Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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C’est trop con, c’est (presque) trop bon !

Ça vous barbe que l’on évoque une fois encore, et comme tous les ans, le Beaujolais et la futilité de son Primeur ? C’est vrai qu’en Novembre le monde du vin regorge d’événements autrement plus passionnants tels le Grand Tasting, ou le record battu à la Vente des Hospices de Beaune (merci Adriana), ou bien l’inauguration des nouveaux chais de la cave coopérative de Tain-L’Hermitage (10 millions d’euros HT pour 2.800 m2) qui célébrait l’an dernier ses 80 ans, ou la visite passionnante entreprise en Chine par des globe trotteurs du vin que sont les « wine explorers » dont on peut lire les édifiants récits ici. Pourtant, je veux dire malgré ces faits d’actualité, vous n’y couperez pas : Beaujolais is back !

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Ceux des amis Franck et Georges Dubœuf arrivant un poil trop tard pour le bouclage de ma page du Jeudi, j’ai choisi de m’attarder sur le plus rapide, en la personne d’un vieux camarade, Gilles Meimoun, de la Maison Trenel à Charnay-les-Mâcon. Dans son colis, trois échantillons. Du coup, j’ai bu très froid le premier vin attrapé, le p’tit nouveau-rieur, le Beaujolais-baigneur, le beau bojo. Beaucoup trop froid aux yeux de certains dégustateurs présents. Mais bon sang de bonsoir qu’est-ce qu’il est bon ! Presque trop, à mon goût, un poil trop riche, trop mûr. Que voulez-vous, je m’y étais habitué dans les années moins généreuses, plus « primeurs », comme on dit, lorsqu’il croustillait en bouche, quand son acidité parfois un peu excessive le faisait claquer sous ma langue et stimulait mon appétit, quand il bananait de fruit, se pommadait de sucre…

Photo©MichelSmith

Mon préféré. Photo©MichelSmith

On se calme ! Ce vin est trop, mais pas too much. Il est juste bon, je le répète, ce premier nouveau qui vient de passer à ma moulinette (voir plus haut). Il ne coûte que 6,50 € départ cave et pourtant, ce n’est pas mon préféré. On va tâcher de ne pas être trop barbant, mais pour une fois ma préférence ne va pas à la cuvée bio qui, dans cet article, vous sera servie en dernier, ce qui ne manquera pas d’amuser mon ami David. Et pour une fois aussi, mon bonheur a été de croquer dans un Beaujolais Villages Nouveau (6,90 €) à la fois pulpeux et frais jusqu’en finale, issu d’une macération carbonique (pour les deux tiers) et d’une thermovinification qui consiste à chauffer la vendange je suppose pour extraire encore plus de matière et d’arômes, ceux qui sont contenus entre la peau et la chair du Gamay noir à jus blanc. Résultat, un fruit pur (cassis, mûre) en profondeur, une matière dense, vive et veloutée, de délicieux tannins poivrés (poivre gris) et persistants, une fraîcheur intense jusqu’en finale, de l’harmonie, en deux mots, un plaisir fou qui illustre bien la qualité du millésime.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Entre les deux vins qui précèdent, j’ai retrouvé de belles notes de cassis dans la version Beaujolais Nouveau « bio » (8,50 €) théoriquement plus simple (bio ou pas bio) que le Villages. Celle-ci est vinifiée traditionnellement, c’est à dire raisins entiers et intacts en macération carbonique. L’effet est nettement plus acidulé, un profile bien allongé en bouche, mais plus léger (un demi degré en moins sur l’étiquette), des tannins moins marqués et une bonne longueur démontrant, s’il en était nécessaire, aux éternels sceptiques que la macération carbonique bien pratiquée n’a que du bon à offrir. Preuve aussi que le négoce (Trenel est connue pour ses crèmes de fruits et la maison se dit volontiers « artisan négociant ») n’est pas aussi mauvais que les trois quarts des buveurs ignares le décrètent arbitrairement. Pour ma part, des vins comme ça, j’en boirais volontiers jusqu’à l’approche de Noël, comme je le faisais jadis avant que l’on ne commence à me traiter de vieux con ! Alors les gars et les filles, large soif, comme dit Roger Feuilly !

Michel Smith


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Give me Five

Non, ce n’est pas le vin des 5 du Vin, mais le 5 du Mas de Bertrand 2012, un joli Montpeyroux dégusté lors des dernières Régalades.

Pourtant, avec son beau nez de Syrah bien mûre, sa bouche qui oscille entre le cuir, le cassis et les épices, la fermeté et la jovialité, on dirait presque le portrait collectif de notre valeureuse équipe. A vous de retrouver les caractéristiques de chacun…

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C’est l’alibi tout trouvé, en tout cas, pour vous dire à quel point je crois dans ce cru.

Je ne suis pas trop sûr que toutes les appellations communales souhaitées par le Languedoc prendront vie un jour – moins pour des raisons de contenu, d’ailleurs, que pour des raisons de potentiel de production (certaines ne comptent plus que 4 ou 5 vignerons, et se font grignoter par la ville…).

Mais Montpeyroux, si. D’ailleurs, pas mal de gens sont déjà persuadés qu’elle en est une, d’appellation communale. Languedoc Montpeyroux ou Montpeyroux tout court, la belle affaire!

