Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Si j’étais un Chinon…

J’ai parcouru avec intérêt la liste publiée par l’ami Jim, qui reprend les notes de Pierre Couly à propos des millésimes de Chinon depuis… 1889.

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J’ai noté avec intérêt la note relative à mon année de naissance, 1962.

J’y lis: "Plaisant, sans grosse charpente".

C’est tout moi, ça!

J’aurais horreur d’être "petit et maigre", comme 1951; mais encore plus d’être "peu aimable", comme 1967…

Et comme je suis réaliste, je ne me prends pas pour "très beau", comme 1976.

Tout au plus aurais-je aimé être comme un 1988, "vif, fringant et charmeur"…

Hervé Lalau

 


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Et chez moi, comment qu’c’est’y que j’déguste???

N’en doutons pas une seconde, c’est le genre de thème qui va passionner les foules. Terre de Vins va se précipiter dessus et Decanter va en faire une "alerte" ! Après le « Comment déguster ? » de la semaine dernière, voici venir à la demande générale d’une personne (qui suit notre blog avec acuité !) le tant attendu « Comment déguste-t-il à la maison ? » ! Comme si j’étais un MW, un Bettane ou un Parker… Bon, vous le savez, même si je ne suis pas un saint, je laisse volontiers à d’autres le côté bling bling, les reportages où l’on se met en situation face à la ligne de Romanée Conti, sous le pont de Porto, les pauses à l’entrée de la Route des Vins, à Marlenheim, ou devant le muret de Petrus. C’est Nadine qui m’a inspiré cet article, suite à de précédentes remarques faîtes ici-même par votre serviteur, donc je m’incline. Et j’obtempère…

Ma salle privée de dégustations... Pour le moment, c'est le foutoir ! Photo©MichelSmith

Ma salle privée de dégustations… Pour le moment, c’est le foutoir ! Photo©MichelSmith

Toutefois, en préambule, je vous demande de bien lire (ou relire) les premières lignes de mon article de jeudi dernier. J’y expliquais notamment qu’ayant pris de la bouteille, je ne voyais plus l’utilité de grandes séances de dégustation qui étaient mon lot quasi hebdomadaire à une époque de ma vie. Eh oui, je ne suis donc plus grand chose depuis que je n’ai plus – ou si peu – de parutions visibles dans la presse, hormis une ou deux exceptions. En d’autres termes, la manière dont je goûte chez moi en 2014 n’a plus rien à voir avec celle que je pratiquais, toujours chez moi, en 2004. Et en conséquence, si l’on attache la moindre importance à ma petite personne, il est capital de savoir que je déguste désormais beaucoup moins chez moi qu’avant. Depuis plus de 5 ans, pour des raisons de santé surtout, mais aussi par lassitude face au désastre qui pèse sur la Presse française, spécialisée ou pas, j’ai pris ma retraite et, hormis de rares collaborations, je m’adonne aux blogueries diverses et variées. J’écris plus, parfois mieux – toute modestie mise à part, me sentant plus libre et n’ayant plus forcément la même approche qu’avant. Fort heureusement aussi, je suis moins sollicité par les attaché(e)s de presse, ce qui fait que j’ai moins d’échantillons à sniffer sur ma table de dégustation.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Pour mon plus grand plaisir, j’ai l’impression de redevenir un «Monsieur Toutlemonde» : je goûte dans l’espoir de boire et d’écrire, dans les deux cas pour le plaisir, alors qu’avant je goûtais pour travailler et communiquer. Mes heures de gloire, si j’ose dire, remontent aux années 80/90/2000 et, compte tenu du nombre de collaborations régulières que j’avais (Le Chasseur Français, Saveurs, Cuisine & Vins de France, entre autres), il était impératif, pour certains articles du moins, de me faire une opinion globale d’une appellation afin de faire mon choix de bonnes adresses tout en prenant le pouls d’un cru, d’une région. En outre, hormis les échantillons réclamés aux vignerons ou aux organismes qui les représentaient, je recevais quantité de bouteilles envoyées par les attaché(e)s de presse avides d’articles. Mon bureau d’alors ressemblait à un centre de tri postal avec des piles de cartons à ouvrir, une autre pile de cartons déjà ouverts à transférer (par mes soins) à la déchetterie et, toujours dans un souci écologique, des piles de cartons remplis de bouteilles vides destinées elles aussi à la déchetterie.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Au point que j’en ai eu marre de ce manège qui me prenait du temps et que j’ai eu l’idée de proposer à mon caviste, Jean-Pierre Rudelle, d’utiliser sa salle de dégustation et de lui laisser réutiliser les vins entamés pour ses cours de dégustation du soir. Le côté pratique résidait dans la livraison : pas d’étages à monter, un diable à disposition, bonne maîtrise du froid, climatisation, facilités d’accès pour un camion livreur… Mais, même si j’étais parfois aidé par des stagiaires, je continuais à me farcir le gros du boulot : déballage, récupération et classement des fiches techniques, établissement d’un ordre de dégustation, débouchage des flacons, rangement des cartons vides, je vous en passe et des meilleurs. Au point que j’étais devenu une sorte de stakhanoviste de la dégustation.

