Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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A tale of two wine fairs

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Truman Brewery, Brick Lane

This time next week the 2013 edition of the RAW wine fair will have opened and closed its doors in the Old Truman Brewery in Brick Lane, while the 2013 London International Wine Fair will be into the second of its three day stretch at the Excel Exhibition Centre.

The long established London International Wine Fair will doubtless attract more visitors than the two day RAW as it is a much bigger affair. It is equally likely, however, that it will be RAW, organised by Isabelle Legeron MW, which will be the more exciting and get most coverage, especially through the social media.

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Isabelle Legeron MW

RAW is one of two natural wines held in London. The other – the Real Wine Fair – was wisely held this year in mid-March as last year the two fairs decided to go head to head in mid-May. The Real Wine Fair attracted plenty of interest this year and I see no reason why RAW should do for as well. It doesn’t appear to matter that there is no accepted definition of natural wine nor that while there are some wonderful natural wine producers, there are some obviously faulty wines. Overall sales of natural wines are tiny but they appeal to a very visible niche group of wine lovers. With an emphasis on less technological wines they appeal to the spirit of the age. An appeal that may well have been strengthened by the recent horse meat scandal. These wine lovers want wines that have been messed about as little as possible. The opposite of what the late Joe Dressner called spoofulated wines. Obviously there’s no place in RAW for Florent Baumard’s cryoextracted Quarts de Chaume!

By contrast the London International Wine Trade Fair, once one of the world’s leading vinous annual meeting places, is in decline. Bookings this year are down by 25%. London’s fair has now been completely eclipsed by Dusseldorf’s Prowein, which is held towards the end of March. The 2013 edition of Prowein attracted 4783 exhibitors from 48 countries and over 44,000 visitors. How long before Prowein overtakes Vinexpo’s visitor numbers. Among the visitors were many buyers from the UK who find the timing of Prowein to be much better than London’s mid-May. Not to mention there being many more producers in Dusseldorf from whom to choose.

The problems of London’s fair also reflect the decline in the importance of the UK once the world’s most dynamic and innovative market. The UK has become very price conscious and more conservative than it used to be.

The decline of the London fair has got to the stage where it is having to be relaunched and rebranded. The 2013 edition will be the last to be held at the Excel Exhibition Centre in East London. Excel has been criticised for being soulless and having poor transport links. For the 2014 edition ‘International’ has been dropped from the show’s title and it will move back to its previous venue – Olympia. There will also be a ban on large, flashy stands with the emphasis on the domestic market rather than attempting to attract international visitors.

Whether moving back to Olympia will prove to be a success will be interesting to see. There has been a push for the fair to return to Olympia but there were good reasons why it moved away to Excel. It’s transport links are not great. Access for the exhibitors getting wine and other material into the centre and the traffic in that part of West London is often very heavy. Furthermore unless there have been changes at Olympia the glass roof makes tasting reds on hot day, especially by the afternoon virtually impossible.

I am looking forward to RAW fair with keen anticipation, while will go to the final edition of the London International Wine Fair because of the talk on grapes varieties by Dr José Vouillamoz before heading off to the second day of RAW.  

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Dr José

 

 

 

Jim@Blois


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A bas le protectionnisme des cépages: le cas du teran

Je rebondis ici sur un sujet abordé dans ce blog très récemment par Hervé Lalau dans un excellent papier avec lequel je suis en parfait accord.

http://les5duvin.wordpress.com/2013/05/01/les-cepages-sont-a-tout-le-monde/

On voit, de temps en temps, une région, voire un pays, tenter de jouer la carte du protectionnisme avec certaines variétés de vigne pour étouffer toute concurrence. Autant je considère qu’il est tout à fait légitime et souhaitable d’avoir une législation claire qui protège une appellation géographique en la rendant exclusive à son origine, autant une telle approche ne peut en aucun cas être justifiée pour un cépage dont l’origine géographique est toujours incertaine et difficile à cerner dans le temps, sans parler du fait que son étendue géographique traverse largement nos frontières politiques actuelles.

teran

grappe de Teran, de la famille des Refosk

Un cas actuel m’amène à parler de ce sujet mais j’ai aussi le souvenir qu’il y a quelques années l’Alsace a tenté de mettre main basse sur deux cépages, le Riesling et le Gewuztraminer, en empêchant d’autres régions françaises d’en planter (ndlr: un arrêté de 2012 interdit l’usage de ces cépages en Vin de France, de même que certains cépages savoyards).