C’est l’occasion pour moi de rappeler à tous les décideurs, à tous les définisseurs, à tous les tamponneurs, que le terroir était là avant eux, que le vin était là avant eux, et qu’il le sera encore après eux.

Hervé Lalau

 

 

 


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Saving Lugana + a J&B Loire tasting

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Lugana, the small white wine district in northern Italy, is menaced by a high-speed rail development. The Lugana producers have launched a petition designed to persuade the Italian government to change their plans.

Here is an extract from an excellent blog post by Magnus Reuterdahl on behalf of the 18,000+ #winelover community. It also has the support of the DWCC (Digital Wine Communications Conference).

‘Help us save Lugana – for us and for the future!

(Posted on 16 November 2014)
On this blog I normally post in Swedish, but this is an international posting – I post this as part of the #winelover community, as a #winelover ambassador. Help us save Lugana!

#saveLugana – sign the petition here!

I want to start by saying that I have nothing against railroads or the expansion of railways. On the contrary, I think they should be expanded in order to reduce car and air traffic.
Having said this, I do not think you can sacrifice everything for this purpose, if the expansion instead destroys other natural or social values, one has to ask what is the most important. In this case, for me – it’s easy!

At the moment Italy plans to expand a portion of its railway network. In doing so they will destroy parts of a unique wine region. It is unique due to it’s size and placement. That is, one can not replace the area by just increasing it. By taking a part of it for other use you will indispensable destroy parts of an unique wine area for a very long time.’

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J & B Loire tasting

The annual J & B (Justerini & Brooks) Loire and Rhône tasting is certainly worthwhile. Although their Rhône list is more comprehensive than the Loire, there were a number of good things to taste this afternoon. Furthermore having tasted the Loire there was time for me to go and play and try a few Rhônes before departing.  

One of the highlights of the Loire tasting was 10 Sancerres from Vincent Pinard – five white and five red. I particularly enjoyed the ripe and richly textured 2011 Vendanges Entières, Sancerre Rouge (£35.46). It still needs time but will be a lovely bottle in a few years time. At £25.46 the 2009 Charlouise is a little more evolved – again with seductive texture and charming Pinot fruit. 
Not easy to pick a favourite from the Pinard whites but I’ll go for the 2012 Harmonie (£25.46) with good weight, concentration and length that will surely age well.
Two wines from Lucien Crochet (represented by Gilles Crochet) impressed. La Croix du Roy (£16.96) is an old favourite and the charming, soft 2009 underlines again how good Pinot Noir now can be from Sancerre and other Central Loire vineyards – well worth considering given the increase in prices in Burgundy.
The other – Le Cul de Beaujeu, Sancerre Blanc – was new to me. The Cul de Beaujeu is the very steep slope that is directly above Chavignol on the other flank from the better known Les Monts Damnés. The Beaujeu parcel belongs to a cousin of Gilles’ wife. He was a pilot with Air France but has just retired and intends to make his own wine from 2015, so Gilles has only been able to make six vintages of this wine – 2009 – 2014. The 2011 Crochet Cul de Beaujeu (£23.96) is noticeably richer and fuller than than the other Crochet Sancerres, although it is still quite tight in the finish and certainly needs time to show its best.

J & B have reduced their Sancerre range as they are no longer listing the wines of François Cotat – not finding the recent vintages sufficiently convincing.
As at last year’s tasting the startlingly precise wines from Thibaud Boudignon stood out in particularly his beautifully textured and long 2011 Savennières (£30.46). 
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Des doutes, toujours, des certitudes, rarement, et du Beaujolais, aussi souvent que possible

Je doute souvent. Et à peu près de tout. Je lisais cette semaine dans Le Monde des Livres un article sur le biologiste, médecin et philosophe Henri Atlan intitulé « Douteur ès Sciences » et je me trouve bien en phase avec les positions de cet homme, sans posséder le 10ème de son savoir. Quel est le rapport avec le vin ? A peu près tout. Par exemple, je doute souvent de ma capacité (et de celle des autres) à juger la qualité d’un vin avec une pertinence quelconque pour autrui. Je doute de la validité de très nombreux principes des AOC. Je doute de la pertinence des études géologiques détaillées appliqués au vin (mais pas du concept du terroir !). Mais, à côté de cela, j’ai aussi quelques rares certitudes. Par exemple, je suis sur que les modes fluctuent et changent : cela s’avère année après année. On le voit avec le cas du Beaujolais dont il sera largement question dans cet article. Une autre de mes certitudes se situe sur le terrain commercial, qui est quand même le nerf de la guerre. Il s’agit de la nécessité des « petits » producteurs de vin de s’associer pour promouvoir et vendre leurs vins. On s’arrêtera là pour le moment.

Cette semaine verra la sortie du Beaujolais Nouveau. J’ai toujours aimé ce moment festif autour du vin, sans nier le tort que cette grosse promotion collective a pu faire à l’image des vins de toute cette région, dont une bonne partie possède des qualités bien au delà du simple « fruité, bu et pissé ». La semaine dernière j’ai pu déguster quelques cuvées (une petite dizaine) de Beaujolais Nouveau et je vous en parlerai à la fin de cet article. Le millésime 2014 me semble avoir beaucoup de qualités en Beaujolais avec une belle intensité d’un fruit qui fait preuve de maturité, et j’ai trouvé des vins tout à fait délicieux.

