Les 5 du Vin

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Couples de vins: le mariage pour tous dans le vin !

Coïncidence de timing ou martelage médiatique récent qui m’aurait vrillé un cerveau obsédé par cette futile actualité ? En tout cas, parmi les échantillons que j’ai reçu au cours de la semaine dernière, il y avait plusieurs "couples" de vin que je vais tenter de vous qualifier en les humanisant quelque peu. Après tout, le vin n’est-il pas un peu le reflet de l’homme (autant, voire plus que de son milieu naturel !). Et pourquoi alors les paires de vins ne seraient-ils pas aussi le reflet de couples dans la vie humaine ?

J’ai souvent pensé que la forme même de bouteilles de vin a quelque chose qui me rappelle la forme humaine debout. Le cou/col est plus ou moins allongé et la tête de couleur très variable. Les épaules possèdent des largeurs et des pentes aussi différentes. Les corps sont plus ou moins ventrus et plus ou moins élancés. Quant aux habits….

D’abord je vais vous présenter deux couples issus d’une région très "traditionaliste" dans son approche du vin : la Bourgogne. Mais nous verrons que cette apparente évidence, qui frise le lieu commun, cache une diversité bien plus complexe, l’habit ne faisant que parfois le moine.

Premier couple : le classico-retrograde (blanc et rouge).

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Le producteur ici est une cave coopérative, La Cave de Lugny. C’est une apparente contradiction que des vins si "traditionnels" proviennent souvent des ces structures, mais c’est bien le cas. Les caves coopératives peuvent faire d’excellents vins, mais ils sont généralement assez loin d’être à la pointe de l’innovation. Ce qui s’avère aussi dans ce cas.

Cuvée : La Part des Anges

Bourgogne (blanc) 2010

Habillage très années 1950. Robe assez intense, qui montre un peu l’âge du vin. Le nez est également riche, avec des arômes de typé "beurrés" et des notes de fruits bien murs. En bouche la vivacité surprend et contraste avec le style des arômes. Ce vin est vif et presque acéré, à la limite de l’agressivité et contient un peu d’amertume en finale. La petite bourgeoise outrée, confite dans sa robe d’une autre âge. Osera-t-elle manifester ?

Cuvée : La Part des Anges

Bourgogne (rouge) 2011

Curieusement l’époux est plus jeune, montrant que quelques excentricités se cachent souvent chez les gens très conventionnels. Robe fade. Nez pointu et vif, légèrement fruité. Une certaine fermeté en bouche avec des tanins légers et un fruité fuyant. Vin honnête mais ayant peu de conversation.

Tout cela respire l’ennui d’un dimanche traditionnel, ou la part des anges n’est pas nécessairement la voie la plus courte vers le ciel.

Deuxième couple : le moderne qui voyage (blanc et rouge).

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Le producteur est l’excellente maison de négoce, également propriétaire d’un beau vignoble, Joseph Drouhin. Par l’apparence et les saveurs de ces deux vins, également issus de l’appellation générique Bourgogne, on sent le couple ouvert sur le monde, capable de vivre avec son temps, aussi bien par sa construction que par son apparence. Les habits sont modernes et élégants, allant jusqu’à adopter des superbes capsules à vis à l’aspect extérieur lisse, pour le blanc comme pour le rouge. Signe d’un couple qui voyage!  Et le cépage, dans les deux cas, apparaît en lettres plus grandes que le mot Bourgogne. On transgresse parfois les codes dans les couples modernes !

Cuvée : Laforêt

Bourgogne Chardonnay 2012

Robe pâle. Très beau nez dont la complexité contient des notes d’agrumes et de fruits blancs. Un toucher et des saveurs d’une délicate sensualité, ayant de la finesse et de la gourmandise. Finale très précise. Un excellent Bourgogne blanc moderne qui ne renie pas ses origines mais qui sait vivre avec son temps.

Cuvée : Laforêt

Bourgogne Pinot Noir 2011

On le voit par les millésimes des ces deux vins que ce couple respecte au moins un des codes des couples classiques : l’homme (le vin rouge) est plus âgé que la femme (le vin blanc) !

Un beau nez très expressif et très pinot noir, à la fois terrien et fruité, ferme et gourmand. En bouche il partage le finesse de toucher de son alter ego blanc, un certain dynamisme et fermeté et des saveurs très plaisantes. Exemplaire pour un Bourgogne rouge actuel.

