Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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« I miss Brett »

« I miss Brett in French wines. It is what made them French and notable. Same for Rioja.

Fortunately, we see some Brett in American and Australians. We need a list of wines for Brett lovers. »

Ce commentaire, laissé sur le site de Decanter par un certain David Hudson, m’a laissé perplexe.

D’abord, j’ai pensé que M. Hudson et moi ne dégustions pas les mêmes vins. Je reviens d’un petit tour en Languedoc où j’ai eu plus que mon lot de bretts.

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Au Mas Bruguière, j’ai vu la brume se lever. Mais pas de bretts. (Photo (c) H. Lalau 2014)

Et puis d’autres vins, heureusement, qui nous rappellent que le vin vient du raisin. J’ai eu la chance de déguster sur cuve les vins du Mas de Bruguière, au Pic Saint Loup, et ceux de Sylvain Fadat, à Montpeyroux (sur fût, cette fois). Fraîches syrahs, grenaches joufflus, denses mourvèdres, quelque soit le cépage, le fruit fut le fil rouge de mes coups de coeur. Ce qui nous fut confirmé, le lendemain, avec les très élégants Carignans du Mas d’Amile; sans oublier les assemblages gourmands de Jasse-Castel, en rouge comme en blanc; ou encore, la formidable vitalité du Villa Dondona 2011 (que j’ai préféré à son pendant boisé l’Oppidum). A la cave de Montpeyroux aussi – pardon, chez CastelBarry, si j’ai aimé Les Marnes, si j’ai aimé Les Cailloutis, si j’ai aimé Le Tarral,  la bruxellensis ou ses cousines n’y étaient pour rien.

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 Sylvain Fadat: « Des bretts? Est-ce que j’ai une gueule de bretts »? (Photo (c) H. Lalau 2014)

Plus fondamentalement, je me demande ce qu’on doit dire de nos jours à un oenophile apparemment sincère, mais aussi sincèrement dévoyé que M. Hudson.

Revendiquer un défaut oenologique comme élément de terroir, jusqu’à en faire un signe d’appartenance, et au niveau national, voila qui me dépasse.

Je sais bien que nous vivons une époque formidable où chacun peut d’exprimer son opinion sur à peu près tout. Défendre des idées, des modes de vie hors normes. C’est quand même mieux que du temps d’Adolf ou du Petit Père des Peuples.

Il y a les zoophiles, il y a les drosophiles, pourquoi n’y aurait-il pas des brettophiles?

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Amélie, du Mas d’Amile: « Des bretts, vous dîtes? Non, je ne vois pas… » (Photo (c) H. Lalau 2014)

Mais tout de même. Toutes écuries étant égales par ailleurs, qu’on puisse apprécier dans des vins les même odeurs de sueur de Dunkerque à Tamanrasset – pardon, de Marsannay à Collioure, je trouve ça pour le moins curieux quand on prétend défendre les terroirs de France et leur diversité.

C’est tellement gros que ça en devient rigolo.

Tiens, je suis surpris qu’un fabricant de levures ne propose pas déjà le goût de bretts.

 Hervé Lalau


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#Carignan Story # 242 : version Gérard Bertrand

En dehors de la Maison Cazes chez moi (Roussillon, pour ceux qui ne l’auraient pas encore deviné), ils ne sont guère plus que trois ou quatre négociants de taille, notamment Calmel-JJoseph, Paul Mas, Skalli et Gérard Bertrand, à considérer que le Carignan a un pion à avancer sur l’échiquier du Languedoc et du Roussillon réunis. J’oublie le petit négoce du Prieuré Saint-Sever de Thierry Rodriguez, mais c’est une autre histoire, déjà évoquée ici, et sur laquelle je reviendrai. À l’heure où même l’AOP Saint-Chinian se penche sérieusement sur la réintroduction de vieux cépages « locaux », tels le Ribeyrenc ou l’Aramon, il serait utile de consolider ses apports en Carignan et d’avoir une vision d’avenir avec le recours aux anciens cépages mieux armés, à mon sens, quand il s’agit de s’accrocher à la terre du Midi. Qui osera, dans les Corbières, par exemple, redonner ses lettres de noblesse au bon vieux Carignan en lui accordant plus d’importance qu’il n’en a à l’heure actuelle ? Oui, qui osera alors que la Chambre d’Agriculture de l’Aude possède tous les atouts avec la plus grande collection de ce cépage et les meilleurs experts en la matière ?

