Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Petit, c’est magnifique !

Oui, « small is beautiful ! » Et si je reprends ainsi le slogan utilisé un temps par l’appellation Les Baux de Provence, c’est pour me venger de l’excellent et gentiment polémiste papier de l’ami David avec lequel, soit dit en passant, je suis de moins en moins en phase… du moins jusqu’à ce qu’il m’invite à boire une bonne « petite » pinte de London ale ou quelque chose du même acabit. Car si lui trouve amusant de brocarder tout ce qui est petit – petit blanc, petit canon, petit côtes ou petit beaujolpif, tout est petit dans notre vie (clin d’œil à Jacques Dutronc, dans son « Mini, mini, mini » ! ) -, je tiens à lui montrer de quoi les petits sont capables… du moins les petits contenants. Tu veux une battle David ? Eh bien tu l’auras…

Photo©MichelSmith

L’autre jour, au moment où mes invités étaient sur le point de partir, je leur ai lancé avec mon air de petite bite habituel à qui on ne la fait plus : « Hep les gars ! On va s’faire un p’tit SGN en guise d’adieu ! » Et de sortir de ma (petite) cachette secrète le (petit) flacon qui n’attendait que ce (petit) moment, la Cuvée d’Or Pinot Gris Altenbourg 2008, format 37,5 cl, grandissime (petit) cadeau de mes (pas si petites au demeurant…) amies Faller  vigneronnes de leur état dans le petit bourg de Kaysersberg, non loin de Colmar, un domaine à qui tout amateur de vin digne de ce nom se devrait de payer une (petite) visite un de ces jours, domaine sur lequel je me suis déjà épanché ici. S’en suivit une (petite) dégustation sur le bord de la table déjà bien encombrée il est vrai des restes de nos agapes. Nous étions quatre, ce qui faisait à peine 10 cl pour chacun, un vrai p’tit coup pour ainsi dire. Bien sûr, le (petit) contenant n’a pas fait un pli.

Ne me demandez pas de décrire ou de raconter l’indescriptible : il y a des moments où je n’y arrive pas. Car cela reviendrait à compter les marches qui conduisent droit au paradis pour ceux qui y croient encore et qui s’imaginent avoir encore une chance d’y accéder parce qu’ils vont à la messe tous les dimanches. Ce vin unique en son genre, hors dimension et si captivant, ne requiert aucun commentaire superflu. Une toute petite expérience qui, n’en déplaise à David, fut grandiose. Une sucrerie, un délice, un peu trop riche pour certains ignorants (un copain que j’ai vite fusillé du regard…), une délicatesse titrant 10,5°, un dessert à lui tout seul laissant en bouche un souvenir tel qu’il vous interdit de vous laver les dents avant d’aller vous coucher.

Je sais, je sais… Vous allez me rétorquer que le prix d’une telle (petite) douceur frise l’indécence, etc. Fermez vos gueules bandes d’ignares ! Parlez-moi plutôt des vins de Crimée, au moins ça c’est de l’actu ! Bien sûr qu’un tel vin n’a pas de prix. D’ailleurs, je n’ai aucune idée de son prix et je n’ai nul besoin de le savoir. Il est hors concours, hors normes et probablement hors de prix, mais qu’est-ce que ça peut faire puisque nous l’avons englouti dans notre estomac qui l’a ensuite promptement communiqué à notre cerveau dans ce petit échange d’informations dont il est coutumier. Y’en a qui disent « plus c’est petit et plus c’est mignon, plus c’est grand et plus c’est con ». Moi je dis que les petits plaisirs du vin provoquent parfois les sensations les plus fortes. Je suis sûr par ailleurs que David pourrait en dire autant … Quant à Goliath

Michel Smith


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Tristesse à Riquewihr, sur la Route des Vins d’Alsace

La semaine dernière, j’évoquais ici même une mémorable dégustation qui me rapprochait de l’Alsace, une province que j’affectionne. Dans ces villages moyenâgeux traversés ou longés par la Route des Vins, le feu est redouté depuis toujours car on connaît la vulnérabilité des maisons à pans de bois. Il a fallu un arbre de Noël pour déclencher cet incendie, à deux pas de la Tour Dolder, qui a ravagé plusieurs maisons historiques de Riquewihr, l’un des plus beaux villages de France, faisant un mort, une dame de 90 ans.

