Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


Poster un commentaire

Une maman heureuse, la Mondeuse blanche

pleine-lune

photo http://madlygirlygeekly.wordpress.com

Un soir de pleine lune, elle accoucha de la Syrah, produit des amours certes licites d’avec un Ardéchois de passage, le Dureza. C’est établi, les mauvais coucheurs l’ont exigé, la preuve ADN est avérée. Et si de la Syrah on sait tout ou presque, que savons-nous de sa procréatrice ?

Une belle Savoyarde

IMG_0031

La pauvre a bien failli disparaître, quelle ingratitude !
Il en pousse à peine 4 ha du côté de Fréterive dans la Combe de Savoie. Un poil plus du côté du Bugey.
Peut-être est-ce à cause de son caractère empreint de coquetterie, il faut lui relever les sarments sans attendre, ou de sa prodigalité, sans épamprage strict, elle dilue sa sève dans une inutile abondance de grappes. Elle exige la meilleure exposition, plein sud, sinon rien !
De plus, sans raisin, la reconnaître s’avère délicat, sa feuille s’apparente à son homonyme noir.
Quand toutes les conditions sont réunies, elle nous récompense par de belles grappes cylindriques aux grains sphériques peu serrés, à la peau plutôt épaisse et bien dorée à maturité. Maturité qui ne se fait pas trop attendre et intervient en 2ème époque tardive. Là encore attention ! Elle aime l’alcool et monte facilement en degré sans se faire prier. Par contre, elle n’a pas froid aux yeux et ne craint guère les maladies.

Dans la bouteille

C’est au Domaine Grisard, celui de Jean-Pierre, que j’ai dégusté avec grand intérêt ce cépage, une première.

Savoie juillet 2014 072

Mondeuse Blanche Prestige 2011 Domaine Grisard à Fréterive

La robe d’un jaune blanc éclatant miroite au soleil de fin d’été et semble se pailleter d’or. Au nez, le floral prend les devants et nous parfume avec largesse de fougère, de camomille et d’aubépine. Cela se corse ensuite, épices et fruits entrent en jeu et nous livrent sans excès du poivre blanc, de la poire plantée d’un clou de girofle et de l’écorce de citron grattée. En bouche, le grain de sel qui se dépose sur le bout de la langue amplifie les saveurs grillées et fumées, renforce la fraîcheur des agrumes, affermit l’impression tannique qui fait ressembler la blanche Mondeuse à l’Humagne valaisanne. Enfin, la suavité du chocolat blanc vient en bout de course nous apporte un réconfort inattendu.

Les 2012 et 2013 dégustés dans la foulée sont prometteurs. Le premier s’entoure d’un gras confortable qui gomme autant l’impression salée que la tannique. Le second en plus de retrouver le sel y ajoute l’iode doublé d’une fraîcheur sapide.

???????????????????????????????

Les vignes poussent en coteaux plein sud bien ancrées dans les éboulis calcaires du Massif des Bauges. La vendange se fait à la main. Après la fermentation alcoolique, la malolactique se fait sans trop empeser la fraîcheur du vin. L’élevage se passe en cuve.
Il ne faut pas la servir à une température trop basse, les 14°C lui conviennent parfaitement et la voient alors convoler sans réserve avec les poissons de rivières, les viandes blanches et les fromages sympas, c à d ceux qui laissent s’exprimer leur partenaire come le Reblochon par exemple.

Le domaine

Savoie juillet 2014 065

Les Grisard, père et fils, exploitent 22 ha répartis pour moitié en cépages blancs et l’autre forcément en rouges. En tout, cela fait plus de vingt cuvées à déguster, à boire, à emporter, … une jolie gamme savoyarde au caractère toutefois bien affirmé.

http://www.domainegrisard.com

Ciao

 

Savoie juillet 2014 063

Marco


4 Commentaires

Quand la Savoie m’appelle, je vole (2 ème) …

(Seconde partie : la force des blancs).

Chignin, à la croisée des chemins des blancs. Photo©MichelSmith

Chignin, à la croisée des chemins des blancs. Photo©MichelSmith

Le propre de ces appellations biscornues et éparpillées qu’il nous arrive parfois d’avoir en France, c’est qu’elles sont difficiles à cerner et qu’elles surprennent le visiteur grâce à, ou plutôt à cause de la multitude d’options qu’elles entraînent derrière elles. Ainsi, sous son ombrelle, une appellation telle que Vin de Savoie est loin de ne concerner qu’un type de vin. Entre rouges, rosés, blancs et bientôt crémants, on compte maints noms de clochers et pléthore de cépages qui font que, chez un vigneron même modeste, on peut être confronté à une bonne vingtaine d’étiquettes. Rien que pour les blancs, j’en ai compté 21, la plupart sous les deux parapluies, Savoie ou Roussette de Savoie réunis. Cette dernière AOP étant réservée au cépage Altesse avec la possibilité, pour certains blancs, de mentionner le nom de leur terroir : Frangy, Marestel, Monterminod ou Monthoux. Mais, si l’on se confronte aux 23 cépages de l’AOP, certains parfois vinifiés seuls en vin de France, on entre en plein dans cet univers vaste, souvent délaissé par le grand public, qu’offre la belle et très étendue diversité savoyarde. Et encore plus si l’on s’intéresse aux rouges, ce que je tenterais de faire très modestement Jeudi prochain afin de clore cette mini-série en beauté.