Troisième couple : les fortes têtes "pacsées"  (blanc et rouge).

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Pour ce troisième couple nous partons en Val de Loire, chez l’excellent producteur saumurois Château Yvonne (Mathieu Vallée). Cette région allie une dose d’excentricité et des solides bases paysannes. Ses vins ont su se moderniser en jouant parfois sur la marginalité, mais les meilleurs peuvent être superbes et unique par leur caractère. C’est le couple non-conventionnel en perpétuelle redécouverte l’un de l’autre, souvent en opposition, souvent marchant ensemble pour une cause.

Château Yvonne

Saumur blanc 2011 

Robe or pâle. Nez formidable de puissance, montrant une alliance complexe entre fruits blancs, agrumes, végétaux et légères notes fumées. Belle et paradoxale association en bouche entre rondeur de saveurs fruitées et vibrante vivacité de l’acidité. Très beau vin, très tendu et alerte, mais également très gourmand. Une forte tête, je vous disais.

Château Yvonne

Saumur Champigny 2010

Robe intense aux bords encore un peu bleutés. Nez profond : caramel, fruits rouges et noirs, un peu en cuisson mais restant très frais. Matière soyeuse et très vivante. La structure tannique que la sous-tend est plus anguleuse mais bien maîtrisée. Bel équilibre et longueur. Beau vin ayant aussi une forte personnalité, bien campé et plus que franc.

Quatrième couple : le couple homo (blanc sec et blanc doux).

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Vous vous demandiez bien quand j’allais franchir ce Rubicon, n’est-ce pas ? Pour cela, je vous amène dans le Sud-Ouest, à Jurançon, ou les vins n’ont qu’une couleur mais qui annoncent leur exception quand ils sont secs. J’aime beaucoup les vins et la démarché de Lionel Osmin (& Cie) et j’espère qu’il me pardonnera cette figure de style pour les besoins de cet article. Ce couple est le contraire d’une caricature parfois peinte de l’univers "homo", chacun ayant une forte personnalité et ne se laissant pas bousculer. Ils sont de la même couleur, certes, mais leurs natures sont complémentaires.

Jurançon Sec, Cami Salié 2010

Cette route du sel (c’est son nom en béarnais) a un ton de vieil or et un nez de fruits exotiques et d’agrumes, très légèrement fumé. Un peu timide au départ, quand il s’exprime c’est avec une certaine vigueur. Cette vivacité est le fait de sa retenue initiale et de sa jeunesse et peut sembler presque violente aux non-initiés. Sa belle constitution le fera franchir les années avec assurance.

Jurançon, Foehn 2009

Le vent qui assèche les raisins de jurançon (le foehn local) a également doré leur peau, donnant un ton jaune paille à ce vin. Nez intense et complexe, qui mêle champignons, mangue, fruit de la passion et une touche de chêne apporté probablement par l’élevage. La fraîcheur de ce vin est telle qu’elle arrive presque à masquer son moelleux. Finale d’une précision presque sèche, délicieusement enlevée.

Ce couple "homo" vit sa vie pleinement et s’assume. Ce sont deux êtres complémentaires, comme deux faces d’une même pièce de monnaie. Les Frigid Barjots et autres folles de mai peuvent aller se rhabiller !

Le vin doit nous donner une leçon de tolérance. Nous devons accepter cette extraordinaire différence de types et de styles comme un don issu des interactions multiples entre l’homme, ses savoirs et la nature

David


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Concours de vins (2), le retour!

Ceci vient deux jours à peine après l’intéressant article de notre invité suisse, Alexandre Truffer, mais j’ai moi aussi des choses à dire à propos des concours. Je viens en effet de participer en tant que juré à deux de ces opérations qui me semblent assez exemplaires dans leur genre (même s’ils peuvent s’améliorer sur quelques points de détail).

Jim était également présent au premier des ces concours (Concours Mondial de Sauvignon, tenu à Blois) et Marc au deuxième (Concours Mondial de Bruxelles, qui s’est tenu cette année en Slovaquie). Leur avis sur ces sujets seront intéressants.

