Les 5 du Vin

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Expo-photo@2014 La Bourgueillothérapie + Les étapes pour Loire vélo

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Portrait of the Artist in 2013 as a young man facing a blank canvas and searching for inspiration!

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Inspiration found… (No 4 in Expo)

The 2014 edition of La Bourgueillothérapie fast approaches – this weekend 13th and 14th September. Earlier than last year because the 2014 vendange is expected to start earlier than the 2013, which was very late.

List of photos for my exhibition@Café de la Promenade with proceeds going to La Croix Rouge. The expo starts late afternoon on Friday 12th September and proceeds go to La Croix Rouge, the chosen charity for this year:   

Bourgueil expo – ‘de Nicolas à Patrice’

  1. Cabernet Franc Mi-pente, Domaine de la Butte: September 2010
  2. Caves de Grand Mont 1
  3. Caves de Grand Mont 2
  4. David Cobbold – artist in residence: Bourguillothérapie 2013
  5. Dorothée – no messing at the Café de la Promenade!
  6. François Jamet, tasting, Domaine les Vallettes, Saint Nicolas de Bourgueil
  7. Frédéric Mabileau, Saint Nicolas de Bourgueil (Vins: Anjou, Bourgueil, Saint Nicolas de Bourgueil, Saumur): June 2013
  8. Gérard Vallée et son fils, Domaine de la Cotelleraie, Saint-Nicolas-de-Bourgueil
  9. Guillaume Lapaque, directeur du syndicat des vins de Bourgueil: June 2012
  10. Hervé Ménard, Domaine Menard, Bourgueil: March 2014
  11. Jean-Claude Audebert, Maison Audebert, Bourgueil
  12. Jean-François Mabileau, Domaine de la Closerie, Restigné
  13. Jean-Marie Amirault, Benais
  14. Joël Taluau, Joël Taluau et Thierry Foltzenlogel, Saint-Nicolas-de-Bourgueil (Vins Bourgueil and Saint-Nicolas-de-Bourgueil): Joël died June 2013
  15. La Loire@Chapelle
  16. L’arme de Jean Carmet – cave of Lamé Delisle Boucard
  17. Ludovic Ragot, Café de la Promenade, Bourgueil
  18. Maeva Mabileau, Domaine de la Closerie, Restigné
  19. Nathalie Omasson, Saint-Patrice
  20. Philippe Boucard, Lamé Delisle Boucard, Ingrandes-de-Touraine: October 2009
  21. Pierre, Stéphanie and Emmanuel Caslot avec Binettes, Domaine de la Chevalerie, Restigné: June 2014
  22. Pierre Breton, Domaine Catherine & Pierre Breton, Restigné (Vins: Bourgueil and Chinon)
  23. Pierre Caslot, Domaine de la Chevalerie, Restigné
  24. Pierre-Jacques Druet, Benais: distinctive sign
  25. Robert Viémont, Confrèrie de Commanderie de la Dive Bouteille de Bourgueil et Saint-Nicolas-de-Bourgueil
  26. Sandrine and Mateo Duveau, Bourguillothérapie 2013
  27. Sebastien David, Saint-Nicolas-de-Bourgueil
  28. Sophie Ragot, Café de la Promenade, Bourgueil: June 2013
  29. Sorting Cabernet Franc at Domaine Frédéric Mabileau, Saint-Nicolas-de-Bourgueil (Vins: Saint-Nicolas-de-Bourgueil, Bourgueil)
  30. Tasting ’47 to ‘93 – 100 point tasting! (Cave de Lamé Delisle Boucard)
  31. Thierry Amirault, Domaines les Quarterons, Saint-Nicolas-de-Bourguei
  32. Vignerons at tasting of ’47 to ‘93 in cave of Lamé Delisle Boucard and Les  Gambiers de Domaine des Ouches, Ingrandes-de-Touraine
  33. Vincent Cuisinier de Campagne, Ingrandes-de-Touraine: Poulet roti à la Belge
  34. Vincent Marchesseau, Vignoble des Robinières, Bourgueil (Vins: Bourgueil, Saint-Nicolas-de-Bourgueil, Chinon)
  35. Xavier Courant, Domaine l’Oubliée, Saint-Patrice
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The answer if you have ever wondered why customers@Café de la Promenade is always so well behaved…!

After La Bourgueillothérapie it will be time for us to head to Gerbier de Jonc, the source of the Loire to start my cancer charity ride to from there to La Baule, where La Loire meets the Atlantic.

I will be riding to raise money for two cancer charities – the Fondation Gustave Roussy in France (https://igr.friendraising.eu/jim.budd) and Teenage Cancer Trust in the UK (http://uk.virginmoneygiving.com/JimBudd). All donations very gratefully received.

 

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New cycling top kindly sent to me by Teenage Cancer Trust specially for my cycle ride down the Loire Valley.

Eight-day ride down the Loire: les étapes

17th September – 24th September 
Wednesday 17th : Gerbier de Jonc – Retournac via le Béage (85 kms)
Thursday 18th : Retournac – Renaison (Côte Roannaise) (120 kms)
Friday 19th: Renaison – Nevers (165 kms)
Saturday 20th: Nevers – Chavignol (60 kms)
Sunday 21st: Chavignol – Beaugency (114 kms)
Monday 22nd: Beaugency – Bourgueil (143 kms)
Tuesday 23rd: Bourgueil – Ancenis (121 kms)
Wednesay 24th: Ancenis – La Baule (115 kms)

 

JIM BUDD

Charles-vélos

Delighted that I will be joined for part of the ride: Bourgueil to La Baule by Charles-Eric Pasquiers, the general manager of Domaine FL in Anjou. C-E is pictured here crossing La Beauce during the punishing Bordeaux-Paris ride.


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Miscellanées: choses bues, vues et quelques pensées de cette fin d’été

Beaucoup de gens établissent des sortes de bilans vers la fin de l’année. Pour moi, c’est plutôt l’été. Car c’est souvent un moment propice pour laisser divaguer un peu son esprit, occupés que nous sommes (ou pas, c’est selon) par des activités différentes de celles qui nous tiennent en place le reste de l’année. Certaines idées se décantent ainsi. D’autres surgissent au gré de rencontres, de retrouvailles, de déplacements ou autres détours d’un esprit moins accaparé par le quotidien.

