Les 5 du Vin

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#Carignan # 227 : Californie et Chili, vers la Renaissance

Sans tambours ni trompettes, notre jeune association Carignan Renaissance se bouge de plus en plus, même si elle ne compte à ce jour que 25 adhérents, dont une bonne vingtaine sont vignerons. Parmi les derniers arrivés, saluons le Mas Mellet, dans les Costières (Gard), le Plan Vermeersch en Vallée du Rhône (Drôme), le Domaine de Cébène à Faugères (Hérault), le Champ des Sœurs à Fitou (Aude), le Clos des Jarres en Minervois (Aude), le Château Montfin en Corbières (Aude).

Les vignerons carignanesques en recherche de logo. Photo©MichelSmith

Les vignerons carignanesques en recherche de logo. Photo©MichelSmith

Notre assemblée s’est magistralement déroulée l’autre jour, en lisière de Camargue, au Mas Mellet et j’en ai profité pour démissionner de mon poste de Président afin de laisser la place à plus jeune que moi. C’est donc le franco-languedo-germanique Sebastian Nickel qui prend ma suite avec pour mission d’animer plusieurs commissions, dont une technique. Pour ma part, je renouvelle mon soutien à l’association en tentant d’animer le site internet, ce qui ne sera pas une mince affaire !

Photo©MichelSmith

 Sebastian Nickel. Photo©MichelSmith

Lors de cette réunion, plusieurs membres ont débouché des échantillons de purs Carignan. Dans un prochain article, je reviendrai sur l’appellation de Sardaigne, Carignano del Sulcis, la seule à ma connaissance consacrée à ce cépage. En attendant, je voudrais parler de quelques vins dégustés ce jour-là, des échantillons ramenés des Etats-Unis par Isabelle et Jean-Marie Rimbert du Domaine éponyme à Berlou, en territoire de Saint-Chinian. De Mendocino County, il y avait ce 97 % Carignan, Lioco 2010, léger (12°), en plein sur le fruit, facilement buvable autour d’une grillade, simple mais pas vulgaire (environ 20 $). En autre Carignan, d’Alexander Valley cette fois-ci, mis en œuvre par la société Il Vino e Vivo et millésimé 2009, portant le joli nom de Chiaroscuro, s’est montré quant à lui sans grand intérêt, tant il était parfumé et sucré.Plus obscur que clair…

Photo©MichelSmith

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Deux autres Californiens étaient à la hauteur. Le premier, celui de Neyers à Santa Helena, en provenance d’Evangelho Vineyard (Costa Contra County), un 2011 souple et élégant au comportement assez brillant et frais sans oublier une bonne longueur. Le second, présenté par notre membre Jon Bowen du Domaine Sainte-Croix, dans les Corbières, venait de l’Alexander Valley et des caves Broc Cellars, sises à Berkley. Un 2012 visiblement de macération carbonique. Nez au fruité charmant, confirmé en bouche avec éclat : rondeur en attaque, mais jolis élans de cerise bigarreau en retour et bonne longueur.

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Deux très bons Carignans de Californie sur quatre présentés, sans oublier un de tout à fait correct, voilà qui est de bonne augure pour l’amateur qui s’aventure dans l’Ouest américain. Mais la dégustation ne s’arrêtait pas là. L’autre vin de Jean-Marie, acheté à San Francisco, nous venait de l’Empedrado, au centre du Chili. Importé par Louis Dressner, il arborait le millésime 2012, avec 13,5° d’alcool. Son étiquette colorée et résolument moderne (si seulement la vieille Europe pouvait suivre le mouvement, histoire de dépoussiérer le vin…), portait le nom de Cuvée Antoine Nature.