Au dessus d'Aubin, entre deux Roussannes, le figuier abrite le vigneron. Photo©MichelSmith

Au dessus d’Arbin, dans les vignes de Roussane et de Mondeuse, même si l’abri n’est plus guère utilisable, le figuier abrite encore le vigneron. Photo©MichelSmith

Pour ne pas compliquer les choses et vous laisser entraîner sans attendre dans les méandres du vin savoyard en général, le mieux est de prendre ses repères sur le site de l’Interprofession, ici, sachant que l’on n’aura tout de même qu’une partie de l’iceberg. Pour aller vite, en blanc, quatre cépages dominent : la Jacquère, l’Altesse, la Roussanne et le Chasselas. En Suisse, la donne est aussi compliquée et vous n’avez qu’à suivre les articles de mes compères de blog, Hervé Lalau et Marc Vanhellemont, pour tenter d’y comprendre quelque chose, eux qui parlent souvent du vin Suisse. Avec une quarantaine de cépages autochtones encore cultivés dans la plupart des cantons, je vous souhaite bon courage ! Là aussi, je vous recommande une exploration sur le très officiel Swiss Wine. Entre la Suisse et les deux départements Savoie et Haute-Savoie, je ne vous parlerai que de ce que j’ai pu goûter en blanc au cours de mon séjour de deux jours chaperonné que j’étais par mon guide, Franck Merloz, le chantre des vins savoyards comme on peut s’en apercevoir en allant visiter son site In Roussette We Trust.

L'Aligoté de Genève... J'en veux bien tous les jours ! Photo©MichelSmith

L’Aligoté de Genève… J’en veux bien tous les jours ! Photo©MichelSmith

Le premier blanc rencontré du côté de Genève, à la Maison du Terroir de Bernex, fut assez magistral. Bu quelques minutes avant notre dégustation de Mondeuses, il eut pour principal effet de nettoyer mon palais, tout en éveillant ma curiosité. Une attention toute particulière que j’apprécie lorsque l’on est sur le point de s’adonner à la dégustation avec tout le sérieux et la concentration inhérents à ce genre d’exercice. Il s’agissait de l’Aligoté 2012 du Domaine Mermoud, à Lully, domaine qui comme par hasard, est arrivé premier des rouges Suisses dans notre championnat des Mondeuses décrit la semaine dernière ici même. Je l’ai trouvé fringuant, bien sec, droit, mais aussi plein et complet.

La Petite Arvine du Valais, aussi ! Photo©MichelSmith

La Petite Arvine du Valais, aussi ! Photo©MichelSmith

Le vin suivant, une Petite Arvine 2013 du Valais vinifiée par Gérald Besse sur la commune de Martigny, a également fait son effet : il m’est apparu plus gras, puissant, mais en même temps assez équilibré, bien en chair et assez copieux.

La Belledonne ? Photo©MichelSmith

La Belledonne ? (enfin, je crois) Photo©MichelSmith

Le lendemain, chez les Savoyards, arrêt buffet en ce lieu magnifique adossé aux Bauges avec vue sur la Belledonne. Lors d’un magistral repas de vendanges au Château de Mérande en compagnie de Yann Pernuit, associé aux frères Genoux, à Arbin, en un domaine mené en biodynamie, celui-là même arrivé troisième dans le classement des Mondeuses avec sa légendaire « Noire », nous eûmes droit à trois Roussette de Savoie qui, comme chacun sait, est issue du cépage Altesse (Roussette en Savoie). Les premières cuvées sont commercialisées sous le joli nom de « Son Altesse ». La première version, 2013 (11 €), nous offrait une vision jeune du cépage : nez élégant, charnu en bouche, de l’enthousiasme, cire d’abeille et miel en finale. Le 2010 qui suivait affichait une robe lumineuse, clarté et pureté en bouche, matière dense, grande fraîcheur et finale sur le fruit (pêche, prune, poire) frais et mûr. La cuvée 2011 « La Comtesse » (élevée dans un foudre de 13 hl acheté en 2007) était sur l’onctuosité, la plénitude, la densité et elle se buvait divinement bien sur les diots.

OLYMPUS DIGITAL CAMERAOLYMPUS DIGITAL CAMERA

Photo©MichelSmith

Sous le nom de « Grand blanc », le Chignin-Bergeron 2013 – l’appellation est dédiée au cépage Roussanne -, robe plus soutenue (jaune paille) que les vins précédents, fonctionnait aussi très bien avec les diots, grâce à l’aspect charnu du vin, à sa matière, à sa puissance. Plus tard dans l’après-midi, au Domaine du Cellier des Cray, petite propriété menée elle aussi en bio, Adrien Berlioz nous fera goûter un autre Chignin-Bergeron 2013 « Binette » de toute beauté provenant d’une vigne plein sud sur alluvions calcaires d’un rendement de 40 hl/ha : c’est plein de sève, riche, dense, marqué par le fruit de la reine-claude au bord de l’abandon. Très long en bouche, ce vin laisse la sensation de coller au palais. Son Chignin 2013 (cépage Jaquère principalement), cuvée « Zeph » (surnom du grand-père) provenant du lieu-dit « Les Côtes », le plus chaud de la commune, sonne un peu creux derrière, mais ce n’est qu’une impression, sa caractéristique étant d’être plus proche de la pierre, pour ne pas dire plus minéral que le précédent. Toujours en 2013 et en Chignin, la cuvée « Euphrasie » est pour le moment cloisonnée ne laissant apparaître que sa fermeté, sa densité aussi, tandis que la cuvée « Raipoumpou » (radis) provenant d’une vigne sous la chapelle est plus précisément axée sur le fruit et le minéral, un blanc toasté et grillé, très persistant en bouche.