Il me semble aussi que je pense (si ce mot est approprié dans mon cas) mieux en marchant qu’en m’asseyant. Ou, plus exactement, en exerçant une activité physique, comme construire de murs en pierre ou rouler vite à moto. Ces activités-là, et d’autres pratiquées depuis un mois ou plus, m’ont aidé à formuler ces quelques joies, énervements et questionnements.

D’abord les joies

1). On peut aimer déguster un vin en solitaire, et même beaucoup. Dire que le vin est fait pour être partagé ne correspond pas toujours à la réalité. Si, par exemple, la personne avec qui on boit ne prête aucune attention au liquide que vous dégustez tous les deux, alors que vous le trouvez exceptionnel ou simplement bon, vous avez un moment de solitude de toute façon. Evidemment le partage d’un bon vin est aussi une joie, mais seulement quand cela marche bien.

2). Les paysages du Gers et ses vignes. Même si la vigne gagne des surface dans l’Est du département (j’y ai vu beaucoup de parcelles de très jeunes vignes) on n’est jamais dans une forme de mono-culture telle que le Médoc peut nous la présenter. De plus, les paysages sont ondulants, très variés, et souvent bien boisés par endroits, et les formes et couleurs des maisons augmentent la sensation de bonheur et de plénitude que j’éprouve en les traversant.

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En réalité, ces deux photos, que j’aime beaucoup, ne sont pas du Gers mais de la région autour de Barolo dans le Piedmont italien (autre très belle région viticole). Elle sont le travail d’une excellente photographe amatrice (aussi grande amatrice de vins), Lydie Jannot, que je remercie pour son autorisation de les publier ici. Voici un lien vers son site : 

http://lydiejannot.smugmug.com/Nature/Italy/

3). Les plaisirs procurés par des vins blancs assez vifs en été, et, en particulier, la vibration aiguë provoquée sur mon palais par bon nombre de rieslings allemands. Il n’y a pas qu’eux, mais j’en ai dégusté un certain nombre cet été.

4). La rapide multiplication de bonnes bières artisanales que l’on commence enfin à trouver un peu partout en France. Il y a deux ans, j’avais mentionné dans ce blog l’abondance de ces petites brasseries locales rencontrées lors d’un voyage estival sur la côte ouest des USA, tout en lamentant leur rareté en France.  Cela change assez vite dans le bon sens je trouve, et c’est tant mieux. On trouve de bonnes bières  même dans des supermarchés maintenant !

5). Une créativité croissante dans l’aspect visuel des étiquettes, même en France, pays qui a longtemps été bien trop terne dans son approche de l’habillage des bouteilles de vin. Voici un exemple, qui allie, à mon avis heureusement une approche traditionnelle avec un brin de créativité. Il fait dire que son appellation est assez conservatrice. Et le ramage valait aussi le plumage dans ce cas.

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6). L’excellence de la sélection de vins du caviste/grossiste Plaisirs du Vin, qui a des antennes à Agen, Cahors et autres places fortes du sud-ouest. J’y ai acheté une belle série de bulles (36 bouteilles et il n’en reste plus) pour notre consommation estivale : de Montlouis, de Vouvray, de Roanne, de Gaillac et de Limoux. Mais aussi, pour la deuxième année consécutive, 6 bouteilles d’un vin de Louis Barruol, son délicieux rouge intiulé Little James’s Basket Press, avec sa bonne fermeture par capsule à vis. J’y ai fait de convertis !

 

Maintenant quelques petits énervements, dont certains sont récurrents

1). La dictature des rosés pâles. Heureusement, dans le Sud-Ouest, on trouve encore une dominante de vins rosés dont la couleur assume sa différence avec celle des vins blancs. Mais la pâleur, et son corollaire aussi stupide qu’insidieux : "ce sont les rosés pâles qui sont les meilleurs, n’est-ce pas ?" (rengaine entendue plusieurs fois cet été, avec des variations), gagne inexorablement du terrain. Jusqu’à quand ?

2). La prétention et le jargon de certains communiqués de presse ou présentations d’activités. Oh, pas tous, bien sur, mais celle-ci est un assez bon exemple :

"X" is a Marketing and Communication Strategy Consultancy firm for prestigious international wine estates. Leveraging on a long experience and a recognized know-how, it helps the actors in the world of the fine wines to define and set up a new professional approach to develop their image on an international level.

3). L’attitude désinvolte et l’absence de connaissance du métier de bien trop de personnel engagé dans le service dans des bars ou restaurants. Il y a, bien entendu des contre-exemples, comme ce responsable de la boutique/bar-à-vins Repaire de Bacchus, rue Daguerre dans le 14ème de Paris, ou comme Jérôme, le sommelier/serveur du restaurant L’Horloge à Auvillar (82). Mais, pris dans l’ensemble, la qualité de service dans les établissements de, disons, moyenne gamme, en France, est un sujet de désolation.

4). En contre-point de l’article 4 dans la liste des mes joies estivales, je dois aussi pointer la terrifiante mainmise de deux groupes brassicoles et leur branches de distribution sur les mousses servies dans les cafés et brasseries des grandes villes. En gros, c’est Kro ou Heineken pour la bière de base (et je n’aime ni l’une, ni l’autre). Cela doit évoluer !

 Et, pour finir, une interrogation

Le travail reprend et, avec lui, les dégustations. J’ai le souvenir d’un excellent papier de Michel sur son approche actuelle à cet exercice ô combien délicate. Il disait avoir abandonné les dégustations "marathons". Je dois justement en aborder une, qui sera en cours au moment ou vous lirez ces lignes : 200 champagnes en 2 jours. Je sais que ce n’est pas bien raisonnable et je n’en retiens ni fierté, ni autre chose que la simple nécessité économique et logistique qui nous impose de faire ainsi pour les besoins d’un article ou deux. Je ne crois pas que cela soit la meilleure méthode pour faire aimer des vins, mais comment faire autrement en étant juste (c’est à dire en donnant une chance à un maximum de candidats à la sélection)? Evidemment, cela sera à l’aveugle, mais nous devrons passer assez vite et le danger est, dans ces cas, que la puissance prime sur la finesse. On s’efforcera d’être vigilant sur ce point et le fait d’être plusieurs introduit une forme de garde-fou contre des moments inévitables de fatigue des uns et des autres.

Je souhaite d’excellentes vendanges à tous les vignerons, pour qui ce moment de l’année est critique, intense et révélateur.