Et pendant que l'on dégustait, la fougasse aux grattons d'Émilie nous attendait ! Photo©MichelSmith

Et pendant que l’on dégustait, la fougasse aux grattons d’Émilie nous attendait ! Photo©MichelSmith

Son auteur, Louis-Antoine Luyt (lire en Anglais), un jeune Bourguignon qui a déjà pas mal bourlingué, m’avait frappé par sa volonté et son caractère affichés dans un documentaire sur les vignerons français installés à l’étranger passé sur TF1 un Samedi après-midi. Voyant qu’il parlait de très vieilles vignes sans les nommer, je me doutais bien qu’il pouvait s’agir de Carignan. L’acidité est remarquable, le fruit est quant à lui d’une rare pureté et je stockerais volontiers quelques flacons de ce « nature » qui, apparemment, voyage merveilleusement bien sans son soufre…

Michel Smith

PS Félicitations au passage aux Vignerons de la toute nouvelle AOP Terrasses du Larzac, où l’on sait la valeur qu’ont les vieux Carignans dans les assemblages… Mesdames, Messieurs, rejoignez-nous vite à Carignan Renaissance !


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#Carignan Story # 206 : À Millésime Bio, petites nouvelles du beau pestiféré.

Pareil à l’an qui s’en est allé, je vous ai déjà infligé mes découvertes à Millésime Bio Jeudi dernier. J’y reviens en axant mon propos sur le Carignan. Dans les travées du salon devenu désormais incontournable, je suis tombé sur de plus en plus de visiteurs intrigués par le cépage maudit, le pestiféré, le malotru, le pisseux, le roturier. Mes amis journalistes canadiens me paraissaient bien partis pour en faire une vedette prochaine et nombreux furent les confrères de toutes nationalités à me poser des questions à son sujet. Tandis que des vignerons me vantaient leur vin de Pays d’Oc de pur Chardonnay, Sauvignon ou autre Cabernet, je me faisais un malin plaisir de leur rétorquer que tant que cette dénomination n’aura accepté que l’on fit un pur Carignan (le cépage y est toléré, mais pas seul) sous la couverture Pays d’Oc, je faisais le choix d’une grève sur le carreau. Ma décision était prise, unilatéralement, je ne goûterai plus, même sous la pression, tout Pays d’Oc réduisant le Carignan au simple rôle de figurant. Je sais, il ne faut jamais dire jamais…

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Résultat, j’errai dans le camp des « carignanistes » de gauche comme de droite, en fonction de l’allée, à la recherche du temps perdu… et ce fut l’occasion d’en apprendrede bien belles ! Tout d’abord que le Jour du Carignan, ou Carignan Day, était officiellement fixé par décret dictatorial des co-présidents pour le Vendredi 2 Mai. Que le lieu de la fête n’était pas encore décrété, mais que quiconque, n’importe quel vigneron amoureux du Carignan pourrait de son propre chef organiser sa fête avec ses clients et amis. J’apprenais aussi qu’il était fortement question que l’invité d’honneur de cette année soit Sylvain Fadat pour services rendus au « plant dur » et ce depuis plus de 30 ans ! Quant aux membres de l’Association Carignan Renaissance, force est de reconnaître qu’ils commencent de plus en plus à avoir la fibre militante, à jouer les vilains moustiques en piquant là où ça fait mal : pourquoi, par exemple, les appellations sudistes ne laisseraient-elles pas leurs vignerons utiliser comme ils l’entendent, dans les proportions qu’ils souhaitent, le cépage qui fait partie de leur décor, de leur cadre de vie depuis des générations ? Simple question. Simple revendication ?

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Oui, pourquoi s’entêtent-ils à vouloir considérer ce cépage comme secondaire, comme trop productif et exempt de valeur qualitative alors qu’il fait mieux souvent qu’un tas d’autres plants soit disant « nobles » ? Vaste et vieux débat sur lequel je reviendrai… Afin de prouver notre détermination inébranlable, et ce à l’instigation de la Grenache Association, elle-même organisatrice d’événements marquants, tels le Grenache Day ou les G Nights (je sais, l’expression Française en prend un sacré coup…), quelques hardis vignerons de Carignan Renaissance ont accepté de relever un défi en s’affrontant amicalement au divin Grenache, l’autre grand seigneur sudiste. C’était Dimanche dernier, veille de Millésime Bio, dans les salons rustiques du Château du Claud, à Saint-Jean-de-Védas, la banlieue chicos de Montpellier. Une ambiance du tonnerre, une « battle » comme ils disent pour faire « geek », le sourire de la haute savoyarde Marlène Angelloz instigatrice de la soirée, la gentillesse des invités, la bonne température des vins, tout a contribué à montrer que le Carignan pouvait jouer dans la cour des grands. On en a même profité, en petit comité, pour plancher sur l’idée d’un verre Zalto qui pourrait convenir à notre cépage chéri.

