Les 5 du Vin

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Renoir, le peintre qui aimait la vigne et le vin

Pas de polémique, aujourd’hui, juste le plaisir de mêler peinture et vin…

Marié à une Auboise, Pierre-Auguste Renoir passe 30 étés de sa vie à Essoyes, petit village vigneron aux confins de la Champagne et de la Bourgogne, tout près des Riceys. Il lie des relations avec la communauté vigneronne dont on trouve plus d’une trace dans son œuvre…

C’est en 1896 que le peintre acquiert une maison à Essoyes. L’acte de vente stipule que le terrain est planté d’une vigne. Par des écrits, on sait même qu’il s’agit de plants de Gamay. Et oui, à l’époque, le Barrois est très Gamay, le cépage sera même autorisé dans l’aire de la Champagne jusqu’aux années 1930. Malheureusement pour Renoir, le phylloxéra tue sa vigne.

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Renoir, autoportrait

Derrière le vin, le vigneron et l’endroit

Chaque année, Renoir arrive à Essoyes aux beaux jours et le quitte  dès les premiers frimas, pour les cieux plus cléments de Cagnes sur Mer (il est perclus de rhumatismes). Il ne vinifie pas. Mais il apprécie le vin. Son fils, Jean Renoir, en parle dans ses mémoires : «Son goût en vin était le même que son goût en art et les mélanges de Bercy lui semblaient aussi navrants que la fabrication des meubles en série. Derrière le vin, il voulait retrouver le vigneron et sa vigne, comme derrière un tableau il voulait retrouver le peintre et le coin de nature qui l’avait inspiré»…  Ce type aurait pu déguster chez In Vino Veritas !

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Dans les toiles de repas de Renoir, les bouteilles de vin ne sont jamais loin (Le Déjeuner des Canotiers)

Pierre-Auguste Renoir a de nombreux amis vignerons à Essoyes. Il y peint («Le Printemps à Essoyes», en 1900). Il aime les couleurs de la région, ses vignes – même si son tableau de vignoble le plus célèbre a pour cadre l’arrière pays de Cagnes.

Tout au long de sa vie d’artiste, il peint de nombreuses scènes de repas, de déjeuners sur l’herbe, de scènes de café où une bouteille de vin est souvent représentée, comme dans «Le Déjeuner des Canotiers»  (1881) ou  «Le Repas des Vendangeuses» (1888) – la femme portant une hotte n’est autre que son épouse Aline.

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Les vignes de Provence (et les vendangeuses) ont inspiré à Renoir plus d’un tableau.

Il peint aussi énormément de vignerons et de vigneronnes.

Pierre-Auguste Renoir lui-même déclare : «Je me plaisais chez les vignerons parce qu’ils sont généreux».

Curieusement, ses œuvres montrent plus souvent des bouteilles de rouge que de Champagne, sans doute parce qu’il s’intéresse d’abord aux petites gens, et ensuite, parce que le Barrois, à l’époque, est plus une région de vin tranquille.

On manque de témoignages directs, mais il semble que Renoir consomme lui même plutôt du rouge, vif et clair. La couleur de l’aube, avec ou sans majuscule !

Un Champagne d’après Renoir

La maison de Renoir à Essoyes, avec son atelier, est aujourd’hui devenue un musée, où l’on trouve une belle collection de ceps de vignes, réunie par Renoir lui même, qui adorait leurs formes.

Le village abrite aussi une maison de Champagne, la Maison Charles Collin (alias Coopérative de Fontette). Celle-ci consacre une  jolie cuvée, «La Belle Gabrielle». à la mémoire du peintre, ou plutôt, d’un de ses principaux modèles, Gabrielle Renard.

Cousine de la femme de Renoir, celle-ci était également native d’Essoyes et Aline l’avait engagée pour s’occuper de ses enfants. Et plus si affinités. C’est elle, notamment, que l’on voit sur les tableaux «Femme nue couchée» et «Gabrielle à la Chemise ouverte».