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Entre deux séances, il faut ranger: photo prise à Bratislava pendant le Concours Mondial de Bruxelles 2013 (photo : CMB)

Il va sans dire que l’objet de toute entreprise est de gagner de l’argent et de rémunérer ses salariés, alors il est normal que le fait d’envoyer un échantillon à un concours coûte un peu d’argent aux producteurs du vin en question. A lui de voir si cela représente une dépense "raisonnable" ou pas. Mais un concours qui reçoit plus de 8.000 vins différents, comme le Concours Mondial de Bruxelles, nécessite une grosse organisation.

A l’évidence, la plupart des producteurs connus n’enverront pas d’échantillons à ces concours, car leur réputation est déjà acquise. En revanche, pour des inconnus, ou ceux qui souhaitent une meilleure reconnaissance (qu’ils soient producteurs, régions ou pays) il y a tout intérêt à participer à des concours réputés. Un ami qui gère une grande cave dans le Nord de la France me dit qu’un vin médaillé "tourne" dix fois plus vite dans son magasin que son équivalent sans médaille. Il est vrai que cela s’applique surtout à des situations de vente sans intermédiaire (autrement dit, en "libre-service"). Mais il peut aussi s’appliquer à de la vente directe: regardez un peu les brochures ou affiches de producteurs dont une bonne partie des ventes s’effectue par ce circuit.

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Des verres impeccables sont indispensables. Mais pensez au nombre de verres et à leur lavage pour 300 personnes qui dégustent chacun environ 50 vins par séance et cela pendant 3 séances… (photo: Concours Mondial de Bruxelles).

Le principe de base d’un concours qui fonctionne bien doit évidemment être une très bonne organisation, avec une attention portée à plein de détails qui feront (ou pas) la réussite et la réputation du concours en question. Evidemment, une dégustation à l’aveugle, évidemment avec des vins à bonne température, évidemment avec de bons verres, évidemment en silence et dans un lieu le plus tranquille possible, et évidemment avec des séries les plus homogènes possibles, et pas trop longues (j’y reviendrai).  En plus, à mon avis, avec des juges issus du milieu professionnel, d’origines et de métiers divers, et dont les frais sont pris en charge. Je rajouterai qu’ils devraient aussi toucher une rémunération. Tout travail mérite salaire, et même si cette rémunération n’est que symbolique, une centaine d’euros par jour me semble raisonnable pour le temps donné et le savoir-faire. Sur ce dernier point, peu de concours remplissent mes souhaits; à ma connaissance (limitée), il y a Decanter et l’IWSC, mais pas le Concours Mondial de Bruxelles auquel je suis néanmoins fidèle depuis trois éditions.

8741843522_da99dc40fb_cLe jury que l’ai eu l’honneur de présider (no : 44) à Bratislava, était composé, comme tous les autres, de professionnels de vin exerçant de métiers différents (sommelier, oenologue, journaliste, marketing, formateur, etc) et venus tous de pays différents (il manque juste le drapeau espagnol sur cette photo). Photo : CMB.

Comment aborder ces concours?

Personnellement, en tant que président d’un petit jury de 6 personnes,  j’évite presque toute intervention auprès des membres de mon jury : c’est à dire que je ne souhaite pas "imposer" un avis ni un consensus à propos d’un vin. Les juges sont tous des professionnels expérimentés, alors vouloir imposer un point de vue ou chercher à tout prix un consensus me semble futile.

Comme le faisait justement remarquer Alexandre Truffer, l’ordinateur et son programme sont là pour régler cela. J’avertis mes collègues seulement quand un vin dans une série semble assez différent des autres afin que nous puissions modifier un peu notre cadre de jugement et lui donner sa chance, et, bien évidemment, quand il y a un problème technique comme un vin bouchonné (cette année il y en avait 4 sur environ 150 vins dans nos trois matinées, ce qui est moins que l’année dernière, mais toujours bien trop !).  Je ne collecte donc pas les feuilles individuelles avant la fin de chaque série. Cela signifie aussi que nous sommes assez silencieux et restons concentrés. Cela permet aussi d’avancer plus vite, mais sans bousculer les juges. Les séries ne dépassent jamais 15 vins (et parfois bien moins), et je trouve cela bien. Nous dégustons 3 ou 4 séries par matinée, ayant d’autres activités l’après-midi…et le soir (voir (ci-dessous). En tout cas, c’est un bon rythme qui évite toute saturation.