J’entends déjà les reproches peut-être justifiés : pourquoi insistez-vous ainsi sur ce qui n’est au fond qu’un fait divers ? Il est vrai que les incendies sont légion, je le sais : une habitation touchée toutes les deux minutes en France. Mais les villages de la Route des vins sont tellement beaux, ils évoquent tous un vigneron familier et ils cachent tant de trésors… Voilà pourquoi je n’ai pu résister à l’envie de vous en parler. C’est aussi à cause de Philippe Durst, de la Maison Dopff  "Au Moulin" que j’interviens car c’est lui qui, à travers Facebook, m’a envoyé plusieurs photos me montrant l’ampleur de ce drame. Je ne peux les publier ici car les plus parlantes émanent de photographes dont j’ignore l’identité. On pourra lire ici même l’essentiel. Et visionner par la même occasion ce document filmé pour la télévision locale.

Noël à Riquewihr : marché de Noël

Photo©OT du Pays de Ribeauvillé

Outre la maison Dopff "Au Moulin" dont j’ai maintes fois apprécié les Crémants, déjà citée, je pense à la famille Hugel dont les caves ne devaient pas être très éloignées de l’incendie, ainsi qu’aux membres de la famille Mittnacht-Klack et à ceux de la Maison Becker. J’espère que ce village touristique, qu’avec ironie j’appelais souvent Disneywihr à cause justement de la coquetterie de ses maisons à colombages qui semblent appartenir à un conte de fée, saura sortir de ce traumatisme et conserver l’âme de cette partie haute du bourg. En plein Marché de Noël, on a compté à Riquewihr plus de 250 autobus en un week-end ! Il ne reste plus qu’à reconstruire…

Michel

PS. De retour de Londres, la semaine prochaine, je vous livrerai jeudi quelques impressions, un peu à la manière de David dans son dernier article…


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Chrétien Oberlin a bien mérité de l’Europe!

La route des Vins d’Alsace vient de fêter ses 60 ans. Il me semble donc tout indiqué de rappeler le nom et l’oeuvre d’un enfant du pays sans lequel la viticulture alsacienne ne serait sans doute pas ce qu’elle est aujourd’hui – et que serait une route des vins sans de beaux vignobles et de beaux vins à montrer?

En plus, à sa manière, son histoire plaide pour une autre Europe. Pas celle de Bruxelles ou de Strasbourg, qui nous semble si loin. Pas celle de la bureaucratie. Pas celle des douaniers. Pas celle des élections européennes où vous ne pouvez voter que pour vos propres nationaux (et bien souvent, paradoxalement, pour des gens qui ne croient pas à la construction européenne). Non, je veux parler de l’Europe des gens, celle de l’action, celle de l’amitié entre les peuples. Celle du vin. Parce que le vignoble n’est pas plus vert de l’autre côté de la frontière…

Tiens, saviez-vous que l’on peut faire du vin luxembourgeois avec des raisins français, en toute légalité?  Et du vin italien avec des raisins slovènes? Certains domaines sont coupés en deux par la frontière. Ce sont ces petites exceptions à la règle qui nous montrent à quel point, souvent, nos règles ne tiennent pas debout. L’Europe est pleine de bons vins qui ne demandent qu’à être découverts ou redécouverts.

Mais revenons à ce cher Oberlin…

Enfant de Beblenheim, fils de viticulteur, Chrétien Oberlin naît français en 1831. Il fait des études d’ingénieur et à ce titre, participe à la construction de la ligne de chemin de fer Sélestat-Sainte Marie aux Mines.

