Les 5 du Vin

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Sauvignon blanc, et plus si affinités

On a beau râler, ici ou là, disputer les variétés dites « internationales », défendre les cépages locaux et rares, et, quelque part, avoir un peu raison en défendant l’idée de la diversité de cette manière, c’est toujours une petite dizaine de variétés de vigne qui domine largement la production mondiale. Les chiffres sont sans appel, car dix variétés pèsent pour une grosse majorité du vignoble mondial.  Je vous donne ces 10 premières variétés dans l’ordre (source : University of Adelaide, 2010) :

1. Cabernet Sauvignon
2. Merlot
3. Airen (vous l’aurez trouvé, celui-ci ?)
4. Tempranillo
5. Chardonnay
6. Syrah
7. Garnacha tinta
8. Sauvignon blanc
9. Trebbiano Toscano (alias Ugni Blanc)
10. Pinot noir

Ce tableau de chasse est en évolution constante, en fonction de modes, des plantations et des arrachages. Mais que faut-il penser de cette concentration de la production ? Les tenants du « boire locale » diront que c’est très mauvais, que cela uniformise les goûts et favorise une production supposée « industrielle », etc, etc. On connaît cette chanson, et, comme souvent, il y a une part de vrai là-dedans. Mais je vais aussi présenter les arguments pour une simplification d’une partie de l’offre des vins, surtout à destination de la majorité des acheteurs de vin, ceux qui n’ont ni le temps ni l’envie de lire des articles ou livres sur le sujet, et qui sont aussi ceux qui font vivre l’essentiel de la filière, ne l’oublions jamais.

Avant tout, il est très difficile pour un consommateur novice ou occasionnel, qui aime bien boire du vin mais qui ne s’y intéresse pas plus que cela, de se repérer dans la vaste et très diverse offre qui existe dans la plupart des marchés. En France cette offre dépasse très largement les capacités de compréhension de, disons, 90% des consommateurs. Dans des marchés plus ouverts à une offre bien plus variée sur le plan des origines, la situation est bien pire ! Segmenter les vins par leurs cépages, leur saveurs ou leur prix (et les trois à la fois si possible) sont des options bien plus pertinents qu’une approche par l’origine géographique, même si celle-ci fait sens en deuxième position de tri, pour ceux qui savent, ou qui recherchent un accent particulier.

Je rajouterai que c’est justement cette segmentation par variété (unique ou dominante) qui autorise une véritable exploration du résultat des lieux différents : climats, ou, si vous préférez, terroirs. Prenons l’exemple du cépage qui sera le sujet de cet article, le sauvignon blanc. Il n’offre pas les mêmes nuances à Sancerre, à Bordeaux, à Marlborough, en Styrie ou à Rueda. Ces différences, cette portefeuille d’arômes et de saveurs qui sont modulées et parfois amplifiées par les choix de chaque producteur et par les conditions de chaque millésime, confèrent une très grande diversité de styles au sauvignon blanc. Assemblée ou pas, la variété garde presque toujours un axe central, sorte de colonne vertébrale, qui est son acidité naturelle, porteur d’un train d’arômes dont la gamme spécifique traduit les origines géographiques, et parfois aussi les techniques.

Sauvignon-blanc-wine-and-grapes

Comme toujours, une seule dimension d’un vin, en l’occurrence son acidité, ne peut être un critère suffisant pour assurer sa qualité. Il lui faut aussi un ensemble de saveurs et de parfums qui lui donne sa cohérence, les uns fonctionnant en harmonie avec les autres, comme de bons partenaires de danse, chacun avec ses qualités et sa partition, mais sans être en rivalité avec l’autre. Cela m’est rappelé avec force chaque fois que je participe à ce concours singulier (par le cépage concerné) qui est le Concours Mondial de Sauvignon Blanc. Chaque jury de 6 personnes déguste, chaque matin, entre 30 à 40 vins, en deux ou trois séries. Les séries sont, dans la mesure du possible, constitués de lots qui sont homogènes : par leur provenance géographique, leur millésime, le fait d’être assemblé ou en mono-cépage, élevé en cuve ou en sous bois, etc. Les vins sont servis à l’aveugle, bien entendu, mais ces paramètres sont connus, ce qui permets de faire glisser sa perspective sur chaque série et de juger chaque vin en fonction d’un étalon réel ou imaginaire, fondé sur l’expérience. Personne ne choisit la région, le pays ou le type de vin dégusté et les membres de chaque jury sont assez diversifié sur le plan des nationalités, ainsi que sur celui de l’activité professionnelle, bien que tous travaillent dans la filière vin.

