Les 5 du Vin

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Des blancs vertigineux aux Printemps de Châteauneuf

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De 2013 à 1985, les blancs castel papaux étaient au rendez-vous et ont marqué les esprits !
Huit cuvées pour le plus grand plaisir de nos papilles, en voici les commentaires relevés en direct comme une interview sur le vif.

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Domaine du Vieux Donjon 2013

Blanc doré lumineux qui donne envie de le humer. Le nez très floral mélange les fleurs d’amandier et d’oranger, quelques épices comme le poivre blanc, des fruits comme la poire fondante.
Bouche très croquante, voire crispy, elle développe des arômes qui rappelle les fleurs et les fruits sentis, ajoute un minéral important dont le relief renforce avec le croquant la fraîcheur, une belle fraîcheur envahissante qui met en valeur le fruit.
Moitié clairette, moitié Roussanne en cuve.

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Château Jas de Bressy 2008

Robe un rien évoluée au jaune plus intense. Nez qui commence à s’ouvrir sur des confits, fruits blancs, poire et figue, bien poivrées avec une note de safran.
Bouche encore fermée, ce qui est classique pour les Chateau9 qui traversent systématiquement une phase ingrate, moment durant lequel il n’est guère souhaite de les déguster, encore moins de les boire, cela dure entre 4 et 9 ans selon les millésimes, après, c’est génial, il faut de la patience…
Mais revenons au Jas qui avoue une texture ferme qui en fin de bouche nous lâche une fragrance d’abricot sec souligné d’un trait de réglisse dont l’amertume agréable nous rafraîchit.
Moitié Grenache, moitié Roussanne, moitié en barriques, moitié en cuve béton, 9 mois d’élevage, puis gardé 1 an en bouteille avant mise en marché.

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Château de Vaudieu 2004

Joli doré très lumineux au nez subtil de bigarreau et de fleur de tilleul, un rien de verveine et du bois de réglisse, un soupçon d’écorce d’orange qui nous émeut comme le souvenir des tisanes de nos grands-mères.
Bouche pareille qui décolle sur une belle fraîcheur qui tout de go met les arômes d’agrumes en valeur, un ensemble juteux qui ne manque pas de grâce.
Assemblage de 80% de Grenache, 15% de Roussanne et 5% du rare Picardan, en barriques pendant 3 à 4 mois.

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Domaine du Grand Tinel 2002

Une belle réussite, si d’aventure on croit tous les vins de ce millésime de plus pluvieux légers et dilués, il faut savoir que nombres de raisins blancs ont été ramassés avant le déluge et pour rappel 2002 se présentait fort bien avant la première goutte.
Doré intense, il offre encore de léger reflets verts. Le nez s’épice de safran, de pamplemousse, de poivre, de thym, de citron vert, de cédrat confit.
Presque vif en bouche, il offre une impression tannique qui renforce sa structure. Sa touche saline équilibre avec grâce le confit des fruits.
Assemblage de 60% de Grenache, 20% de Clairette et 20% de Bourboulenc.

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Domaine de la Janasse 1998

Robe dorée encore verte, le nez expressif de confiture de prune, de reine-claude mélangée de figue, souligné de réglisse, ombré de poivre et petites notes délicates de vanille et de chocolat blanc.
Bouche très fluide qui marque au passage les papilles du goût délicat des fruits charnus et secs, la noisette en tête, puis viennent les jus des agrumes qui redonnent grâce à leur amertume savoureuse un regain de fraîcheur.
J’ai oublié de noter la composition de l’assemblage, malo non faite.

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Domaine Font de Michelle 1994

Jaune doré aux senteurs de grillé, de foin, de cacao, voire du beurre de cacao, un note de vanille, plus la rafraichissante mandarine.
La bouche débute amère, un beau bitter au parfum de gentiane tout de suite enrobé du jus des agrumes qui apportent une fraîcheur intense.
Assemblage de 30% Grenache, 30% de Clairette, 30% de Roussanne et 10% de Bourboulenc.

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Domaine de la Solitude 1993

Robe jaune clair étonnement jeune. Le nez délicat, très élégant, il évoque les fleurs de tilleul et d’amandier, d’oranger aussi, les prunes jaunes confites, la bergamote…
La bouche s’exprime par une très fine amertume et une fraîcheur éclatante, une saveur de noisette un rien beurrée, la fougère qui d’un coup nous fait que ce Châteauneuf "meursaulte" comme un Chardonnay de belle tenue. Quelle délicatesse, quelle légèreté, quelle présence.
Assemblage de 50% de Grenache et itou de Clairette.

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Clos du Mont Olivet 1985

D’un beau doré cuivré intense, on passe dans un autre univers. La crème brûlée nous saute au nez et nous met au parfum, nous voilà dans le monde particulier des arômes pâtissiers, poire tatin, biscuit au thé vert et à la verveine, pâte d’amande à la menthe, chocolat à la gentiane étoilé de zestes confit de cédrat, avec en fond un soupçon de truffe qui renforce la sapidité, la longueur nous accompagne longtemps, nous rappelant à chaque instant l’égrainage des notes délicates.

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Encore une belle démonstration de la longévité des blancs du Sud…

Ciao

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Marco


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Piémont vs Andalousie : le meilleur pour un Bélier !