Vu que ces deux variétés, et surtout le Riesling, sont très plantés dans d’autres pays et sont probablement originaires de l’Allemagne de toute façon, je trouve cette attitude absurde et je ne comprends pas que l’INAO en France ait pu l’appuyer, obligeant même un très bon vigneron, Jean-Louis Denois, d’arracher ses parcelles de ces deux variétés au-dessus de Limoux ! Et maintenant, on en replante parce que la législation européenne interdit, paraît-il, ce genre d’absurdité. Espérons qu’elle refuse alors à la Slovénie ce qu’elle essaie d’imposer à son voisin du Sud, et peut-être aussi à l’Italie !

paysage d'Istrie

Paysage d’Istrie, en Croatie, un des berceaux du cépage Teran (photo DC)

 

Un cas d’école

Le cas actuel dont j’ai parlé se passe entre la Slovénie et la Croatie autour d’un cépage rouge, le Teran, ou Terrano. La variété est connue en Istrie (Croatie) depuis le 14ème siècle mais se trouve aussi en Slovénie et en Italie. Comme toute variété ancienne il a pas mal de synonymes : Cagnina (en Frioul et Emile-Romagne), Rabiosa Nera (Breganza), Refosco del Carso, Refosk ou Refosco d’Istria (Slovénie et Croatie). Mais il s’agit bien d’une variété distincte du Refosco dal Pedoncolo Rosso, avec laquelle elle a longtemps été confondue.

Nous savons que les frontières politiques non seulement ne sont pas constantes dans le temps (et l’ex-Yougoslavie en est un excellent exemple), mais ne peuvent pas être étanches au mouvement des plantes, par exemple. De plus, il est très hasardeux de dire avec précision où une variété de vigne à vu le jour pour la première fois.

Je ne vois pas alors comment un seul pays ou région peut être autorisé de s’accaparer un cépage. C’est pourtant ce que la Slovénie essaie de faire en ce moment en empêchant des vignerons croates, de la région d’Istrie où il y a quelques 400 hectares de la variété plantés, d’utiliser le nom Teran pour leur vins qui en sont pourtant issus ! Même si, de nos jours, cette surface ne représente qu’environ 8% du vignoble de cette belle région qui borde l’Adriatique, en regardant les archives, on constate qu’il y en avait quelques 35,000 hectares de teran en Istrie vers 1880. Environ 25 producteurs croates mettent en bouteille des vins issus du seul cépage teran de nos jours, et ils se voient confrontés à l’interdiction d’appeller leur vin par son nom de cépage légitime par une sombre manoeuvre opéré par la Slovénie pour garder l’exclusivité du nom Teran sous la législation européenne. Et la Croatie entrera dans l’Union Européenne en juillet 2013.

terra rossa

 Terra Rossa en Istrie, sol qui semble convenir au cépage Teran (Photo DC)

J’ai pu dégusté, à diverses reprises, plusieurs vins issus de cette variété, aussi bien slovènes qu’italiens ou croates. Un récent voyage en Istrie m’a permis de goûter les vins croates qui figurent ci-dessous. Le Teran (ou Terrano) semble particulièrement adapté à des sols calcaires rouges, riches et fer, et c’est là où on le trouve, du moins en Slovénie (sur le plateau de Kras), et en Istrie croate.

Il produit des vins assez tannique mais pas très colorés, avec une acidité élévée et un alcool plutôt faible. Sa localisation sur certain types de sols lui a donné des appellations associées quand il est utilisé seul : Terrano del Carso, en Italie; Kraski teran, en Slovénie ; Istarski teran, en Croatie. Mais on le trouve aussi parfois en assemblage. L’influence historique de l’Italie dans ces parties proches de la mer Adriatique de la Slovénie, comme de la Croatie, a été considérable et l’italien y est souvent la deuxième langue.

florr detail et Koslovic (2)

Ivan Damjanič (photo DC)

Damjanič, Clemente 2009

(60% merlot, 20% cabernet sauvignon, 15% teran, 5% borgonja)

Le teran a été séché en cagettes, puis macéré pendant 2 mois afin d’assouplir ses tannins et réduire son acidité naturellement élévé.

