Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Bienvenue au Château Margaux!

« Bienvenue au Château Margaux! »

C’est Paul Pontallier qui nous accueille à la grille du parc, d’où l’on aperçoit la grande demeure classique, d’une symétrie parfaite, temple d’un culte rendu à l’excellence dans le monde du vin. La nuit va tomber. J’accompagne un groupe de L’Union des Oenologues de France.

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J’arrive au Château

Pontallier est un hôte attentif, bienveillant, le commandant modeste de ce grand navire de pierre, de vignes et de barriques; son message est intéressant, quoi qu’un peu convenu: « Au Château Margaux, mon but n’est pas de faire le vin qui me plaît mais d’exprimer au mieux le grand terroir de Margaux. Il y a sans doute beaucoup de grands sites pour faire du vin dans le monde, mais les vrais grands terroirs sont beaucoup plus rares, car cela prend des générations à les construire; c’est l’homme qui les révèle. Et tout le défi qui nous incombe, au Château, c’est de transmettre, de pérenniser ».

J’abonde dans ce sens; j’ai moi même consacré un article au « making of » de l’icone Margaux.

Moins convenu, il y a ceci: « Nos croyons au progrès par la connaissance et nous investissons en ce sens. Nous construisons un nouveau cuvier expérimental. Et son architecture a été confiée à Norman Forster. L’inauguration est prévue pour le Printemps 2015. »

Mais comment marie-t-on la technologie et un cru comme Margaux?

« Nous gardons l’esprit ouvert. A la vigne, par exemple, nous n’employons plus ni insecticides ni acaricides depuis 10 ans. Nous essayons beaucoup de choses sur de petits volumes, le pressurage, la micro-oxygénation, la capsule à vis (depuis 2002); les cuves bois, l’inox. Nous réinventons notre système de réception de vendange à chaque millésime. Moins on s’y connaît et plus on a de certitudes. Tous les choix techniques ne sont pas validés, nous prenons notre temps, il faut 30 ans pour avoir assez de recul. Aucune avancée technologique n’a pu améliorer nos vins à elle seule. Les plus grands progrès en matière de vinification ont consisté à faire des vins plus vite prêts a boire. »

Bon, et si on passait à la dégustation? A ce stade, je me dis, « attention, tout ce que tu écriras pourra être retenu contre toi »…

Pavillon Rouge 2010
Élégant, suave en bouche; nez subtil, grain très fin.

Pavillon Rouge 2009
Nez très complexe. Humus, belle matière, puissance mais reste élégant
Les tanins sont là mais ne gavent pas d’astringence.

Château Margaux 2009
Fumé grillé très léger, épicé et pourtant suave. Déjà beaucoup d’éclat. En bouche, ça commence moderato, et puis une porte s’ouvre, vers une deuxième salle, plus vaste, élégamment décorée d’arômes de moka. La musique n’est pas plus forte, non, mais on change d’ambiance; une sorte de sérénité difficile à décrire. Fruit noir velouté, réglisse et menthol s’entrecroisent, tissant une sensation raffinée, un édifice gracieux et gracile, d’une élégance classique. Les tannins sont les fibres, les fils de soie de cette toile dont la légèreté surprend: comment tout cela tient-il debout?

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Le chai actuel

Un vin d’exception qu’on n’a pas envie de laisser. Je reste assis sur ma chaise, à siroter le fond de mon verre, quand les autres se lèvent. Je pense tout à coup que ce métier n’est sans doute pas le plus lucratif, ni le plus glorieux, mais qu’il offre quelques belles compensations.

 2999843347Hervé Lalau


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Aimer le vin… ou pas

Il y a bien des raisons d’aimer le vin. Pour son goût, pour la culture qui gravite autour de lui. Pour les gens qui le produisent. Mais il y a au moins autant de raisons aussi de ne pas l’aimer. Pour son goût. Parce qu’on n’est pas sensible à sa culture. Parce qu’on a d’autres passions. Parce qu’on n’a aucune passion.

