Les 5 du Vin

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Une barrique à la mer, pourquoi faire ?

J’ai assisté très récemment à une très intéressante dégustation qui a permis d’explorer les effets du vieillissement partiel d’un vin sous l’eau. Quelle eau ? Le bassin d’Archachon, bras de mer (le bon terme géographique est lagune mésotidale) plus calme de l’océan Atlantique. Quel vin ? Le Château Larrivet Haut-Brion rouge 2009, un très bon Pessac-Léognan. Quelle quantité ? 55 litres dans une barrique adaptée (on appelle ces petits tonneaux des barricots, ou des quarts). Combien de temps? 6 mois après la fin de l’élevage normal de ce vin, qui était, dans ce cas, de  16 mois en barriques bordelaises dont un tiers étaient neuves. Et le tout avec un protocole de contrôle qui me semble suffisant: c’est à dire la présence deux vins témoins, dont un était le vin "normal" mis en bouteille à la fin de son élevage, et l’autre un deuxième lot de 55 litres, tiré du même vin "de base" et vieilli aussi 6 mois de plus dans un deuxième barricot, cette fois-ci dans le chai climatisé du château.

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Le chai à barrique à Larrivet Haut-Brion 

Vous me direz peut-être que tout cela n’est qu’un "coup de pub", destiné à attirer de l’attention sur ce château. Je vous répondrai ceci :

(a) et pourquoi pas ?

(b) en tout cas pas seulement, car tout ce qui fait avancer la connaissance sur les mystères du vin est à prendre, et là nous avançons en terra incognita, même si d’autres choses dans ce registre ont été tentées, volontairement ou involontairement, avec des bouteilles à l’eau. Mais je ne vous parlerai ici que de cette seule expérience car les résultats, aussi bien gustatifs qu’analytiques, contiennent leur lot de surprises, et, peut-être, des pistes à explorer plus loin.

D’abord la dégustation. On nous a présenté trois vins : en vin témoin, le Château Larrivet Haut-Brion rouge 2009, avec son élevage normal, puis le même vin ayant séjourné 6 mois de plus dans une barrique de 55 litres en bois neuf (échantillon appelé Tellus 2009), et enfin le même vin ayant aussi séjourné 6 mois de plus dans une barrique de 55 litres en bois neuf, ancré dans une gueuze dans la zone d’étiage du bassin d’Arcachon (échantillon appelé Neptune 2009).

Barriques

Les deux quarts de barrique, ou barricots, dont celle de gauche après immersion. Ils sont l’oeuvre de maîtres tonneliers de chez Radoux, partenaire de cette opération

Mes commentaires sur ces trois vins.

Vin témoin (Larrivet 2009) :

Assez arrondi et chaleureux comme souvent pour ce millésime. Signes d’évolution (robe et nez). Ferme et charpenté en bouche avec des tanins pas encore totalement assouplis. Un beau fruité conserve une part de jeunesse à ce vin qui montre aussi le caractère solaire du millésime (alcool 14,15 à l’analyse).

Tellus 2009

Robe plus jeune, m’a-t-il semblé, bien que cela ne soit contredit par les analyses d’anthocyanes. Le nez est plus puissant et concentré, mais il m’a semblé que ce n’est pas seulement du à un effet du boisage supplémentaire, car le fruité est toujours bien présent et n’a pas été écrasé par le bois. Mais il aura besoin d’un peu plus de temps en bouteille pour trouver une posture parfaitement harmonieuse. (alcool 14,2)

Neptune 2009

Ce vin semblait plus frais en général, au point même de révéler des arômes de type poivron au nez, chose qu’on ne trouve que rarement dans les 2009 bordelais, et pas du tout dans les deux vins précédents. Mais c’est par sa texture que ce vin marque sa différence intéressante pour moi. Bien que semblant plus jeune et un peu plus intense dans l’ensemble, ses tanins sont bien plus souples et le vin est plus long, terminant sur une note de fraîcheur que je n’ai pas remarquée dans les deux autres. (alcool 13,37)

Château Larrivet Haut-Brion immersion de la barrique_52

Le barricot de Neptune en cours d’immersion dans sa "gueuze" (je croyais que cela signifiait une bière Belge, mais….) 

Quelques explications de ces différences, via les analyses

En ce qui concerne le vin "Neptune", j’étais surpris de voir sur les fiches analytiques, après la dégustation, que son degré d’alcool avait baissé de 0,8 en l’espace de 6 mois. D’où l’impression de fraîcheur qu’il m’a donnée? Une partie de l’alcool serait donc partie dans le Bassin? En ce qui concerne l’assouplissement des tanins, l’explication semble être donnée par un cheminement inverse, car ce Neptune affiche la présence de 86 mg/litre de sodium, substance totalement absente des deux autres vins. Quand on sait à quel point le sel peut modifier, en le diminuant, l’impression de dureté des tanins en dégustation…..

Peut-on tirer des conclusions de cette expérience ?

D’abord que ces deux chemins  d’élevage produisent des effets différents et palpables à la dégustation. D’autres plus savants que moi (j’attends nos chers lecteurs au tournant, maintenant) pourront sans doute nous fournir des explications pour les deux phénomènes que j’ai pu pointer par la dégustation.

Quant à la perte d’alcool, qui atteint 5,5% en 6 mois (est-ce une forme d’osmose inverse ?), cette approche de l’élevage me donne des idées pour la masse croissante des vins dont les niveaux d’alcool frisent ou dépassent les 14,5%. Faut-il suggérer aux producteurs de Châteauneuf-du-Pape, par exemple, de mettre leur barriques dans le Rhône pendant un an ? Cela va créer un sacré bazaar sous le Pont d’Avignon !

Quant à la perception des tanins plus souples, je conseille de manger un peu plus salé avec vos rouges jeunes. Cela serait peut-être plus efficace que des les passer en carafe.

Dernier point intéressant que j’ai relevé des fiches analytiques : l’élevage sous l’eau constitue donc un milieu anaérobique dans lequel bactéries et autre choses indésirables, comme les brettanomyces, ne peuvent se développer. Zero pointé pour ces trucs-là dans l’échantillon Neptune, alors qu’ils étaient présents dans l’échantillon Tellus.