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La Belle Gabrielle, version liquide

La cuvée, quant à elle, assemble 85% de chardonnay (aussi espiègle et charmeur que l’œil du modèle) à 15% de pinot noir (aussi pulpeux que ses lèvres)… Quand on vous dit que l’art, ça se déguste…

 Hervé Lalau

Contact: Champagne Charles Collin+33 325 383 227

champagne.charles.collin@gmail.com

 

Article publié dans In Vino Veritas 161


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Contrôles et interdictions dans le vin: quelle efficacité ?

C’est en relisant le texte d’une interdiction promulguée le 31 juillet… 1395 que je me suis mis a cogiter sur l’efficacité relative des différents types de contrôle des entreprises privées que sont les producteurs de vin.

Evidemment la notion d’entreprise privée demanderait à être bien définie. Par exemple, cette notion n’avait pas le même sens à la fin du 14ème siècle que de nos jours. Je ne parle évidemment pas des expériences de gouvernance de la production par des Etats qui tentaient d’abolir la notion de propriété et d’entreprise individuelle. On se souvient des catastrophes humaines et qualitatives que cette approche a provoquées dans le pays de l’ancien bloc soviétique. Mais, malgré ces différences de contexte considérables, je crois qu’il est quand même intéressant de regarder ce qui se passe sur le moyen et long terme quand une instance, qu’elle soit politique ou économique, tente d’imposer ses choix.

Un des cas les plus radicaux dans le domaine du vin, même si nous manquons de témoignages quant à l’efficacité du décret en question, fut le décret de l’Empereur romain Domitien qui ordonnait d’arracher toutes les vignes de Gaule. En réalité, il semblerait que cela était destiné surtout aux vignes plantées en plaine et qui faisaient concurrence au blé, bien plus utile que le vin. Mais c’était tout de même assez sévère. Il a fallu attendre 200 ans  pour qu’un de ses successeurs, Probus, redonne espoir aux vignerons gaulois !

Des cas récents dans le vignoble français incitent aussi à cette réflexion, dans un registre mineur bien évidemment. Je parle de la tentative en cours par l’INAO de faire condamner au tribunal le vigneron Olivier Cousin pour un usage supposé illégitime d’un nom de région (Anjou), mais aussi à la récente condamnation à une amende symbolique d’un autre vigneron, Emmanuel Giboulot, qui a refusé d’acheter, et donc d’appliquer, un produit agréé "bio" pour se prémunir contre la cicadelle, vecteur d’une maladie de la vigne. Ces cas sont différents, bien entendu, mais ont un point essentiel en commun : le refus d’obéir à une injonction qui invoque la loi du pays, ou de l’instance qui gouverne leur domaine de production.

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Philippe II, Duc de Bourgogne

Retournons à l’édit mentionné au début de ce texte, qui émanait du Duc de Bourgogne, Philippe le Hardi, et qui frappait d’interdiction le cépage Gamay.  Je vais vous la fournir presque en entier (d’après les versions de Rossignol, 1854 et Vermorel, 1902) :

(NB, l’orthographe variable et étrange n’est pas le fait d’un anglais ignare, mais correspond aux versions citées du texte originel. N’oublions pas que nous sommes au 14ème siècle) 

"un très-mauvaiz et très-desloyaulx plant nomméz Gaamez, duquel mauvaiz plan vient très-grant habondonce de vins… Et lequel vin de Gaamez est de tel nature qu’il est moult nuysible a creature humaine, mesmement que plusieurs, qui au temps passé en ont usé, en ont esté infestés de griesz maladies… car le dit vin qui est yssuz du dit plant, de sa dite nature, est plein de très-grant et horrible amertume… Pourquoi nous… vous mandons… sollempnellement à touz cilz qui ont les diz plans de vigne des diz Gaamez, que yceulx coppent ou fassent copper en quelque part qu’ilz soient en nostre dit pais dedens cing mois".

(Je crois que je vais retenir l’expression suivante pour une prochaine critique d’un vin que je trouverai vraiment mauvais : "moult nuysible a creature humaine").