Je pourrais étaler des noms sur une liste proprette, vous déballer des châteaux à tours de bras et autant de domaines à la queue leu-leu, vous mettre l’eau à la bouche, dresser un compte-rendu aussi savant que détaillé, vous faire partager du « name dropping » à foison façon aboyeur de l’Élysée ou de Buckingham, vous en mettre aussi plein les mirettes à faire se pâmer tous les pseudos connaisseurs soucieux d’étaler leur science. Je pourrais aussi en appeler à Dédé la Farine (à défaut de « la Sardine »), je veux dire Léon le Troksiste, ou Luky le Belge, sachant que depuis qu’il ne vient plus nous voir ça doit le démanger quelque part lui qui, en plus, est un vieux pote au Portugais (Hollandais) que je vais citer si tout va bien d’ici quelques lignes… Oui, je pourrais frimer. Mais voilà, je viens d’avoir 66 berges et, même si je me conduis encore comme un gamin, il y a des limites à ne pas dépasser.

Sur le marché de Pézenas, samedi dernier... Photo©MichelSmith

Sur le marché de Pézenas, samedi dernier… Photo©MichelSmith

Mais d’abord, quelques explications. J’étais à Pézenas en cette fin de semaine, d’une part pour y faire mes courses au marché du samedi, d’autre part pour honorer un gueuleton dominical manigancé par mon ami Bruno et toute une clique de copains complices dont le célèbre "showviniste" Olivier Lebaron, les facétieux Catherine et Daniel Leconte des Floris et le sémillant Philippe Richy du Domaine Stella Nova accompagné de sa fille Anne. Rassurez-vous, je ne vais pas vous conter dans le détail ce rassemblement de vieux(eilles) routards(es) du vin tous débraillés et hirsutes (ou avec ce qu’il restait de poils sur le caillou), ni vous hacher menu le détail du repas. Je suis pressé et vous l’êtes aussi très certainement. Sauf que ça se passait au sommet d’un hôtel particulier, celui de Lacoste, dont la façade nord est, en partie, occupée par la Société Générale. Mais bon, la cité dite « de Molière », dite aussi la « petite Versailles du Languedoc », dite encore « ville de Bobby Lapointe  », doit bien compter une cinquantaine d’hôtels classés dignes de ce nom, alors…

Nathalie et Olivier Lebaron. Photo©MichelSmith

Nathalie et Olivier Lebaron. Photo©MichelSmith

Mon ami Bruno Stirnemann, gourmand et brillant orchestrateur des Accords de Bruno avait donc prévu comme à son habitude un monumental repas dont il a le secret, repas entrecoupé (entre chaque plat) de la brève présentation d’une vingtaine de vins de Bourgogne, de Bordeaux, mais aussi d’Espagne, de Hongrie, d’Italie, du Jura, du Roussillon ou de Languedoc. Parmi tous ces flacons, un vin m’est apparu bien au dessus du lot, très jeune et enjoué, frais et tranchant, copieux mais sans excès. Ce blanc 2010 n’est autre que le fruit d’un pur Palomino Fino, le cépage du Jerez, région qui recèle de nombreux trésors cachés. Ceux-ci sont le plus souvent mis à jour par les membres passionnés de l’Equipo Navazos qui, bien qu’intéressés par tous les vins espagnols, semblent avoir une prédilection pour l’Andalousie. Leur mission : détecter des pépites dans les caves du royaume, se les réserver, suivre leur élevage, puis leur mise en bouteilles, enfin leur commercialisation. Je vous avais déjà déterré quelques bouteilles ici même. Vous ne pourrez pas me dire que vous n’étiez pas au parfum. Il semblerait qu’en France ces vins soient en vente à la Maison du Whisky à Paris. Alors, cherchez-les et réservez-les !

Un blanc extra ! Photo©MichelSmith

Un blanc extra ! Photo©MichelSmith

Cette fois-ci, les fadas de Equipo Navazos ont trouvé aussi cinglé et exigeant qu’eux puisqu’ils se sont associés au Portugais Dirk Niepoort, dont la famille venue de Hollande est installée à Porto depuis 4 générations. Il faut savoir que les Niepoort élèvent quelques uns des portos les plus purs et qu’ils sont ouverts à de multiples collaborations extérieures. C’est ce qui s’est passé ici avec ce blanc issu d’un des domaines historiques de Jerez-de-La-Frontera. Pressurage lent, fermentation à l’ancienne en vieux fûts de 600 litres (bota de chêne américain) sous l’action des levures indigènes, débourbage, élevage de 7 mois dans les mêmes fûts remplis aux 5/6 èmes sans aucun mûtage (ou fortification) pour encourager l’action des lies fines et le développement d’un léger voile, pas de fermentation malolactique… l’idée étant d’obtenir un beau vin aux arômes caractéristiques du terroir crayeux d’albarizas qui caractérise les meilleurs finos. Résultat, ne titrant que 12° et des poussières, on obtient un blanc frais mais délicatement sec, pas trop acide, quelque chose de simple mais suffisamment gras et solide pour affronter une charcuterie ou une huître, un vin qui évoque, en bien plus léger, un grand fino. Tiré à plus de 6.000 exemplaires, édité depuis le millésime 2009, ce vin est commercialisé autour de 15 € quand on le trouve en France ou en Espagne où les cavistes entament le 2011.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Comme Bruno connaît mes goûts pour les vins du Piémont, il avait prévu une autre petite rareté, pourtant tirée à 110.000 exemplaires, je veux parler de mon Moscato d’Asti légèrement frizzant de La Spinetta. Bien que cette bouteille soit contingentée, on la trouve plus facilement à Paris que dans le Midi. Soit, elle était servie sur mon gâteau d’anniversaire (au chocolat) alors que j’aurais préféré la boire à l’apéro, mais ce n’est pas grave car malgré ses 5 petits degrés d’alcool et ses 120 g de sucres résiduels, elle enchante toujours mon palais de ses bulles ultra fines. Et voilà de quels artifices mes bons amis de Pézenas usent lorsque je me pointe chez eux !

