Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


1 commentaire

#Carignan Story # 240 : Allez Maury !

En 1997, après des études viticoles et œnologiques en Avignon, le jeune Julien Fournier décide de reprendre le domaine familial à la suite de son père, Jean, alors officier de marine. Julien augmente modérément la surface d’un domaine qui livre la totalité de sa récolte à la Cave des Vignerons de Maury, dans les Pyrénées-Orientales, coopérative qui se trouve à proximité de sa maison.

En 2002, il s’offre la possibilité de prendre une part d’indépendance et de tenter l’expérience d’une cave particulière, le Domaine de Serrelongue, en ne vinifiant grosso modo que le tiers de l’exploitation. Aujourd’hui, il ne regrette nullement ce choix : «J’ai de la chance, car c’est grâce à la coopérative que je peux vivre tout en me faisant plaisir», avoue-t-il en toute franchise.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Sur les 30 ha repris entre Tautavel et Maury, Julien a rajouté 10 ha et se garde aujourd’hui 7 ha de vieilles vignes principalement sur schistes, vignes qu’il travaille aux chenillards en culture dite «raisonnée», pour les vinifier par la suite et les mettre en bouteilles chez lui. Parmi ces vieilles vignes, bien entendu, Julien peut compter sur 3 ha de Carignan car certains vignerons maurynates ont eu la présence d’esprit de ne pas écouter les «experts» et donc de ne pas les arracher comme on le préconisait avec force dès la fin des années 80. Bien leur en a pris, car on sait désormais que ces valeureux ceps contribuent aujourd’hui à parfaire la renommée identitaire de la Vallée de l’Agly.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Outre ses Maury et ses blancs en Côtes Catalanes, plusieurs Côtes du Roussillon Villages complètent la gamme, dont un séduisant Carigno (officiellement jusqu’à 70% carignan) acheté 6 € l’autre jour dans la boutique Côté Cave ouverte par un jeune couple à Thuir. Pour ce prix-là, j’avoue que l’on pourrait laisser passer quelques défauts, se montrer indulgent quant à la matière ou pardonner un élevage maladroit. Or il n’en est rien: ce jeune vin de 2013, vaillant au possible, mais aussi chaleureux, ample et généreux, très marqué par les essences de garrigue, se montre aussi complet, fruité, et capable d’affronter dès les mois d’hiver la cuisine de gibiers à poils, une daube de taureau ou de joues de porc, ainsi qu’un roboratif coq au vin. On peut aussi choisir de le faire patienter 5 ans dans une bonne cave pour lui proposer par la suite un beau gigot d’agneau ou un sauté de veau.

Michel Smith

PS. Un peu de pub : Pour les rares lecteurs qui suivent mon activité de petit vigneron associé à 6 camarades autour du Puch, à Tresserre, nous avons vendangé notre Carignan samedi dernier en une matinée par un fort beau temps calme. Récolte satisfaisante (autour de 15 hl/ha) et degrés honnêtes (autour de 13°) avec de belles grappes pour la plupart, certaines (10 %) commençant à être atteintes de pourriture. Par endroits un petit tri à la vigne s’est avéré nécessaire. Mais dans l’ensemble, nous nous en sortons pas mal.

Pour l’heure, nous mettons en vente le 2013 : 9 € départ cave. Qu’on se le dise !

 


4 Commentaires

#Carignan Story # 239 : Au fond de ma vallée…

Demander à rencontrer Philippe Courrian, c’est voir s’ouvrir un petit peu plus les portes du paradis. Il y a d’abord la symbolique mais royale entrée dans cette partie de la vallée de la Nielle, maigre affluent de l’Orbieu dévalant tout droit des Hautes Corbières. Nous sommes au bien nommé Château Cascadais dans une campagne habitée comme le stipule avec malice la pancarte à l’entrée de la propriété. Cela signifie respect, respect des plantes, des fruits, des gens et des animaux. Après, tout est affaire de feeling. Ça passe ou ça ne passe pas. Entre lui et moi, le courant est branché depuis des lustres. Cela n’empêche pas le parlé franc, Philippe ayant des avis bien arrêtés sur pas mal de choses mais aussi des remarques de sage quand il dit par exemple : « Je ne me prononce pas car je ne connais pas ». Notre relation est celle d’une franche amitié. À un tel point qu’à une époque, j’ose l’avouer, j’ai plusieurs fois cédé à la tentation de déclencher moi-même le précieux sésame en faisant tout pour me faire inviter dans sa vallée heureuse. Puis on s’est un peu perdu de vue… hasards de la vie.

