Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


Poster un commentaire

#Carignan Story #216 : Sahonet, « avé plaisir » !

Cela ne surprendra pas les habitués de cette modeste chronique, mais comme beaucoup d’autres vins de ce cépage, le Carignan Vieilles Vignes 2012 de René Sahonet est un Côtes Catalanes. Il est né dans les Aspres, à Pollestres, presque aux portes de Perpignan, sur ces terrasses proches de l’autoroute et du TGV qui conduisent en Espagne. De ces terrasses, pour peu que l’on soit en hauteur, on devine la Grande Bleue qui baigne les rochers de Collioure tout au loin.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Et le vin dans tout ça ? On le sent d’abord épais, riche en matière, à la limite du sur-mûr, alors qu’en réalité, au fond du palais, il est frais, équilibré, bref bien dans sa peau. En plus, il s’améliore nettement au bout de sur 48 heures d’ouverture. Malgré quelques touches de rusticité, il se boit « avé plaisir », comme on dit ici.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Bon, la finale est un poil sèche, décevante et mon Carignan mériterait peut-être d’être un peu mieux considéré dans sa phase de vinification, mais ce vieux Carignan ne fait aucune honte à la région ! Si je me souviens bien, je l’ai payé 9 euros chez mon ami carignaniste de la Maison Guilhot, place des Poilus à Perpignan. Mais si vous voulez rencontrer le vigneron, son téléphone figure en bonne place sur la contre-étiquette. Allez, je vous le refile : 04 68 55 15 98.

Michel Smith


Poster un commentaire

#Carignan Story # 213 : Ô Vénus !

Vénus est le nom d’un domaine d’à peine 16 ha du (des ou de la) Fenouillède(s) dont cave et bureaux ont trouvé refuge dans l’ancienne coopérative de Saint-Paul-de-Fenouillet aujourd’hui avalée par celle d’Estagel, à 20 km plus en aval. Propriété de plusieurs actionnaires basés à Paris, dont Jean-François Nègre et Jean-Louis Coupet, j’avais reçu des échantillons de Vénus l’an dernier et j’avoue que je n’avais pas été très emballé par les vins pourtant issus d’un secteur frais et prometteur où se sont installés beaucoup de nouveaux venus dans le Roussillon. Disons qu’il y a presque un an, j’avais habillé Vénus pour l’hiver. Une habitude diront certains… Bref, j’avais fini par mettre de côté l’existence de ce domaine. La vie étant ainsi faite…

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Mais comme je traîne dans le secteur depuis quelques semaines pour les besoins d’un livre, je m’étais juré que je m’arrêterais un jour sur place, afin de voir de plus près ce qui se trame du côté de Vénus et, qui sait, de lui donner par la même occasion une nouvelle chance de me séduire. Eh oui, je ne suis pas un gars facile… Ce fut chose faite Jeudi dernier quand j’ai pu rencontrer Nathalie Abet, caviste de son état, et Versaillaise de surcroît, qui est aux commandes de Vénus avec le chef de culture natif de Saint-Paul, Gilles Gavignaud, lequel a cédé quelques hectares de ses propres vignes en 2003 pour la création du domaine.

Si je reste persuadé qu’un patient travail sur la conception des cuvées est nécessaire et qu’il reste à le faire d’urgence – j’y ai goûté un agréable rosé 2013 et une cuvée « haut de gamme » 2008 en Côtes du Roussillon Villages assez frais et solide mais vendue à un prix qui me semble démesuré (32 €) -, j’ai été favorablement surpris de tomber sur un rouge plus récent que l’an dernier, un Côtes Catalanes 2011 de courte macération (une semaine), composé à 95 % de vieux Carignans (5% Syrah) ayant mon âge ce qui rend le vin encore plus sympathique à mes yeux. Je plaisante, bien sûr. Le prix (7,50 € départ) n’a pas changé, mais je signale tout de même que l’on est en droit de se demander pourquoi un vin "entrée de gamme" est encore proposé dans ce millésime, alors que les 2012 sont sur le point de s’épuiser dans les domaines alentours et que 2013 sera bientôt embouteillé et mis sur le marché par bien des domaines.

Petit nez légèrement épicé, souplesse dès l’entrée en bouche, un tantinet cabotin, une saveur fruitée de bonne augure, on a là un aimable vin de soif qui, une fois de plus, devrait se comporter avec à propos sur des grillades à base de côtelettes et de saucisses. Un vin de plaisir qu’il convient de ne pas trop attendre. Rien d’extraordinaire, à vrai dire, rien d’astronomique puisqu’il s’agit de Vénus, mais quelque chose me dit que je me laisserais volontiers envoûter par les prochains millésimes ! D’ailleurs, j’attends 2013 avec impatience. Alors, suis-je convaincu ? Pour m’en tenir au seul Carignan, quand je goûte ce qui se fait dans les Fenouillèdes, je reste persuadé qu’un tel domaine a encore de gros progrès à faire.

