Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Après le pitoyable Classement de Saint-Émilion: et si on boycottait les GCC ?

Ben oui, tiens, pourquoi pas ?

J’en ai ras la casquette de tout ce remue-méninges autour du classement décennal de Saint-Émilion. Pourtant, j’aime bien Saint-Émilion, village classé à l’église monolithe plus qu’insolite. Tenez, profitez donc ici de cette planante vue qui a dû coûter bonbon.

Le village offre une restauration haut de gamme, un super bistro à vins, des châteaux en veux-tu en voilà, de confortables chambres d’hôtes un peu partout autour, un formidable musée de la poterie, de délicieux macarons, une noble Jurade qui compte parmi ses illustres prud’hommes notre Hervé Lalau en personne…, lequel a déjà pas mal pondu sur le sujet. Patatras !  Il semble à mes yeux que tout ça ne soit qu’une façade d’opérette pour touristes, ou, si l’on préfère, un décorum pour un péplum moderne des plus vulgaires, une sorte de version bachique de "Qui veut gagner des millions" . Une farce à la Française.

Le Bar à vins de L'Envers du Décor. Photo©MichelSmith

Le Bar à vins de L’Envers du Décor. Photo©MichelSmith

Comme je suis de nature très mauvais esprit ( du moins c’est ce qu’on me dit), il m’est venu une idée, forcément lumineuse, à propos de Saint-Émilion. Une idée qui, au départ, peut paraître un tantinet révolutionnaire, provocatrice, mais qui pourrait, à condition de le vouloir, se développer en une idée plus consensuelle destinée à porter haut les couleurs et l’image de marque du cru si cher à Ausone.

La Cave Coopérative du cru, encore du côté "noble" de la route...Photo©MichelSmith

La Cave Coopérative du cru, du côté "noble" de la route…Photo©MichelSmith

L’idée est simple : et si on boycottait les GCC ? Ceux du Médoc et d’ailleurs, mais aussi et surtout ceux de Saint-Émilion. Je sais, cela vous semble idiot alors que, dans la pratique, ce serait trop facile. Il suffirait que tous les couillons de la terre (et nous sommes nombreux), les blogueurs, journalistes, illuminés, dindons de la farce, buveurs, amateurs, il suffirait que tous les déçus et les cocus du système se donnent le mot d’ordre sur Internet, avec quelques appuis de choix, allant de Léon à David, de Michel Bettane à Jancis Robinson, en passant par Bob, bien sûr, et les autres, même à Bordeaux, tous ceux qui pensent que ce feuilleton devenu judiciaire ne peut que ternir l’image de marque d’un des vignobles majeurs de notre sphère. Réfléchissons quelques secondes. Sans parler des simples Graves, simples Bordeaux, simples Haut-Médoc et Médoc, le seul risque que l’on prendrait en agissant ainsi du côté de Libourne, serait de parler – enfin – des autres, des vrais, des Saint-Emilion « tout court », de ceux du bas de l’échelle comme du haut de la côte, ceux de gauche ou de droite, les sans grades qui bordent la nationale à portée de vue des hlm, tous ceux qui n’adoptent qu’un seul nom, Saint-Émilion, et qui sont fiers de porter ce nom.

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Avec l’appui du Syndicat des Vignerons de Saint-Émilion, organisme fondé en 1884 et devenu depuis «Conseil» (c’est plus smart que syndicat…) qui pourrait nous prêter un de ses luxueux salons en haut du village, qui sait même avec l’aide du Premier Jurat qui n’est autre qu’Hubert de Bouärd dont l’Angélus vient d’être hautement promu, on pourrait organiser une  «dégustation des sans grades», manifestation qui, pourquoi pas?, pourrait se répéter tous les deux ans, peu avant Vinexpo, histoire de médiatiser un peu plus ces vins qui en ont bien besoin ?

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Pendant qu’on y est, on en profiterait pour laisser de côté ceux qui, par la grâce d’une obscure dégustation de routine, obtiennent le droit de mettre qu’ils sont "Saint-Émilion Grand Cru", juste parce qu’ils affichent un demi degré supérieur aux autres (éventuellement chaptalisé). En revanche, on pourrait étendre cette dégustation aux fameux «satellites» dont on parle peu, nous les premiers.