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Marlène Angelloz et Sebastian Nickel. Photo©MichelSmith

Marlène Angelloz et Sebastian Nickel. Photo©MichelSmith

Et puis il y eut cette quelque peu bredouillante conférence organisée par mes soins sur le thème du réveil du bel endormi avec la complicité du co-président Sebastian Nickel (allez-y de vos jeux de mots à la gomme…), conférence à laquelle le site de Terre de Vins a bien voulu faire écho la veille de sa tenue. Pour m’éviter de dire des énormités, j’avais fait venir des vignerons experts en la matière, comme Marjorie Gallet (Le Roc des Anges), Bernard Vidal (La Liquière), John Bojanowski (Clos du Gravillas) et Sylvain Fadat (Domaine d’Aupilhac), tous ardents défenseurs de ce cépage, sans oublier l’œnologue Jean Natoli. Je les remercie publiquement de ne pas m’avoir laissé tomber. Puisqu’on en est au stade du « name dropping », merci aussi à mes collègues de blog Jim Budd et Marc Vanhellemont d’avoir sacrifié un peu de leur temps pour écouter mon bavardage en compagnie d’éminents confrères tels André Deyrieux ou Rosemary George. Sans oublier la touche gastronomique apportée par mon ami Bruno Stirnemann, de Pézenas. La dégustation qui s’en suivie eut un grand succès grâce à la présence de quelques Carignans blancs dont ceux du Domaine Le Comte des Floris.

Photo©MichelSmith

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Lors de Vinisud, le Lundi 24 à 10 heures, une autre conférence sera organisée sous l’égide de Sud de France sur le thème : « Le Carignan peut-il renforcer l’identité du vignoble Languedoc-Roussillon ? ». Là aussi il y aura quelques échantillons à goûter ! Pour le reste, l’association travaille sur son logo et sur la mise en route d’un site Internet. Et si vous souhaitez devenir membre de Carignan Renaissance, sous-titrée le Conservatoire du Carignan, je serais en mesure de vous fournir tous les éléments si vous me glissez un mot (pourlevin@free.fr). En attendant, pour vous prouver que j’ai tout de même travaillé lors de Millésime Bio, je vous présente la nouvelle étiquette d’un Carignan déjà évoqué ici, celui du Domaine La Rouviole qui, bien que Minervois, est obligé de s’abriter sous la mention Vin de France. Ce « Revenant », puisque c’est sont nom, symbolise à lui seul le retour et le succès du cépage sudiste. Le 2001 (5000 bouteilles, 13 € départ cave) est bien dans le style du cépage : finesse au nez, fraîcheur et matière en bouche. Ce sont des vignes de plus de 50 ans plantées sur des sols calcaires.

Michel Smith


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#Carignan Story # 203 : Quand le facteur est dans sa vigne…

Cela me va bien ça, comme nom de vin, L’Insoumis. Plus encore figurez-vous lorsqu’il s’agit d’un Carignan ! Celui-ci m’a été dévoilé par mon ami Jean-Marie Rimbert, vigneron de son état du côté de Berlou, en territoire de Saint-Chinian. Nous étions réunis, toute une bande de copains, autour d’une tablée au restaurant Trinque Fougasse à Montpellier. C’était pour la bonne cause carignanesque, afin de définir le plan d’action 2014 de notre association Carignan Renaissance, aussi connue sous le nom de Conservatoire du Carignan (site internet à venir, flash mob à organiser, confrontations avec la Grenache Association, conférences, etc) et payer nos cotisations tout en sirotant quelques spécimens de Carignans divers, dont ceux rassemblés sur cette photo.

