Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Terrasses du Larzac

Ecrire sur quoi pour lundi ? C’est la question que je me pose presque chaque semaine (il y a des semaines ou la réponse s’impose et donc cette question ne se pose pas).

Depuis deux mois, il y a embarras du choix d’un sujet, tant les dégustations, colloques, rencontres avec des vignerons et autres sources possibles se bousculent dans le calendrier du journaliste/dégustateur vivant à Paris. Et cela, sans parler des nos propres initiatives d’aller vers le vignoble de tel ou tel pays ou région.  Cela en devient même gênant à Paris, tant les attaché(e)s de presse semblent se donner le mot pour se faire concurrence tous les lundis et faire du chiffre dans les dégustations. Nous avons atteint de sommités du surcharge récemment, avec jusqu’à 5 manifestations un seul lundi. Pourquoi un tel acharnement à rendre impossible la vie d’un professionnel qui aimerait tant rendre justice, à sa manière, à tout le monde ? Il y a des jours ou j’envie Michel Smith dans sa Catalogne d’adoption !

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Cette semaine, j’ai pris la décision de parler d’une appellation du Languedoc, région que je dois visiter environ une fois par an, mais dont je déguste bien plus souvent des vins. Il s’agit de l’appellation Terrasses du Larzac. Le vignoble à l’air spectaculaire, en tout cas.

Voici le texte que je trouve sur la pages d’accueil du site de cette appellation que je crois être récente :

Situé au nord-ouest de Montpellier, le vignoble des Terrasses du Larzac est marqué par la fraîcheur qui descend du plateau montagneux du Larzac, avec pour repère symbolique le Mont Baudile culminant à plus de 850m. Cette situation géographique particulière, avec des amplitudes thermiques jour/nuit pouvant atteindre plus de 20 degrés en été, favorise une maturation lente et progressive des raisins bénéfique pour la complexité aromatique et la fraîcheur des vins. 

Pour révéler toute la grandeur de ce terroir, les vignerons des Terrasses du Larzac jouent sur la gamme des 5 cépages languedociens (grenache, syrah, mourvèdre, cinsault, carignan) afin d’exprimer au mieux la personnalité de chaque type de sol (argilo-calcaire, ruffes, galets, etc.), sachant qu’ici le terroir prime le cépage. Enfin, par un minutieux travail d’assemblage (3 cépages au minimum) et un élevage d’au moins 12 mois, nous donnons une signature unique à nos vins d’appellation.

En dehors du bla-bla habituel sur le terroir qui primerait sur tout (et que l’on peut trouver à l’identique partout ailleurs), on trouve dans ce texte quelques éléments factuels. L’usage de plusieurs cépages en assemblage et le rôle de l’altitude pour fournir une amplitude thermique importante au vignoble. Je pense que ce dernier ingrédient est le plus important dans une région chaude, quelle que soit les règles, souvent peu logiques, qui imposent les cépages autorisées dans telle ou telle appellation. A propos de cépages, et en dépit de ce qui est dit dans le texte ci-dessus, j’ai noté que seulement deux des vins que j’ai dégusté et commenté ci-dessous contiennent du cinsault, et jamais pour plus de 8% de l’assemblage. J’ai aussi noté dans les fiches produites lors de la dégustation que les rendements y semblent très faibles, car tous les producteurs présents affichent des rendements de 25 hl/ha. J’imagine que cela est due à la topographie et la sécheresse estivale, et peut-être aussi l’espacement des vignes.

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Les vins que j’ai pu déguster de cette jeune appellation m’ont favorablement impressionnés. Leur fourchette de prix, qui va, en gros, de 1 à 3, commence à refléter la réputation de certains vignerons qui vendent leurs cuvées à 30 euros, mais aussi, probablement, la qualité des vins (et du prix de revient) des moins connus des producteurs présents, car il n’y avait aucun vin à moins de 11 euros. J’imagine bien que les conditions de production, et particulièrement les rendements, imposent un certain niveau de prix, mais il faut constater que nous ne sommes ni dans une appellation très accessible, ni dans une appellation élito-spéculative. Si des lecteurs veulent utiliser nos avis dans ce blog pour guider leurs achats, qu’ils notent que les vins que j’ai préférés ne sont pas nécessairement les plus chers. Autrement dit, même en dégustant à découvert, je ne me suis pas laissé entièrement aspirer par les noms et les prix. Je dirai donc que, comme toujours, le prix du vin dans ce cas reflète davantage des facteurs de marché (la renommée et les ventes passées du producteur) que la qualité intrinsèque du vin.

Ma dégustation des vins des Terrasses du Larzac

Mas des Brousses 2012

syrah, mourvèdre, grenache (15,50 euros)

Nez frais qui mêle un bon fruit mûr à des notes épicées. En bouche c’est délicieux, relativement tendre, avec une structure légère et un équilibre parfait. C’est alerte et gourmand, très réussi et d’un bon rapport qualité/prix (15/20)

Mas Cal Demoura, Les Combariolles 2012

syrah, mourvèdre, carignan, grenache (23 euros)

Nez frais qui évoque le sous-bois et la garrigue. Bon fruit en bouche mais un peu moins d’ampleur de de charme que le précédent (14/20)

Domaine de la Réserve d’O, cuvée Hissez O 2008

syrah, grenache, cinsault (19 euros)