Le vin porte encore l’empreinte de son élévage sous bois (14 mois, puis 10 mois en cuve inox) et montre la souplesse et le fruit du merlot, bien associé à l’acidité et à l’astringence des deux variétés locales (la variété borgonja, dont il n’en reste que très peu en Croatie, n’est autre que le blaufrankisch). Un beau vin qui sera à son meilleur d’ici un an. 15/20.

Prix conso: 16,50 euros

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La cuvée Clemente, à droite, de Damjanič (photo DC)

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La belle gamme de vins de Benvenuti (photo DC)

Benvenuti Teran 2009

Le nez oscille entre l’animal et la cerise griotte. C’est structuré, assez intense, et un poil rustique à cause de tannins pas trop aimables. Très juteux quand même, mais j’ai soupçonné une petite touche de bretts. 14/20

Prix conso: 18 euros (ce qui m’a semble assez élevé pour ce vin d’un producteur qui fait par ailleurs des vins tout à fait remarquables en blanc avec le cépage Malvazia)

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Les installations de Kozlovič sont à la pointe de la modernité (photo DC)

Kozlovič, Teran 2012

(un échantillon en cours d’élevage, fermentation en cuve bois)

Un fruité somptueux qui est porté par une très belle acidité. Croquant et ferme, semble moins tannique que le 2011. 15/20 (note provisoire)

Prix conso: probablement 10 euros (pas encore en vente)

florr detail et Koslovic

Kozlovič, Teran 2011

Vin fin finissant très sec, avec un fruité qui rappelle des baies noirs sauvages. La structure est délicate mais ferme par ses tanins pourtant bien  intégrés. La finale est claire et bien fruité. Délicieux. 14,5/20

Prix conso: 10 euros

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Antonella  Kozlovič, avec son mari, a bien développé cette affaire familiale

(photo DC)

Kozlovič, Othello 2009

(70% teran, 15% cabernet sauvignon, 15% merlot)

Très belle richesse dans la matière, mais aussi une superbe fraîcheur aporté par le teran. Une pointe d’amertume en finale qui caractérise souvent cette variété. Excellent équilibre dans ce vin encore austre mais fin. 15,5/20

Prix conso: 12 euros

Cossetto, Teran 2009

Robe assez intense mais nez pas très net. Le boisé est excessif et donne un aspect caramel aux saveurs qui devient vite envahissant. 11/20

Prix conso: inconnu

J’espère, pour conclure, que le bon sens prévaudra dans cette affaire qui est aussi lamentable et dérisoire que tous les autres du même genre (Alsace, Picpoul et compagnie en France, par exemple). Hervé Lalau l’a bien dit: "Les cépages sont à tout le monde".

David


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#Carignan Story # 168 : à boire en été, jusqu’à la Saint-André…

C’est un Coteaux de Bessilles 2012. Un peu rustique, soit, j’en conviens, et goûté à l’emporte-pièce, je l’avoue, après une matinée de dégustations et un après-midi de practice de golf lors des journées Millésimes en Languedoc organisées au Château des Carrasses, entre Narbonne et Béziers,  par Clair de Lune, une agence de RP très active dans le Sud… Cette soirée, sorte de soirée de clôture, était consacrée aux IGP et, bien entendu, la plupart des participants avaient préférés leurs merlots, syrahs & co sous prétexte qu’évidemment un pur Carignan ne pouvait que gâcher la fête et ne pas intéresser les nombreux journalistes internationaux présents.

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Bruno Peyre, Clos des Clapisses. Photo©MichelSmith

Seul mon pote Bruno Peyre, du Clos des Clapisses, malicieux comme à son habitude, avait osé présenter son Carignan, non pas en rouge, mais en blanc et en rosé. Bien joué le Bruno ! Comme par hasard son stand, si on peut appeler une table un stand, était dévalisé par des journalistes chinois ou danois dont la curiosité avait été aiguisée par la belle acidité du Carignan. Ne souhaitant pas faire un énième papier sur un énergumène pour qui mon cépage chéri est adulé, j’ai cherché désespérément ailleurs, du Carignan, du bon et du vrai, du rouge quoi. C’est alors que j’ai rencontré Jean-Louis Reffle, lequel avait mis sa plus belle chemise pour l’occasion.