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Eric Boschmann imitant Rabbi Jacob pendant le dîner de gala à Bratislava (photo DC)

Que peut-on améliorer ?

Vu que les séries peuvent être assez différentes les unes des autres, je souhaiterais connaître au moins la fourchette de prix de chaque série. Ce n’est pas le cas au Concours Mondial de Bruxelles, et je sais que cela est compliqué avec un jury très international (prendre le prix dans quel marché et dans quelle monnaie ?). Mais lors du récent Concours International de Sauvignon, pourtant organisé par la même équipe, nous savions si les vins se vendaient pour plus ou moins de 10 euros. Je trouve cela souhaitable: on doit être plus exigeant avec un vin plus cher, il me semble.

Et les vins Slovaques, alors ? Je vais laisser notre consoeur Agnieszka en parler prochainement. Lors d’une visite à une cave non loin de Bratislava, j’ai trouvé que le calendrier ci-dessous était intéressant. Les vins un peu moins, mais nous avons déniché de bonnes choses dans un salon annexe à la salle de dégustation. Curieusement les organisateurs n’ont pas prévu de temps pour visiter ce salon comme il l’aurait mérité. Nous avons du tricher pour faire quelques stands… Heureusement d’ailleurs, car il y avait des bons vins.

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Globalement, les deux concours dont je viens de vous parler sont très bien organisés. On avait juste, cette année, quelques fluctuations de température pendant le concours des sauvignons. Et, comme les organisateurs sont belges, il y a une bonne bière disponible à la fin de chaque matinée ! Santé !

David


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A bas le protectionnisme des cépages: le cas du teran

Je rebondis ici sur un sujet abordé dans ce blog très récemment par Hervé Lalau dans un excellent papier avec lequel je suis en parfait accord.


http://les5duvin.wordpress.com/2013/05/01/les-cepages-sont-a-tout-le-monde/

On voit, de temps en temps, une région, voire un pays, tenter de jouer la carte du protectionnisme avec certaines variétés de vigne pour étouffer toute concurrence. Autant je considère qu’il est tout à fait légitime et souhaitable d’avoir une législation claire qui protège une appellation géographique en la rendant exclusive à son origine, autant une telle approche ne peut en aucun cas être justifiée pour un cépage dont l’origine géographique est toujours incertaine et difficile à cerner dans le temps, sans parler du fait que son étendue géographique traverse largement nos frontières politiques actuelles.

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grappe de Teran, de la famille des Refosk

Un cas actuel m’amène à parler de ce sujet mais j’ai aussi le souvenir qu’il y a quelques années l’Alsace a tenté de mettre main basse sur deux cépages, le Riesling et le Gewuztraminer, en empêchant d’autres régions françaises d’en planter (ndlr: un arrêté de 2012 interdit l’usage de ces cépages en Vin de France, de même que certains cépages savoyards).

Vu que ces deux variétés, et surtout le Riesling, sont très plantés dans d’autres pays et sont probablement originaires de l’Allemagne de toute façon, je trouve cette attitude absurde et je ne comprends pas que l’INAO en France ait pu l’appuyer, obligeant même un très bon vigneron, Jean-Louis Denois, d’arracher ses parcelles de ces deux variétés au-dessus de Limoux ! Et maintenant, on en replante parce que la législation européenne interdit, paraît-il, ce genre d’absurdité. Espérons qu’elle refuse alors à la Slovénie ce qu’elle essaie d’imposer à son voisin du Sud, et peut-être aussi à l’Italie !

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Paysage d’Istrie, en Croatie, un des berceaux du cépage Teran (photo DC)

 

Un cas d’école

Le cas actuel dont j’ai parlé se passe entre la Slovénie et la Croatie autour d’un cépage rouge, le Teran, ou Terrano. La variété est connue en Istrie (Croatie) depuis le 14ème siècle mais se trouve aussi en Slovénie et en Italie. Comme toute variété ancienne il a pas mal de synonymes : Cagnina (en Frioul et Emile-Romagne), Rabiosa Nera (Breganza), Refosco del Carso, Refosk ou Refosco d’Istria (Slovénie et Croatie). Mais il s’agit bien d’une variété distincte du Refosco dal Pedoncolo Rosso, avec laquelle elle a longtemps été confondue.