Intense et fin, avec une très belle matière et beaucoup de fond. Les années supplémentaires de vieillissement par rapport aux autres vins de la série lui ont certainement fait du bien. (15/20)

Mas des Chimères, Nuit Grave 2012

syrah, mourvèdre, grenache (11 euros)

Plus austère de profil et simple dans son volume, ce vin a un joli équilibre entre fruit et tanins. (14/20)

Le Clos des Serres, La Blaca 2012

syrah, grenache, carignan (14,50 euros)

Les nez m’a semblé animal, probablement par un effet de réduction. Ce vin est également serré, voire un peu sévère en bouche et aura besoin d’un ou deux ans de plus en bouteille ou d’une bonne aération. (13/20)

Mas Haut Buis, Costa Caoude 2012

grenache, carignan, syrah (22 euros)

Un très beau nez, expressif. En bouche, une impression de profondeur et de velouté chaleureux qui doit certainement quelque chose à la part de grenache (45%). Belle longueur. (15/20)

Mas Julien 2011

carignan, mourvèdre, syrah, grenache (29 euros)

Un nez superbe, aussi complexe que bien fruité. Charnu en bouche, avec des tanins veloutés. Long et très beau. Un vin de classe, un peu cher mais qui peut valoir son prix pour des amateurs (15,5/20)

Domaine de Montcalmes 2011

syrah, grenache, mourvèdre (22 euros)

Nez intense. Même intensité en bouche mais encore un peu fermé. Belle fraîcheur. L’ensemble aura besoin d’un peu plus de temps. (14,5/20)

Domaine du Pas de l’Escalette, Le Grand Pas 2012

grenache, carignan, syrah

Le nez ne m’a pas semblé net, car très animal. Cela se confirme en bouche, avec une texture et une finale asséchante et crayeuse. Je soupçonne une présence de bretts. Le propriétaire m’a assuré du contraire mais je n’ai pas aimé ce vin.

Domaine de la Réserve d’O 2010 (en magnum)

syrah, grenache, cinsault (30 euros le magnum)

Un peu à part dans cette série, car issu d’un millésime plus ancien et, de surcroît, servi en magnum. Un très beau nez, exaltant par ses parfums. La bouche confirme avec une très belle qualité de fruit qui entoure des tanins encore présents mais raffinés et une très belle fraîcheur. (16/20)

A noter qu’on produit ici aussi des blancs assez fins (par rapport à la plupart des blancs de la région), mais qui ne peuvent se vendre que sous la désignation IGP. Les prix sont malheureusement du même niveau que les rouges, donc un peu chers quand on les compare à d’autres blancs de qualité équivalente d’ailleurs, car, pour 25 euros la bouteille j’estime qu’on peut trouver de meilleurs vins vins blanc en Bourgogne, en Alsace ou en Loire, par exemple.

David

 


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#Carignan Story # 250 : Scrogneugneu, en voilà du boisé !

Tout excité que j’étais d’avoir découvert cette étiquette travaillée aux petits oignons, voilà que je m’apprêtais à dérouler le tapis de louanges. C’était au hasard d’une improbable halte, mais par ailleurs fort recommandable, en bordure d’ancienne nationale, à Lézignan-Corbières pour être précis, au Cdd Sud, sorte de vaste antre à souvenirs où le riz de Marseillette côtoie le cassoulet. En saisissant le flacon, je me faisais tout un cinoche dans ma tête : tiens, tiens… des négociants Bourguignons qui s’intéressent au Carignan et qui en plus le qualifient de « cépage rare » allant jusqu’à le commercialiser à un prix idéal (4,95 €) , semblable à ce Samso Catalan que je décrivais dans mon dernier article du Dimanche. Oui, j’avais vraiment hâte de goûter ça !

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Au départ, tout m’a plu dans ce vin sorti d’une gamme étoffée sous la marque « Les Janelles » par des « Artisans des vins du sud de la France » comme le proclame fièrement leur site Internet. Bouteille haute et élégante, étiquetage précis et soigné, l’ensemble est presque endimanché avec la mise en avant, très nouveau monde, du nom du cépage. Impeccable bouchon synthétique facile à extraire, on était bien loin de l’idée d’un vin « low cost » qui, à cause du prix peut-être, tentait sournoisement de s’introduire dans mon esprit. J’étais tellement excité à l’idée que ce vin puisse me séduire que je suis allé voir sur la toile si son nom, « Jamelles » avait une quelconque signification. J’ai appris que, depuis 1946, sept filles en France, oui sept, avaient reçu le prénom de Jamelle. J’ai aussi appris que cette gamme de vins était l’œuvre d’un couple d’œnologues Bourguignons amoureux du Languedoc. Tout cela était de fort bonne augure…

