Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


19 Commentaires

Le vin des Beatles (White Album, Blue Nun)

Octobre 1968. Les Fab Four enregistrent le White Album. Non sans efforts. Le groupe vient de perdre son manager, Brian Epstein, et des conflits larvés apparaissent au grand jour entre les membres du groupe. John Lennon insiste pour que sa nouvelle compagne, Yoko, soit présente à tous les enregistrements. Paul Mc Cartney intervient de plus en plus dans les choix de production. George Harrison est frustré que si peu de ses chansons soient retenues sur chaque album. Ringo Starr supporte de moins en moins les luttes d’égo entre ses partenaires et se replie sur sa famille. L’album, très disparate, entre rock, blues, balades, folk et expérimentions, illustre assez bien cette dispersion, cet éclatement.

the-beatles-the-white-album

Un petit coup de blanc…

L’ambiance lors des sessions est assez délétère. Alors, un petit coup de blanc, cela peut aider. À l’époque, en Angleterre, un vin rencontre un succès digne de la Beatlemania: le Liebfraumilch de Blue Nun. Bouteille bleue, saveur acidulée, doucereuse, c’est le genre de chose que les enfants de la guerre sirotent sans y penser ; avec d’autant plus de plaisir qu’ils ont été sevrés de sucre dans leur enfance.

«Synesthésie»

Et c’est donc ce que les Beatles boivent au studio d’Abbey Road pendant l’enregistrement de Long Long Long – un morceau lent signé Harrison. Lennon est absent. Mc Cartney est à l’orgue; une note de l’instrument secoue l’ampli sur lequel a été posé la bouteille de Blue Nun. Celle-ci se met à vibrer, émettant une sorte de cliquetis bizarre. Les Beatles, qui aiment les sons improbables, le gardent à l’enregistrement, on entend donc distinctement ce bruit de verre à la fin du morceau (à partir de 2’39’’).

A l’époque, dans les milieux artistiques, on parle beaucoup de «synesthésie» ; on mélange les sensations: «tangerine trees and marmalade skies»… Est-ce la consommation de drogues, ou bien seulement l’air du temps? Les poèmes, les chansons mettent des couleurs sur les sons, des odeurs sur les mots; incidemment, cette mode sera reprise plus tard par de nombreux critiques vineux: ne dit-on pas d’un vin qu’il a la bouche cristalline, par exemple? Ou qu’il est solaire?

Et puis, dans Glass Onion, toujours sur le White Album, John Lennon évoque une réalité déformée, le monde vu au travers d’un cul de bouteille…

Mais sur Long Long Long, la synesthésie est réelle: on peut vraiment entendre un vin!

Bien sûr, pour les œnophiles, l’histoire aurait été encore plus belle si les Beatles avaient carburé à l’Egon Mueller. Mais on ne peut pas changer l’histoire…

Blue Nun, la métamorphose

A peine un an après cet enregistrement, le groupe se sépare.

Mais la marque Blue Nun, elle, existe toujours. Rachetée à Sichel par le groupe Langguth, elle vend aujourd’hui plus de 5 millions de bouteilles par an – plus que dans sa période de gloire des années 70. Il faut dire que son offre ne se limite plus au Liebfraumilch. C’est aujourd’hui une marque ombrelle pour ses blancs secs du Palatinat, du merlot de Provence, du rosé espagnol…

Hervé Lalau

Article paru dans In Vino Veritas, Février 2013


22 Commentaires

A bas le protectionnisme des cépages: le cas du teran

Je rebondis ici sur un sujet abordé dans ce blog très récemment par Hervé Lalau dans un excellent papier avec lequel je suis en parfait accord.

http://les5duvin.wordpress.com/2013/05/01/les-cepages-sont-a-tout-le-monde/

On voit, de temps en temps, une région, voire un pays, tenter de jouer la carte du protectionnisme avec certaines variétés de vigne pour étouffer toute concurrence. Autant je considère qu’il est tout à fait légitime et souhaitable d’avoir une législation claire qui protège une appellation géographique en la rendant exclusive à son origine, autant une telle approche ne peut en aucun cas être justifiée pour un cépage dont l’origine géographique est toujours incertaine et difficile à cerner dans le temps, sans parler du fait que son étendue géographique traverse largement nos frontières politiques actuelles.

teran

grappe de Teran, de la famille des Refosk

Un cas actuel m’amène à parler de ce sujet mais j’ai aussi le souvenir qu’il y a quelques années l’Alsace a tenté de mettre main basse sur deux cépages, le Riesling et le Gewuztraminer, en empêchant d’autres régions françaises d’en planter (ndlr: un arrêté de 2012 interdit l’usage de ces cépages en Vin de France, de même que certains cépages savoyards).