Oui, bon, d’accord, tout cela n’est pas très cohérent. "Le Smith, il veut d’abord boycotter et après, avec l’aide de ceux qu’il appelle à boycotter, en promouvoir d’autres". Pourtant, ce serait bien, Monsieur le Prud’homme, cher Hervé, de ne parler que des sans grades, non ? On montrerait ainsi qu’à Saint-Émilion tous les vins ne sont pas chers et inaccessibles. D’ailleurs, on fixerait même un prix plafond : disons dix euros, ça me paraît honnête par les temps qui courent, non ?

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Il me semble qu’autrefois, un journaliste belge (encore eux !), Jo Gryn, a eu une idée semblable. De mon côté, je l’avais exploitée une fois, il y a longtemps, du temps où je travaillais pour Saveurs, et j’avais même, à cette occasion, trouvé quelques pépites. Alors, Messieurs de la Jurade ou du Conseil, messires «les garants de la tradition», la balle est dans votre camp !

Michel Smith


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Primeurs 2012, le millésime qui vous veut du bien

De retour de Bordeaux, Agnieszka, notre "invitée" polonaise nous dit tout sur les Primeurs 2012.

L’aviez-vous remarqué: depuis quinze, vingt ans on ne parle plus de millésime «médiocre» en France? Et c’est justifié, en plus !  Pas seulement parce que l’adjectif n’est pas terriblement vendeur. Les progrès faits en termes de connaissance de sols, la diversification de soins apportés à la vigne, la précision des techniques de vinification permettent désormais de contourner les aléas de la climatologie et de produire, tout simplement, de bons et de très bons vins.

On ne peut juger d’un pays d’après ses seules élites, il faut s’intéresser à ses citoyens de base, aux gens de la rue. Pour les vins, c’est pareil. Dans le Bordelais, il y a des grands crus classés connus (et contrefaits !) jusqu’en Chine, mais il y a aussi des Bordeaux et des Bordeaux Supérieurs. Et ces appellations génériques ont énormément gagné en qualité.

L’échographie du bébé vin

J’ai pu le constater sur le terrain à l’occasion des Primeurs 2012. « Comment peut-on juger les vins en cours d’élevage ? », me suis-je demandé. Oui, c’est un peu comme si on dressait une liste des universités auxquelles on voudrait inscrire un bébé dont on vient de faire l’échographie. Mon but n’était pas d’entrer dans le système de vente qui a fait la gloire de la place de Bordeaux, mais de comprendre les prémices du millésime. Tout en sachant que le « bébé » devra encore faire ses preuves à différents stades de son éducation. Et pour mener à bien cette expérience j’avais à ma disposition un aperçu assez large de deux bords de la Garonne.

Les châteaux bordelais recommencent chaque printemps le bal des Primeurs. Photo Agnieszka Kumor

 Chaque printemps, c’est le bal des Primeurs dans les châteaux bordelais. Photo Agnieszka Kumor

La première dégustation a été organisée par le Cercle Rive Droite de Grands Vins de Bordeaux. Cette association, créée en 2002 et présidée aujourd’hui par dr. Alain Raynaud, regroupe 143 châteaux du libournais. Si je cherchais les dominantes parmi les vins de cette vaste région, je dirais que dans les Blaye, les Blaye Côtes de Bordeaux et les Côtes de Bourg on découvre un fruité profond, les Pomerol dévoilent une certaine sucrosité et les Lalande-de-Pomerol – une texture subtilement crayeuse. Les Saint-Emilion (grands crus et grands crus classés) et les satellites sont déjà longs et harmonieux, les francs sont comme « voûtés », les Castillon et les Cadillac Côtes de Bordeaux – très modernes, légèrement épicés, et les Entre-deux-Mers (avec un représentant de Sainte-Foy Bordeaux) sont simples et plaisants. Les Fronsac et les Canon-Fronsac affichent des notes légèrement confiturées.

Le millesime 2012 chez Cercle Rive Droite. Photo Agnieszka Kumor

 Le millésime 2012 au Cercle Rive Droite. Photo Agnieszka Kumor

La seconde dégustation a été orchestrée par Stéphane Derenoncourt et ses consultants, et regroupait quelques appellations de la rive droite déjà citées, comme Blaye, Castillon (Côtes de Bordeaux), Fronsac et Canon-Fronsac, Pomerol, Puisseguin Saint-Emilion, Saint-Emilion Grand Cru et Grand Cru Classé. Leur caractéristique est comparable avec mes notes précédentes. Mais on a eu aussi droit aux graves d’une belle tension et élégants (y compris les Pessac-Léognan et ses grands crus classés – denses et soyeux). Des graves blancs ont été une belle surprise. Les Médoc, les Haut-Médoc et les Margaux commencent à s’arrondir, les Moulis sont charnus, les Saint-Estèphe un brin rustiques et aériens, et les Saint-Julien, intenses. Des Bordeaux et des Bordeaux Supérieurs montrent leur côté agréable et fruité. Des vins issus à majorité de merlot tirent leur épingle du jeu. Même son de cloches du côté du cabernet franc. En revanche, il est très difficile de faire une synthèse du cabernet sauvignon. Ce cépage à maturité tardive a subi de plein fouet des pluies de septembre, et il est très inégal selon la région.

