tiré à 17.860 exemplaires – les notes sont plus sévères tant et si bien que l’on peut marquer le milieu des années 90 comme étant le signe d’un changement de cap vers plus de soins qualitatifs dans l’élevage notamment. 1991 qui me semblait creux et dissocié il y a dix ans n’avait rien d’autre à dire hormis son amertume. Sans parler de 1992 qui était loin d’être net avec ses traces de moisissures. 1996, autrefois jugé austère et amer, n’apparaissait pas cette fois-ci dans la liste des vins. Pourtant pas si mal noté précédemment, 1988 s’est montré décevant plus de dix ans après, baignant dans l’alcool et l’amertume. Pas si mal jugé jadis, 1984 débarrassé de ses notes de truffe n’avait plus grand-chose à offrir.

Photo©MichelSmith

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En revanche, on notera par souci d’honnêteté les bonnes prestations des millésimes suivants : 1985, 1983, 1982, 1981, 1980 et, un peu au dessus, 1979, le deuxième millésime du cru et le dernier de la dégustation. Ou le premier pour ceux qui avaient choisi de commencer par le plus ancien, ce qui n’était pas mon cas. Ce vin fait preuve d’une émouvante solidité : belle texture, fraîcheur, élégance… Mais, comme pour tous les vins de la décennie 80, il est grand temps de le boire sur un gigot d’agneau !

Éric Dugardin, venu de Lille.

Éric Dugardin, venu de Lille.

Pour ajouter un peu de sel à ce trop long compte-rendu et pour éviter les sarcasmes de ceux qui nous reprochent de goûter « comme des journalistes », j’ai demandé à Éric Dugardin, mon vis-à-vis de dégustation, sommelier-conseil de métier, de me faire part de son commentaire. « La verticale de Daumas Gassac sur 30 millésimes, résume-t-il, permet de constater l’importance d’un grand terroir en cabernet non-cloné sur des décennies juxtaposées. Les années 80 avaient la caricature Bordelaise et ont assurées le vieillissement. Les années 90 ont gagné en grain de tanin (93-94-95-98-2000) et en puissance alcoolique (plus Languedocien, la vigne s’acclimate). Pour le technicien : après 2000, moins de glycérol et des ph plus bas (sauf 2003) avec des extraits secs élevés. Pour le discours du sommelier une autre analyse mérite d’être développée ».

Aimé Guibert déguste son vin...

Aimé Guibert déguste son vin…

Modeste, toujours sensible au moindre compliment, la larme à l’œil pointant dès qu’un commentaire le touche, Aimé Guibert, à l’origine de ces rendez-vous particuliers, doit bien approcher le cap des 90 printemps. Depuis une bonne dizaine d’années, il a cédé la direction à ses 5 fils. Il est venu rejoindre la famille en fin de dégustation pour écouter les invités résumer leurs impressions. Je l’ai vu siffler un verre au passage. Fidèle à sa reconnaissance éternelle envers Émile Peynaud, il évoque aussi volontiers le géologue et géographe Henri Enjalbert, lequel fut le premier à lui faire comprendre qu’il avait une terre de grand cru sous les pieds.

Pour ma part, au risque de paraître indécent, mais afin de faire taire les éventuelles mauvaises langues, je souligne simplement que je ne suis pas reparti de Daumas Gassac une bouteille sous le bras. J’en profite aussi pour redire que, bien que n’étant pas un amoureux éperdu du Cabernet-Sauvignon, 1998, mon millésime préféré de Daumas Gassac, s’avère être celui qui en contient le plus, 86,7% pour être précis… avec 10% de Tannat et 3,3% de Malbec. Comme quoi, il ne faut jamais dire «Fontaine, je ne boirais pas de ton eau» ! Il y a un peu plus de dix ans, on pouvait se procurer ce vin pour une cinquantaine d’euros départ cave. Allez, à la prochaine, Monsieur Aimé Guibert ! Et portez vous bien!

Michel Smith

Mas-de-Daumas-Gassac-Rouge


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Je ne suis qu’un blogger de pinards… et fier de l’être !

Pour la première fois de ma longue carrière journalistique débutée à la fin des années 60, je viens d’être officiellement qualifié de « blogger » de vin. En témoigne ce « badge » ou laissez-passer pour Vinisud. Vous me direz qu’un tel truc, ça se fête. Au fait, il sera où le stand de la Blanquette, cette année ? Françoise Antech, ce stand amical, celui où je venais m’ouvrir le gosier il y a deux ans, il sera au même emplacement ?

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Eh oui, figurez-vous qu’après avoir endossé pendant des années le titre ronflant de « reporter » ou, plus pompeux, de « journaliste », je me retrouve catalogué de « blogger ». Certes, avec mes potes j’anime un blog, celui-là même que vous nous faîtes l’honneur de lire. Et pourtant, je n’aime guère m’afficher avec cette étiquette à l’orthographe si peu orthodoxe. « Blogger », that’s not French ? Ben oui, c’est pas français ça. L’ennui, avec ce titre, c’est qu’on va encore me prendre pour un critique de la bande à Parker ou de celle de son compatriote Suckling. J’eusse préféré à la rigueur que l’on m’appela « blogueur ». C’eut été plus logique pour un salon qui ouvre ses portes lundi prochain dans ma Capitale, Montpellier, au centre du Midi viticole. Faudra m’y faire : je ne suis plus simple journaliste pigiste, mais blogger, auto proclamé « le blogueur fou ».