"Mon" verre de dégustation... Jamais lavé, toujours rincé ! Photo©MichelSmith

"Mon" verre de dégustation… Jamais lavé, toujours rincé ! Photo©MichelSmith

Pour m’encourager face à la tâche parfois immense qui m’attendait, pour un coup de mains éventuel ou pour donner un coup de pouce à un vigneron ou un stagiaire intéressé par les choses du vin, que ce soit chez moi ou dans la salle prêtée aimablement par Jean-Pierre Rudelle et son orchestre, au Comptoir des Crus, à Perpignan, je mettais un point d’honneur à rassembler une à trois personnes autour de moi. Des personnes plus jeunes que moi pour lesquelles il était entendu qu’elles acceptaient «mes» règles, «mon» rythme de travail, ainsi que «ma» température de service. Les règles en question étaient les mêmes que celles énoncées pour une dégustation «pro, à l’aveugle» dans mon article de jeudi dernier avec un ordre de présentation effectué par moi la veille ou l’avant-veille sachant que je voyais sur l’étiquette le nom du domaine avant de le rendre «aveugle». Mais vu que j’ai une mémoire de moineau, cela n’avait que peu d’importance. Par dessus tout, j’estimais que j’étais, dans le monde du vin, une sorte de privilégié et que si, par exemple, je dégustais 70 à 80 grandes cuvées de Champagne,  je me devais d’en faire profiter ceux qui, selon moi, en avaient besoin ou pouvaient tout simplement en tirer quelque chose. Garder cette somme de travail pour moi tout seul me paraissait impossible.

"Ma" salle de dégustation... Photo©MichelSmith

"Ma" salle de dégustation… Un bijou ! Photo©MichelSmith

Honnêtement, ce système a bien fonctionné. Les bouteilles étaient à ma température et placées selon un ordre qui pouvait changer d’une dégustation à l’autre : généralement des vins les plus jeunes aux vins les plus vieux sans hiérarchie précise, faisant confiance au hasard et à mon intuition. Quels que fussent les avis de mes congénères, je gardais le plus souvent le mien comme référence, tout bêtement parce que j’aime bien avoir une opinion et la défendre. Mais si un invité pointait le doigt sur quelque chose qui lui apparaissait comme un défaut, je revenais sur l’échantillon sans attendre. Après, une fois la dégustation terminée, c’était à la bonne franquette. Les échantillons étaient abondamment commentés parfois, quand ils n’étaient pas purement et simplement écartés pour des raisons diverses allant du goût de liège au goût de moisi. Pour ma part, je notais avec mon système rudimentaire d’étoiles (de un à cinq) qui me suit depuis mes débuts, et je mettais systématiquement à part les flacons qui, selon moi, méritaient au-delà de 5 étoiles. In fine, nous dévoilions les bouteilles dans l’ordre afin de ne pas perdre le fil et on les vidait sur une cuisine simple que je préparais, tandis que les vins les plus détestables filaient directement à l’évier une fois que nous étions bien fixés sur leur sort. Les convives pouvaient repartir avec leurs vins favoris tandis que, ayant rebouché quelques intrigants flacons, je me payais une sieste bien méritée, laissant le rangement pour le lendemain et la porte ouverte à de nouvelles dégustations de bouteilles entamées à revoir sur plusieurs jours.

