Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Ne poussez pas trop loin le bouchon!

L’autre jour, lors d’un voyage de presse, j’ai dû me farcir une bonne heure de présentation à propos des avantages supposés des produits d’un bouchonnier.

C’est qu’il était sponsor de l’événement. Et les organisateurs ont fait le forcing pour nous faire assister à la présentation, mes collègues journalistes et moi. Dieu sait pourtant qu’on aurait préféré être ailleurs.

De toutes façons, je ne vois pas comment je pourrais en parler dans mes articles. J’écris pour le consommateur et le consommateur ne choisit pas les bouchons des vins qu’il boit. Ce sont les producteurs qui le font pour lui.

Une exception, peut-être: les capsules à vis. Comme elles se voient, le consommateur peut se déterminer en fonction de cette différence. A titre personnel, vous savez que je suis favorable à ce type de bouchage. Mais je ne me fais pas d’illusion sur mon influence d’"agent de surface médiatique".

Dans tous les autres cas, le consommateur ne découvre le bouchon qu’une fois la bouteille ouverte, alors je pourrais bien lui vanter le Diam’s, le Nomacorc ou l’Amorim que cela ne changerait rien.

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Pousse le bouchon!

Je constate quand même que nous autres journalistes sommes de plus en plus les otages de ces fournisseurs de la production, que ce soit au sein des concours (abondamment et ostensiblement parrainés par tel ou tel bouchonnier) que des présentations de presse.

Je profite de cette modeste tribune pour leur dire, ainsi qu’à leurs charmantes attachées de presse (qui ne font que leur boulot, bien sûr), que leur communication m’ennuie. Que même si j’en avais l’envie, je ne pourrais les aider. Et que je n’en ai pas l’envie.

Je le dis poliment aujourd’hui, mais j’ai bien peur un jour de ne plus pouvoir me retenir de le dire de manière plus véhémente, et publique, lors d’un de ces événements sponsorisés.

 Hervé Lalau


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Aimer le vin… ou pas

Il y a bien des raisons d’aimer le vin. Pour son goût, pour la culture qui gravite autour de lui. Pour les gens qui le produisent. Mais il y a au moins autant de raisons aussi de ne pas l’aimer. Pour son goût. Parce qu’on n’est pas sensible à sa culture. Parce qu’on a d’autres passions. Parce qu’on n’a aucune passion.

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Je n’ai pas aimé

L’Odyssée de l’ennui

Il y a quelques mois, j’ai été voir un film que l’on m’avait recommandé: L’Odyssée de Pi. Je n’ai pas aimé. Il paraît qu’il s’agit d’une fable philosophique, une sorte d’allégorie, censée mener vers l’ineffable, vers le sens de Dieu. Je n’ai rien compris.

Pris au premier degré, le film m’a profondément ennuyé – un homme et un tigre dans une chaloupe, même avec des effets spéciaux, ça reste assez chiant à regarder. Quant au deuxième degré, l’interrogation sur le sens du film, l’histoire était-elle vraie, il y a t’il un pilote dans l’avion, la chaloupe ou l’univers, je suis passé complètement à côté.

Donnez moi une seule minute du Sens de la Vie, des Monty Python, je préfère. Notamment la scène du type qui sort du frigo pour nous faire découvrir la galaxie en chantant. Ou même, le restaurant où l’on sert de la philo.

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The Meaning of Life (cliquez ICI pour un extrait)

Bref, je n’ai pas accroché. J’en parle ici parce que je pense que dans toute conviction philosophique, dans toute passion (et le vin peut en être une), il y a d’abord une sorte d’adhésion, qui repose sur des expériences, une initiation, une sensibilité. Et nous ne sommes pas tous égaux devant l’expérience, devant la sensibilité.

Le vin qui fait mon plaisir, celui de mes papilles et celui de mes neurones peut très bien ne pas vous plaire. Comme moi je suis passé à côté du film et de sa démonstration, vous pouvez très bien passer à côté de ce vin. Et même, à côté de tous les vins.