 David

 


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#Carignan Story # 237 : Notre tonneau

C’est un bonhomme fort sympathique qui m’a gentiment abordé l’autre jour alors que nous étions en train de célébrer la fin du deuxième mandat de notre ami, l’ancien maire de Calce, Paul Schramm, lors d’un pince-fesse tout ce qu’il y a de plus républicain. Raymond Manchon, qui travaille plus de 20 ha en bio, dont quelques hectares de Carignan pour le compte de la cave des Côtes d’Agly, à Estagel, m’est d’emblée apparu comme un parfait défenseur de ce cépage. « En plus de ce que je porte à la coopérative, me dit-il, j’ai sauvegardé deux parcelles soit 32 ares de vieux Carignans pour un vin que je baptise sous le nom de Bota Nostra, notre tonneau si vous préférez. Si vous voulez, je vous fais livrer deux bouteilles. Et vous me direz ce que vous en pensez » !

C'est dans ce décor féérique que Raymond s'attache au Carignan. Photo©MichelSmith

C’est dans ce décor féérique que Raymond s’attache au Carignan. Comme on le comprend ! Photo©MichelSmith

Sitôt dit sitôt fait, j’ai reçu les bouteilles – deux millésimes – il y a plusieurs mois. Et j’ai attendu, attendu que ma liste d’attente, justement, se libère. Chose faite aujourd’hui. J’ai donc pu enfin goûter ces vins avec bonheur et sur trois jours. Le premier est un formidable 2010 non filtré provenant d’une vigne plus que centenaire de 10 ares sur une parcelle argilo calcaire parsemée de grosses pierres de dolomie comme on peut le voir sur la photo. Tiré à moins de 400 bouteilles, c’est pour moi le plus complet : épais, dense, cassis, il a tendance à « pinoter » dans le verre après aération au bout de 48 heures.

La vigne et ses grosses dolomies. Photo©Raymond Manchon

La vigne et ses grosses dolomies. Photo©Raymond Manchon

Ce Vin de France, dont il reste encore quelques exemplaires, est vendu directement « au garage », autour de 10 €, chez Raymond Manchon qui habite du côté de Tautavel. L’autre vin, un 2011, provient d’une parcelle de 20 ares où les vieux Carignans se sont enracinés sur un sol de schiste recouvert de graves sur lequel Raymond a aussi planté 50 chênes truffiers. Toujours non filtré, je l’ai au départ trouvé un peu dur. Mais la fermeté de ses tannins s’est assouplie au bout de deux jours et, en dehors d’une très légère amertume, il a accompagné avec fierté la côte de porc fermier à la sauge que j’avais préparé à son intention.

 Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Les coordonnées de Raymond : 06 30 42 23 48… Ou par courriel : bota.nostra@orange.fr 

Michel Smith

 


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Cahors ou comment réussir son retour

Cela fait moins de dix ans que l’appellation Cahors est de retour sur la scène internationale. C’est un exploit qui force l’admiration quand on mesure le chemin parcouru par cette appellation du Sud-Ouest français. Après le spectaculaire réveil qualitatif et la mise en place d’une communication mieux adaptée au monde globalisé, quelle stratégie choisiront les producteurs cadurciens et les institutions pour prendre des parts de marché à l’international? Il y a des leçons à tirer du succès des malbecs argentins, mais encore faut-il comprendre les raisons de ce succès.

C’est pour comprendre, justement, que je me rends sur le coteau historique du vignoble de Cahors, près de Cieurac, où je retrouve mon interlocuteur, Bertrand-Gabriel Vigouroux. Nous sommes au Château de Haute-Serre, l’une des trois propriétés qui constituent les Vignobles Georges Vigouroux. Les deux autres étant le Château de Mercuès et le Château Leret-Monpezat. Au total 147 hectares de vignes. Sans la passion du père, Georges Vigouroux, le Château de Haute-Serre n’existerait probablement pas. Le phylloxera avait eu raison de ce vignoble. Le père de Bertrand l’a acheté et complètement replanté en 1971 avec 60 hectares de vignes d’un seul tenant, aujourd’hui majoritairement couvert de malbec, complété par le merlot et le tannat. Depuis 2000, Bertrand-Gabriel assure la direction de l’entreprise familiale.

1. Bertrand-Gabriel Vigouroux, directeur général des domaines Georges Vigouroux. Photo Photo SAS Georges Vigouroux

Bertrand-Gabriel Vigouroux, directeur général des domaines Georges Vigouroux. Photo Photo SAS Georges Vigouroux

De la place pour innover

La moitié de l’activité de l’entreprise repose sur les vignes, l’autre moitié sur le négoce, qui est l’activité historique de la famille depuis le XIX siècle et se décline aujourd’hui en différentes appellations du Sud-ouest (dont le Cahors). L’entreprise réalise la moitié de son chiffre d’affaires à l’exportation, et son premier marché est l’Amérique du Nord, avec les Etats-Unis et le Canada. Il fallait aller chercher ce marché. Bertrand a toutes les raisons d’en être fier, car c’est en créant sa marque de négoce Pigmentum qu’il a réussi à s’y implanter, au moment où le marché nord-américain s’ouvrait aux Cahors super premium. Il y vend aussi ses cuvées haut de gamme : Icone Wow, Prestige et Château de Haute-Serre.

C’est aussi aux Etats-Unis que Bertrand a trouvé son oenologue-conseil, Paul Hobbs, un Californien spécialiste des malbecs argentins. Outre leur collaboration habituelle sur les vins des domaines Vigouroux, ils ont lancé dernièrement à New York, à Paris et à Londres une cuvée spéciale appelée Crocus. 100% malbec, elle assemble des raisins issus des parcelles sélectionnées. Une «joint-venture» originale signée astucieusement Paul Bertrand (sic!); et le vin est superbe! Lui même oenologue, diplômé de l’Ecole de Toulouse, Bertrand est convaincu qu’il y a de la place pour innover à Cahors. Outre sa casquette du producteur, il porte aussi celle du Président délégué de l’UIVC, l’Union interprofessionnelle des vins de Cahors.

Construire ensemble l’image d’un grand vin

Et quand il parle de l’avenir de Cahors en tant qu’appellation, il a trois mots à la bouche : qualité, visibilité, image. L’immense travail effectué ces quinze dernières années dans les vignes et dans les chais a fait des cahors des vins de qualité. La segmentation des prix permet de choisir entre différents styles : les vins jeunes et fuités d’entrée de gamme à 5-7€, les gourmands du milieu de gamme à 7-14€ et les cuvées prestige, intenses et complexes haut de gamme à plus de 15€. Les vins sont très attractifs dès le premier segment des prix. Le consommateur y trouve facilement son compte.