Cela étant dit, je consacre maintenant beaucoup moins de temps à la dégustation : moitié moins par rapport à ce que je dégustais auparavant, pendant et après mes reportages. Je passe aujourd’hui plus de temps à la dégustation des vins mes amis, dans les salons ou les bars à vins. Je reste cependant à l’écoute et je goûte encore régulièrement chez moi quelques vins mis à la dégustation sur la table que je me suis fait construire spécialement par un ami bricoleur et décorateur, Michel Wattebled pour ne pas le nommer, il y a vingt ans. Une table blanche, à ma hauteur, au milieu de la pièce climatisée la plus ensoleillée de mon appartement, à portée de vue de mon armoire à vins climatisée elle aussi. Est-ce que je goûte différemment ? Mes réflexes sont toujours là : recherche de la finesse avant tout. Je dois dire, cependant, pour conclure, que j’ai laissé tomber la dégustation à l’aveugle, sauf si elle m’est imposée dans une circonstance particulière que j’accepte souvent bien volontiers. Je goûte désormais à l’instinct, avec mon cœur et mes tripes, tout en appliquant le même système de prises de notes et d’étoiles. Et je dois dire que je ne m’en porte pas plus mal. Voilà Nadine, tu sais tout… ou presque.

Michel Smith

 

 


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Trois des 5 vous saluent bien

Non, il ne s’agit pas de trois nouveaux pensionnaires du zoo de Vincennes, ni de la Prison de la Santé, mais bien de trois des 5 du Vin descendus à Carcassonne pour Millésimes en Languedoc.

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Merci à notre collègue québécois Marc-André Gagnon pour cet instantané digne de l’identité judiciaire. Qu’on se rassure, ces 3-là ne sont plus derrière les barreaux.

Ils sont libres. Libres de dire du bien des vins qu’ils aiment, du mal de ceux qu’ils n’aiment pas, libres de se chamailler sur la politique viticole ou autre, sur le sens du mot terroir, du mot brett, du mot bio, du mot extraction, du mot nature… Libres de trinquer quand même.

Et ils vous saluent bien!

Hervé Lalau


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Drinking on a Sunny Afternoon

C’est samedi et il fait beau. Et si on mélangeait vin et musique, pour voir? 

Ah, les Kinks ! Ils sont bien moins connus que les Beatles, les Stones, ou les Who, et pourtant, c’est un groupe qui a beaucoup compté dans les années 60 et au début des années 70. Leur premier album, The Kinks, a 50 ans cette année. Y figure notamment "You really got me" (15 ans plus tard, Van Halen en a fait une reprise toujours prisée des métalleux).

Ray Davies, l’âme des Kinks, a plus où moins inventé la pop à message en Angleterre, avec ses histoires chantées, petites scènes de la vie quotidienne, mais grandes remises en questions de l’Angleterre éternelle (Mr Pleasant, A Well Respected Man, Lola…). 

Son frère Dave, lui, a été à la base de la découverte de nouvelles sonorités, notamment indiennes, dans la musique populaire occidentale – oui, oui, avant même George Harrison ou Brian Jones. Le son saturé de sa guitare était aussi une des marques de fabrique du groupe.

KinksThe Kinks, 1965

Une source d’inspiration

Bon nombre des titres des Kinks ont ouvert la voie aux compositions de groupes aujourd’hui beaucoup plus médiatiques.  «Lazing on a Sunny Afternoon»«Waterloo Sunset»,  «Shangri-La», «I go to Sleep», Stop your sobbing », par exemple. Ces deux derniers titres ont d’ailleurs été l’objet de reprises à succès par The Pretenders.

Et à l’évidence, certains arrangements ont inspiré des gens comme Mc Cartney ou Pete Townshend. John Lennon a même confié un jour qu’il aurait voulu pouvoir harmoniser les voix comme les Kinks. Ce qui, de la part d’un Beatle, n’est pas un mince compliment !

Ambivalence

Un des albums des Kinks en particulier mérite le détour : «The Village Green Preservation Society» (1968). Au premier ou au second degré. Ray Davies y fait-il vraiment l’apologie du passé, ou bien s’en moque-t-il ? Fait-il vraiment partie des défenseurs de la bière à la pression et de la confiture de fraise artisanale, du terrain de jeu municipal et de la Custard Pie?  Ou les raille-t-il ?

Sans doute un peu des deux. Il y a chez lui une authentique nostalgie de la locomotive à vapeur mais aussi, la conscience d’une société en marche.  Un goût pour les choses simples, les moments de plaisir partagé, les sorties en famille… et le besoin de pourfendre l’hypocrisie au sein de l’entreprise, entre voisins, ou dans le couple.

Ray

Ray Davies, 1985

Acidulé

Alors demandons-nous ce que ce bon Ray aurait bu, à part de la Draught Beer ou «a good cuppa tea».