Quelques semaines de repos, arrive le jour de la dégustation. En ouvrant le flacon, un lancinant parfum de noix de coco semble envahir la pièce. Au nez, j’ai l’impression de sniffer du Malibu ! En bouche, j’ai la désagréable sensation d’être pris par une odeur tenace venue d’ailleurs. Bora Bora peut-être ? Je mâche le vin, je le fais tourbillonner dans mon palais, je le crache enfin et je ressens quoi donc ? Du bois tendre à pleine bouche, puis rien ou pas grand chose derrière pour signer la finale, enfin rien de bien intéressant, pas même un brin de fruits rouges. Mon impression ? Une piètre macération carbonique de jus achetés à bas coût dans des coopératives-usines qui subsistent tant bien que mal dans le Languedoc et le Roussillon. Le temps d’une mauvaise pensée, j’imagine. Pourtant, là c’est bien écrit « Carignan ». Pour une fois le nom du cépage n’est pas caché, comme je l’ai dit plus haut, on a même rajouté « Cépage rare » au cas où il faille convaincre les hésitants. C’est en le humant une nouvelle fois histoire de m’assurer que je n’écrivais pas de conneries, que me vint alors une drôle de vision : un mec en blouse blanche penché au dessus d’une cuve pour y verser le contenu d’un sac en plastique, une grosse quantité de copeaux de bois aromatisés coconut. Je me suis déjà farci des vins aromatisés aux copeaux de bois et je suis en mesure de vous assurer qu’ils étaient bien au-dessus de celui-ci ! Ceux qui ont concocté ce vin le boivent-ils seulement ?

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Désolé, mais cette chose me fait perdre la raison. Elle me fait sortir de mes gonds au point de me mettre un court instant dans la situation d’un de ces faiseurs de vins qui, du nord au sud et d’est en ouest, veulent notre bien c’est entendu. Ici, techniquement, on nous parle de « caractériser » un vin. Et pour cela, on a des techniciens qui proposent une palette d’artifices comme le bois, les essences de bois devrais-je dire. Tout une panoplie de saveurs boisées pour beaucoup étrangères au raisin qui laissent un goût de vanille, de fumé ou de clou de girofle, que sais-je encore. Problème, on veut donner une personnalité à un vin qui, dès le départ, n’en a peut-être aucune. Ben oui quoi, s’il en avait du caractère, de la personnalité, on ne ferait rien, n’est-ce pas ? Ou alors, ce serait pour le masquer parce qu’il en a trop ? Dans ce cas, pourquoi l’a-t-on acheté pour ensuite mieux le revendre ? Cela s’appelle du négoce et j’en connais, moi, des négociants formidables qui, sans chercher à faire des miracles, travaillent très bien dans le sens de la mise en valeur d’un vin au moyen d’assemblages, par exemple. Mais là, ce Carignan, comme on le sent frêle, acide et peu sexy, on va vous le maquiller, le remodeler, l’arranger. Normal, c’est aussi le boulot du négociant, quoiqu’on en dise. C’est vrai que vu le prix qu’on l’a payé au départ… et vu le prix de vente souhaité en magasin… Bref, l’habillage va arranger tout ça, le marketing bien pensé aussi, les fiches techniques données à la presse où l’on ne manquera pas de souligner cet élevage si particulier en barriques neuves, de préférence en chêne américain (Chut ! N’en dîtes rien ! Vous comprenez, c’est beaucoup moins onéreux que le chêne de l’Allier ou du Limousin) destiné à « complexifier » le vin. Pour aller plus vite, on pourra même mettre des copeaux en sachets, des morceaux de bois à infuser dans la cuve. Ce sera encore moins cher et cela réclamera moins de manipulations. Et c’est ainsi que ce goût étrange venu d’ailleurs devrait masquer celui du vin pour être au minimum vendable et buvable dans des boutiques peu regardantes. Voilà le travail tel que je me l’imagine. Bien sûr je peux me tromper. Rassurez-vous, je révise mon mea culpa.

Eh bien non, je ne suis pas d’accord ! Au risque de déplaire, de me répéter, de passer une fois de plus pour un malotru, pour un imbécile de journaliste donneur de leçons, comme tant d’autres cépages, le Carignan est capable de faire sans le bois pour s’exprimer. Nul besoin de grandes études pour le savoir. Il suffit de rencontrer quelques bons vignerons des Corbières ou du Minervois pour s’en rendre compte. Le Carignan, messieurs-dames, c’est pas un frimer. Il est à l’aise dans sa terre de garrigue caillouteuse, enraciné dans sa roche, coiffé comme un plumeau mais confié à de bonnes mains vigneronnes. Nul besoin de le maquiller. Et si son propriétaire le souhaite, en insistant un peu mon Carignan peut aussi parfois nous dire des choses encore plus intéressantes. Surtout lorsqu’il est élevé dans une belle pièce bourguignonne d’occasion aux douelles de bonne origine, séchées lentement à l’air libre et pas trop toastées s’il vous plaît. Non, je ne cherche pas à donner une leçon de Carignan. Ce n’est d’ailleurs pas mon rôle. Mais enfin, tout de même, messieurs et dames du négoce, donnez-vous la peine de regarder autour de vous, allez salir vos souliers de temps en temps en marchant entre les vieilles souches.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Je ne sais pas vous, mais moi ce que je viens de goûter, j’appellerais ça de la mauvaise cuisine. Honnêtement, je ne sais pas si les nombreux autres vins de cette marque (il y a également une gamme bio) jouent sur le même registre, mais si tel était le cas, en tant qu’amateur cela me foutrait une trouille bleue. Et la rage au sang. Bien sûr, la vanilline combinée au whisky lactone comme on dit chez les chimistes-parfumeurs pourrait bien s’estomper au bout de quelques heures dans le verre. Mon oeil ! Pour faire place à quelque chose qui ressemblerait à une bouillie de sciure fraîche ? Pour ma part, j’ai beau boire du thé Sencha Fukuyu pour tenter de m’en débarrasser, au bout de la troisième tasse j’ai encore le parfum Tahiti douche en bouche ! Oui, d’accord, j’entends vos remarques : « T’es plus dans le coup papy, tu charries. Tiens, j’ai l’adresse d’une bonne maison de retraite. T’as rien compris au commerce, c’est une façon d’attirer un public jeune, c’est tendance. Ma foi, tu dois être allergique à la pina colada ».