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Jean-Louis Reffle, Directeur de la cave de Montagnac. Photo©MichelSmith

Directeur de la cave coopérative de Montagnac, dont j’avais apprécié quelques jours avant un bon Picpoul de Pinet, Jean-Louis m’a présenté sans attendre sa bouteille « de base », une cuvée bien carignanisée (à 80%, le reste en grenache), le fameux Coteaux de Bessilles cité plus haut, IGP un peu oubliée à mes yeux dans la mesure où je n’avais pas souvenance d’en avoir goûté depuis des lustres. Oh, à 3,50 € départ cave, tiré à 120.000 bouteilles, il ne faut pas s’attendre à quelque chose d’extraordinaire. Le « Saint-André », puisque tel est son nom, est un vin facile et léger, sans trop d’aspérités et très « coulant », qui se laisse boire sans souci comme on dit maintenant et que j’ai bu sans me plaindre sur la grillade de saumon, plat typiquement languedocien s’il en est.

Le Saint-André. Photo©MichelSmith

Le Saint-André. Photo©MichelSmith

Bon, comme je suis de bonne humeur, je ne vais pas insister sur l’originalité d’un tel mets parfaitement ancré dans la gastronomie locale (pas même un petit pâté de Pézenas à se mettre sous la dent !) qui montre que, lorsqu’il s’agit d’impressionner la presse internationale, nos édiles viticoles manquent souvent d’idées et de savoir-faire. De ce côté-là, Sud de France et consorts ont encore bien des progrès à réaliser… Ne titrant que 12,5°, fait à partir de vignes de Carignan d’un âge respectable (50/60 ans) vendangées à la machine, vinifié à chaud après une macération de 8 à 12 h, mon petit « Saint-André » fait partie de ces vins du Midi peu glorieux et pourtant attachants que l’on prend plaisir à vider de temps en temps, surtout quand vient l’été et que vos amis vous ont autorisé à le servir frais ! Je conseille donc de le boire lors d’une grillade ou d’un pique-nique d’ici la Saint-André (30 Novembre), avant que l’hiver ne fasse des siennes.

Sur la terrasse du Château des Carrasses. Photo©MichelSmith

Dégustation sur la terrasse du Château des Carrasses. Photo©MichelSmith

Au fait, si d’aventure vous passez par là cet été, non loin de Pézenas, profitez-en pour vous balader sur le circuit balisé par la cave où s’exposent de nombreuses statues de pierre représentant des scènes et des personnages liés au vin

Michel Smith

PS Un savoureux cadeau au passage : ce joli texte de Vincent Pousson un confrère carignophage dont le blog me réjouit toujours, un texte sur un personnage habitué de nos pages, j’ai nommé Léon Luc Charlier dont la cuvée « La Loute » est ici encensée à juste titre. Il s’agit-là d’un Carignan de garde dont je vous ai déjà causé dans cette rubrique. Et puis, rien ne vous empêche de visiter le blog de ce personnage hors du commun qui parle de tout et de n’importe quoi, mais qui adore s’emporter pour un oui, comme pour un non.

Bonne lecture !


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«Vigneron indépendant», ça se dit comment en polonais ?

Agnieszka Kumor, notre invitée polonaise, nous parle d’export et de caves particulières…

Qu’est-ce qu’un vigneron indépendant aux yeux d’un amateur de vins polonais? La question m’a été posée à l’occasion des Rencontres nationales des Vignerons Indépendants de France, qui ont eu lieu cette année à Epernay. J’ai accepté l‘invitation avec joie, car les débats portaient sur un sujet qui me tient à cœur: comment réussir à l’export ? C’est une initiative rare et louable que de se poser ce genre de questions. Les réponses ne sont ni faciles, ni évidentes. Et pourtant, il faut chercher des solutions. Surtout, lorsqu’il s’agit d’une petite entreprise.

Pascal Agrapart, vigneron ‡ Avize, exporte 65% de sa production des champagnes. Photo Agnieszka KumorPascal Agrapart, vigneron à Avize, exporte 65% de sa production de Champagne. Photo Agnieszka Kumor.