L’édition 2014 de ce concours, qui a eu lieu à Bordeaux la semaine dernière, m’a donné l’occasion de déguster des séries de vins de plusieurs pays et régions différentes, tous issus de deux millésimes, 2012 et 2013. La France, la Suisse et l’Espagne étaient le pays, et les régions françaises étaient Bordeaux, Touraine et Languedoc-Roussillon, tandis que les sauvignons suisses venaient de Genève, du Vaud, du Valais et de Neufchâtel. Tous les vins d’Espagne étaient de la DO Rueda. De l’avis unanime de notre jury (une chinoise, une française, deux français, un sud-africain et votre serviteur anglais), de loin la meilleur série étaient celle de Rueda. La grande majorité de cette série de 12 vins du millésime 2012 étaient fins mais murs, leur acidité fine si bien intégrée dans un fruité subtil, peu exubérant, mais savoureux juste comme il le faut pour stimuler le palais. L’équilibre parfait fut souvent au rendez-vous chez ces vins délicats comme des Sancerres mais arrondis comme un sauvignon de Styrie. Surtout ils échappaient parfaitement à ce que je trouve être un piège, voire un lieu commun de trop d’exemples de cette variété : des arômes et saveurs herbacés. Personne n’avait la moindre idée de leur provenance, mais on optait tous pour un climat relativement frais, un bon ensoleillement et absence de maladies cryptogamiques, et, probablement, pour un pays européen, car ils n’avaient jamais l’expressivité parfois envahissante de certaines régions de l’hémisphère sud.

Ces concours, pour les participants en tant que membres d’un jury, doivent aussi servir à cela : nous révéler des potentiels jusqu’alors ignorés par nos petites personnes, mettre en cause nos idées reçues et certitudes fragiles. Bref, nous ouvrir vers le monde toujours plus vaste et diversifié du vin. Et l’aborder par le truchement d’un seul cépage permet, justement, de comparer un peu ce qui est comparable et d’éviter de tout mélanger. Si la perspective doit changer avec chaque série, le cadre, lui reste relativement constant. Et c’est tant mieux pour le consommateur.

 

 David Cobbold

 

 


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Contrôles et interdictions dans le vin: quelle efficacité ?

C’est en relisant le texte d’une interdiction promulguée le 31 juillet… 1395 que je me suis mis a cogiter sur l’efficacité relative des différents types de contrôle des entreprises privées que sont les producteurs de vin.

Evidemment la notion d’entreprise privée demanderait à être bien définie. Par exemple, cette notion n’avait pas le même sens à la fin du 14ème siècle que de nos jours. Je ne parle évidemment pas des expériences de gouvernance de la production par des Etats qui tentaient d’abolir la notion de propriété et d’entreprise individuelle. On se souvient des catastrophes humaines et qualitatives que cette approche a provoquées dans le pays de l’ancien bloc soviétique. Mais, malgré ces différences de contexte considérables, je crois qu’il est quand même intéressant de regarder ce qui se passe sur le moyen et long terme quand une instance, qu’elle soit politique ou économique, tente d’imposer ses choix.

Un des cas les plus radicaux dans le domaine du vin, même si nous manquons de témoignages quant à l’efficacité du décret en question, fut le décret de l’Empereur romain Domitien qui ordonnait d’arracher toutes les vignes de Gaule. En réalité, il semblerait que cela était destiné surtout aux vignes plantées en plaine et qui faisaient concurrence au blé, bien plus utile que le vin. Mais c’était tout de même assez sévère. Il a fallu attendre 200 ans  pour qu’un de ses successeurs, Probus, redonne espoir aux vignerons gaulois !