Fort bien. Moi, j’veux bien passer pour un has been aux yeux de vous tous. Sauf que mes enfants et petits enfants, je préfère les former au goût du vin pur et à celui de la délicatesse. Pas au goût de ces sottises que certains chauffeurs cachent sous le volant de leur caisse ou accrochent à leur rétroviseur intérieur pour parfumer leur « ambiance environnementale ». Pour avoir la conscience tranquille, j’ai entrepris de goûter ce vin une seconde fois, 24 heures après rebouchage. Mal m’en a pris : c’était moins envahissant, certes, moins dur en bouche, mais toujours là, bien présent. Non, non et non, le goût du Carignan n’a définitivement rien à voir avec celui de la noix de coco. Le chanvre indien à la rigueur, je veux bien, mais surtout pas ce goût là ! Au fait, il s’agit d’un Vin de France 2013. Tout le reste de la gamme (Grenache, Sauvignon, Merlot, etc), si j’ai bien saisi, est en Pays d’Oc, puisque le Carignan est refusé à l’état pur par les géniaux concepteurs de cette dénomination qui n’est rien d’autre qu’une vulgaire mais très efficace marque commerciale sur le terrain de la mondialisation et de l’uniformisation. Ce n’est pas pour rien que le Wine Spectator a accordé une note de 87 au Cinsault (rosé) Les Jamelles. Et puis, à l’export, ces vins semblent d’ailleurs bien fonctionner. Tant mieux, car nul n’est prophète en son pays. Et puis surtout, je n’oubliez pas que tous les goûts sont dans la nature… Fort heureusement.

Michel Smith

PS Je sais que cette colère passagère du vieux ronchonneur que je suis risque de faire de la peine aux auteurs de ce vin et je m’en excuse à l’avance auprès d’eux. Ceux-ci m’ont envoyé des échantillons d’une autre cuvée de Carignan, si j’ai bien compris quelque chose de plus « haut de gamme ». Qu’ils soient rassurés : pour ne pas être influencé, je goûterais ces vins à l’aveugle et avec des amis bons dégustateurs. Comme cela, je serai parfaitement objectif.


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Plaisirs simples et, parfois, une touche de luxe

Très honnêtement, j’ai autant de plaisir avec des choses simples qu’avec des produits souvent qualifiés dans la catégorie « luxe ». Mais que veut dire ce mot bizarre ? Je crois qu’il ne s’agit pas simplement l’aspect factice et « bling-bling » du luxe qui envahit de plus en plus la plupart des médias, comme des boutiques des centres villes. Pour moi, ce sont surtout des choses peu accessibles, soit par leur prix (si possible lié à leur qualité), soit par leur rareté, soit par la difficulté d’en jouir aussi souvent qu’on le souhaiterait. Le temps, par exemple, est une denrée qui, pour des individus très (trop ?) pris par l’intensité du quotidien peut sembler relever du luxe.

Si j’applique cette définition au monde du vin, je suis amené à inclure dans la catégorie « luxe » des vins rares, mais pas nécessairement très chers, des vins d’ailleurs auxquels je n’ai pas facilement accès en France, et aussi, bien entendu, des flacons très prisés par des amateurs fortunés et dont les prix se sont envolés dans le stratosphère. Ce qui est la cas maintenant pour à peu près tous les vins de Bourgogne hors les régions maconnaise et chablisienne. Ensuite il faut déterminer, chacun en fonction de ses moyens, ce qui est inaccessible (ou pas « raisonnable ») et ce qui l’est moins. Dans mon cas, je refuse de dépenser plus de 50 euros sur une bouteille de vin, sauf de très rares exceptions et dans un moment de folie ou de richesse très passagère. Et, en générale, je ne dépasse que très rarement la moitié de cette somme là. Je parle là d’un achat « vente à emporter », mais j’essaie aussi de m’en tenir là dans les restaurants, ce qui est une exercice difficile ! Mais, de temps en temps, je découvre un flacon ayant sommeillé dans ma cave, ou m’ayant été donné par quelqu’un d’aussi généreux qu’attentionné, et qui me procure un plaisir immense, à la hauteur (peut-être) de la valeur monétaire du flacon en question qui dépasse mes propres limites budgétaires.

IMG_6386Une belle étiquette qui a un peu soufferte dans ma cave, mais peu importe, la bouteille est vide. Oui, le shiraz australien peut être d’une finesse aussi remarquable qu’un très bon Côte Rôtie.