Michel Smith


7 Commentaires

#Carignan Story # 184 : l’Ancien n’est pas très au point…

Tiens voilà sur ma table de dégustation un vin du coin, de Montalba-le-Château précisément, qui attend patiemment son tour.

Il s’appelle « L’ancien ». Joli nom pour un vieux Carignan… Et hop, au frigo !

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Première approche ? Sympathique, sans plus. J’attends un jour ou deux. Lorsque je le porte au nez, il y a comme une pointe d’acescence doublée d’une forme d’ambiguïté dans ce carignan 2010 du Domaine Le Cortalet. Quelque chose de louche. Le fût ? En bouche, une fraîcheur fruitée se manifeste bel et bien, mais elle confirme une impression d’aigreur qui ne disparaît pas au fil des jours, même si le vin donne l’’impression de bien se tenir, de résister à l’oxydation que je lui impose dans sa bouteille en vidange au réfrigérateur. En se réchauffant dans le verre la finale aigre ne disparaît pas quand bien même elle s’accompagne d’une touche de violette. Pas très abouti tout ça…

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Déception donc pour ce vin de chez moi que j’aurais bien aimé noter avec plus d’enthousiasme. Mais telle est la vie ! D’autant que dans cette rubrique dominicale que m’accordent si gentiment mes chers compagnons de blog, je me suis juré d’écrire sur tous les carignans passant entre mes mains… en tâchant d’être le plus sincère dans mes commentaires. Il me semble que ce vin coûtait moins de 10 € – 8,50 € après vérification – chez mon caviste (Maison Guilhot) de la Place des Poilus à Perpignan. Et c’est un Côtes Catalanes.

Michel Smith


3 Commentaires

Un restau, du talent et du Marselan … pour changer !

Fin des vacances pour beaucoup et je m’aperçois, vu que je n’en prends pas, du moins pas en été, que beaucoup d’entre vous, préoccupés que vous êtes par la rentrée, vont peut-être louper le coche de cette bonne adresse gourmande à égale distance de la frontière espagnole et de Perpignan. Tant pis ! C’est comme ça. N’ayant plus de patron, je fais un peu n’importe quoi… Et puis, cette adresse que je sais bonne et parfaitement dédiée au vin, pourra s’inscrire en bonne place sur votre carnet pour l’an prochain, pour Noël, Pâques ou la Trinité. Notez déjà le nom, somme toute assez banal du restaurant : La Table de Cuisine  ; les noms des tauliers : Martine et Laurent Brozzetti ; celui de leur village : Saint-André, aux pieds des Albères, à quelques enjambées des plages d’Argelès ou du port de Collioure.

Martine et son impressionnant livre-carte de vins. Photo©MichelSmith

Martine et son impressionnant livre-carte de vins. Photo©MichelSmith

Et Laurent, son chef de mari. Photo©MichelSmith

Et Laurent, son chef de mari. Photo©MichelSmith

Étant donné que je suis pris par un tas de choses qui me tombent dessus sans prévenir, je ne vais pas abuser de votre temps. Sauf à vous commander de réserver (sans réservation, je ne garantis rien…) chez ce couple dont la devanture ne paie pas de mine mais dont la cuisine est à la hauteur des espérances des amateurs de produits frais et locaux mis en valeur simplement. Toujours cette obsession de la simplicité, cher Georges Truc… Ça ne me lâchera jamais ! Le midi, il y a un menu du jour très abordable (moins de 20 €), tandis que le soir, en comptant le vin fort joliment présenté dans un livre-carte qui fait la fierté de Martine (que ses coups de cœur, donc pas de vins spécialement médiatisés), on s’en sort pour un billet de 50 € par tête si l’on a pris le parti de ne pas se priver de jus de la treille.

Cuisine sans chichis, fraîche et locale. Photo©MichelSmith

Cuisine sans chichis, fraîche et locale. Photo©MichelSmith

Mon vin préféré, l’un des moins chers de la carte, est un délicieux Côtes Catalanes du Domaine de Neufbourg fait dans les Aspres voisines à partir du cépage Marselan, un croisement réussi obtenu par l’INRA en 1961 entre le Grenache noir et le Cabernet Sauvignon. Personnellement, j’aime le boire frais, mais c’est affaire de goût.