Mais pour augmenter sa visibilité, le vignoble cadurcien aurait besoin de croître. Il compte aujourd’hui 4.200 hectares (dont 90% planté en malbec) et la surface classée en appellation totalise 21.000 hectares. Il y a donc de la place pour planter davantage. Mais quels cépages et où? Le malbec, c’est certain, mais pas uniquement. Un tiers de l’aire AOC Cahors serait favorable aux grands blancs, qui, au côté des rosés, restent une alternative de diversification très intéressante. Ils sont produits aujourd’hui en IGP Côtes du Lot ou Comté Tolosan, avec beaucoup d’ingéniosité. Mais pour obtenir l’AOP blanc, il faudra que les vignerons s’entendent sur son profil qualitatif. Les Châteauneuf-du-Pape blancs existent, pourtant. Alors, rendez-vous dans quinze ans pour les grands Cahors blancs?

Et puis, pour les rouges, la notion de grands et premiers crus est à l’étude. La réflexion passera peut-être par la reconquête des coteaux, ces pentes historiques abandonnées, car difficiles d’accès. Lydia et Claude Bourguignon, grands médecins des sols, en sont convaincus. Notons au passage que depuis les années 2000, les surfaces plantées en malbec ont doublé en Argentine pour atteindre les 34.000 hectares.

2. Les vins dégustés au Château de Haute-Serre. Photo Agnieszka Kumor

Les vins dégustés au Château de Haute-Serre. Photo Agnieszka Kumor

Le point fort des Argentins, c’est la taille foncière de leurs entreprises viti-vinicoles. Les domaines de Cahors n’ont pas la même force de production, ni de marketing. C’est pour cela qu’ils vont en mode groupé. C’est très intelligent. Mais n’oublions pas, souligne Pablo Lacoste, professeur d’histoire à l’Université de Santiago du Chili, que le succès des exportations des malbecs argentins, c’est d’abord le succès sur le marché national. Cela veut dire que le malbec de Cahors doit non seulement se vendre en France, mais aussi y être mieux connu.

3. La Villa Cahors Malbec, un lieu de dégustation à Cahors. Photo UIVC

La Villa Cahors Malbec, un lieu de dégustation à Cahors. Photo UIVC

Un malbec différent

Le Cahors affiche clairement ses ambitions à l’international. Les ventes à l’exportation ne représentent aujourd’hui que 22% (les 78% restant sont vendus en France). L’objectif de l’UIVC est d’exporter au moins 35% de la production à l’horizon 2018. Un ratio qui reste crédible, quand on regarde la progression enregistrée depuis deux ans (une augmentation de 16,39% en volume en 2013, source : Ubifrance – Douanes). Et quand on parle des marchés à l’exportation, le choix des Etats-Unis semble un choix logique, depuis que ce pays est devenu le premier marché du vin au monde. Complexe, mais très ouvert, ce marché attire déjà les producteurs de Cahors qui vendent leurs vins là-bas, et certains leaders de l’appellation y sont hautement cotés. Exemples: Clos Triguedina, Château du Cèdre ou encore Château Lagrezette. Mais dans l’esprit des consommateurs américains, le Cahors n’est pas synonyme de malbec. Sans surprise, c’est toujours l’Argentine. Et l’appellation française n’y est qu’un « newcomer ».

Un nouveau venu, certes, mais qui a toutes les chances de réussir à condition de se positionner là-bas sur un segment de marché différent des Argentins. C’est en partie vrai en ce qui concerne les prix. Les marques argentines se vendent en moyenne 18 dollars, et dans le cas des vins de Cahors il s’agit du prix moyen de 35 dollars. Il arrive que certaines cuvées les plus chères dépassent les 100 dollars. Face à un consommateur américain sensible au packaging attractif et au prix n’excédant pas les 15 dollars la bouteille, que faire pour justifier un vin complexe et plutôt cher ? «Il faut faire du malbec le nouveau super toscan !», lançait Roger Voss du Wine Enthusiast lors des derniers Cahors Malbec Days.

Les marchés européens, et en particulier du centre et de l’Est de l’Europe, devraient aussi être visés. Ces marchés se sont petit à petit lassés des vins argentins et chiliens qui les avaient séduit dans le passé, mais qui n’ont pas su renouveler leur offre, et notamment celle de l’entrée de gamme.

Les Argentins prospectent à Cahors

Dans cette quête de nouveaux marchés, le Cahors compte sur son image de berceau du malbec. L’histoire est de son côté, encore faudra-il convaincre les acheteurs. Et pour cela, les producteurs cadurciens pourraient compter sur un allié surprise. Les Argentins cherchent à trouver une nouvelle expression pour leurs vins, et les plus curieux prospectent déjà à Cahors.

Exemple le plus récent c’est celui d’Antonio Morescalchi, directeur de la bodega Altos Las Hormigas en Argentine, une entreprise italo-argentine. Cette bodega née en 1995 dans la province de Mendoza envisagerait des partenariats avec les frères Didier et Bruno Jouves du Domaine du Prince, la Métairie Grande du Théron et le Château Les Croisille. De son côté, Léo Borsi, œnologue du prestigieux Domaine du Vieux Télégraphe à Châteauneuf-du-Pape et propriétaire de 16 hectares de vignes à Mendoza, réfléchirait à une cuvée commune avec Pascal Pieron du Château de Rouffiac. Il semble que, dans la plupart des cas, il s’agirait d’abord d’élaborer des cuvées en « joint-venture », mais il est difficile ne pas imaginer les Argentins aller plus loin et chercher à acheter, quand on sait qu’un hectare planté s’acquiert entre 10 000 et 15 000€, soit deux fois moins cher qu’en Argentine. L’information est passée du côté des Chiliens. Rodrigo Zamorano, œnologue de la bodega chilienne de Caliterra, a récemment fait un déplacement dans la région. Son regard s’est posé sur la Métairie Grande du Théron…

4. Le vignoble cadurcien, il y a de la place pour planter davantage. Photo Agnieszka Kumor

Dans le vignoble cadurcien, il y a de la place pour planter davantage. Photo Agnieszka Kumor

Oui, le Cahors a besoin d’investissements, et notamment d’investissements étrangers. Après les Français qui ont acheté des vignobles en Argentine, les Argentins seraient-ils prêts à faire le chemin inverse ? «Il y a des leçons à tirer de leur succès, conclut Bertrand-Gabriel Vigouroux, non pas contre eux, mais avec eux». Et puis, d’autres malbecs du monde attendent déjà leur tour. La concurrence promet d’être rude…

Mon avis :

Pour finir, voici les Cahors que j’aime et dont la régularité se confirme d’une année sur l’autre (dans l’ordre alphabétique) :

Domaine de Cause, Château de Cayx, Château du Cèdre, Château de Chambert, Château Combel La Serre, Château Les Croisille, Château Croze de Pys, Château de Gaudou, Georges Vigouroux, Château Lamartine, Mas del Perié, Château Tour de Miraval, Clos Triguedina, Clos Troteligotte, Château Vincens.