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Je n’ai pas aimé

L’Odyssée de l’ennui

Il y a quelques mois, j’ai été voir un film que l’on m’avait recommandé: L’Odyssée de Pi. Je n’ai pas aimé. Il paraît qu’il s’agit d’une fable philosophique, une sorte d’allégorie, censée mener vers l’ineffable, vers le sens de Dieu. Je n’ai rien compris.

Pris au premier degré, le film m’a profondément ennuyé – un homme et un tigre dans une chaloupe, même avec des effets spéciaux, ça reste assez chiant à regarder. Quant au deuxième degré, l’interrogation sur le sens du film, l’histoire était-elle vraie, il y a t’il un pilote dans l’avion, la chaloupe ou l’univers, je suis passé complètement à côté.

Donnez moi une seule minute du Sens de la Vie, des Monty Python, je préfère. Notamment la scène du type qui sort du frigo pour nous faire découvrir la galaxie en chantant. Ou même, le restaurant où l’on sert de la philo.

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The Meaning of Life (cliquez ICI pour un extrait)

Bref, je n’ai pas accroché. J’en parle ici parce que je pense que dans toute conviction philosophique, dans toute passion (et le vin peut en être une), il y a d’abord une sorte d’adhésion, qui repose sur des expériences, une initiation, une sensibilité. Et nous ne sommes pas tous égaux devant l’expérience, devant la sensibilité.

Le vin qui fait mon plaisir, celui de mes papilles et celui de mes neurones peut très bien ne pas vous plaire. Comme moi je suis passé à côté du film et de sa démonstration, vous pouvez très bien passer à côté de ce vin. Et même, à côté de tous les vins.

Vodka-Orange

J’ai rencontré il y a peu dans le vignoble un jeune travaillant pour une grande cave; je lui ai demandé ce qu’il aimait boire, il m’a répondu: « vodka orange ».

Je connais autour de moi, dans ma famille et dans mon cercle de connaissances, bon nombre de gens qui ne s’intéressent pas au vin. Soit qu’ils trouvent le sujet trop compliqué, soit qu’ils trouvent la boisson trop ringarde, soit qu’ils n’aient jamais eu l’occasion de s’y intéresser.

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Photo: Decalsplanet.com

C’est plus fréquent qu’on ne pense, notamment chez les jeunes, auxquels on n’apprend plus le vin. Ou dans les familles qui n’ont aucune attache vigneronne, ni campagnarde. Je ne juge pas. Ce n’est pas parce que le vin est une de mes passions que je pense qu’elle s’impose à tous.

Pour d’autres, c’est la philatélie, la pétanque, le piano, la physique quantique, le kamasutra, que sais-je? Il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises passions – tant qu’on n’en vient pas à une addiction dévorante, bien sûr.

Mais cette réflexion m’entraîne sur d’autres chemins de pensée. Beaucoup de ceux qui buvaient du vin il y a 50 ans ne buvaient pas en connaisseurs ni même en connaissance de cause – ils buvaient parce qu’ils travaillaient dur et qu’ils avaient soif. Le vin était leur boisson. Ces travailleurs de force sont bien moins nombreux aujourd’hui et c’est tant mieux pour leur santé. Qui peut regretter la disparition de ce type de consommation?

Aussi, quand je lis que le volume de vin consommé en France a fortement baissé ces 30 dernières années, je ne m’en inquiète pas. Le type de consommation que je pratique, que je me permets même de préconiser, est une consommation consciente, épicurienne, éclairée, si vous me passez cette expression un peu vaniteuse.

Je préfère moins de litres, voire moins de consommateurs, mais plus de conscience, de réelle appréciation du vin.

Et qu’est-ce qu’on boit là-dessus?

Le Cahors Tradition 2009 du Château Nozières, par exemple.