Ce fut les cas l’autre jour, en extrayant de ma cave une belle bouteille à partager avec des amis à la maison. Clonakilla est un domaine familiale situé au nord du capital d’Australie (Canberra, pour ceux qui cherchent). Ce n’est pas une zone viticole célèbre comme Coonawarra ou Barossa, mais John Kirk, qui est arrivé en Australie en 1968  d’Ireland après des études de biochimie en Angleterre, a décidé d’y acheter du terrain puis d’y planter de la vigne à partir de 1971. Dans cette zone appelé Murrumbateman, le climat est relativement frais et la viticulture fut d’abord un « hobby » pour John Kirk. Après avoir été rejoint par son fils Tim, cette activité s’est développé au point de devenir un des domaines de référence du pays, surtout pour son vin phare, un shiraz/viognier. Cette cuvée fut produite pour la première fois en 1992, inspiré par une dégustation faite par Tim chez Marcel Guigal. Pour ceux ou celles qui doute de la capacité de ce pays-continent à produire des vins ayant autant de finesse que d’intensité, ce vin devrait les convaincre pleinement. Ce Clonakilla Shiraz viognier 2001 que j’ai dégusté dans sa 13ème année était vibrant, raffiné, soyeux, fruité, complexe, long, équilibré et, finalement, assez exceptionnel pour m’émouvoir. Que demander de plus ? Une caisse dans ma cave, là, tout de suite ! Difficile pour moi car le prix de ce millésime (si on peut encore en trouver en Australie) dépasse les 100 euros. Un millésime récent peut peut-être se procurer pour un peu plus de 50 euros. Une folie drôlement tentante et merci à l’ami qui me l’a offert !

IMG_6400Scène du marché de samedi à Valence d’Agen : potirons, raisins et chataignes. Après on déjeune…

Maintenant revenons sur terre pour d’autres plaisirs simples et infiniment plus abordables. Ja passe une semaine en Gascogne afin de profiter de l’automne qui alterne les rayonnement des couleurs de feu avec le gris/brun humide et les brumes matinales. Après des courses au marché de samedi, quoi de mieux qu’un déjeuner dans la partie bistrot du restaurant l’Horloge, à Auvillar.

IMG_6397La façade du restaurant l’Horloge, à Auvillar (82). Havre de paix, de bonne nourriture, vin et musique. En été dehors sous les platanes, maintenant dedans

C’est mon restaurant préféré du secteur, et, autre cause essentiel à mon bon plaisir, la carte de vins est très bien choisie et les prix y sont abordables. A chaque visite je prends plaisir à laisser Jérome, le sommelier; me servir à l’aveugle des vins au verre issus de ses récentes découvertes. Voilà une autre forme de luxe, ne pas avoir à choisir ! Je me trompe plus souvent que je ne devrais sur leur origine, mais on s’en fout ! L’essentiel est dans le verre et pas dans le « savoir » qu’on mettra autour.

IMG_6388Les deux vins qui m’ont été servis au verre ce jour-là

Le blanc vient de Limoux mais ne bénéfice par de cette appellation. Peut-être contient-il trop de chenin, ou pas assez de chardonnay. J’ignore la raison, et ces règles absurdes des AOP je commence à m’en moquer et de m’en méfier, car cela ne conduit pas toujours vers une qualité accrue.  Le vin était parfait, droit, fin, gourmand, pleinement satisfaisant avec une soupe laiteuse (la crème était délayée comme il faut et pas épaisse) de chataîgnes, délicate et réchauffante. Je ne connaissais pas ce Domaine de Hautes Terres, mais il sait faire du bon vin. Idem pour le rouge, un Minervois ayant beaucoup de fraîcheur (merci la part de carignan) et juste ce qu’il fallait de fruit et de structure pour accompagner la lapin. La cuvée est parfaitement nommé et ces deux vins prouvent, une fois de plus, que le Languedoc évolue vers de plus en plus de finesse dans sa meilleur production.

Deux vins parfaits, pas chers, bien servis et le tout (repas pour deux avec trois verres de vin et un café) pour 50 euros. Ma limite pour l’achat d’une seule bouteille d’exception. La beauté des plaisirs (relativement) simples. Je ne vais pas si souvent au restaurant, mais j’aimerais bien que cela soit toujours comme cela !

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David


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#Carignan Story # 246 : Benoît et Maxime

Faut que j’me casse de nouveau. Je ne tiens plus en place. Rapide revue de détail car je suis toujours sur les routes. Aujourd’hui dans l’Aveyron, aux Rencontres des Cépages Modestes initiées par Jean Rosen, hier en Toscane, demain je ne sais où… De mes pérégrinations récentes, il me revient deux vins de Carignan dégustés avec plaisir en cette fin d’année. Faute de temps, je vous les livre en photos surtout…

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

L’un, Fons Sanatis, de Benoît Braujou, provient d’un domaine proche des contreforts du Larzac et de la Vallée de l’Hérault que j’avais trouvé « gentil comme tout » il y a quelques années et que je viens de regoûter dans un millésime plus récent (je pense qu’il s’agit du 2010, alors que celui goûté en 2011 devait être un 2008…). Il me laisse cette fois-ci une impression plus dense et plus ferme. Mais il se goûte divinement bien, toujours avec aisance. On me certifie qu’on pouvait se l’acheter 11 € à la propriété. Mon petit doigt me dit aussi qu’il serait épuisé.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

L’autre, le Campagnès 2011 de Maxime Magnon, venant de Villeneuve-des-Corbières, la partie maritime du massif, est un Corbières envoûtant au possible, capable de s’imposer en bouche sur quantité de plats, y compris les calamars. Par le passé, il m’est arrivé d’y trouver des notes de pinot qui m’ont tout de suite charmé et il faut absolument – depuis le temps que je le dis – que je prenne rendez-vous avec ce vigneron dont j’ai souvent goûté les vins avec un plaisir non dissimulé, je pense surtout à son Rozeta qui se boit comme du petit lait ! Il m’a coûté 24 € seulement dans mon restaurant favori, le Vila Mas, en Catalogne. Si seulement les restaurateurs français… Enfin j’arrête là, car je vais devenir méchant.