Des cas récents dans le vignoble français incitent aussi à cette réflexion, dans un registre mineur bien évidemment. Je parle de la tentative en cours par l’INAO de faire condamner au tribunal le vigneron Olivier Cousin pour un usage supposé illégitime d’un nom de région (Anjou), mais aussi à la récente condamnation à une amende symbolique d’un autre vigneron, Emmanuel Giboulot, qui a refusé d’acheter, et donc d’appliquer, un produit agréé "bio" pour se prémunir contre la cicadelle, vecteur d’une maladie de la vigne. Ces cas sont différents, bien entendu, mais ont un point essentiel en commun : le refus d’obéir à une injonction qui invoque la loi du pays, ou de l’instance qui gouverne leur domaine de production.

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Philippe II, Duc de Bourgogne

Retournons à l’édit mentionné au début de ce texte, qui émanait du Duc de Bourgogne, Philippe le Hardi, et qui frappait d’interdiction le cépage Gamay.  Je vais vous la fournir presque en entier (d’après les versions de Rossignol, 1854 et Vermorel, 1902) :

(NB, l’orthographe variable et étrange n’est pas le fait d’un anglais ignare, mais correspond aux versions citées du texte originel. N’oublions pas que nous sommes au 14ème siècle) 

"un très-mauvaiz et très-desloyaulx plant nomméz Gaamez, duquel mauvaiz plan vient très-grant habondonce de vins… Et lequel vin de Gaamez est de tel nature qu’il est moult nuysible a creature humaine, mesmement que plusieurs, qui au temps passé en ont usé, en ont esté infestés de griesz maladies… car le dit vin qui est yssuz du dit plant, de sa dite nature, est plein de très-grant et horrible amertume… Pourquoi nous… vous mandons… sollempnellement à touz cilz qui ont les diz plans de vigne des diz Gaamez, que yceulx coppent ou fassent copper en quelque part qu’ilz soient en nostre dit pais dedens cing mois".

(Je crois que je vais retenir l’expression suivante pour une prochaine critique d’un vin que je trouverai vraiment mauvais : "moult nuysible a creature humaine").

 

Gamay par Vermorel

une grappe de gamay, telle que le livre de Viala et Vermorel la montre

 

En tout cas, les gens du Beaujolais et d’ailleurs apprécieront l’avis de Philippe le Hardi. Il ignorait certainement que le Gamay est un des enfants naturels du pinot noir et, donc, par voie de conséquence, du très prolifique gourais (il faut dire que les enfants "naturels" étaient chose courante à l’époque). Quoi qu’il en soit, il est heureux que  l’internet n’ait pas existé pas à l’époque, car on imagine le tollé ! Combien de signataires de pétitions pour sauver le soldat Gaamez ?

Plus sérieusement, quel a été le résultat de ce décret plutôt sévère ? Probablement une migration du Gamay vers le Sud et les collines du Mâconnais et du voisin Beaujolais, même si quelques poches subsistent en Côte d’Or où le Gamay est admis, à la hauteur d’un tiers au maximum, dans le Bourgogne d’assemblage nommé Passetoutgrains. Nous voyons là une premier tentative, du moins en France, d’appliquer le principe qui deviendra, bien plus tard, un des fondements d’une appellation contrôlée de vin : un territoire associé à des variétés de vigne en particulier, à l’exclusion d’autres.