Ce ne sont que les dominantes, bien sûr. Il est arrivé aussi que la matière soit diluée (dans certains Margaux), que la persistance soit courte et des tanins durs. Le résultat est hétérogène, mais globalement d’un bon niveau. Un certain manque de puissance (venant notamment du cabernet sauvignon) laisse supposer que ce millésime dans son ensemble sera meilleur dans sa jeunesse, mais ne pourra pas vieillir des décennies, comme ses grands prédécesseurs, 2009 et 2010. Ce n’est pas le cas des grands Saint-Emilion, de certains Pomerol ou des grands Pessac-Léognan qui ont du temps devant eux et peuvent s’avérer de très haute volée. Cela dit, une image bien distincte émerge déjà de ce 2012, un millésime né sous les pires augures.

Un millésime d’automne

«Le printemps humide, c’est la première source d’hétérogénéité de ce millésime», rappelle Stéphane Derenoncourt. Le débourrement a été tardif et il y a eu beaucoup de problèmes de cryptogame (p.ex. le mildiou, l’oïdium). «Soit c’est la perte, soit ce sont des graines qui restent, mais qui peuvent entacher la qualité aromatique des vins». Le deuxième point : les pluies ont causé la minéralisation de la matière organique du sol. La vigne, suralimentée, a poussée vigoureusement. Résultat : le cycle végétatif rallongé, la floraison désordonnée, la véraison très longue et hétérogène. Il fallait couper les grappes roses pour rattraper le retard de maturité. Et enfin, le mois d’août très sec avec des températures records. «La vigne a trop souffert, il y a eu des blocages par endroit. Cela crée des tanins secs». Avec ce cycle de maturation très long, on a affaire à un millésime d’automne. Commencée après la mi-septembre, la vendange a souvent été poursuivie en octobre. Il a fallu sans doute beaucoup de patience et de foi pour amener des raisins à maturité optimale dans la cuve, tout en évitant le botrytis qui s’est installé sur quelques parcelles.

 Les Žchantillons 2012 chez Derenoncourt  Consultants. Photo Agnieszka Kumor

Les échantillons 2012 chez Derenoncourt Consultants. Photo Agnieszka Kumor

Et consommateur dans tout ça ?

Selon Stéphane Derenoncourt, certains vins de la rive droite «quand ils sont bien réussis» rappellent ceux de 1998. L’ensemble est comparable à 2008 «avec plus de douceur», ou encore à 2004. Mais la climatologie n’est pas le seul facteur du succès d’un millésime. Le contexte macroéconomique y est aussi pour quelque chose. Certes, après l’envolée des prix des 2009 et 2010, le 2011 a eu le goût d’un peu trop cher. Avec la crise, il n’est pas sûr que la Chine et les Etats-Unis continuent de jouer le rôle d’entraînement. Il va falloir revenir à la raison. Selon Olivier Bernard, président de l’Union des Grands Crus, «il y aura une baisse sur les 2012, car le marché est sans doute plus compliqué qu’il y a deux ans». Certains crus classés proposent déjà leurs vins 30% moins cher.

2012 dans le bordelais est un millésime très intéressant pour les consommateurs, et un peu moins pour les investisseurs. Et bien tant pis : on aura des vins magnifiques pour pas cher.

Agnieszka Kumor

Collabore avec Vinisfera.pl


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Ils ont choisi l’export

Nous sommes souvent bien trop obnubilés par nos propres marchés de vin, où qu’ils se trouvent.

Le marché français, par exemple, est en recul depuis des années. Et reste extrêmement encombré pour un producteur qui souhaite mieux valoriser ses ventes, les développer, ou simplement les maintenir alors que le marché domestique se rétrécit à vue d’œil. Jusque récemment, à l’exception de quelques régions en vue pour les importateurs et consommateurs étrangers (Bordeaux, Bourgogne, Rhône et Champagne, essentiellement) exporter ses vins pouvait sembler un pas difficile à franchir pour un "petit" vigneron. Bien sûr, la structure des plus grands facilite les choses pour eux. Mais les petits ont souvent hésité.

