Les 5 du Vin

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Les tribulations de la famille Vanwijn : coins cachés en Rhône Nord (épisode 1)

Article paru dans In Vino Veritas n°168

Les aficionados des plus belles syrahs du monde sauteraient de joie à l’idée de passer leurs congés près de Tain l’Hermitage; c’est le cas du père Vanwijn, bien sûr. Mais ma soeur et moi, nous avons décidé de faire la gueule tout le trajet. On nous dira « pourquoi tant de haine? » C’est simple: qu’il y a-t-il à faire dans le nord du Rhône? Papa a beau raconter tout ce qu’il veut, on ne l’écoute plus. Même Djibou, notre chien, n’a plus quitté son panier. Mais c’est décidé, on part demain tôt dans la matinée.

Arrêt antidépresseur

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Arrivé en début d’après-midi à Tain l’Hermitage, la voiture s’arrête au bord de la N7. Plongez dans nos jeux, la musique hurlante, il faut nous secouer pour nous rappeler à la réalité. Pause chocolat, ça vous va ? Hurle papa. Eberlués, on contemple le tout nouveau bâtiment de la Cité du Chocolat de Valrhona. Il ressemble à une grosse boîte de pralines. Ma sœur reste tétanisée devant le mur végétal de la façade principale, la nature elle aime. Bon, on entre ? Et tout de go comme un ado, notre père nous inscrit à l’atelier dégustation, 2 heures de pur bonheur, manque plus que les lunettes roses pour se croire perdu sous les tropiques. Provisions faites à la boutique, on sort le sourire enfin retrouvé. Après une telle thérapie, on est prêt à réaffronter la vie. Papa ne s’y trompe pas et nous emmène dans une autre boutique, celle de la Maison Chapoutier. Les hauts verres scintillent et se remplissent de quelques Crus, il nous faut une Syrah qui va avec le chocolat. Le Cornas Les Arènes 2010 semble tout indiqué, d’ailleurs, il fera une bonne partie du repas de demain. Puissant, mais aussi gourmand, il se parfume de fruits noirs bien mûrs, il est suave et bien épicé, les tanins bien présents, de quoi bien agrémenter une côte à l’os puis de le confronter à d’autres tanins, ceux de quelques crus Valrhona. Le choc risque d’être à la fois impressionnant et délicieux.

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Valrhona pour qui ne connait pas est une chocolaterie créée à Tain l’Hermitage. Cette étape incontournable pour les gourmands s’est dotée depuis 2013 d’un espace dédié au chocolat et ouvert tous les jours.

Au milieu de l’avenue Paul Durand, l’artère qui mène à la gare de Tain, se trouve le Caveau M. Chapoutier.

Manger, puis dormir

Avant de rejoindre notre lieu de séjour perdu au milieu des vignes, on fait un saut à la Cave de Tain qui possède un intéressant caveau didactique. Quelques Saint Péray effervescents viennent compléter nos achats. Ils ne feront pas la semaine, frais, aux arômes de fruits blancs sur lit minéral, ils accompagneront nos mises en bouche de fin de journée. http://www.cavedetain.com

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Entretemps en route, c’est pas loin, pour le Mangevins, c’est dans la même avenue que le Caveau précédemment visité. Vincent Dollat et son épouse Feiko y officient. La cuisine, on peut appeler «fusion», comme la Fleur de Courgette et escargots en tempura qui possède certes un accent de chez mais avec une nuance nippone. Le Condrieu 2012 de Pierre Gaillard accepte l’exotisme, rafraîchit le gastéropode et nuance de violette la fleur de courgette.
En route pour notre logement. On occupe un gîte à Chanos-Curson perdu au milieu du vignoble, La Farella. La piscine nous fera un bien fou avant un repos bien mérité, mais pourquoi tu ne nous a rien dit papa ? J’ai tout expliqué, mais vous n’avez rien écouté. Ça vous a fait de belles surprises pour cette première journée. Il y en aura quelques autres, elles s’égraineront tout au long de notre séjour tant redouté. Bonne nuit.

Sport ou culture ?

Bien évidemment ma sœur voudrait enfourcher son vélo et parcourir les collines alentours. Moi, un petit saut au musée archéologique de Vienne me plairait plus. La décision est simple, si le temps n’est pas trop chaud et peu de vent, on fait du vélo, j’ai un bon contact explique mon père. Si le climat nous fait des caprices, direction le musée termine papa. Demain, on nous prévoit une température de cycliste…

Rendez-vous au Domaine Habrard à Gervans, pour parcourir l’appellation Crozes-Hermitage. Fabien Louis, notre guide, nous attend derrière ses vélos électriques, ma sœur a le sien.
Voilà un engin que je n’ai jamais essayé, paraît qu’avec cette modernité les côtes se montent les doigts dans le nez. Comme tout voyage oenotouristique et culturel pour son petit cour de géologie tout au long de la promenade, on démarre avec une dégustation des vins du domaine d’accueil. Laurent Habrard nous montre la différence entre les Marsanne expressives plantées sur lœss en Crozes et la puissance retenue du même cépage qui pousse aux Roucoules en Hermitage.