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Au nez, du fruit rouge (grenade, mûre), quelques notes florales aussi. En bouche, du velours. Olivier Guitard a su éviter la sur-maturité dans cette année chaude, et garder au vin sa puissance et son caractère – et même cette touche de rusticité que j’aime bien. Voici un vin couillu, pour vous servir. Et pour moins de 5 euros, que demande le peuple?

Le 2010 est très bien aussi, dans un style un peu plus délicat, un fruit plus noir (pruneau, cassis). Et tout aussi bon marché.

Hervé


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Critique de vin au festival de La Roque d’Anthéron

David nous relatait lundi quelques uns des grands (ou moins grands) moments du Festival Jazz in Marciac.

Ce n’est pas pour me vanter, mais moi, j’ai assisté à trois concerts du Festival International de Piano de La Roque d’Anthéron.

J’ai notamment écouté Andreï Korobeïnikov dans le 2ème concerto pour piano de Rachmaninoff, et Abd el Rahman El Bacha dans l’intégrale des sonates de Beethoven…

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Et bien, c’était pas mal…

A ce niveau de jeu, émettre un avis me semble aussi incongru que de qualifier la beauté de la mer ou de la montagne. Mais je ne suis pas un bon critique. Même dans le vin, mes critiques m’agacent souvent à peine je les ai émises. Ce n’est pas que je n’ai pas d’opinions. C’est juste que je ne me sens pas vraiment le droit de les imposer à de pauvres lecteurs qui ne m’ont rien fait.

Je pense aux années de travail nécessaires à ces deux monstres du piano pour que leur art paraisse fluide, pour que l’effort ne se sente pas.

Dans le cas d’El Bacha, qui a joué seul et de mémoire une demi-douzaine de sonates dans la même soirée, je me demande comment il fait pour ne pas tout mélanger, et surtout, comment il fait pour garder à l’interprétation sa fraîcheur, pour éviter de devenir une sorte d’automate.

Quant à Korobeïnikov, outre sa technique, j’ai admiré sa façon de se mettre au service de l’orchestre, son sens du collectif – les cuivres de l’Orchestre National de Lyon qui lui donnaient la réplique ont été très bien mis en valeur, et même les flûtes. Le chef d’Orchestre, Antoni Wit, n’en faisait pas trop – j’ai pas mal d’oeuvres sous sa direction sur CD, ça me faisait plaisir de le voir en chair et en notes.

J’en viens au vin, qui vous attire ici plus que la musique, je suppose – quoique certains lecteurs, je le sais, sont mélomanes.

Je vais encore faire acte d’humilité.

Face à une belle interprétation ou à un grand vin (car le vin, à défaut d’être un art, se hausse parfois au rang d’artisanat de belle facture), celui qui écoute ou qui déguste est souvent à court de mots.

Enfin, je parle pour moi.

Il peut bien sûr se raccrocher aux ficelles du métier, la sonorité des cordes, l’harmonie de la bouche, commenter le phrasé ou l’assemblage, que sais-je encore. C’est quand même souvent un peu téléphoné.

Mais comment transmettre une impression sans la dénaturer, sans forcer le trait, sans tomber dans la facilité, la mièvrerie ou la pinaillerie? Pourquoi la critique paraît-elle toujours tellement creuse face à l’oeuvre? Est-ce parce que les mots sont réducteurs? Est-ce parce que nous ne créons rien, ou si peu?

A La Roque d’Anthéron, il y a un petit carré, en bas à droite, réservé à la presse. Je n’ai pu m’empêcher de regarder les « collègues ». Certains arrivaient en retard, d’autres partaient au milieu d’une oeuvre; certains avaient l’air de s’ennuyer – c’est vrai que l’Appassionata, ça ne passionne pas forcément l’échotier de La Gazette du Luberon Méridional.

Certains se parlaient – peut-être était-ce une réunion syndicale, ou bien préparaient-ils l’apéro du lendemain?

J’ose espérer que Marie-Aude Roux, la critique du Monde, qui, à propos de Korobeïnikov, parle de « piano bodybuildé » (voir ICI) , ne faisait pas partie de ces bavards.