Ce n’est plus le cas, et cela m’a été magistralement démontré par quelques témoignages lors des récentes Rencontres des Vignerons Indépendants, un événement annuel qui, cette année, s’est tenu à Epernay. Le thème de ce colloque étant l’exportation, son utilité, et ses avantages (mais aussi ses contraintes), ces témoignages allaient nécessairement dans le sens d’un encouragement pour ceux qui n’ont pas encore franchi le pas. Mais les difficultés n’ont jamais été dissimulées, car ce chemin comporte aussi des embûches.

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Fabrice Durou

Fabrice Durou, du Château de Gaudou à Cahors, a pris le taureau de l’exportation par les cornes, et ce depuis quelques années. Ce jeune homme explique sa démarche avec clarté et conviction. Il vend au Canada, aux Etat-Unis, en Belgique et dans une bonne dizaine d’autres pays, ce qui a sans doute sauvé son entreprise familiale ou, pour le moins, l’a permis de se porter bien mieux que si il était resté sur le marché français. Sans avoir fréquanté d’école de commerce, Durou a tout compris de la démarche, en écoutant les gens et en étant présent sur le terrain. Sa clairvoyance, son sens de l’organisation et, sans doute, une dose de chance, ont fait le reste.

Adapter ses produits aux besoins et contraintes des marchés n’est pas un vilain concept pour ceux qui veulent franchir le cap de l’exportation, et cela ne veut pas dire "trahir" l’identité des vins de sa région. Car attendre le client, sûr que sa propre vision du vin est la seule qui vaille et sûrement le meilleur moyen de faire faillite à plus ou moins brève échéance. Olivier des Serres, l’agronomiste du 17ème siècle, le disait déjà clairement : "rien ne vous sert de faire des grands vins si vous n’ayez de grand marché".

Pour Gilles Laurencin, le Bordelais, la difficulté de vendre ses cuves de cabernets qui ne trouvaient plus leur place dans ses assemblages "château" de plus en plus dominés par le merlot, a fait germer une idée nourrie par ses observations aux USA où l’on appelle le cabernet sauvignon "cab". L’étiquette inclut même, en clin d’œil  un taxi Londonien, autre sorte de "cab". Et cette création, qui reste très bordelaise, a marché et a sauvé ses cabernets d’un arrachage certain, tout en aidant l’entreprise à gagner des marchés. Cela ne s’est pas fait tout seul, et a rencontré l’opposition de la génération précédente, mais ce "cassage de codes" a bien fonctionné.

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Le "Cabs" de Gilles Laurencin

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Domaine des Annibals

Quand on vient d’une famille vigneronne, il y a souvent un souci de moins : celui de payer son vignoble, même si les droits de succession peuvent être lourds. Mais venir de l’extérieur peut aussi être un avantage, car on est moins lié par des habitudes souvent sclérosantes. Nathalie Coquelle (ci-dessus, à droite) est arrivée sur son domaine en Provence après avoir travaillé dans la finance. Mais il lui a fallu reprendre complètement une propriété apparemment en mauvais état et démarrer une activité de vente assez valorisante pour soutenir une démarche bio. Le Domaine des Annibals a choisi la voie des salons pour trouver des marché à l’export, et ses étiquettes intriguent tout en jouant sur des thèmes et des mots ancrés dans le lieu de production ou l’histoire du nom du domaine.

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Les Annibals

Il n’y a pas de règle pour réussir à l’exportation, sauf à dire qu’il faut bien pondérer ses capacités, ses envies, et puis aller étudier l’univers concurrentiel dans lequel on sera inséré. Ensuite raconter son histoire sans être prétentieux. Vous trouverez bien des marchés, à côté des grands. Tout le monde aime les histoires, du moment qu’elles ne sont pas à dormir debout !

David


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Pas de notes Parker pour les Bordeaux 2012

Je viens d’apprendre que Robert Parker ne publiera pas de notes sur les Bordeaux 2012.

Est-ce la piètre qualité de ce millésime à Bordeaux? Est-ce la lassitude engendrée par des «affaires» récentes (Campo/Miller, négociation difficile pour la vente du Wine Advocate, sa démission du poste de rédacteur en chef, puis la démission d’Antonio Galloni et la plainte déposée par ses nouveaux associés contre ce dernier…)?

