Les 5 du Vin

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#Carignan # 227 : Californie et Chili, vers la Renaissance

Sans tambours ni trompettes, notre jeune association Carignan Renaissance se bouge de plus en plus, même si elle ne compte à ce jour que 25 adhérents, dont une bonne vingtaine sont vignerons. Parmi les derniers arrivés, saluons le Mas Mellet, dans les Costières (Gard), le Plan Vermeersch en Vallée du Rhône (Drôme), le Domaine de Cébène à Faugères (Hérault), le Champ des Sœurs à Fitou (Aude), le Clos des Jarres en Minervois (Aude), le Château Montfin en Corbières (Aude).

Les vignerons carignanesques en recherche de logo. Photo©MichelSmith

Les vignerons carignanesques en recherche de logo. Photo©MichelSmith

Notre assemblée s’est magistralement déroulée l’autre jour, en lisière de Camargue, au Mas Mellet et j’en ai profité pour démissionner de mon poste de Président afin de laisser la place à plus jeune que moi. C’est donc le franco-languedo-germanique Sebastian Nickel qui prend ma suite avec pour mission d’animer plusieurs commissions, dont une technique. Pour ma part, je renouvelle mon soutien à l’association en tentant d’animer le site internet, ce qui ne sera pas une mince affaire !

Photo©MichelSmith

 Sebastian Nickel. Photo©MichelSmith

Lors de cette réunion, plusieurs membres ont débouché des échantillons de purs Carignan. Dans un prochain article, je reviendrai sur l’appellation de Sardaigne, Carignano del Sulcis, la seule à ma connaissance consacrée à ce cépage. En attendant, je voudrais parler de quelques vins dégustés ce jour-là, des échantillons ramenés des Etats-Unis par Isabelle et Jean-Marie Rimbert du Domaine éponyme à Berlou, en territoire de Saint-Chinian. De Mendocino County, il y avait ce 97 % Carignan, Lioco 2010, léger (12°), en plein sur le fruit, facilement buvable autour d’une grillade, simple mais pas vulgaire (environ 20 $). En autre Carignan, d’Alexander Valley cette fois-ci, mis en œuvre par la société Il Vino e Vivo et millésimé 2009, portant le joli nom de Chiaroscuro, s’est montré quant à lui sans grand intérêt, tant il était parfumé et sucré.Plus obscur que clair…

Photo©MichelSmith

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Deux autres Californiens étaient à la hauteur. Le premier, celui de Neyers à Santa Helena, en provenance d’Evangelho Vineyard (Costa Contra County), un 2011 souple et élégant au comportement assez brillant et frais sans oublier une bonne longueur. Le second, présenté par notre membre Jon Bowen du Domaine Sainte-Croix, dans les Corbières, venait de l’Alexander Valley et des caves Broc Cellars, sises à Berkley. Un 2012 visiblement de macération carbonique. Nez au fruité charmant, confirmé en bouche avec éclat : rondeur en attaque, mais jolis élans de cerise bigarreau en retour et bonne longueur.

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Deux très bons Carignans de Californie sur quatre présentés, sans oublier un de tout à fait correct, voilà qui est de bonne augure pour l’amateur qui s’aventure dans l’Ouest américain. Mais la dégustation ne s’arrêtait pas là. L’autre vin de Jean-Marie, acheté à San Francisco, nous venait de l’Empedrado, au centre du Chili. Importé par Louis Dressner, il arborait le millésime 2012, avec 13,5° d’alcool. Son étiquette colorée et résolument moderne (si seulement la vieille Europe pouvait suivre le mouvement, histoire de dépoussiérer le vin…), portait le nom de Cuvée Antoine Nature.

Et pendant que l'on dégustait, la fougasse aux grattons d'Émilie nous attendait ! Photo©MichelSmith

Et pendant que l’on dégustait, la fougasse aux grattons d’Émilie nous attendait ! Photo©MichelSmith

Son auteur, Louis-Antoine Luyt (lire en Anglais), un jeune Bourguignon qui a déjà pas mal bourlingué, m’avait frappé par sa volonté et son caractère affichés dans un documentaire sur les vignerons français installés à l’étranger passé sur TF1 un Samedi après-midi. Voyant qu’il parlait de très vieilles vignes sans les nommer, je me doutais bien qu’il pouvait s’agir de Carignan. L’acidité est remarquable, le fruit est quant à lui d’une rare pureté et je stockerais volontiers quelques flacons de ce « nature » qui, apparemment, voyage merveilleusement bien sans son soufre…

Michel Smith

PS Félicitations au passage aux Vignerons de la toute nouvelle AOP Terrasses du Larzac, où l’on sait la valeur qu’ont les vieux Carignans dans les assemblages… Mesdames, Messieurs, rejoignez-nous vite à Carignan Renaissance !