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J’ai rencontré il y a peu dans le vignoble un jeune travaillant pour une grande cave; je lui ai demandé ce qu’il aimait boire, il m’a répondu: "vodka orange".

Je connais autour de moi, dans ma famille et dans mon cercle de connaissances, bon nombre de gens qui ne s’intéressent pas au vin. Soit qu’ils trouvent le sujet trop compliqué, soit qu’ils trouvent la boisson trop ringarde, soit qu’ils n’aient jamais eu l’occasion de s’y intéresser.

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Photo: Decalsplanet.com

C’est plus fréquent qu’on ne pense, notamment chez les jeunes, auxquels on n’apprend plus le vin. Ou dans les familles qui n’ont aucune attache vigneronne, ni campagnarde. Je ne juge pas. Ce n’est pas parce que le vin est une de mes passions que je pense qu’elle s’impose à tous.

Pour d’autres, c’est la philatélie, la pétanque, le piano, la physique quantique, le kamasutra, que sais-je? Il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises passions – tant qu’on n’en vient pas à une addiction dévorante, bien sûr.

Mais cette réflexion m’entraîne sur d’autres chemins de pensée. Beaucoup de ceux qui buvaient du vin il y a 50 ans ne buvaient pas en connaisseurs ni même en connaissance de cause – ils buvaient parce qu’ils travaillaient dur et qu’ils avaient soif. Le vin était leur boisson. Ces travailleurs de force sont bien moins nombreux aujourd’hui et c’est tant mieux pour leur santé. Qui peut regretter la disparition de ce type de consommation?

Aussi, quand je lis que le volume de vin consommé en France a fortement baissé ces 30 dernières années, je ne m’en inquiète pas. Le type de consommation que je pratique, que je me permets même de préconiser, est une consommation consciente, épicurienne, éclairée, si vous me passez cette expression un peu vaniteuse.

Je préfère moins de litres, voire moins de consommateurs, mais plus de conscience, de réelle appréciation du vin.

Et qu’est-ce qu’on boit là-dessus?

Le Cahors Tradition 2009 du Château Nozières, par exemple.

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Au nez, du fruit rouge (grenade, mûre), quelques notes florales aussi. En bouche, du velours. Olivier Guitard a su éviter la sur-maturité dans cette année chaude, et garder au vin sa puissance et son caractère – et même cette touche de rusticité que j’aime bien. Voici un vin couillu, pour vous servir. Et pour moins de 5 euros, que demande le peuple?

Le 2010 est très bien aussi, dans un style un peu plus délicat, un fruit plus noir (pruneau, cassis). Et tout aussi bon marché.

Hervé


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Déontologie, Dupont et Evin

La déontologie des journalistes du vin, Jacques Dupont, et la loi Evin : une histoire en trois temps et deux mouvements.

La première partie de ce sujet, bien que m’ayant été suggérée par deux de mes collègues sur ce blog suite à de récents échanges et un début de polémique, m’est assez chère.

Il faut dire aussi que le terrain est miné, et plutôt bien miné. Malheureusement, certaines des mines ont été posées par des collègues, journalistes ou critiques de vin, qui s’estiment peut-être plus blancs que blancs dans un monde bien trop souvent gris. Mais, cette fois-ci, ce n’est pas le critique américain au nom de joueur de sax décédé qui a allumé le feu, pas plus que l’altermondialiste hypocrite (américain aussi, mais ce n’est pas une fatalité !) faiseur de films.

Non, cela serait juste une remarque, apparemment prise hors contexte, du Français Jacques Dupont, journaliste au Point et auteur de livres sur le vin, qui a fait dresser les cheveux sur la tête d’Hervé (ce qui est légitime, vu qu’il en a pas mal) et aussi sur celle du forgeron (qui en a un peu moins).