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Ce principe, défendu avec ardeur par les tenants du système d’appellation contrôlée (et protégée), a donné lieu à des nombreux conflits et parfois, plus tard, à des modifications du dit système lui-même. Je pense au cas de la Toscane, en Italie où l’apparition, à partir des années 1970, de vins de très haute qualité dans le région côtière autour de Bolgheri (à l’époque dénuée de toute appellation pour le vin), a enclenché un processus qui a entraîné une révision radicale de la structure des appellations dans ce pays. Ce changement de cap a également été provoqué par les absurdités des anciennes règles qui gouvernaient l’appellation Chianti et qui ont poussé certains des meilleurs producteurs à sortir de cette dénomination afin de faire de meilleurs vins rouges. Dans ces cas, les interdictions ont été favorables à la qualité, à moyen terme, mais bien malgré elles. On pourrait parler d’une "bonne contre-productivité". Le pionnier de ce mouvement fut la Tenuta San Guido, propriété de la famille Inchisa della Rocchetta et leur vin Sassicaia. Au début simple Vino di Tavola, ce vin de la région de Bolgheri a maintenant sa propre DOC, Bolgheri Sassicaia.

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Le cas du Domaine de Trévallon en France est un peu similaire mais, étant un cas unique dans sa région, ce domaine n’a pas réussi à faire plier le système des appellations contrôlées; ni à lui faire rendre raison de ses absurdités, généralement commandées par un soi-disant intérêt commun, autrement dit le nivellement par le bas. Entre 1993 et 1994, le vin du Domaine de Trévallon, déjà mondialement connu, a du troquer son modeste label de Coteaux d’Aix en Provence – Les Baux pour celui, encore plus modeste, de Vin de Pays des Bouches du Rhône. Pourquoi? Parce que l’INAO a cédé à la pression d’autres producteurs des Baux qui voulaient imposer un maximum de 25% de cabernet sauvignon dans les vins de l’appellation, alors que Trévallon en avait le double et refusait de l’arracher. Mais cela n’a pas nuit à son image, ni à ses ventes, et il continue à se vendre bien plus cher que les autres vins des Baux, car il est tout simplement meilleur.

On voit que tout système produit des contre-courants et des formes de rébellion. C’est quasiment comme une loi de la physique. Mais est-ce que cela veut dire que toute forme de rébellion ou de résistance à une force dominante est défendable ? Un anarchiste dirait forcément "oui" à cette question. Je pense qu’il faut regarder au cas par cas.

Pour aider, je propose de se poser la question suivante: est-ce que la cause défendue risque d’être bénéfique pour les consommateurs, puis, éventuellement, pour un ensemble significatif de producteurs autour ou dans une situation similaire (à défaut de tous)?

Enfin, regardons quelles sont les options pour les opposants à un système généralement bien plus fort et mieux armé qu’eux ? Il y en a trois : confrontation, contournement ou capitulation. La confrontation peut coûter cher: demandez à un opposant russe ou chinois. Le contournement serait une sorte de Wu-Wei, cher aux taoistes. La capitulation n’est probablement pas une option sérieuse pour quelqu’un qui est convaincu de son bon droit et assez déterminé. On le voit par les exemples cités ci-dessus : il vaut mieux adopter le contournement dans bien des cas. Dürrbach, de Trévallon, n’a aucun mal à placer ses vins, hors appellation contrôlée, et à des prix deux ou trois fois au-dessus de ceux qui sont restés dans l’appellation Baux. En Italie, Sassicaia, avec ses collègues de la Costa Toscana (Ornellaia,  Ornellaia, Guado al Tasso, Solaia, Masseto etc) a réussi à faire bouger les lignes d’une structure d’appellations rétrograde, inadaptée à la réalité.

Sujet à méditer pour d’autres cas, je pense.

 David Cobbold

 

 


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A propos du Pinot Gris

Changer d’avis sur le potentiel d’un cépage? Pourquoi pas? Tout le monde peut le faire, en commençant par le pinot gris, par exemple. Mais, comme pour beaucoup de choses, cela aide de changer de pays et donc de perspective.

Nous fonctionnons beaucoup avec des idées préconçues. Et je plaide coupable sur ce coup-là, de temps en temps, même si j’essaie de lutter contre cette vilaine et déloyale habitude. Par exemple, je ne pensais pas, jusqu’à il y a une petite dizaine d’années, que le melon de Bourgogne pouvait produire des vins capables de se bonifier. Mais j’ai changé d’avis, après avoir dégusté un certain nombre de cuvées qui m’ont prouvé le contraire.