Nous savons que les frontières politiques non seulement ne sont pas constantes dans le temps (et l’ex-Yougoslavie en est un excellent exemple), mais ne peuvent pas être étanches au mouvement des plantes, par exemple. De plus, il est très hasardeux de dire avec précision où une variété de vigne à vu le jour pour la première fois.

Je ne vois pas alors comment un seul pays ou région peut être autorisé de s’accaparer un cépage. C’est pourtant ce que la Slovénie essaie de faire en ce moment en empêchant des vignerons croates, de la région d’Istrie où il y a quelques 400 hectares de la variété plantés, d’utiliser le nom Teran pour leur vins qui en sont pourtant issus ! Même si, de nos jours, cette surface ne représente qu’environ 8% du vignoble de cette belle région qui borde l’Adriatique, en regardant les archives, on constate qu’il y en avait quelques 35,000 hectares de teran en Istrie vers 1880. Environ 25 producteurs croates mettent en bouteille des vins issus du seul cépage teran de nos jours, et ils se voient confrontés à l’interdiction d’appeller leur vin par son nom de cépage légitime par une sombre manoeuvre opéré par la Slovénie pour garder l’exclusivité du nom Teran sous la législation européenne. Et la Croatie entrera dans l’Union Européenne en juillet 2013.

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 Terra Rossa en Istrie, sol qui semble convenir au cépage Teran (Photo DC)

J’ai pu dégusté, à diverses reprises, plusieurs vins issus de cette variété, aussi bien slovènes qu’italiens ou croates. Un récent voyage en Istrie m’a permis de goûter les vins croates qui figurent ci-dessous. Le Teran (ou Terrano) semble particulièrement adapté à des sols calcaires rouges, riches et fer, et c’est là où on le trouve, du moins en Slovénie (sur le plateau de Kras), et en Istrie croate.

Il produit des vins assez tannique mais pas très colorés, avec une acidité élévée et un alcool plutôt faible. Sa localisation sur certain types de sols lui a donné des appellations associées quand il est utilisé seul : Terrano del Carso, en Italie; Kraski teran, en Slovénie ; Istarski teran, en Croatie. Mais on le trouve aussi parfois en assemblage. L’influence historique de l’Italie dans ces parties proches de la mer Adriatique de la Slovénie, comme de la Croatie, a été considérable et l’italien y est souvent la deuxième langue.

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Ivan Damjanič (photo DC)

Damjanič, Clemente 2009

(60% merlot, 20% cabernet sauvignon, 15% teran, 5% borgonja)

Le teran a été séché en cagettes, puis macéré pendant 2 mois afin d’assouplir ses tannins et réduire son acidité naturellement élévé.

Le vin porte encore l’empreinte de son élévage sous bois (14 mois, puis 10 mois en cuve inox) et montre la souplesse et le fruit du merlot, bien associé à l’acidité et à l’astringence des deux variétés locales (la variété borgonja, dont il n’en reste que très peu en Croatie, n’est autre que le blaufrankisch). Un beau vin qui sera à son meilleur d’ici un an. 15/20.

Prix conso: 16,50 euros

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La cuvée Clemente, à droite, de Damjanič (photo DC)

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La belle gamme de vins de Benvenuti (photo DC)

Benvenuti Teran 2009

Le nez oscille entre l’animal et la cerise griotte. C’est structuré, assez intense, et un poil rustique à cause de tannins pas trop aimables. Très juteux quand même, mais j’ai soupçonné une petite touche de bretts. 14/20

Prix conso: 18 euros (ce qui m’a semble assez élevé pour ce vin d’un producteur qui fait par ailleurs des vins tout à fait remarquables en blanc avec le cépage Malvazia)

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Les installations de Kozlovič sont à la pointe de la modernité (photo DC)

Kozlovič, Teran 2012

(un échantillon en cours d’élevage, fermentation en cuve bois)

Un fruité somptueux qui est porté par une très belle acidité. Croquant et ferme, semble moins tannique que le 2011. 15/20 (note provisoire)

Prix conso: probablement 10 euros (pas encore en vente)

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Kozlovič, Teran 2011

Vin fin finissant très sec, avec un fruité qui rappelle des baies noirs sauvages. La structure est délicate mais ferme par ses tanins pourtant bien  intégrés. La finale est claire et bien fruité. Délicieux. 14,5/20