Mais c’est à l’agriculture qu’il consacre l’essentiel de sa vie, et notamment à la vigne.

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Chrétien/Christian Oberlin (Image: Oenophil)

1875. L’Alsace-Lorraine est allemande. Mais quelque soit la nationalité de l’occupant, comme toute l’Europe viticole, la région est atteinte par le phylloxéra. Oberlin est un des premiers à s’intéresser scientifiquement au phénomène.

En 1881, il édite un mémoire à Colmar, présentant des solutions à la question phylloxérique.

Ayant remarqué que les vignes sauvages ne sont pas affectées, il sélectionne des plants résistants, notamment par hybridation. Il contribue grandement à sauver le vignoble alsacien en généralisant la greffe sur plants américains. On lui doit aussi l’Oberlin, un croisement entre riparia et gamay, toujours autorisé aujourd’hui dans l’Est de la France… et qu’on retrouve jusqu’au Paraguay!

Puis, en 1897, il fonde l’Institut du Vin d’Alsace, à Colmar. Infatigable chercheur, il sélectionne les plants utilisés aujourd’hui en Alsace, à partir d’un nombre beaucoup plus grand. C’est à lui qu’on doit notamment le pinot blanc d’Alsace, tel qu’on le connaît aujourd’hui.

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Lointaine héritière d’Oberlin, la jolie gamme du Domaine de la Ville de Colmar

Par ailleurs, Oberlin généralise les vignes palissées. C’était l’époque où on ne discutait pas l’avis des savants.

Le tout, sous administration allemande. Oberlin meurt en 1916 et ne verra donc jamais le retour de l’Alsace à la France.

Ne jetons donc pas le bébé alsacien avec l’eau du bain allemand: c’est à l’ombre des casques à pointes, en effet, que renaît le vignoble alsacien. Que l’ampélographie connaît une des ses plus fastes périodes. Et qu’est fondée (en 1895) la première coopérative viticole de France, la “Rappoltsweiler Winzerverein" (Union des Vignerons de Ribeauvillé)…

Bilingue, Oberlin a servi les deux pays, mais il a surtout bien mérité de la viticulture.

A l’heure européenne, voila un bel exemple!

Hervé Lalau

PS. Les vignes de l’Institut du Vin de Colmar ont été reprises par la ville, qui a fondé une société d’économie mixte. Le plus gros des parts de cette société a été racheté en 2011 par Arthur Metz. Celui-ci vient de donner un solide coup de jeune à la gamme. L’unité reste indépendante au plan de la vinification comme des apports. Je vous recommande tout particulièrement son pinot blanc (qui a dit que ce cépage manquait de complexité!?), son muscat (un des plus jolis muscats secs qu’il m’a été donné de déguster cette année) et son pinot gris.


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Je ne suis qu’un "ensoiffé" de première… et j’aime le Gewurztraminer

Mille pardons pour ce néologisme qui, bien que déjà usité n’est pas encore entré dans le dico; mais je me suis dit qu’après Jacques Dupont qui, sur 140 pages (chez Grasset) et sur tous les médias, nous somme de nous « invigner » avec lui  (il doit avoir une sacrée bonne attachée de presse, lui qui d’habitude ne veut pas les voir…), je pouvais à mon tour dénicher un verbe que je ne dois à personne. Si ce n’est, peut-être à un Rabelais en herbe ou à un Depardieu déguisé en Antoine Blondin.

Surtout ne pas confondre avec «assoiffé», terme qui s’applique plus à un aventurier perdu quelque part dans les dunes de Mauritanie, entre ces deux perles du désert que sont Ouadane et Chinguetti. Alors que je pensais avoir inventé le verbe « ensoiffer », surtout depuis que mon correcteur automatique me le faisait remarquer, je notais en feuilletant Google qu’ensoiffé était utilisé par d’autres que moi pour décrire un dictateur "ensoiffé de pourvoir" (le journaliste voulait-il dire "assoiffé" ?), ou plus prosaïquement une femme "ensoiffée de vin" (l’auteur pensait-il qu’elle était saoule ?).