 

La semaine prochaine je vais vous parler d’une expérience qui a démarré cette année et qui tente, enfin, de mesurer et quantifier les effets réels de l’agriculture biodynamique sur une parcelle de vignes, comparés à une autre moitié de la même parcelle en agriculture biologique.

 

David Cobbold


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Les 5 de l’été. Marre du rosé ? Buvez des blancs du Sud-Ouest!

La domination des vins rosés dans les propositions de "vins d’été" me gonfle sérieusement. Je n’ai pas grand chose contre le vin rosé : il y en a de très bons et j’en bois. Ce qui me désole, c’est cette mode de les proposer partout et n’importe comment, comme s’il n’y avait rien d’autre de buvable pendant les mois d’été. Et la majorité est, comme toujours, sans grand intérêt.

L’autre jour, j’ai vidé ma cave d’échantillons de vins rosés de tous les flacons reçus cette année et pas encore dégustés. Sur 15 bouteilles ouvertes, j’en aurai bu une seule avec un peu de plaisir. D’accord, ils ne sont pas chers (sauf en Provence), et on peut les boire avec une large gamme de mets, mais est-ce que cela suffit pour ne consommer que cela pendant les mois chauds ?

Pour échapper au diktat du rosé, je prône donc un retour massif vers le vin blanc. Et, si vous cherchez des vins blancs abordables, vous ferez bien d’investiguer les ressources du Sud-Ouest de la France. La semaine passée, j’ai dégusté une petite série de vins blancs de Gascogne, auquel j’ai ajouté un blanc de Bergerac et deux du Bordelais pour avoir une vision un peu plus large de cette région qui jouit, globalement, d’un climat océanique pas trop chaud; ce qui est, pour moi, un des meilleurs en France pour l’équilibre de ses vins blancs.

Et la gamme des cépages, bien que souvent dominée par le sauvignon blanc, est assez diversifiée pour offrir une déclinaison de saveurs sans perdre un ingrédient essentiel d’un vin blanc : la sensation désaltérante apportée par l’acidité. Petit et gros manseng, colombard, ugni blanc, sémillon, chardonnay, l’en de l’el, mauzac et bien d’autres, plus rares, se présentent à nous selon la zone ou l’appellation. Et tous les vins que j’ai dégustés, comme l’essentiel de l’offre de la région, se trouvent entre 4 et 9 euros en prix de vente public, et très majoritairement entre 4 et 6. Qui dit mieux ? Rarement le Val de Loire, du moins pour des vins de bon niveau et hormis le cas spécifique de Muscadet. Sûrement ni la Bourgogne ni l’Alsace. Et les blancs du Grand Sud me semble très majoritairement trop lourds pour les mois d’été, et les bons se vendent bien plus chers. Non, les meilleurs rapports qualité/prix en matière de vins blancs sont à chercher, en ce moment, dans le sud-ouest, parole de gascon adoptif !

Voici ma petite dégustation et sélection (à partir d’une série deux fois plus grande). J’ai envie d’appeler cela Les 5 de l’Eté.

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Domaine de Bazin 2013, IGP Côtes de Gascogne (colombard et ugni-blanc) : prix 6 euros

Ce vin, vinifié par l’excellente Cave de Plaimont, qui est le géant de la région, mettrait tout le monde d’accord comme apéritif d’été, ou avec quelques fruits de mer. Son nez est frais mais délicat, car ses arômes perçants n’ont rien d’agressif dans le registre de fruits blancs et agrumes. Une texture ronde mais sans aucune lourdeur entoure une acidité vibrante pour donner un vin salivant et bien équilibré, doté d’une bonne persistance. Un bon plaisir simple.

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Domaine de Miselle 2013, IGP Côtes de Gascogne (colombard et gros manseng) : prix 5 euros

Le nez est plus riche et complexe que celui du vin précédent, car il intègre une note de fruits exotiques à une base d’agrumes. Bien structuré, avec un léger fond d’amertume qui lui donne de la longueur. Ce délicieux vin de caractère ne vaut que 5 euros ! On pourrait bien l’associer à toutes sortes de plat d’été. Je ne vois pas d’autres appellations en France capables de produire ce genre de rapport plaisir/prix.

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Domaine de Perreau 2013, Montravel. Prix, environ 5 euros, cépages sauvignon blanc (80%) et sémillon

Ce vin d’une jeune vigneronne qui vient de reprendre un domaine familiale m’a séduit par son nez discret mais précis, aux touches d’agrumes, et son toucher très fin qui évite tout excès de type végétal. D’une finesse surprenante pour un un prix si doux. La légèreté de son alcool (11,5%) est un autre atout considérable pour les journées chaudes. Atout qui malheureusement est devenu de plus en plus rare.

 

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Château Martinon 2013, Entre-deux-Mers. Prix 6 euros, 60% sémillon, 30% sauvignon blanc, 10% muscadelle

J’aurai pu choisir entre de nombreux excellents vins de cette appellation très connue mais trop peu aimé en France. Mais j’avais celui-ci sous la main et cela tombait parfaitement bien car il est aussi d’une grande régularité tout en se singularisant en incluant une majorité de sémillon dans son assemblage. Son très joli nez à de la complexité. En bouche le vin semble vibrant et minéral (je déteste utiliser ce mot mais je ne vois pas un autre pour décrire la sensation !), ferme mais frais, parfaitement équilibré et bien gourmand.

 

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Chateau de Bonhoste, cuvée Prestige 2013 (sauvignon blanc, sauvignon gris et sémillon : prix 9 euros)

Ceux qui mettent une sorte de point d’honneur à détester, par principe, tout vin qui rencontre le bois ferait mieux de passer leur chemin et de laisser ce très beau vin à d’autres qui gardent l’esprit ouvert. Car le bois (fermentation en barriques avec élevage de 6 mois) y est parfaitement dosé et intégré. Le nez est aussi plaisant qu’élégant, et l’élevage ne masque pas la qualité du fruit. Textures et saveurs sont suaves mais pas dominés par l’élévage et une jolie fraîcheur pointe en finale. Voilà un vin raffiné qui irait bien avec de plats de poissons grillé ou à la vapeur. C’est un peu plus cher, mais cela les vaut.

 

Oui, on peut trouver plein de bons blancs pour l’été dans le grand sud-ouest, et ce n’est qu’un début !