Dupont était interviewé sur une antenne de radio à propos de son dernier (et très utile) livre intitulé Invignez-vous. Je n’aime pas trop ce titre, mais peu importe, dans le fond. Il s’agit d’une critique bien étayée de la loi Evin et du lobby abolitionniste qui le sous-tend et qui pèse fortement ses interprétations.  Car cette loi est un peu comme bon nombre des textes religieux: il est fait d’ambiguïté. Je reviendrai sur ce livre plus loin, car il devrait être lu et salué. On se demande même pourquoi personne ne l’a écrit plut tôt.

Iinvignez-vous

Mais lors de l’entretien en question,Dupont aurait laissé entendre que des journalistes qui acceptent des repas/dégustations ou des voyages de presse sont des vendus et des pique-assiettes. C’est peut-être un peu vrai pour certains, surtout la deuxième partie, mais une telle remarque a fait vivement réagir certains collègues, dont Hervé et Michel.

Cependant il semble assez clair, d’après la réponse de Jacques à Hervé, que l’éminent et très respectable critique de vin du Point a été mal compris. Non seulement il est blanc comme neige lui-même, car il n’accepte aucune invitation, mais il n’a jamais dit (en tout cas de manière explicite) que tous les autres journalistes qui traitent du sujet des vins sont des vendus parce qu’ils acceptent, de temps à autre ou régulièrement, des repas ou des voyages de presse payés par des vignerons ou groupes de vignerons afin de faire connaître leur production.

Pour ma part, je connais très peu de journalistes qui refusent systématiquement de telles invitations. Jacques Dupont serait simplement critique d’un système qui encourage ses collègues à accepter de telles opportunités afin de pouvoir, financièrement parlant, écrire sur le vin. J’avoue volontiers en être (de ceux qui acceptent certaines invitations), bien que j’ai tendance à refuser des repas ou autres invitations d’un seul producteur, sauf si c’est juste pour déguster ses vins. Les déjeuners, cela me fait perdre trop de temps, et les voyages de presse pour visiter un seul domaine ne me paraissent pas acceptables. Chacun posera la ligne jaune ou il estime devoir le faire, mais je considère que la plupart de mes collègues sont honnêtes et n’écriront jamais des choses qu’ils ne pensent pas sincèrement à propos d’un vin, qu’ils aient été invités par le producteur en question ou pas. Suis-je naïf ?

Il est en effet plus que regrettable que si peu de titres de presse, spécialisés ou pas, estiment pouvoir défrayer leurs journalistes pour un véritable travail de recherche sur le terrain et pour le temps passé à déguster des vins dans de bonnes conditions et avec un souci de parfaite neutralité. Bien trop de magazines se contentent, en lieu d’une « rubrique » vin, de faire faire du copier/coller avec des dossiers de presse par des stagiaires ou des gens étant aussi peu fourni en scrupules qu’en connaissance du vin. Non pas toutes, bien sur. L’autre problème avec la déontologie journalistique en France, et cette remarque ne se limite pas au monde du vin, est qu’il y a trop souvent confusion entre information et opinion. Nous, sur ce blog, nous donnons très librement nos opinions, qu’elles plaisent ou non. C’est probablement le rôle principal des blogs. Mais un journal ou magazine doit aussi informer, en séparant la partie informative et factuelle de la partie commentaire, plus ou moins engagée.

Je ne rentrerai pas trop ici dans le débat, qui fait également partie de l’aspect déontologique d’un critique de vin, entre la dégustation « à découvert » ou « à l’aveugle ». Nous savons que le critique le plus connu et riche de la planète déguste ses vins à découverte, et qu’il a longtemps refusé de déguster la production des caves coopératives par principe. C’est son choix, et c‘est à nous (ou plutôt à ses lecteurs, dont je ne suis pas) de nous positionner en conséquence. Jacques Dupont, pour revenir à lui, est un très bon journaliste et un vrai amateur de vin, et je ne pense pas qu’il s’est érigé en « donneur de leçons » dans son entretien. Il a simplement voulu pointer une dérive dont les journalistes ne sont pas les seuls responsables.