Je ne vais pas tous les citer, d'autant qu'il y avait des absents ce jour-là. Mais vous reconnaitrez Jean-Marie sur la gauche et le couple Coustal

Je ne vais pas tous les citer, d’autant qu’il y avait des absents ce jour-là. Mais vous reconnaitrez Jean-Marie sur la gauche et le couple Coustal, Anne-Marie et Roland, de Terres Georges sur la droite. Photo©SebastianNickel

A lui seul, Jean-Marie le Carignator à qui j’ai consacré plus d’un billet sur ce blog (voir le dernier ici), s’était déplacé avec trois carignans de copains en plus du sien. Je les évoquerai à coup sûr en d’autres occasions, mais j’ai d’abord jeté mon dévolu sur cet Insoumis que l’on doit à un facteur-viticulteur, Serge Scherrer, venu de l’Est pour s’installer du côté de Saint-Quentin-la-Poterie, non loin d’Uzès, dans le Gard, charmante cité où son vin est paraît-il présent sur le marché. Avec un peu plus de 4 ha, il a créé le Domaine Agarrus en 2007 en adoptant le mot occitan qui désigne le chêne kermès que l’on trouve dans la région en quantité non négligeable.

Photo©SebastianNickel

Photo©SebastianNickel

Cultivées en biologie, ses vignes composées de nombreux cépages du coin dont du Cinsault et du Grenache, comptent aussi de nombreux pieds de Carignan qui étaient sur le point d’être arrachés au moment de l’achat. Ces Carignans entrent donc à part entière dans cet Insoumis que j’ai trouvé à 13 € sur le site Amicalement Vins. Il s’agit d’un Vin de France 2012 particulièrement fruité, aussi franc et direct qu’un coup de pied bien ajusté qui vous fait passer la balle entre les deux poteaux engendrant la clameur du stade. Vin facile, voire simple, il est tout à fait indiqué pour ces débuts de soirées où, après une journée de boulot, on retrouve les copains pour une partie de pétanque sur le nouveau terrain aménagé par Adeline et Yves dans leur Mas Perché, en lisière de Cévennes, là où les soirées sont à la fois gourmandes et douces.

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Allez, je termine en saisissant au vol l’inévitable jeu de mot déjà repéré sur un site de la toile : il faudrait être timbré pour passer à côté cet amical vin qui procure le simple plaisir des retrouvailles.

Michel Smith

 


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Fab 5, mais est-ce bien nous ?

Nous sommes Les 5 du vin mais certaines personnes (très peu nombreuses en réalité mais sssssshhh !) nous appellent les Fabulous Five, ou bien les Fantastic 5.  J’ai cherché, en vain, dans le magma intersidéral de l’internet, des images de nous autour d’une table avec une ou plusieurs jolis flacons en partage (un Carignan pour Michel, un vin vachement « minéral » pour Hervé, un Bourgueil 1893 de Lamé Delille Boucard pour Jim, un Vin Jaune pour Marc, un pinot noir d’Oregon pour moi).

En revanche plusieurs autres options m’ont été proposées, pour correspondre à ce descriptif numérico-laudatif. En voici quelques exemples :

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D’accord, je ne sais pas compter, ce sont bien entendu les Fantastic Four de Marvel Comics, chers à une période de ma jeunesse attardée.

Mais ceci, alors ?

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Ce sont les 5 leaders de l’équipe de basket masculin de l’University of Michigan, en 1991, aussi connu sous le descriptif des Fabulous Five. Hervé est au milieu je pense.

Moi j’ai un faible plutôt pour ce groupe de reggae, aussi connu sous le nom de Fab 5 .

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Je ne sais pas ou est passé le cinquième membre. Cela doit être Jim, qui prenait la photo.

Et le même Jim s’est déplacé pour la couverture de notre album collector. Regardez…

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Bon, maintenant je dois me taper Vinexpo. J’espère y trouver des choses amusantes.