 

David Cobbold

 


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Transmission et vin

Non ceci ne sera pas un traité sur les boîtes de vitesse des tracteurs, enjambeurs ou pas. Il sera question de générations et de passages de bâton. On pourrait évidemment écrire un livre entier sur ce sujet, mais rassurez-vous, je serai bien plus bref car mon idée est de situer des choses à travers quelques constats et observations.

Je pense que nous avons tous en mémoire des exemples d’un passage de témoin parfaitement réussi entre deux générations de vignerons. Mais peut-être aussi des exemples du contraire. Hériter, ce n’est pas nécessairement facile, surtout quand le parent (père, mère ou autre) est doté d’une forte personnalité. Mais bien transmettre son expérience, son patrimoine du savoir, sa passion aussi, et pas uniquement son patrimoine foncier, ne va pas nécessairement de soi pour tout vigneron.

Robert-and-Bernard

Robert et Bernard Plageoles : un exemple à suivre

J’ai de nombreux cas en tête où les choses essentielles semblent s’être très bien passées. C’est à dire que le fils ou fille (ou autre) a su bénéficier de l’héritage du parent, tout en développant sa propre vision et, souvent, gagner une nouvelle clientèle. Quelques noms, parmi d’autres ? Pour rester en France, je pense aux Plageoles à Gaillac, aux Vernay, Perrin ou Guigal dans la vallée du Rhône, aux Lafon en Bourgogne, aux Cazes à Pauillac, à d’autres Cazes dans le Roussillon, et aux Saint Victor à Bandol, Pour d’autres, cela semble parfois plus compliqué. Les raisons sont certainement liées à la personnalité des individus, mais je ne peux ni ne veux entrer dans le domaine privé ici.

Lurton

A ma connaissance, la plus fabuleuse histoire de transmission entre générations dans le vin a été écrite par la famille Lurton à Bordeaux. La génération actuelle des Lurton est issue de trois frères et d’une sœur, dont deux des frères, André et Lucien, ont travaillé (et André n’a pas cessé) dans le vin en bâtissant, chacun de son côté, de véritables archipels de propriétés. En matière de transmission du patrimoine, les cas de deux frères semblent assez différents. L’amour du vin et le métier semble très bien passer d’une génération à une autre dans les deux cas, mais Lucien Lurton avait transmis, à l’âge de 70 ans, l’ensemble des ses 10 propriétés et leur gestion à ses 10 enfants.

Sept de ces enfants ont poursuivi dans le métier de producteur de vin. Son frère André est toujours actif et bien en charge de ces domaines, à l’âge de 90 ans. Ses fils Jacques et François et sa fille Christine travaillent tous dans le vin, mais ayant souvent fondé leurs propres entreprises.  Deux choix différents dans la même famille. Le frère d’André et de Lucien, Dominique, bien que n’étant pas vigneron, a manifestement transmis la passion à deux de ses fils, Pierre et Marc. Si je compte bien, cela fait, en ce moment, 12 Lurtons actifs dans le vin à Bordeaux, et deux qui sont actifs dans d’autres régions et pays. Je ne sais pas qui peut faire mieux.

En vallée du Rhône les Perrin (de Beaucastel) commencent à se compter sur les doigts de deux mains, mais il reste de la marge.

Robert-Mondavi

Robert Mondavi. Née dans le conflit, son entreprise n’a pas été parfaitement transmise, mais le nom reste. 

Cela ne se passe pas partout aussi bien.  Dans certains cas, le conflit a produit des résultats positifs, du moins pour un moment. Un des cas les plus célèbres et celui de la famille Mondavi, en Californie. Cesare Mondavi avait fondé une entreprise de vin et de raisins à Lodi, California, au plus mauvais moment car la Prohibition est rapidement arrivée. Cesare Mondavi & Sons a survécu en expédiant des raisins à travers le pays pour constituer des sortes de "vins en kit". Par la suite, avec ses deux fils Robert et Peter, il a racheté une des wineries historiques de Napa, Charles Krug. Mais les deux frères se sont fâchés et Robert, l’aîné, est parti en 1965 pour fonder, en 1966, la Robert Mondavi Winery avec le succès que l’on connaît. Mais ses deux fils, Michael et Tim, ne se sont pas très bien entendus non plus et, après une introduction en bourse peut-être mal avisée, ont perdu leur entreprise qui fut rachetée par le mega-groupe Constellation en 2004.

Il n’y a aucun besoin d’aller chercher de grosses entreprises du vin pour trouver des histoires de règlement de comptes, ou, du moins, ou la transmission s’est mal passé. Chacun pourra trouver un exemple ou deux. Et ce type de problème n’est pas lié au seul monde du vin, mais est commun a toute entreprise. Il est vrai que, dans le vin, la passion et l’engagement sont des facteurs clefs dans la réussite, mais qui peuvent aussi poser problème quand ils ne vont pas dans la même direction ou quand il y a des conflits de personnalités. L’initiation au vin et au métier par le parent doivent constituer des moments essentiels, mais la vocation ne se décrète pas.

 David Cobbold

 

 

 


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C’est quoi, un grand vin de Bordeaux ? lllustration par un exemple

Je ne pense pas que tous les cas se ressemblent, mais certains peuvent bien illustrer des phénomènes, des tendances ou des modes, surtout quand il s’agit d’un produit qui est assujetti aussi directement à des contraintes de marché que le vin. Je veux parler aujourd’hui des vins les plus chers du bordelais, c’est à dire les crus classés (en 1855 ou à d’autres époques) et assimilés. Ces vins-là sont jalousés, vénérés, détestés, regardés de travers ou admirés, le tout selon le portefeuille, l’opinion politique, les préjugés ou les goûts de la personne qui tient l’opinion. Ce sont les leaders (avec quelques bourgognes, vins du Rhône ou du piedmont italien, de la Toscane ou de la Californie) du marché mondial si on considère les aspect prix de vente et demande du marché. La réussite de leur modèle économique, machine à bénéfices conséquentes, fait envie ou pas, selon les avis.  Il est intéressant de regarder ce modèle de plus près, même si on a cette ultime prétention, qui ressemble à une politique de l’autruche, qui consiste en un crachat plus ou moins généreux sur tout ce qui réussit. Comment ça marche un cru classé bordelais ?