 

Gamay par Vermorel

une grappe de gamay, telle que le livre de Viala et Vermorel la montre

 

En tout cas, les gens du Beaujolais et d’ailleurs apprécieront l’avis de Philippe le Hardi. Il ignorait certainement que le Gamay est un des enfants naturels du pinot noir et, donc, par voie de conséquence, du très prolifique gourais (il faut dire que les enfants "naturels" étaient chose courante à l’époque). Quoi qu’il en soit, il est heureux que  l’internet n’ait pas existé pas à l’époque, car on imagine le tollé ! Combien de signataires de pétitions pour sauver le soldat Gaamez ?

Plus sérieusement, quel a été le résultat de ce décret plutôt sévère ? Probablement une migration du Gamay vers le Sud et les collines du Mâconnais et du voisin Beaujolais, même si quelques poches subsistent en Côte d’Or où le Gamay est admis, à la hauteur d’un tiers au maximum, dans le Bourgogne d’assemblage nommé Passetoutgrains. Nous voyons là une premier tentative, du moins en France, d’appliquer le principe qui deviendra, bien plus tard, un des fondements d’une appellation contrôlée de vin : un territoire associé à des variétés de vigne en particulier, à l’exclusion d’autres.

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Ce principe, défendu avec ardeur par les tenants du système d’appellation contrôlée (et protégée), a donné lieu à des nombreux conflits et parfois, plus tard, à des modifications du dit système lui-même. Je pense au cas de la Toscane, en Italie où l’apparition, à partir des années 1970, de vins de très haute qualité dans le région côtière autour de Bolgheri (à l’époque dénuée de toute appellation pour le vin), a enclenché un processus qui a entraîné une révision radicale de la structure des appellations dans ce pays. Ce changement de cap a également été provoqué par les absurdités des anciennes règles qui gouvernaient l’appellation Chianti et qui ont poussé certains des meilleurs producteurs à sortir de cette dénomination afin de faire de meilleurs vins rouges. Dans ces cas, les interdictions ont été favorables à la qualité, à moyen terme, mais bien malgré elles. On pourrait parler d’une "bonne contre-productivité". Le pionnier de ce mouvement fut la Tenuta San Guido, propriété de la famille Inchisa della Rocchetta et leur vin Sassicaia. Au début simple Vino di Tavola, ce vin de la région de Bolgheri a maintenant sa propre DOC, Bolgheri Sassicaia.

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Le cas du Domaine de Trévallon en France est un peu similaire mais, étant un cas unique dans sa région, ce domaine n’a pas réussi à faire plier le système des appellations contrôlées; ni à lui faire rendre raison de ses absurdités, généralement commandées par un soi-disant intérêt commun, autrement dit le nivellement par le bas. Entre 1993 et 1994, le vin du Domaine de Trévallon, déjà mondialement connu, a du troquer son modeste label de Coteaux d’Aix en Provence – Les Baux pour celui, encore plus modeste, de Vin de Pays des Bouches du Rhône. Pourquoi? Parce que l’INAO a cédé à la pression d’autres producteurs des Baux qui voulaient imposer un maximum de 25% de cabernet sauvignon dans les vins de l’appellation, alors que Trévallon en avait le double et refusait de l’arracher. Mais cela n’a pas nuit à son image, ni à ses ventes, et il continue à se vendre bien plus cher que les autres vins des Baux, car il est tout simplement meilleur.

On voit que tout système produit des contre-courants et des formes de rébellion. C’est quasiment comme une loi de la physique. Mais est-ce que cela veut dire que toute forme de rébellion ou de résistance à une force dominante est défendable ? Un anarchiste dirait forcément "oui" à cette question. Je pense qu’il faut regarder au cas par cas.

Pour aider, je propose de se poser la question suivante: est-ce que la cause défendue risque d’être bénéfique pour les consommateurs, puis, éventuellement, pour un ensemble significatif de producteurs autour ou dans une situation similaire (à défaut de tous)?