David


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#Carignan Story # 170 : Le goût étrange et ambigu de la nature…

Eh bien oui, il y a comme ça des moments où le Carignan s’offre à moi de manière étrange. Cette bouteille, je l’ai bue sans difficultés l’autre jour sur les petits plats sur le pouce préparés par mon ami Manu, aux commandes de la seule vraie cave-bistrot à vins de la Côte Vermeille digne de ce nom, j’ai nommé le Xadic del Mar dont je vous ai déjà souvent dit du bien ici même. Dans ce minuscule espace face à l’horrible clocher de l’église de Banyuls-sur-Mer, non loin de la toujours rustique Cave L’Étoile où j’ai moi-même livré des raisins pendant des années, Manu mène sa barque cahincaha  tant elle est chargée de bouteilles aussi amusantes qu’iconoclastes.

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Le clocher le plus hideux de France ? Photo©MichelSmith

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La coopérative L’Étoile, où l’on trouve encore de vieux trésors banyulencques. Photo©MichelSmith

On a le prix du vin à emporter bien affiché dans les casiers posés à même le mur, un prix généralement sage, et il suffit de rajouter 4 euros de « droit de bouchon » pour l’avoir sur table. La proposition est on ne peut plus honnête. Donc, en partant, je me suis acheté deux ou trois « quilles », comme on dit maintenant dans les milieux branchés du vin, histoire de les goûter calmement chez moi.

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El Xadic, avenue du Puig del Mas, à Banyuls. Photo©MichelSmith

Et c’est ainsi que j’ai ouvert cette seconde bouteille du Domaine Calimàs. Elle nous vient de Latour de France ce qui permet à son auteur, Patrice Delthil (Tél. 06 26 33 12 31 ou 04 68 84 79 83), de faire un petit jeu de mots au passage en labellisant son Carignan en Vin de ‘Latour de’ France. Les nouveaux venus ne manquent jamais d’humour dans le Roussillon, même si Patrice a déjà une sacrée expérience puisqu’il a longtemps travaillé avec Cyril Fhal (Clos du Rouge Gorge), lequel a déjà eu droit à sa chronique il y a trois ans. Maintenant que j’y goûte en paix, chez moi, sans rien manger, je trouve ce rouge marqué par une pointe d’acescence, manquant de finesse, rempli de goûts étranges et de notes boisées pas toujours très nettes. Pourtant, je n’ose dire qu’il est mauvais puisque je le bois. Ce doit être ça, ce qu’on appelle le paradoxe du vin « nature » : un vin qui aurait le cul entre deux chaises, qui serait bizarre sans être repoussant ?

Étrange Esttra Lunat... Photo©MichelSmith

Étrange Esttra Lunat… Photo©MichelSmith

À moins que ce ne soit le jeu de ce coquin de Carignan du côté de Latour-de-France ? Voilà pourquoi il me semble nécessaire de bien carafer ce vin sur plusieurs heures avant que de le proposer. D’habitude, un vin qui ne me plaît pas au premier contact, je l’attends un ou deux jours, pour voir, tant je me méfie des pièges de Dame Nature. Combien de personnages rencontrés dans ma vie ne me plaisaient pas trop au prime abord avant qu’ils ne deviennent mes meilleurs potes ? Et puisque le vin c’est la vie… et que celui-là se dit « vivant », alors je le garderais volontiers 5 à 6 ans, rien que par curiosité.

Un militant du vin nature, tel est Patrice Delthil. Photo©MichelSmith

Un militant du vin nature, tel est Patrice Delthil. Photo©MichelSmith

Sur ce coup là, une fois l’avoir goûté, j’ai donc attendu. « L’Estra Lunat », puisque tel est son nom, titre 14°, ce qui est amplement suffisant. Il n’a pas de millésime affiché, mais je soupçonne que ce doit être un 2010, sinon je ne vois pas pourquoi le vigneron se donnerait la peine de préciser qu’il s’agit du « Lot n° 10 ». Il précise aussi qu’il « contient des sulfites ? ».