Par la même occasion, j’ai aussi dégusté quels crus du Beaujolais, dans les millésimes 2012 et 2013 et issus des mêmes domaines que ceux qui proposaient les cuvées de vin nouveau. Et le moins que l’on puisse dire est que la gamme des vins rouges de cette région couvre un spectre bien plus large que celui communément reçu par l’opinion public. Il y avait là des cuvées de Régnié, de Brouilly, de Fleurie ou de Morgon ayant de vraies qualités de vins de petite garde, avec de la structure et du fond, sans perdre le caractère charmeur du fruit de leur gamay noir.

L’occasion de cette petite dégustation était une présentation des vins d’une association appelée Terroirs Originels, qui réunit une vingtaine de vignerons indépendants du Beaujolais et du Maconnais. Pour voir de quoi il s’agit, allez visiter leur site qui explique très clairement l’approche, ainsi qu’il présente les individus qui en font partie (http://www.terroirs-originels.com/). C’est cette association, entre autres, qui me confirme dans l’opinion exprimée ci-dessus quant à l’utilité, voire la nécessité, pour des vignerons ayant peu d’hectares chacun de s’unir pour vendre, en France ou à l’export, mais aussi pour présenter leurs vins à la presse et aux professionnels.

Nous savons tous que le phénomène Beaujolais Nouveau n’est pas une pure invention « marketing » du temps modernes, mais qu’il est l’héritier d’une tradition, oubliée et très ancienne, qui faisait que les vins (sauf quelques liquoreux) ne se vendait que pendant leur jeunesse, vu l’impossibilité de bien les conserver avant l’arrivée des bouteilles industrielles et de l’usage du soufre. La réussite de cette fête un peu bacchique doit aussi, très probablement, une part de son succès populaire à la période de l’année et à la météo connexe de l’hémisphère nord. L’été est loin, les jours de raccourcissent rapidement, le froid arrive et les fêtes de fin d’année ne sont pas encore là. Le prétexte pour conjurer la déprime et illuminer les idées noires tombe très bien. Mais chaque médaille à son revers, et la simplification de l’image des vins de toute une région, avec ses nuances, ses variations, ses capacités et expressions différentes, ont été, pendant longtemps, noyés sous le flot de ce vin simple et gai, mais un peu trop uniforme par moments.

Je crois que cette période est révolue, et je l’espère de tout coeur. Les nombreux producteurs de qualité de cette belle région le méritent amplement. En tout cas, les vins que j’ai dégusté (il est vrai qu’ils ne représentent qu’une infime partie de l’offre) n’avaient rien de triste, mais ils n’étaient ni simplistes ni monolithiques non plus. Chaque vigneron, et chaque cuvée passait une expression particulière parmi les vins de Beaujolais et Beaujolais Villages 2014 que j’ai dégusté, et à fortiori avec les crus. Voici des notes sur les vins que j’ai préféré, avec une photo des producteurs en question. Car je crois aussi (mais ce n’est pas une certitude) que l’homme fait bien plus pour la personnalité d’un vin que la géologie. Cette dernière disciplines permets de faire de bien jolies cartes quand même !

 

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Beaujolais Nouveau 2014, Emmanuel Fellot

Frais et délicat avec une superbe qualité de fruit. Un vin fin et léger, à lamper avec bonheur.

Beaujolais Villages Nouveau 2014, Emmanuel Fellot

Possède la même belle qualité de fruit mais aussi une structure plus présente et, logiquement, davantage de longueur. Une très belle cuvée qui nous amène loin des poncifs qu’en entend encore et toujours sur ce type de vin.

 

robert_perroud-1 Beaujolais Nouveau 2014, Robert Perroud

Le nez est splendide, très expressif. En bouche cela se confirme  avec un bouquet de fruits frais, d’une gourmandise parfaite. Je  dirai même que c’est un Beaujolais nouveau idéal et tout à fait  délicieux.

 

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Beaujolais Villages Nouveau 2014, Lucien Lardy 

Encore une délice, mais qui possède un peu plus de fond et de structure que le vin précédent. J’en boirais bien un tonneau !

 

 

La mode et les étiquettes

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Les étiquettes en Beaujolais, comme ailleurs, évoluent et c’est tant mieux. Une petite tendance remarquée lors de cette dégustation est l’apposition, en grand, d’une date qui n’est pas celle du millésime du vin en question. Cela est illustré par ces trois cuvées différents de Beaujolais et Beaujolais Villages Nouveau de Jean-Michel Dupré, vigneron de la commune de Regnié qui bénéficie d’un stock impressionnant de vieilles vignes. C’est donc l’année de plantation de la majorité de chaque parcelle (oui, il fait bien remplacer les pieds morts) qui lui donne son identité. Emmanuel Fellot utilise aussi ce principe d’une date écrite en grand sur ses étiquettes. Mais dans son cas in s’agit de 1828, année de l’installation de sa famille sur le domaine. L’ancrage dans l’histoire reste un constant, indépendamment des modes. Les vins  de Dupré sont bons, mais ne faisaient pas partie de mes préférés car j’ai trouvé leur acidité un peu trop présente. La partie pris de Dupré est d’éviter toute chaptalisation dans ses vins nouveau. C’est un peu comme la religion : on y adhère ou non par principe/croyance, mais pas vraiment par goût.