Philippe en admiration devant ses Carignans. Photo©MichelSmith

Philippe en admiration devant ses Carignans. Photo©MichelSmith

Aussi, lorsque j’ai vu l’autre soir l’animal à la crinière argentée se pointer en bonne compagnie dans le Charivari de Michel Escande où j’avais mis le tablier histoire de prêter main forte à la sommelière Isabelle Brunet, ni une, ni deux, on a pris lui et moi rendez-vous dans la Valley of Love (extrait du film The Sheriff of Fractured JawLa Blonde et le Shérif, en France – le plus con des films années 50 en De Luxe colour, mais avec Jayne Mansfield, tout de même…Attention, la chanson est doublée par Connie Francis, une des chanteuses les plus kitsh mise en orbite à l’époque par l’industrie du disque). C’est ainsi, avec cette mielleuse chanson cowboy que j’arpente de nouveau la route cailloutée qui conduit à la maison toute simple de Philippe avec la furieuse envie de taster son vin de Carignan. Ici, à moins de monter sur une butte, le téléphone portable s’arrête. Chez Philippe, que l’on soit dans les rochers de sa « piscine » ou dans la cour parmi les roses trémières, on se sent au bout du monde. On oublie tout et l’on se dit que c’est dur de rentrer.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Comment dire sans le vexer… À mon avis, Philippe Courrian ne veut pas à faire le plus grand vin de son appellation. Il cherche simplement à nous donner un bon vin représentatif de sa vallée, un vin juste, constant, précis, loyal, parfaitement équilibré, un vin vinifié sans esbroufe et sans calcul médiatique. Le bougre a raison car c’est vraiment le cas de cette cuvée Le chant de la Cascade 2012 qui arbore encore la dénomination Corbières alors que le 2013 rentrera dans le rang avec la mention Coteaux de la Cabrerisse, à moins de le mettre en Vin de France. Encore ces conneries de règlements ! Quand les Corbières n’auront plus de Carignans à se mettre sous la dent à force de les reléguer aux seconds ou troisièmes rôles, le casting de l’appellation sera bien maigre et surtout bien triste. Voilà, c’est dit ! Sauf que ça fait 30 ans que je leur chante cet air-là…

Super sur une cargolade !!! Photo©MichelSmith

Super sur une cargolade !!! Photo©MichelSmith

Maintenant revenons au vin. J’espère que sur les prochaines étiquettes Philippe fera mention du cépage car celui-ci, d’un âge avancé, est planté sur 3 petites parcelles, si je ne m’abuse sur des terres argilo calcaires bordées de murets de pierres grises et tournées vers les collines de pinèdes qui cachent la Montagne Noire, parcelles qu’il loue à un vigneron du pays. Le millésime 2012, Campagne de Cascadais, en partie décrit plus haut, est à mon avis prêt à boire pour encore un an ou deux si l’on veut profiter de son fruit. En plus de son équilibre, j’ai aimé la facilité avec laquelle il se laisse boire. En sera-t-il de même avec le 2013 dont la mise est prévue pour l’hiver prochain ? On verra. En attendant, je ne peux que vous inciter à saisir ce flacon. Parfait sur les escargots de Philippe, il le sera aussi sur toutes sortes de grillades. En vente au domaine au prix de 9 € départ cave.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Et pour les curieux, sachez que Philippe, Médocain de naissance et sudiste dans l’âme, possède avec ses enfants un fameux Médoc, le Château Tour Haut Caussan, sur la commune de Blaignan, ainsi que le Château La Landotte. À Cascadais, dont le chai se situe à Saint-Laurent-de-la-Cabrerisse, il vinifie aussi un second vin d’un excellent rapport qualité-prix, La Roque Dansante, ainsi qu’un délicieux Corbières où grenache, carignan, syrah, cinsault et mourvèdre se marient divinement bien dans les barriques  d’occasion venues du Médoc ainsi que (pour moitié) dans les cuves ciment. Enfin, on parle de plus en plus de son pur Tannat élevé 16 mois en barriques. Pas mal pour un seul homme qui a largement passé l’âge de la retraite !

Michel Smith

Servir frais, bien entendu... Photo©MichelSmith

Servir frais, bien entendu… Photo©MichelSmith


Poster un commentaire

#Carignan Story # 238 : Au nom de… Zéphirin !