Quant à moi, je n’ai pas du tout eu le même ressenti.

Bien sûr, je ne suis qu’un journaliste viticole. Déjà que dans ma partie, je ne me sens pas vraiment la vocation d’un arbitre des élégances, ce n’est pas maintenant que je vais m’y mettre, et à propos de musique.

A quoi ça sert?

Personne ne peut obliger qui que ce soit à aimer la musique classique, ou le jazz, ou quelque forme d’art que ce soit. C’est ça qui est bien, avec l’art: ce n’est pas obligatoire. Et ça ne « sert » pas vraiment à quelque chose, si ce n’est à rendre la vie plus belle pour ceux qui le veulent.

Notez que le vin n’a rien d’obligatoire non plus – n’en déplaise à l’ami Coluche. Plus d’un tiers des Français s’en passent totalement, je crois. Et le reste se répartissent assez inégalement entre buveurs et oenophiles.

Ce côté « facultatif », presque gratuit, rend la critique des vraies oeuvres, des belles interprétations, qu’elles soient sonores, picturales ou liquides, encore plus difficile. Car il ne faut jamais présumer de la réceptivité du lecteur, qui s’intéresse ou pas au genre ou à l’oeuvre, qui en a déjà une idée ou pas.

David nous disait lundi que Diana Krall n’avait pas bien chanté. Je le crois. Même si, pour moi, qui ne suis pas un vrai grand fan de jazz, l’impression aurait peut-être été toute autre.

Il m’arrive bien sûr aussi de trouver qu’un pianiste, qu’un violoniste ou qu’un flutiste joue trop vite, ou trop fort, ou ne met pas assez de sentiment, ou trop.

Mais c’est souvent par rapport à une version que j’ai dans l’oreille, ou par rapport à mon éducation musicale. Ou à mon affect – quand c’est mon fils qui joue, par exemple, ce n’est pas pareil.

Cela dépend aussi de ce que j’attends de l’oeuvre. Bach, Vivaldi, Corelli, Weiss, Haydn, Mozart, Beethoven, Brahms, Debussy, Mahler, Prokofiev et Rachmaninoff me « parlent » plus que Rameau, Mendelssohn, Borodine, Bizet, Strauss, Chostakovitch, Orff ou Wagner. Je suis plus sensible à une exécution médiocre du Clavier bien Tempéré ou de l’Estro Armonico que de l’assassinat de Carmina Burana. C’est comme ça.

D’un autre côté, en matière de musique, je ne suis que « consommateur », qu’amateur, je n’ai ni l’expérience du jeu, ni la vraie compétence. J’ai des oreilles. Des récepteurs sensoriels. Quelques cordes sensibles qui vibrent ou ne vibrent pas.

C’est beaucoup et c’est peu à la fois.

Eduquer le goût

Il paraît que la beauté est dans l’oeil de celui qui regarde. Mais qui nous apprend à regarder?

Quand on voit le nombre de Japonais dans les concours de piano ou de violon, on ne peut s’empêcher de penser que l’éducation musicale qui est donnée aux jeunes Nippons n’y est pas pour rien.

La France est bien loin derrière, hélas.

Dans le domaine du vin, c’est un peu pareil: faute de transmission entre générations, le Français moyen devient de plus en plus vino-inculte. Sans vouloir flatter mes amis belges, je constate que leur intérêt pour le noble breuvage de Bacchus – et leurs connaissances – sont plus affutés que les nôtres – je parle en moyenne, évidemment, on trouve des gens obtus partout dans le monde, et des passionnés aussi.

Je suis persuadé que le goût s’éduque – cela ne veut pas dire qu’il se formate. L’idée qui doit sous tendre, pour moi, une bonne éducation musicale, artistique ou vineuse, n’est pas de faire aimer à tout le monde la même chose, mais de faire comprendre ce qu’il y a derrière l’oeuvre, de permettre au spectateur, à l’auditeur ou au buveur d’apprécier à sa juste valeur. Quitte à ne pas aimer.