Du côté de Chignin...Photo©MichelSmith

Du côté de Chignin…Photo©MichelSmith

Adrien, dont l’épouse est apicultrice, réserve sa grande cuvée « Zuline » au cépage Altesse, en appellation Roussette de Savoie. Son 2013 est épicé et fumé au nez, sec et direct en bouche avec un délicat fond de verveine. Sa longueur en bouche est proprement incroyable et le vin ne semble pas prêt à se livrer de si tôt. Je reviendrai vers ce vigneron Jeudi prochain, lorsque j’attaquerai les rouges. Comme je reviendrai aussi sur le Château de Mérande dont j’ai pu goûter le soir même l’étrange cuvée « In Extremis« , tentative pas trop mal réussie menant vers un vin de voile. Faut-il le souligner ? Avec ces deux vignerons – mais je sais qu’il y en a plusieurs autres que je découvrirai cet hiver lors des salons -, on est bien loin de l’image un peu trop facile que l’on se fait des vins de Savoie lors d’un séjour en station de ski.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Maintenant, n’oubliez pas : Jeudi prochain, on goûtera quelques rouges pas piqués des hannetons !

Michel Smith


Un commentaire

English Cyder, by Aspall

Pour beaucoup de Français, cidre veut dire Normandie ou Bretagne.

Avec tout ce que cela peut avoir de connotations gourmandes, certes, mais un peu réductrices – galettes, crêpes, tartes au pommes…

Le monde du cidre est pourtant beaucoup plus vaste.

D’une part, il y a l’Espagne. Certaines sources nous disent que les premiers pommiers à cidre seraient arrivés en Europe du Nord au début du Moyen-Age, depuis les Asturies et le Pays Basque – deux régions où la tradition cidricole reste forte, même si les types de produits qu’on élabore là-bas sont assez différents – ils sont appréciés « tranquilles », et non mousseux.

De là, la pomme à cidre se serait installée non seulement en France, mais aussi en Angleterre.

D’autres sources indiquent que le cidre y existait déjà au Sud et dans l’Ouest de l’Angleterre au temps des Romains, mais il semble qu’il avait été plus ou moins oublié entretemps. Quoi qu’il en soit, il y a prospéré, surtout après la conquête normande. Au point que le cidre est devenu un sérieux concurrent pour la bière dans les pubs anglais. L’Angleterre produit d’ailleurs aujourd’hui quatre fois plus de cidre, que la France, en volume.

Comme en France, de regroupement en fusions, les producteurs sont devenus de plus en plus gros et de moins en moins en moins nombreux. De plus en plus industriels, aussi. Toute comparaison avec l’industrie de la bière n’a rien de fortuit. D’ailleurs, le premier groupe de cidre britannique, Bulmer (marques Bulmer, Woodpecker, Jacques, Strongbow, Scrumpy Jack ou encore Pomagne) est propriété du géant néerlandais de la bière Heineken.

Cyderdefence

On note par ailleurs que certains gros producteurs se fournissent aujourd’hui en concentré de pomme ailleurs qu’en Angleterre – la Pologne est devenue un gros fournisseur de ce produit de base. Le procédé est à présent si courant que certains producteurs plus traditionnels ont mis en place une nouvelle dénomination, le « Real Cider » – un produit qui doit être issu au moins à 90% de jus de pommes frais (la réglementation anglaise pour le cidre sans autre mention n’exige que 35%).

Car quelques irréductibles subsistent, qui pratiquent une cidriculture plus artisanale.

Aspall

Comme Aspall, par exemple, qui entend défendre l’héritage de son Suffolk. Aspall est d’ailleurs d’abord le nom d’un charmant village, non loin d’Ispwich. Les propriétaires, eux, s’appellent Chevallier.

Seraient-ils français? Presque. La famille est arrivée de l’île de Jersey au 18ème siècle, Clément Chevallier ayant hérité Aspall Hall.

Une de ses premières décisions, à  son arrivée, en 1728, fut de planter des pommiers qu’il avait apportés de son île. Les gens du coin le traitaient de fou. Mais ses cidres de qualité allaient rapidement lui valoir une meilleure réputation.

Clément représente donc la première génération de Chevallier dans l’entreprise. Et comme ceux-ci ont l’esprit de famille, ils ont donné à certaines de leurs cuvées le nom des plus éminents.

Clément’s Four, pour Clément. Temple Moon, pour le Révérend Temple Chevallier; Peronelle’s Blush, pour Madame Peronnelle – fondatrice de la Soil Association – le mouvement bio britannique, en 1946. Date à laquelle le domaine est passé en bio.

46 variétés de pommes!