Un autre exemple, plus actuel, de mes petits préjugés concerne le pinot gris, ce mutant du pinot noir dont la couleur de la peau semble hésiter comme la lumière de fin de jour, quelque part entre chien et loup. J’ai rarement dégusté un pinot gris alsacien qui m’ait donné envie de boire un deuxième verre tant cette variété, en Alsace du moins, m’a souvent semblé donner des vins pâteux comme un dimanche après-midi. Il y a certainement des exceptions, mais je ne les ai pas souvent rencontrées.

PinotGrisPinot gris (photo Andy/Andrew Fogg)

Une autre vision de ce cépage, à l’opposé sur le cadran stylistique, est donnée par cette production de masse de la région du Frioul qui inonde les marchés de dupes avec des pinot grigio fadasses. N’ayant pas plus d’atomes crochus avec ce type-là, je me suis détourné de la variété dans son ensemble, au point de l’éviter sur des cartes de restaurant et de penser qu’il était intrinsèquement incapable de produire des vins dignes de grand intérêt, malgré quelques exemples acceptables rencontrés en Californie ou en Nouvelle Zélande, un peu par hasard. "Grossière erreur", comme certains vont s’empresser de me rappeler.

Je pense tout à coup au jardinier anglais à qui on posait la question «qu’est-ce qu’une mauvaise herbe?» et qui répondit : «Une plante au mauvais endroit ». Et là, je trouve peut-être un plaidoyer intéressant pour ce concept flou de terroir. Mais passons à l’histoire.

Si le pinot gris est connu en Bourgogne depuis le Moyen Age sous le nom de fromenteau, il était déjà connu en Suisse vers  1300, avec son frère jumeau le pinot noir. Apprécié par l’Empereur Charles IV, il fût importé en Hongrie par des moines Cisterciens qui l’ont planté sur les rives du lac Balaton en 1375. Bien plus tard, en 1711, un marchand allemand du nom de Rüland a découvert une vigne qui poussait à l’état sauvage dans la région du Palatinat. On a découvert plus tard qu’il s’agissait de pinot gris, mais ceci explique le synonyme local de rülander.

Ce sont des rendements variables et plutôt faibles qui ont fait perdre du terrain à cette variété autrefois bien plus importante que son plus jeune et résistant cousin, le pinot chardonnay. Et cela, en Bourgogne comme ailleurs. C’est grâce à des chercheurs de l’Université de Davis, California, que nous savons maintenant que le pinot gris n’est qu’une mutation génétique du pinot noir, différant uniquement par la couleur de la peau de ses baies. Mais, vu cette histoire longue et plutôt honorable, pourquoi diable le pinot gris ne serait-il pas capable de produire de bons vins ? Et pas juste de temps en temps, mais souvent, comme son frère jumeau, le pinot noir? Ou son cousin/neveu/nièce, le pinot chardonnay?

Je vous annonce que c’est tout à fait possible, et je m’en suis rendu compte très récemment en Allemagne ou je me trouve au moment ou vous lirez ces lignes pour juger dans un concours qui s’intitule «Berliner Wein Trophy», régi par les règles de l’OIV. Vendredi matin j’ai eu la chance, avec mes 5 collègues de table, de déguster la meilleure série de vins que je n’ai jamais rencontrée dans un concours. Quand je dis «meilleure», je veux parler du niveau moyen et de la constance dans la qualité. Il n’y avait pas de mauvais vin, j’aurai bu chacun avec plaisir et je pense qu’il y aura pas mal de vins médaillés dans le lot (pour ce que cela vaut), même si aucun n’était tout à fait génial (mais ce dernier point souligne probablement un des points faibles de tous ces concours).

Ces séries, toujours composés de vins d’un même type, et généralement d’un même cépage ou, du moins, issues d’une même région, comportent entre 8 et 17 vins. La série en question contenait 14 pinot gris secs d’Allemagne. Cette variété que les Allemands appellent généralement grauburgunder, et qui est aussi connue localement sous le nom de rülander, est très loin d’être le plus planté des cépages blancs dans ce pays, mais peu importe parce qu’il semble y trouver un terrain très favorable.