Et les crus

Voici une petite sélection, toujours issus des ce groupe de vignerons.

Domaine Dupré, Régnié 2012

J’ai aimé sa facilité d’accès et sa relative souplesse. Bon fruit et une certaine densité.

Robert Perroud, Brouilly « Pollen », 2013

Ce vin, qui a vécu 12 mois en fût est très structuré et possède une longueur impressionnante. Sa finale qui un peu sèche me fait penser qu’un peu moins de temps en bois aurait été préférable. Mais il faut certainement l’attendre aussi pour le laisser exprimer tout son potentiel.

Lucien Lardy, Fleurie 2013

Un très joli vin avec beaucoup de fond. C’est intense, relativement tannique, avec une structure bien en phase avec la matière. Un très beau vin qui peut se mesurer à d’autres bien plus chers.

L. Gauthier, Morgon Côte de Py 2013

Autre cuvée solide, aussi large que trapue. Sa texture légèrement rugueuse le situe un peu en dessous de la précédente.

 

Et bientôt des Premiers Crus ?

Je sais que l’inter-profession cherche à établir, à l’avenir, une sorte hiérarchie à l’intérieur des crus que prendra la forme d’un certain nombre de parcelles ayant le statut de premiers crus. Pour cela ils ont fait creuser de milliers de trous dans le vignoble afin de regarder ce qui se passe en dessous. Je ne sais pas trop ce qu’il faut penser de ce projet. D’un côté c’est bien, car cela fera parler des qualités de certains vins. Mais d’un autre, je ne suis pas convaincu que cela reflétera réellement une échelle qualitative crédible pour le consommateur, tant le rôle du producteur individuel me semble être au cœur de cette affaire.

 

David Cobbold

 

 


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#Carignan Story # 247 : Spécial tajines

Vacances, travail, loisirs, passions, faudrait choisir si l’on écoute les gens sérieux. Pour ma part, lorsque je suis en vacances, je « travaillotte » et je n’y puis rien, c’est comme ça.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

 

Retour du Maroc où j’étais allé me promener peu avant l’automne, quelqu’un d’aimable m’a fait remarquer que le Carignan « Beauvallon » que je disais avoir dégusté lors de mon premier dîner à Fès en compagnie d’un superbe tajine de légumes, n’était autre que le frère siamois du Domaine Riad Jamil, déjà chroniqué à deux reprises dans ces pages : ici, par exemple, et une seconde fois là. Vous allez me dire que ce n’est pas du vrai journalisme que je vous sers là, que j’ai des marottes, que les vins des Celliers de Meknès sont bigrement favorisés dans mes articles et que probablement je suis payé par l’Office du Tourisme Marocain. Je n’y peux rien, les gars, j’vous l’jure sur la tête de ma Mère, car cette grosse entreprise de Meknès est la seule, à ma connaissance, à vinifier un pur Carignan. Celui-ci semble être un de leurs fleurons. Si vous en connaissez un autre, je vous en prie écrivez moi !

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Pour vous, je l’ai donc goûté par deux fois auparavant, dans les millésimes 2008 et 2009, sans grand enthousiasme d’ailleurs. Là, j’ai bu un 2011, toujours dans le cadre de cette A.O.G Beni M’Tir qui ne garantie que ce qu’elle veut bien garantir. Comme les choses du vin sont compliquées au Maroc, en relisant mes notes d’un voyage effectué il y a douze ans, je me demande si le Carignan « vif, simple et direct » (notes prises à l’aveugle) goûté alors avec la mention sur l’étiquette « Campagne 2001/2002 » et que je conseillais de boire « d’ici un an ou deux » ne rentre pas dans l’assemblage de ce « Beauvallon » qui semble avoir un confortable tirage vu qu’il est présent un peu partout dans les rares boutiques de vin que compte le royaume, mais aussi dans les restaurants Marocains de notre Hexagone où le couscous reste un met incontestablement populaire. Par deux fois, je n’ai pas été enthousiasmé (je me répète…), et puis là, je le goûte in situ, dans son pays natal, non loin des murailles de Meknès, à une table princière à 30 ou 40 km des vignes, servi avec gentillesse par un sommelier qui dit ne pas avoir le droit de goûter le vin. Résultat, je le trouve bon, honnête, sincère.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Est-ce le décor grandiose de Fès qui s’étale à mes pieds ? Est-ce l’enthousiasme de ses habitants ? Est-ce mon humeur positive ce soir-là ? Est-ce le millésime ? Est-ce le prix presque dérisoire du vin ? Allez savoir… D’abord, mon sommelier a accepté sans broncher de mettre ce 2011 à température. Porté au nez, je lui trouve de fines notes de garrigues qui me rappellent mon pays d’adoption. Il est fait un peu à la manière d’un Corbières de belle facture : vieilles vignes, macération carbonique classique, presque comme à La Voulte Gasparets, élégance en moins, élevage sans excès en barriques pas trop neuves, puissance raisonnable, chaleureux mais avec une pointe de fraîcheur, tannins rustiques, il rempli bien son rôle de compagnon de cuisine modérément épicée. Qui a dit que le vin était toujours meilleur bu sur place ? Après tout, c’est peut-être pour cette raison que je me suis installé dans le Midi.