Quoiqu’il en soit, j’ai trouvé ce verbe tellement joli que je me le suis approprié. Quand bien même il n’existe pas sur le plan purement académique, il me fait penser à un état proche de l’ivresse, une sorte d’épectase vinique qui surviendrait lorsqu’un vin vous fait un effet tel qu’il arrive à vous hérisser le poil et à vous faire vivre un moment de paroxysme dépassant le simple orgasme. Rien à voir avec un moment de soulographie. Rien à voir non plus avec l’orgiaque volonté de boire jusqu’au coma éthyllique. Plus que de s’enivrer, il s’agit là de se laisser plonger dans une sorte de rêverie proche de l’extase qui consiste à ne faire qu’un entre votre être profond et l’intense liqueur d’un vin.

Cet instant est rare : il vous tombe dessus sans prévenir alors que vous vous lancez comme de coutume à l’analyse d’un vin. Le brave cardinal Danielou aurait vécu ce passage fatal lors d’une rencontre avec une prostituée, mais il s’agissait d’épectase dans le vrai sens du terme. Point de mort avec le vin, même si l’instant vécu par l’ensoiffé de première que je suis ressemble par certains côtés à une petite mort. Ah, les plaisirs solitaires…

Vous ne le savez peut-être pas, mais entre le cinsault, le pinot noir, le cabernet franc, le gamay noir à jus blanc, le pineau d’aunis, le savagnin, le grenache gris et le carignan noir, j’avoue une tendresse particulière pour le gewurztraminer. Tendresse mêlée d’exigence, bien sûr. À un point tel que dès que je ressens la moindre lourdeur dans un vin de ce cépage, celui-ci termine illico presto sa vie dans l’évier.

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Du grand Léonard au pointilleux Jean-Michel, je crois avoir testé la plupart des bons vignerons alsaciens dans leurs approches du gewurz et plutôt que de vous en faire une tartine, je vous conseillerai la lecture de la plume de Patrick Botcher qui, du temps où il était plus «monomaniaquement Alsace» que maintenant (c’est pourtant un Helvète vivant en Belgique) a consacré plusieurs articles au gewurztraminer, quand bien même son blog a changé de nom et s’appelle désormais « Vins Libres ».

Comme tous les cépages jugés "difficiles" et peu productifs, bien que figurant dans la liste des cépages dits "nobles" lui ouvrant les portes des Grands Crus, il n’a pas que des adeptes dans le vignoble alsacien et ailleurs. Vous en saurez un peu plus en le visitant ici. Moi-même, je lui ai déjà consacré plus d’un article, dont celui-ci, chez l’ami Philippe Blanck.

Je ne sais plus comment cette bouteille a pu atterrir aux fins fonds de ma cave parmi ma collection de gewurz. Peut-être était-ce une de ces bouteilles que les vignerons – en l’occurrence Marie et Mathieu Boesch du Domaine Léon Boesch – vous offrent comme s’ils les jetaient à la mer avec le fol espoir que le journaliste, qui n’a jamais le temps de tout goûter tant il est pressé quand il vient vous voir, trouvera un jour l’opportunité de goûter. Eh bien c’est chose faite, mes chers amis alsaciens. Tout de suite, alors que je m’apprêtais à regarder un bon vieux film et que je me relaxais dans mon fauteuil pour un de ces rare moments inédits où l’on se dit que l’on a bien mérité de savourer un grand vin en compagnie d’un grand cigare, c’est le regard vers la robe, vieil or lumineux et profond, qui m’a comme happé au point de me demander où j’avais pu bien mettre mon appareil photo.