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Mais pourquoi ce point d’interrogation ? Il se dit « naturel », mais on nous dit que le millésime 2011 trouvé sur un site à un peu moins de 15 € le flacon, contient 20 mg/l de sulfites ajoutés. Au nez, il évolue, mais est-ce en bien ou en mal ? C’est en tout cas une des rares fois que je me pose cette question. Pourtant, au bout de 48 heures, le nez de ces vieilles vignes redevient acceptable : notes mine de crayon épicées et boisées, mais un boisé proche du ciste, donc sans trop de reproche, hormis cet aspect, comment dirais-je, plus ou moins oxydé. La texture est belle, le vin est savoureux et les tannins soyeux.

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Sur un classique plat de pâtes, sauce tomate et lardons, costaud en basilic, la bouteille est achevée sans mal et non sans un certain plaisir. Allez comprendre. Paraît que si l’on vide la bouteille c’est que le vin est bon, non ? Ben oui, j’ai dû l’aimer ce vin puisque je l’ai bu !

Michel Smith


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#Carignan Story # 169 : Un jour de célébration pour le bœuf au schiste.

Vous ne le saviez peut-être pas, mais Samedi dernier, un jour avant le classique mais ordinaire jour du Seigneur, c’était le Jour du Carignan, ou le « Carignan Day » pour faire plus international. Une occasion de se retrouver entre fous de Carignan comme ce fut le cas l’an dernier pour le premier jour de célébration, en terre minervoise, chez l’ami Pierre Cros, à Badens, autour d’un roboratif cassoulet ! Au cas où vous ne comprendriez toujours rien à cette affaire, penchez vous sur cet article rédigé dans la langue de Goethe (ça me fera au moins un bon commentaire de Léon !), celle que parle si bien mon ami le journaliste André Dominé qui en est l’auteur. Samedi dernier, c’était rebelote, le Jour du Carignan II, un jour lancé comme ça, au pif, comme une boutanche de « Carignator » jetée dans la Grande Bleue, au hasard d’une discussion entre potes même pas amochés par le fait de se retrouver lors d’un Vinisud autour d’un géant « Bar à Carignan » tout juste improvisé.

L'approche de Berlou, avec le Caroux en arrière-plan. Photo©MichelSmith

L’approche de Berlou, avec le Caroux en arrière-plan. Photo©MichelSmith

La session officielle du deuxième Carignan Day, mise sur pieds une fois de plus par Sebastian Nickel qui en est son « inventeur », s’est tenue sur les hauts de la petite commune rocheuse de Berlou (Hérault), dans les locaux aimablement mis à notre disposition par le sieur Jean-Marie Rimbert, accoucheur et empereur autoproclamé du facétieux Carignan de schiste « Carignator » (il entre aussi plus pleinement dans une cuvée « Le Chant de Marjolaine » et, dans une moindre mesure dans la cuvée « Mas au Schiste ») sa cuvée la plus spectaculaire. Au menu : la création sous forme d’association du Mouvement Carignan Renaissance (pas encore de site Internet, mais ça va venir) que j’ai l’honneur de présider, une verticale des carignans de Jean-Marie Rimbert, un bœuf bourguignon au carignan de Berlou, ou Boeuf au schiste, et une promenade digestive dans les vignes pour une photo souvenir. Carignan Renaissance est une idée lancée il y a une dizaine d’année déjà par John Bojanowski qui, avec gentillesse, a accepté que l’on reprenne ce nom pour l’association dans laquelle il milite à nos côtés. Avec son épouse Nicole, il vinifie au Clos du Gravillas, dans le Minervois, un superbe carignan « Lo Veilh » déjà évoqué dans ces pages virtuelles, vin sur lequel je reviendrai un jour plus longuement car il fait partie à mes yeux d’un des grands classiques du Midi.