Les fourmis nous démangent, en route

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C’est le moment choisi pour présenter l’entité aux étrangers, nous et une poignée bigarrée d’Allemands et de Hollandais qui n’y ont jamais mis les pieds. Cépages, sols, style de vin sont décrits par Fabien Louis, également sommelier qui tient à Thain un bar à vins, Des Terrasses du Rhône http://www.ausommelier.com http://www.baladesviticoles.com
En route, c’est parti pour 500 m et premier arrêt, histoire d’admirer la portion la moins connue de l’appellation, les granits qui en occupent toute la partie nordique et qui se termine avec la colline de Thain, aire de l’Hermitage. Ça monte, ça descend, on s’arrête de temps en temps pour souffler, prendre quelques photos, admirer le travail des vignes.

L’ascension jusqu’à Larnage

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Au milieu des monticules granitiques gît une particularité géologique qui se mérite, vélo électrique ou pas, le miens ne devait pas être branché, et c’est au bout de plusieurs lacets qu’enfin on accède à ce terroir écrit en vert sur fond blanc. Le sol gris blanc très clair est assez impressionnant, composé de kaolin, une argile complètement altérée qui s’emploie dans la fabrication de la porcelaine. Un terrain assez rare et encore plus rarement planté de vignes. Il donne des vins droits, presque austères, tendus par l’acidité due à la forte teneur en silice. Les Domaines Belle et Rémizières y ont plusieurs parcelles, comme René Jean Dard et François Ribaud (Dard & Ribo) qui en font la mythique cuvée K. On y passera goûter tout ça.

Folle descente

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En rasant la colline de l’Hermitage, ce qui permet d’en admirer de près les enseignes hollywoodiennes…
Les granits nordiques nous laissent pour les anciennes terrasses du Rhône d’altitudes décalées, nous ce qu’on voit c’est que ça descend et on est bien content. Au décrochage entre ces deux espaces plans apparaissent quelques pentes argileuses du côté de Mercurol. C’est le terroir des Pends qui donnent des vins minéraux, argile tu m’entends, mais bien enrobés de chair, frais. Le Domaine des Entrefaux en tire un joli parti. Les Crozes Hermitage Les Pends blanc et rouge viendront remplir notre escarcelle.

Enfin les Châssis

Arrive la plaine des Châssis, celle qui abrite quelques domaines réputés comme Le Clos des Grives de Laurent Combier http://www.domaine-combier.com ou encore Alain Graillot avec aujourd’hui son fils Maxime qui tient la barre http://www.alaingraillot.com . Les vins y sont certes plus solaires, plus puissant, mais leur structure minérale leur apportent fraicheur et élégance.
La balade se termine autour d’un verre, celui de l’effort fourni, histoire de nous réhydraté, celui de l’amitié, histoire de trinquer aux belles appellations et au terroir dans les jambes.

Demain repos !

Ciao

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Marco


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Piémont vs Andalousie : le meilleur pour un Bélier !

Je pourrais étaler des noms sur une liste proprette, vous déballer des châteaux à tours de bras et autant de domaines à la queue leu-leu, vous mettre l’eau à la bouche, dresser un compte-rendu aussi savant que détaillé, vous faire partager du « name dropping » à foison façon aboyeur de l’Élysée ou de Buckingham, vous en mettre aussi plein les mirettes à faire se pâmer tous les pseudos connaisseurs soucieux d’étaler leur science. Je pourrais aussi en appeler à Dédé la Farine (à défaut de « la Sardine »), je veux dire Léon le Troksiste, ou Luky le Belge, sachant que depuis qu’il ne vient plus nous voir ça doit le démanger quelque part lui qui, en plus, est un vieux pote au Portugais (Hollandais) que je vais citer si tout va bien d’ici quelques lignes… Oui, je pourrais frimer. Mais voilà, je viens d’avoir 66 berges et, même si je me conduis encore comme un gamin, il y a des limites à ne pas dépasser.

Sur le marché de Pézenas, samedi dernier... Photo©MichelSmith

Sur le marché de Pézenas, samedi dernier… Photo©MichelSmith

Mais d’abord, quelques explications. J’étais à Pézenas en cette fin de semaine, d’une part pour y faire mes courses au marché du samedi, d’autre part pour honorer un gueuleton dominical manigancé par mon ami Bruno et toute une clique de copains complices dont le célèbre « showviniste » Olivier Lebaron, les facétieux Catherine et Daniel Leconte des Floris et le sémillant Philippe Richy du Domaine Stella Nova accompagné de sa fille Anne. Rassurez-vous, je ne vais pas vous conter dans le détail ce rassemblement de vieux(eilles) routards(es) du vin tous débraillés et hirsutes (ou avec ce qu’il restait de poils sur le caillou), ni vous hacher menu le détail du repas. Je suis pressé et vous l’êtes aussi très certainement. Sauf que ça se passait au sommet d’un hôtel particulier, celui de Lacoste, dont la façade nord est, en partie, occupée par la Société Générale. Mais bon, la cité dite « de Molière », dite aussi la « petite Versailles du Languedoc », dite encore « ville de Bobby Lapointe  », doit bien compter une cinquantaine d’hôtels classés dignes de ce nom, alors…