Je n’ai aucune idée de la qualité du terroir du Suffolk en matière de pommes – c’est une région assez plate, mais apparemment assez riche en faune et flore diverses. Aspall y exploite 300 ha de vergers, traversés par la petite rivière, la Deben. On n’y compte pas moins de 46  variétés de pommes, dont la Bramley Seedling, la Grenadier, la Howgate Wonder, la Kingston Black. Un vrai conservatoire. Et ça nous change de la Golden!

Ce qui m’a séduit, justement, dans la gamme des cidre Aspall, c’est non seulement l’approche artisanale, mais la variété – chaque cidre – pardon, cyder, a sa personnalité; les couleurs vont du très pâle au doré en passant par l’ambre, la pétillance varie de forte à très faible, les arômes vont du plus serré au plus débridé. J’en veux pour exemple le Crisp Suffolk Draught Cyder, dont la pâleur, l’aromatique assez discrète, l’amertume, l’acidité et la bulle assez calme me font plus penser à une bière  qu’à un cidre. Et à l’autre bout du spectre, l‘Imperial Vintage 285, aux nez de pommes mûre, de tarte tatin, à la bulle généreuse et au subtil équilibre sucre-acidité. Et 8,2° d’alcool. Pas si loin du vin, finalement. Pensons à un Asti, ou à une Blanquette ancestrale…

Bref, un coup de coeur, que j’espère vous avoir fait partager. Et au-delà, mon intérêt pour une boisson au riche héritage, qui mériterait d’être mieux connue, d’où qu’elle vienne – même d’au-delà de nos petites frontières physiques ou mentales.

Hervé Lalau


3 Commentaires

Some scenes from the 2014 Loire harvest

IMG_1481

Pierre-Marie Luneau listening to his nascent 2014 Muscadet

IMG_2227

Frédéric Mabileau (Saint-Nicolas-de-Bourgueil) also listening to his wine – potential Eclipse 2014

IMG_2186

Happy hod carriers@Domaine de la Noblaie, Ligré (AC Chinon) despite the arrival of the first spots of rain that would turn out to be a downpour lasting several hours.

IMG_2229

A downpour indeed! The scene an hour or so later. (8th October)

IMG_2522

A well-content Antoine Sanzay (Saumur-Champigny) with his nascent and deep coloyred 2014 Cuvée Domaine about a week in.

IMG_2513

Domaine Antoine Sanzay – happy pickers celebrating the end of the 2014 vendange (10th October)

IMG_2510

Queue of tractors and trailers@Cave Co-operative de St Cyr (10th October)

IMG_2488

Noble rot developing in Chenin Blanc in the Layon. All now depends upon the weather.

IMG_2491

Noble rot developing in Chenin Blanc in the Layon. All now depends upon the weather.

IMG_2366

Cabernet Franc holding up well despite rain in early October.


19 Commentaires

La mode du « moins dosé » en Champagne: halte-là !

Quand on déguste beaucoup de Champagnes pour des raisons professionnelles, mais aussi par plaisir (si on a la chance de pouvoir le faire), il est devenu tristement difficile d’éviter le déferlement des cuvées à zéro ou à très faible dosage. Certains semblent penser que cette mode va de soi, qu’il s’agit d’un mouvement inévitable et souhaitable vers plus de « pureté » dans les sensations fournies par ces vins pétillants. On voit et on entend les termes « faiblement dosé », « brut nature » ou « sans dosage » un peu comme on entend les mots « bio » ou « biodynamie » brandis comme s’il s’agissait de signes irréfutables d’une qualité accrue. Ni discutez pas coco, c’est du bon, et circulez si vous n’êtes pas d’accord.

 règles du dosagePetit rappel des règles de dosage ayant cours en Champagne. Un Zéro dosé, Brut Nature ou autre désignation signifie pas de dosage du tout en liqueur d’expédition.

Je n’ai jamais pu accepter une pensée monolithique, que celle-ci émane des religions ou autres doctrines « sociales », et il en va de même pour le monde du vin. Et puis mon propre goût, nécessairement personnel, me conduit à ne pas aimer bon nombre de ces champagnes non-dosés, les trouvant souvent courts en bouche et peu aromatiques, parfois agressifs à l’attaque et asséchants en finale et, globalement, manquant singulièrement du charme et de l’élégance que je recherche par-dessus tout dans un vin de Champagne. Enfin, j’ai constaté, en dégustant quelques vins de ce type conservés quelques années, qu’ils semblent se tenir moins nettement moins bien dans le temps que des cuvées plus dosées.

Je vois, en relisant le numéro 21 de ma revue préféré qui traite du vin, The World of Fine Wine, que Tom Stevenson, grand spécialiste de la question Champagne, semble d’accord avec l’opinion que je viens d’énoncer. Dans sa chronique intitulée « à la volée » de ce numéro, il dit ceci : « un dosage de 6gr ou plus a un effet positif et lissant sur le développement aromatique d’un Champagne; mais, en dessous de ce niveau de dosage, plus on abaisse le dosage, plus l’évolution d’un Champagne devient rustique et aldéhydique, suivant l’impact oxydatif du dégorgement. »

 

dosage à la mainUn dosage effectué à la main, comme autrefois. Forcément moins précis qu’à la machine et ne se pratique aujourd’hui que pour des grands flaconnages et/ou de très petites séries 

Il y a d’excellents champagnes faiblement dosés, mais ils constituent, pour moi, des exceptions à la règle. Je trouve donc que cette mode fait fausse route et je ne crois pas que le grand public aime ces vins non plus, selon les expériences que j’ai pu mener avec des groupes dans certains cours que je donne. Encore une fois, comme avec le « bio » (je répète que je n’ai rien contre le bio en soi, mais juste contre la pensée unique qui l’entoure et le marketing type « ligue de vertu » qui l’accompagne), nous voilà confrontés à une mode pour bobos qui veulent se donner bonne conscience en mangeant et en buvant « light » et « pure ». C’est ridicule et, dans le fond, à côté de la plaque.