Le Marselan du pays. Photo©MichelSmith

Le Marselan du pays. Photo©MichelSmith

Voilà, ce sera tout pour le moment. Sachez cependant que mes amis sont venus de Franche Comté sans leurs gros sabots, mais avec plein d’amour à partager. On peut emporter les vins ou acheter chez eux d’autres produits locaux, y compris la bière du cru !

Michel Smith


6 Commentaires

#Carignan Story # 164 : trop simple pour Vénus.

Simplification, le mot est jeté. Normal, puisqu’il semble être dans l’air. Bien sûr qu’un vin peut être simple. Même un vin de Carignan a le droit de ne pas péter aussi haut que le sommet de son cep rabougri ! Yes sir, je l’affirme, un vin a le droit d’être modeste, petit, sympa, pas compliqué, facile, gentillet, mignon… À une condition : il doit être tout à fait correct. Question de jugement, me rétorquerez vous. Certes. Reste qu’un vin devrait pouvoir, dans certains cas, être sans vice ni vertu et être bon à la fois. On ne saurait boire de grands vins tous les jours, alors pourquoi se creuser davantage le ciboulot ? C’est avec ce mélange de pensées teintées de questionnements dubitatifs sur la simplification adaptée au vin que j’abordais l’échantillon de Carignan adressé par les associés de ce petit domaine créé il y a 10 ans à Saint-Paul-de-Fenouillet par un groupe composé d’une dizaine d’amis œnophiles de tous horizons.

Photo©MichelSmith

Oui, le dégustateur, même le plus modeste et le plus humble (ça c’est moi tout craché !) se pose parfois des questions existentielles… J’avais donc devant moi ce Côtes Catalanes 2009 qui venait à point nommé dans ma réflexion sur l’art – si tant est que cela puisse être un art – de la simplification. Et je me disais, en le goûtant, que ce rouge Domaine de Vénus à peine fruité au nez et tout juste corsé en bouche entrait probablement dans ce registre. Sauf qu’il n’avait rien de sensationnel, qu’il manquait même de corps et de vie, qu’il ne résonnait pas dans mon palais, qu’il ne procurait pas la moindre petite étincelle. Je me suis dit : "Là, mon coco, tu vas un peu fort". Alors je l’ai laissé se ressaisir. Pour mieux le reprendre en bouche le lendemain sans ressentir grand chose de bien nouveau par rapport à la première expérience. Puis rebelote le surlendemain pour constater que ce Carignan de vieilles vignes dont le nom ne s’affiche pas sur la bouteille, n’est décidément pas d’humeur à se livrer. Petit nez épicé, bouche plate exempte de soubresauts, fruité présent mais sans excès, sans éclat, un vin étale, sans poudrage ni maquillage, soit, mais un vin à peine agréable, à peine à la hauteur de son prix : 7,50 € départ cave. Le blanc « L’Effrontée », Côtes du Roussillon 2009 associant carignan blanc et grenache gris, est certes plus intéressant mais deux fois plus cher. Alors, que faut-il en penser ?

Photo©MichelSmith

Sans vouloir jouer les donneurs de leçon, quand on constate le nombre de grands vins de carignan alentours et la quantité de vieilles vignes disponibles dans les Fenouillèdes – à condition de bien les conduire et de bien les vendanger -, lorsqu’on lit affiché bien en vue sur le site le credo des associés impliqués dans ce domaine (voir ici), cela m’étonne au plus haut point de voir combien ce Carignan, qui devrait être le fleuron de Vénus et tout au moins un des modèles de la Haute Vallée de l’Agly, se conduit sans âme, sans fraîcheur, sans fierté, sans brio. C’est un rouge simple, voilà tout.

Voilà qui est dit sans ménagement. Mais au moins, selon le vieil adage qui veut que « qui aime bien châtie bien », c’est dit avec cœur. Le problème est que c’est la deuxième fois que je goûte ces vins en quelques années et qu’à chaque fois j’en tire les mêmes conclusions. C’est dire que les vins ne progressent pas et je crois savoir pourquoi. À moins que ce soit moi qui ne régresse.

Michel Smith 

Post scriptum. N’ayant pas la science infuse, je crois pouvoir affirmer cependant que pour faire du bon vin il faut une personne derrière, une présence. Une personne qui se donne corps et âme, qui vit son vin. Le vin ne peut se faire par des gens qui se trouvent à mille kilomètres de leurs vignes et qui n’ont qu’une vision imagée de leur production.

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Joignez-vous à 9  367 followers