Michel Smith

 

 


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Renoir, le peintre qui aimait la vigne et le vin

Pas de polémique, aujourd’hui, juste le plaisir de mêler peinture et vin…

Marié à une Auboise, Pierre-Auguste Renoir passe 30 étés de sa vie à Essoyes, petit village vigneron aux confins de la Champagne et de la Bourgogne, tout près des Riceys. Il lie des relations avec la communauté vigneronne dont on trouve plus d’une trace dans son œuvre…

C’est en 1896 que le peintre acquiert une maison à Essoyes. L’acte de vente stipule que le terrain est planté d’une vigne. Par des écrits, on sait même qu’il s’agit de plants de Gamay. Et oui, à l’époque, le Barrois est très Gamay, le cépage sera même autorisé dans l’aire de la Champagne jusqu’aux années 1930. Malheureusement pour Renoir, le phylloxéra tue sa vigne.

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Renoir, autoportrait

Derrière le vin, le vigneron et l’endroit

Chaque année, Renoir arrive à Essoyes aux beaux jours et le quitte  dès les premiers frimas, pour les cieux plus cléments de Cagnes sur Mer (il est perclus de rhumatismes). Il ne vinifie pas. Mais il apprécie le vin. Son fils, Jean Renoir, en parle dans ses mémoires : «Son goût en vin était le même que son goût en art et les mélanges de Bercy lui semblaient aussi navrants que la fabrication des meubles en série. Derrière le vin, il voulait retrouver le vigneron et sa vigne, comme derrière un tableau il voulait retrouver le peintre et le coin de nature qui l’avait inspiré»…  Ce type aurait pu déguster chez In Vino Veritas !

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Dans les toiles de repas de Renoir, les bouteilles de vin ne sont jamais loin (Le Déjeuner des Canotiers)

Pierre-Auguste Renoir a de nombreux amis vignerons à Essoyes. Il y peint («Le Printemps à Essoyes», en 1900). Il aime les couleurs de la région, ses vignes – même si son tableau de vignoble le plus célèbre a pour cadre l’arrière pays de Cagnes.

Tout au long de sa vie d’artiste, il peint de nombreuses scènes de repas, de déjeuners sur l’herbe, de scènes de café où une bouteille de vin est souvent représentée, comme dans «Le Déjeuner des Canotiers»  (1881) ou  «Le Repas des Vendangeuses» (1888) – la femme portant une hotte n’est autre que son épouse Aline.

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Les vignes de Provence (et les vendangeuses) ont inspiré à Renoir plus d’un tableau.

Il peint aussi énormément de vignerons et de vigneronnes.

Pierre-Auguste Renoir lui-même déclare : «Je me plaisais chez les vignerons parce qu’ils sont généreux».

Curieusement, ses œuvres montrent plus souvent des bouteilles de rouge que de Champagne, sans doute parce qu’il s’intéresse d’abord aux petites gens, et ensuite, parce que le Barrois, à l’époque, est plus une région de vin tranquille.

On manque de témoignages directs, mais il semble que Renoir consomme lui même plutôt du rouge, vif et clair. La couleur de l’aube, avec ou sans majuscule !

Un Champagne d’après Renoir

La maison de Renoir à Essoyes, avec son atelier, est aujourd’hui devenue un musée, où l’on trouve une belle collection de ceps de vignes, réunie par Renoir lui même, qui adorait leurs formes.

Le village abrite aussi une maison de Champagne, la Maison Charles Collin (alias Coopérative de Fontette). Celle-ci consacre une  jolie cuvée, «La Belle Gabrielle». à la mémoire du peintre, ou plutôt, d’un de ses principaux modèles, Gabrielle Renard.

Cousine de la femme de Renoir, celle-ci était également native d’Essoyes et Aline l’avait engagée pour s’occuper de ses enfants. Et plus si affinités. C’est elle, notamment, que l’on voit sur les tableaux «Femme nue couchée» et «Gabrielle à la Chemise ouverte».

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La Belle Gabrielle, version liquide

La cuvée, quant à elle, assemble 85% de chardonnay (aussi espiègle et charmeur que l’œil du modèle) à 15% de pinot noir (aussi pulpeux que ses lèvres)… Quand on vous dit que l’art, ça se déguste…

 Hervé Lalau

Contact: Champagne Charles Collin+33 325 383 227

champagne.charles.collin@gmail.com

 

Article publié dans In Vino Veritas 161


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Bike ride – Loire-Auvergne to Loire-Atlantique for teenagers with cancer

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Esme Morris Macintyre: 1995-2013

Early Last July my partner’s niece, Esme Morris Macintyre, lost her seven year battle with a brain tumour. She was just 11 when the tumour was discovered and 18 when she died.

In those seven years she raised thousands for teenagers with cancer. Her death, her brave fight and indomitable spirit have inspired others to raise money for the Teenage Cancer Trust. (See Esme’s Adventure on Facebook:https://www.facebook.com/EsmesAdventure). Esme set up this page when she knew that she had only a few months more to live.

Last August Esme’s aunt Carole Macintyre cycled from John O’Groats to Esme’s home in Fife some 300 miles if you include a few involuntary diversions. I rode with her as support vehicle. She raised some £3600 for Teenage Cancer Trust.

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Carole@John O’Groats, Scotland

This June we plan to reverse roles with me riding from the source of the Loire at Gerbier de Jonc to La Baule, where the river flows into the Atlantic. Although 1000 kilometres by river but it will be just short of 1200 by road. Carole will kindly be supporting me but this time support will be motorized.

Again the ride will be to raise money for teenagers with cancer but this time I plan to assist two charities – Teenage Cancer Trust (www.teenagecancertrust.org/) and Fondation Gustave Roussy (http://www.gustaveroussy.fr).