Regardons un peu ce qui se passe avec le dosage d’un Champagne et l’évolution des goûts dans ce domaine. D’abord un dosage ne doit pas être systématique. Bien fait, il est réalisé en fonction de la matière du vin  : maturité et équilibre des raisins, malo faite ou non, durée du vieillissement sur lies, etc. Puis, bien entendu, en fonction du produit final recherché et des marchés auxquels il est destiné. Rappelons que, il y a peu de temps, les bonnes maisons de Champagne dosaient leurs cuvées d’une manière différente en fonction des marchés destinataires. Le « goût russe » (avant 1917) impliquait des dosages que dépassaient les 100 gr/l , le « goût suédois » y allait un peu moins fort, mais entre 50 et 70 grammes tout de même, le goût américain privilégiait les Champagne secs, ce qui veut dire entre 17 et 35 gr/l de liqueur d’expédition. Seul les Anglais voulaient du extra-dry ou du brut, et Laurent Perrier a même introduit un Champagne non dosé dans ce marché dès 1889. La France d’avant la deuxième guerre mondiale consommait surtout du demi-sec ou du doux, le brut restant minoritaire à cette époque.

Il est certain que, dans le domaine des mets et des vins sophistiqués (il n’en va pas de même ailleurs : regardez McMachin et compagnie) la tendance depuis un bout de temps est vers un allègement des quantités de sucre, comme de gras. Paradoxalement, les degrés d’alcool des vins n’ont cessé de s’alourdir, et l’alcool, c’est le sucre, ou du moins sa conséquence directe. Cette tendance trouve une manifestation dans la mode actuelle de dosages de plus en plus réduits des vins effervescents de Champagne. On peut soutenir, probablement avec un degré de raison, que le réchauffement climatique fournit des degrés plus élevés dans les vins clairs que par le passé, et que ces vins, une fois champagnisés, n’ont pas besoin d’autant de liqueur d’expédition pour les rendre potables car leurs acidités sont moins fulgurantes. On posera tout de même un bémol à cette affirmation à la vue des dernières récoltes en Champagne. Mais je crains qu’un autre facteur dans l’allègement (excessif selon moi) des dosages des Champagnes est celui de la mode, propagée par quelque critiques ou sommeliers qui ne cessent depuis des années de critiquer des vins qui seraient, selon eux, « trop dosés », probablement pour se rendre plus intéressants et experts aux yeux de leurs collègues.

Car, à la fin, ce qu’il faut regarder c’est l’équilibre et les saveurs du vin fini, et le plaisir qu’il donne au plus grand nombre.  Cette affaire du dosage est bien plus complexe que le pourcentage de liqueur d’expédition rajouté. D’abord il y a, comme l’ont compris les meilleurs producteurs depuis longtemps, la composition de cette liqueur d’expédition, mais aussi son vieillissement. Puis il y a la durée donné aux vins pour absorber leur dosage avant expédition. Il y a aussi la question du soufre. Et probablement d’autres facteurs aussi. Ensuite vient la question du vieillissement du Champagne. Je sais bien que ce dernier aspect ne concerne qu’une infime minorité des consommateurs de ce vin, mais j’en fais partie et donc je défendrai, bec et ongles, le critère d’un vieillissement harmonieux après dégorgement qui enrichit les saveurs comme un des facteurs qui sépare les bons vins de Champagne des autres. Et là, les non-dosés (ou trop faiblement dosés) ne font pas mon affaire, mais pas du tout !

Une grande longévité fait partie de l’ADN d’un grand vin de Champagne., mais le dosage est un facteur essentiel de cette longévité.  Il ne s’agit pas ici de douceur, mais d’un équilibre qui donne un corps au vin, enrichissant sa richesse aromatique et sa capacité à vieillir avec grâce. Plus vous réduisez le dosage d’un Champagne, plus vous écourtez sa capacité au vieillissement.

En guise de postface, voici mes notes sur une série de 23 Champagnes (jeunes) présentée récemment à la presse par le caviste Lavinia, dont il faut signaler le remarquable travail de sélection, même si tous ces vins ne sont pas forcément à mon goût.  Ces champagnes venaient, pour l’essentiel, de vignerons indépendants, avec quelques négociants de taille modeste dans le lot (Drappier, Jacquesson). Et bon nombre des vins présentés suivaient cette mode du fable dosage, voire de pas de dosage. On constatera aussi que la qualité n’a pas nécessairement partie liée avec le prix, du moins selon mes goûts. L’ordre correspond à celle de la dégustation.