La luminosité, mieux que la minéralité ? Photo©MichelSmith

La luminosité, mieux que la minéralité ? Photo©MichelSmith

Oui, j’ai la photo. Non, je n’ai pas pris de notes. Non, je n’ai pas cherché s’il sentait la rose, le lilas ou le litchi. Mais ce que je sais, c’est que dès la première gorgée je me suis simplement exclamé : «Nom de Dieu, mais qu’est-ce que c’est ?»

Bien sûr qu’en le puisant de ma cave j’avais une idée : je connais les vignerons (voir plus haut), une famille consciencieuse qui travaille en bio depuis longtemps, et je connais ce terroir, l’un des plus chauds d’Alsace, le Grand Cru Zinnkoepflé, au sud de Colmar. Grand Cru ? Que le lecteur se rassure, en Alsace ce ne sont pas les mêmes règles que celles qui prévalent à Saint-Émilion.

Au Nord comme au Sud de Colmar, la mention Grand Cru n’est pas galvaudée : elle repose sur du sérieux, du concret, de la géologie, de l’histoire, des règles, des délimitations. Le Zinn, comme je dis pour faire court, n’est peut-être pas le plus noble des 51 Grands Crus, ni le plus ancien, mais c’est l’un des plus ensoleillés et c’est pour cela qu’il plaît à l’exigeant gewurztraminer qui règne ici en maître, occupant les trois quarts de la superficie. Situé entre Westhalten et Soultzmatt, le Zinn surplombe la "Vallée Noble". Le nom de ce site de plus de 71 ha de vignes signifie «mont du soleil» et il paraît que sur ses calcaires et ses grès grimpant jusqu’à plus de 400 m d’altitude, on trouve une flore méditerranéenne inhabituelle.

Photo©DR

Lee Zinn est à main droite… Photo©DR

Nous y voici. Ce soleil, cette luminosité, cette puissance, cet éclat, on les retrouve dans le vin, en plus d’une allure triomphante et avec cette manière très jouissive de s’imposer sans lourdeur, en douceur même, ce qui fait qu’on en redemande encore et encore. J’aime aussi cette façon unique de se mettre en avant, d’imprimer son grain avec force, mais sans violence, sans frime, toujours en profondeur, en délicatesse aussi, comme si tous les capteurs de notre corps devaient profiter de cet instant de spectacle grandiose qui fixe l’attention. Cette petite merveille en bouteille, cette œuvre d’art unique et éphémère, n’a pas été vidée d’une seule traite. Ce n’est pas le genre de "l’ensoiffé" que de procéder de la sorte. J’en ai siroté, plus que bu, d’abord la moitié et, étant seul, me suis gardé l’autre moitié pour boire quelques jours après en cas de spleen. Le vin avait quelque peu bruni et offrait toujours la couleur du vieil or. Au goût, c’était quasiment intact : on percevait mieux cependant les notes de fruits confits, entre mirabelle, compote de pomme et marmelade d’orange, épices douces en prime et une légère acidité qui faisait l’effet d’un courant d’air bienveillant.

Pour cette Vendanges Tardives 1998 titrant 13°, j’avais mis la bouteille au réfrigérateur 2 ou 3 jours avant, préparé un large verre que je remplissais généreusement. La température de service tournait autour de 10/12 degrés, je parle de celle du vin dans le verre. Le millésime 2009 dépassait de peu les 18 euros, mais ce n’était pas un VT. Il y a peu, le même VT, millésime 2004, s’achetait à moins de 30 euros départ cave. Au fait, il y aura toujours un peu de place dans ma cave pour du Gewurztraminer.

Michel Smith


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La perfection à tous les prix

Nous dégustons beaucoup de vins, de tous types, styles et origines. Cela nous oblige à une certaine versatilité, mais ne nous absout pas de tomber dans des pièges qui consisteraient à comparer ce qui n’est pas très comparable. Ce qui ne risque pas de m’arriver aujourd’hui, tant les deux vins dont je vais vous parler sont différents par leur type, leur prix et par leur origine.