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#Carignan Story # 206 : À Millésime Bio, petites nouvelles du beau pestiféré.

Pareil à l’an qui s’en est allé, je vous ai déjà infligé mes découvertes à Millésime Bio Jeudi dernier. J’y reviens en axant mon propos sur le Carignan. Dans les travées du salon devenu désormais incontournable, je suis tombé sur de plus en plus de visiteurs intrigués par le cépage maudit, le pestiféré, le malotru, le pisseux, le roturier. Mes amis journalistes canadiens me paraissaient bien partis pour en faire une vedette prochaine et nombreux furent les confrères de toutes nationalités à me poser des questions à son sujet. Tandis que des vignerons me vantaient leur vin de Pays d’Oc de pur Chardonnay, Sauvignon ou autre Cabernet, je me faisais un malin plaisir de leur rétorquer que tant que cette dénomination n’aura accepté que l’on fit un pur Carignan (le cépage y est toléré, mais pas seul) sous la couverture Pays d’Oc, je faisais le choix d’une grève sur le carreau. Ma décision était prise, unilatéralement, je ne goûterai plus, même sous la pression, tout Pays d’Oc réduisant le Carignan au simple rôle de figurant. Je sais, il ne faut jamais dire jamais…

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Résultat, j’errai dans le camp des « carignanistes » de gauche comme de droite, en fonction de l’allée, à la recherche du temps perdu… et ce fut l’occasion d’en apprendrede bien belles ! Tout d’abord que le Jour du Carignan, ou Carignan Day, était officiellement fixé par décret dictatorial des co-présidents pour le Vendredi 2 Mai. Que le lieu de la fête n’était pas encore décrété, mais que quiconque, n’importe quel vigneron amoureux du Carignan pourrait de son propre chef organiser sa fête avec ses clients et amis. J’apprenais aussi qu’il était fortement question que l’invité d’honneur de cette année soit Sylvain Fadat pour services rendus au « plant dur » et ce depuis plus de 30 ans ! Quant aux membres de l’Association Carignan Renaissance, force est de reconnaître qu’ils commencent de plus en plus à avoir la fibre militante, à jouer les vilains moustiques en piquant là où ça fait mal : pourquoi, par exemple, les appellations sudistes ne laisseraient-elles pas leurs vignerons utiliser comme ils l’entendent, dans les proportions qu’ils souhaitent, le cépage qui fait partie de leur décor, de leur cadre de vie depuis des générations ? Simple question. Simple revendication ?

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Oui, pourquoi s’entêtent-ils à vouloir considérer ce cépage comme secondaire, comme trop productif et exempt de valeur qualitative alors qu’il fait mieux souvent qu’un tas d’autres plants soit disant « nobles » ? Vaste et vieux débat sur lequel je reviendrai… Afin de prouver notre détermination inébranlable, et ce à l’instigation de la Grenache Association, elle-même organisatrice d’événements marquants, tels le Grenache Day ou les G Nights (je sais, l’expression Française en prend un sacré coup…), quelques hardis vignerons de Carignan Renaissance ont accepté de relever un défi en s’affrontant amicalement au divin Grenache, l’autre grand seigneur sudiste. C’était Dimanche dernier, veille de Millésime Bio, dans les salons rustiques du Château du Claud, à Saint-Jean-de-Védas, la banlieue chicos de Montpellier. Une ambiance du tonnerre, une « battle » comme ils disent pour faire « geek », le sourire de la haute savoyarde Marlène Angelloz instigatrice de la soirée, la gentillesse des invités, la bonne température des vins, tout a contribué à montrer que le Carignan pouvait jouer dans la cour des grands. On en a même profité, en petit comité, pour plancher sur l’idée d’un verre Zalto qui pourrait convenir à notre cépage chéri.