Enfin, regardons quelles sont les options pour les opposants à un système généralement bien plus fort et mieux armé qu’eux ? Il y en a trois : confrontation, contournement ou capitulation. La confrontation peut coûter cher: demandez à un opposant russe ou chinois. Le contournement serait une sorte de Wu-Wei, cher aux taoistes. La capitulation n’est probablement pas une option sérieuse pour quelqu’un qui est convaincu de son bon droit et assez déterminé. On le voit par les exemples cités ci-dessus : il vaut mieux adopter le contournement dans bien des cas. Dürrbach, de Trévallon, n’a aucun mal à placer ses vins, hors appellation contrôlée, et à des prix deux ou trois fois au-dessus de ceux qui sont restés dans l’appellation Baux. En Italie, Sassicaia, avec ses collègues de la Costa Toscana (Ornellaia,  Ornellaia, Guado al Tasso, Solaia, Masseto etc) a réussi à faire bouger les lignes d’une structure d’appellations rétrograde, inadaptée à la réalité.

Sujet à méditer pour d’autres cas, je pense.

 David Cobbold

 

 


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Drinking on a Sunny Afternoon

C’est samedi et il fait beau. Et si on mélangeait vin et musique, pour voir? 

Ah, les Kinks ! Ils sont bien moins connus que les Beatles, les Stones, ou les Who, et pourtant, c’est un groupe qui a beaucoup compté dans les années 60 et au début des années 70. Leur premier album, The Kinks, a 50 ans cette année. Y figure notamment "You really got me" (15 ans plus tard, Van Halen en a fait une reprise toujours prisée des métalleux).

Ray Davies, l’âme des Kinks, a plus où moins inventé la pop à message en Angleterre, avec ses histoires chantées, petites scènes de la vie quotidienne, mais grandes remises en questions de l’Angleterre éternelle (Mr Pleasant, A Well Respected Man, Lola…). 

Son frère Dave, lui, a été à la base de la découverte de nouvelles sonorités, notamment indiennes, dans la musique populaire occidentale – oui, oui, avant même George Harrison ou Brian Jones. Le son saturé de sa guitare était aussi une des marques de fabrique du groupe.

KinksThe Kinks, 1965

Une source d’inspiration

Bon nombre des titres des Kinks ont ouvert la voie aux compositions de groupes aujourd’hui beaucoup plus médiatiques.  «Lazing on a Sunny Afternoon»«Waterloo Sunset»,  «Shangri-La», «I go to Sleep», Stop your sobbing », par exemple. Ces deux derniers titres ont d’ailleurs été l’objet de reprises à succès par The Pretenders.

Et à l’évidence, certains arrangements ont inspiré des gens comme Mc Cartney ou Pete Townshend. John Lennon a même confié un jour qu’il aurait voulu pouvoir harmoniser les voix comme les Kinks. Ce qui, de la part d’un Beatle, n’est pas un mince compliment !

Ambivalence

Un des albums des Kinks en particulier mérite le détour : «The Village Green Preservation Society» (1968). Au premier ou au second degré. Ray Davies y fait-il vraiment l’apologie du passé, ou bien s’en moque-t-il ? Fait-il vraiment partie des défenseurs de la bière à la pression et de la confiture de fraise artisanale, du terrain de jeu municipal et de la Custard Pie?  Ou les raille-t-il ?

Sans doute un peu des deux. Il y a chez lui une authentique nostalgie de la locomotive à vapeur mais aussi, la conscience d’une société en marche.  Un goût pour les choses simples, les moments de plaisir partagé, les sorties en famille… et le besoin de pourfendre l’hypocrisie au sein de l’entreprise, entre voisins, ou dans le couple.

Ray

Ray Davies, 1985

Acidulé

Alors demandons-nous ce que ce bon Ray aurait bu, à part de la Draught Beer ou «a good cuppa tea».

Un Jeune Maury ou un Vieux Madère ? Un Priorat ou un Saint-Emilion ? Un Pét’ Nat’ ou  un Champagne ? On manque de références à ce sujet. Mais rien n’arrête l’auteur de ce billet qui aborde aussi bien la peinture impressionniste que l’opéra wagnérien, la littérature classique et les auteurs pop. Quand il a envie d’en parler, il en parle, et puis c’est tout.

Surtout que ce bon Ray Davies est un témoin privilégié de l’évolution sociétale : il assiste, lors des Swinging 60’s, à un bouleversement des mœurs et de la consommation, notamment de vin.