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J’ai eu récemment l’occasion de voir une bonne illustration de la méthode derrière cette réussite lors d’une dégustation que j’ai organisé pour un de mes clients. Nous avons dégusté 5 millésimes successifs de Pichon Longueville, cru classé de Pauillac, plus un de son second vin, appelé Les Tourelles. Les vins étaient présentés, avec une admirable clarté et une absence de toute langue de bois, par le directeur d’Axa Millésimes, Christian Seely. Voilà un cas devenu classique dans le bordelais : un cru classé, avec son bâtiment imposant, qui appartient à un investisseur institutionnel dont le métier n’a rien à voir avec le vin et qui est dirigé par quelqu’un qui n’est pas issu du sérail. Je passe sur la nationalité britannique de Seely, car plus personne ne considère réellement que Bordeaux reste une province anglaise ! Les atouts possibles d’une telle combinaison pour le vin produit, hormis les éléments liés aux hommes, pourtant essentiels mais variables ? De la rigueur dans la gestion, une notion de relativité aiguisée, un regard pragmatique sur les réalités des marchés, et du capital presque sans limites si le besoin se fait sentir. Du côté des contraintes, il ne faut pas fermer les yeux sur une obligation du résultat, car de telles entreprises ne sont pas des philanthropes. Et du côté des inconvénients ? Je vois la difficulté de lier de tels domaines à des individualités, voire à de l’humain, ce qui, dans le monde du vin, peut sembler négatif pour certains, mais pas pour tous.

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Les millésimes dégustés étaient, dans l’ordre : 2007, 2008, 2009, 2010, 2011 (second vin), et 2011 (grand vin). Christian Seely a pris ses fonctions de Directeur d’Axa Millésimes en 2000, après avoir dirigé, avec beaucoup de réussite, une autre des leurs propriétés viticoles, Quinta do Noval, qui produit des portos magnifiques et, depuis peu, de bons vins secs. Sous sa direction, la quantité du "grand vin" produite à Pichon Longueville a été divisée par deux, car il s’est rendu compte, avec son équipe, que les meilleurs jus venaient presque systématiquement de certaines parcelles, les mieux exposées et/ou drainées, ainsi que des plus vielles vignes. En réduisant la quantité du grand vin à la production de ces parcelles, Pichon perdait beaucoup de volume, mais respectait le principe de "grand vin" à la bordelaise. N’est-ce pas une sacrifice énorme sur le plan financier ? Non, car en même temps, le prix de vente du grand vin a été multiplié par au moins trois, hors effet spéculatif sur certains millésimes (les 2009 et 2010 valent environ 180 euros dans le commerce aujourd’hui). Le second vin, les Tourelles, n’est pas du tout spéculatif et est positionné à entre un tiers et un quart du prix du premier vin. Evidemment une telle découverte, sur le rôle du site viticole et l’âge des vignes, ne constitue pas une révolution, mais son application et son effet sur le prix du vin illustre, en partie, la réussite économique de ce modèle bordelais.

Quant à la variabilité des millésimes et leur lien avec les prix de sortie en primeurs, Seely est totalement pragmatique et ne confond pas son ego avec les réalités du marché, ce qui ne semble pas être le cas de tous. Il considère normal et souhaitable que les prix fluctuent en fonction de la qualité et de la demande du marché. Le 2013, tant décrié, y compris par ceux qui ne l’ont pas dégusté, est sorti en prix de place autour de 40 euros la bouteille et a été totalement vendu en cinq jours. J’insiste sur le fait que je ne parle pas ici de mon point de vue d’amateur de vins, car je ne peux pas (et ne veux pas) payer plus de 50 euros pour une bouteille de vin. Et le grand vin de ce château, avec les marges des revendeurs, ne rentre évidemment pas dans mes critères de prix. Mais il faut aussi se rendre compte qu’il existe des centaines de milliers (ou bien plus, je n’en sais rien !) d’amateurs de vin dans le monde pour lesquels 100 euros n’est pas grande chose. Leur donner de la qualité ET un rapport qualité/prix qu’il jugent intéressant est l’enjeu pour ce type de producteur. Les très riches sont comme nous, sauf qu’il sont plus riches.

Autre particularité du système bordelais et particulièrement des crus classé et consorts : la distribution des ses vins par un réseau de négociants ayant des ramifications dans tous les marchés à travers le monde. Cela représente une économie très importante pour les producteurs, qui n’ont pas besoin, du moins directement, de payer une force de vente. Et l’avantage financier pour le producteur se trouve augmenté par la pratique de la vente en primeur (que je n’approuve pas, mais qui fonctionne bien), autorisant un financement des stocks par des clients.

Et les vins dans tout cela ?

Pichon Longueville 2007

Nez fin, un peu fumé, élégant et encore joliment fruité. Sa fraîcheur est un marqueur de ce millésime à peine mur, mais il n’y a aucune trace de verdeur dans ce vin. Bonne longueur pour ce vin classique qui permet de mesurer les progrès réalisés à Bordeaux depuis 30 ans. On peut très bien le boire maintenant mais il se gardera bien une bonne dizaine d’années.

Pichon Longuevelle 2008

Plus dense et plus austère par sa structure que le 2007, ce vin est aussi d’une grande finesse de texture et son fruité est très plaisant. La finale est encore un peu carré. Sera à son mieux dans 5 à 10 ans et a une capacité de garde qui est au moins le double du 2007.

Pichon Longueville 2009

Sa puissance et sa richesse sont clairement marqué par les températures très élevées de l’été dans cette année atypique. Tout est là, partant d’une grande maturités des tannins, mais je lui trouve trop de chaleur en finale pour un équilibre à mon goût, et que je recherche dans un vin du Médoc. La moitié de la salle d’une cinquantaine d’amateurs l’a préféré au 2010., et donc sa capacité de séduction n’est pas en cause.  Mais je me situe résolument dans l’autre moitié.

Pichon Longueville 2010

Un vin totalement admirable pour moi. J’aimerai avoir les moyens d’en mettre une caisse ou dix dans ma cave ! Le nez est d’une grande élégance, harmonieux et plus complet, plus complexe que celui du 2009. En bouche c’est aussi juteux que long, parfaitement équilibré autour son fruité somptueux qui est porté par une grande sensation de fraîcheur. Tout ce que j’aime dans les vins à base de cabernet.