Il y a des gens tout à fait respectables qui s’emmerdent sur Le Chant de la Terre, sur le Deuxième concerto pour Piano de Brahms ou sur Wish you Were Here. Moi j’adore.

Il y a des gens tout à fait respectables qu’un verre d’Yquem emmerde. C’est mon cas.

Je n’en dégoûte pas les autres.

Hervé


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Premox

Alerte au Premox! A l’oxydation prématurée. Et notamment sur les vins rouges.

Pruneau, figue sèche… vous trouvez certainement, comme moi, ces arômes dans pas mal de vins. Et vous les appréciez. Il paraît que nous avons tort.

Le très sérieux Institut des Sciences de la Vigne et du Vin de Bordeaux pense que ces arômes sont des indicateurs d’une propension à l’oxydation prématurée. Les deux molécules, baptisées ZO1 et ZO2, ont été identifiées dans la plupart des vins rouges de garde – à Bordeaux, mais aussi en Napa, en Chianti, en Rioja… Le merlot semble cependant particulièrement prédisposé.

Les chercheurs mettent aussi en cause les méthodes culturales modernes: en vendangeant plus tard, en cherchant la maturité la plus complète, on réduit les taux d’acidité, ce qui peut favoriser une oxydation prématurée du vin; de même, l’emploi de bois neuf et la réduction des doses de soufre, notamment en cas de pH élevé, pourrait jouer un rôle. Le mieux serait donc l’ennemi du bien…

Voila qui ne manquera pas d’alerter les investisseurs, ceux qui ne jurent que par les grands crus, censés défier le temps, voire se bonifier, et avec eux, leur cours de revente…

Combien vaut un Romanée-Conti 1990 ou un Château Latour 1976, exprimé en kilos de figues?

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Grand Cru Dépassé « Clos de la Figue »

Que ceux qui, comme moi, aiment les prunes et les figues se rassurent – on les trouve aussi dans de grands vins promis à un grand avenir – moi qui reviens de Cahors, j’en ai remarqué dans certains très beaux vins…
Puis-je vous recommander ceux de Troteligotte? Ou du domaine de Cause? Ou du Château Cayrou?

Ah qu’elles sont jolies les figues de mon pays!

Hervé


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Comme les 5 doigts de la main

J’aime bien cette expression: « comme les 5 doigts de la main ». 

En plus, on est 5 à la maison. On est aussi 5 aux 5 du Vin, vous l’aviez remarqué!

L’avantage de cette main-là, c’est que chaque doigt garde sa pleine liberté de mouvement. Mais quel doigt au juste est chaque membre du club? Un peu de psychologie à la noix, ça vous dit? C’est parti!

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La main en version originale

Réglons déjà le cas du majeur

Le majeur, c’est moi. D’abord je suis le plus grand, et puis c’est moi qui ai eu l’idée, alors c’est normal que les autres doigts s’articulent autour de moi. Vous trouvez ça un peu présompteux de ma part? Vous avez raison. Moi aussi. D’ailleurs, rien n’est plus loin de ma manière de voir les choses. Je n’aime rien plus que le débat, la fraternité, les échanges.

Et si j’étais un vin? Je serais un Cabernet Franc de Loire, tendu, mais gouleyant. Légèrement acidulé. Un vin qui décape un peu, mais aussi qui  fait rire.

Voyons maintenant le cas du pouce.

Là, pas d’hésitation, le pouce, c’est Michel. La rondeur. La force, aussi. Force de conviction. Michel, c’est un vrai chef dans l’âme. Même qu’on n’aime pas ça, hein, les gars, mais comme c’est lui, on le laisse dire et on fait à notre idée. Mais gentiment, quand même, parce que c’est un bon gars. Et puis toujours prêt pour la castagne, l’indignation, mais le coeur sur la main, même qu’il se demande souvent s’il ne va pas trop loin…

Et si c’était un vin? Je vous le donne en mille: un carignan du Roussillon, issu de ceps bien torts, bien noueux. Celui-là, je ne l’ai pas sucé… de mon pouce.