Et alors, qu’est-ce qu’ils avait de si beau, ces pinot gris allemands? Leur élégance, leur légèreté, leur fraîcheur de toucher, leur gourmandise, leur simplicité directe, la maturité de leur fruit, leur absence de lourdeur, leur absence de "tension minérale", leur très grande séduction et harmonie, sans esbrouffe ni chichi, sans boisé envahissant, sans acidité décoiffante, sans oxydation déplacée, sans brettanomyces ni goût de pomme blette: enfin de bons vins, bien faits, qu’on a envie de boire sans se prendre la tête à leur trouver des excuses pour leur défauts!

David

PS. Je ne connais pas encore les noms de ces vins allemands que j’ai tant aimés, car le règlement de ce concours me l’interdit. Si j’arrive à les obtenir plus tard, je vous les donnerai.


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Pour Noël, ou pas (4)

Mes collègues ont commencé cette série avec des choses diverses et variées, et c’est tant mieux. Je pense que je n’ai qu’à suivre leur sillon, bien tracé dans le domaine hors piste des vins qui sortent nettement de l’ordinaire, sans qu’ils ne valent une fortune. Et je leur suis reconnaissant, car il y en a marre, y compris au moment des fêtes, des vins hors de prix et donc intouchables pour tout le monde, sauf des milliardaires. Donc il ne sera pas question de Lafitte, ni de La Tâche, vins surement très estimables mais beaucoup trop chers pour vous et moi.

Alors je ne vais pas déroger à ce courant établi par mes collègues, qui nous ont déniché une belle série de vins pas très chers, mais quand-même difficiles à obtenir, car rares, ou vieux, ou les deux. Comme nous, en somme. Mais je dois avouer avoir dérogé à la règle d’un seul vin, car je vais vous en présenter deux : un blanc et un rouge.

Voici le premier :

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Oui, je sais qu’il y a nécessairement une part de mystère autour de ce flacon, vu l’état de son étiquette qui a eu manifestement du mal à survivre à un séjour d’au moins 30 ans dans mes différentes caves, sans parler de quelques déménagements. Il s’agit d’un Gaillac Premières Côtes, appellation un peu délaissée de nos jours mais qui est (je crois) toujours utilisées par les Plageoles Père et Fils pour désigner leur Vin de Voile. Celui-ci était le fait de Robert, le père, car il date de 1973, 1975 ou 1983. Je ne sais plus lequel à vrai dire car j’en ai toute une collection de ces vins oxydatifs, que je ne n’ouvre que rarement, sauf pour vous chers lecteurs. Et l’étiquette ne nous aide pas beaucoup, vu que la partie qui mentionne le millésime est absente.

C’est un vin de mono-cépage : le mauzac. Je ne sais pas s’il s’agit de la variante blanche, verte ou bleue. Mais c’est du mauzac. De toute manière, là n’est pas l’essentiel, car il s’agit d’une vin blanc à l’ancien, c’est à dire oxydatif et, pour le goût de la plupart des dégustateurs (je l’ai testé, et pas pour le première fois), un peu bizarre, sauf si vous venez de l’Andalousie ou du Jura, voire de mon pays d’origine. Le bouchon était fragile et s’est cassé en deux (voire plus) dans le goulot. La robe avait un ton jaune paille, virant vers l’orange. Nez alerte, très complexe, avec de belles notes fortes qui ressemblent à de l’écorce d’orange, plus du vieux havane, des légumes, des herbes et des épices. En bouche cela reste assez vif, bien plus jeune que le nez, mais peut-être moins intéressant. Le toucher est léger et rafraîchissant.

L’arrière goût de noix n’a pas la force d’un Vin Jaune du Jura, et encore moins d’un Xérès Fino. Ce n’est pas ce que j’appellerai un "grand vin" mais j’aime bien la singularité de ce vin. Suis-je seul sur terre ?