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Marlène Angelloz et Sebastian Nickel. Photo©MichelSmith

Marlène Angelloz et Sebastian Nickel. Photo©MichelSmith

Et puis il y eut cette quelque peu bredouillante conférence organisée par mes soins sur le thème du réveil du bel endormi avec la complicité du co-président Sebastian Nickel (allez-y de vos jeux de mots à la gomme…), conférence à laquelle le site de Terre de Vins a bien voulu faire écho la veille de sa tenue. Pour m’éviter de dire des énormités, j’avais fait venir des vignerons experts en la matière, comme Marjorie Gallet (Le Roc des Anges), Bernard Vidal (La Liquière), John Bojanowski (Clos du Gravillas) et Sylvain Fadat (Domaine d’Aupilhac), tous ardents défenseurs de ce cépage, sans oublier l’œnologue Jean Natoli. Je les remercie publiquement de ne pas m’avoir laissé tomber. Puisqu’on en est au stade du « name dropping », merci aussi à mes collègues de blog Jim Budd et Marc Vanhellemont d’avoir sacrifié un peu de leur temps pour écouter mon bavardage en compagnie d’éminents confrères tels André Deyrieux ou Rosemary George. Sans oublier la touche gastronomique apportée par mon ami Bruno Stirnemann, de Pézenas. La dégustation qui s’en suivie eut un grand succès grâce à la présence de quelques Carignans blancs dont ceux du Domaine Le Comte des Floris.

Photo©MichelSmith

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Lors de Vinisud, le Lundi 24 à 10 heures, une autre conférence sera organisée sous l’égide de Sud de France sur le thème : « Le Carignan peut-il renforcer l’identité du vignoble Languedoc-Roussillon ? ». Là aussi il y aura quelques échantillons à goûter ! Pour le reste, l’association travaille sur son logo et sur la mise en route d’un site Internet. Et si vous souhaitez devenir membre de Carignan Renaissance, sous-titrée le Conservatoire du Carignan, je serais en mesure de vous fournir tous les éléments si vous me glissez un mot (pourlevin@free.fr). En attendant, pour vous prouver que j’ai tout de même travaillé lors de Millésime Bio, je vous présente la nouvelle étiquette d’un Carignan déjà évoqué ici, celui du Domaine La Rouviole qui, bien que Minervois, est obligé de s’abriter sous la mention Vin de France. Ce « Revenant », puisque c’est sont nom, symbolise à lui seul le retour et le succès du cépage sudiste. Le 2001 (5000 bouteilles, 13 € départ cave) est bien dans le style du cépage : finesse au nez, fraîcheur et matière en bouche. Ce sont des vignes de plus de 50 ans plantées sur des sols calcaires.

Michel Smith


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Choses vues et bues à Millésime Bio

Ce mardi, Jim Budd vous a annoncé avec entrain Lundi dernier l’ouverture de la grande manifestation hivernale, Millésime Bio qui se tient tous les ans à pareille époque à Montpellier. Comme je publie après lui, il m’est difficile d’être aussi loquace. Difficile d’y revenir, à moins de vous faire partager quelques découvertes faites lors de ces trois jours, une sorte de « pot pourri » de bouteilles diverses et variées,  accompagné de portraits d’amis vignerons, sachant que je profite toujours de ce salon pour faire mon marché annuel en bouteilles de Carignan afin d’alimenter la rubrique Carignan Story. Lorsque les prix sont donnés (hélas, entre les photos, les dégustations et les notes, je n’ai pas toujours eu la présence d’esprit de les demander), il faut les entendre TTC départ cave.

Luc de Conti, avec son pet'nat de muscadelle. Photo@MichelSmith

Luc de Conti, avec son pet’nat de muscadelle. Photo@MichelSmith

Luc de Conti, chantre du Bergeracois, annoncerait sa retraite que ça ne lui ressemblerait pas. Tel d’Artagnan il brandit ses gasconnades favorites sous forme de cuvées de Muscadelle ou de Sauvignon, dont un amusant pétillant naturel de muscadelle titrant 9 petits degrés..

À côté de lui, le Gaillac du Domaine Rottier, avec un 2011 d’un rouge profond, ample, poivré, notes de violette, délicieusement frais et généreux (7,10 €).

« Extase » est le nom bien porté par une autre muscadelle –  en Monbazillac, cette fois. Un 2005 au Domaine de l’Ancienne Cure, régal de caramel au lait et de concentré de fleurs de tilleul en 50 cl (38 €).

De la Maison Trénel, ce joli Mâcon Villages blanc 2010 dense et structuré, frais, tout en fruit et gras (13 €), parfait à l’apéritif ou sur une andouillette de Bobosse.

Photo@MichelSmith

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Marc Bournazeau, de Terra Remota ne pense qu'à ses messages. Photo@MichelSmith

Marc Bournazeau, de Terra Remota ne pense qu’à ses messages. Photo@MichelSmith

Au domaine catalan Terra Remota, un blanc d’appellation Emporda, « Caminante » 2012, tout en matière, gaieté et densité composé au tiers de chenin, chardonnay et grenache blanc.