 

120x120-000000-80-0-0http://www.deezer.com/track/66112098

Au nom de qui, au nom de quoi, je vous le demande ? Au nom du Carignan, bien sûr ! Du moins si j’en juge par cette cuvée du Domaine In Nomine qui consacre à sa manière de valeureuses parcelles de ce vieux cépage – ici les ceps frisent les cent ans – sur des terres argilo calcaires du côté d’Opoul, le dernier village des PO, juste à la frontière de l’Aude, sur la partie des Corbières tournée vers le Golfe du Lion et la chaîne des Pyrénées. Mais surtout, plus que tout, au nom de Zéphirin, l’arrière grand-père qui a probablement lui-même planté ces vignes de Carignan que Cyril Lambert retape avec l’aide de sa compagne Sophie.

La forteresse d'Opoul. Photo©MichelSmith

La forteresse d’Opoul. Photo©MichelSmith

Une fois le décor planté, et dieu sait qu’il est encore plus spectaculaire que vous ne pouvez l’imaginer, il reste le vin. Un Côtes Catalanes 2011 vinifié visiblement avec soins à partir d’une vendange non éraflée, des grappes très mûres, foulées aux pieds et longuement macérées… Le genre de travail que l’on ne peut faire que si l’on a de beaux raisins. Ce fut le cas par évidence cette année-là où le vin a été élevé douze mois en barriques de chêne français et mis en bouteilles sans filtration. Que voulez-vous, ces jeunes aujourd’hui ils sont un peu fous et il y a fort à parier que le Zéphirin, l’ancêtre, aimerait bien partager cette cuvée.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Évidemment, je n’ai pas un portrait du papé, mais c’est en pensant tout de même un peu à lui qu’à deux reprises – une fois dans ma salle de dégustation, une autre fois aux Indigènes, l’un des bars à vins les plus en vue de Perpignan – j’ai pu saisir ce vin. La première fois, en dépit d’une grande finesse au nez, je l’ai trouvé un peu dur en bouche, disons vert, anguleux. Lui ou moi n’étions pas prêts à nous rencontrer et, ce matin-là, j’avais juste noté que j’avais en face de moi « un petit monstre ». Quelques semaines plus tard, ayant oublié mes premières impressions, je le goûtais sur des petites assiettes de choses et d’autres et je l’ai trouvé beaucoup plus civilisé, plus fréquentable, plus complet aussi, plus cool diraient les winies d’aujourd’hui. Il vaut tout de même 24 euros la bouteille. Mais bon, vieilles vignes, petits rendements, élevages soignés, etc… je ne vous ferais pas l’injure du discours complet puisque, quoiqu’il en soit, c’est un très beau vin.

Michel Smith


2 Commentaires

#Carignan Story # 237 : Notre tonneau

C’est un bonhomme fort sympathique qui m’a gentiment abordé l’autre jour alors que nous étions en train de célébrer la fin du deuxième mandat de notre ami, l’ancien maire de Calce, Paul Schramm, lors d’un pince-fesse tout ce qu’il y a de plus républicain. Raymond Manchon, qui travaille plus de 20 ha en bio, dont quelques hectares de Carignan pour le compte de la cave des Côtes d’Agly, à Estagel, m’est d’emblée apparu comme un parfait défenseur de ce cépage. « En plus de ce que je porte à la coopérative, me dit-il, j’ai sauvegardé deux parcelles soit 32 ares de vieux Carignans pour un vin que je baptise sous le nom de Bota Nostra, notre tonneau si vous préférez. Si vous voulez, je vous fais livrer deux bouteilles. Et vous me direz ce que vous en pensez » !

C'est dans ce décor féérique que Raymond s'attache au Carignan. Photo©MichelSmith

C’est dans ce décor féérique que Raymond s’attache au Carignan. Comme on le comprend ! Photo©MichelSmith

Sitôt dit sitôt fait, j’ai reçu les bouteilles – deux millésimes – il y a plusieurs mois. Et j’ai attendu, attendu que ma liste d’attente, justement, se libère. Chose faite aujourd’hui. J’ai donc pu enfin goûter ces vins avec bonheur et sur trois jours. Le premier est un formidable 2010 non filtré provenant d’une vigne plus que centenaire de 10 ares sur une parcelle argilo calcaire parsemée de grosses pierres de dolomie comme on peut le voir sur la photo. Tiré à moins de 400 bouteilles, c’est pour moi le plus complet : épais, dense, cassis, il a tendance à « pinoter » dans le verre après aération au bout de 48 heures.