D'irrésistibles sourires... Photo©MichelSmith

D’irrésistibles sourires… Photo©MichelSmith

Bon, passé ce choc de virage de bord, je vais essayer en ce début de semaine prochaine de glisser entre les gouttes des salons off en tous genres, de ceux qui se sentent exclus ou pauvres et qui trouvent les ressources financières pour se réunir en haut d’un phare, dans une salle de concert, dans un restaurant d’hôtel d’aéroport, dans un autre lieu plus branché ou dans une de ces « folies » qui témoignent d’un riche passé aux portes de la ville. Je vais tenter de retrouver mes plus bas instincts professionnels qui me poussent à la curiosité au hasard des travées d’un salon (off)iciel, celui que, tous les deux ans, j’accompagne depuis plus de 20 ans et qui a largement contribué à mettre le Sud à la page. Tenter de me glisser incognito dans ces halls d’étranges étrangers où il faut se pencher cinq bonnes minutes pour tenter de décrypter l’étiquette. Tenter si possible de résister à la tentation d’une aguichante teneuse de stand dont la mission essentielle est d’alpaguer le promeneur, de capter son regard pour l’attirer dans le gouffre d’une winery sans âme qui regorge de gadgets vineux. Tenter de faire plaisir aux uns en posant mes doigts de pieds sur leur stand. Tenter de décevoir les autres en ne répondant pas à leurs insistants courriels qui m’implorent depuis deux semaines : « J’espère que vous passerez nous voir sur notre stand Hall 18, allée 06, stand 299c ». Tenter d’exercer mon métier en liberté.

D'irrésistibles victuailles. Photo©MichelSmith

D’irrésistibles victuailles. Photo©MichelSmith

Ce papier qui, dans le sens journalistique n’en est pas un, est publié avant tout pour m’excuser par avance auprès de ceux, amis ou pas, que je ne verrai pas à Vinisud. Non pas que je ne veuille pas les rencontrer, pour leur dire presque machinalement « Bonjour, comment ça va ? », mais parce que, au jour d’aujourd’hui comme l’on dit à la radio, je ne sais vraiment pas où donner de la tête. Et même, le jour J, lundi, hormis 2 ou 3 rendez-vous fixés pour cause de boulot à exécuter d’urgence, j’en serais encore à me demander « où vais-je et dans quel état j’erre ? » Pour certains, un grand salon ça se visite avec une tablette à la main où sont répertoriés minute par minute tous les stands à ne pas manquer, y compris ceux où l’on se pointe pour prendre la température du millésime, des nouvelles du pépé ou de la petite dernière, en acceptant « juste une goutte de rosé parce que vous comprenez, si je devais tout goûter, je ne pourrais plus rentrer à l’hôtel… ». Une chose est sûre : en matière de salon de vins, les écueils de la dégustation sont plus difficiles à esquiver que le simple bonjour.

De bien curieux visiteurs. Photo©MichelSmith

De bien curieux visiteurs. Photo©MichelSmith

Plus que la gestion des rendez-vous, il faut savoir gérer les dégustations, parfois même savoir les éviter. Sur un stand de vignerons que vous connaissez bien mais dont vous n’avez pas goûté la production depuis des années, vous pouvez passer une heure à redécouvrir des vins étonnants, à blaguer, à discuter tout en prenant des notes. Sur un autre, dès le moment où vous arrivez, il vous faut songer à une bonne excuse pour quitter les lieux daredare tant les vins vous semblent insignifiants et le discours barbant. Sur un stand cossu et pompeux vous allez vous laisser séduire par le discours aimable d’une attachée de presse ou d’un directeur de marketing qui vous conduira jusque dans une sorte de restaurant clandestin où cinquante convives serrés comme des sardines sont attablés – pour ne pas dire agrippés – dans l’espoir de saisir un anchois et une olive posés sur un canapé douteux en attendant le discours de Dieu le pdg qui ne lâchera rien d’autres que « Nous sommes les meilleurs ! » Sur un autre, vous allez supplier le vigneron de Saint-Chinian ou celui du Minervois pour qu’il vous fasse goûter sa terrine de sanglier ou ses truffes coupées en rondelles sur une tranche de pain grillé arrosée d’huile d’olive extra vierge. Zut, encore une tache sur le carnet de notes !

De bien curieux vignerons. Photo©MichelSmith

De bien curieux vignerons. Photo©MichelSmith

Le plus dur dans ce magistral micmac vino commercial sera d’éviter les chieurs, les pleurnicheurs, les quémandeurs d’articles et les cireurs de pompes. Le plus délicat sera de faire son métier comme l’on fait son marché, au feeling, à l’instinct. En se laissant guider par la curiosité, l’essence même du journalisme. Même intronisé dans la blogosphère vineuse, le plus difficile sera de savoir passer plus de temps là où la découverte est la plus fertile quitte à renoncer aux mondanités de circonstance où l’on ne parle que de pluies et de beaux temps. Le plus sage sera de renoncer aux soirées mondaines pour être en pleine forme le lendemain matin. Mais le plus difficile pour moi sera de me faire à l’idée qu’aux yeux du petit monde du vin où j’ai la prétention d’appartenir, je suis désormais plus « blogger » que journaliste.

Michel, modeste blogueur fou !

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