The current plan is to take seven to eight days to ride from the source to the Atlantic starting from Gerbier de Jonc heading to to Solignac-sur-Loire then following the Loire northwards to Le Puy, passing just to the west of Saint-Etienne onto Roanne, Digoin, Decize and Nevers. Once I reach Nevers there is a recognized and signposted cycle route from there to the Atlantic. Before then there may be some cycle routes but as far as I know not yet a complete cycle route.

 

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Halfway point: sign on the bridge across the river@Pouilly-sur-Loire

From Nevers the route runs on the West Bank of the Loire past the bridge across the river to Pouilly-sur-Loire, which marks the halfway point for the Loire’s journey to the sea. Then I will be skirting round Sancerre to the east and staying mainly on the west bank until Orléans, where the Loire decides against heading onto Paris, instead heading westwards. Much of the remainder of the route will be on the now south bank of the Loire until I reach the Pont de Saint-Nazaire to finish the last few kilometres to La Baule on the north side.

More details to follow along with a donation link. Will be very grateful for any advice.

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Jim’s VTT in vines above Chavignol (Sancerre) March 2013

 


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Vins rosés: discutons des goûts, des couleurs et des prix.

Je me suis toujours méfié des modes, mais le vin rosé n’est pas qu’une affaire de mode. Il est aussi ancien que le vin. Donc il n’a pas son origine en Provence, malgré un slogan publicitaire débile.

La vague rose déferle, depuis quelques années, dans les revues plus ou moins spécialisées, sur les rayons des magasins et sur nos tables, débordant maintenant très nettement de la saison estivale. J’en veux pour preuve que cette couleur de vin est maintenant plus vendue, en France du moins, que le blanc.

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La nuance mandarine, je ne l’ai jamais vu dans un vin rosé. Les autres, si, mais les noms me paraissent plutôt fantaisistes

Puisque nous évoquons le sujet de la couleur, le ton précis de la robe de certains vins rosés est cerné d’une manière quasi-obsessionnelle par des guetteurs de «tendances», au point que les producteurs provençaux, aussi préoccupés par les robes que des tailleurs pour dames, ont même établi des noms pour chaque variante, comme chez des marchands de couleurs. Je les ai vu exposés lors d’une récente dégustation de vins de Provence à Paris, et ils m’ont bien fait sourire. Je ne sais pas, par exemple, à quoi ressemble un ton rose «melon». Vous avez déjà vu un melon rose? Peut-être.

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En tout cas je trouve qu’il y a un paradoxe intéressant dans le fait que la région dont les paysages sont parmi les plus colorés de la France fuit la couleur dans son vin emblématique.

Tout cela ne serait pas si grave si cela n’aboutissait pas à ce que j’appelle la discrimination par la couleur. Car il y a des vins qui se voient refuser l’agrément dans certaines appellations du Sud, et particulièrement en Provence, parce qu’ils ont trop (en général) ou pas assez (cela arrive aussi, à Tavel) d’intensité de couleur. Le vin peut être délicieux et respecter tout le cahier des charges de l’appellation, mais si sa robe n’a pas le bon niveau de coloration, il est jugé indigne de porter le nom de l’appellation en question. Et cela peut ruiner, littéralement, le producteur qui dépendrait de cette étiquette pour assurer la vente. Des telles absurdités arrivent tous les ans, malheureusement. J’estime que cela porte un discrédit à tout le système des appellations. Car quelqu’un, dans les «milieux autorisés» (comme disait Coluche) tolère ce genre de bêtise, et certains vont peut-être jusqu’à l’encourager.

L’intensité (ou la faiblesse) de coloration n’a jamais été signe de qualité ou non-qualité organoleptique d’un vin. Et je ne parle pas d’une oxydation prématurée ou d’autre forme de déviance.

Ces notions me tournent dans la tête chaque fois que je déguste une série de vins rosés, tant je suis frappé par le fait qu’il y a des vins rosés pâles pleins de saveurs et d’autres, aussi pâles, d’une fadeur totale. Puis, d’un autre côté, il y a des rosés de robe foncée sans intérêt et d’autres qui débordent de saveurs somptueuses, même si, en moyenne, je trouve d’avantage de saveurs et de présence parmi les vins les plus colorés.

Pendant les quinze derniers jours, j’ai dû déguster pas loin de 200 rosés, de diverses provenances françaises, pour les besoins d’articles. La moitié venait de Provence, et un tiers du Bordelais. Une manière d’opérer une sélection de ces deux zones de production dont les styles se trouvent presque à l’opposé, et les prix moyens aussi. Car la réussite commerciale remarquable des rosés de Provence (ils constituent au moins 85% de la production de cette région maintenant) a aussi fait grimper leurs prix d’une manière déraisonnable. Je sais bien qu’un rosé est compliqué à faire, mais est-ce que le coût moyen de production varie du simple au double entre Bordeaux et Provence? Les prix de vente, si.

Voyons cela de plus près :

Une sélection de bons rosés de Provence

Château Carpe Diem, Côtes de Provence 2013

Malgré son extrême pâleur qui subit la mode actuelle qui dicte sa loi en Provence, ce vin est excellent, avec des arômes délicats et des saveurs suaves. Tendre et raffiné, il finit sur une belle fraîcheur. Pour l’apéritif.

prix : 7 euros

Château Trians, Coteaux Varois 2013

Beaucoup de présence par sa matière en bouche pour ce vin plus puissant que fin, mais quel caractère !

prix : 8/10 euros

Château Gasqui, Côtes de Provence 2012

Belle robe, relativement intense pour la région. Un vin magnifique, plein de saveurs, de la richesse et de la longueur. Ce style à part, qui démontre aussi l’avantage d’un an de garde pour les meilleurs rosés, est fait pour des accords osés à table. Plusieurs producteurs m’ont pourtant dit qu’il est très difficile de vendre un rosé en Provence lorsqu’il a dépassé un an. Encore une illustration de la bêtise de la mode !