L’incomparable Régine Sumeire vinifie toujours un parfait Côtes de Provence «Pétale de rose» 2012, au Château Barbeyrolles. Charnu, droit, long, son rosé se déguste les yeux fermés, comme un grand blanc (environ 15 €).

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Le Domaine Sainte Croix, dans les Corbières, côté Roussillon, m’a espanté avec un superbe grenache « Celestra » 2011, un rouge à mettre en cave sans attendre.

Aimable Chinon rouge au Château de la Bonnelière, le « Clos » 2011 est un vin tout en hauteur et fraîcheur qu’il convient de boire sans trop attendre (9,50 €).

Côtes du Rhône 2012 « Parcelle Sud » de Notre Dame de Coussignac (Ardèche), à majorité Clairette : densité, richesse, gourmandise…

Intense et bouleversant Côtes Catalanes rosé 2012 à base de grenache noir du Domaine de l’Horizon, à Calce, dans les Pyrénées Orientales (30 €)…

Réjouissant Montlouis-sur-Loire « Les Bournais » 2011 (vignes non greffées sur argiles) tendu et puissant, de chez François Chidaine.

Thierry Daulhiac du Château Le Payral à Saussignac. Photo@MichelSmith

Thierry Daulhiac du Château Le Payral à Saussignac. Photo@MichelSmith

Jean-Bernard Larrieu, du Clos Lapeyre, à Jurançon. Photo@MichelSmith

Jean-Bernard Larrieu, du Clos Lapeyre, à Jurançon. Photo@MichelSmith

Surprenant, inattendu et exotique Saussignac 2009 du Château le Payral d’un moelleux tendre et intense.

À la même table, Jean-Bernard Larrieu enthousiasmait ses visiteurs avec des Jurançon troublants en sec comme en moelleux. Formidable sec de Gros Manseng « La Magendia » 2012 éclatant de raisin, long et structuré.

Chez Larmandier-Bernier, grandissime « Terre de Vertus » 2008 aussi prenant qu’épicé et long… Le « Vielles Vignes de Cramant » 2007 est d’une grande complexité au nez comme en bouche. De grands Champagne de garde !

Superbe série de blancs du secteur méridional de la Vallée du Rhône vinifiés de mains de maître par Stéphane Vedeau, probablement les plus beaux blancs du salon. Étonnant Côtes du Rhône « La Truffière » 2013 porté sur le fruit et grandissime Roussanne pure en Villages Valréas 2010 toute en longueur

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Les blancs géants de Stéphane Vedeau… Photo@MichelSmith

Un Bourgueil de garde « Buzardières » 2011 tout en volume et tannins du Domaine de La Chevalerie (19 €).

Beaucoup plus jovial et très sudiste, le « Fruit Défendu » 2013 (vieux Cinsault) du Domaine Magellan est à boire frais dès l’arrivée du printemps (environ 8 €).

Stéphanie Caslot, à gauche, et sa blonde assistante du Domaine de La Chevalerie à Restigné. Photo@MichelSmith

Stéphanie Caslot, à gauche, et sa blonde assistante du Domaine de La Chevalerie à Restigné. Photo@MichelSmith

Bruno Lafon du Domaine de Magellan. Photo@MichelSmith

Bruno Lafon du Domaine de Magellan. Photo@MichelSmith

Michel Louison en poète du rosé. Photo@MichelSmith

Michel Louison en poète du rosé. Photo@MichelSmith

Triomphal rosé 2012 en Pays d’Oc tout en finesse entièrement dédié au Cabernet Franc que l’on doit au talent de vinificateur de Michel Louison au Domaine Lamartine qu’il s’est créé avec son épouse Monique du côté de Limoux (12,50 €).

Tout en dentelle, un blanc 2013 du languedocien Domaine Turner-Pageot nous montre un Sauvignon (Vin de France) insoupçonné au fruité aussi fin que frais.

Gaieté, profondeur et matière dans ce rouge Minervois 2011 « Sur la Lune » du couple Bojanowski dont le Clos du Gravillas est réputé pour ses vieux Carignans.

Et pour finir, le sourire ensoleillé de Nicole Bojanowski du Clos Gravillas à Saint-Jean-de-Minervois. Photo@MichelSmith

Fly me to the moon, semble dire le sourire ensoleillé de Nicole Bojanowski du Clos Gravillas à Saint-Jean-de-Minervois. Photo@MichelSmith

De nombreux salons « Off » se déroulaient en marge du salon et j’ai profité de celui organisé par le Vin de mes Amis pour aller goûter la cuvée « Solidarité » vinifiée par Édouard Fortin dont je vous avais narré la triste histoire il y a quelques temps dans ce blog. C’est un beau rouge qui rassemble les vins donnés par tous ses copains vignerons afin de l’aider à se redresser et à reprendre espoir. Le vigneron était fier de m’annoncer que ma commande serait bientôt honorée. Je suis ravi d’avoir modestement contribué à la relance de son domaine.