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Verticale de « Chant de Marjolaine » et de « Carignator » immortalisée par Sebastian Nickel. Photo©MichelSmith

Mais revenons sur un autre classique, notre hôte du jour en l’occurrence, j’ai nommé Jean-Marie Rimbert. Il y aurait tant et tant à dire sur les vins de ce personnage iconoclaste que je préfère vous reporter à la lecture d’un de mes premiers papiers, ici même. Tout comme Pierre Cros il y a un an, Jean-Marie nous proposait en guise de mise en bouche une verticale assez fournie de sa cuvée connue sous le nom du « Chant de Marjolaine », dédiée à sa fille qui porte ce joli prénom. C’est un pur carignan de schiste qui la compose, ne l’oublions pas, plutôt porté sur le fruit, destiné à être consommé non pas dans l’urgence mais assez vite dans le temps, disons 3 à 5 ans. Pourtant, en y regardant de plus près, on s’aperçoit que 1999, le premier millésime de la série, élaboré à partir d’une vendange égrappée (les suivants le seront aussi), bien que présentant une robe quelque peu brunie, est encore très frais et joliment porté sur les fruits rouges confits. Sur les 6 millésimes goûtés, c’est pourtant le plus récent qui l’emportera à mes yeux, un 2006 juteux aux notes d’orange sanguine armé d’une très belle matière. Notons au passage que le 2004 n’a pas démérité.

Jean-Marie Rimbert, l'hôte de ce second Carignan Day. Photo©MichelSmith

Jean-Marie Rimbert, l’hôte de ce second Carignan Day. Photo©MichelSmith

L’autre cuvée star de Rimbert, le « Carignator », plus rarement vinifiée, se composait de 4 flacons dont un magnum. « Carignator 1er » avait la particularité d’assembler deux millésimes, 2000 et 2001, vinifiés en macération carbonique. Il avait fait sensation à sa sortie. Très long en bouche, tout empreint des essences de garrigue, il se manifeste encore par une belle présence tannique qui va lui assurer, à mon avis, quelques années de garde supplémentaire sur ses suivants. Les autres millésimes m’ont paru un peu décevants, exception faite d’un « Carignator 3 » 2008 servi en magnum, distingué au nez, frais, crémeux et particulièrement long en bouche, le genre de vin que j’aurais aimé boire sur une perdrix au chou avec quelques grains de genièvre.

Les autres cuvées dégustées... Photo©MichelSmith

Les autres cuvées dégustées… Photo©MichelSmith

Le plus jeune membre de Carignan Renaissance, Julien Gil, qui va bientôt épouser sa belle compagne allemande, Julia, était venu avec deux millésimes (2009 et 2010) de carignan (IGP Cité de Carcassonne) du Plô Roucarels dont j’avais en son temps apprécié le 2007. Venant après les deux carignan du Puch (2010 et 2011) dont je parlerai pas vu qu’il s’agit d’une petite propriété que je partage avec des amis, c’est le 2010 de Julien qui m’a frappé par son élégance et son côté immédiatement abordable. Je ne sais plus si c’est André Dominé ou Sebastian Nickel qui avait proposée cette bouteille, mais le Côtes du Rhône Villages Saint-Gervais 2007 du Domaine Clavel, déjà goûté pour vous l’an dernier s’est révélé solide comme un bloc, d’une belle netteté et somme tout assez droit.

De gauche à droite : John Bojanowski, Jean-Marie Rimbert et Julien Gil. Photo©MichelSmith

De gauche à droite : John Bojanowski, Jean-Marie Rimbert et Julien Gil. Photo©MichelSmith

Pour la fin, j’ai gardé le somptueux Côtes du Brian 2011 « Lo Vielh » (17 €, départ cave) de Nicole et John, vin bio déjà évoqué plus haut. Il s’agit d’une parcelle plus que centenaire implantée sur le très calcaire terroir de Saint-Jean-de-Minervois. Le raisin a été égrappé avant d’être foulé aux pieds dans des pièces neuves de 450 et 600 litres pour une cuvaison de 4 à 5 semaines. La mise est récente, tout comme celle d’une autre cuvée, version 2010 (10 €), travaillée de la même façon, à partir des mêmes vignes, mais avec une vinification en pièces plus âgées et baptisée « Côté Obscur » car elle a mis plus de temps à se faire. Tirée à 3.500 bouteilles, c’est probablement un des plus complexes vins de Carignan actuellement sur le marché : touches de bois de rose, cacao, myrtille, on a une grande fermeté en bouche et un fruité remarquable en finale. John me dit qu’un restaurant de Perpignan, le Figuier, va l’avoir à sa carte. Je vais pouvoir en profiter !