Ou bien Parker obéit-il une injonction de la nouvelle direction asiatique du Wine Advocate? Toujours est-il qu’il ne publiera pas ses commentaires tant attendus sur ses dégustations des Bordeaux «primeurs» cette année.

Nul doute que cette information fera l’effet d’une bombe auprès des négociants et propriétaires qui sont devenus, au fil des ans, accros aux points attribués par le prophète de Monkton afin de vendre leurs promesses de vins virtuels sur ce marché des «futures». Et certainement bien plus le retrait de Château Latour de ce marché «de dupes».

RP in Oregon

Coup de fatigue (Photo . D. Cobbold)

Il faut dire que j’ai vu quelques signes précurseurs de ce coup de torchon tant redouté. L’été dernier, par exemple, je me trouvais en voyage dans l’état d’Oregon, là où «Bob» a des actions dans un vignoble avec son beau-frère.

J’étais un peu surpris de le trouver assis au pied d’un escalier dans le Museum of Modern Art de la ville de Portland (voir photo). Il avait l’air assez fatigué ce jour-là, et on le serait à moins. Déguster des centaines de vins par jour, surtout des rouges jeunes et tanniques, est une entreprise très éprouvante.

On estime que Robert Parker a dégusté quelques 2 millions 842,897 bouteilles de vin depuis ses débuts, en 1979. Et qu’il leur aurait attribué 252 millions de points. C’est une performance colossale qui n’est pas prête d’être égalée.

Pour ma part, j’estime qu’il mérite amplement un peu de repos, sans parler de diverses statues que Bordeaux, le Rhône et quelques autres zones viticoles pourraient lui dresser dans les années à venir.

David


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Miscellanées: valeurs sûres, découvertes et doutes

Régulièrement je poursuis, en zig-zag, ma quête de bons vins pas chers. Parfois j’échoue totalement, parfois partiellement, mais parfois je réussis un peu.

Cette semaine, je vais encore mettre ensemble des vins dissemblables : c’est à dire sans lien géographique sauf pour leur origine française, mais avec quand même un lien stylistique pour les trois blancs et le rosé  que j’ai sélectionnés. Et les prix de rentrent pas toujours dans la case "pas cher". Tant pis, ils sont tous bons !

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Il faut avouer que le premier blanc ne correspond pas à mes critères de "pas cher". Mais il est très bon et donc il trouve sa place, sous la rubrique "valeur sure" incluse dans mon titre.

Pouilly Fumé, Château de Tracy 2011

Fin, bien ciselé, au fruité gourmand et à l’acidité fine et intégrée qui provoque une structure ferme, assez tendue. La texture est légèrement crayeuse. C’est un très beau vin de sauvignon blanc, raffiné et discret, toute en élégance mais avec tout ce qu’il faut de tenue et de persistance. Assez exemplaire en somme.

Prix : 18 euros ou plus

J’aime beaucoup le profil gustatif des clairets et j’ai du mal a comprendre pourquoi les éminences grises de Bordeaux n’appuient pas davantage sur ce champignon (magique), d’autant plus qu’ils sont les seuls à en posséder et qu’il y a des siècles d’histoire derrière (have some REAL claret, dear boy, and never mind this new-fangled red stuff !). Ces vins sont réellement à mi chemin entre un rouge et un blanc sur l"échelle chromatique, et leur profil gustatif aussi, à la grande différence de la plupart des rosés pâlichons de Provence qui ne sont que des blancs à peine maquillés.

Château Thieuley, Bordeaux Clairet 20011

Depuis des années, je n’ai aucun souvenir d’avoir dégusté un mauvais vin de cette propriété bordelaise, et cela dans les trois couleurs. Combien peuvent en dire autant  ? La couleur s’assume bien : elle est intense, profonde et brillante. J’aime beaucoup cette robe vermeil clair car elle me fait penser à de la peinture. La matière possède une texture qui lui vient de sa légère touche tannique, mais le fruit est bien là pour l’accompagner et rendre l’ensemble très gourmand. Voilà un vrai rosé de table, désaltérant mais ayant assez de structure pour résister à une gamme large de mets. Et on peut s’y fier année après année.

Prix : 5,50 euros ou plus

Et maintenant quelques découvertes, parfois innovantes.