Quelques centenaires rassemblés par Gérard Bertrand. Photo©MichelSmith

Quelques centenaires rassemblés par Gérard Bertrand. Photo©MichelSmith

Revenons-en à Gérard Bertrand. Je n’ai pas les chiffres en tête, mais pour les âmes sensibles c’est probablement le plus « gros » négociant du Midi après Jeanjean et c’est à ce titre qu’il m’arrive de parler de lui une ou deux fois l’an. Je sais, depuis « l’affaire » Tariquet certains diront que je suis acheté, mais il m’arrive parfois de ne pas aimer ses vins et d’autres fois de tomber sur des cuvées qui m’enchantent. Réclamant des échantillons de « très vieux » Carignans aux charmantes personnes qui s’occupent de la communication, j’ai reçu quelques échantillons de la collection Les vignes centenaires, flacons aussitôt mis de côté pour une prochaine dégustation. Plus d’un an après – pardon pour le retard -, le moment est venu pour moi de tester ces vins. Sans parti pris.

Photo©MichelSmith

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Mettons à part le Côtes du Roussillon Villages 2010 La Combe du Roi qui, en lisant la contre-étiquette, se révèle être un Grenache (café, garrigue, fruit fin, tabac, cacao…tannins copieux mais un peu verts en bouche) probablement associé à du Carignan (secteur de Tautavel, je dirais même de Maury), un vin puissant (15°) capable de tenir encore dix ans et plus en cave, pour nous concentrer sur deux millésimes d’un « vrai » Corbières – et j’écris « vrai » à bon escient – provenant d’une vigne de Carignan. Le premier vin de cette Crémaille, du nom de la parcelle qualifiée en contre-étiquette d’exceptionnelle, vigne travaillée en agrobiologie provenant du cépage emblématique des Corbières (merci Gérard pour le terme emblématique…), est également un 2010. Je le soupçonne d’être issu de la propriété du Château de Villemajou, le domaine historique que Gérard a courageusement repris après le décès de son père. Je vous annonce au passage que, depuis 1988, je considère que ce cru a, avec quelques autres et grâce au Carignan, un potentiel qualitatif assez unique dans le Sud de la France. Mais bon, je n’ai probablement rien compris aux Corbières.

Au nez, ce vin est plus discret que le précédent. Mais quelques mouvements de la main pour réveiller le jus, permettent d’entrevoir ce potentiel évoqué plus haut : grande finesse, retenue, bribes d’herbes de maquis, bouche suave, presque tendre, notes de poivres, épices, tannins bien dessinés, longueur interminable. Si jamais vous avez la chance de posséder cette bouteille, je vous invite à la servir autour de 16° de température en respectant scrupuleusement, pour une fois, ce que préconise le texte de la contre-étiquette qui, faute de place, oublie de recommander un gigot d’agneau, d’isard ou de chevreuil. La bouteille porte le numéro 4.405, ce qui laisse penser qu’il ne s’agit nullement d’une micro-cuvée. Le total de mise est affiché : 8.190 bouteilles. Je dis bravo en regrettant de ne pas avoir un magnum pour ma cave. Gérard, si tu m’entends, je t’en achète six sur le champ !

Photo©MichelSmith

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Difficile de faire mieux me dis-je en versant dans mon verre le rouge de la même vigne, mais de 2011. Cette fois-ci, j’ai le numéro 2.428 sur 10.857 bouteilles produites. Qu’est-ce que j’en pense ? J’adore ! Je ne résiste pas au charme de ce nez finement fruité, à ces notes envoûtantes d’oranges sanguines discrètement parfumées à la cannelle, à ce léger souffle de garrigue. L’emprise en bouche est plus évidente. On a la rondeur qui sied à un vénérable Carignan, mais le fruit s’impose avec subtilité, avec tendresse, malgré une pointe de rugosité qui fait tout le charme du vin, ce côté « je ne prétends pas la perfection, je suis moi-même, je viens des Corbières, ne m’enlève pas ce putain d’accent qui m’a façonné et auquel je tiens ». Franchement, cela faisait un bail qu’un vin ne m’avait pas interpellé sur ce ton.

Que retenir de tout cela ? Eh bien que cela mérite bien une suite. Quelle suite ? Puisque je m’apprête à partir en vacances, vous le saurez en lisant le prochain numéro ! Mais il faut aussi retenir qu’un négociant, et pas n’importe lequel, ose mettre le nom de Corbières sur un Carignan. Si lui ose, pourquoi pas les autres, sur un Faugères, par exemple ? Merci Gérard !