Vu que ces deux variétés, et surtout le Riesling, sont très plantés dans d’autres pays et sont probablement originaires de l’Allemagne de toute façon, je trouve cette attitude absurde et je ne comprends pas que l’INAO en France ait pu l’appuyer, obligeant même un très bon vigneron, Jean-Louis Denois, d’arracher ses parcelles de ces deux variétés au-dessus de Limoux ! Et maintenant, on en replante parce que la législation européenne interdit, paraît-il, ce genre d’absurdité. Espérons qu’elle refuse alors à la Slovénie ce qu’elle essaie d’imposer à son voisin du Sud, et peut-être aussi à l’Italie !

paysage d'Istrie

Paysage d’Istrie, en Croatie, un des berceaux du cépage Teran (photo DC)

 

Un cas d’école

Le cas actuel dont j’ai parlé se passe entre la Slovénie et la Croatie autour d’un cépage rouge, le Teran, ou Terrano. La variété est connue en Istrie (Croatie) depuis le 14ème siècle mais se trouve aussi en Slovénie et en Italie. Comme toute variété ancienne il a pas mal de synonymes : Cagnina (en Frioul et Emile-Romagne), Rabiosa Nera (Breganza), Refosco del Carso, Refosk ou Refosco d’Istria (Slovénie et Croatie). Mais il s’agit bien d’une variété distincte du Refosco dal Pedoncolo Rosso, avec laquelle elle a longtemps été confondue.

Nous savons que les frontières politiques non seulement ne sont pas constantes dans le temps (et l’ex-Yougoslavie en est un excellent exemple), mais ne peuvent pas être étanches au mouvement des plantes, par exemple. De plus, il est très hasardeux de dire avec précision où une variété de vigne à vu le jour pour la première fois.

Je ne vois pas alors comment un seul pays ou région peut être autorisé de s’accaparer un cépage. C’est pourtant ce que la Slovénie essaie de faire en ce moment en empêchant des vignerons croates, de la région d’Istrie où il y a quelques 400 hectares de la variété plantés, d’utiliser le nom Teran pour leur vins qui en sont pourtant issus ! Même si, de nos jours, cette surface ne représente qu’environ 8% du vignoble de cette belle région qui borde l’Adriatique, en regardant les archives, on constate qu’il y en avait quelques 35,000 hectares de teran en Istrie vers 1880. Environ 25 producteurs croates mettent en bouteille des vins issus du seul cépage teran de nos jours, et ils se voient confrontés à l’interdiction d’appeller leur vin par son nom de cépage légitime par une sombre manoeuvre opéré par la Slovénie pour garder l’exclusivité du nom Teran sous la législation européenne. Et la Croatie entrera dans l’Union Européenne en juillet 2013.

terra rossa

 Terra Rossa en Istrie, sol qui semble convenir au cépage Teran (Photo DC)

J’ai pu dégusté, à diverses reprises, plusieurs vins issus de cette variété, aussi bien slovènes qu’italiens ou croates. Un récent voyage en Istrie m’a permis de goûter les vins croates qui figurent ci-dessous. Le Teran (ou Terrano) semble particulièrement adapté à des sols calcaires rouges, riches et fer, et c’est là où on le trouve, du moins en Slovénie (sur le plateau de Kras), et en Istrie croate.

Il produit des vins assez tannique mais pas très colorés, avec une acidité élévée et un alcool plutôt faible. Sa localisation sur certain types de sols lui a donné des appellations associées quand il est utilisé seul : Terrano del Carso, en Italie; Kraski teran, en Slovénie ; Istarski teran, en Croatie. Mais on le trouve aussi parfois en assemblage. L’influence historique de l’Italie dans ces parties proches de la mer Adriatique de la Slovénie, comme de la Croatie, a été considérable et l’italien y est souvent la deuxième langue.

florr detail et Koslovic (2)

Ivan Damjanič (photo DC)

Damjanič, Clemente 2009

(60% merlot, 20% cabernet sauvignon, 15% teran, 5% borgonja)

Le teran a été séché en cagettes, puis macéré pendant 2 mois afin d’assouplir ses tannins et réduire son acidité naturellement élévé.

Le vin porte encore l’empreinte de son élévage sous bois (14 mois, puis 10 mois en cuve inox) et montre la souplesse et le fruit du merlot, bien associé à l’acidité et à l’astringence des deux variétés locales (la variété borgonja, dont il n’en reste que très peu en Croatie, n’est autre que le blaufrankisch). Un beau vin qui sera à son meilleur d’ici un an. 15/20.