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Le deuxième vin (photo ci-dessus) est rouge et n’est pas français. A double titre d’ailleurs, car il vient d’Afrique du Sud et mêle des cépages français et italiens. D’ou ce nom très intrigant d’Hannibal. Pour comprendre, il faut savoir que son producteur, Peter Finlayson, est à la fois un grand amateur du pachyderme, mais aussi de la France et de l’Italie. Grand spécialiste dans son pays des cépages pinot noir et chardonnay, il s’est donc aussi amusé à planter sur son domaine à côte d’Hermanus, dans le région de Walker Bay, un peu de quelques variétés italiennes : sangiovese, nebbiolo et barbera, pour compléter les variétés françaises de pinot noir, syrah/shiraz et mourvèdre. Le résultat , en hommage au grand carthagenois qui a traversé les Alpes entre France et Ilatie avec ses elephants, est ce vin qui est issu d’un des assemblages les plus étonnants (et réussis) qui m’a été donné de déguster. J’aimerais parfois que la France autorise (et encourage) davantage cet esprit de liberté qui règne dans les pays du dit "Nouveau Monde", encore que ces terres du Cap font partie des plus anciennes formations géologiques de notre planète.

Assemblage : 35% pinot noir, 35% sangiovese, 10% shiraz, 10% nebbilolo, 5% mourvèdre, 5% barbera

Ce flacon a presque dix ans mais fait preuve d’un belle jeunesse, et dégage beaucoup d’énergie. La robe, rouge assez vif, commence à évoluer. La nez, magnifique, réussit la tour de force d’allier la délicatesse du pinot noir avec le force du sangiovese. Ce vin danse sur la langue, malgré son état de pleine maturité : les tannins sont fondus mais pas écroulés. Sa charpente délicate est assez ferme pour lui procurer une certaine austérité. Il a conservé assez de fruité pour le rendre gourmand. C’est beau et fin. Admirable, et vaut le voyage, avec ou sans éléphants.

Ce vin étonnant, dans des millésimes plus récents, est importé en France par South World Wines.

Je n’aime pas beaucoup les fêtes forcées, et généralement très commerciales, comme celle-ci. Et je ne ne suis pas dans une religion quelconque. Mais je vous souhaite de belles fêtes de saison.

David


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Vandals@aux Portes du Domaine de Vassal!

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How ironic that just at a time when interest in in forgotten and rare grape varieties is growing there is a threat to France’s unique collection of over 7000 grape varieties at the Domaine de Vassal at Marseillan!

Although this revival of interest in rare grapes may not have hit the mainstream: my local Sainsbury’s supermarket is yet to offer special deals on Gwass from Switzerland’s Valais or Gellewza, a native Maltese red variety, there is certainly increased awareness and fascination amongst wine lovers.

Over the past year I have been fortunate to have been present at four fascinating tastings of little known grape varieties. All of them have involved José Vouillamoz, one of the co-authors of the remarkable Wine Grapes, which has hoovered up all the major wine book prizes this year. Wine Grapes both reflects the desire to be aware of the incredible variety of wine grapes and well as driving this interest.

José Vouillamoz

Sadece Dosharimiza – – one of the Turkish wines we tasted

Here is an account written by Mariëlla Beukers of a small intimate tasting  held during this year’s Digital Wine Communicators Conference in Logroño (Rioja). We tasted wines from Turkey plus a few others from Austria, Malta and Switzerland. http://www.wijnkronieken.nl/exploring-flavour-wine-mosaic-full-native-varieties/#more-6326

I covered obscure grape varieties in part in my post a couple of weeks ago: A la recherche des cépages et races perdus (http://les5duvin.wordpress.com/2013/11/12/a-la-recherche-des-cepages-et-races-perdues/). I’m making a rapid return because of the threat to the collection at the Domaine de Vassal.

Here is a video explaining the collection at the Domaine de Vassal and the team’s work as well as the threat to the collection.