Promis, la semaine prochaine je serai plus prolixe… et peut-être moins agité.

Michel Smith

 


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Linc on triangles, bubbles and Russian dolls

Notre invité australien Lincoln Siliakus (Vino Solex) revient sur un événement récent auquel deux des 5 (Marc et Hervé) ont également assisté.

Every time I go to the Languedoc, there is talk of appellation reform. Villages get promoted, new appellations are created, and there’s constant talk about new categories within the existing ones… Enter Jean-Philippe Granier, the enthusiastic and ebullient “technical director” for the AOC Languedoc, and himself a winemaker. If he’s not in the throes of actually having an idea, he’s chatting about one he’s just had. And he invited a small group of journalists to the area recently to chew the cud about eight historical appellations that he believes warrant greater recognition, the details of which I’ll cover in another blog.

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An enthusiastic Jean-Philippe Granier

This story is to ask the basic question – what’s going on here? In other words, what is all this AOC shuffling in the Languedoc telling us about people: their “culture”, beliefs, habits and images? Intellectualism warning – if elitism is a French fetish, so is complication. This could get messy. And from now on I’ll use the new European AOP (Appellation Origine Protégée) designation. The C in AOC stands for “Contrôlée », another French fixation.

Anyway, the French themselves think of their country as a hexagon. In fact, they often use that word to describe the “mainland” of France as opposed to its islands such as Corsica and its territories such as Guiana.

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But, psychologically, France is more like this.

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The entire country, it seems, is graded: from schools to restaurants, churches, towns; just about everything has one or more stars or labels. It’s a profoundly elitist culture, in which excellence (but not wealth) is flaunted.

And Australia might look more like this, as it is a country of brands of different sizes and colours that are being pumped up or pricked, all floating around in a free market (well, with a bit of mateship and corruption thrown in, of course) and a wine’s value is its cost.

Bubbles

To return to that triangle. At the moment, the winemakers are looking at one which looks like this. It’s inspired by that drawing of Jean-Philippe’s, although I still don’t really understand it. They are being somewhat hopeful at this stage as the system does not (yet) contain the highest category there.

Triangle

The idea is to get to the top and then to fight off the upstarts. Or to create an even higher category. The folk out at Châteauneuf-du-Pape must be thinking about this seriously, as a new cru comes along in the Côtes du Rhône just about every year, and they must be looking at ways to step over the crowd of newbies.

In passing, we need to understand that this triangle is based on an assumption; a subliminal code if you like. France is a ground-up culture, where your sense of identity comes from the territoire (there you have it, it’s the new buzzword over here) into which you were born, your place. The French farmer belongs to the earth, not vice versa as in Australia. The land is not just an asset, but something to pass on to the next generation. Hence the assumption that the identity, quality and value of a wine derive inherently from the place in which it is grown. It’s obvious, Monsieur. And, yes, it is.

Back to our triangle. Normally, if you don’t meet the rules of a category, you can drop down to the level below, so the system could also be thought of like this.

Russian dools

This depends on all sorts of factors, the most important apparently being the availability of that lower category when your current one was created. I warned you that this is a mess! So, if you were not in the AOP Languedoc when that was created but your appellation now finds itself at the Cru level above it, you cannot drop to anywhere in this triangle. You’d have to sell your stuff as an IGP or Vin de France, which is below the triangle. Indeed, only 10% of the Languedoc’s wine is at the AOP grade.

This appellation frenzy is terrific of course – it allows winemakers to hold innumerable meetings during which the qualities of the product are re-assessed in practice. It justifies a plethora of working committees, and facilitates the inflow of public funds. It maintains an army of officials, keeps geologists busy, and justifies journalist visits.

All good.

Except for the poor consumers, that is, who have no idea about what they are drinking.

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Le dilemme des « petits gros », ou des « gros petits » producteurs

Je n’ai jamais pensé que la taille de l’outil pouvait affecter la qualité du produit. Et cela va aussi pour le vin, même s’il y a des esprits étroits qui récitent, ad nauseum, le mantra du small is beautiful. Mais il faut aussi reconnaître que, sous la pression de certains marchés à niches et leur prescripteurs ayatollesques, des domaines français ayant atteint une taille dépassant, disons, 100 hectares (voire même moins), commencent à avoir des difficultés à conserver ces marchés à moins de fractionner leur gamme dans une série de micro-cuvées.

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La beauté des lieux ne fait pas de doute. Mais comment y être fidèle sans rendre le message trop compliqué ? That is the question…

Cette vérité du marché m’a été rappelé une fois de plus par une récente dégustation de vins de l’excellent domaine des Corbières de la famille Bories, le Château Ollieux Romanis. Ce domaine historique de la région, situé dans la plus vaste appellation du Languedoc, a récemment été réunifié et totalise maintenant plus de 150 hectares. Ce n’est rien du tout à coûté des géants viticoles de ce monde, mais, aux yeux de certains, cela apparaît trop grand ! Pourquoi, je n’en sais rien. Mais ce type de réaction semble avoir fait réfléchir Pierre Bories à des manières de contourner l’obstacle posé par ces refuzniks en fractionnant sa gamme et en menant quelques expériences à la marge pour contenter aussi les amateurs de vins qui n’utilisent que peu ou pas de soufre et autres adjuvants.