Agnieszka Kumor


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Sherry: dans le sillage de Michel, une tentative didactique

Merci à Michel pour  sa série sherry, merci au nom de tous les amoureux inconditionnels du Fino et de la Manzanilla… et autres beautés de Jerez.

Et maintenant, quelques rappels didactiques.
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Fino et Oloroso, les deux grandes familles de Jerez

Amontillado, Palo Cortado, Cream, Manzanilla et compagnie semblent nous parler un langage bien compliqué. Voici une tentative d’explication… simple. Un débroussaillage qui laissera, j’espère, l’amateur l’esprit libre pour déguster toutes ces merveilles sans plus se demander qui est qui.
¡ Perdoname, no entiendo !

Classification des Jerez

Le moment de la vendange

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Les raisins de variété Palomino fino se vendangent à partir de la mi-septembre. Une vendange manuelle et la plus rapide possible pour éviter au maximum les risques d’oxydation des baies, exposées à une température quotidienne de 45°C. Le minimum requis est de 10,5°, les rendements tournent autour des 75 hl/ha pour une densité de plantation de 3.500 à 3.800 pieds/ha.

La vinification

Après un pressurage léger, 72,5 litres pour 100 Kg de raisins, les moûts partent en cuves inox pour y fermenter à température contrôlée, 22° à 24°C. La fermentation alcoolique démarre grâce aux levures naturelles présentes dans la pruine qui recouvre les grumes. Toutefois, certaines Maisons cultivent leurs propres levures pour, d’une part, favoriser l’installation future du voile de saccharomyces et, d’autre part, pour initialiser le style propre à la cave. Les vins qui titrent entre 11°et 12° sont ensuite entonnés en barriques de chêne américain (quelques maisons vinifient encore directement en barriques).

La classification

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Aux environs du mois de décembre, une dégustation dirige les vins non clarifiés, vers le type Fino ou Oloroso. Chaque barrique est marquée à la craie :
-1 trait (raya)= un vin très pur, aérien, issu en général des sols de marnes blanches (albarisa) ; il rejoint le groupe des Fino.
-1 trait et un point = un vin plus puissant, plus en chair et en force, issu généralement des terrains plus argileux ; il part pour le groupe des Olorosos.
-2 et 3 traits ne sont pas aptes à l’élaboration de vin de Jerez.

Le type

La famille Fino

Un trait donne droit à un enrichissement de 15° à 15,5°. Un mutage qui autorise l’installation du voile. Voile qui ménage l’oxydation des vins.
Cette famille se répartit dans un premier en temps deux styles : la Manzanilla, qui ne vient que de Sanlúcar de Barrameda. C’est un Fino généralement plus fin, plus frais et plus élégant que les Fino élaborés à Jerez et au Puerto de Santa María. En cause, une installation du voile de levure plus rapide, grâce à la double influence, la proximité de l’atlantique et le voisinage de l’embouchure du Guadalquivir, véhiculée par le vent d’ouest, le Poniente.

Le clan Oloroso

Un trait et un point fait enrichir les vins à 17,5°. Un taux d’alcool qui empêche la naissance de tout voile de levure. Les Olorosos subissent par conséquent une oxydation plus rapide et plus importante que les Fino.

L’élevage

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La bota, barrique de chêne américain de 600 litres, s’emplit à raison de 5/6 de sa capacité. Le vide restant facilite l’installation du voile de levure (flor) ou précipite l’oxydation selon le type.

La solera

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Cette technique d’élevage assez récente (elle remonte au deuxième tiers du 19e siècle), homogénéise la production des caves. Il n’y a pas d’effet millésime, ni d’ailleurs d’effets «terroir*», mais plutôt une plongée vertigineuse dans le monde des vins oxydatifs de qualité.

Le fractionnement continu

Les barriques s’empilent sur trois hauteurs, voire quatre. Chaque étage s’appelle escala. La rangée du sol porte le nom de solera (de l’espagnol suelo, le sol). Elle contient le vin, ou plutôt le mélange de vin, le plus vieux. C’est d’elle que l’on va tirer (sacar) le vin mis en bouteille, à concurrence de ¼ ou 1/3 du volume de la bota. Cette mesure est remplacée par une quantité équivalente transvasée depuis l’étage du dessus, 1 criadera (de criar, élever). Le vin tiré de la première est remplacé par celui de la deuxième et ainsi de suite. Cette opération s’appelle la corrida de escalas (le tableau d’avancement). L’ultime criadera reçoit le vin de l’année.
Les Manzanilla et Fino gardent le voile pendant trois ans minimum. Quand la flor s’amenuise, les Manzanilla et Fino passe par le stade Manzanilla Pasada et Fino Amontillado. Quand le voile disparaît définitivement, ils deviennent tous les deux des Amontillados à part entière. L’élevage, cette fois totalement oxydatif, se prolongera ou non selon l’avis du chef de cave.

Une rareté

Jadis, lorsque les techniques œnologiques étaient balbutiantes ou inexistantes, le classement de départ aboutissait parfois à des résulats inatttendus : on trouvait de temps à autre une barrique d’Amontillado avec la corpulence d’un Oloroso. Le chef de cave apposait alorsune marque particulière : un bâton coupé d’une barre, le palo cortado. Cet intermédiaire au goût particulier se trouve encore de nos jours, mais tiré de barriques anciennes.