Michel Smith


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Les tribulations de la famille Vanwijn : coins cachés en Rhône Nord (épisode 1)

Article paru dans In Vino Veritas n°168

Les aficionados des plus belles syrahs du monde sauteraient de joie à l’idée de passer leurs congés près de Tain l’Hermitage; c’est le cas du père Vanwijn, bien sûr. Mais ma soeur et moi, nous avons décidé de faire la gueule tout le trajet. On nous dira « pourquoi tant de haine? » C’est simple: qu’il y a-t-il à faire dans le nord du Rhône? Papa a beau raconter tout ce qu’il veut, on ne l’écoute plus. Même Djibou, notre chien, n’a plus quitté son panier. Mais c’est décidé, on part demain tôt dans la matinée.

Arrêt antidépresseur

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Arrivé en début d’après-midi à Tain l’Hermitage, la voiture s’arrête au bord de la N7. Plongez dans nos jeux, la musique hurlante, il faut nous secouer pour nous rappeler à la réalité. Pause chocolat, ça vous va ? Hurle papa. Eberlués, on contemple le tout nouveau bâtiment de la Cité du Chocolat de Valrhona. Il ressemble à une grosse boîte de pralines. Ma sœur reste tétanisée devant le mur végétal de la façade principale, la nature elle aime. Bon, on entre ? Et tout de go comme un ado, notre père nous inscrit à l’atelier dégustation, 2 heures de pur bonheur, manque plus que les lunettes roses pour se croire perdu sous les tropiques. Provisions faites à la boutique, on sort le sourire enfin retrouvé. Après une telle thérapie, on est prêt à réaffronter la vie. Papa ne s’y trompe pas et nous emmène dans une autre boutique, celle de la Maison Chapoutier. Les hauts verres scintillent et se remplissent de quelques Crus, il nous faut une Syrah qui va avec le chocolat. Le Cornas Les Arènes 2010 semble tout indiqué, d’ailleurs, il fera une bonne partie du repas de demain. Puissant, mais aussi gourmand, il se parfume de fruits noirs bien mûrs, il est suave et bien épicé, les tanins bien présents, de quoi bien agrémenter une côte à l’os puis de le confronter à d’autres tanins, ceux de quelques crus Valrhona. Le choc risque d’être à la fois impressionnant et délicieux.

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Valrhona pour qui ne connait pas est une chocolaterie créée à Tain l’Hermitage. Cette étape incontournable pour les gourmands s’est dotée depuis 2013 d’un espace dédié au chocolat et ouvert tous les jours.

Au milieu de l’avenue Paul Durand, l’artère qui mène à la gare de Tain, se trouve le Caveau M. Chapoutier.

Manger, puis dormir

Avant de rejoindre notre lieu de séjour perdu au milieu des vignes, on fait un saut à la Cave de Tain qui possède un intéressant caveau didactique. Quelques Saint Péray effervescents viennent compléter nos achats. Ils ne feront pas la semaine, frais, aux arômes de fruits blancs sur lit minéral, ils accompagneront nos mises en bouche de fin de journée. http://www.cavedetain.com

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Entretemps en route, c’est pas loin, pour le Mangevins, c’est dans la même avenue que le Caveau précédemment visité. Vincent Dollat et son épouse Feiko y officient. La cuisine, on peut appeler «fusion», comme la Fleur de Courgette et escargots en tempura qui possède certes un accent de chez mais avec une nuance nippone. Le Condrieu 2012 de Pierre Gaillard accepte l’exotisme, rafraîchit le gastéropode et nuance de violette la fleur de courgette.
En route pour notre logement. On occupe un gîte à Chanos-Curson perdu au milieu du vignoble, La Farella. La piscine nous fera un bien fou avant un repos bien mérité, mais pourquoi tu ne nous a rien dit papa ? J’ai tout expliqué, mais vous n’avez rien écouté. Ça vous a fait de belles surprises pour cette première journée. Il y en aura quelques autres, elles s’égraineront tout au long de notre séjour tant redouté. Bonne nuit.

Sport ou culture ?

Bien évidemment ma sœur voudrait enfourcher son vélo et parcourir les collines alentours. Moi, un petit saut au musée archéologique de Vienne me plairait plus. La décision est simple, si le temps n’est pas trop chaud et peu de vent, on fait du vélo, j’ai un bon contact explique mon père. Si le climat nous fait des caprices, direction le musée termine papa. Demain, on nous prévoit une température de cycliste…

Rendez-vous au Domaine Habrard à Gervans, pour parcourir l’appellation Crozes-Hermitage. Fabien Louis, notre guide, nous attend derrière ses vélos électriques, ma sœur a le sien.
Voilà un engin que je n’ai jamais essayé, paraît qu’avec cette modernité les côtes se montent les doigts dans le nez. Comme tout voyage oenotouristique et culturel pour son petit cour de géologie tout au long de la promenade, on démarre avec une dégustation des vins du domaine d’accueil. Laurent Habrard nous montre la différence entre les Marsanne expressives plantées sur lœss en Crozes et la puissance retenue du même cépage qui pousse aux Roucoules en Hermitage.