Cela s’appelle, en termes marketing, la sous-segmentation, et on constate ses effets dans à peu près tous les domaines aujourd’hui, le vin ne faisant pas exception. Personnellement j’ai quelques réserves sur une telle approche du vin, car j’estime qu’on fait souvent un bien meilleur vin en pratiquant l’assemblage : les grandes marques de Champagne en font la démonstration régulièrement, et je me souviens d’avoir entendu Michel Laroche dire qu’il ferait un bien meilleur Chablis Grand Cru en assemblant toutes ses parcelles en grand cru, au lieu de pratiquer la traditionnelle approche du cru par cru. L’autre problème soulevé par cette approche est qu’il y a le risque de déshabiller Pierre pour habiller Paul, même si, sur 150 hectares et avec des dispositions de sites et de cépages bien diversifiés, ce risque est peut-être gérable. Mais, avant tout, le poids du marché des vins fins fait probablement pencher la balance de nos jours en faveur d’une série toujours croissante de petites cuvées, avec telle ou telle particularité (de site viticole, de sélection et de type d’élevage, du sans soufre ou de ceci ou de cela). La seule vraie vérité dans le vin étant la vérité des marchés, bien entendu.

CaveauDegustationOllieux

J’ai dégusté la gamme actuelle d’Ollieux Romanis avant et pendant un repas de presse donné récemment par Pierre Bories et sa mère. J’ai toujours apprécié leurs vins, les trouvant d’une fiabilité rare et bien placés en matière de prix. Cette fois-ci, j’ai eu l’occasion d’affiner mon jugement à travers plusieurs millésimes de certains vins. Et d’essayer de comprendre la logique de cette approche du vin. Tous les vins sont des Corbières, ce qui démontre déjà la diversité de styles dont est capable cette vaste appellation.

Les vins rouges

1). Gamme Le Hameau des Ollieux : Le Petit Fantet d’Hippolyte (millésimes 2013, 2012 et 2011)

L’origine de ce vin est une parcelle complantée de carignan, grenache et syrah. Je trouve déjà admirable et inhabituel de présenter plusieurs millésimes d’un vin « entrée de gamme » dans une telle dégustation. Tous les trois était délicieux de fraîcheur et de fine gourmandise, avec un petit plus pour le 2011, qui possède un nez superbe et un volume en bouche conséquent pour un vin de ce niveau, sans aucune impression de lourdeur (prix autour de 8 euros)

2). Gamme Corbières Classique : Château Ollieux Romanis 2013

Un seul millésime de ce vin; ayant subi une mise récente, il ne se présentait pas dans sa meilleure forme. Mais j’ai aimé la délicatesse de son toucher et son fruité claire, soutenu par une belle acidité (prix autour de 8 euros)

3). Gamme La Petite Muraille : Le Champ des Murailles 2012

60% de carignan et 40% de grenache pour ce vin au nez plus sombre et terreux, et à la texture plus rugueuse. On sent aussi plus de chaleur au palais. Plus puissant, mais aussi plus rustique, il coûte moins cher (6,50 euros).

4). Gamme Prestige : Château Ollieux Romanis 2013

Assemblage de carignan, grenache, mourvèdre et syrah. Les nez est aussi un peu fermé mais fin et complexe. A la fois plus intense en saveurs et plus soyeuse de texture. La finale reste un peu carrée mais ce vin sera très bien dans 2/3 ans. (Prix 13 euros)

Château Ollieux Romanis 2012

Avec ce vin le volume a eu le temps de se développer, la rondeur aussi. Sur un fond encore ferme, il commence à montrer sa puissance et sa longueur. Le bois est encore un peu présent. (Prix 13 euros)

Château Ollieux Romanis, Cuvée Or 2012

Assemblage de carignan, grenache, mourvèdre et syrah, issu de vignes âgées (60 à 100 ans).  Je n’ai jamais été fanatique des arômes produits par la macération carbonique. Ce vin en souffre un peu, mais il y a une très belle qualité de fruit derrière avec pas mal d’intensité. La texture et mi-veloutée, mi-rugueuse. Puissant et long, il aura aussi besoin d’une paire d’années pour s’affiner. (prix 21,50)

5). Corbières Boutenac : Atal Sia, millésimes 2012, 2011, 2010, 2009, 2008

Cette cuvée bien plus concentrée ne m’a pas convaincue. Je lui ai préféré toutes les autres les cuvées, y compris le Petit Fantet. Il me semble qu’on est un peu dans un certain excès sudiste avec ce vin. Les tanins sont massifs et l’alcool très présent. Certes il y a une très belle concentration de fruit, mais je n’ai pas trouvé les équilibres réussis et je n’ai pris aucun plaisir à déguster ces millésimes, sauf un peu le 2012. (prix 19 euros).