Fini, le temps du butler, des caves de lords et de solicitors, le temps où les wine merchants faisaient la loi, le temps du claret, du hock, du stein, du port, du champ’, du Madeira et du sip o’ sherry.

Avec le développement des chaines de supermarchés, les Anglais découvrent le vin de marque et s’ouvrent au Nouveau Monde. Des institutions disparaissent, comme la locomotive à vapeur. Davies évoque la Custard Pie, il pourrait aussi bien parler du Muscadet, qui ne s’est jamais vraiment relevé des assauts de la concurrence du Pinot Grigio, du Vinho Verde, du Sauvignon néo-zélandais…

A écouter les chansons de Ray Davies, à relire ses textes, à entendre sa voix un peu désabusée, je dirais qu’il aurait bu de tout. Don’t choose. Ce type a écrit dans des styles très différents, balades, rock, pop, blues, hard rock. Je pense que c’est le genre d’esthète pragmatique qui aime tout  essayer. Même le vin d’Australie, puisque c’est là qu’il situe l’action d’un autre concept album: Arthur.

Par contre, j’associerais plus volontiers son style d’écriture avec un vin un tantinet mordant. Un Chablis ou un Sauvignon jeune, par exemple. Un rosé guilleret, acidulé, qu’on siroterait en terrasse, comme un cadeau de la vie, On a Sunny Afternoon… Ou un rouge relativement léger mais corsé, Cabernet franc de Loire, Gamay…

Du bon bio. Voire quelques vins dits nature.

Alors voici ma sélection : le Coteaux d’Aix en Provence Rosé de Camaïssette; le Ménetou-Salon rouge Les Renardières de Philippe Gilbert; L’Hurluberlu (un nom que Ray, alias Mr Flash, n’aurait sans doute pas renié) de Sébastian David; le Côtes Roannaises Les Originelles du Domaine Sérol. Le Morgon des Côtes de la Molière.

Et côté bulles: la Cuvée Quintessence de Franck Pascal ou Les Murgiers de Francis Boulard… ou bien encore un beau Cava de Castell d’Age, la cuvée Olivia, par exemple.

A vous de composer l’accord parfait, maintenant, à vous d’harmoniser les voix…

Hervé Lalau


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Manet’s Portuguese Picnic

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On Sunday I went for a long walk in Lisbon. After a week mainly devoted to heavy rain the sun had finally come out of Saturday and it continued sunny into Sunday, so I had to take advantage of the sunshine.

Although I had a rough idea of the route I would follow I left myself free to go where seemed interesting. This is how I came across the Tapada das Necessidades, a little known park close to the centre of Lisbon. I don’t normally inflict my walking itineraries of readers of Les 5 du Vin. However, I only discovered on my return from my walk that Tapada das Necessidades apparently has an intriguing connection with one of France’s most famous paintings: Le Déjeuner sur l’herbe by Edouard Manet.  The Portuguese version of Wikipedia claims that one of the inspirations for Le Déjeuner was a visit Manet paid here in 1859. It has to be said that this claim has not found it way into either the French or English versions on Wikipedia.

No matter – one of the things that intrigues me about Le Déjeuner sur l’herbe is both the marked absence of a substantial picnic and the lack of wine. In the panier and beside it, close to the naked woman, are a few bread rolls and some fruit including five cherries. Beyond the panier under the tree there appear to be some pies. Is the picnic already over with the woman in the background washing up the dishes? Is her naked friend starting to play footsie with the gent in the cap? Would the follow-on have been entitled Le romp sur l’herbe?

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Convenient pool in the Necessidades to chill wine

Or is the picnic yet to start and is the woman in the pool checking to see if the bottle of Portuguese wine has cooled sufficiently to serve? Is it white or rosé – even a white Port? We will have to come up to date here as even Mateus Rosé, better made than it is often given credit for, was only created in 1942. My choice for the foursome whether they are minded to picnic, romp or do both would be a Vinho Verde Alvarinho with a little bottle age to give it increased complexity and weight.