Michel Smith


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#Carignan Story # 241: chez les Cavistes, vers la mer…

J’ai toujours été intrigué par le petit village venté de Caves, juste au dessus de Fitou dans la partie audoise des Corbières maritimes. J’étais curieux de savoir quel nom on donnait aux 700 et quelques habitants de cette commune. D’emblée, je pensais les appeler « Cavistes » comme on parle des « Brivistes » en Corrèze, tout en me disant qu’une telle épithète n’était guère possible. Après vérification, figurez-vous que si ! Normal, puisqu’il paraît que l’on a toujours fait du vin à Caves. J’imagine pourtant, mais c’est une autre histoire, qu’il y avait aussi pas mal de chevriers et de bergers dans le secteur, comme partout dans la campagne environnante. Cela n’a rien à voir, mais je me souviens aussi à propos de Caves que Jérôme Savary, le génial metteur en scène décédé l’an dernier, y avait une résidence secondaire avec quelques vignes et l’on raconte qu’avec son cigare que je le voyais allumer dès sa descente d’avion l’aéroport de Perpignan, il ne lésinait pas sur les vins du coin tout en empestant la garrigue. Je le pardonne bien volontiers car je sais qu’il fumait cubain et comme je viens de faire mon petit shopping chez Gérard à Genève, je suis mal placé pour critiquer. D’autant que j’adore (mais c’est un secret…) fumer mon barreau de chaise à l’abri du vent dans le creux d’un rocher en pleine garrigue avec un bon bouquin.

Photo©MichelSmith

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Ce brave meneur de troupe qu’était Savary connaissait-il les vins du Domaine Saint-Michel (ne pas confondre avec Saint-Michel Archange, dans le Minervois, ni avec le Domaine Saint-Michel les Clauses, du côté de Boutenac), ceux de Jacqueline Vaills et d’Henri Rius, deux éminents « cavistes« , ses voisins ? Moi pas, avant que je ne suive docilement les recommandations d’un aimable Lecteur, un fidèle de cette misérable et obstinée rubrique qui ne cesse de s’enrichir chaque dimanche que dieu fait. En traversant mes chères Corbières l’autre jour, bien avant que l’on ne célèbre la Saint Michel, je me suis arrêté à l’entrée de Caves. Le couple de cavistes n’étant pas là, je fis la connaissance de celui qui occupe, lui, la fonction officielle de caviste, Mohamed, un charmant monsieur débarqué de son Maroc natal (il vient de Meknès, la capitale agricole) il y a un bail et qui a atterri ici après un passage à Châteauneuf-du-Pape. J’ai eu une pensée pour ce beau pays que je n’ai pas revu depuis des lustres, une pensée aussi pour ces paysans qui cultivent si bien nos vignes du Sud sans en boire le jus fermenté. Une pensée pour ceux qui, parmi les cabernets, les merlots et les syrahs du Moyen Atlas, taillent encore les valeureux Carignans que les experts n’ont pas su – ni pu – leur faire arracher.

Photo©MichelSmith

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Le Carignan blanc goûté et acheté ici grâce à la gentillesse de Mohamed qui tenait le caveau aménagé dans une sorte de hangar bourré de reliques en formes de bouteilles, à la bordure du village, est un des moins onéreux qu’il m’ait été donné de goûter : autour de 4 ou 5 € le flacon, si je me souviens bien. Il porte le vocable « Vin de cépage » sous le nom Carignan écrit en caractères néo-gothiques du style de ceux que l’on rencontre sur les enseignes de la Cité de Carcassonne. Pas de millésime, mais il semble (robe bien soutenue) à la vue comme au touché, que ce ne soit pas du 2013. Le nez est prononcé, mûr, balsamique et fruité (pulpe de raisin, prune), tandis qu’en bouche le vin est rond, puissant, d’un bel équilibre, marqué par quelques notes résinées. S’il manque un poil d’acidité, il a sa place cependant à l’apéro sur des légumes croquants accompagnés de tapenades ou d’anchoïades, sur des olives, des crevettes grises, des palourdes… Mais c’est aussi un bon compagnon des grillades de poissons. Cela tombe bien, les ports de pêche ne sont pas loin où l’on retrouve retrouve d’anciens pêcheurs partis de Mostaganem (Algérie, cette fois) dans les années soixante. Dans d’autres ports, les pêcheurs sont venus de la Baie de Naples ou de Sicile. La Méditerranée n’est pas qu’une simple mer, c’est aussi une véritable mère pour nous. Et j’imagine que, de temps en temps, le regard de Mohamed doit se tourner vers cette mer qui le sépare de son pays.

Michel Smith


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Alerte ! On manque de raisins !

Tandis que je ramassais avec mes camarades associés les belles grappes de Carignan 2014 qui font la renommée internationale (je blague) de notre micro vignoble du Puch, à Tresserre, alors que je méditais sur le peu de production de certains de nos pieds, je ressassais dans ma tête le film d’une conversation passée ce printemps avec l’ami Hervé Bizeul dans sa pimpante cave-bureau d’une zone artisanale coincée entre Rivesaltes et l’entrée (ou la sortie) Perpignan-nord de l’autoroute La Catalane.