 

Les Blancs

 

Jean Graviers Brut Réserve (17 euros)

Bon fruit, bon équilibre, souple et agréable. Un bon Champagne de base.

 

José Michel & Fils, Brut Tradition (19,90 euros)

Plus terreux et un peu amer en finale. Ne vaut pas la différence en prix avec le précédent

 

Chartogne-Taillet, cuvée Sainte Anne brut (23,90 euros)

Délicieux, fin, fruité et assez arrondi pour être agréable de suite. Un beau nez, avec du volume. Plein de vivacité et de précision dans les saveurs et une bonne structure qui les sous-tend. Long et salivant. Remarquable.

 

De Sousa Brut Tradition (29,90 euros)

Assez tendre et facile d’approche, avec de délicieuses saveurs, typé chardonnay. Très bon, même si je préfère le précédent.

 

Drappier, cuvée Antoine (25,90 euros)

Ferme et limite rustique avec de l’amertume en finale. On va dire qu’il a du caractère ?

 

Pierre Gimonnet & Fils, Les Belles Années (28,80)

Vif et directe. Assez simple mais bien fait.

 

Jacquesson no: 738 Extra Brut (37 euros)

J’avais goûté, il y a un mois, la cuvée précédente (no: 737) de cette petite maison et elle m’avait fortement déçue à cette occasion. Celle-ci est bien meilleure. Nez plein et rond, avec une impression de richesse et de maturité des raisins. Très fin en bouche, malgré une impression de raideur en fond de palais qui peut être le fait de la jeunesse de la mise en vente de cette cuvée. Très bonne cuvée si on lui donne quelque mois de plus. Mais pas trop car le dosage me semble un peu léger.

 

Laherte Frères, Blanc de Blancs Brut Nature (26 euros)

Semble un peu salin au goût, mais aussi légèrement oxydatif. Il assèche en finale mais c’est un vin intéressant.

 

Jacques Lassaigne, Blanc de Blancs Brut Réserve (31 euros)

Très belles saveurs salivantes et longues. Un vin ayant de la finesse, très typé chardonnay, délicat et ciselé.

 

Agrapart et Fils, 7 crus, Blanc de Blancs (31 euros)

Un beau nez, assez plein. Est-ce le boisé (25% élevé en fûts) ou la faiblesse du dosage mais ce vin m’assèche un peu la fin de bouche ? Manque un peu de longueur, mais un bon fond.

 

André Beaufort, la Cuvée Saint Jean (31,50 euros)

Les saveurs étranges de ce vin me fond penser à des bonbons anglais (et je n’aime pas cela !)

Non, très peu pour moi. C’est aromatisé ????

 

Francis Boulard, Les Murgiers, Blanc de Noirs Brut Nature (29,90 euros)

Serré et dense de partout. Ce vin a de la mâche et une texture épaisse, mais ce n’est pas ce que je recherche dans un Champagne. Trop massif à mon goût.

 

Fleury Père et Fils, Empreinte Brut Nature (33,20 euros)

Même topo que le précédent. Trop raide et pas assez dosé, ce vin m’a donné aucun plaisir. Faut être un peu maso pour aimer cela, non ?

 

Franck Pascal, Reliance Brut Nature (36 euros)

Le nez est assez riche, mais la bouche déçoit un peu. Manque d’ampleur. C’est dommage, car un dosage mieux adapté en aurait fait un bien meilleur vin.

 

Vouette et Sorbée, Fidèle Extra Brut (39,90)

Joli vin, assez fin avec une pointe de salinité et un toucher raffiné. Un peu cher tout de même?

 

Rémi Leroy, Brut (23,50)

Un joli nez et un vin plaisant, vif et assez simple. On se demande pourquoi il était situé à cet endroit dans l’ordre de la dégustation.

 

Les rosés

Egly Ouriet Grand Cru Brut Rosé (58 euros)

Le nez est surprenant car un peu oxydatif. En bouche il a gardé un très joli fruité, même si celui-ci vire u peu vers de la confiture à cause de l’oxydation. C’est un style qui peut plaire à ceux, comme moi, qui aime leur champagnes avec un peu d’âge.

 

Drappier, cuvée Antoine Brut Rosé (29,90 euros)

Semble terne et fatigué. Amertume en finale.

 

Serge et Olivier Horiot, En Barmont, Sève Rosé de Saignée (32,90)

Un des moins chers des  4 rosés dégustés à cette occasion et, pour moi, le meilleur ! Un très beau nez, expressif et bien fruité. Plus austère dans son style en bouche, mais tout est en place et l’équilibre et bon. Un vin aussi intéressant que bon.

 

Georges Laval Premier Cru Les Cumières, Brut Nature (65 euros)

J’ai beaucoup aimé les blancs de ce producteurs lors d’autres dégustations dans le passé, et j’en ai même acheté un peu, mais ce vin m’a beaucoup déçu. Nez très oxydatif (est-ce volontaire ?) et au palais le vin m’a semblé plat. C’est très cher aussi, surtout pour cela !

 

Quelques cuvées « spéciales » (c’est à dire chères)

Larmandier-Bernier, Vieille de Vigne de Cramant Extra Brut 2006 (58 euros)

Nez harmonieux, de fruits blancs tendres et de fleurs. autant de finesse que d’ampleur en bouche. C’est un vin splendide, manifestement bien maîtrisé du début à la fin. Vaut son prix si on a la somme en poche.