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PS Une pensée pour les vignerons de La Londe Les Maures auxquels je souhaitais rendre visite. Par manque de temps, je n’ai pu aller goûter leurs vins. Je pense surtout au Château Les Valentines qui viennent de m’adresser ce reportage photographique que je voudrais partager avec vous ici.

Michel Smith


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#Carignan # 194 : à Bellegarde, il n’y a pas que la Clairette.

Bon, je n’ai rien contre la belle Clairette du Midi, celle du Languedoc qui brille dans les assemblages à Châteauneuf-du-Pape. Encore moins contre celle de Bellegarde, mais comme mon sujet est le Carignan, j’men vais vous causer d’un petit ovni à base de Carignan blanc.Vous le savez peut-être, en la matière mon préféré reste de loin celui du Domaine Lecomte des Floris, « Lune Rousse », dont je vous chanterais les louanges bientôt, pour peu que je mette de l’ordre dans mes carnets de dégustations. Eh bien, ce petit dernier, celui du Clos des Boutes, à Bellegarde (Gard), se pose en challenger. Il est l’œuvre de Sylvain Boutée, modeste vigneron qui, avec 8 ha en bio (depuis 2007), régale son monde avec des Costières bien axés sur le fruit, une inévitable Clairette et, en Pays du Gard, un Carignan blanc de toute beauté !

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Le 2011 peut paraître assez sobre de prime abord, mais en réalité, il sautille de joie une fois bien installé en bouche. Pour faire bien, on dirait qu’il a un « touché » remarquable tant il est dense, riche, droit et structuré. Je le verrais bien sur une terrine de lapin ou une fricassée de champignons des prés préparée avec un peu de crème fraîche. Son auteur me dit qu’il existe aussi un Carignan noir qu’à mon grand regret il n’a pu me faire goûter. Toujours est-il que ce vin, comme presque tous les autres de la cave, est commercialisé autour de 16 euros pour le particulier ce qui, lorsque l’on travaille sur des rendements plutôt bas, comme la plupart des bons vignerons du Sud, me semble raisonnable. Pour joindre le vigneron, essayez le téléphone : 04 66 20 00 36 ou 06 03 41 15 49. Ou encore votre bon vieux clavier : closdesboutes@yahoo.fr.

Michel Smith

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Vigneron râleur, vigneron cocu, scènes de la vie quotidienne

On râle. C’est bien connu, le Français râle sans arrêt. On pourrait même dire, au risque de choquer les plus prudes et les vieux croûtons, que le Français gueule. Du Nord au Sud, il rouspète. « Non mais t’as vu l’autre pingouin qui nous gouverne ! » Du bonnet rouge Breton au vétérinaire Normand, il descend dans la rue. De gauche, du centre ou de droite, sans parler de ces extrêmes qui nous polluent la vie, les Français braillent à tue tête. L’actualité nous le prouve, il ne se passe pas un jour sans qu’une corporation se manifeste. Les vignerons aussi, par la force des choses. Et je le comprends, car ils en ont marre de perdre leur temps dans les vicissitudes de l’Administration, avec un grand « A », des règles du jeu qui se compliquent à longueur d’année et qui changent du jour au lendemain, sans préavis, des pénalisations pour quelques centimes ou centilitres, des contributions directes ou indirectes réclamées pour on ne sait quoi, des normes qu’il faut remplir, des formulaires « dématérialisés » supposés nous simplifier la vie et qui nous les brisent, des cases que l’on ne cesse de cocher car, forcément, on en oublie toujours une vu qu’on est des cons de culs terreux.