Maintenant il faut parler de son livre, Invignez-Vous ! Mauvais titre, je disais, que je mettrais sur le compte de l’éditeur (Grasset) cherchant à surfer sur la vague Hessel. Ce petit livre est aussi un pamphlet, dans la bonne tradition de ceux qui traitent des phénomènes politiques et sociétales. Il se lit dans un trajet de train entre Paris et Valence (Drôme), en laissant le temps pour une bonne sieste. Le sujet de Dupont est la loi Evin et ses autours : en particulier les motivations et méthodes du courant « anti- alcool » qui sévit puissamment au sein de l’ANPAA[1], et en particulier Claude Got et ses acolytes : leurs mensonges, approximations, amalgames, omissions, méthodes de pression et objectives plus ou moins cachés. L’histoire des mouvements abolitionnistes est traitée, ainsi que leurs causes et leurs effets pervers. Dupont considère, et je suis bien d’accord avec lui, que cette loi est stupide, hypocrite et inefficace. Passons sur le fait qu’un des rédacteurs principaux de la loi Evin est un homme politique à la morale irréprochable (Jérôme Cahuzac), Dupont met en avant le fait qu’il y a des méthodes plus efficaces que l’interdiction ou la culpabilisation pour lutter contre le fléau de l’alcoolisme : notamment l’éducation au goût. Il cite, bien entendu, l’exemple du programme québécois Educ’Alcool et insiste sur le fait que la saoulographie lamentable symbolisée par le « binge-drinking » n’est pas du tout le résultat de l’absorption de doses massives de vins fins.

Je citerai un seul passage du livre, pour donner le ton de la fin, car son début fait assez froid dans le dos et m’intérroge : pourquoi a-t-on laissé faire ce lobby de psycho-rigides dingues, tellement coincés du cul qu’ils y briseraient la foret de Tronçais toute entière ? Dans le dernier chapitre, on peut lire ceci par exemple : « Hubert Sacy, le président d’Educ’alcool, ne nous comprend pas. Lui pense que notre richesse viticole, la multiplicité des nos appellations, constituent un formidable outil culturel qui permet d’élever les mentalités, d’ouvrir les débats, d’éclairer les jeunes et de les éloigner des conduites à risque ou addictives. »

 

Nous en sommes, malheureusement, assez loin et il est plus que probable que cette foutue loi Evin en est la cause principale. Raison de plus, mes chers collègues, de ne pas nous disputer pour des futilités ou des brins d’ego mal placés, mais de pousser pour que cela change. Oui, on peut rêver !

David


[1] Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie, dont les origines remontent à 1872 est qui est largement financé par des subventions d’état (et donc par nous !).


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Mériter le nom de journaliste

Je pratique un métier qui me plaît, mais qui a ses servitudes. Parmi celles-ci, la nécessité de ne pas mélanger les genres, le rédactionnel et la publicité. De garder son indépendance, quitte à déranger. De se baser sur des faits.

Orwell 1984

George Orwell, 1984: "Ignorance is strength". Mieux vaut ne pas savoir, vraiment?

J’ai lu la semaine dernière sur Vitisphère le commentaire exaspéré d’un internaute qui pense que Jim Budd, dans l’affaire qui l’oppose aux Baumard, ne mérite plus le nom de journaliste:

"jfdp – Le 09 mars 2013 à 16:52:37

Le journaliste en question ne merite pas le nom de "journaliste" sauf si on parle de ‘tabloids’ de Murdoch.Il a commis bien pire d’infractions contre les Baumard qu’une violation de domicile. Malheureusement, il s’agit d’une affaire bien plus complexe qu’on n’imagine et on ne peut pas vraiment comprendre ce qui se passe sans connaitre l’histoire de vin en Anjou."

On aimerait en savoir plus, nonosbtant la "complexité" de l’affaire. jfdp ne démontre rien.

Et je me demande quel nom Jim peut bien mériter. Pour Decanter, où il signe de nombreux articles, pas de doute, c’est bien un journaliste.

Comme c’est un copain, vous penserez peut-être que je suis subjectif.

Je fais de mon mieux pour ne pas l’être, en l’occurrence. Parce que je pense que le sujet dépasse de loin nos petites personnes, à Jim, aux Baumard, à jfdp ou à moi. Je n’en fais pas une question personnelle, mais de fond.