 

Marie Courtin, Concordance Extra Brut (57,50 euros)

Le nez est aussi complexe que la bouche. C’est structuré et long, mais cette matière n’assèche pas la fin de bouche. Beaucoup de gourmandise, et là, un dosage faible est parfaitement réussi, ce qui n’est pas toujours le cas.

 

Ulysse Collin, Les Pierrières Blanc de Blancs Extra Brut 2010 (56 euros)

Si ce vin peut paraître, sur papier, un peu jeune pour un Champagne millésimé de ce niveau de prix, c’est néanmoins un vin superbe à la dégustation. J’aurai presque dit un puligny avec des bulles tant les saveurs sont riches et bourguignonnes. Aussi vif que succulent, avec une grande richesse en bouche qui n’est pas au détriment de la finesse, c’est un grand vin de Champagne qui mérite une belle occasion et une compagnie sachant apprécier ce niveau de vin.

 

Conclusion de la dégustation

Dans ce cas, les cuvées haut de gamme méritent amplement leur prix, sauf pour quelques rosés. Cette sélection de Champagnes de vignerons et globalement très bien faite bien que le plaisir n’est pas toujours lié au prix. Quant à la question du dosage, sans doute j’y reviendrai car elle est complexe, mais j’ai eu ici confirmation que l’abaissement des niveaux de dosage ne va pas dans le sens d’une augmentation des qualités gustatives des vins. Avec les Champagnes non-dosés, on a, trop souvent, des vins qui apparaissent ou trop vifs, ou trop carrés, sont peu aromatiques et possèdent une texture rustique et des finales courtes qui assèchent le palais. Où est l’intérêt alors ?

 

David Cobbold


4 Commentaires

#Carignan Story # 242 : version Gérard Bertrand

En dehors de la Maison Cazes chez moi (Roussillon, pour ceux qui ne l’auraient pas encore deviné), ils ne sont guère plus que trois ou quatre négociants de taille, notamment Calmel-JJoseph, Paul Mas, Skalli et Gérard Bertrand, à considérer que le Carignan a un pion à avancer sur l’échiquier du Languedoc et du Roussillon réunis. J’oublie le petit négoce du Prieuré Saint-Sever de Thierry Rodriguez, mais c’est une autre histoire, déjà évoquée ici, et sur laquelle je reviendrai. À l’heure où même l’AOP Saint-Chinian se penche sérieusement sur la réintroduction de vieux cépages « locaux », tels le Ribeyrenc ou l’Aramon, il serait utile de consolider ses apports en Carignan et d’avoir une vision d’avenir avec le recours aux anciens cépages mieux armés, à mon sens, quand il s’agit de s’accrocher à la terre du Midi. Qui osera, dans les Corbières, par exemple, redonner ses lettres de noblesse au bon vieux Carignan en lui accordant plus d’importance qu’il n’en a à l’heure actuelle ? Oui, qui osera alors que la Chambre d’Agriculture de l’Aude possède tous les atouts avec la plus grande collection de ce cépage et les meilleurs experts en la matière ?

Quelques centenaires rassemblés par Gérard Bertrand. Photo©MichelSmith

Quelques centenaires rassemblés par Gérard Bertrand. Photo©MichelSmith

Revenons-en à Gérard Bertrand. Je n’ai pas les chiffres en tête, mais pour les âmes sensibles c’est probablement le plus « gros » négociant du Midi après Jeanjean et c’est à ce titre qu’il m’arrive de parler de lui une ou deux fois l’an. Je sais, depuis « l’affaire » Tariquet certains diront que je suis acheté, mais il m’arrive parfois de ne pas aimer ses vins et d’autres fois de tomber sur des cuvées qui m’enchantent. Réclamant des échantillons de « très vieux » Carignans aux charmantes personnes qui s’occupent de la communication, j’ai reçu quelques échantillons de la collection Les vignes centenaires, flacons aussitôt mis de côté pour une prochaine dégustation. Plus d’un an après – pardon pour le retard -, le moment est venu pour moi de tester ces vins. Sans parti pris.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Mettons à part le Côtes du Roussillon Villages 2010 La Combe du Roi qui, en lisant la contre-étiquette, se révèle être un Grenache (café, garrigue, fruit fin, tabac, cacao…tannins copieux mais un peu verts en bouche) probablement associé à du Carignan (secteur de Tautavel, je dirais même de Maury), un vin puissant (15°) capable de tenir encore dix ans et plus en cave, pour nous concentrer sur deux millésimes d’un « vrai » Corbières – et j’écris « vrai » à bon escient – provenant d’une vigne de Carignan. Le premier vin de cette Crémaille, du nom de la parcelle qualifiée en contre-étiquette d’exceptionnelle, vigne travaillée en agrobiologie provenant du cépage emblématique des Corbières (merci Gérard pour le terme emblématique…), est également un 2010. Je le soupçonne d’être issu de la propriété du Château de Villemajou, le domaine historique que Gérard a courageusement repris après le décès de son père. Je vous annonce au passage que, depuis 1988, je considère que ce cru a, avec quelques autres et grâce au Carignan, un potentiel qualitatif assez unique dans le Sud de la France. Mais bon, je n’ai probablement rien compris aux Corbières.