Deux vaillants vignerons de nos montagnes, Jacques Sire et Benoît Danjou. Leurs enfants pourront-ils poursuivre leurs oeuvres ? Photo©MichelSmith

Deux vaillants vignerons de nos montagnes, Jacques Sire et Benoît Danjou. Leurs enfants pourront-ils poursuivre leurs oeuvres ? Photo©MichelSmith

Et puis il y a l’Europe, l’incompréhensible Europe, celle qui génère des histoires à dormir debout telle que cette mésaventure arrivée à un vigneron audois qui aurait pu être originaire du vignoble de Bordeaux, de Madiran ou d’ailleurs, histoire que nous narre l’ami Vincent Pousson que je vous invite à lire. Lire, certes… Dans lire, je retiens ire… La lecture vous permettra de manifester aussi la vôtre puisque, grâce aux Espagnols et à l’Europe, nos sols sont toujours allègrement pollués… Dès lors, pas étonnant qu’un beau jour notre vigneron craque. Et ça fait les titres de la presse. Normal qu’il craque, non ? Déjà que les règles sont aussi strictes que stupides. Contre qui éructer ? Comme toujours il s’en prend à l’INAO, son gouvernement à lui, celui qui est censé le représenter. Ainsi, j’apprends ce 21 Octobre dernier, au matin, vers 11 h, via le site de Decanter, que l’Union Viticole Sancerroise, le syndicat des vignerons de Sancerre en somme, menace de quitter l’appellation Sancerre si l’INAO persiste à vouloir fermer quelques unes – guère plus d’une dizaine – de ses vingt cinq antennes régionales afin de les regrouper ailleurs par souci d’économies. À ce propos, j’attends toujours que les sites Français soit disant pros sortent des infos sur les vignobles hexagonaux avant les anglo-saxons… mais bon, je suis moi-même très en retard puisque l’ami Hervé m’a largement devancé et de façon magistrale. Il faut lire son article ici même pour mieux subodorer ce qui se trame dans l’univers de nos appellations.

Au dessus du vignoble de Tautavel. Pour combien d temps la vigne?

Au dessus du vignoble de Tautavel. Pour combien de temps la vigne? Photo©MS

Je ne rentre pas dans les détails car ce serait bien trop long et fastidieux pour le lecteur. Sauf à dire que nous avons été soumis, dans le Roussillon, au même régime minceur concernant l’INAO, plus précisément son bureau local et qu’un compromis a été trouvé avec un plan d’évacuation conduisant presque à mi-chemin, sur Narbonne au lieu de Montpellier avec vraisemblablement quelques suppressions de postes généreusement accompagnées. On va encore dépenser du fric, indemniser, réaménager des bureaux, voire construire des locaux flambants neufs, afin de supprimer sans états d’âme une « antenne » obsolète, comme ils disent, mais au combien précieuse pour le vigneron. En jargon bureaucrate, cela s’appelle une restructuration, à moins que ce ne soit une réhabilitation…

Le vignoble de Banyuls, face à la Méditerranée pour donner des vins uniques. Photo©MS

Le vignoble de Banyuls, face à la Méditerranée pour donner des vins uniques. Les vignes du haut sont progressivement abandonnées au profit de vignes du bas plus faciles d’accès… Photo©MS

Et quelle antenne, je vous le demande ? Celle de Perpignan, un des fleurons de la Chambre d’Agriculture où il ne restera plus que des douaniers, des têtes pensantes et du marketing. Cette antenne comptait une misérable poignée de fonctionnaires compétents et ouverts devenus au fil de leurs missions de grands connaisseurs des vins et des spécialités du Roussillon, Catalan ou pas. Spécialités au premier rang desquelles figurent des vins uniques avec des appellations confirmées depuis belle lurette et des vignerons hautement qualifiés. Ces spécialités, je ne parle là que des vins dits naturels (VDN) soufrés ou pas, aux noms de Rivesaltes, Maury, Banyuls et autres Muscats, vins sublimes. Elles ont le tort de représenter un vignoble en péril, des vignerons vieillissants et sans successeurs, des terres arides qui comptent pourtant parmi les meilleures du monde avec des rendements de gueux, mais des terres aux prix d’achat les plus bas de France, meurtries à jamais par l’imbécile arrachage aveugle de cépages jugés trop vieux, obsolètes et pas assez dans le coup de cette putain de mondialisation à outrance que l’on cherche à nous imposer depuis 40 ans.

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De vieilles vignes de Carignan balayées par le vent… pour combien de temps encore. Photo©MS

 

Si Dali voyait ça ! Quand le Belge Patrick Fiévez s'amourache de vieilles vignes de Grenache noir… Photo©MS

Si Dali voyait ça ! Quand le Belge Patrick Fiévez s’amourache de vieilles vignes de Grenache noir… Photo©MS