Nathalie et Olivier Lebaron. Photo©MichelSmith

Nathalie et Olivier Lebaron. Photo©MichelSmith

Mon ami Bruno Stirnemann, gourmand et brillant orchestrateur des Accords de Bruno avait donc prévu comme à son habitude un monumental repas dont il a le secret, repas entrecoupé (entre chaque plat) de la brève présentation d’une vingtaine de vins de Bourgogne, de Bordeaux, mais aussi d’Espagne, de Hongrie, d’Italie, du Jura, du Roussillon ou de Languedoc. Parmi tous ces flacons, un vin m’est apparu bien au dessus du lot, très jeune et enjoué, frais et tranchant, copieux mais sans excès. Ce blanc 2010 n’est autre que le fruit d’un pur Palomino Fino, le cépage du Jerez, région qui recèle de nombreux trésors cachés. Ceux-ci sont le plus souvent mis à jour par les membres passionnés de l’Equipo Navazos qui, bien qu’intéressés par tous les vins espagnols, semblent avoir une prédilection pour l’Andalousie. Leur mission : détecter des pépites dans les caves du royaume, se les réserver, suivre leur élevage, puis leur mise en bouteilles, enfin leur commercialisation. Je vous avais déjà déterré quelques bouteilles ici même. Vous ne pourrez pas me dire que vous n’étiez pas au parfum. Il semblerait qu’en France ces vins soient en vente à la Maison du Whisky à Paris. Alors, cherchez-les et réservez-les !

Un blanc extra ! Photo©MichelSmith

Un blanc extra ! Photo©MichelSmith

Cette fois-ci, les fadas de Equipo Navazos ont trouvé aussi cinglé et exigeant qu’eux puisqu’ils se sont associés au Portugais Dirk Niepoort, dont la famille venue de Hollande est installée à Porto depuis 4 générations. Il faut savoir que les Niepoort élèvent quelques uns des portos les plus purs et qu’ils sont ouverts à de multiples collaborations extérieures. C’est ce qui s’est passé ici avec ce blanc issu d’un des domaines historiques de Jerez-de-La-Frontera. Pressurage lent, fermentation à l’ancienne en vieux fûts de 600 litres (bota de chêne américain) sous l’action des levures indigènes, débourbage, élevage de 7 mois dans les mêmes fûts remplis aux 5/6 èmes sans aucun mûtage (ou fortification) pour encourager l’action des lies fines et le développement d’un léger voile, pas de fermentation malolactique… l’idée étant d’obtenir un beau vin aux arômes caractéristiques du terroir crayeux d’albarizas qui caractérise les meilleurs finos. Résultat, ne titrant que 12° et des poussières, on obtient un blanc frais mais délicatement sec, pas trop acide, quelque chose de simple mais suffisamment gras et solide pour affronter une charcuterie ou une huître, un vin qui évoque, en bien plus léger, un grand fino. Tiré à plus de 6.000 exemplaires, édité depuis le millésime 2009, ce vin est commercialisé autour de 15 € quand on le trouve en France ou en Espagne où les cavistes entament le 2011.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Comme Bruno connaît mes goûts pour les vins du Piémont, il avait prévu une autre petite rareté, pourtant tirée à 110.000 exemplaires, je veux parler de mon Moscato d’Asti légèrement frizzant de La Spinetta. Bien que cette bouteille soit contingentée, on la trouve plus facilement à Paris que dans le Midi. Soit, elle était servie sur mon gâteau d’anniversaire (au chocolat) alors que j’aurais préféré la boire à l’apéro, mais ce n’est pas grave car malgré ses 5 petits degrés d’alcool et ses 120 g de sucres résiduels, elle enchante toujours mon palais de ses bulles ultra fines. Et voilà de quels artifices mes bons amis de Pézenas usent lorsque je me pointe chez eux !

Michel Smith

 

 


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Chrétien Oberlin a bien mérité de l’Europe!

La route des Vins d’Alsace vient de fêter ses 60 ans. Il me semble donc tout indiqué de rappeler le nom et l’oeuvre d’un enfant du pays sans lequel la viticulture alsacienne ne serait sans doute pas ce qu’elle est aujourd’hui – et que serait une route des vins sans de beaux vignobles et de beaux vins à montrer?

En plus, à sa manière, son histoire plaide pour une autre Europe. Pas celle de Bruxelles ou de Strasbourg, qui nous semble si loin. Pas celle de la bureaucratie. Pas celle des douaniers. Pas celle des élections européennes où vous ne pouvez voter que pour vos propres nationaux (et bien souvent, paradoxalement, pour des gens qui ne croient pas à la construction européenne). Non, je veux parler de l’Europe des gens, celle de l’action, celle de l’amitié entre les peuples. Celle du vin. Parce que le vignoble n’est pas plus vert de l’autre côté de la frontière…

Tiens, saviez-vous que l’on peut faire du vin luxembourgeois avec des raisins français, en toute légalité?  Et du vin italien avec des raisins slovènes? Certains domaines sont coupés en deux par la frontière. Ce sont ces petites exceptions à la règle qui nous montrent à quel point, souvent, nos règles ne tiennent pas debout. L’Europe est pleine de bons vins qui ne demandent qu’à être découverts ou redécouverts.

Mais revenons à ce cher Oberlin…

Enfant de Beblenheim, fils de viticulteur, Chrétien Oberlin naît français en 1831. Il fait des études d’ingénieur et à ce titre, participe à la construction de la ligne de chemin de fer Sélestat-Sainte Marie aux Mines.