Les Tourelles de Pichon 2011

Evidemment plus fluide et souple que ce qui précède. Les tannins sont encore un peu sec, et l’ensemble n’a pas la longueur du grand vin. Mais c’est assez fin et très bon. Et un tiers du prix de l’autre.

Pichon Longueville 2011

Une sensation de puissance maîtrisée. Finesse et force vont de pair dans ce vin très fin qui donne envie de le revoir dans une dizaine d’années. A mon avis au-dessus du 2008.

 

Conclusion

Il y aurait bien d’autres chose à dire sur ce qui constitue un grand vin. Je pense en particulier aux équipes qui les font, à leur expérience du lieu et de la matière végétale, aux techniques employés et à la rigueur de leur application. Mais aussi l’enthousiasme des responsables, si bien illustré par Christian Seely à cette occasion. Je pense aussi à la longévité de ces vins, et, particulièrement dans le cas des vins du Médoc, à leur relatifvediscrétion, cette sorte de retenu qui les fait passer, aux yeux d’amateurs de sensations fortes, pour des autistes du vin. Pour moi, au contraire, ils parlent bas, mais d’une voix assurée, confiante mais pas arrogante. Méfions-nous des idées reçues, toujours.


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Sauvignon blanc, et plus si affinités

On a beau râler, ici ou là, disputer les variétés dites « internationales », défendre les cépages locaux et rares, et, quelque part, avoir un peu raison en défendant l’idée de la diversité de cette manière, c’est toujours une petite dizaine de variétés de vigne qui domine largement la production mondiale. Les chiffres sont sans appel, car dix variétés pèsent pour une grosse majorité du vignoble mondial.  Je vous donne ces 10 premières variétés dans l’ordre (source : University of Adelaide, 2010) :

1. Cabernet Sauvignon
2. Merlot
3. Airen (vous l’aurez trouvé, celui-ci ?)
4. Tempranillo
5. Chardonnay
6. Syrah
7. Garnacha tinta
8. Sauvignon blanc
9. Trebbiano Toscano (alias Ugni Blanc)
10. Pinot noir

Ce tableau de chasse est en évolution constante, en fonction de modes, des plantations et des arrachages. Mais que faut-il penser de cette concentration de la production ? Les tenants du « boire locale » diront que c’est très mauvais, que cela uniformise les goûts et favorise une production supposée « industrielle », etc, etc. On connaît cette chanson, et, comme souvent, il y a une part de vrai là-dedans. Mais je vais aussi présenter les arguments pour une simplification d’une partie de l’offre des vins, surtout à destination de la majorité des acheteurs de vin, ceux qui n’ont ni le temps ni l’envie de lire des articles ou livres sur le sujet, et qui sont aussi ceux qui font vivre l’essentiel de la filière, ne l’oublions jamais.

Avant tout, il est très difficile pour un consommateur novice ou occasionnel, qui aime bien boire du vin mais qui ne s’y intéresse pas plus que cela, de se repérer dans la vaste et très diverse offre qui existe dans la plupart des marchés. En France cette offre dépasse très largement les capacités de compréhension de, disons, 90% des consommateurs. Dans des marchés plus ouverts à une offre bien plus variée sur le plan des origines, la situation est bien pire ! Segmenter les vins par leurs cépages, leur saveurs ou leur prix (et les trois à la fois si possible) sont des options bien plus pertinents qu’une approche par l’origine géographique, même si celle-ci fait sens en deuxième position de tri, pour ceux qui savent, ou qui recherchent un accent particulier.

Je rajouterai que c’est justement cette segmentation par variété (unique ou dominante) qui autorise une véritable exploration du résultat des lieux différents : climats, ou, si vous préférez, terroirs. Prenons l’exemple du cépage qui sera le sujet de cet article, le sauvignon blanc. Il n’offre pas les mêmes nuances à Sancerre, à Bordeaux, à Marlborough, en Styrie ou à Rueda. Ces différences, cette portefeuille d’arômes et de saveurs qui sont modulées et parfois amplifiées par les choix de chaque producteur et par les conditions de chaque millésime, confèrent une très grande diversité de styles au sauvignon blanc. Assemblée ou pas, la variété garde presque toujours un axe central, sorte de colonne vertébrale, qui est son acidité naturelle, porteur d’un train d’arômes dont la gamme spécifique traduit les origines géographiques, et parfois aussi les techniques.

Sauvignon-blanc-wine-and-grapes

Comme toujours, une seule dimension d’un vin, en l’occurrence son acidité, ne peut être un critère suffisant pour assurer sa qualité. Il lui faut aussi un ensemble de saveurs et de parfums qui lui donne sa cohérence, les uns fonctionnant en harmonie avec les autres, comme de bons partenaires de danse, chacun avec ses qualités et sa partition, mais sans être en rivalité avec l’autre. Cela m’est rappelé avec force chaque fois que je participe à ce concours singulier (par le cépage concerné) qui est le Concours Mondial de Sauvignon Blanc. Chaque jury de 6 personnes déguste, chaque matin, entre 30 à 40 vins, en deux ou trois séries. Les séries sont, dans la mesure du possible, constitués de lots qui sont homogènes : par leur provenance géographique, leur millésime, le fait d’être assemblé ou en mono-cépage, élevé en cuve ou en sous bois, etc. Les vins sont servis à l’aveugle, bien entendu, mais ces paramètres sont connus, ce qui permets de faire glisser sa perspective sur chaque série et de juger chaque vin en fonction d’un étalon réel ou imaginaire, fondé sur l’expérience. Personne ne choisit la région, le pays ou le type de vin dégusté et les membres de chaque jury sont assez diversifié sur le plan des nationalités, ainsi que sur celui de l’activité professionnelle, bien que tous travaillent dans la filière vin.