Prix conso: 10 euros

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Antonella  Kozlovič, avec son mari, a bien développé cette affaire familiale

(photo DC)

Kozlovič, Othello 2009

(70% teran, 15% cabernet sauvignon, 15% merlot)

Très belle richesse dans la matière, mais aussi une superbe fraîcheur aporté par le teran. Une pointe d’amertume en finale qui caractérise souvent cette variété. Excellent équilibre dans ce vin encore austre mais fin. 15,5/20

Prix conso: 12 euros

Cossetto, Teran 2009

Robe assez intense mais nez pas très net. Le boisé est excessif et donne un aspect caramel aux saveurs qui devient vite envahissant. 11/20

Prix conso: inconnu

J’espère, pour conclure, que le bon sens prévaudra dans cette affaire qui est aussi lamentable et dérisoire que tous les autres du même genre (Alsace, Picpoul et compagnie en France, par exemple). Hervé Lalau l’a bien dit: "Les cépages sont à tout le monde".

David


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Les Muscadets avec les autres

Il y a des bonnes idées qui sont parfois mal exploités. Prenons le cas du caviste Yves Legrand, également marathonien, triathlète, Iron Man, et plus encore à 66 ans, mais aussi vigneron, vendeur et buveur de vin, basé à Issy-les Moulineaux. Ulcéré pas le bas prix et la renommé sinistrée des vins de Muscadet, cet homme s’est mis en tête d’aider les meilleurs vins de cette appellation en grande difficulté à se vendre à leur juste prix, c’est à dire au niveau des bons vins blancs d’ailleurs. Et il a proposé une opération de promotion formidable auprès de tous les cavistes de France qui a capoté par la bêtise de quelques administratifs hors contact avec le terrain. Passons!

Car Yves Legrand a eu une autre très bonne idée : confronter une sélection de bons vins de Muscadet à quelques bons vins blancs d’autres régions de France, à l’aveugle et avec avec un jury de journalistes. Jeudi 18 avril j’ai donc pu participer à une dégustation de 17 vins blancs, dont 7 Muscadets. Les vins étaient issu de différents millésimes et tous vendus par Yves dans ses boutiques, sauf 6 des 7 Muscadets. Les prix variaient de 8 euros à 100 euros, avec les 7 Muscadets occupant le créneau bas, entre 8 et 13,50. Tous les vins étaient mis en carafe à bonne température identique, numérotés, et les dégustateurs fixés sur deux objectifs : (1) Noter son plaisir sur 20 et (2) Indiquer le prix que nous pensions mettre sur chaque vin dans le commerce.

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Les dégustateurs au travail dans les belles caves en craie du Chemin des Vignes, à Issy-les-Moulineaux (photo David Cobbold)
 

Nous ne savions rien de l’origine des autres vins, et le but, bien souligné par Yves, n’étaient pas de dire que le Muscadet écrase tout, ou bien le contraire, mais simplement de donner sa chance à ces vins dans un univers concurrentiel large et ouvert. On l’a découvert pour certains vins pendant le dégustation, pour d’autres après : cet univers (hors Muscadet) était aussi large sur le plan géographique, allant de L’Alsace au Roussillon en passant par la Bourgogne et la Loire que sur celui des prix (10 à 100 euros) ou même de l’âge des vins (1985 à 2011).

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L’alignement des 17 vins, après la dégustation et devant le vignoble du Chemin des Vignes, dont le vin était présent et n’a pas démérité : numéro 9, au milieu (photo David Cobbold)

Deux ou trois généralités me semble significatives à la suite de cette belle expérience. D’abord il n’est pas toujours facile de reconnaître un Muscadet à l’aveugle dans ce type de dégustation. Tel n’était pas le but de l’opération, mais je n’ai pu identifier à l’aveugle que 4 sur les 7. Ensuite, comme mes collègues, j’ai systématiquement sur-évalué les Muscadets servis, ce qui indique déjà quelque chose. Enfin un des Muscadets a reçu la meilleur note de tous les vins de la séance, et ce vin ne vaut que 8,50 euros. Dans les notes moyennes, le Muscadet Sèvres et Maine 1999 de Château du Coing de Saint Fiacre, de Chéreau-Gunther a battu, de peu, le Bourgogne 2009 du Domaine Leflaive (qui vaut plus de 3 fois son prix) et la Grande Cuvée du Domaine de l’Hortus (qui en vaut plus que le double).