Mais c’est à l’agriculture qu’il consacre l’essentiel de sa vie, et notamment à la vigne.

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Chrétien/Christian Oberlin (Image: Oenophil)

1875. L’Alsace-Lorraine est allemande. Mais quelque soit la nationalité de l’occupant, comme toute l’Europe viticole, la région est atteinte par le phylloxéra. Oberlin est un des premiers à s’intéresser scientifiquement au phénomène.

En 1881, il édite un mémoire à Colmar, présentant des solutions à la question phylloxérique.

Ayant remarqué que les vignes sauvages ne sont pas affectées, il sélectionne des plants résistants, notamment par hybridation. Il contribue grandement à sauver le vignoble alsacien en généralisant la greffe sur plants américains. On lui doit aussi l’Oberlin, un croisement entre riparia et gamay, toujours autorisé aujourd’hui dans l’Est de la France… et qu’on retrouve jusqu’au Paraguay!

Puis, en 1897, il fonde l’Institut du Vin d’Alsace, à Colmar. Infatigable chercheur, il sélectionne les plants utilisés aujourd’hui en Alsace, à partir d’un nombre beaucoup plus grand. C’est à lui qu’on doit notamment le pinot blanc d’Alsace, tel qu’on le connaît aujourd’hui.

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Lointaine héritière d’Oberlin, la jolie gamme du Domaine de la Ville de Colmar

Par ailleurs, Oberlin généralise les vignes palissées. C’était l’époque où on ne discutait pas l’avis des savants.

Le tout, sous administration allemande. Oberlin meurt en 1916 et ne verra donc jamais le retour de l’Alsace à la France.

Ne jetons donc pas le bébé alsacien avec l’eau du bain allemand: c’est à l’ombre des casques à pointes, en effet, que renaît le vignoble alsacien. Que l’ampélographie connaît une des ses plus fastes périodes. Et qu’est fondée (en 1895) la première coopérative viticole de France, la “Rappoltsweiler Winzerverein » (Union des Vignerons de Ribeauvillé)…

Bilingue, Oberlin a servi les deux pays, mais il a surtout bien mérité de la viticulture.

A l’heure européenne, voila un bel exemple!

Hervé Lalau

PS. Les vignes de l’Institut du Vin de Colmar ont été reprises par la ville, qui a fondé une société d’économie mixte. Le plus gros des parts de cette société a été racheté en 2011 par Arthur Metz. Celui-ci vient de donner un solide coup de jeune à la gamme. L’unité reste indépendante au plan de la vinification comme des apports. Je vous recommande tout particulièrement son pinot blanc (qui a dit que ce cépage manquait de complexité!?), son muscat (un des plus jolis muscats secs qu’il m’a été donné de déguster cette année) et son pinot gris.


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5 jours et 5 pays (part 2/2)

La semaine dernière, je vous ai laissé au Portugal (en réalité c’était à Vinexpo, donc à Bordeaux), en disant tout le bien que je pense des quelques vins de l’Alentejo dégustés pendant ce salon. Hervé a justement objecté la nécessité d’irriguer comme étant un obstacle à un développement écologiquement correcte de ce vignoble qui est situé dans une régions chaude et sèche. Peut-être, mais passons maintenant à d’autres pays, dont certains n’ont aucun problème de manque d’eau.

Lundi 17 juin (suite et tous aux abris)

L’orage a menacé toute la journée, mais il allait éclater pendant ma soirée au Centre d’Art Contemporain de Bordeaux (voir article précédent), comme on peut le voir de ce ciel d’une couleur étonnante, au moment ou je partais.

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Mardi 18 juin : l’Autriche

De belles dégustations horizontales des vins de deux domaines phares de la région du Kamptal, au nord du Danube et à l’ouest de Vienne. Cette région, qui a le statut de D.A.C. (équivalent d’AOP), partage ses faveurs en matière de variétés entre le Grüner Veltliner et le Riesling, pour l’essentiel. Il est à noter que tous les vins que j’ai dégusté, y compris les plus hauts de gamme, sont fermés par des capsules à vis, voire par des bouchons en verre. Et pas une trace d’oxydoréduction à l’horizon ! Les autrichiens ont, semble-t-il, compris quelque chose que le plupart des français tardent trop à accepter : que le bouchon en liège n’est pas nécessairement la meilleure manière de conserver le vin dans un flacon en verre !

D’abord les vins de Schloss Gobelsburg. Grace en grande partie au travail de précision et d’exigence de Michael Moosbrugger, ce domaine fait partie aujourd’hui des meilleurs en Autriche à mon humble avis. Les vins ont toujours un fruité impeccable et sont d’une très grande précision, avec des niveaux de complexité qui suit la courbe ascendant de leurs ambitions, finissant avec des cuvées parcellaires, aussi bien pour les grüner veltliners que pour les rieslings.