Certes, un vigneron indépendant n’a pas les moyens financiers d’une grosse structure. Mais il possède quelque chose qu’une grande marque n’a pas: l’histoire qui se cache derrière un vin que l’on produit. Une histoire à raconter. «Le soutien marketing d’un grand groupe est appréciable pour un importateur, mais il y a des contreparties», explique Sławomir Chrzczonowicz, directeur import chez Winkolekcja. S’il veut bénéficier d’un marketing d’envergure, il doit acheter l’ensemble des produits proposés, même ceux qui ne l’intéressent pas. Rares sont les services à la carte. Résister à cette pression et négocier, c’est le lot de tous les grands importateurs, mais aussi des petites entreprises qui ont fleuri un peu partout sur le marché polonais ces dernières années. Comme celle du Français, Guillaume Deliancourt, le PDG de Deliwina, qui a posté un témoignage passionné sur ce blog. «Ce sont les producteurs indépendants qui font souvent les vins les plus captivants», estime Robert Mielżyński, le PDG de la firme qui porte son nom. Ces vins reflètent la personnalité de leurs producteurs. En vendant une bouteille, un caviste vend l’histoire d’hommes et de femmes. «J’aime l’idée de pouvoir proposer aux clients les vins d’un même producteur, mais à des prix différents. Ce qui les unit c’est son histoire», conclue Mielżyński.

Mais cette stratégie a des limites que pose la production. Quand un restaurateur est séduit par un vin, il aimerait relancer la commande, mais souvent il n’y en a plus.

Chose intéressante: j’ai l’impression que les Polonais sont plus sensibles à cette histoire humaine qu’à l’histoire d’un lieu. En France, on parle beaucoup de «terroir», en se limitant souvent à une structure de sol, et, donc, à un lieu. Sans vouloir trop m’avancer dans la psychanalyse des peuples, je crois que l’Histoire a appris aux Polonais que ce sont souvent les gens qui confèrent à un endroit son identité.

Vignerons Indépendants de France (DR)

La curiosité n’est pas un vilain défaut

L’image des vignerons indépendants est une chose acquise en Pologne. Mais pour qui, exactement ? Jusqu’à présent, j’ai parlé des amateurs éclairés, des cavistes et des importateurs passionnés et consciencieux. Mais qu’en est-il du consommateur lambda ? Eh bien, pour ainsi dire, il s’en fiche éperdument. C’est le rapport qualité/prix qui l’intéresse. Trois quarts des vins s’achètent au prix moyen de 3,40€ à 9,50€, en grande surface. (Je note au passage qu’en bas de cette échelle de prix les Polonais payent 0,70€ de plus que les Français !) On ne trouve quasiment pas de vins des vignerons indépendants en grande distribution, et très peu dans les petits magasins d’alimentation. Ce sont ces deux principaux réseaux de distribution qui se partagent le marché du vin en Pologne (97% des ventes).

Et pourtant, les cavistes (ils sont une centaine, mais en progression rapide) ne les considèrent pas comme de la concurrence, car ils visent des gammes de prix différents. Mais la GD joue en rôle indéniable dans la progression de la consommation de vins. Les Polonais sont curieux et ils en consomment de plus en plus. Les supermarchés et les magasins discount l’ont bien compris. Parmi ces derniers, Tesco ou Kaufland cherchent à importer eux-mêmes. D’autres, comme Biedronka ou Lidl, ont augmenté de 20% leur offre de vins, et font des promotions ciblées à prix défiant toute concurrence. Et ils misent sur la quantité pour conforter leurs marges. Grâce à ce type de marketing les ventes de vins espagnols et portugais ont littéralement explosé en un an !

Clos Montebuena, Rioja 2005. Les ventes de vins espagnols explosent en PologneClos Montebuena, Rioja 2005. Les ventes de vins espagnols explosent en Pologne.

France is back

Depuis quelques années on observe un regain d’intérêt pour les vins français. Saviez-vous que les Polonais boivent plus de vins de Bordeaux que les Italiens, les Suédois, les Autrichiens ou les Russes? La France est aujourd’hui le troisième plus gros fournisseur en vins de la Pologne en valeur (après l’Allemagne et l’Italie), et le 5ème en volume.

La demande va clairement vers le milieu de gamme. Les Français ont tiré des leçons des erreurs du passé, l’approche et le marketing ont été repensés, et les résultats sont là. De plus en plus de producteurs considèrent que la Pologne n’est plus un marché de «seconde zone».