La vigne et ses grosses dolomies. Photo©Raymond Manchon

La vigne et ses grosses dolomies. Photo©Raymond Manchon

Ce Vin de France, dont il reste encore quelques exemplaires, est vendu directement « au garage », autour de 10 €, chez Raymond Manchon qui habite du côté de Tautavel. L’autre vin, un 2011, provient d’une parcelle de 20 ares où les vieux Carignans se sont enracinés sur un sol de schiste recouvert de graves sur lequel Raymond a aussi planté 50 chênes truffiers. Toujours non filtré, je l’ai au départ trouvé un peu dur. Mais la fermeté de ses tannins s’est assouplie au bout de deux jours et, en dehors d’une très légère amertume, il a accompagné avec fierté la côte de porc fermier à la sauge que j’avais préparé à son intention.

 Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Les coordonnées de Raymond : 06 30 42 23 48… Ou par courriel : bota.nostra@orange.fr 

Michel Smith

 


Poster un commentaire

#Carignan Story # 235 : Charivari bis… chez les Escande.

Le charivari, c’est une sorte d’énorme tintamarre, un joyeux bordel où le bruit des casseroles se fait entendre. Sauf que pour moi, c’est le nom d’un Carignan du Roussillon dont il était question ici dimanche dernier. Enfin, et surtout, c’est aussi le nom de cet éphémère restaurant d’été que le blogueur Vincent Pousson et sa compagne sommelière Isabelle Brunet ont ouvert chez Michel Escande, à La Borie de Maurel, juste au-dessus de Félines, dans le Minervois. Tout compte fait, le nom n’est que la reprise de ce qui était à l’origine un bar à vins vigneron à une époque bénie où l’on ignorait encore le mot barbare d’œnotourisme. Décidément, je n’en fini pas avec le charivari… J’y étais Dimanche et j’y retourne aujourd’hui pour un stage en sommellerie !

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Comme je vous l’avais laissé entendre dimanche dernier, le dîner du Charivari était entièrement consacré à notre cépage fétiche. Vous voulez savoir comment c’était ? Pas de surprises : je me suis éclaté. D’abord avec deux carignans blancs, l’un jeune des frangins Xavier et Mathieu Ledogar, dans les Corbières, et l’autre plus âgé de Daniel Lecomte des Floris dans l’arrière-pays de Pézenas.

Isabelle s'occupe du Carignan... Photo©MichelSmith

Isabelle s’occupe du Carignan… Photo©MichelSmith

...et Vincent se charge du Cochon. Photo©MichelSmith

…et Vincent se charge du Cochon. Photo©MichelSmith

Parmi les carignans du soir, il y avait celui de Tonton Raymond, nom affectueux donné au sieur Raymond Julien, du Minervois lui aussi. Véritable fan du Carignan, il est venu en presque voisin avec quelques vieux millésimes sous le bras (dont un remarquable 2003) en plus de son superbe 2011. Un autre revenant, toujours du Minervois, le fameux Boulevard Napoléon, un parfait carignan pour gentlemen britanniques vinifié dans le village tout proche de La Livinière par l’ami Benjamin Darnault. Comment, vous ne vous souvenez pas de ce vin décrit ici même l’an dernier  ?

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Bon, j’ai goûté deux autres vins, dont un somptueux Font Sanatis 2010 de Benoît Braujou, mais je n’ai pu écrire quoique ce soit compte tenu de l’ambiance festive du dîner, surtout vers la fin. En revanche, j’ai pu me pencher plus sérieusement sur le Vin de France Rêve de Carignan 2011 vinifié de mains de maître par Gabriel, ici on préfère employer le diminutif de Gaby, l’un des deux fils de Michel Escande, le patron des lieux. Michel, qui est plutôt syraphile (sa cuvée Sylla est devenue une légende du Languedoc) ne pipe pas un mot sur le vin de son fils et quelque chose me dit que Gaby lui-même n’est pas du genre à se mettre à table. Bref, on réglera ça plus tard. Il ne me reste plus qu’à lui dire bravo pour ce rêve éveillé bu avec délectation, une cuvée tirée à moins de mille exemplaires, si j’ai bien compris, au point qu’il ne figure même pas sur le tarif. D’ailleurs, le mystère total plane sur ce rouge que j’avais goûté il y a quelques années lors d’un Vinisud bien arrosé. On jurerait qu’il y a du bois, mais on en n’est pas certain. A-t-il été éraflé ou pas ? That is the question… Très vieilles vignes ? Oui, sans nul doute. Que dire de plus ? Eh bien qu’il commence tout juste à s’épanouir, à se libérer. Doté d’une remarquable intensité, riche en matière, solide mais pas lourd, tonique mais sans dureté aucune, il a été d’une incroyable précision sur la daube de cochon sauvage cuite dans les lies du même Carignan. Un rêve éveillé, vous dis-je !