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La gamme des grüner veltliners que j’ai dégustés. Il y en avait bien plus, mais je n’avais pas le temps de tout faire

Le grüner veltliner, qui représente tout de même quelque 30% du vignoble autrichien, est capable de très belles choses, et serait un peu le chardonnay de ce pays, tant il varie dans son expression en fonction du climat (meso-climat et aussi climat dans le sens parcellaire de la Bourgogne). Mais je situe les rieslings de Gobelsburg à un niveau au-dessus. L’entrée de gamme, appelé Gobelsburger est déjà exemplaire, mais l’ensemble des rieslings que j’ai dégusté possède un degré de finesse qu’on ne trouve pas très souvent en Alsace, tout en ayant une force que le situe à part des rieslings de la Moselle. Vous remarquerez sur la photo ci-dessous une carte de la région de Kamptal. Il est à noter que les vignerons du coin ont choisi la voie de la délimitation et du classement parcellaire, comme en Allemagne ou en Bourgogne (Erste Lage = Premier Cru). Mon préféré, le Heiligenstein, se situe à droite dans la photo (17/20). Les échantillons pris sur foudre sont signalé dans les photos par un autocollant « Fassprobe ».

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Ensuite une escale chez un des plus réputés des producteur autrichiens (et toujours un des meilleurs): Bründlmayer. J’aime bien l’homme aussi, pour sa modestie, son honnêteté et son elegance, et il parle aussi bien le français que l’anglais. A ma grande honte, mon allemand est plus que limité. Il faut que j’acquière d’autres langues. Là, de nouveau, une série de vins impeccables, avec le Grüner Veltliner Kaferberg 2011, et le même cépage de la parcelle nommé Lamm, en 2012, au sommet de cette série pour moi. Ls Riesling Heiligenstein 2012 ou  l’Alte Reben 2011 étaient au pinacle aussi.

Difficile d’enchaîner après des vins de cette qualité, alors j’ai pris un petit break avant de revenir en Autriche pour déguster les vins d’un jeune vigneron que je découvrais, Huber, qui se trouve dans la région de Treisenthal. En plus de ses bons grüners veltliners, il produit aussi une variété très rare, le Rotgipfler que j’ai trouvé intéressante pour ses notes fumées et sa légère touche d’amertume en finale. Pour finir, cap au sud et la région alpine du Steiermark (Styrie), ou j’ai dégusté les vins de Tement. Ce producteur avait, dans le passé, la main un peu lourde avec la barrique, mais j’ai été heureux de découvrir que cela a bien changé. Son Sauvignon Blanc Zeirigg 2011 est un modèle d’intensité, à la fois acéré, complexe et long.

Mercredi 19 juin : la Grèce

Un tour sur le petit stand de ce pays, histoire de montrer un minimum de solidarité pour un pays qui souffre tant en ce moment, et aussi de tenter de découvrir quelques vins, bien entendu. Il n’y aura pas de commentaires détaillés sur ces vins car je n’ai pas pris de notes, mais voici les vins de Grèce que j’ai particulièrement aimé à Vinexpo, et qui mériteraient le détour en toute circonstance.

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L’Assyrtiko est un grand cépage, mais il n’est le seul présent dans ce très bon blanc de Santorini, qui contient aussi un peu de l’aromatique Aïdani et peut-être aussi de l’Athiri. Finesse et fraîcheur étonnante.

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Même producteur, toujours sur l’île de Santorin, mais avec l’entré en jeu des cépages rouges : Mandilaria et Mavrotragano. Très bon tout cela !

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Un des avantages des salons est que vous économisez du temps et de l’argent en matière de voyages (je sais, les voyages forment la jeunesse, mais je ne suis plus tout jeune et je n’ai pas beaucoup de temps, alors…). Presque à l’autre bout de la Grèce par rapport aux Cyclades se trouve la Macédoine et cet autre producteur dont j’ai bien aimé les vins : Kir Yianni. Cette firme appartient à la famille Boutaris (pas la grande entreprise) et Stellios Boutaris m’a fait goûter une série d’excellents vins dont voici mes trois préférés. Les appellations sont Naoussa et Amydeon, et le cépage rouge dominant est le Xinomavro, qui a manifestement tout d’un grand.

Allez la Grèce !

Et l’Allemagne dans tout cela ?

J’ai fini par une dégustation de Rieslings Allemands et une présentation de leur système de classification des vins/parcelles au sein d’une association privée, qui, je crois, s’appelle VDP.  J’avoue ne pas avoir compris grande chose mais les vins était forts bons. A quoi cela sert-il, toute ces classifications ?

Je vais peut-être revenir sur ce sujet mais là je n’ai pas le temps. Et il y avait aussi des pinot noirs allemands, parfois très bons mais aussi très chers. Et des blancs de Croatie. Bref, une semaine bien remplie et ce n’était pas tout.

Le soleil revient (enfin, je crois) et je pars vers le Sud-Ouest avec une moto tout terrain sur la remorque…..bataille dans la boue ou plénitude dans les blés ?

David


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5 jours et 5 pays (part 1/2)

J’ai un peu voyagé la semaine dernière, mais pas autant que mon titre ne laisserait supposer. En réalité je n’ai visité que deux villes et deux pays différents : Barcelone et Bordeaux, mais le salon Vinexpo, qui se tient dans cette dernière ville, a l’énorme avantage de vous permettre de visiter, sur le plan œnologique, une multitude de pays sous un même toit. C’est un des ses principaux avantages selon moi. Et puisque ma semaine a été si riche en plaisirs gustatifs autour de ces deux déplacements, je vous la présenterai sous forme de chroniques journaliers. Les principaux pays concernés, outre l’Espagne, seront la Grèce,  le Portugal, l’Autriche et l’Allemagne. Cet article paraîtra en deux épisodes (patience pour la suite alors….).