Au nez, ce vin est plus discret que le précédent. Mais quelques mouvements de la main pour réveiller le jus, permettent d’entrevoir ce potentiel évoqué plus haut : grande finesse, retenue, bribes d’herbes de maquis, bouche suave, presque tendre, notes de poivres, épices, tannins bien dessinés, longueur interminable. Si jamais vous avez la chance de posséder cette bouteille, je vous invite à la servir autour de 16° de température en respectant scrupuleusement, pour une fois, ce que préconise le texte de la contre-étiquette qui, faute de place, oublie de recommander un gigot d’agneau, d’isard ou de chevreuil. La bouteille porte le numéro 4.405, ce qui laisse penser qu’il ne s’agit nullement d’une micro-cuvée. Le total de mise est affiché : 8.190 bouteilles. Je dis bravo en regrettant de ne pas avoir un magnum pour ma cave. Gérard, si tu m’entends, je t’en achète six sur le champ !

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Difficile de faire mieux me dis-je en versant dans mon verre le rouge de la même vigne, mais de 2011. Cette fois-ci, j’ai le numéro 2.428 sur 10.857 bouteilles produites. Qu’est-ce que j’en pense ? J’adore ! Je ne résiste pas au charme de ce nez finement fruité, à ces notes envoûtantes d’oranges sanguines discrètement parfumées à la cannelle, à ce léger souffle de garrigue. L’emprise en bouche est plus évidente. On a la rondeur qui sied à un vénérable Carignan, mais le fruit s’impose avec subtilité, avec tendresse, malgré une pointe de rugosité qui fait tout le charme du vin, ce côté « je ne prétends pas la perfection, je suis moi-même, je viens des Corbières, ne m’enlève pas ce putain d’accent qui m’a façonné et auquel je tiens ». Franchement, cela faisait un bail qu’un vin ne m’avait pas interpellé sur ce ton.

Que retenir de tout cela ? Eh bien que cela mérite bien une suite. Quelle suite ? Puisque je m’apprête à partir en vacances, vous le saurez en lisant le prochain numéro ! Mais il faut aussi retenir qu’un négociant, et pas n’importe lequel, ose mettre le nom de Corbières sur un Carignan. Si lui ose, pourquoi pas les autres, sur un Faugères, par exemple ? Merci Gérard !

Michel Smith


Poster un commentaire

Picolar avant l’grèfe à Bruselja

Toute ressemblance avec un titre utilisé récemment par mon ami Marc est totalement volontaire… Mon catalan, à moi, est d’opérette – je ne parle que l’espagnol.

Amis Français, peut-être l’ignorez-vous, obnubilés que vous êtes par la ligne bleue des Vosges ou celle de la cravate pas droite de votre président, mais nous, en Belgique, dans ce poste avancé de la Francophonie quel vos médias ne s’intéressent guère que pour parler des méfaits de la Commission de Bruxelles, nous avons un nouveau gouvernement fédéral.

Le nouveau Premier Ministre s’appelle Charles Michel, il est Francophone, et de droite. D’ailleurs, tout le gouvernement est de droite, ce qui ne s’est jamais vu de mémoire d’homme, la Belgique étant le pays du compromis par excellence, et la Wallonie aussi socialisse que la Flandre est plate.

Bref, ce gouvernement promet du sang et des larmes, et notamment un saut dans l’indexation automatique des salaires, un report de l’âge de la retraite (sauf pour les indépendants comme moi qui n’ont pas les moyens de la prendre), des travaux d’intérêt général pour les chômeurs en fin de droits…

Voila qui promet de belles empoignades avec les syndicats. D’aucuns parient déjà sur des grèves généralisées.

En attendant, tant que le Thalys roule, et tant que les tonneaux dans les cafés, je vous suggère de venir ici boire une bonne bière. Qu’elle soit flamande, comme la Westmalle ou wallonne, comme l’Orval, ou encore bruxelloise, comme la Cantillon, je vous souhaite large soif.

IMG_4856

Quant à moi, l’immigré fransquillon, je préfère un bon coup de rouge. J’ai choisi un Cornas de chez Courbis, la cuvée La Sabarotte 2012.

J’aime son fruité noir très frais, ses épices, son velouté, sa structure, son bois superbement fondu – du neuf, pourtant. A comparer avec le 2010, que j’avais déjà bien apprécié, je trouve que le niveau est encore monté. De deux choses l’une, ou Dominique et Laurent Courbis ont encore progressé en deux ans, ou bien c’est moi qui suis dans de meilleures dispositions. J’ai même préféré, cette année, cette cuvée au Saint Joseph Les Royes, que j’avais pourtant placé au pinacle de ma dégustation, à l’époque. Ce n’est sans doute qu’une question de temps, il sera intéressant de revoir ces deux vins dans quatre ou cinq ans… juste pour voir si je suis encore plutôt granite ou plutôt calcaire. Plutôt dur ou plutôt doux. Libéral ou consensuel. Actuel ou potentiel.

En écrivant ces lignes, je sirote mon fond de verre. J’essaie en vin – je veux dire, en vain, d’y lire un avenir incertain. La bouteille est presque vide.

Encore une que les rouches n’auront pas!

Hervé Lalau

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Rejoignez 10 871 autres abonnés