*on parlera de préférence d’une indication géographique, parce que c’est là et là seul que ce type de vin est produit

Otros vinos

Perspective

Le vignoble de Jerez produit également deux vins liquoreux, le Pedro Ximenez et le Moscatel. Ils sont tous deux vinifiés après passerillage (soleo). Les moûts très concentrés ne fermentent que partiellement leur sucre et jouissent d’un élevage en solera ou non. Ils portent la dénomination supplémentaire de Vino Dulce Natural quand ils sont embouteillés seuls. Le Pedro Ximenez apporte sa note très sucrée dans divers assemblages appelés Vinos Generosos de Liquor (les Vinos Generosos ‘tout court’ sont secs). Le glissement vers le Jerez de plus en plus sucré dépend du taux de PX ajouté, Medium, Cream et compagnie. On trouve aussi quelques rares PX à peu près secs (comme chez Ximenez Colosia).

Michel, j’apporterai une bouteille de Palo Cortado, il m’en reste, à siffler en regardant le soleil se coucher.

Ciao

Cachet

 

Marco


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El Rey Fino : Tercera parte (la última ronda !)

Après quelques généralités sur le Fino, après une première dégustation du Fino classique et populaire, voici une autre version de ce que l’on peut désormais appeler « le style fino ». Il ne s’agit plus de vins à boire sur la fraîcheur vibrante de leur jeunesse lors d’un apéro plus ou moins vite expédié, mais d’un vin blanc plus rare, plus sophistiqué, plus abouti, plus complet. S’il porte toujours le nom de « Fino », c’est qu’il a démarré sa vie ainsi en cherchant à rester le plus longuement possible sous la protection de son voile de flor afin d’être saisi par le venenciador (ou maître de chais) juste avant un moment critique de sa vie, celui du passage d’un style de vin à un autre. En trois, cinq ou dix ans, lorsque tout va bien côté voile, le Fino passe du stade des gamineries à l’adolescence. Il a grandi tout en gardant son caractère. Il a évolué, s’est éduqué, a pris du sérieux, s’est musclé et, si on ne le sort pas de son fût pour être mis en bouteilles en l’état, en rama comme on dit dans les chais andalous, c’est-à-dire sans filtration, il devra franchir d’autres étapes, rejoindre d’autres groupes de vins plus solides de caractère pour aller progressivement vers des études supérieures ayant pour nom Amontilado. En y arrivant, il concentrera ses arômes et son alcool. Il changera de couleur aussi. Il changera de style et ne pourra plus s’appeler Fino.

Qui sait, puisque chaque maison a ses propres méthodes de classification, ses propres nez pour repérer et analyser les meilleurs fûts, les qualités et les défauts de chacun d’entre eux, il pourra aussi peut-être fréquenter les Palos Cortados, finir sa vie en vapeurs d’anges, voisiner l’univers des grands Olorosos, rencontrer d’autres vins de cépages plus sucrés, comme le Pedro Ximenez ou le Moscatel (Muscat), histoire de s’adoucir un peu et de coller encore un peu plus au palais de la clientèle nordique. Rappelez-vous, tout ce que je dis là n’est pas à prendre au pied de la lettre. Il y a fort heureusement plus d’un mystère à élucider quand on s’intéresse à ces vins, et il faudrait passer des mois sur place pour commencer à comprendre le travail effectué à l’ombre des chais-cathédrales, percer les secrets de milliers d’observations effectuées depuis des décennies, analyser les raisons de la circulation des vins d’un fût à l’autre, d’une pièce à l’autre, d’un étage à l’autre…

Sauf exception, la plupart des vins de cette queue de dégustation, sauf exceptions, ont été ramenés à 15,5° d’alcool, soit d’un demi-point par rapport à notre dégustation de Jeudi dernier que vous pouvez toujours relire, histoire de vous remettre dans le bain.

- 3 En Rama, Jerez, Fino de El Puerto de Santa Maria, de chez Lustau (50 cl). Blond de robe, fin de nez, exceptionnel de droiture, de finesse et de longueur en bouche, cette série fondée sur la mise en exergue des 3 zones d’élevages de l’appellation confirme la suprématie de Lustau dans l’art de la précision. La complexité en bouche n’est pas absente : noix, amande, touche de bois brûlé, on rêve de le marier à un saumon fumé de belle origine en gravlax. J’ai aussi pensé à un carpaccio de veau avec câpres, huile d’olive, une pointe de vinaigre balsamique et de généreux copeaux de vieux parmesan. Tandis que Vincent y va de son poulet de ferme cuit au Jerez avec des gambas…

- Sacristia AB, Manzanilla, Secunda Saca 2013, d’Antonio Barbadillo Mateos (37,5 cl, 15°). Robe blonde sans surprise, mais nez surprenant au premier abord, presque moisi. À l’oxydation, le vin devient prenant, dense, entêtant au point qu’il finit par captiver l’auditoire. Huit jours après, il confine au sublime : on devine l’épaisseur, on sent le zeste de citron, le fumé, la salinité et la belle amertume qui vient souligner la finale. Il lui faudrait quelques blocs de maquereau cru avec des feuilles de basilic et des morceaux d’olives vertes et noires, mais là encore on pense au parmesan disposé cette fois-ci sur des asperges vertes légèrement poêlées et servies tièdes avec un filet d’huile de noix. Où alors on lui donne un jeune navet coupé en lamelles fines avec huile d’olive et truffe. Mais on songe aussi à un tartare de cèpes…

- Fino Una Palma, Jerez, Gonzalez Byass (50 cl, mis en bouteilles le 25/10/2013). Un autre monde pour cette palme (la marque repère inscrite à la craie par le maître de chais sur un fût qui se comporte particulièrement bien), la plus jeune d’une série de quatre. Dans ce cas précis, il s’agirait de 3 botas assemblées, un Fino de 6 ans d’âge minimum. C’est plein, épais, riche mais bien structuré, rond mais avec ce qu’il faut d’acidité et de jolies notes d’amande grillées. Un très joli vin où l’on ressent la présence excitante de la flor ainsi qu’une longueur assez inhabituelle. Certains pensent au cognac et de ce fait au havane. D’autres évoquent une dégustation de chocolats de différentes origines. De mon côté, je penche pour un très léger curry de crevettes…

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

- Fino Dos Palmas, Jerez, Gonzalez Byass (50 cl, mis en bouteilles le 15/10/2012). Toujours cette belle étiquette ancienne sur un élégant flacon montrant une robe plus ambrée. Huit ans d’âge au moins, ce qui fait que l’on boit la puissance… Rondeur, intensité, l’acidité se distingue sur la longueur qui, elle même, est assez phénoménale. On boit, on parle, on boit et on reparle, on ne remarque même pas que le vin commence à être chaud depuis le temps qu’il attend son tour dans cette dégustation estivale. C’est un vin de repas, on en convient – Bruno le voit sur un turbot aux morilles -, mais c’est aussi un vin de fauteuil, de méditation.