Un regret tout de même: le nombre de restaurants italiens à Varsovie se comptent désormais à plus de 150. Et que servent ces restos italiens ? I vini italiani, certo ! Je lance un appel solennel à qui veut bien l’entendre : il faudrait davantage de restaurants français en Pologne, où on servirait des vins des vignerons indépendants, évidemment!

Agnieszka Kumor

Collabore avec Vinisfera.pl


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J’ai bien aimé ce Jaén…

Jaén sonne comme joyau. C’est la Reine du Dão, comme disent les Portugais, qui parlent de casta (cépage) au féminin.

En Français, on dira plutôt le roi. 

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Un roi bien entouré qui se retrouve rarement seul dans la bouteille. Un roi généreux porteur d’élégance et de richesse fruitée. Un roi aussi qui sans sa cour fait son effet, habillé de rouge profond, un bouquet délicat en guise de sceptre, d’une acidité faible compensée par le minéral cristallin des gemmes ciselés, la parole à la fois suave et intense qui facilement vous charme.

Le cépage

Il est très répandu dans la région du Dão où il serait apparu vers la moitié du 14es, apporté par les pèlerins venus de Saint-Jacques de Compostelle. Puis il aurait presque disparu, laissant quelques traces suffisantes pour se faire enregistrer comme cépage survivant au milieu du 19es. Pour revenir en force au premier quart du 20es et servir, à l’image du Carignan ou de l’Aramon, de cépage post-phylloxérique hyper productif. 

Depuis, l’esprit productiviste s’est fortement calmé, le Jaen a retrouvé ses esprits et comble aujourd’hui ses partenaires d’assemblage.

La route de St Jacques…

On apparente le Jaén à la Mencìa, un cépage qu’on trouve à Bierzo, à l’extrême ouest de la province de Léon en Castille. Mais aussi sur le chemin qui mène de St Jacques au Dão, en Galice où il s’appelle Loureiro tinto. La vigne a toujours été voyageuse… (ndlr: rappelons que Jaén est le nom d’une ville et d’une province d’Espagne, au Nord de l’Andalousie. Elle est aujourd’hui plus connue pour l’olive que pour la vigne).

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La plante

Cépage vigoureux, il faut le tailler court, d’autant plus que le Jaén est sensible au vent (port érigé).

Son débourrement est précoce et sa maturité arrive en 2ème époque.

Il craint le mildiou, l’oïdium, l’excoriose et la pourriture grise.

Ses grappes moyennes, coniques et ailées, aux grains compacts s’attachent aux rameaux par un pédoncule robuste souvent lignifié dans sa partie supérieure. Ses baies de taille moyennes adoptent une forme ovoïde et arborent une peau épaisse noir bleuté grisées de pruine.

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Un Jaén 100%: Quinta de Lemos Dão 2007

La robe sombre offre encore des reflets violacés, témoins d’une jeunesse gardée qui se retrouve au nez. Les marmelades de fruits rouges et noirs étonnent par l’intensité de leurs parfums, on croirait avoir les baies sous le nez. Quelques épices apportent le signe d’une évolution sous-jacente, un peu de curcuma et de muscade pour nous dire que les années ont malgré tout passées, sans beaucoup d’effets certes sur ce boute-en-train. Adolescente, la bouche suit le même profil. Esprit de jouvence qui offre à la fois sa texture suave de fruit bien mûr et le ressort minéral au léger amer à l’appréciation des papilles qui n’en reviennent pas. Pourtant ici l’acidité n’est guère développée, le grain tannique sage, le bois intégré, l’alcool modéré, le truc, c’est peut-être l’équilibre gracieux de la structure, l’accroche minérale, la densité juste. Quel charmeur, ce Jaén!

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Quinta de Lemos, le domaine aux quatre lunes

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C’est ce que représente le blason que l’on retrouve sur les étiquettes. Quadruple symbole de la rose par la famille aux quatre coins explorée, des quatre montagnes qui entourent la Quinta, des quatre cépages principaux utilisés dans les cuvées et enfin des quatre valeurs familiales: l’humanité, la simplicité, la vision et le partage.

La Quinta est située à Silgueiros, au nord de Viseu. Elle compte 23 ha de vignes et 8 ha d’oliviers entourés de bois. Les parcelles légèrement incurvées offrent au vignoble leur sol sableux de décomposition granitique perché à une altitude comprise entre 300 et 400 mètres.  

