Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Paul is Dead… et les 5 ont un grain

On peut essayer de trouver un sens à tout. Même à ce qui n’en a pas.

Un exemple fameux:  la pochette d’Abbey Road, sur laquelle certains fans des Beatles ont voulu trouver des allusions à la prétendue mort de Paul; allant jusqu’à attribuer un rôle à chacun des 4 membres du groupe qui traversent la rue devant le studio.

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Abbey Road 

John, en blanc, serait le prêtre; Ringo, en noir, le maître de cérémonie; Paul, pieds nus et sans cravate, le mort; George, en jeans, le fossoyeur.

Et puis, la Beetle garée en face porte la plaque LMW28 IF. Tout adepte du Paul is Dead le sait, cela veut dire "Living MacCartney Would be 28 if…", il aurait eu 28 ans si…

Sauf que le compte n’y était pas, Paul n’ avait que 27 ans en 1969, mais passons.

Hormis nos amis les allumés, la plupart des gens ne voient sur cette photo que 4 types sur un passage zébré, mais personne n’a pu empêcher la rumeur d’enfler. C’est une légende urbaine qui dure depuis 45 ans. Il y a même des sites spécialisés qui s’en occupent à plein temps. On s’occupe comme on peut.

Grains de folie

Récemment, un lecteur des 5 du Vin (un type bien, donc) m’a fait remarquer que les 5 grains de raisin qui composent notre logo présentaient un fort symbolisme. Selon lui, les couleurs attribuées à chaque auteur "leur correspondent bien".

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Les 5 du Vin

Ainsi, le jaune doré du grain de Jim Budd fait référence à sa prédilection pour les blancs de Loire vinifiés en surmaturité.

Le rosé de David Cobbold évoque la polémique qu’il a lancée sur ce blog à propos du rosé d’assemblage.

Le raisin vert d’Hervé Lalau lui va comme un gant, avec son esprit acide.

Le joli grain violacé  de Michel Smith représente bien sûr son cher Carignan.

Quand à l’ambre du grain de Marc Vanhellemont, il témoigne du fait que ce Belge est un amoureux de la bière autant que du vin.

Tout cela est très bien imaginé.

Sauf que je suis l’auteur de cette galerie de grains, que j’ai moi-même bidouillés à l’aide de filtres Photoshop, à l’époque. Et que je n’ai jamais eu l’idée d’associer quelque couleur à qui que ce soit. Je cherchais juste des couleurs différentes, et un peu flashy.

Je ferai aussi observer que l’ordre des noms a changé avec la composition du groupe. Au départ, suivant en cela l’ordre alphabétique, le nom sous le premier raisin était celui de Jacques Berthomeau, membre fondateur remplacé depuis par David. Et Jim Budd venait en second – c’est donc lui dont le nom se trouvait sous le grain rose fluo.

Mais bon, c’est comme pour les Beatles, on n’ arrête pas une rumeur. Alors laissons la prospérer!

Et si c’était ça, la vraie gloire? Que des gens parlent de nos grains plutôt que de nos articles!

Hervé


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Le vin des Beatles (White Album, Blue Nun)

Octobre 1968. Les Fab Four enregistrent le White Album. Non sans efforts. Le groupe vient de perdre son manager, Brian Epstein, et des conflits larvés apparaissent au grand jour entre les membres du groupe. John Lennon insiste pour que sa nouvelle compagne, Yoko, soit présente à tous les enregistrements. Paul Mc Cartney intervient de plus en plus dans les choix de production. George Harrison est frustré que si peu de ses chansons soient retenues sur chaque album. Ringo Starr supporte de moins en moins les luttes d’égo entre ses partenaires et se replie sur sa famille. L’album, très disparate, entre rock, blues, balades, folk et expérimentions, illustre assez bien cette dispersion, cet éclatement.

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Un petit coup de blanc…

L’ambiance lors des sessions est assez délétère. Alors, un petit coup de blanc, cela peut aider. À l’époque, en Angleterre, un vin rencontre un succès digne de la Beatlemania: le Liebfraumilch de Blue Nun. Bouteille bleue, saveur acidulée, doucereuse, c’est le genre de chose que les enfants de la guerre sirotent sans y penser ; avec d’autant plus de plaisir qu’ils ont été sevrés de sucre dans leur enfance.

«Synesthésie»

Et c’est donc ce que les Beatles boivent au studio d’Abbey Road pendant l’enregistrement de Long Long Long – un morceau lent signé Harrison. Lennon est absent. Mc Cartney est à l’orgue; une note de l’instrument secoue l’ampli sur lequel a été posé la bouteille de Blue Nun. Celle-ci se met à vibrer, émettant une sorte de cliquetis bizarre. Les Beatles, qui aiment les sons improbables, le gardent à l’enregistrement, on entend donc distinctement ce bruit de verre à la fin du morceau (à partir de 2’39’’).

A l’époque, dans les milieux artistiques, on parle beaucoup de «synesthésie» ; on mélange les sensations: «tangerine trees and marmalade skies»… Est-ce la consommation de drogues, ou bien seulement l’air du temps? Les poèmes, les chansons mettent des couleurs sur les sons, des odeurs sur les mots; incidemment, cette mode sera reprise plus tard par de nombreux critiques vineux: ne dit-on pas d’un vin qu’il a la bouche cristalline, par exemple? Ou qu’il est solaire?

Et puis, dans Glass Onion, toujours sur le White Album, John Lennon évoque une réalité déformée, le monde vu au travers d’un cul de bouteille…

Mais sur Long Long Long, la synesthésie est réelle: on peut vraiment entendre un vin!

Bien sûr, pour les œnophiles, l’histoire aurait été encore plus belle si les Beatles avaient carburé à l’Egon Mueller. Mais on ne peut pas changer l’histoire…

Blue Nun, la métamorphose

A peine un an après cet enregistrement, le groupe se sépare.

Mais la marque Blue Nun, elle, existe toujours. Rachetée à Sichel par le groupe Langguth, elle vend aujourd’hui plus de 5 millions de bouteilles par an – plus que dans sa période de gloire des années 70. Il faut dire que son offre ne se limite plus au Liebfraumilch. C’est aujourd’hui une marque ombrelle pour ses blancs secs du Palatinat, du merlot de Provence, du rosé espagnol…

Hervé Lalau

Article paru dans In Vino Veritas, Février 2013

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