Oh je sais, il va bien y avoir parmi vous quelques doctes savants qui vont nous déballer leurs chiffres, nous parler de progrès, me dire que je mélange tout et n’importe quoi, que je n’y connais que dalle, qu’il y a une crise un point c’est tout, que je suis passéiste, frustré, coincé de je ne sais quelle partie de mon auguste corps. Bien sûr qu’il y aura des spécialistes éminents, des journalistes même, qui diront que j’ai tort de m’emporter, que les choses ne sont pas si simples, qu’il faut bien établir des règles, protéger l’environnement, renouveler le vignoble, moderniser les exploitations, que sais-je encore. Reste que chez nous, à force de nous déshabiller, à force de nous imposer les logiques d’un marché impitoyablement aveugle, à force de brader le peu d’intelligence qu’il nous reste, le peu de spécialités que nous avons, à force d’écraser notre savoir comme de sacrifier nos prix, nous allons devenir d’ici peu des zombies avec juste de quoi aller faire une fois par mois la queue dans un hypermarché à bas prix pour acheter au kilo de la merde en boîtes ou en sachets. Qui sait, pour deux ou trois euros, on aura (on a déjà ?) un vin copie conforme de Sancerre – du sauvignon produit à la chaîne, par exemple – peut-être bien estampillé Val de Loire, sinon composé de raisins venus de tous les coins de la planète où nos « flying winemakers » auront un accès sécurisé, facile, optimisé, automatisé, fluide, efficace et rapide. On appellera ça du vin.

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En attendant, il me semble que c’est le vigneron qui est cocufié, en même temps que le consommateur.  Dali, l’évoquait en son temps… C’est grave, docteur ?

Michel Smith


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#Carignan Story # 31 : enfin des nouvelles fraîches de la Cité !

Lettre à Charles Trénet, membre honoraire de l’AAACA (Association Amicale des Amateurs de Carignans Authentiques) du triangle d’or Perpignan/Narbonne/Carcassonne. 

Cher Ami, cher Poète,

Tu me demandes des nouvelles de notre Terre, et plus précisément de ce coin de France que tu affectionnes, je veux dire Carcassonne et environs. Jusque-là, hormis une pléiade de festivals, il ne se passait pas grand-chose de bachique aux pieds des murs de la Cité chère à Eugène Viollet Le Duc. J’ai enfin des nouvelles fraîches pour toi. Grâce, je dois le préciser, à un ami caviste officiant à Limoux (Aude), et à qui tu peux rendre visite(ICI) ou (LÀ)Olivier Zavattin, c’est son nom, m’a fait parvenir l’autre jour un vin extraordinaire que je me suis empressé de goûter comme tu t’en doutes. Il résonne aujourd’hui dans ma tête un peu comme le «Jardin Extraordinaire» qui résiste au béton près de chez moi et que tu as bien connu en ton temps quand tu vivais à Perpignan.

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Il s’agit-là d’un Vin de Pays de la Cité de Carcassonne millésimé 2007, Plô Roucarels, titrant 13°. Que peut-il y avoir de si extraordinaire dans ce vin sudiste en diable à la robe soutenue, me demanderas-tu avec raison? C’est drôle, mais avec toi, je fais ce que je ne peux faire avec les autres: les questions et les réponses. Tiens, lis le commentaire griffonné et corrigé trois fois de suite (trois verres, goûtés à trois moments différents et sur trois jours) alors que j’étais à deux doigts de vider la bouteille, seul dans mon coin. Avant que je n’oublie, son prix de vente est de 8,50 € départ cave.

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C’est onctueux, savoureux, léger, bien dessiné. Les tannins sont présents : ils tapissent le palais avec suavité. Bref, ils sont très supportables. Le fruit est du genre réjouissant. Il tire un peu sur la myrtille, mais peu importe le détail puisque l’on a la jouissance du plaisir. L’ensemble s’étire longuement et la finale se dessine sur la fraîcheur, avec un côté « je persiste, donc je signe » qui ne trompe pas. Que demander de plus ? Je ne sais pas mais, franchement, cela faisait longtemps que je n’avais pas goûté un Carignan aussi bien foutu !

Du beau travail et une belle surprise, car je pensais que le Carignan avait été arraché de ce côté-là de l’Aude au profit du cabernet, du merlot et de la syrah réunis bien plus rémunérateurs. L’œuvre est celle de Julia Hubrich et de Julien Gil et ces deux jeunes auteurs franco-allemands ne se privent pas de raconter leur histoire, ainsi que celle de leur parcelle de Carignan,ici même.

Bon, maintenant tu vas me demander ce que signifie ce mot bizarre: «Plô». Non, il ne s’agit pas de Domaine, mais plutôt d’un petit plateau agricole en un lieu généralement surélevé par rapport à ce qui l’entoure. D’ailleurs, tu devrais le savoir mieux que moi puisque tu as erré une bonne partie de ton enfance dans ce Sud où tu naquis, ballotté que tu étais entre Narbonne et Perpignan. Je crois bien que du Plô Roucarels (plateau rocailleux) on a une vue d’enfer sur la chaîne des Pyrénées, mais j’ignore en revanche si l’on distingue Carcassonne.