 

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http://quintadelemos.com

 

Marc Vanhellemont


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Après le pitoyable Classement de Saint-Émilion: et si on boycottait les GCC ?

Ben oui, tiens, pourquoi pas ?

J’en ai ras la casquette de tout ce remue-méninges autour du classement décennal de Saint-Émilion. Pourtant, j’aime bien Saint-Émilion, village classé à l’église monolithe plus qu’insolite. Tenez, profitez donc ici de cette planante vue qui a dû coûter bonbon.

Le village offre une restauration haut de gamme, un super bistro à vins, des châteaux en veux-tu en voilà, de confortables chambres d’hôtes un peu partout autour, un formidable musée de la poterie, de délicieux macarons, une noble Jurade qui compte parmi ses illustres prud’hommes notre Hervé Lalau en personne…, lequel a déjà pas mal pondu sur le sujet. Patatras !  Il semble à mes yeux que tout ça ne soit qu’une façade d’opérette pour touristes, ou, si l’on préfère, un décorum pour un péplum moderne des plus vulgaires, une sorte de version bachique de "Qui veut gagner des millions" . Une farce à la Française.

Le Bar à vins de L'Envers du Décor. Photo©MichelSmith

Le Bar à vins de L’Envers du Décor. Photo©MichelSmith

Comme je suis de nature très mauvais esprit ( du moins c’est ce qu’on me dit), il m’est venu une idée, forcément lumineuse, à propos de Saint-Émilion. Une idée qui, au départ, peut paraître un tantinet révolutionnaire, provocatrice, mais qui pourrait, à condition de le vouloir, se développer en une idée plus consensuelle destinée à porter haut les couleurs et l’image de marque du cru si cher à Ausone.

La Cave Coopérative du cru, encore du côté "noble" de la route...Photo©MichelSmith

La Cave Coopérative du cru, du côté "noble" de la route…Photo©MichelSmith

L’idée est simple : et si on boycottait les GCC ? Ceux du Médoc et d’ailleurs, mais aussi et surtout ceux de Saint-Émilion. Je sais, cela vous semble idiot alors que, dans la pratique, ce serait trop facile. Il suffirait que tous les couillons de la terre (et nous sommes nombreux), les blogueurs, journalistes, illuminés, dindons de la farce, buveurs, amateurs, il suffirait que tous les déçus et les cocus du système se donnent le mot d’ordre sur Internet, avec quelques appuis de choix, allant de Léon à David, de Michel Bettane à Jancis Robinson, en passant par Bob, bien sûr, et les autres, même à Bordeaux, tous ceux qui pensent que ce feuilleton devenu judiciaire ne peut que ternir l’image de marque d’un des vignobles majeurs de notre sphère. Réfléchissons quelques secondes. Sans parler des simples Graves, simples Bordeaux, simples Haut-Médoc et Médoc, le seul risque que l’on prendrait en agissant ainsi du côté de Libourne, serait de parler – enfin – des autres, des vrais, des Saint-Emilion « tout court », de ceux du bas de l’échelle comme du haut de la côte, ceux de gauche ou de droite, les sans grades qui bordent la nationale à portée de vue des hlm, tous ceux qui n’adoptent qu’un seul nom, Saint-Émilion, et qui sont fiers de porter ce nom.

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Avec l’appui du Syndicat des Vignerons de Saint-Émilion, organisme fondé en 1884 et devenu depuis «Conseil» (c’est plus smart que syndicat…) qui pourrait nous prêter un de ses luxueux salons en haut du village, qui sait même avec l’aide du Premier Jurat qui n’est autre qu’Hubert de Bouärd dont l’Angélus vient d’être hautement promu, on pourrait organiser une  «dégustation des sans grades», manifestation qui, pourquoi pas?, pourrait se répéter tous les deux ans, peu avant Vinexpo, histoire de médiatiser un peu plus ces vins qui en ont bien besoin ?

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Photo@DR

Pendant qu’on y est, on en profiterait pour laisser de côté ceux qui, par la grâce d’une obscure dégustation de routine, obtiennent le droit de mettre qu’ils sont "Saint-Émilion Grand Cru", juste parce qu’ils affichent un demi degré supérieur aux autres (éventuellement chaptalisé). En revanche, on pourrait étendre cette dégustation aux fameux «satellites» dont on parle peu, nous les premiers.