Mon petit doigt me dit que si l’on arrive à mettre la main sur ce 2011, par exemple – il paraît qu’il n’est pas si onéreux que ça -, on aura fait au moins une belle affaire dans sa vie ! D’autant que l’habillage du vin est très soigné. Mais il semblerait que Gaby ne souhaite pas faire cette cuvée tous les ans… Allez savoir ! Quoiqu’il en soit, faîtes de beaux rêves.

Michel Smith

 

 


2 Commentaires

#Carignan Story # 234 : Mais quel Charivari !

Hier, j’ai assisté à la belle étoile, plus précisément à la Borie de Maurel, dans le Minervois, à un dîner Carignanesque et Gargantuesque savamment orchestré par la divine et poitevine sommelière, Isabelle Brunet et son espiègle compagnon ariégeois, Vincent Pousson. Pour l’occasion, le lieu était baptisé le Charivari en souvenir du bar à vin éponyme ouvert en ce même domaine en 2000 par la paire Michel Escande/Vincent Pousson. Coïncidence, quelques jours auparavant, j’ai eu l’occasion de tapasser dans le nouveau bar à vins rural, La Fabrique, aux pieds de Latour de France 66) que vient d’ouvrir notre cuisinier, Pierre-Louis Marin qui s’est vu octroyer un macaron au dernier livre rouge du pneu pour son travail à l’Auberge du Cellier, à Montner, le village voisin.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Le nouveau Carignan Piscine de l’été ! Photo©MichelSmith

Non par radinerie, mais beaucoup plus par souci de test pour ma chronique, j’ai opté pour le vin le moins cher de la carte – enfin je pense -, l’amusant et intriguant Charivari 2013 du Domaine du Possible que dirige Loïc Roure. Commercialisé à 13,50 € sur cet excellent site de vente, je ne l’ai payé que 15 € sur table à La Fabrique ! Une bonne affaire pour ce vin très estival pas trop coloré, ni trop copieux, un de ces vins légers, fruités et copains que j’aime qualifier de simple au grand dam de certains commentateurs. Pourquoi se compliquer la vie lors d’un repas qui se voulait lui aussi drapé dans la simplicité ?

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Servi comme il le faut dans son ice bar, ce Côtes du Roussillon rouge produit en Fenouillèdes était tellement bon et frais qu’il nous a mis le baume au cœur mon fils et moi en ce dimanche frisquet du mois d’août. Au point que nous avons décrété que ce serait notre carignan piscine de l’été ! Ça n’a fait rire que nous, mais comme on était gais comme des pinsons, ce n’est pas grave…

Michel Smith


1 commentaire

#Carignan Story # 232 : les Terres Noires de l’Emporda

J’ai trouvé cette bouteille dans le rayonnage d’une grande surface du vin (aïe, je vais encore me faire démolir par les staliniens de veille…) en Catalogne espagnole grâce au vendeur à qui j’ai demandé un Samso pas trop cher. Si vous suivez cette rubrique dominicale, vous savez désormais que le Samso est le nom que les Catalans donnent au Carignan. Comme dans le proche Roussillon, de l’autre côté de la frontière, les Catalans redécouvrent leur Samso avec plus ou moins de bonheur. Des deux côtés, il m’est arrivé d’en goûter de bien tristes, de bien rustiques et de bien navrants. J’ai partagé souvent avec vous ces expériences. Je continue.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Celui-ci, payé 9,66 € chez Grau, à Palafrugell, non loin de Cadaquès, est le premier que je goûte qui soit pleinement satisfaisant. Espelt  est sa marque, ou plutôt le nom du domaine, du mas, devrais-je dire, sur la commune de Vilajuïga, en bordure du Parc Naturel du Cap de Creus, non loin de la côte. Terres Negres le nom de sa cuvée. Son appellation – on dit ici D.O. – est l’Emporda, du nom de cette région au sud de la France et bien au nord de Barcelone.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

 

Tiré à 36.000 bouteilles, il porte le nom français de son cépage sur la contre-étiquette. En réalité, l’emprise du Carignan n’est ici que de 80 %, le reste étant l’apanage du Grenache noir. Son degré m’impressionne : 14,5°. À mon avis, vu sa chaleur en bouche, il frise les 15 degrés. Mais ce n’est pas vraiment gênant, thanks to the Carignan ! Le nez est assez envoûtant avec ses notes terreuses, grillées, épicées. La bouche est copieuse, pleine, finalement assez équilibrée. Un vin bien mûr qui peut encore attendre à mon avis 3 à 4 ans sans encombres. Et c’est avec un lièvre ou un lapin de garenne qu’il sera au mieux de sa forme.

Michel Smith

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Rejoignez 10 704 autres abonnés