Vendredi 15 : arrivé à Barcelone pour assister au Grand Prix Moto de Catalunya (le but principal de ce voyage d’un weekend)

Dîner dans une institution gastronomique de la ville, Los Caracoles, située dans une ruelle perpendiculaire au bas de las Ramblas. En y pénétrant par la façade très 19ème, on attend un peu au bar pour sa table, avec vue derrière sur la gigantesque cuisinière en fonte, autour duquel on doit ensuite frayer son chemin, entre flammes et cuisiniers transpirants, pour accéder à une labyrinthe de salles via escaliers et petites portes. Autant de clients espagnols (ou catalans, je ne sais plus comment dire) que d’estrangers. Bonne nourriture traditionnelle. Je n’ai pas mangé d’escargots, mais une bonne petite assiette de favas (petites fèves cuits avec du cochon) et du cabri rôti longuement et devenu très fondant. Excellente et assez chère carte de vins. Nous avons bu la superbe cuvée Torre Muga 2009 de la maison éponyme de Rioja, étonnante de fraîcheur et d’équilibre, et ce très beau vin (ci-dessous) de la zone autour de Ribero del Duero, d’un domaine que j’ai eu le plaisir de visiter il y a trois ans : Mauro

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Samedi 16 juin : journée d’essais sur le circuit

En allant courir autour du port le matin, j’était étonné de voir, vers 6h45, las Ramblas rempli de jeunes gens joyeux ou éméchés (et souvent les deux), la plupart sortant de boîtes de nuit ou autres lieux de fêtes. Je pensais me tromper d’heure, mais le soleil était bien là, au-dessus des bâtiments ! Je savais Barcelone ville de fête, mais à ce point….maintenant je comprends pourquoi ma fille s’y est tellement amusée pendant une phase de ses études.

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J’adore la moto et les courses de ces engins. Je sais que ce n’est pas très écologiquement correct. Tant pis ! J’ai un peu pratiqué ce sport mécanique dans ma jeunesse, et cela me tente encore (course de papys ?). L’impact du bruit et de la sensation de vitesse me coupe littéralement le souffle chaque fois que je remets les pieds sur un circuit. Une décharge d’adrénaline me met le cerveau en ébullition et j’ai des fourmis dans les poignées. Les pilotes Moto GP prennent 340 kms/heure dans la ligne droite de ce circuit avant de freiner à fond et d’imposer à leurs machines des angles d’environ 60% pour un virage à droite. Ce n’est pas bien raisonnable, mais c’est très impressionnant. Avec ma collègue Dominique, nous étions choyés et bien guidé par Bernard Laydis, propriétaire de Château Roc de Calon, qui produit de très bons vins à Montagne Saint Emilion (j’en ai déjà parlé, il me semble, car j’aime beaucoup leur équilibre, leur fruité gourmand, et leur excellent rapport qualité/prix), et son œnologue conseil Stéphane Toutoundji. Merci à eux pour ce beau weekend de détente. Roc de Calon est un des sponsors de l’équipe Tech3 Yamaha, le team privé le mieux placé au championnat MotoGP 2013. Nous avions accès au stands, au paddock et à pas mal de zones intéressantes du circuit. Les pilotes ne boivent pas du vin pendant les essais (ni la course). Moi je ne bois pas du Monster (un autre sponsor, bien plus visible). Un pilot du Team Tech 3, l’anglais Cal Crutchlow, a fait le deuxième temps aux essais et partira donc demain de la première ligne. Voici notre petite équipe devant la machine en question. Ils n’ont pas voulu me laisser essayer la bête. Mais pourquoi ?

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Dîner le soir dans un bar à vin moderne, à la carte de vins impressionnante (et moins cher que celle d’hier), mais à la nourriture et service plutôt banale. J’ai bu un bon Priorat blanc (carignan blanc peut-être), et expérimenté les bouchons de Barcelone dans un taxi conduit par un jeune homme indien qui connaissait manifestement assez mal la ville, ou bien nous prenait pour ce que nous étions : des touristes distraits.

Dimanche 16 juin : jour des courses et retour à Bordeaux par la route

Bouchon énorme pour entrer au circuit. Deux heures depuis le centre de Barcelone ! Pas étonnant, les pilotes espagnols étaient en pôle position pour les trois courses (Moto3, Moto2 et MotoGP). Et ils les ont tous gagnés ! Et notre pilote anglais ? Il est tombé au quatrième tour en essayant de suivre le rythme imposé par les trois pilotes espagnoles devant lui. Son co-équipier, un autre anglais, a fini sixième. Départ avant la fin de la course pour éviter la foule, puis 5 heures de route pour Bordeaux. Dîner sur les quais de Bordeaux (quelle splendeur, cette ville !) avec un ami australien. Nous avons bu un bon vin blanc assez simple mais parfaitement équilibré dont j’ai oublié le nom et le pays d’origine, mais il avait une capsule à vis, donc je ne pense pas qu’il était français.