prix : 8/10 euros

Château Thuerry, Les Abeillons, Coteaux Varois 2013

Un nez expressif, avec une gamme large d’arômes. Ce rosé de caractère a du fond et finit, avec une bonne longueur, sur une petite note d’amertume agréable.

prix : 8/10 euros

Domaine de Saint Ser, cuvée Tradition, Côtes de Provence Sainte Victoire 2013

Vin avec une plénitude de saveurs gourmandes, un peu épicées. Ce rosé relativement puissant conviendrait surtout à table.

prix : 8/10 euros

Hecht & Bannier, Côtes de Provence 2013

Un excellent vin, très fruité et suave de texture, le tout avec un bon équilibre et une finale élégante. Ce très joli rosé, un des meilleurs de ma dégustation, peut se boire à l’apéritif ou avec des tapas, des poissons ou de la volaille.

prix : 8/10 euros

Mas de Cadenet, Côtes de Provence Sainte Victoire 2013

Aussi succulent que vivace, la belle matière possède de la finesse et de la longueur. Un rosé alerte et fin, propice à tous les accords.

prix : 10/12 euros

Château Henri Bonnaud, Terre Promise, Côtes de Provence Sainte Victoire 2013

Très belle structure pour ce vin puissant et vibrant par son acidité bien intégrée. Précis dans sa définition et d’une très bonne longueur. Excellent.

prix : 10/12 euros

Château Gassier, Le Pas du Moine, Côtes de Provence Sainte Victoire 2013

Robe d’un rose tendre. Une très belle expression de fruité croquant, donnant une bouche bien équilibrée et succulente, d’une intensité exemplaire.

prix : 12 euros

Château de Brigue, Bulles de Brigue (vin rosé pétillant)

Ce vin original, élaboré selon la méthode traditionnelle, a une robe rose d’une belle intensité. Cette couleur annonce un vin au caractère marqué, puissant et même très légèrement tannique. Il met vos papilles en éveil et ferait un compagnon de table des plus intéressants. Le prix peut sembler un peu élevé, mais la qualité est là.

prix : 16 euros

Domaine de la Croix, La Bastide Blanche en Provence, Côtes de Provence 2013

D’un style raffiné, de couleur légère mais d’une matière en bouche splendide, assez riche et suave, mais vibrante, savoureuse et longue. Pour les meilleurs plats de poisson.

prix : ≥12 euros

 

Une sélection de bons rosés de Bordeaux

Les Bordeaux Rosés

Les rosés du Sud-Ouest, et du Bordelais en particulier, ont presque toujours bien plus d’intensité de couleur que ceux de Provence. Ceci est le résultat d’un effet de mode, car, sur le plan technique, on peut tout faire avec un vin rosé en matière de couleur. Mais il est indubitable que les rosés plus colorés, comme ceux de Bordeaux, ont presque toujours plus d’intensité dans leurs saveurs que les rosés pâles de Provence. Sont-ils meilleurs pour autant ? Comme toujours, cela dépendra du vin individuel et de votre palais. Mais il sont presque toujours nettement moins chers, et représentent donc de meilleurs rapports qualité/plaisir/prix.

Château Tour de Mirambeau Réserve, Bordeaux Rosé 2013

Robe d’une rose soutenue. Nez qui rappelle les fruits rouges frais, donnant une impression bette et appétissante. La texture est élégante et les saveurs pures, évoquant le fruit, le sous-bois et les épices douces. L’ensemble est soutenu par une belle acidité. Un vin délicieux qui trouvera sa place un peu partout, de l’apéritif aux grillades, en passant par les fromages à la pâte ferme. Le prix, bien qu’élevé pour la région, est justifié.

Prix : 8,5 euros

Chateau Penin, Bordeaux Rosé 2013

Ce domaine est un habitué des palmarès de nos dégustations des vins de Bordeaux dans les trois couleurs. Pourtant, nous masquons les bouteilles ! La robe est d’un rubis très léger, donc assez soutenue. Le nez est vineux et bien arrondi. Il évoque la cerise et un peu le bonbon. En bouche, pas mal de volume, mais il évite toute piège de lourdeur car l’acidité est aussi tonique que bien intégré dans l’ensemble. La final dévoile une structure légèrement tannique. C’est un rosé de caractère, destiné à la table et à une large gamme de mets.

Prix : 6,95 euros

Château Lestrille, Bordeaux Rosé 2013

Un nez aussi expressif que séduisant, de fruits rouges. Sa texture suave enrobe les saveurs de fruits et le jeu de l’acidité. Ce vin, aussi précis que complet, peut très bien accompagner plats cuisinés, viandes froides ou une volaille rôtie.

Prix : 5,30 euros

Château La Rame, Bordeaux Rosé 2013

Le nez, très tendre, évoque la pêche et quelques fruits rouges. Cette impression de tendresse se confirme en bouche avec un fruité délicat et délicieux. Une évocation de journées chaudes et d’un moment de relaxation avec quelques tapas ou un poisson grillé.

Prix : 6,65 euros

Château Lamothe Vincent, Bordeaux Rosé 2013

Ce rosé très juteux est un des meilleurs que j’ai dégusté cette année. Il allie parfaitement le petit accent d’un rouge du bordelais à celui des blancs de la même région, opérant la parfaite synthèse entre les deux. Car, à mon avis, les meilleurs rosé ne sont pas de vins blancs avec une légère coloration : il s’agit d’un troisième type de vin, distinct des deux autres. Ce vin est riche en saveurs, long et assez complexe. Il convient à toutes sortes de mets ou son caractère affirmé donnera du répondant. Son prix, pour une telle qualité, est très intéressant.