Les férus du "tout terroir", qu’on peut aussi bien appeler les "terroiristes", m’ennuient profondément avec leurs incantations. C’est une sorte de religion qui, comme toutes les religions, reste aveugle à la réalité. A les croire, aucun vin de négoce, aucun vin qui assemble les jus de plusieurs parcelles n’est digne de considération. Ce sont des théoriciens du vin, qui jugent par principe et par a priori, et non d’après la dégustation honnête du résultat. Ils me rappellent les extrémistes et les démagogues de tous bords en politique.

Oui, on peut pratiquer un assemblage "large" et faire un excellent vin qui reflète parfaitement sa région et ses cépages. La Champagne l’a  prouvé depuis longtemps. Quelques négociants entreprenants dans d’autres régions commencement à le faire aussi. J’en ai dégusté un, exemplaire, d’une jeune affaire de négoce du Sud-Ouest, fondé par un certain Lionel Osmin (que je n’ai pas encore rencontré).

Villa Grand Cap 2012, Vin de France, Lionel Osmin & Cie

(cépages Colombard, Sauvignon Blanc, Petit Manseng)

Provenant de diverses parties du sud-ouest, ce vin a opté pour l’appellation "vin de France". Il est néanmoins très typé sud-ouest. Nez alerte et même pointue, qui mêle arômes d’agrumes de des fruits exotiques. Frais et "tangy" sur la langue, il a aussi une belle ossature et de la longueur. Le rapport qualité/prix est remarquable.

Prix: 6,50 euros

et maintenant pour mes doutes…

J’ai souvent râlé dans ces colonnes contre les vins dits "nature", ce qui veut dire, en gros, sans soufre ajouté. On me rétorque qu’il y a des bons. Encore heureux ! Mais je continue à penser qu’une proportion anormalement élevée de ces vins est bourrée de défauts rédhibitoires  comme me l’a prouvé une récente dégustation de Saumur Champigny où certains vins "nature", qui étaient aussi parmi les plus chers de la série (entre 20 et 32 euros chez un caviste, tout de même !), ont obtenu les plus mauvaises notes d’une série de 30 vins. J’estime que ces vignerons-là volent leurs clients.

Mais j’admets qu’il existe aussi de bons vins sans soufre ajouté, et j’en ai goûté deux récemment, faits par le même vigneron (ce qui n’est surement pas un hasard). Jean-Louis Denois a souvent innové, d’abord en plantant des cépages germaniques dans la région de Limoux (une expérience visionnaire qui s’est soldé par un arrachage ordonné par l’INAO, aussi stupide que borné), puis en plantant du pinot noir et du chardonnay pour faire des bulles et des vins tranquilles. Mainteant il se lance dans le sans soufre rajouté. Pourquoi pas?

Mes Vignes de Saint Paul 2012 blanc, Jean-Louis Denois

(curieuse étiquette qui ne donne pas l’appellation mais cela pourrait être un vin de pays (IGT) d’Oc, car il vient de la vallée d’Agly). cépage Chardonnay, je crois, mais ce n’est pas indiqué non plus. Je découvre en lisant le texte de la contre-étiquette que c’est un Vin de France. Vin bio, sans soufre ajouté.

J’ai mis ce flacon au supplice en le laissant au frigidaire pendant près de 15 jours après l’avoir dégusté une première fois. Et il a bien résisté ! La robe s’est un peu ternie, et le nez commence à sentir la pomme blette, mais cela n’a rien à voir avec ces vins qui ne méritent pas le nom de vin et qui vire dans 15 minutes dans votre verre. Ce vin relativement vif et bien net est clairement bien vinifié et, pour un blanc du sud, reste assez frais et désaltérant. Bravo, même ce n’est pas donné.

Prix: 11 euros

Mes Vignes de Saint Paul 2012 rouge, Jean-Louis Denois

Je ne sais pas ce qu’il y a dedans, mais c’est bon ! Encore plus stable que le blanc, les saveurs sont nettes, fruités avec une touche de poivre (syrah ?). Bonne structure, encore un peu rugueuse de texture car très jeune. Vin sans aucune lourdeur et bien agréable. Je l’aurais beaucoup aimé… à 7 ou 8 euros.

Prix: 11 euros

Alors oui, il existe de bons vins sans soufre ajouté. Mais pourquoi se donner tant de mal pour quelques allergiques imaginaires, et ainsi enchérir le prix du vin ? Car une procédure maîtrisée de vinification sans soufre doit bien avoir un surcoût…

David

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