Un Jeune Maury ou un Vieux Madère ? Un Priorat ou un Saint-Emilion ? Un Pét’ Nat’ ou  un Champagne ? On manque de références à ce sujet. Mais rien n’arrête l’auteur de ce billet qui aborde aussi bien la peinture impressionniste que l’opéra wagnérien, la littérature classique et les auteurs pop. Quand il a envie d’en parler, il en parle, et puis c’est tout.

Surtout que ce bon Ray Davies est un témoin privilégié de l’évolution sociétale : il assiste, lors des Swinging 60’s, à un bouleversement des mœurs et de la consommation, notamment de vin.

Fini, le temps du butler, des caves de lords et de solicitors, le temps où les wine merchants faisaient la loi, le temps du claret, du hock, du stein, du port, du champ’, du Madeira et du sip o’ sherry.

Avec le développement des chaines de supermarchés, les Anglais découvrent le vin de marque et s’ouvrent au Nouveau Monde. Des institutions disparaissent, comme la locomotive à vapeur. Davies évoque la Custard Pie, il pourrait aussi bien parler du Muscadet, qui ne s’est jamais vraiment relevé des assauts de la concurrence du Pinot Grigio, du Vinho Verde, du Sauvignon néo-zélandais…

A écouter les chansons de Ray Davies, à relire ses textes, à entendre sa voix un peu désabusée, je dirais qu’il aurait bu de tout. Don’t choose. Ce type a écrit dans des styles très différents, balades, rock, pop, blues, hard rock. Je pense que c’est le genre d’esthète pragmatique qui aime tout  essayer. Même le vin d’Australie, puisque c’est là qu’il situe l’action d’un autre concept album: Arthur.

Par contre, j’associerais plus volontiers son style d’écriture avec un vin un tantinet mordant. Un Chablis ou un Sauvignon jeune, par exemple. Un rosé guilleret, acidulé, qu’on siroterait en terrasse, comme un cadeau de la vie, On a Sunny Afternoon… Ou un rouge relativement léger mais corsé, Cabernet franc de Loire, Gamay…

Du bon bio. Voire quelques vins dits nature.

Alors voici ma sélection : le Coteaux d’Aix en Provence Rosé de Camaïssette; le Ménetou-Salon rouge Les Renardières de Philippe Gilbert; L’Hurluberlu (un nom que Ray, alias Mr Flash, n’aurait sans doute pas renié) de Sébastian David; le Côtes Roannaises Les Originelles du Domaine Sérol. Le Morgon des Côtes de la Molière.

Et côté bulles: la Cuvée Quintessence de Franck Pascal ou Les Murgiers de Francis Boulard… ou bien encore un beau Cava de Castell d’Age, la cuvée Olivia, par exemple.

A vous de composer l’accord parfait, maintenant, à vous d’harmoniser les voix…

Hervé Lalau


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Save our penguins!

Je viens de l’apprendre et j’ai failli en vomir tout mon quatre heures. Tous les pingouins d’un zoo du Nord de l’Angleterre ont été placés sous anti-dépresseurs. Ils ne supportent plus la grisaille.

J’ai une pensée émue pour eux, mais aussi, pour tous nos amis britanniques. Et en particulier pour les deux qui oeuvrent sur ce blog.
L’un d’entre eux – David – va de temps en temps prendre son quota de vitamine D au soleil de Lomagne, mais est-ce assez pour lutter contre la sinistrose?
Quant au second, Jim, je crains le pire. D’une part, il habite Londres. De l’autre, sa pilosité faciale joue le rôle d’écran. Certes, ses chemises à fleur amènent un peu de gaité dans ce monde de gris. Mais pas sûr que cela suffise.
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Prise de bec entre nos deux amis Jim et David, lors d’un voyage de presse  (Photo Jerzy Strzelecki)
Sauf que…
Fidèles à la maxime d’Hippocrate ("que ce que tu manges soit ton médicament"),ils complètent utilement leur alimentation par un produit très sain – le sain des sains: j’ai nommé le vin.
Moyennant quoi, je les trouve dans une forme étincelante pour leurs quelque 120 ans – oui, comme les miles, une année anglaise compte pour 1,609 de nos années (soit 1.702 verges).
On aimerait en savoir plus sur leur régime. Et en particulier, la répartition par couleur et par région.
Choisissent-ils leur vin en fonction de la teneur en polyphénols ou pas?
That is the question à deux balles.

Hervé "Penguin" Lalau

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