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Bref, tout cela ne te donne-t-il pas envie de redescendre un peu vers chez nous? Tu pourrais ainsi prendre ma superbe auto pour filer sur la route de Narbonne en faisant vrombir le moteur jusqu’à l’horizon de Barbeira pour voir de près les tours de Carcassonne, qu’en dis-tu? Bien sûr, si tu le veux, je te suivrais à bicyclette «en freinant bien pour ne pas te dépasser ». Je répète : «en freinant bien pour ne pas te dépasser».

À bientôt

Michel

PS deux cadeaux et un verre de Rivesaltes Aimé Cazes 1978 au talent de Claude Chabrol.

http://www.youtube.com/watch?v=9gt6zqEgxSw

http://www.youtube.com/watch?v=a8xEDLQ_VzQ


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#Carignan Story # 1 : Gratifiant Carignan

Ceux qui, horrifiés, ont suivi le dramatique et ravageur parcours de la gastro du Salon des Vins d’Angers 2010 (promis, juré, c’est la dernière fois que je l’évoque) savent que je m’en suis sorti grâce au thé vert et au bouillon de légumes. Évidemment, je me suis vite trouvé dans l’obligation de dénicher un breuvage d’appoint un peu plus à la hauteur de ma position sociale – et de ma réputation – afin d’adoucir mes désagréments intestinaux et de me refaire une santé.

Figurez-vous qu’un simple Carignan a fait l’affaire et a su réchauffer mon corps ô combien meurtri.

Sa dénomination ? Vin de Pays des Coteaux du Littoral Audois (oui, oui, ça existe !). Son nom ? La Mauvaise Réputation. Son vigneron ? Alban Michel, un gars fou de Brassens au point qu’il a baptisé son domaine Les Sabots d’Hélène.

Hélène et Alban. Photo©MichelSmith

Hélène et Alban. Photo©MichelSmith

Au passage, Hélène est aussi le prénom de sa compagne, qui participe activement à la création d’étiquettes iconoclastes pour des vins qui ne le sont pas moins. Descendu de Lorraine (avec ses gros sabots) via la vallée du Rhône il y a quelques années pour s’établir enfin non loin de Perpignan dans les Corbières maritimes, le type s’est vite imposé dans le PVL.

Le Paysage Viticole Local, si vous préférez.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Son millésime 2007 donne un rouge au nez de garrigue et de fruits rouges cuits avec, en bouche, des accents de figue, de pruneau et de café. En cela, il est très Corbières. Le Carignan, l’un de mes cépages favoris soit dit au passage, ne se livre pas tout de suite. Il faut deux ou trois gorgées avant qu’il ne vous refile un gentil coup de poing (« Qu’est-ce qui te prend de me réveiller ainsi ? ») comme pour mieux vous faire prendre conscience de la force de sa chaleur (près de 15° d’alcool), de son grain, mais aussi parfois, et, c’est le cas ici même, de sa grâce.

Oui, c’est un vin baraqué mais fin, sensible. Ce Carignan-là a aussi des tannins, certes un peu secs, j’en conviens, mais qui font office de colonne vertébrale venant s’ajouter à une structure déjà bien construite basée sur l’acidité naturelle du cépage.

C’est dans ces moments-là, lorsque l’on constate, contre toute attente, que le vin n’est ni lourd ni empoté, qu’on se dit que le sieur Carignan est vraiment un cépage bien adapté au Midi. Bref, malgré sa puissance, le vin a de l’élan en plus d’un bâti solide qui va lui assurer une bonne garde, de l’ordre de 10 à 15 ans tellement il est bien vinifié. Je vide, que dis-je, je sirotte le même flacon depuis quatre jours par petites gorgées, à 14° de température, et, à chaque fois, il me réserve des surprises différentes. Et je m’auto congratule en me disant que j’ai eu raison de préconiser une petite garde à mes lecteurs quand, en son temps, je fus bien inspiré de leur recommander ce bougre de vigneron voyageur qui, comme beaucoup d’autres, a choisi de refaire sa vie dans le Midi.

Au passage, je recommande aussi cette bouteille à un restaurant éponyme découvert par hasard sur le net et qui se trouve au centre de Liège.

Pour une fois que je m’immisce dans les affaires belges…

Michel Smith

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