Oui, bon, d’accord, tout cela n’est pas très cohérent. "Le Smith, il veut d’abord boycotter et après, avec l’aide de ceux qu’il appelle à boycotter, en promouvoir d’autres". Pourtant, ce serait bien, Monsieur le Prud’homme, cher Hervé, de ne parler que des sans grades, non ? On montrerait ainsi qu’à Saint-Émilion tous les vins ne sont pas chers et inaccessibles. D’ailleurs, on fixerait même un prix plafond : disons dix euros, ça me paraît honnête par les temps qui courent, non ?

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Il me semble qu’autrefois, un journaliste belge (encore eux !), Jo Gryn, a eu une idée semblable. De mon côté, je l’avais exploitée une fois, il y a longtemps, du temps où je travaillais pour Saveurs, et j’avais même, à cette occasion, trouvé quelques pépites. Alors, Messieurs de la Jurade ou du Conseil, messires «les garants de la tradition», la balle est dans votre camp !

Michel Smith


14 Commentaires

Champagne ou Prosecco? Il y a une différence?

Selon une étude récente du cabinet Mintel, les sujets de sa Gracieuse Majesté n’ont pas tous une idée très claire de la différence entre les principaux mousseux sur leur marché. Pour 38% d’entre eux, par exemple, "there is little difference between Champagne and Prosecco" .

C’est bien la peine que le CIVC se décarcasse! Malgré son bataillon de juristes à l’affut de la moindre usurpation du mot Champagne, malgré les sommes investies pour garder cette image d’exclusivité que la planète fashion est censée lui envier, malgré les différences de cépages, de terroir, de climat, malgré les procédés de fabrication différents (cuve close pour le prosecco, refermentation en bouteille pour le Champagne), malgré l’exigence d’un élevage plus long pour le Champagne, etc… ce dernier a du mal à convaincre les nouvelles générations.

Tout ça pour ça!

rich-prosecco-beverage

My Prosecco is rich

Bon, les Rosbifs poussent peut-être le  muselet un peu loin. Je pense qu’on peut reconnaître un Champagne d’un Prosecco à l’aveugle.

Je ne dirais pas forcément la même chose d’un Champagne et d’un Crémant de Bourgogne, du Jura ou d’Alsace (surtout ceux à forte proportion de Chardonnay). Ni même d’un Cava. Là, à l’aveugle, je ne suis pas toujours sûr de faire la différence.

Mais bien sûr, il y a l’élément prix.

Pour le Cava, on frise l’incroyable, l’indécent: malgré un procédé comparable, et pour les meilleurs, une qualité comparable, les prix sont incroyablement plus abordables que ceux du Champagne.

Je ne parle pas des Cavas bradés dans le hard discount (même si, à comparer avec les Champagnes de Premiers prix, ils ne s’en sortent pas si mal). Non, je parle des beaux Cavas, même des cuvées de prestige. A 15 euros, vous trouvez chez Codorniu ou chez Pere Ventura de vraies merveilles.

Je ne vous parle même pas de Raventos i Blanc – celui-ci a quitté la DO Cava, qui, pour lui, ne lutte pas assez contre le bradage.

Mais pour revenir à nos amis anglais (ou belges, d’ailleurs, puisque ceux-ci aussi se détournent du Champagne), je crois pouvoir dire qu’il ne faut jamais surestimer le consommateur – vous lui parlez cépage, procédé, terroir, il vous répond souvent rapport qualité-prix.

Si la différence dans la bouteille ne justifie pas l’écart de prix, alors il écoute d’abord son portefeuille, surtout en temps de crise.

La tradition? Oui, elle a du bon, mais la nouvelle génération n’attend plus Noël pour déboucher une bouteille de bulles, et si c’est toutes les semaines la fête, le prix ne peut plus être celui d’un Champagne de grande marque.

Compter sur le côté exclusif, OK, c’est bon pour la faune branchée, les gosses de riches. Mais pour les autres, on fait quoi?

Hervé

PS. Merci à tous de votre fidélité: ce mois-ci, ce blog est n°1 au classement eBuzzing des blogs de vin le plus influents. Qu’est-ce qu’on boit?

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