Prix conso: 16,50 euros

bottles of Damjanic

La cuvée Clemente, à droite, de Damjanič (photo DC)

DSC_0335

La belle gamme de vins de Benvenuti (photo DC)

Benvenuti Teran 2009

Le nez oscille entre l’animal et la cerise griotte. C’est structuré, assez intense, et un poil rustique à cause de tannins pas trop aimables. Très juteux quand même, mais j’ai soupçonné une petite touche de bretts. 14/20

Prix conso: 18 euros (ce qui m’a semble assez élevé pour ce vin d’un producteur qui fait par ailleurs des vins tout à fait remarquables en blanc avec le cépage Malvazia)

Koslovic sign

Les installations de Kozlovič sont à la pointe de la modernité (photo DC)

Kozlovič, Teran 2012

(un échantillon en cours d’élevage, fermentation en cuve bois)

Un fruité somptueux qui est porté par une très belle acidité. Croquant et ferme, semble moins tannique que le 2011. 15/20 (note provisoire)

Prix conso: probablement 10 euros (pas encore en vente)

florr detail et Koslovic

Kozlovič, Teran 2011

Vin fin finissant très sec, avec un fruité qui rappelle des baies noirs sauvages. La structure est délicate mais ferme par ses tanins pourtant bien  intégrés. La finale est claire et bien fruité. Délicieux. 14,5/20

Prix conso: 10 euros

DSC_0369

Antonella  Kozlovič, avec son mari, a bien développé cette affaire familiale

(photo DC)

Kozlovič, Othello 2009

(70% teran, 15% cabernet sauvignon, 15% merlot)

Très belle richesse dans la matière, mais aussi une superbe fraîcheur aporté par le teran. Une pointe d’amertume en finale qui caractérise souvent cette variété. Excellent équilibre dans ce vin encore austre mais fin. 15,5/20

Prix conso: 12 euros

Cossetto, Teran 2009

Robe assez intense mais nez pas très net. Le boisé est excessif et donne un aspect caramel aux saveurs qui devient vite envahissant. 11/20

Prix conso: inconnu

J’espère, pour conclure, que le bon sens prévaudra dans cette affaire qui est aussi lamentable et dérisoire que tous les autres du même genre (Alsace, Picpoul et compagnie en France, par exemple). Hervé Lalau l’a bien dit: "Les cépages sont à tout le monde".

David


9 Commentaires

Dark Side of the Moon, 40 ans après…

Les anniversaires, ça ne sert à rien. Sauf peut-être à se rappeller quelques jolies choses. Ce matin, je réalise que Dark Side of the Moon a 40 ans.

Sur l’album suivant du Floyd, Roger Waters évoque le succès hors normes de ce disque devenu mythique: "we’re so happy we can hardly count" (Have a Cigar).

pink_floyd_-_dark_side_of_the_moon

 

Pour moi, qui venais de fêter mes 11 ans, ce fut surtout le déclenchement de plein de découvertes, musicales, mais aussi littéraires et linguistiques. Les paroles de Waters m’ont donné envie de vraiment m’intéresser à l’anglais, ce qui, dans la France des années 70, n’était pas gagné. Mais j’anticipe, car le sens des paroles, je ne l’ai pas découvert avant 76-77, je pense. Entretemps, j’avais eu en mains Wish you were here et Animals, si ma mémoire est bonne. Et The Wall n’allait pas tarder à sortir.

Bon, je vous raconte ma vie, ça n’a aucune importance, et ça n’a aucun rapport avec le vin.

Sauf que cet album, encore aujourd’hui, je le déguste comme un grand cru. Les sonneries sur Time, la guitare et la caisse sur Money, les battements de coeur de Speak to Me, la voix sur The Great Gig in The Sky, et puis toutes les petites phrases en "off": "There’s no dark side of the moon, really – as a matter of fact, it’s all dark…"

Hmmm, on dirait un grand Châteauneuf du Pape. Une texture soyeuse, comme le sax et l’orgue sur Us & Them; de la puissance, de la violence, sous-jacente – "Listen son, said the man with the gun, there’s room for you inside"; une belle charpente acide – "think i’ll buy me a football team…"; une sorte de sérénité mélancolique "hanging on in quiet desperation is the English way", plus qu’un grain de folie, aussi: "the lunatic is in my head". Bref, un grand classique.

Happy birthday!

And then one day you find ten years have got behind you…

Hervé


Un commentaire

Jules Chauvet dans le texte

"Jules Chauvet (1907-1989). Négociant-éleveur de vin, installé à La Chapelle-de-Guinchay dans le Beaujolais.

Outre ses qualités de vigneron et de dégustateur, il possédait des compétences de chimiste, acquise à l’école de chimie de Lyon puis auprès de Otto Warburg, avec lequel il entretint une longue correspondance. Il travailla notamment sur les levures, la fermentation malolactique et la macération carbonique.

Pédagogue, animé d’une grande force de conviction, il est un peu le père du mouvement des vins naturels. Il laisse une œuvre littéraire de qualité, dont L’Arôme des vins fins, texte d’une conférence prononcée à la foire des vins de Mâcon en 1950".