Lundi 17 juin : Vinexpo, journée Portugal

Un peu de travail l’après midi mais du temps libre le matin pour attaquer quelques explorations gustatives. Pour le premier pays concerné, le Portugal, j’étais très impressionné par un vin rouge de l’Alentejo, appelé Herdade da Malhadinha Nova, fait avec de l’aragones (tempranillo), touriga national, syrah et alicante bouschet. Le millésime 2010 était raisonnablement puissant, mais très gourmand, plein d’un fruit somptueux juste encapsulé par des tanins fins et parfaitement intégrés. Grande longueur et une fraîcheur étonnante. Une note ? Allez pour un 18/20. Deux remarques : cette région semble être un terrain très fertile pour des expériences diverses  et donne une liberté bienvenue en matière d’assemblages. Elle héberge aussi la plus grand quantité de ce cépage tant décrié en France qui est l’Alicante Bouschet, que j’ai trouvé participant à pas mal d’assemblages avec bonheur. Un autre vin de l’Alentejo m’a bien plu dans cette dégustation collective : Quinta do Mouro, qui fait également appel à de l’alicante bouschet, en plus du cabernet sauvignon, du touriga national et de l’aragonès (note 15,5/20).

Macanita 2

Antonio Maçanita et une partie de sa gamme aussi éclectique qu’ excellente

Puis visite du stand de Quinta do Mouro pour déguster toute leur gamme, ainsi que celle d’un autre producteur, dont le domaine s’appelle Fita Preta. Ce dernier m’a particulièrement impressionné, même si je n’ai pas bien compris la grande diversité des étiquettes produites. Malgré son habillage clinquant, la gamme désigné Sexy est très bien faite et doit attirer du monde, y compris des « djuenes ». Antonio Maçanita est un jeune œnologue et producteur qui fait aussi des vins on ne peut plus « sérieux » (fait-il être tout le temps sérieux dans le vin ?) et inspiré de traditions très anciennes. Il a un peu fait le tour du monde vinicole avant de s’installer dans son pays d’origine et, à Fita Preta, produit un superbe vin blanc élaboré en amphore à partir d’un vignoble complanté de trois variétés autochtones. Appelé Branco Indigenas, le 2010 est d’une fraîcheur étonnante pour un vin du sud. Très légèrement tannique (ou est-ce minéral ?), complexe, un peu lacté et avec à peine une pointe d’oxydation bien maîtrisée. Rien d’une daube « naturelle » en tout cas. Tous les autres vins de Maçanita que j’ai dégusté sont très bons (notes entre 14 et 18/20) avec un coup de cœur pour le rouge Preta 2008, uniquement fait dans les meilleurs millésimes.

Le soir, dégustation dans le magnifique bâtiment qui héberge le Centre d’Art Contemporain de Bordeaux d’une partie des vins de l’association La Grappe (de Stéphane Derenoncourt). Coup de cœur massif pour le millésime 2010 à Bordeaux, et pas besoin d’aller chercher les vedettes pour se faire plaisir : Domaine de Courteillac, par exemple, ou Château L’Ile Fort sont des splendides Bordeaux Supérieur. Il y a avait aussi là  d’excellents champagnes de nos amis Les Artisans de Champagne, à qui la bande des 5 a rendu visite il y a plus d’un an Pour l’occasion ils avaient amené une belle série de magnums. J’étais ébloui par celui de Frédéric Savart, un 100% chardonnay appelé Dame de Coeur. Je crois que c’était le millésime 2007, mais en tout cas ce vin est une splendeur !

And so, to bed…..

(see you next week)

David

(qui signe aussi les photos, sauf celle de groupe derrière la moto)


5 Commentaires

Lyon et Marseille, villes, restaurants et vins

C’est l’histoire d’un weekend à Lyon, d’un autre à Marseille, et de quelques notes sur des choses vues, entendues et bues. Rien de bien systématique. Rien qui ne vaut sondage ni bilan. Juste quelques impressions d’un touriste curieux qui aime le vin.

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Le Pouilly Fuissé de Robert-Denogent. Un vin formidable, issu de 30 mois d’elévage. Complexe et raffiné, intense et suave  (photo David Cobbold)

La semaine dernière, weekend à Lyon. Temps froid et gris, comme un peu partout. Mais le bon plaisir d’aller à deux reprises aux Georges Five, formidable bar à vins ouvert voilà quelques années dans le Vieux Lyon par Georges Dos Santos, vrai amoureux du vin qui a réussi dans son business fondé sur une passion. Son affaire, Antic Wine, englobe maintenant deux boutiques et ce bar à vin. Et dans le bar, il vend des flacons de sa formidable collection de bons et grands vins de partout dans le monde  à des prix qui devraient faire rougir de honte la plupart de restaurateurs en France. Car Dos Santos y pratique le prix caviste plus 5 à 10 euros pour le service. Résultat : on peut se payer de grandes quilles en mangeant, ou bien se balader avec la sélection toujours changeante et inventive de vins au verre. Nous avons dégusté un dao formidable, un pouilly fuissé avec 30 mois d’élevage, un pinot noir de la Russian River (Sonoma, Californie) de Miramar Torres en magnum, et un vin muté espagnol d’exception, issu d’une solera de 1928.