- Fino Tres Palmas, Jerez, Gonzalez Byass (50 cl, mis en bouteilles le 18/10/2012). Nous sommes sur des vins ayant passé 10 ans sous voile, ce qui est plutôt rare et même rarissime. Au premier abord, on pense à de vieux Château-Chalon. Le style Fino est encore présent, mais on devine quelques touches de rancio caramélisé en finale qui vient s’ajouter à des notes de noisettes grillées. Le vin fait causer. « C’est la mort de la fleur » lance quelqu’un en imaginant le voile qui se déchire petit à petit dans le fût. « C’est doré, soyeux et tendu en bouche », s’avance un autre dégustateur. Que faire avec ? Lire ? Écouter de la grande musique ? Sombrer dans un profond fauteuil ? Aimer ? Fumer un grand havane ? Contempler la campagne ? Bref, à vous de voir… Sachez qu’il existe un Cuatro Palmas qui est en réalité un très vieil Amontillado tiré d’une très vieille réserve…

- Pastrana, Manzanilla Pasada, La Gitana de Hidalgo. Pour ainsi dire très peu filtré et composée de vins deux fois plus âgés que ceux entrant dans la composition de la Gitana (voir commentaires de Jeudi dernier), ce vin d’une seule vigne (single vineyard sur l’étiquette) était très mal placé dans notre dégustation. Bien que sa robe ambrée fut agréable à l’œil, je l’ai trouvé un peu éteint, mou, tandis que mes collègues de dégustation ont préféré utiliser le terme « discret ». Certains ont tout de même relevé des volutes de havane et des effluves de fruits secs. Vincent a même envisagé un mariage sur l’huître !

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

-Antique Fino, Jerez, Bodegas Rey Fernando de Castilla (50 cl). Une gamme de vieux Jerez dans toutes les catégories, voilà ce que propose ce négociant, à commencer par ce Fino luxueusement présenté. Je lui ai trouvé un nez légèrement bouchonné, tandis que d’autres, comme Bruno, ont relevé un nez complexe fait de rancio, de cognac et de vanille. Il l’a d’ailleurs examiné sous l’angle d’un digestif, rejoignant en cela l’avis de Vincent qui en a fait, comme lui et comme Isabelle, « son » vin de cigare. Goûté de nouveau quelques jours après, le côté liège avait disparu pour laisser place à un vin que j’ai trouvé dur et massif, en tout cas pas dans l’esprit fino, même vieux.

Michel Smith

Quelques notes complémentaires et pratiques

-Absente de cette dégustation, il convient de noter la série « En Rama » de la maison Tio Pepe, plutôt Gonzalez Byass dont le chef de cave, Antonio Flores, met chaque année en bouteilles une sélection particulière donnant lieu à un assemblage de finos pour ainsi dire à l’état brut (non filtrés) ayant passé cinq ans au moins sous voile dans deux chais réputés pour leur hygrométrie. Le souvenir de l’un d’entre eux, goûté il y a trois ans (chaque année, une nouvelle étiquette est copiée sur un modèle ancien) est encore présent… Il faut dire qu’il y avait un remarquable jambon à portée de doigts !

Antonio Flores... Photo extraite sans permission du site de Vincent Pousson : http://ideesliquidesetsolides.blogspot.fr

Antonio Flores… Photo extraite sans permission du site de Vincent Pousson : http://ideesliquidesetsolides.blogspot.fr

-À propos de la série des Palmas de Gonzalez Byass (voir plus haut), une plongée dans ce papier plus très jeune de Vincent Pousson est fortement conseillée. Il y narrait à sa manière la découverte de ces vins avec leur maître Antonio Flores. Je recommande par la même occasion le récit d’une dégustation du même type organisée par le maître de chais de Gonzalez Byass à laquelle le journaliste Danois Per Karlsson (BKWine Magazine) a pu assister. Et puisqu’il faut tout de même de temps en temps causer prix, le 3 Palmas de Gonzalez Byass tourne autour de 30 € pour 50 cl quand on en trouve en Espagne, le 2 Palmas est à un peu plus de 20 € et le 1 Palma autour de 15 €. Il existe aussi un cuatro Palmas (Manzanilla) mais en Amontillado à près de 90 € (50 cl). Merci encore à Bruno Stirnemann de nous avoir offert ces vins de grande noblesse extirpés de sa cave.

-Dans le même genre d’idée, la maison n’est pas en reste, elle qui commercialise 3 versions de finos en rama, un Jerez (que nous avons dégusté plus haut), une Manzanilla et un autre Jerez mais de El Puerto de Santa Maria. Compter près de 17 € pour 50 cl.

-Une boutique en ligne ? La plus sérieuse me semble être celle de Villa Viniteca, une institution à Barcelone, avec quelques raretés chères à notre dégustatrice Isabelle Brunet, comme les finos de l’Equipo Havazos hélas absents de notre dégustation. Bien qu’intéressés par tous les vins espagnols, les membres de cette équipe semblent avoir une prédilection pour l’Andalousie. Leur mission : détecter des pépites dans les caves du royaume, se les réserver, suivre leur élevage, puis leur mise en bouteilles, enfin leur commercialisation. Je vous avais déjà déterré quelques bouteilles ici même. Je me souviens d’une exceptionnelle Manzanilla Bota n° 32 qui fait encore frémir mes papilles de jouvenceau… Introuvable désormais, à moins d’un miracle ! Quelques raretés de cette fameuse équipe sont cependant en vente à la Maison du Whisky qui semble en avoir l’exclusivité en France.

-Toute nouvelle adresse de vente en ligne, celle de Monvinic, le bar à vins le plus chic et le plus branché de Barcelone où l’on trouve depuis 6 ans les vins de tous les pays. Donc, de l’Andalousie. Comme le site n’en est qu’à ses débuts, donnez lui une chance de s’étoffer et réclamez les finos introuvables en France !

bandap

-Une boutique pas trop mal achalandée et proche de la France, le magasin Grau, en Catalogne, où je me suis largement servi en payant ma note, je le précise, au cas où certains auraient des doutes… Sinon, allez sur le site Univum où un large choix est proposé. Un nouveau site semble s’intéresser au Fino : Vino Iberico. Quant à Lavinia, pourtant partie de l’Espagne, son offre en ligne en France est plutôt décevante en matière de Finos.