Michel Smith


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#Carignan Story # 44 : Le chant discret du Rouge Gorge

Celui-là, il faut aller le chercher. Commencer par garer sa voiture en bas du village de Latour-de-France. Grimper quelques mètres vers le bourg et une première place au nom de Marcel Vié. Chercher enfin le numéro 9 où le Clos du Rouge Gorge apparaît de manière ô combien discrète. Comme son propriétaire, d’ailleurs, qu’il aura fallu contacter au préalable afin de prendre rendez-vous dans les meilleures conditions. Cyril Fhal, un Parisien ayant travaillé dans la Loire où il a été régisseur de plusieurs domaines, est un de ces gars timides qui travaille lentement mais sûrement sans émoustiller les castes médiatiques. J’avais déjà cité son vin il y a quelques années et il m’aura fallu tout ce temps et une improbable « coopérative bloguière » pour monter à sa rencontre…

Cyril Fhal en tenue de vendangeur, fin de l'été 2010. Photo©MichelSmith

Cyril Fhal en tenue de vendangeur, fin de l’été 2010. Photo©MichelSmith

Dans sa cave, il distille une sonate d’un pianiste classique que je n’ai pas reconnu vu mon pauvre niveau musical. Dans ses vignes, il cultive le macabeo dont il tire un blanc original associé au grenache blanc, le cinsault, un cépage qu’il vénère et qui entre dans sa cuvée « L’Ubac », une vigne pentue exposé plein nord, et le bon vieux Carignan, celui pour lequel j’ai séché mon bureau pour un randonnée dans les Fenouillèdes et qui arbore l’étiquette du Clos du Rouge Gorge. Sur 5,5 ha, le carignan couvre un peu plus de 3 ha. Il s’agit d’une vigne dont l’âge varie entre 70 et 105 ans, les plus vieux pieds étant exposés nord-est. Lors de mon passage en pleine vendange, les raisins étaient récoltés en caissettes déversées une à une dans une cuve ouverte où les grappes semblaient baigner dans leur jus pour une extraction à la fois lente et douce.

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Photo©MichelSmith

J’ai goûté deux millésimes du Rouge Gorge, Vin de Pays des Côtes Catalanes, et je me suis régalé ! Cela a commencé avec un 2008 actuellement en vente (24 €, 4.000 bouteilles produites) embouteillé en août 2009 : le nez, d’une grande finesse, évoquait un peu certains vins du Piémont et en bouche, pour la première sensation, j’avais l’impression d’être sur un bon Barbaresco de Giorgio Pelissero, avec de la rondeur, de la fourrure et des tannins tantôt cuir, tantôt proches de la peau du raisin. L’ensemble est dense, assez serré, structuré, notes de fruits cuits et tannins bien présents mais pas dérangeants, bref, un vin promis à un bel avenir que l’on pourra commencer à goûter d’ici 10 ans.

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Photo©MichelSmith

Vint ensuite le 2007, encore plus équilibré, drapé dans de magnifiques tannins grillés et un fruité plus aiguisé, avec plus de fermeté et une probabilité de garde de 10 à 20 ans. C’était, pour Cyril, qui si je me souviens bien a démarré avec le millésime 2005, la première fois qu’il vinifiait grappes entières. Ce vin n’est plus en vente.

Mais pourquoi décrire aussi maladroitement un vin aussi précis et dimensionnel que celui de Cyril Fhal, alors que notre maîtresse à tous, si j’ose dire, la délicieuse Aurélia Filion, en parle avec tant d’amour et de talent ? En cette fin d’article, je lui laisse la parole rien que pour le plaisir d’entendre sa déclaration et de regarder son visage lumineux. C’est à toi,Aurélia !

Dernière chose : pour contacter Cyril, téléphonez au 04 68 29 16 37 ou essayez le mail cyrilfhal@tele2.fr

Maintenant, il est grand temps pour moi de retourner à mon hamac…

Michel Smith (in Casamance)

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