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Cela vient d’Espagne, cela provient d’une Solera de 1928, cela s’appelle El Mago, c’est effectivement magique et je l’ai dégusté au Georges Five à Lyon. Je n’en sais pas plus (photo David Cobbold)

Le weekend suivant, celui qui vient de passer, je découvre Marseille, ville que je ne connaissais qu’à peine. Cette ville est, paraît-il, la capitale culturelle de l’Europe en 2013. Comment se fait-il alors que tant de ses principaux musées soient fermés jusqu’au mois de juin ? Un paradoxe de plus pour cette ville qui en est truffée. La lumière y est changeante et parfois crue, reflétée par la blancheur de la pierre (et le gris du béton, omniprésent). Les gens rencontrés dans les rues et les bus y sont bien plus accueillants qu’à Paris et prennent le temps de vous expliquer beaucoup de choses et de se soucier de vous prévenir du bon arrêt du bus tout en s’enquérant de votre vie. Il sont très diserts, voire en apparence impudiques, mais cela se fait dans un bon esprit d’entre-aide et d’échange.

Un chauffeur de taxi, un jour de pluie et sans bus pour cause d’embouteillage monstre (une autre caractéristique marseillaise) très volubile et probablement encarté au FN.

La superbe muséographie et les bâtiments remarquables de la Vielle Charité, dans le quartier du Panier, qui héberge une des plus belles collections d’objets antiques (Egypte, Grèce et Rome, essentiellement) que j’ai vu en dehors de ces pays ou de certaines capitales d’Europe.

La richesse impressionnante, parfois limite kitsch, des bâtiments du 19ème siècle : églises, cathédrales, et divers bâtiments publiques. La mixité de presque tous les quartiers, où villas luxueuses ou immeubles haussmanniens côtoient masures délabrées ou immeubles destroy, côte à côte dans la même rue ou ruelle. Ici pas de ghetto type Neuilly. La roche calcaire et des pentes partout. Et la mer, s’infiltrant dans les criques (qu’on appelle « calanques ») à chaque virage de la route côtière.

Quel rapport avec le vin ? Aucun, mais il n’y a pas que le vin dans le vie ! Des restaurants le long de la Corniche dont, malgré la prétention des prix, la verrerie reste indigne (verres ballons partout). Grâce à Philippe Faure-Brac, nous avons été guidés vers deux bons restaurants dont un avait des verres décents. L’Epuisette, situé discrètement au fond d’une petite ruelle en contre-bas de la Corniche Kennedy, le long d’une crique, jouit d’un emplacement de rêve. Une partie de ce qui a dû être un cabanon de pêcheur surplombe l’eau et, de la salle principale, on voit la mer sur deux côtés. Les verres y sont dignes de la carte de vins impressionnante, aussi bien par la qualité des produits que par les prix pratiqués (dans le mauvais sens pour le consommateur, à la différence du Georges Five à Lyon).  Le sommelier suffisant voulait à tout prix me conseiller quelque chose, mais j’ai réussi à commander ce que je voulais, un magnifique Clos Rougeard Saumur Blanc 2007 (100 euros tout de même).

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Le Saumur blanc « Brézé » du Clos Rougeard est un chenin magnifique en tous points. Vif mais riche, équilibré et long. Un grand vin blanc qui vaut les plus grands de Bourgogne ou d’ailleurs, et qui coûte bien moins cher (photo David Cobbold).

En consultant la carte des vins de ce très bon restaurant, au service assez impeccable, même si parfois un peu long, je me suis rendu compte de la primauté de prestige dont jouissent les vins blancs de Bourgogne. La table voisine avait commandé une bouteille de Corton Charlemagne, à un prix qui avoisinait le coût total de mon weekend. Pour rassurer le client qui disait que le vin était bon, le sommelier disait, d’un air entendu, « mais là Monsieur, vous avez un des plus grands vins blancs du monde ». Passons sur la débilité de la remarque et même si le vin (que je n’ai pas goûté) était excellent, vaut-il trois fois le prix de mon Saumur, que je prends pour un très grand vin ? Parmi les points positifs de l’offre de vins, outre son étendue et sa qualité, le service au verre d’un très bon Bandol rouge dont je n’avais jamais entendu parler et dont j’ai oublié le nom.

Le lendemain soir nous nous rendons au Malthazar, sorte de bistrot ouvert récemment par le chef Michel Portos, dont j’ai pu apprécier la cuisine au St. James à Bordeaux. Autre ambiance, autre gamme de prix, bien plus raisonnable. Mais des verres minables, soit ballon, soit INAO. La carte de vins y est courte mais plutôt bien choisie dans l’ensemble et nous avons bu un excellent riesling d’Albert Mann, heureusement fermé par une capsule à vis mais que le sommelier m’a quand-même donné à déguster ! Et aussi, moins attendu, un très beau vins de la Catalogne espagnole : Terra Remonta (la cuvée « entrée de gamme »). Deux très jolis flacons pour le prix d’un seul dans l’autre établissement, c’est dire la différences des marges ! Certes il fallait accepter une plus grande exiguité des lieux et  un service plus simple, avec un sommelier qui racontait sa vie à chaque table. Mais la nourriture était très bonne.

Aujourd’hui, dimanche, il fait de nouveau beau à Marseille et la plage des Catalans est presque bondée. Aucun rapport avec le vin, bien entendu.

David

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