L’édition 2014 de ce concours, qui a eu lieu à Bordeaux la semaine dernière, m’a donné l’occasion de déguster des séries de vins de plusieurs pays et régions différentes, tous issus de deux millésimes, 2012 et 2013. La France, la Suisse et l’Espagne étaient le pays, et les régions françaises étaient Bordeaux, Touraine et Languedoc-Roussillon, tandis que les sauvignons suisses venaient de Genève, du Vaud, du Valais et de Neufchâtel. Tous les vins d’Espagne étaient de la DO Rueda. De l’avis unanime de notre jury (une chinoise, une française, deux français, un sud-africain et votre serviteur anglais), de loin la meilleur série étaient celle de Rueda. La grande majorité de cette série de 12 vins du millésime 2012 étaient fins mais murs, leur acidité fine si bien intégrée dans un fruité subtil, peu exubérant, mais savoureux juste comme il le faut pour stimuler le palais. L’équilibre parfait fut souvent au rendez-vous chez ces vins délicats comme des Sancerres mais arrondis comme un sauvignon de Styrie. Surtout ils échappaient parfaitement à ce que je trouve être un piège, voire un lieu commun de trop d’exemples de cette variété : des arômes et saveurs herbacés. Personne n’avait la moindre idée de leur provenance, mais on optait tous pour un climat relativement frais, un bon ensoleillement et absence de maladies cryptogamiques, et, probablement, pour un pays européen, car ils n’avaient jamais l’expressivité parfois envahissante de certaines régions de l’hémisphère sud.

Ces concours, pour les participants en tant que membres d’un jury, doivent aussi servir à cela : nous révéler des potentiels jusqu’alors ignorés par nos petites personnes, mettre en cause nos idées reçues et certitudes fragiles. Bref, nous ouvrir vers le monde toujours plus vaste et diversifié du vin. Et l’aborder par le truchement d’un seul cépage permet, justement, de comparer un peu ce qui est comparable et d’éviter de tout mélanger. Si la perspective doit changer avec chaque série, le cadre, lui reste relativement constant. Et c’est tant mieux pour le consommateur.

 

 David Cobbold

 

 


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Vins rosés: discutons des goûts, des couleurs et des prix.

Je me suis toujours méfié des modes, mais le vin rosé n’est pas qu’une affaire de mode. Il est aussi ancien que le vin. Donc il n’a pas son origine en Provence, malgré un slogan publicitaire débile.

La vague rose déferle, depuis quelques années, dans les revues plus ou moins spécialisées, sur les rayons des magasins et sur nos tables, débordant maintenant très nettement de la saison estivale. J’en veux pour preuve que cette couleur de vin est maintenant plus vendue, en France du moins, que le blanc.

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La nuance mandarine, je ne l’ai jamais vu dans un vin rosé. Les autres, si, mais les noms me paraissent plutôt fantaisistes

Puisque nous évoquons le sujet de la couleur, le ton précis de la robe de certains vins rosés est cerné d’une manière quasi-obsessionnelle par des guetteurs de «tendances», au point que les producteurs provençaux, aussi préoccupés par les robes que des tailleurs pour dames, ont même établi des noms pour chaque variante, comme chez des marchands de couleurs. Je les ai vu exposés lors d’une récente dégustation de vins de Provence à Paris, et ils m’ont bien fait sourire. Je ne sais pas, par exemple, à quoi ressemble un ton rose «melon». Vous avez déjà vu un melon rose? Peut-être.

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En tout cas je trouve qu’il y a un paradoxe intéressant dans le fait que la région dont les paysages sont parmi les plus colorés de la France fuit la couleur dans son vin emblématique.

Tout cela ne serait pas si grave si cela n’aboutissait pas à ce que j’appelle la discrimination par la couleur. Car il y a des vins qui se voient refuser l’agrément dans certaines appellations du Sud, et particulièrement en Provence, parce qu’ils ont trop (en général) ou pas assez (cela arrive aussi, à Tavel) d’intensité de couleur. Le vin peut être délicieux et respecter tout le cahier des charges de l’appellation, mais si sa robe n’a pas le bon niveau de coloration, il est jugé indigne de porter le nom de l’appellation en question. Et cela peut ruiner, littéralement, le producteur qui dépendrait de cette étiquette pour assurer la vente. Des telles absurdités arrivent tous les ans, malheureusement. J’estime que cela porte un discrédit à tout le système des appellations. Car quelqu’un, dans les «milieux autorisés» (comme disait Coluche) tolère ce genre de bêtise, et certains vont peut-être jusqu’à l’encourager.

L’intensité (ou la faiblesse) de coloration n’a jamais été signe de qualité ou non-qualité organoleptique d’un vin. Et je ne parle pas d’une oxydation prématurée ou d’autre forme de déviance.

Ces notions me tournent dans la tête chaque fois que je déguste une série de vins rosés, tant je suis frappé par le fait qu’il y a des vins rosés pâles pleins de saveurs et d’autres, aussi pâles, d’une fadeur totale. Puis, d’un autre côté, il y a des rosés de robe foncée sans intérêt et d’autres qui débordent de saveurs somptueuses, même si, en moyenne, je trouve d’avantage de saveurs et de présence parmi les vins les plus colorés.

Pendant les quinze derniers jours, j’ai dû déguster pas loin de 200 rosés, de diverses provenances françaises, pour les besoins d’articles. La moitié venait de Provence, et un tiers du Bordelais. Une manière d’opérer une sélection de ces deux zones de production dont les styles se trouvent presque à l’opposé, et les prix moyens aussi. Car la réussite commerciale remarquable des rosés de Provence (ils constituent au moins 85% de la production de cette région maintenant) a aussi fait grimper leurs prix d’une manière déraisonnable. Je sais bien qu’un rosé est compliqué à faire, mais est-ce que le coût moyen de production varie du simple au double entre Bordeaux et Provence? Les prix de vente, si.