C’est ce qu’on peut lire sur lui sur Wikipedia. Pas sûr que ça rende tout à fait justice au personnage.

Moi qui reviens de chez Duperray, à la Chapelle de Guinchay - un vigneron que Chauvet ne renierait pas, j’aimerais ajouter une pierre à l’édifice de sa mémoire collective, celle qui ne figure ni sur internet, ni dans les banques de données, mais dans les têtes, dans les gestes et dans les vins. Et notamment dans ceux  des vignerons de ce Beaujolais que j’ai (re)découvert avec un énorme plaisir, parce qu’en lieu et place de chaptaliseurs fous, j’y ai rencontré des vignerons épris d’authenticité (d’accord, les premiers existent  encore, mais ce n’est pas mon sujet).

Bon, alors, la pierre (sans jeu de mot, Mathieu), c’est cette copie d’un article datant de 1960 et paru dans le Bourguignon Viticole (cliquez sur l’image pour l’agrandir):

IMG_2373

On se prend à rêver de ce que serait le vin en Beaujolais, en Bourgogne, et au-delà, si tout le monde avait appliqué ces principes.

On ne refait pas l’histoire, hélas. Mais pour l’avenir, il est encore temps. Amis oenophiles, vous avez ce pouvoir: vous votez à chaque bouteille que vous achetez…

Hervé


Un commentaire

Die, Tonton, qu’est-ce que tu bois?

Le saviez-vous ? Die compte parmi les plus anciens terroirs de vin à bulles au monde. Laissez donc Tonton Hervé vous en conter l’histoire…

Il était une fois au bord des Alpes un peuple qui s’appelait les Voconces, et qui produisait du vin selon une curieuse méthode; d’après Pline l’Ancien, qui les cite dans son Histoire Naturelle, ces Gaulois plongeaient les récipients contenant le vin en début de fermentation dans les rivières de leurs montagnes pour lui conserver son pétillant – le principe même de la Méthode Dioise. Pline écrivait ceci en 77 après JC, ce qui ne nous rajeunit pas. Et des outils à vocation bachique retrouvés sur le site d’une ancienne villa viticole de Pontaix confirment le passé viticole antique de la région.

Diois

Au bout du Diois

Vive le chemin de fer!

Preuve supplémentaire de la qualité des vins: au 14ème siècle, un édit interdit l’apport de vins extérieurs dans l’aire de production de la Clairette de Die.

Celle-ci connaît un premier essor au 18ème siècle, avec la création de nombreuses caves. Avec l’arrivée du chemin de fer, à la fin du 19ème siècle, elle part à la conquête du marché français; dès 1910, elle est reprise dans le classement des futures appellations. Ce statut d’AOC lui est conféré en 1942.
La production connaît un nouveau développement avec la création de la cave coopérative, en 1950. Développement qui se traduit par un accroissement de la superficie viticole.
Dans le même temps, les procédés de production sont mieux encadrés: en 1971, la Méthode Dioise Ancestrale -utilisée pour cette seule AOC- est précisée.

La méthode Dioise

Dans cette méthode, différente de celle utilisée pour les Crémants, la première fermentation est volontairement incomplète. Elle est ralentie ou arrêtée par le refroidissement du moût à basse température. Le moût est par la suite mis en bouteille, sans ajout de liqueur de tirage, et le processus de fermentation est relancé par une augmentation de la température, le dioxyde de carbone généré lors de cette fermentation en bouteille créant l’effervescence. La fermentation s’arrête naturellement lorsque le vin atteint un degré d’alcool proche de 7° à 9°. Les vins produits par la méthode rurale sont parfois troubles à cause de la présence de sédiments. A Die, on utilise un filtrage sous pression qui permet de clarifier le vin sans pour autant nuire à son effervescence.

Outre la Clairette de Die (paradoxalement, majoritairement issue de Muscat), les 31 communes de l’aire d’appellation du Diois produisent aussi le Crémant de Die (appellation reconnue en 1993). Il s’agit d’un vin effervescent élaboré selon la méthode dite traditionnelle.

En parlant de tradition, et pour ne pas rester la bouche sèche après toutes ces explications, j’ai débouché une Clairette Bio Tradition de chez Jaillance (alias Cave de Die). Voici mes notes de dégustation.

Robe : Brillant, or pâle, bulle fine. Nez: Pâte de coing, herbe fraîche, notes de fruits exotiques. Bouche: équilibrée, notes d’infusion (tilleul, camomille…) et belle nervosité, de l’élégance – il y a une vie après la touche sucrée.

Accords gourmands: tout seul, en milieu d’après-midi. Ou bien au dessert, sur des glaces, des tartes, des crumbles au fruits, ou un moelleux au chocolat.

Hervé Lalau

PS. Quand le sage montre la lune, est-ce que l’idiot regarde le Diois?

 

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Joignez-vous à 6 241 followers