Prix : 5 euros

Et les Clairets ?

On l’oublie un peu, mais le clairet, avec le vin blanc, a longtemps dominé la production bordelaise, aujourd’hui très majoritairement dévouée aux vins rouges. A tel enseigne que les anglais de la vieille génération (avant la mienne !) appellent encore tous les vins rouges de Bordeaux "claret", terme qui dérive directement de la désignation française, indiquant un rouge clair, même si ce ton est devenu nettement plus fincé depuis l’invention des Pontacs à Haut-Brion, fin 17ème. La technique d’élaboration d’un clairet moderne, de couleur nettement plus intense que celle d’un rosé, implique simplement une durée plus longue de macération des peaux avec le jus : entre 24 et 48 heures, au lieu des 12 à 18 heures pour un rosé de saignée. Les raisins rouges du bordelais étant de nature tannique, un peu de ces tannins accompagnent la couleur plus dense d’un Bordeaux Clairet, rendant ces vins souvent plus aptes pour un usage à table, y compris avec des viandes, que pour un apéritif.

Château Lauduc, Bordeaux Clairet 2013

Sa couleur rubis claire, bien plus proche d’un vin rouge que d’un blanc, est fidèle à la tradition des clairets. Un très beau nez de groseilles et de framboises, vif et joliment fruité. Ce fruit fait le contrepoint en bouche à des tannins fins mais bien présents. Vin parfait pour des grillades ou des plats légèrement relevés.

Prix : 5,25 euros

Château Penin, Bordeaux Clairet 2013

Nez tendre et aromatique, bien arrondi par des notes de fruits murs. En bouche, un fruité aussi expressif et gourmand, soutenu par une très légère structure tannique. Vin délicieux, qui peut se boire seul ou avec une large gamme de mets.

Prix : 6,95

Château Thieuley, Bordeaux Clairet 2013

Autre producteur qui impressionne par sa régularité dans la qualité. Un vin très complet, bien fruité et parfaitement équilibré par une sensation de fraîcheur qui le rendrait très agréable en été.

Prix : 5,90 euros

Château Lestrille Capmartin, Bordeaux Clairet 2013

Même productrice que Château Lestrille. Robe de rubis translucide et nez de framboise et de pastèque. Tendre en bouche, grâce à sa rondeur très légèrement sucrée, ce vin exprime beaucoup de saveurs fruitées, tout en conservant ce qu’il faut d’acidité pour maintenir l’ensemble au frais. La finale un peu fumée rajoute une touche de complexité. Le rapport qualité/prix est très bon.

Prix : 5,60 euros

 

Conclusion

On le voit bien, il est assez facile de trouver des rosés aussi satisfaisants à Bordeaux qu’en Provence, mais pour un prix qui est de moitié inférieur ! Bien entendu, on aura de la peine à les trouver sur des cartes des restaurants de la Côte d’Azur, mais que les amateurs de partout soient avertis.

 

David Cobbold


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#Carignan Story# 2015 : Olibrius

« Bonjour, je suis "néo-vigneron" (je n’aime pas trop ce terme mais ça situe le personnage…) en vallée du Rhône, et ce depuis le millésime 2009 dans une activité secondaire. 
Je viens de tomber sur votre site par hasard… 
Cette année enfin, je commence à avoir un gamme de vins "étendue"… cette année seulement, car je fais des élevages poussés (18 à 30 mois de fût) et donc il faut être patient avant de voir la bouteille sortir !
 Je produit de l’ordre de 5000 cols par an dont une cuvée confidentielle 100% carignan … »

Voilà comment m’a approché il y a maintenant plusieurs mois le sieur Marc Danielou du Domaine Olibrius, une propriété de 2 ha dans le sud de la Vallée du Rhône. Le gars a joint la parole au geste en m’adressant la gamme de ses vins dont la trame commune est de posséder une importante proportion de Carignan, 50 % au moins. J’avoue avoir été séduit par cette démarche et par tant d’amour déclaré au cépage cher à mon coeur.

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Les trois premiers vins goûtés en Janvier dernier, sans atteindre des sommets, sont plutôt bien passés. La cuvée « Iskis » (carignan, counoise, grenache), un Vin de France 2010 qui, sans en faire des tonnes, est bien dans sa peau de petit vin du Sud, plutôt fin et souple. La même cuvée, version 2011, en Côtes du Rhône cette fois, offrait un léger supplément d’âme, d’agréables notes concentrées de raisins secs, avec un potentiel de garde intéressant. Le grenache/carignan « Oristal », Vin de France 2010, était sur le mode sympathique, souple mais armé d’une certaine densité. Reste la tant attendue (trop attendue ?) cuvée de pur Carignan. Un bon point pour commencer : frondeuse, en même temps que son cépage, la cuvée « Diaoul » arbore le nom de l’appellation Côtes du Rhône ce qui n’est pas fait pour me déplaire…

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Maintenant que j’ai goûté puis regoûté cette bouteille, je me sens comme embourbé, piégé par le doute. Je me suis mis dans une situation plus qu’embarrassante. J’aimerais tant en dire du bien de ce vin ne serait-ce que pour encourager ces amoureux fous du cépage qui me lisent, et pourtant je ne peux m’y résoudre. Comme souvent dans ce cas j’aimerais pouvoir trouver des excuses – je ne sais pas moi, une petite amie sur le point de me plaquer, une grippe qui tente de m’anéantir, les impôts qui me tombent dessus – et je n’en trouve aucune. J’aimerais mentir, raconter des histoires, dire n’importe quoi pour noyer le poisson. Alors, j’ai tout essayé de mes plans de secours : température de la pièce (20°), température de la cave (12°), verre exposé 12 h à l’air, bouteille bouchée rebue 2, 4 et 6 jours après, tentatives sur fond musical avec Dizzy Gillespie d’abord suivi d’Erik Truffaz, essais sur de la viande rouge (c’était mieux…), sur une ratatouille (pas trop mal…), sur du poulet, des spaghetti…