Voyons cela de plus près :

Une sélection de bons rosés de Provence

Château Carpe Diem, Côtes de Provence 2013

Malgré son extrême pâleur qui subit la mode actuelle qui dicte sa loi en Provence, ce vin est excellent, avec des arômes délicats et des saveurs suaves. Tendre et raffiné, il finit sur une belle fraîcheur. Pour l’apéritif.

prix : 7 euros

Château Trians, Coteaux Varois 2013

Beaucoup de présence par sa matière en bouche pour ce vin plus puissant que fin, mais quel caractère !

prix : 8/10 euros

Château Gasqui, Côtes de Provence 2012

Belle robe, relativement intense pour la région. Un vin magnifique, plein de saveurs, de la richesse et de la longueur. Ce style à part, qui démontre aussi l’avantage d’un an de garde pour les meilleurs rosés, est fait pour des accords osés à table. Plusieurs producteurs m’ont pourtant dit qu’il est très difficile de vendre un rosé en Provence lorsqu’il a dépassé un an. Encore une illustration de la bêtise de la mode !

prix : 8/10 euros

Château Thuerry, Les Abeillons, Coteaux Varois 2013

Un nez expressif, avec une gamme large d’arômes. Ce rosé de caractère a du fond et finit, avec une bonne longueur, sur une petite note d’amertume agréable.

prix : 8/10 euros

Domaine de Saint Ser, cuvée Tradition, Côtes de Provence Sainte Victoire 2013

Vin avec une plénitude de saveurs gourmandes, un peu épicées. Ce rosé relativement puissant conviendrait surtout à table.

prix : 8/10 euros

Hecht & Bannier, Côtes de Provence 2013

Un excellent vin, très fruité et suave de texture, le tout avec un bon équilibre et une finale élégante. Ce très joli rosé, un des meilleurs de ma dégustation, peut se boire à l’apéritif ou avec des tapas, des poissons ou de la volaille.

prix : 8/10 euros

Mas de Cadenet, Côtes de Provence Sainte Victoire 2013

Aussi succulent que vivace, la belle matière possède de la finesse et de la longueur. Un rosé alerte et fin, propice à tous les accords.

prix : 10/12 euros

Château Henri Bonnaud, Terre Promise, Côtes de Provence Sainte Victoire 2013

Très belle structure pour ce vin puissant et vibrant par son acidité bien intégrée. Précis dans sa définition et d’une très bonne longueur. Excellent.

prix : 10/12 euros

Château Gassier, Le Pas du Moine, Côtes de Provence Sainte Victoire 2013

Robe d’un rose tendre. Une très belle expression de fruité croquant, donnant une bouche bien équilibrée et succulente, d’une intensité exemplaire.

prix : 12 euros

Château de Brigue, Bulles de Brigue (vin rosé pétillant)

Ce vin original, élaboré selon la méthode traditionnelle, a une robe rose d’une belle intensité. Cette couleur annonce un vin au caractère marqué, puissant et même très légèrement tannique. Il met vos papilles en éveil et ferait un compagnon de table des plus intéressants. Le prix peut sembler un peu élevé, mais la qualité est là.

prix : 16 euros

Domaine de la Croix, La Bastide Blanche en Provence, Côtes de Provence 2013

D’un style raffiné, de couleur légère mais d’une matière en bouche splendide, assez riche et suave, mais vibrante, savoureuse et longue. Pour les meilleurs plats de poisson.

prix : ≥12 euros

 

Une sélection de bons rosés de Bordeaux

Les Bordeaux Rosés

Les rosés du Sud-Ouest, et du Bordelais en particulier, ont presque toujours bien plus d’intensité de couleur que ceux de Provence. Ceci est le résultat d’un effet de mode, car, sur le plan technique, on peut tout faire avec un vin rosé en matière de couleur. Mais il est indubitable que les rosés plus colorés, comme ceux de Bordeaux, ont presque toujours plus d’intensité dans leurs saveurs que les rosés pâles de Provence. Sont-ils meilleurs pour autant ? Comme toujours, cela dépendra du vin individuel et de votre palais. Mais il sont presque toujours nettement moins chers, et représentent donc de meilleurs rapports qualité/plaisir/prix.

Château Tour de Mirambeau Réserve, Bordeaux Rosé 2013

Robe d’une rose soutenue. Nez qui rappelle les fruits rouges frais, donnant une impression bette et appétissante. La texture est élégante et les saveurs pures, évoquant le fruit, le sous-bois et les épices douces. L’ensemble est soutenu par une belle acidité. Un vin délicieux qui trouvera sa place un peu partout, de l’apéritif aux grillades, en passant par les fromages à la pâte ferme. Le prix, bien qu’élevé pour la région, est justifié.

Prix : 8,5 euros

Chateau Penin, Bordeaux Rosé 2013

Ce domaine est un habitué des palmarès de nos dégustations des vins de Bordeaux dans les trois couleurs. Pourtant, nous masquons les bouteilles ! La robe est d’un rubis très léger, donc assez soutenue. Le nez est vineux et bien arrondi. Il évoque la cerise et un peu le bonbon. En bouche, pas mal de volume, mais il évite toute piège de lourdeur car l’acidité est aussi tonique que bien intégré dans l’ensemble. La final dévoile une structure légèrement tannique. C’est un rosé de caractère, destiné à la table et à une large gamme de mets.

Prix : 6,95 euros

Château Lestrille, Bordeaux Rosé 2013

Un nez aussi expressif que séduisant, de fruits rouges. Sa texture suave enrobe les saveurs de fruits et le jeu de l’acidité. Ce vin, aussi précis que complet, peut très bien accompagner plats cuisinés, viandes froides ou une volaille rôtie.

Prix : 5,30 euros

Château La Rame, Bordeaux Rosé 2013

Le nez, très tendre, évoque la pêche et quelques fruits rouges. Cette impression de tendresse se confirme en bouche avec un fruité délicat et délicieux. Une évocation de journées chaudes et d’un moment de relaxation avec quelques tapas ou un poisson grillé.

Prix : 6,65 euros

Château Lamothe Vincent, Bordeaux Rosé 2013

Ce rosé très juteux est un des meilleurs que j’ai dégusté cette année. Il allie parfaitement le petit accent d’un rouge du bordelais à celui des blancs de la même région, opérant la parfaite synthèse entre les deux. Car, à mon avis, les meilleurs rosé ne sont pas de vins blancs avec une légère coloration : il s’agit d’un troisième type de vin, distinct des deux autres. Ce vin est riche en saveurs, long et assez complexe. Il convient à toutes sortes de mets ou son caractère affirmé donnera du répondant. Son prix, pour une telle qualité, est très intéressant.

Prix : 5 euros

Et les Clairets ?