Les fourmis nous démangent, en route

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C’est le moment choisi pour présenter l’entité aux étrangers, nous et une poignée bigarrée d’Allemands et de Hollandais qui n’y ont jamais mis les pieds. Cépages, sols, style de vin sont décrits par Fabien Louis, également sommelier qui tient à Thain un bar à vins, Des Terrasses du Rhône http://www.ausommelier.com http://www.baladesviticoles.com
En route, c’est parti pour 500 m et premier arrêt, histoire d’admirer la portion la moins connue de l’appellation, les granits qui en occupent toute la partie nordique et qui se termine avec la colline de Thain, aire de l’Hermitage. Ça monte, ça descend, on s’arrête de temps en temps pour souffler, prendre quelques photos, admirer le travail des vignes.

L’ascension jusqu’à Larnage

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Au milieu des monticules granitiques gît une particularité géologique qui se mérite, vélo électrique ou pas, le miens ne devait pas être branché, et c’est au bout de plusieurs lacets qu’enfin on accède à ce terroir écrit en vert sur fond blanc. Le sol gris blanc très clair est assez impressionnant, composé de kaolin, une argile complètement altérée qui s’emploie dans la fabrication de la porcelaine. Un terrain assez rare et encore plus rarement planté de vignes. Il donne des vins droits, presque austères, tendus par l’acidité due à la forte teneur en silice. Les Domaines Belle et Rémizières y ont plusieurs parcelles, comme René Jean Dard et François Ribaud (Dard & Ribo) qui en font la mythique cuvée K. On y passera goûter tout ça.

Folle descente

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En rasant la colline de l’Hermitage, ce qui permet d’en admirer de près les enseignes hollywoodiennes…
Les granits nordiques nous laissent pour les anciennes terrasses du Rhône d’altitudes décalées, nous ce qu’on voit c’est que ça descend et on est bien content. Au décrochage entre ces deux espaces plans apparaissent quelques pentes argileuses du côté de Mercurol. C’est le terroir des Pends qui donnent des vins minéraux, argile tu m’entends, mais bien enrobés de chair, frais. Le Domaine des Entrefaux en tire un joli parti. Les Crozes Hermitage Les Pends blanc et rouge viendront remplir notre escarcelle.

Enfin les Châssis

Arrive la plaine des Châssis, celle qui abrite quelques domaines réputés comme Le Clos des Grives de Laurent Combier http://www.domaine-combier.com ou encore Alain Graillot avec aujourd’hui son fils Maxime qui tient la barre http://www.alaingraillot.com . Les vins y sont certes plus solaires, plus puissant, mais leur structure minérale leur apportent fraicheur et élégance.
La balade se termine autour d’un verre, celui de l’effort fourni, histoire de nous réhydraté, celui de l’amitié, histoire de trinquer aux belles appellations et au terroir dans les jambes.

Demain repos !

Ciao

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Marco


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Impressions Marocaines, ou le vin sous voile

Douze ans ! Cela faisait un bail que je n’avais mis les pieds sur la terre Marocaine. La dernière fois, c’était pour un grand reportage pour le compte du magazine Saveurs, entre Fès, Meknès et Volubilis. Franck Crouzet, Directeur de la Communication chez Castel, nous avait chaperonnés avec force largesse puisqu’il nous logeait, mon équipe et moi, dans le luxueux Palais Jamaï, probablement le plus agréable des palaces après la Gazelle d’Or à Taroudant, lieu de repos favori des Chirac. Ah la vie de luxe, ça a du bon, vous ne trouvez pas ? Au passage, si vous avez comme moi des envies de faire péter le compte en banque, sachez que le directeur du Palais Jamaï m’a dit en confidence que son hôtel allait fermer après Noël pour des travaux de très longue durée. Ses propriétaires, les mêmes que ceux de La Mamounia à Marrakech, sont décidés semble-t-il à le faire entrer dans l’ère des grands paquebots pour milliardaires, ce qui n’est pas de bonne augure si vous voulez mon avis. Bon, comme il ne s’agit pas d’une rubrique hôtelière, je me garderai bien de vous ennuyer plus encore avec ce sujet.

Photo©MichelSmith

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Passons au vin. Dans ce Maghreb où le jus fermenté est caché (il y a aussi du casher…), mis sous voile (pour tenter un brin d’ironie de mauvais goût), alors qu’il est présent depuis l’Antiquité, il règne une véritable omerta : officiellement, il y a bel et bien des vignes, visibles de tous d’ailleurs, mais elles sont surtout là pour le raisin de table, non pour le vin. Si, si, on vous le jure. Déjà, lors de mon précédent voyage, j’avais été surpris par cette hypocrisie, comme en Tunisie d’ailleurs et peut-être même aussi en Algérie, où je ne suis pas retourné depuis mes débuts journalistiques. Surpris par la manière – je devrais dire la diabolisation – par laquelle ces pays pourtant producteurs traitent le vin. On estime qu’au Maroc, la vigne emploierait pas loin de 20.000 personnes et concernerait autour de 10.000  hectares (je n’ai pas trouvé de chiffres officiels, même sur le site de l’OIV), contre 80.000 dans la première décennie du siècle dernier et 60.000 dans les années précédant l’indépendance. Lorsqu’on en parle, les gens rigolent ou changent de sujet quand ils n’invoquent pas le Coran, refusant parfois le dialogue, ce qui est encore le cas à Meknès ou Fès, peut-être moins il est vrai à Casablanca ou Rabat.