Toutes ces expériences n’ont rien donné, ou si peu. À première vue, j’ai pourtant trouvé la robe plutôt belle, dense et solide, le nez fermé, un brin épicé, que de bons signes. Mais en bouche, le vin m’est apparu linéaire, monolithique, austère et boisé, indéfinissable par dessus le marché. Par la suite, les jours suivants, j’avais l’impression désagréable de me forcer à le boire, à lui trouver je ne sais quel aspect sympathique, un élan de fruité et de fraîcheur alors qu’il n’y en avait point. J’avais la sensation que le bois avait tout pompé de ce que ce Carignan de plus de 60 ans pouvait renfermer de lumière et de vie, le privant de presque tout, jusque son âme. L’élevage de 18 mois en fûts y est-il pour quelque chose ? Franchement, j’ai arrêté d’y penser, comme pour mieux l’oublier.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

 

Car c’est probablement là que le bât blesse : ce 2011 commercialisé à 11,60 € départ cave, ce qui est raisonnable, n’est visiblement pas remis de cet élevage. Pour bien faire, il faudrait l’oublier 10 ans et voir si le Carignan a repris le dessus.

En attendant, la visite du site du domaine s’impose (voir le lien au début) et merci Marc Danielou, qui vinifie son vin depuis 2009, d’avoir pris le risque de jouer le jeu. Un jour, peut-être, je me retrouverai en face de ce vin, dans une dégustation à l’aveugle. Il aura digéré son bois et, qui sait, peut-être me surprendra-t-il?

Michel Smith

 


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Châteauneuf-du-Pape (2): en hommage à leurs pères

Suite des aventures de notre invitée polonaise Agnieszka Kumor à Châteauneuf du Pape, commencées samedi dernier.

Après la visite chez David Sabon au Clos Mont-Olivet et chez Sylvie Vacheron au Clos du Caillou, une pause gourmande s’impose. J’ai repéré quelques restaurants à Châteauneuf-du-Pape. La Mère Germaine tient ses promesses: cuisine raffinée, choix de vins au verre restreint, mais excellent et très bien conseillé. Changement de décor (et de prix) le lendemain avec La Mule du Pape (juste en face), qui offre une cuisine simple et savoureuse, en direct du marché. Les deux établissements proposent les vins des vignerons que je m’apprête à voir, et d’autres du coin. Ça, c’est intelligent !

Mais reprenons les visites. Dans ce second épisode, il sera question du bon négoce et de fruit dans le vin…

 Les Cailloux, 15 juillet, 13h45

Je retrouve André Brunel devant chez lui, à un jet de galet du Clos Mont-Olivet. Nous prenons aussitôt la direction de Sorgues où se trouve sa cave d’expédition. En route, nous discutons de ce qu’est un  négoce fort pour une région. De l’avis de mon interlocuteur, il n’y en aurait pas assez de négociants à Châteauneuf-du-Pape. J’énumère ceux qui ont dans leur gamme les vins de cette appellation: Ogier, Chapoutier, Paul Jaboulet Aîné, Brotte, Bouachon, Guigal, les Caves Saint-Pierre, les Grandes Serres, Jean Trintignant (SAS), FCV, Medeos et j’en oublie sûrement. Eleveurs, vinificateurs, propriétaires de domaines prestigieux, leur rôle est essentiel face à la grande distribution en France avec sa politique du bas prix, mais aussi pour se donner des atouts à l’exportation. Ce rôle a évolué avec le temps, et après le passage à la production individuelle de certain nombre de domaines. Ensemble, ils ont hissé la notoriété de l’appellation à l’international. Un effort digne d’admiration, quand on sait que la moitié de la production de Châteauneuf-du-Pape se vend aujourd’hui hors de France, avec les Etats-Unis comme premier marché d’exportation.

1. A droite les armoiries des producteurs, à gauche celles des négociants. Photo Agnieszka Kumor

A droite les armoiries des producteurs, à gauche celles des négociants. Photo Agnieszka Kumor

André Brunel est lui-même producteur et négociant. Des 95 ha de vignes qu’il possède, 20 ha produisent du Châteauneuf-du-Pape dont il exporte 80%. Le reste du vignoble est partagé entre les Côtes du Rhône et les vins de pays. C’est son père, Lucien, décédé en 1993, qui a sorti Les Cailloux de la cave coopérative. André a développé ensuite la double vocation du domaine.

Nous entrons dans l’imposante cave d’expédition, fleuron de la marque André Brunel. Je détecte des capsules à vis sur les vins expédiés outre-Atlantique et en Norvège. Nous échangeons un sourire espiègle.

Les Cailloux blanc 2012 (20€, les prix indiqués au domaine)

Les blancs constituent environ 10% de la production. Une seule cuvée traditionnelle est produite. Composé majoritairement de roussanne et de grenache blanc, élevé sur lies fines en cuves béton, ce vin se distingue par un nez délicat et légèrement fruité, une acidité moyenne et une finale amère sur une amande fraîche. Un millésime tendu qu’il vaut mieux goûter à partir de deux ans d’âge.

2. La dégustation avec André Brunel au domaine Les Cailloux. Photo Agnieszka Kumor

Les vins dégustés avec André Brunel au domaine Les Cailloux. Photo Agnieszka Kumor

Les Cailloux rouge 2011 (20€)

Dans la cuvée traditionnelle rouge ce sont le grenache, le mourvèdre et la syrah qui mènent le bal, ils sont accompagnés de cépages minoritaires. Le vin est intense, diffuse les notes de fruits rouges et noirs légèrement kirschées. Les tanins charnus commencent à s’assouplir, la matière est équilibrée (millésime solaire), la finale longue sucrée/amère. Nous le comparons avec les millésimes difficiles.