J’ai d’ailleurs publié ICI la lettre des Baumard où ils contestent ce qui leur est reproché, parce que je pense qu’ils ont le droit de s’exprimer. Même si certains de leurs arguments me choquent.

Je note en tout cas que l’intervention de Jim a permis de remettre dans l’actualité la question de la cryoextraction.

Et au-delà, celle du respect des conditions d’un millésime. Puisqu’on nous chante sur tous les tons que l’AOC est le reflet d’un terroir, mot qui englobe les conditions climatiques, je pense que dans les mauvaises années, celles qui ne permettent pas au terroir de bien s’exprimer, les ODG devraient tout simplement interdire l’usage de l’AOC. C’est une question de cohérence et de respect du consommateur.

Quant à moi, si mon intervention, dans l’affaire Tasted, a permis de rappeler qu’on ne doit pas vendre du rédactionnel, je n’aurai pas tout à fait perdu mon temps.

Au fait, avez-vous réfléchi à quoi ressemblerait un monde où les journalistes prendraient tout pour argent comptant, pour monnaie sonnante et trébuchante, où tout aurait un prix, même le silence? Un monde où l’ignorance ferait force de loi?

Mais je suis bête, ce monde existe! Au moins virtuellement.  Tout le monde y est beau, tout le monde y est gentil, tous les vins y sont bons, tous les vignerons y sont formidables, et  personne n’y doute jamais de rien… Pour découvrir ce monde de Bisounours, il suffit d’ouvrir certains magazines, certains guides, certaines brochures. Des prospectus. Très peu pour moi.

Hervé


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Tabernak ! Mais pourquoi je fais ce métier à la con ?

Mon fils, l’autre soir, m’a fait comprendre, à sa manière habituelle, aussi franche que directe, que j’étais un Con avec un « C » majuscule. Rien de nouveau, me direz-vous, d’autant que ce n’est pas la première fois qu’un fils s’en prend ainsi à son père. Pour ma part, je suis comblé : ce peut-être la dixième fois qu’il me le dit et au moins la centième qu’il le pense ! Mais n’entrons pas dans la vie privée des gens, ce n’est pas correct d’une part et ce n’est surtout pas le lieu ! Et puis, il paraît que l’on est toujours le con de quelqu’un… «… et tant pis pour lui ! », ajoutait Jean Yanne. 

Allez voir ICI 

toutes les citations qu’évoque le mot con, et vous serez à coup sûr guéri de votre curiosité. J’en ajoute une dernière, de Pierre Desproges, un de mes maîtres à penser : « Mieux vaut fermer sa gueule et passer pour un con que l’ouvrir et ne laisser aucun doute à ce sujet ». C’est à peu de choses près ce que j’ai fait confronté à l’outrecuidance de mon fils, un certain Victor, avant de le serrer fort dans mes bras.

Georges Brassens et le Roi des Cons

Quelque peu sonné par ce conflit de génération, j’en avais gros sur la patate et, pensant me faire du bien, je me suis mis à lire sur la Toile les écrits de certains journalistes du vin et les commentaires qui vont généralement de pair. Patatras ! Il arrive que ces derniers, les Lecteurs, mes chers et adorés Lecteurs (vous êtes si rares à me lire que je vous aime), nous prennent pour des Cons, avec une fois de plus un « C » majuscule. Qu’ils nous critiquent, moi j’veux bien. Mais qu’ils nous donnent des leçons, ça non ! Voilà pourquoi, alors que le journaleux pisse copie que je suis, bien entendu vendu au négoce, aux agences de RP, acquis comme chacun sait à la cause des vins trafiqués et, de surcroît, industriels, ne parlant forcément que des mêmes vins copains déjà archi-connus, celui qui, figurez-vous, serait bien mieux allongé sur une plage de retraités culs nus à se regarder tourner les orteils au lieu de nous bassiner avec ses pénibles descriptions de vins encensés, voilà pourquoi moi, petit personnage insignifiant noyé dans la nébuleuse des « blogueuseries » parfois nauséabondes, voilà pourquoi j’ai décidé de répondre à ces critiques de critiques (que je ne suis pas) et, ce faisant, d’y répondre en vrac et sans gants.