Peut-être est-ce l’exigence née de nombreuses années de dégustation qui fait que la majorité des vins que je déguste me sont indifférents, au mieux acceptables. Je laisserais aux autres l’exercice qui consisterait à mettre un chiffre sur cette proportion. Et j’accepte, partiellement du moins, d’être taxé d’élitiste, car j’ai la chance de pouvoir déguster beaucoup de vins. Mais partiellement seulement, car je fais constamment l’effort de déguster et de parler de vins accessibles, aussi bien par le volume de leur production que par leur prix de vente.

Je vais faire une petite exception aujourd’hui, du moins pour un des vins, qui n’est pas exactement accessible par son prix, ni par le volume de sa production. J’ai choisi ces deux vins parce qu’ils m’ont paru, parmi les centaines dégustés depuis le début de cette année, tous les deux assez proches de la perfection dans leur genre et dans leur créneau respectif de prix.

Je commence par le moins cher, qui vaut 9,50 euros (avouez que ce n’est pas la ruine, quand-même !) et qui vient de la région bordelaise.

Roc de Calon 2010

Château Roc de Calon, Montagne Saint Emilion 2010

Je ne connaissez pas ce domaine avant d’avoir ouvert ce flacon, mais le vin m’a bluffé. Il représente une sorte de perfection à la Bordelaise pour moi: équilibré, digeste, assez suave mais vibrant, frais, aux tannins maîtrisés, et au fruité discret mais qui enrobe parfaitement la structure, produisant une sorte de symbiose assez étonnante dans un vin si jeune. Souvent quand je déguste un vin qui m’est inconnu, je me hasarde à y mettre un prix. C’est un exercice salutaire et que nous devrions appliquer plus souvent à mon avis. Après tout, tous les vins sont concurrents et leur seul point de comparaison est le prix. Dans le cas de ce Château Roc de Calon 2010, j’avais indiqué sur ma feuille une fourchette de 20/30 euros. La réalité – moins que la moitié ! – m’a surpris. Oui, et n’en déplaisent à ceux qui dénigrent bêtement l’ensemble du Bordelais à cause des prix excessifs d’un petit nombre de châteaux devenus victimes de leur succès ailleurs, la région produit certains des vins affichant le meilleur rapport qualité/prix dans ce pays.

J’ajouterai que, chaque fois que l’occasion m’est donné de déguster des Bordeaux du millésime 2009 à côté des 2010 des même vin (ce qui ne fut pas le cas à cette occasion), je préfère presque toujours les 2010.  Je prends 2010 pour un très grand millésime dans la région. C’est peut-être pour cela que je ne serai pas le successeur du critique américain au nom d’un grand joueur de saxophone décédé.

René Muré Gewurtz SGN

René Muré, Clos Saint Landelin, Gewurztraminer Sélection de Grains Nobles 2009

Ce vin n’est pas encore en vente je crois, mais le site web du producteur propose le 2006 à 42 euros la bouteille (et c’est une grande bouteille de 75 cl, comme pour le vin dont je vais vous parler). D’accord, ce n’est pas accessible à tout le monde, mais ce vin représente, pour moi, une forme de perfection dans le genre. Parfumé tout ce qu’il faut, sans rien de vulgaire et même avec un certain retenu. Mais on sent la puissance, et aussi la fraîcheur derrière. Une bouche absolument somptueuse, avec une acidité totalement intégré et qui équilibre ce vin à la perfection. Des fruits confits en pagaille, dont je vous épargnerai une fastidieuse et voyante énumération. Longueur splendide, bien entendu. J’ai bu le flacon, avec des moments de partage, sur une période de 10 jours en le gardant dans la porte de mon frigo et jamais il n’a flanché : la dernière goutte était tout aussi exaltante que la première.

D’accord, tant de sucre + tant d’acidité aident bien. Mais ce vin n’est ni pesant, ni trop exubérant, ni mou. Jamais. La perfection je vous dis. Peu de gewurztraminers m’ont autant enthousiasmé depuis un bon moment !

David

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