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The other day in a restaurant in Sintra we drank an excellent bottle of 2008 Alvarinho from Palacio Da Brejoeira. It would be ideal for Manet’s Portuguese picnic.

 

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Le vin, une sacrée boisson

Au temps des Gaulois, le vin avait une fonction sacrée.

Les amphores décapitées offertes par le chef étaient vidées par le groupe des guerriers; elles symbolisaient le sang des ennemis vaincus et proprement égorgés, dont on s’appropriait ainsi le courage. Le vin coulait à flots, il était consommé à grosses lampées et jusqu’à ce qu’ivresse s’ensuive. Les nombreux tessons d’amphores retrouvés dans les lieux où se tenaient ces  séances en témoignent encore…

Ces libations étaient un peu grossières, paraît-il. Les glabres Romains se moquaient des Gaulois chevelus, qui, comble de la barbarie, buvaient le vin pur quand eux le buvaient coupé d’eau (sauf peut-être lors de leurs Bacchanales). Mais pour les Gaulois, ce rite constituait tout de même un progrès en termes de civilisation, par rapport aux pratiques antérieures. C’était beaucoup moins moins salissant. Et puis, les Romains étaient  les premiers pourvoyeurs de vin des Gaulois;  ils y trouvaient leur compte. On dit même que le commerce du vin aurait été une des causes de la Guerre des Gaules – il s’agissait de conquérir de nouveaux marchés, de nouveaux gosiers.

618px-Dalou_Bacchanale_Serres_d'Auteuil_01Scène de Bacchanales

Une chose est sûre: les Romains ont longtemps interdit aux pays conquis la culture de la vigne (avec plus ou moins de succès), dans l’espoir de s’en réserver le profit.

Puis, avec le Christianisme, vint le temps du vin à fonction sacerdotale – le vin, là encore, ayant valeur de sang. "Car ceci est la coupe de mon sang, le sang de l’alliance nouvelle et éternelle  qui sera versé pour vous et pour la multitude en rémission des péchés".

Il s’agit en fait d’une reprise de rites pré-existants: lors des Mystères de Bacchus, dans la Rome païenne, on faisait force libations de vin. Et celles-ci rappelaient celles offertes par les Grecs en l’honneur de Dionysos.

On peut aussi y voir un rappel de la Pâque juive: "Quand l’Éternel traversera l’Égypte pour frapper et qu’il verra le sang sur le linteau et sur les deux poteaux, l’Éternel passera par–dessus la porte et ne laissera pas le destructeur entrer dans vos maisons…". (Exode 12:23).

Curieusement, l’Eglise catholique utilise aujourd’hui du vin blanc, beaucoup moins évocateur. Mais les aubes et les surplis sont ainsi plus longtemps propres…

dyn009_original_443_650_jpeg_2615349_bd391430f7c2be68b3fa4f20345a9056Avec son Gamay gaulois, Marcel Lapierre renouait avec l’histoire…

Aujourd’hui, le vin a beaucoup perdu de sa fonction sacrée.

Même le concept de vin "prolétarien", présent dans toutes les musettes des masses laborieuses, a perdu du terrain à mesure que les cols blancs remplaçaient les travailleurs de force. C’est peut-être pour ça que la défense du vin a tant de mal à se faire entendre face aux lobbys anti-alcool. Un vin prolétarien aurait sans doute plus de soutien dans les médias que les grandes cuvées qui fleurent l’élitisme.

Drôle de contradiction: tout le monde devrait se féliciter de voir les ouvriers boire moins de jaja et la qualité s’améliorer, non?

Pas les psychorigides qui légifèrent ou qui procédurent.  Ils n’en sont plus à un contresens près: ils confondent vin et alcool, raisonnent en litres et en degrés. Bien sûr, leur idéal d’abstinence socialement correcte est pavé de bonnes intentions. Mais c’est l’enfer au bout du chemin pour les amateurs de vin de qualité. Le nivellement par le bas: Yquem, Latour et Vieux Papes, même opprobre…

Ah, messieurs les sinistres de la République, messieurs les tartuffes, voulez-vous bien nous lâcher… la grappe ? Et nous laisser la Gaule…

 

Hervé Lalau

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