-Un blog à consulter régulièrement si vous lisez l’anglais : le Sherry Notes du Belge Robert Luyten.


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Isabelle Saporta et l’indépendance de la presse viticole

A l’époque de sa sortie, en février dernier, le livre d’Isabelle Saporta, Vinobusiness, a fait un certain bruit dans le Landerneau viticole.

A ce stade, je ne souhaite pas prendre partie dans la querelle qui l’oppose à Hubert de Boüard – elle aura l’occasion de défendre sa méthode d’investigation lors du procès en diffamation que lui a intenté le propriétaire de L’Angelus.

Si je reviens sur ce livre, c’est à cause d’un article paru le 30 août dans La Libre Belgique, sous la plume de Dorian de Meeûs, où Mme Saporta évoque le métier que j’exerce.

Je souhaite contester un point précis.

A la question de Dorian de Meeûs, "Pourquoi les journalistes ou critiques ne dénoncent pas cela? (ndla: le système des primeurs, l’influence des grands châteaux)", Mme Saporta répond: "C’est très difficile pour eux car s’ils disent que tel ou tel château n’est pas à la hauteur, ils sont bannis des châteaux; or ils n’ont pas les moyens de s’acheter de telles bouteilles pour les juger en toute indépendance… Un grand critique qui est interdit de venir déguster au château pendant les primeurs est mort professionnellement".

Je ferai d’abord un sort à la question de mon confrère de La Libre, apparemment mal informé. C’est la conséquence, sans doute, du manque de contacts entre les ténors de la grande presse comme lui et les besogneux de la plume pinardière comme moi. Mais il aurait pu en prendre, des contacts, pour l’occasion. Dommage.

Quant à sa question (qui renferme une affirmation), je la réfute: si, M. de Meeûs, il y a des journalistes qui dénoncent. Moi le premier. Nous n’avons pas attendu Mme Saporta pour mettre en doute la sélection des échantillons, le moment choisi pour la dégustation des Primeurs, les intérêts plus ou moins avoués, les copinages, etc. Sans parler des bizarreries des classements. Tout ça, chez In Vino Veritas, le magazine pour lequel j’ai le plaisir de travailler, cela fait 20 ans que nous le disons. Je me rappelle également d’un excellent papier publié ici même sous la plume de mon confrère et ami Michel Smith, si je ne m’abuse, intitulé "La Comédie des Primeurs".

Mais passons aux arguments de mon autre consoeur, que je tiens à rassurer sur mon compte et celui de quelques collègues, notamment parmi Les 5 du Vin.

Contrairement à ce qu’elle affirme, on n’est pas obligé de couvrir les Primeurs de Bordeaux pour exister dans ce petit monde du vin. Moi qui vous parle, je n’y vais jamais. J’ai reçu des invitations, mais je les ai toujours déclinées.

Je n’en tire pas de gloire; c’est juste, d’une part, que je suis convaincu que je ne pourrais pas y faire un bon travail; et de l’autre, que le type de vins présentés, souvent chers, trop chers, et partant réservés à un certain type de clientèle (investisseurs, collectionneurs…), ne correspond ni à mon lectorat, ni à mon idée du vin, produit de partage.

Quoi qu’il en soit, à moins que ce ne soit un zombie qui écrive ces lignes, je suis la preuve vivante que le fait d’être exclu (ou de s’exclure soi-même) du rendez-vous des Primeurs n’entraine aucunement la mort professionnelle.

Les comptes que j’ai à rendre, c’est à mes lecteurs, pas aux producteurs, huppés ou non. C’est à ce prix que je peux prétendre être journaliste. Mes coups de coeurs sont sincères; mes coups de griffe aussi.

Qu’il y ait d’autres types de plumitifs (pas toujours journalistes) pour lesquels un petit tour par les Primeurs soit vital, je peux le concevoir. Mais j’aimerais bien que Mme Saporta ne nous mette pas tous dans le même sac. Qu’elle ne jette pas le doute sur toute ma profession, qui, au demeurant, est un peu la sienne.

Je ne sais pas trop ce qui a incité mon confrère de La Libre à interviewer Mme Saporta aussi longtemps après la sortie de son livre. Ce que je sais, par contre, c’est qu’il ne l’a vraiment pas poussée dans ses derniers retranchements.

Mme Saporta a beau dire de ses détracteurs (et il y en a) qu’ils sont vulgaires et misogynes, cela ne constitue pas une réponse argumentée aux reproches de ceux qui voient dans son travail un pamphlet, plus qu’une enquête vraiment contradictoire.

Cette enquête contradictoire est ce qu’on est en droit d’attendre d’une journaliste d’investigation, qui ne doit pas, bien sûr, sélectionner ses interviewés (ou les passages des interviews) en fonction d’une conclusion formée a priori. Ni déblatérer en bloc sur les collègues spécialisés.

Je ferai aussi remarquer que pour ce que j’en sais, son ouvrage se focalise un peu trop sur les vins haut de gamme. Quitte à dénoncer, j’aurais aimé plus de pages sur la grande misère qualitative de la base des AOC françaises; sur la manière d’obtenir un vin d’AOC à moins d’un euro cinquante la bouteille. Sur la façon d’exporter du pinot noir quand on n’en produit pas. Sur le cumul des mandats dans les instances professionnelles.

Tiens, ce dernier travers concerne au moins autant les présidents de grosses coopératives que les propriétaires de grands crus bordelais qui sont dans le collimateur de Mme Saporta. Le Vinobusiness, c’est aussi cela. C’est surtout cela, même, pour le Français moyen qui achète plus souvent un Corbières de coopé qu’un Premier Grand Cru Classé de Bordeaux.

A nos confrères de Terre de Vins, qui l’avaient interrogée en mars dernier (de manière un peu plus musclée que La Libre), Mme Saporta a laissé entendre qu’elle produira ses carnets de notes au procès; qu’elle nommera ses interlocuteurs. Qu’on pourra mieux se faire une idée de sa méthode de travail.

J’attendrai donc ce moment avant d’émettre un avis plus circonstancié.

Hervé Lalau

 

PS. Rien à voir avec ce qui précède, mais plutôt avec mon billet de la semaine dernière, à propos des parcellaires du Clos Triguedina. Pour vous annoncer que ce samedi, notre invitée polonaise Agnieszka Kumor évoquera elle aussi les vins de Cahors, dans une optique internationale, cette fois

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