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Mes 5 Muscadets préférés (photo David Cobbold)

Mon petit hit parade perso était :

15,5/20). Bourgogne Domaine Leflaive 2009

15,5/20). Domaine de l’Hortus Grande Cuvée  2010

15/20). Muscadet Domaine de l’Ecu 2005 expression de Granit

15/20). Pessac Leogan, Château de Fieuzal 1985

15/20). Muscadet Sèvre et Maine, Clos du Bon Curé 1999

15/20). Vouvray Clos de la Bretonnière 2011, (Jacky Blot)

15/20). Muscadet Côtes de Grand Lieu, Domaine de l’Aujardière 2003,

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Deux de mes vins préféres, Muscadets tous les deux (photo David Cobbold)

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Ce qui signifie une fourchette de prix allant de 8,60 euros à 100 euros pour des vins qui m’ont donné autant de plaisir !

Que conclure ? Qu’il est maintenant évident pour moi, comme pour tous les autres participants à cet exercice,  que les bons vins de Muscadet sont du niveau d’autres bons vins blancs de France de partout. Et qu’ils méritent d’être vendu un peu plus cher que n’est le cas actuellement, de l’ordre de 10 à 15% au moins, selon le cas.


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Miscellanées: valeurs sûres, découvertes et doutes

Régulièrement je poursuis, en zig-zag, ma quête de bons vins pas chers. Parfois j’échoue totalement, parfois partiellement, mais parfois je réussis un peu.

Cette semaine, je vais encore mettre ensemble des vins dissemblables : c’est à dire sans lien géographique sauf pour leur origine française, mais avec quand même un lien stylistique pour les trois blancs et le rosé  que j’ai sélectionnés. Et les prix de rentrent pas toujours dans la case "pas cher". Tant pis, ils sont tous bons !

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Il faut avouer que le premier blanc ne correspond pas à mes critères de "pas cher". Mais il est très bon et donc il trouve sa place, sous la rubrique "valeur sure" incluse dans mon titre.

Pouilly Fumé, Château de Tracy 2011

Fin, bien ciselé, au fruité gourmand et à l’acidité fine et intégrée qui provoque une structure ferme, assez tendue. La texture est légèrement crayeuse. C’est un très beau vin de sauvignon blanc, raffiné et discret, toute en élégance mais avec tout ce qu’il faut de tenue et de persistance. Assez exemplaire en somme.

Prix : 18 euros ou plus

J’aime beaucoup le profil gustatif des clairets et j’ai du mal a comprendre pourquoi les éminences grises de Bordeaux n’appuient pas davantage sur ce champignon (magique), d’autant plus qu’ils sont les seuls à en posséder et qu’il y a des siècles d’histoire derrière (have some REAL claret, dear boy, and never mind this new-fangled red stuff !). Ces vins sont réellement à mi chemin entre un rouge et un blanc sur l"échelle chromatique, et leur profil gustatif aussi, à la grande différence de la plupart des rosés pâlichons de Provence qui ne sont que des blancs à peine maquillés.

Château Thieuley, Bordeaux Clairet 20011

Depuis des années, je n’ai aucun souvenir d’avoir dégusté un mauvais vin de cette propriété bordelaise, et cela dans les trois couleurs. Combien peuvent en dire autant  ? La couleur s’assume bien : elle est intense, profonde et brillante. J’aime beaucoup cette robe vermeil clair car elle me fait penser à de la peinture. La matière possède une texture qui lui vient de sa légère touche tannique, mais le fruit est bien là pour l’accompagner et rendre l’ensemble très gourmand. Voilà un vrai rosé de table, désaltérant mais ayant assez de structure pour résister à une gamme large de mets. Et on peut s’y fier année après année.

Prix : 5,50 euros ou plus

Et maintenant quelques découvertes, parfois innovantes.