Passons au petit doigt

Là, je pense à Jim. Malin comme un bonobo, ce rosbif. Non, plutôt comme un bull-dog. Excuse-moi, l’ami, tu pourrais prendre ça pour une injure, et dans ma bouche (où je mettais plutôt mon pouce que mon petit doigt, quand j’étais gosse), c’est un compliment. Je veux dire que tu es un battant, un tenace. Et puis aussi, tu n’aimes pas les demi-vérités, et encore moins les demi-mensonges.

Jim n’aime rien plus que fouiller, fouiner, mettre au jour ce que d’autres auraient laissé dans l’ombre par facilité ou par paresse. Le petit doigt, il paraît que c’est le plus fort de tous les doigts, en rapport taille/puissance. Et puis, il a l’oreille pour lui tout seul…

Et si c’était un vin? Un Vouvray, je pense. Sec, ou liquoreux? Les deux. Quand on aime, on ne choisit pas. Mais de vignes sans désherbants chimiques, alors…

Voyons l’index

Là, je pense inévitablement à David, qui passe sa vie à expliquer, à vulgariser, à indexer – voyez un peu son site Eccevino, ou écoutez ses chroniques sur BFM.  Ce que j’admire le plus, en lui, outre sa compétence à la dégustation, c’est son éclectisme – il connaît le vin sous tous ses aspects, qualité, vinif et business; et puis, dans une autre dimension, il est artiste-peintre. Il est aussi maçon, à ses heures. Et puis motard. Et puis rugbyman. Et puis expert en cricket. Son blog, « More than just wine », vous donne une petite idée de ses multiples facettes. Il me fait penser à ces savants du 18ème siècle, qui pouvaient parler de tout… et bien. Bon, il a bien un défaut, il est Anglais, un drôle d’Anglais en rupture d’Angleterre, tour à tour fermé comme une huître, caustique comme la soude, ou expansif comme un Gascon.

Et si c’était un vin? Et bien ce serait un Champagne plein d’esprit, qu’on boit ‘tongue in cheek ».

Last but not least

Enfin, il reste l’annulaire. Et Marc. Bon, pourquoi ce choix? D’abord, parce que tous les autres doigts ont déjà été attribués. Et puis, parce que je vois bien Marc faisant un doigt d’honneur virtuel à tout ce qui peut ressembler à une fausse gloire.  Et puis Marc, c’est un vrai copain. Un type sur qui on peut compter, même pour vous dire quand vous vous plantez. Non, surtout quand vous vous plantez. C’est précieux, ça. Marc, c’est aussi un type multi-dimensionnel. Ca fait au moins 15 ans qu’on se côtoie, et plus je le vois, et plus je me dis que sous ses allures d’ours mal léché se cachent des trésors de délicatesse. Lisez ses commentaires de vins, on dirait de la poésie, et pourtant, c’est précis aussi.

Et si c’était un vin? Ca ne serait pas un Bordeaux, j’en suis sûr. Trop ennuyeux pour lui. Un Châteauneuf du Pape, sans doute; mais blanc, pour le plaisir du contrepied.

Et le sixième?

Voila, j’ai attribué les 5 doigts. Mais comme les 3 Mousquetaires étaient 4, les 5 étaient 6. Même s’il a pris du recul, aujourd’hui, je ne peux oublier Jacques Berthomeau, co-fondateur de cette coopérative de l’écriture. Sacré bonhomme., ce Jacques. Un stratège doublé d’un homme d’action. Un vrai Vendéen.

Et si c’était un vin? J’avais pensé à une Négrette de Mareuil, par tradition familiale. Mais à la réflexion, je crois qu’il préférerait un Corbières de Coopérative, ou un Rivesaltes. Le côté populaire, mais pas populiste.

J’ai fini. Et comme on dit dans la langue d’Eddie Murphy (qui n’est plus vraiment celle de Shakespeare), Give me five!

Hervé

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