The great advantage of the Domaine de Vassal is that the vines are planted on sand, which is phylloxera free because the little bastards can’t construct tunnels in the sand as they just collapse. This means that the vines can be on their original rootstocks and not grafted. If the collection were to be moved then it is very likely that the vines would have to be grafted onto American rootstock, which could well change their innate character so probably less valuable for researchers.

The organisers of the petition, which was launched by Bruno Chevallet on 12th November,  aim to garner 5000 signatures by Friday 29th November. To date 2976* have signed, so there is still a way to go. Please add your signature if you haven’t already signed the petition and then, even better, get your friends and contacts to sign as well.

The petition has attracted many of the great of the good of the wine world and by no means limited to France, although naturally the majority of the signatures come from here. Wine lovers from around the world, however, have recognized the importance of protecting this priceless heritage of 7000 grape varieties and have given their support.  Here is a list of the wine world’s great and good who have shown their support:

Jancis Robinson MW, José Vouillamoz, Randall Grahm, Jean-Michel Deiss, François Mauss, Pierre Amadieu, Bruno Chevallet, Michel Grisard, Fabien Lainé, André Deyrieux,  André Dominé, Jamie Goode, Luiz Alberto, Jane Anson, Louise Hurren, Wink Lorch, Brett Jones, Antoine Kreydenweiss, Ken Payton, André Ribeirinho, Robert Plageoles, Julien Brocard, Sylvie Augereau, Thierry Germain, Catherine Breton, Eddy Oosterlinck,  Wilfrid Rousse, Olivier Jullien, Pascal Potaire, Stéphane Mureau, Lydia Bourguignon, Michel Bras, Benoit Tarlant, Vincent Carême, Xavier Weisskopf, Bertrand Jousset, Catherine Simon, Antoine Gerbelle, Élian da Ros, Gérard Marula, Agnès Mosse, Paul Strang, Becky Wasserman-Hone, Chantal Lecouty, Alice Feiring, Lincoln Siliakus, Olivier Grosjean Thierry Puzelat, Antoine Foucault, Eric Nicolas, François Pinon, Olivier Bompas, Olivier Humbrecht, Luc de Conti, Jeremy Seysses, Bernard Baudry, Philippe Gourdon, Philippe Faure-brac, Stephanie Caslot, Emmanuel Caslot, Michel Chapoutier,  Emmanuel Cazes, Eric Narioo, Xavier Amirault, Pascal Joulin, Yves Girardin, Bertrand Galbrun, Sylvain Fadat, Marcel Orford-Williams, Alexandre Monmousseau, François Plouzeau, Nathalie Prieur, Annie Sauvat,  Philippe Stuyck, Roger Kolbu, Robert McIntosh, Emmanuel Ogereau, Charles Philipponnat, Jean Clavel, Elisabetta Tosi, Lily Dimitriou, David Cobbold, Jeffrey Davies, Irene de Vette, Jean Abeille, Marc kreydenweiss, Stefano Raimondi, Dominique Lafon, Peter Handzus, Philippe et Catherine Delesvaux, Ryan O’Connell, Pierre Pichot, Elisabeth Seifert, Tania Pithon, Luciana Braz, Elizabeth Gabay, Xavier Planty, Denis Gambier, Simon Woolf, Frédéric Brunier, Louis Villard, Patricia Boyer Domergue, Edouard Pisani-Ferry, Anne Graindorge, Nicolas de Rouyn, Patrick Baudouin, Vasco Magalhães, Heather Dougherty, Lizzie Shell, Jo Landron, Jacques Sire, Steven Defour, Ilkka Sirén, Cathy Henton, Roger Voss, Giampiero Nadali, Finkus Bripp, Andrew Barrow, Ted Lelekas, Mick Rock, Isabelle Legeron, Pieter Rosenthal, Leon Stolarski, Tom Perry, Benoît Fouassier, Chris Kissack, David Rowe, Ewan Murray, Elisabeth Gstarz, Ralf Kaiser, Margaret Rand, Gavin Quinney, Boris Maskow, Steve De Long, Hervé Lalau, Michel Smith and Anthony Rose.   


* Update 26th November: Now 3118 signatures, so just under 1900 to get in the next three days!

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