Affiche du Willi's Wine Bar à Paris.

  •    Je fais ce métier à la con (de journaliste à la con) parce que j’aime la vérité, la liberté et que je méprise les tartufferies en tout genre.
  •    Je fais ce métier non pas pour être objectif, mais pour revendiquer une part de subjectivité, ma part bien sûr, la plus noble.
  •    Je me suis spécialisé dans les bonnes choses de la vie parce que j’aime la France, ses paysages et ses régions ; l’Europe et ses diversités ; le Monde et ses sortilèges. Parce que j’aime voyager, rencontrer, découvrir, causer, palper, goûter, sentir…
  •   Je me suis installé peu à peu dans le vin parce que j’aime les hommes et les femmes de ce milieu. Parce que je suis sous le charme des histoires qu’ils me racontent ; parce que j’admire leurs audaces, que je partage leurs instants de courage, leurs moments de découragements aussi, leurs prises de risque, leurs tempéraments, leurs velléités d’indépendance, leurs esprits bagarreurs ou pour le moins frondeurs. J’envie leurs coups de gueule, leurs moments d’humilité, les rapports étroits qu’ils entretiennent avec la nature. Un vin, c’est un homme dans un lieu avec une plante pour trait d’union et la nature pour témoin. C’est le résultat d’un combat, l’histoire d’une succession de vies.
  •    Je ne me vois pas en « critique du vin », mais me sens plus impliqué dans un rôle de journaliste arpenteur, guide et découvreur. J’écris pour faire plaisir, non pour décevoir.
  •    Je constate que j’aime sincèrement le vin. Je le goûte, certes, mais je le bois aussi volontiers et surtout sans « modération » aucune. Modérer son plaisir, c’est mourir d’ennui à petit feu.
  •   Je fais mon métier parce qu’il est enivrant et que j’ai la prétention d’aider les jeunes – et les moins jeunes – à s’en sortir. Je le fais aussi pour gagner un peu d’argent, me payer des vacances et m’offrir un restaurant de temps à autre. Je le fais modestement, à ma manière, sans pression, sans en tirer gloire, sans chercher médailles et récompenses. Une façon pour moi, peut-être, de me venger d’avoir toujours été parmi les derniers de la classe.
  •    Je goûte le vin professionnellement pour y trouver de l’amitié, de la chaleur humaine, de la matière, de la terre, de la sincérité, de la simplicité, de l’âme. Les vins qui réunissent ces qualités sont les seuls qui méritent les éloges.
  •   Je fais ce métier sachant qu’un article sur dix, au mieux, atteindra son but et déclenchera un soupçon d’intérêt de la part des Lecteurs. C’est ma plus grande joie que de sentir que j’ai pu faire mouche et convaincre au moins une personne qu’il serait bon d’essayer tel ou tel vin au point d’aller l’acheter.
  •    Je fais ce métier parce que j’aime croire que certains Lecteurs que je côtoie par la pensée vont suivre mes conseils et découvrir d’autres horizons que ceux dictés par les ayatollahs de la pensée. Peut-être est-ce prétentieux, mais au moins c’est sincère.
  •    Je fais ce métier parce qu’il faut boire, manger et vivre, tout simplement.

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Voilà, c’est dit. Maintenant, faîtes de tout ce salmigondis ce que bon vous semble. Tirez-en les conclusions que vous voudrez, hâtives ou pas. Cela ne m’empêchera pas de trinquer à ma pomme et à tous les autres Cons de cette terre. Et Dieu sait qu’il y en a… Lui, en premier !

Michel Smith

PS- Pur hasard, hier encore, mon camarade Hervé évoquait à sa manière et dans ce même blog un sujet qui sonnait juste, article que je vous invite ICI à lire avec son cortège de réactions, dont la mienne. 

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