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À côté de ça, dans les hôtels le vin n’est pas exclut et il existe – du moins dans les grandes villes – quelques lieux de perdition bien cachés (vitrines neutres, exemptes de publicité), comme à Rabat, par exemple, principalement dans les quartiers dits « modernes » ou « européens », où des citoyens entrent et sortent, quelques uns passablement éméchés, un flacon de whisky ou une bouteille de vin sous le bras soigneusement enveloppée dans un papier journal, afin de rester bien à l’abri des regards. Ces boutiques que l’on ne peut appeler « cavistes » tant elles sont laides et peu avenantes ne sont pas nombreuses, mais elles sont la preuve d’une tenace rigueur religieuse. De la même manière, connus de tous, il y a aussi des bars sombres ou souterrains où la bière coule à flots dans la cacophonie la plus totale, les imprécations des ivrognes, les vapeurs tenaces d’alcool et de tabac. Je sais aussi que certaines boîtes de nuits ou discothèques, surtout du côté de Casablanca, font grande consommation d’alcool. Pourtant, « Chez nous, on ne boit pas. On ne pose même pas nos yeux sur le vin. C’est interdit ».

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Paradoxe encore, malgré la mise sous voile du vin Marocain (cachez ce flacon que je ne saurai voir…), les ventes se portent bien et ce secteur de l’agriculture est en pleine forme. Sur plus de 50 millions de bouteilles produites, l’écrasante majorité est vendue et consommée sur place comme l’explique cet article glané sur la toile. On pourrait croire que cet engouement est à mettre sur le compte des touristes et des retraités de France et d’ailleurs venus profiter d’une fin de vie bon marché, certes, mais il y a fort à parier que la classe moyenne qui ne cesse d’augmenter à en juger par la frénésie immobilière autour des villes, ne soit pas totalement hermétique aux plaisirs du vin. Dans les restaurants de Meknès ou de Fès, outre les hôtels, les cartes de vins n’existent pas ou sont réduites au stricte minimum. Ironiquement, la plupart des restaurateurs annoncent au touriste : « Si tu veux amener ton vin ou ta bière, pas de problèmes ». D’autres, toujours à Fès, où je suis resté le plus longtemps tellement j’aime cette ville, emploient de jeunes rabatteurs qui promettent à voix basse un verre de vin que l’on verra arriver sur table dans un gobelet en plastique soigneusement enveloppé d’une serviette en papier. Le plus souvent, dans de telles conditions, le vin est franchement imbuvable et on ne sait même pas ce que l’on boit puisque la bouteille n’est jamais montrée. Plus on s’enfonce dans la médina et plus le vin est ignoré. Paradoxe, le Maroc produit pourtant des vins honorables, semblables pour beaucoup à ceux que l’on buvait dans le Midi dans les années 80/90 avec une mention particulière pour l’usage du bois sous forme de barriques ou de chips, artifices employés ailleurs, à l’abri des regards dans les chais-usines proches du port de Sète notamment.

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Les bouteilles et leurs habillages ne font guère preuve d’originalité. La tendance est aux cépages « internationaux », Cabernet, Merlot, Syrah. Peu chers, ils dominent surtout à l’export où ils font fureur dans les restaurants à couscous de Paris à Bruxelles en passant par le Danemark ou la Suède. Ce léger manque d’audace est probablement dû au fait que seules quelques entreprises se partagent le gâteau viticole, la plus grosse étant le groupe Castel qui possède plusieurs centaines d’hectares et qui est propriétaire depuis 2003 de la marque Sidi Brahim, un vin rouge et rosé associé à l’Algérie (c’est le nom d’une célèbre bataille en 1845) racheté à la maison bordelaise William Pitters (de Bernard Magrez) qui depuis, hormis un petit vignoble, s’est retirée du Maroc laissant ses vignes à Castel. Au passage, je n’ai jamais réussit à savoir si les vignes qui fournissent le raisin du Sidi Brahim (1.150.000 cols environ, rien que dans la grande distribution en France) sont tunisiennes, marocaines ou algériennes, ou si elles ne sont pas un peu des trois pays… Il est vrai que j’aurais pu poser la question au service com du groupe… Introuvable au Maroc, ce vin n’est d’ailleurs pas le plus vendu des vins du Maghreb en France puisqu’il est devancé de peu par le Boulaouane (ex propriété de la SVF), nom qu’il ne faut surtout pas confondre avec Guerrouane, une AOG (appellation d’origine garantie, sorte d’IGP) au même titre que Beni M’Tir, Zemmour (rien à voir avec l’autre zozo), Berkane et une dizaine d’autres, tandis que l’on ne compte qu’une seule AOC, les Coteaux de l’Atlas proche de Méknès.