6). Domaine Pierre Bories, Corbières l’Ile aux Cabanes 2013

Ce nouveau vin rouge, issus d’une parcelle ayant appartenu à François de Ligneris, était pour moi la vrai découverte (et le bonheur) de cette dégustation. Fermenté en cuves béton, il démontre que certaines vinifications sans soufre peuvent produire des résultats exaltants. J’espère seulement que cela se tiendra dans le temps ! Le vin est très juteux, avec un fruité magnifique. C’est dense mais parfaitement équilibré. Une vrai délice qu’on paiera certes un peu cher (30 euros)

Les vins blancs

Château Ollieux Romanis Classique 2013

Assemblage de roussanne, marsanne, macabeu et grenache blanc. Vin simple et très plaisant, avec un excellent équilibre et de très jolies saveurs. Bien dans son prix raisonnable de 8 euros.

Château Ollieux Romanis Prestige 2013

Assemblage de roussanne et de marsanne, avec un peu de grenache blanc. C’est très rond, puissant et chaleureux. J’ai trouvé le boisé excessif et le vin trop allourdi par son alcool (trop cher à 16,50 euros)

Domaine Pierre Bories « Le Blanc » 2013

Un assemblage macabeu, grenache gris, grenache blanc et carignan blanc, vignes âgées. Fermentation en barriques sans soufre et élevage en barriques. Ce vin n’était pas fini, ayant pas mal de gaz (en partie, probablement, pour le protéger à la place du soufre), mais aussi des arômes lactés des ferments. Le boisé est aussi trop présent. Je n’ai rien contre l’emploi de la barrique, mais sont effet devrait être plus subtil et pas se sentir dans le vin fini. C’est surement une expérience intéressante, mais je ne pense pas que cela soit une bonne idée d’essayer de vendre ce vin, surtout au prix annoncé (30 euros !!!)

 

Conclusion

Si je n’ai pas été convaincu par tous les vins de la gamme, je trouve la franchise de l’approche admirable. Cela dit, je reste convaincu que cette gamme est trop large et trop complexe et qu’on pourrait espérer des meilleurs vins, avec des positionnements prix mieux étalés, en pratiquant davantage d’assemblages. Certains vins pourraient se placer plus chers, d’autres moins chers, mais trois gammes (au lieu de 5 ou 6) me semblant suffisants pour un domaine de cette taille, surtout s’il souhaite exporter une forte proportion de sa production. Simplifier, toujours. Ou, pour transposer un mot de l’ingénieur Colin Chapman à propos des voitures de course, « add lightness« !

 

David Cobbold


19 Commentaires

« I miss Brett »

« I miss Brett in French wines. It is what made them French and notable. Same for Rioja.

Fortunately, we see some Brett in American and Australians. We need a list of wines for Brett lovers. »

Ce commentaire, laissé sur le site de Decanter par un certain David Hudson, m’a laissé perplexe.

D’abord, j’ai pensé que M. Hudson et moi ne dégustions pas les mêmes vins. Je reviens d’un petit tour en Languedoc où j’ai eu plus que mon lot de bretts.

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Au Mas Bruguière, j’ai vu la brume se lever. Mais pas de bretts. (Photo (c) H. Lalau 2014)

Et puis d’autres vins, heureusement, qui nous rappellent que le vin vient du raisin. J’ai eu la chance de déguster sur cuve les vins du Mas de Bruguière, au Pic Saint Loup, et ceux de Sylvain Fadat, à Montpeyroux (sur fût, cette fois). Fraîches syrahs, grenaches joufflus, denses mourvèdres, quelque soit le cépage, le fruit fut le fil rouge de mes coups de coeur. Ce qui nous fut confirmé, le lendemain, avec les très élégants Carignans du Mas d’Amile; sans oublier les assemblages gourmands de Jasse-Castel, en rouge comme en blanc; ou encore, la formidable vitalité du Villa Dondona 2011 (que j’ai préféré à son pendant boisé l’Oppidum). A la cave de Montpeyroux aussi – pardon, chez CastelBarry, si j’ai aimé Les Marnes, si j’ai aimé Les Cailloutis, si j’ai aimé Le Tarral,  la bruxellensis ou ses cousines n’y étaient pour rien.

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 Sylvain Fadat: « Des bretts? Est-ce que j’ai une gueule de bretts »? (Photo (c) H. Lalau 2014)

Plus fondamentalement, je me demande ce qu’on doit dire de nos jours à un oenophile apparemment sincère, mais aussi sincèrement dévoyé que M. Hudson.

Revendiquer un défaut oenologique comme élément de terroir, jusqu’à en faire un signe d’appartenance, et au niveau national, voila qui me dépasse.

Je sais bien que nous vivons une époque formidable où chacun peut d’exprimer son opinion sur à peu près tout. Défendre des idées, des modes de vie hors normes. C’est quand même mieux que du temps d’Adolf ou du Petit Père des Peuples.

Il y a les zoophiles, il y a les drosophiles, pourquoi n’y aurait-il pas des brettophiles?

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Amélie, du Mas d’Amile: « Des bretts, vous dîtes? Non, je ne vois pas… » (Photo (c) H. Lalau 2014)

Mais tout de même. Toutes écuries étant égales par ailleurs, qu’on puisse apprécier dans des vins les même odeurs de sueur de Dunkerque à Tamanrasset – pardon, de Marsannay à Collioure, je trouve ça pour le moins curieux quand on prétend défendre les terroirs de France et leur diversité.

C’est tellement gros que ça en devient rigolo.

Tiens, je suis surpris qu’un fabricant de levures ne propose pas déjà le goût de bretts.

 Hervé Lalau

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