Les férus du "tout terroir", qu’on peut aussi bien appeler les "terroiristes", m’ennuient profondément avec leurs incantations. C’est une sorte de religion qui, comme toutes les religions, reste aveugle à la réalité. A les croire, aucun vin de négoce, aucun vin qui assemble les jus de plusieurs parcelles n’est digne de considération. Ce sont des théoriciens du vin, qui jugent par principe et par a priori, et non d’après la dégustation honnête du résultat. Ils me rappellent les extrémistes et les démagogues de tous bords en politique.

Oui, on peut pratiquer un assemblage "large" et faire un excellent vin qui reflète parfaitement sa région et ses cépages. La Champagne l’a  prouvé depuis longtemps. Quelques négociants entreprenants dans d’autres régions commencement à le faire aussi. J’en ai dégusté un, exemplaire, d’une jeune affaire de négoce du Sud-Ouest, fondé par un certain Lionel Osmin (que je n’ai pas encore rencontré).

Villa Grand Cap 2012, Vin de France, Lionel Osmin & Cie

(cépages Colombard, Sauvignon Blanc, Petit Manseng)

Provenant de diverses parties du sud-ouest, ce vin a opté pour l’appellation "vin de France". Il est néanmoins très typé sud-ouest. Nez alerte et même pointue, qui mêle arômes d’agrumes de des fruits exotiques. Frais et "tangy" sur la langue, il a aussi une belle ossature et de la longueur. Le rapport qualité/prix est remarquable.

Prix: 6,50 euros

et maintenant pour mes doutes…

J’ai souvent râlé dans ces colonnes contre les vins dits "nature", ce qui veut dire, en gros, sans soufre ajouté. On me rétorque qu’il y a des bons. Encore heureux ! Mais je continue à penser qu’une proportion anormalement élevée de ces vins est bourrée de défauts rédhibitoires  comme me l’a prouvé une récente dégustation de Saumur Champigny où certains vins "nature", qui étaient aussi parmi les plus chers de la série (entre 20 et 32 euros chez un caviste, tout de même !), ont obtenu les plus mauvaises notes d’une série de 30 vins. J’estime que ces vignerons-là volent leurs clients.

Mais j’admets qu’il existe aussi de bons vins sans soufre ajouté, et j’en ai goûté deux récemment, faits par le même vigneron (ce qui n’est surement pas un hasard). Jean-Louis Denois a souvent innové, d’abord en plantant des cépages germaniques dans la région de Limoux (une expérience visionnaire qui s’est soldé par un arrachage ordonné par l’INAO, aussi stupide que borné), puis en plantant du pinot noir et du chardonnay pour faire des bulles et des vins tranquilles. Mainteant il se lance dans le sans soufre rajouté. Pourquoi pas?

Mes Vignes de Saint Paul 2012 blanc, Jean-Louis Denois

(curieuse étiquette qui ne donne pas l’appellation mais cela pourrait être un vin de pays (IGT) d’Oc, car il vient de la vallée d’Agly). cépage Chardonnay, je crois, mais ce n’est pas indiqué non plus. Je découvre en lisant le texte de la contre-étiquette que c’est un Vin de France. Vin bio, sans soufre ajouté.

J’ai mis ce flacon au supplice en le laissant au frigidaire pendant près de 15 jours après l’avoir dégusté une première fois. Et il a bien résisté ! La robe s’est un peu ternie, et le nez commence à sentir la pomme blette, mais cela n’a rien à voir avec ces vins qui ne méritent pas le nom de vin et qui vire dans 15 minutes dans votre verre. Ce vin relativement vif et bien net est clairement bien vinifié et, pour un blanc du sud, reste assez frais et désaltérant. Bravo, même ce n’est pas donné.

Prix: 11 euros

Mes Vignes de Saint Paul 2012 rouge, Jean-Louis Denois

Je ne sais pas ce qu’il y a dedans, mais c’est bon ! Encore plus stable que le blanc, les saveurs sont nettes, fruités avec une touche de poivre (syrah ?). Bonne structure, encore un peu rugueuse de texture car très jeune. Vin sans aucune lourdeur et bien agréable. Je l’aurais beaucoup aimé… à 7 ou 8 euros.

Prix: 11 euros

Alors oui, il existe de bons vins sans soufre ajouté. Mais pourquoi se donner tant de mal pour quelques allergiques imaginaires, et ainsi enchérir le prix du vin ? Car une procédure maîtrisée de vinification sans soufre doit bien avoir un surcoût…

David

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