C'est Fès que j'aime. Photo©MichelSmith

C’est Fès que j’aime. Photo©MichelSmith

Sur place, je n’ai pas rencontré de vin de marque Boulaouane (6 millions de cols par an) alors qu’il est produit à partir de raisins récoltés au sud de Casablanca (et dans la région de Meknès ?) puis envoyé en bateau-citerne jusqu’en Languedoc pour les assemblages et la mise en bouteilles. Castel, déjà présent  au Maroc dans la bière (Flag) et l’huile d’olives, semble s’implanter de plus en plus dans ce pays, laissant à d’autres groupes marocains, comme Les Celliers de Meknès, la part de plus en plus importante du marché local des vins (75 %) et préférant se concentrer sur l’exportation. Présidé par Brahim Zniber, 94 ans, un entrepreneur Marocain ayant réussi à rassembler plus de 2.500 ha près de Meknès, aux pieds de l’Atlas, le vignoble est encore planté de Grenache, Carignan, Cinsault, Aramon et Alicante, mais aussi de Cabernet-Sauvignon et Franc, Syrah et Merlot. Il compte en son sein un véritable château doté d’un chai bien équipé et d’une batterie de barriques neuves. On compte un ou deux domaines intéressants (ex-groupe Thalvin) dans le secteur de Casablanca et de Rabat. Deux vignerons de la Vallée du Rhône, dont Alain Graillot (Crozes Hermitage) avec une vingtaine d’hectares de Syrah cultivée en bio pour un rouge de qualité nommé « Tandem », se sont intéressés au Maroc. Au Domaine du Val d’Argan, plus au sud (proche d’Essaouira), Charles Mélia (Châteauneuf-du-Pape), a été l’un des premiers à se lancer avec de jolis vins à la clef. Deux familles Bordelaises, celles des propriétaires de Fieuzal et de Larrivet-Haut-Brion, ont elles aussi tenté l’aventure en plus grand dans la région de Meknès, au Domaine de La Zouina. On m’a parlé en bien de la Ferme Rouge, près de Rabat, dirigée par Jacques Poulain, un ancien oenologue de Thalvin qui utilise pas mal de Tempranillo dans ses rouges et dont les blancs (Chardonnay et Viognier) font fureur… Quant à l’ineffable Gérard Depardieu, il a tenté une expérience (quelques hectares seulement) du temps ou son ami Bernard Magrez sévissait vers Méknès au Domaine Sahari notamment. Mais je n’ai jamais goûté ses vins.

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Du raisin, oui… Du vin, non. Photo©MichelSmith

Au cours de ce voyage, plus intéressé par la fréquentation de restaurants réellement Marocains et de ce fait pour la plupart hostiles au vin, hormis un Carignan qui sera l’objet de ma chronique de Dimanche, je n’ai pas goûté de vins mémorables. Il y a 12 ans, en revanche, ce sont ceux de Beni M’Tir qui m’avaient plus frappés lors d’une dégustation à l’aveugle réalisée par mes soins avec l’aide de la société Castel puisqu’il n’existait pas de structure promotionnelle et que celle-ci n’existe toujours pas d’ailleurs. J’avais goûté une superbe cuvée « Excellence » 2000 et 2001 de Bonassia Vineyards (Cabernet/Merlot) concoctée pour l’export, ainsi qu’un autre rouge 2001 du Domaine de Baraka (Castel) joliment tannique et un Guerrouane 2001 du Domaine Delorme, cuvée « Aït Mimoun » élevée en grande partie en barriques (chêne américain) qui me paraissait refléter la Syrah. Côté gris (ou rosé), le Boulaouane du Domaine de Khmis (Celliers de Boulaouane), bien marqué par le Cinsault, agrémenté de Grenache et de Cabernet, m’avait bigrement séduit tout comme son frère de Beni M’Tir signé à l’époque Atlas Vineyards.

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Ce papier se termine un peu en queue de poisson, me direz-vous. Pas faux. Il faut dire à ma décharge que les marques virevoltent, qu’elles changent de mains et de noms en fonction des marchés internationaux et au gré des opportunités de ventes et de rachats rendant très difficile le suivi de l’épopée vineuse de ce pays. Hormis les taxes que cela rapporte à l’état Marocain, mis à part quelques noms sûrs (Castel, Les Celliers de Meknès), la plus grande confusion règne, même si les caves viticoles que j’ai pu visiter jadis étaient fort bien tenues et aussi bien équipées. L’aventure du vin au Maroc reste obscure et seule la rencontre entre un bon vigneron européen et un homme puissant bien introduit dans les sphères royales pourrait permettre de bâtir un beau rêve à l’image de certains domaines du sud de la France ou de l’Espagne. Comme l’Algérie et la Tunisie, le Maroc est un grand pays de vin qui s’ignore…

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Les douanes, toujours les douanes… Photo©MichelSmith

Mon souhait le plus cher serait de voir s’ouvrir un jour à Meknès une Maison du Vin Marocain. S’il vous plaît votre Majesté, vous qui comptez au moins un magistral palais dans chaque ville, vous pourriez faire quelque chose pour que le vin devienne l’une des fiertés de votre royaume ? D’ici 50 ans, peut-être ? Fort bien, j’attendrai.

Michel Smith

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