Les Cailloux rouge 2008 (20€)

Issu d’une année difficile, donc, ce vin au nez discret commence à se complexifier, sa matière est étonnamment mure malgré la pluie et le vent glacial qui ont repoussé les vendanges jusqu’en octobre. Je le verrai bien sur un mijoté de sanglier au vin.

3. Le vieux cep du grenache. Photo Agnieszka Kumor

Un vieux cep de grenache. Photo Agnieszka Kumor

Les Cailloux rouge 2006 (25€)

Bouquet de pivoines et d’iris, puis notes chocolatées et torréfiées, pour finir sur la truffe. Acidité prononcée, texture qui évoque du velours. Ici, on n’érafle pas systématiquement, disons les trois quarts de raisins, et quand il le faut.

Les Cailloux Cuvée Centenaire rouge 2010 (env. 70€)

Sortie en 1989, cette cuvée a été l’une des premières cuvées spéciales dans la région. Composée de grenache majoritaire (syrah et mourvèdre sont à 10% chacun), sa bouche rappelle une framboise enrobée de chocolat amère. C’est un vin gourmand qu’on sent longtemps sur les papilles.

Quel est le style des Cailloux? Ample, intense, velouté et profond.

 

Domaine Jean Royer, 16 juillet, 13h45

Avec Jean-Marie Royer, les choses sont claires dès le départ: les bouteilles m’attendent, mises en rang sur le comptoir du caveau, on dirait l’équipe de XV de France avant un tournoi des Six Nations. On va parler vin, mais on va parler aussi des hommes et des femmes.

4. On déguste avec Jean-Marie Royer. Photo Agnieszka Kumor

Dégusté avec Jean-Marie Royer. Photo Agnieszka Kumor

Dans la famille de Jean-Marie il y avait des maçons, des petits vignerons, mais il n’y avait pas de transmission. Entre une grand-mère «démoniaque», se souvient-il, et la disparition prématurée à 38 ans de son père Gaston, il lui a fallu apprendre sur le tas. Il se demande encore comment sa mère d’origine espagnole, Lucie, laissée avec un fils de deux ans dans un milieu étranger a pu supporter cela. Lui, c’est le rugby qui lui a donné des forces quand, en 1985, après la formation viticole et le service militaire, il a repris la petite exploitation familiale. S’en sont suivis les 15 ans de  son«odyssée sous-marine», dit-il, où il ne savait pas vraiment ce qu’il voulait faire. A cette époque toute la production partait en négoce.

Ce sera finalement sa future épouse qui l’incitera à une prise de conscience: sur un terroir d’excellence, il devrait faire des vins d’excellence. Ce n’est qu’en 2007 qu’il sortira un millésime digne de ses ambitions, sous l’œil de l’œnologue-conseil Philippe Cambie, personnage incontournable de la région (il surveille d’ailleurs également les trois autres propriétés visitées). Le récent achat d’un hectare de vignes dans la zone prestigieuse de La Crau suit cette optique de qualité. Sur plus de 9 ha de vignes que compte le domaine, 5 ha sont dans l’appellation Châteauneuf-du-Pape, le reste se déploie en Côtes du Rhône et Vin de France (Le Petit Roy, 8€50). Nous dégustons une douzaine de millésimes déclinés en différentes cuvées.

5. Le vignoble du Domaine Jean Royer soigné aux petits oignons. Photo Agnieszka Kumor

Le vignoble du Domaine Jean Royer soigné aux petits oignons. Photo Agnieszka Kumor

Domaine Jean Royer blanc 2012 (23€)

Les blancs de Châteauneuf-du-Pape sont représentés par une seule cuvée traditionnelle composée pour moitié de grenache blanc, complété de bourboulenc et de clairette. Toutes les grappes sont éraflées. Nez aromatique et intense de fleures blanches, de gingembre, bouche à la trame délicate, légère, au goût de citron et de pamplemousse, à l’acidité prononcée.

Domaine Jean Royer rouge 2011 (22€)

La cuvée traditionnelle rouge est un assemblage à grenache majoritaire, le reste composé de syrah, mourvèdre et cinsault. Ce vin sent la noisette et la myrtille, en bouche l’acidité affirmée, les tanins fondus, finale sucrée/acidulée.

2010 : nez floral, bouche intense sur le fruit.

Domaine Jean Royer rouge Cuvée Prestige 2011 (33€)

Nez délicat rappelle les fruits de bois. Bouche épicée, tanins souples. L’éraflage n’est pas systématique sur cette cuvée 100% grenache élevé en cuves et en barriques de 225 l.

2008 : nez viandeux, bouche épicée, légèrement confiturée. Laissons-le attendre un peu.

2007 : nez plus végétal, notes de cuir, petite sucrosité en bouche.

Domaine Jean Royer rouge Les Sables de La Crau 2011 (50€)

Nez très complexe, notes de tabac brun, et avec cela beaucoup de fraîcheur et de fruité, un certain côté sauvage de ce 100% grenache.

2010 : nez toujours marqué par le tabac, bouche croquante.

Nous goûtons le millésime 2012 sur les pièces bourguignonnes: la trame est massive, franche, étonnante de fraîcheur, notes de framboises et de myrtilles.

Existent, en outre, la cuvée Sola Syrah Régalis (100% syrah) et Hommage à Mon Père (100% grenache).

Quel est le style du Domaine Jean Royer ? Fruité et épicé, complexe et fin.

Agnieszka Kumor

 

http://domaine-les-cailloux.fr

http://www.domainejeanroyer.fr

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