On l’oublie un peu, mais le clairet, avec le vin blanc, a longtemps dominé la production bordelaise, aujourd’hui très majoritairement dévouée aux vins rouges. A tel enseigne que les anglais de la vieille génération (avant la mienne !) appellent encore tous les vins rouges de Bordeaux "claret", terme qui dérive directement de la désignation française, indiquant un rouge clair, même si ce ton est devenu nettement plus fincé depuis l’invention des Pontacs à Haut-Brion, fin 17ème. La technique d’élaboration d’un clairet moderne, de couleur nettement plus intense que celle d’un rosé, implique simplement une durée plus longue de macération des peaux avec le jus : entre 24 et 48 heures, au lieu des 12 à 18 heures pour un rosé de saignée. Les raisins rouges du bordelais étant de nature tannique, un peu de ces tannins accompagnent la couleur plus dense d’un Bordeaux Clairet, rendant ces vins souvent plus aptes pour un usage à table, y compris avec des viandes, que pour un apéritif.

Château Lauduc, Bordeaux Clairet 2013

Sa couleur rubis claire, bien plus proche d’un vin rouge que d’un blanc, est fidèle à la tradition des clairets. Un très beau nez de groseilles et de framboises, vif et joliment fruité. Ce fruit fait le contrepoint en bouche à des tannins fins mais bien présents. Vin parfait pour des grillades ou des plats légèrement relevés.

Prix : 5,25 euros

Château Penin, Bordeaux Clairet 2013

Nez tendre et aromatique, bien arrondi par des notes de fruits murs. En bouche, un fruité aussi expressif et gourmand, soutenu par une très légère structure tannique. Vin délicieux, qui peut se boire seul ou avec une large gamme de mets.

Prix : 6,95

Château Thieuley, Bordeaux Clairet 2013

Autre producteur qui impressionne par sa régularité dans la qualité. Un vin très complet, bien fruité et parfaitement équilibré par une sensation de fraîcheur qui le rendrait très agréable en été.

Prix : 5,90 euros

Château Lestrille Capmartin, Bordeaux Clairet 2013

Même productrice que Château Lestrille. Robe de rubis translucide et nez de framboise et de pastèque. Tendre en bouche, grâce à sa rondeur très légèrement sucrée, ce vin exprime beaucoup de saveurs fruitées, tout en conservant ce qu’il faut d’acidité pour maintenir l’ensemble au frais. La finale un peu fumée rajoute une touche de complexité. Le rapport qualité/prix est très bon.

Prix : 5,60 euros

 

Conclusion

On le voit bien, il est assez facile de trouver des rosés aussi satisfaisants à Bordeaux qu’en Provence, mais pour un prix qui est de moitié inférieur ! Bien entendu, on aura de la peine à les trouver sur des cartes des restaurants de la Côte d’Azur, mais que les amateurs de partout soient avertis.

 

David Cobbold


2 Commentaires

Bienvenue au Château Margaux!

"Bienvenue au Château Margaux!"

C’est Paul Pontallier qui nous accueille à la grille du parc, d’où l’on aperçoit la grande demeure classique, d’une symétrie parfaite, temple d’un culte rendu à l’excellence dans le monde du vin. La nuit va tomber. J’accompagne un groupe de L’Union des Oenologues de France.

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J’arrive au Château

Pontallier est un hôte attentif, bienveillant, le commandant modeste de ce grand navire de pierre, de vignes et de barriques; son message est intéressant, quoi qu’un peu convenu: "Au Château Margaux, mon but n’est pas de faire le vin qui me plaît mais d’exprimer au mieux le grand terroir de Margaux. Il y a sans doute beaucoup de grands sites pour faire du vin dans le monde, mais les vrais grands terroirs sont beaucoup plus rares, car cela prend des générations à les construire; c’est l’homme qui les révèle. Et tout le défi qui nous incombe, au Château, c’est de transmettre, de pérenniser".

J’abonde dans ce sens; j’ai moi même consacré un article au "making of" de l’icone Margaux.

Moins convenu, il y a ceci: "Nos croyons au progrès par la connaissance et nous investissons en ce sens. Nous construisons un nouveau cuvier expérimental. Et son architecture a été confiée à Norman Forster. L’inauguration est prévue pour le Printemps 2015."

Mais comment marie-t-on la technologie et un cru comme Margaux?

"Nous gardons l’esprit ouvert. A la vigne, par exemple, nous n’employons plus ni insecticides ni acaricides depuis 10 ans. Nous essayons beaucoup de choses sur de petits volumes, le pressurage, la micro-oxygénation, la capsule à vis (depuis 2002); les cuves bois, l’inox. Nous réinventons notre système de réception de vendange à chaque millésime. Moins on s’y connaît et plus on a de certitudes. Tous les choix techniques ne sont pas validés, nous prenons notre temps, il faut 30 ans pour avoir assez de recul. Aucune avancée technologique n’a pu améliorer nos vins à elle seule. Les plus grands progrès en matière de vinification ont consisté à faire des vins plus vite prêts a boire."

Bon, et si on passait à la dégustation? A ce stade, je me dis, "attention, tout ce que tu écriras pourra être retenu contre toi"…

Pavillon Rouge 2010
Élégant, suave en bouche; nez subtil, grain très fin.

Pavillon Rouge 2009
Nez très complexe. Humus, belle matière, puissance mais reste élégant
Les tanins sont là mais ne gavent pas d’astringence.

Château Margaux 2009
Fumé grillé très léger, épicé et pourtant suave. Déjà beaucoup d’éclat. En bouche, ça commence moderato, et puis une porte s’ouvre, vers une deuxième salle, plus vaste, élégamment décorée d’arômes de moka. La musique n’est pas plus forte, non, mais on change d’ambiance; une sorte de sérénité difficile à décrire. Fruit noir velouté, réglisse et menthol s’entrecroisent, tissant une sensation raffinée, un édifice gracieux et gracile, d’une élégance classique. Les tannins sont les fibres, les fils de soie de cette toile dont la légèreté surprend: comment tout cela tient-il debout?

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Le chai actuel

Un vin d’exception qu’on n’a pas envie de laisser. Je reste assis sur ma chaise, à siroter le fond de mon verre, quand les autres se lèvent. Je pense tout à coup que ce métier n’est sans doute pas le plus lucratif, ni le plus glorieux, mais qu’il offre quelques belles compensations.

 2999843347Hervé Lalau

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