Hervé Bizeul songeur au Clos des Fées. Photo©MichelSmith

Hervé Bizeul songeur au Clos des Fées. Photo©MichelSmith

Serions-nous en train de manquer de raisins, m’étais-je alors demandé ? Quand on voit que les vols de vendages se multiplient ici et ailleurs, on est en droit de se poser des questions. C’est si vite fait, la nuit, avec une machine à vendanger… ou avec lampes frontales. Vous ne me croyez pas ? Voyez donc ici… Ou là. Ou encore là. La chose commence à être flagrante dans le Sud où nous manquons désespérément de raisin. Paradoxal, n’est-ce pas, dans une région qui débordait de vignes il y a 40 ans. Pas très étonnant quand on a incité pendant des années à l’aide de primes à arracher la vigne sans remplacements, sans aucune vision d’avenir. Résultat, faute de vignerons, c’est la jachère pour une bonne partie du vignoble.

Vieilles vignes traditionnelles du côté de Tautavel. Photo©MichelSmith

Vieilles vignes traditionnelles du côté de Tautavel. Photo©MichelSmith

Et puis, l’autre jour, lors de mon petit déjeuner pris sur le pouce comme d’habitude tout en feuilletant le dernier numéro de La Vigne (N° 267), après avoir zappé sur le dossier «Souches à malo» (dédicace spéciale à mon ami David…), je suis tombé sur un papier instructif et pertinent où il était question de matière première, le raisin.

En bonne journaliste spécialisée, Chantal Sarrazin nous narrait l’histoire d’un négociant de Violès (Vaucluse), la maison Lavau, article qui mettait en exergue, à mon sens, toute la difficulté qu’ont les opérateurs actuels, qu’ils soient gros, moyens ou petits, à s’assurer de pouvoir trouver une denrée de base – le raisin – lequel se raréfie par les temps qui courent, notamment depuis les petites récoltes cumulées de 2012 et 2013 dans la Vallée du Rhône. Il en résulte que désormais, cette maison s’est sentie obligée de signer bien avant la récolte, sans en connaître la qualité, des premiers contrats d’achats de raisins en offrant aux vignerons (coopérateurs, par ailleurs) un premier paiement. À ma connaissance, même en Champagne où le raisin vaut de l’or, je n’ai pas d’autres exemples où cela se produit aussi tôt. À moins que le négociant ne tienne pas à ce que cela se sache, évidemment. Avant, on pouvait faire une promesse d’achat «sur pieds» en allant constater l’état des grappes une ou deux semaines avant les vendanges, mais là, un mois ou deux avant la récolte, cela me semble relever d’un nouvel état d’esprit, d’autant que les vignerons en question sont coopérateurs.

Nouvelles vignes sur échalas du côté de Saint-Chinian. Photo©MichelSmith

Nouvelles vignes sur échalas du côté de Saint-Chinian. Photo©MichelSmith

Entendons-nous, il ne s’agit pas là d’évoquer la qualité, mais de s’attarder pour une fois sur la quantité. Dans la tête des amateurs purs et durs, les faibles rendements sont synonymes de qualité, soit. Mais cette réflexion, valable pour les petits domaines producteurs de vins pour esthètes commercialisés à un prix conséquent, ne s’applique pas dès lors que l’on parle du vin en général, de vins à boire, de vins festifs, de vins de tous les jours et même de vins d’exportation pour les gros marchés où il reste encore une forte demande. Chez nous, en Languedoc, les conséquences des épisodes de grêle et de sécheresse font que la récolte 2014 sera faible alors que les stocks sont au point zéro et que certaines caves n’ont déjà plus de 2013 à la vente en rosé comme en blanc depuis le début de cet été. Dans l’Hérault et l’Aude, on estime que la baisse tournera autour de 30 % par rapport à 2013 qui était une année correcte, sans plus (en faisant toujours abstraction de la qualité), et le plus grave c’est que cette baisse perdure depuis le tout début des années 2000. Or, si nous ne pouvons vendre du vin aux opérateurs mondiaux, d’autres pays ne se priveront pas de le faire. Et ils sont déjà fort actifs.

Vignes irriguées du côté de Maury. Photo©MichelSmith

Vignes irriguées du côté de Maury. Photo©MichelSmith

Je n’ai pas le temps de m’y pencher plus à fond, mais il y a fort à parier que cette situation qui conduit à une forte baisse de production, en gros à un manque de plus en plus flagrant de raisins, affecte peu ou prou les départements voisins comme les Pyrénées-Orientales, le Gard et probablement l’Ardèche, la Drôme et le Vaucluse. Si le lecteur à quelques informations sur ce sujet, je le remercie par avance d’éclairer notre lanterne.

Hervé Bizeul, quant à lui, en plus d’être un excellent vigneron, possède des talents d’analyste. Il ajoute quelques éléments de réflexion sur l’état actuel de notre vignoble. J’espère ne pas trop dénaturer ses propos que je résume ci-après.

  • Le vieillissement de la population viticole fait que, hélas, les vignerons qui partent à la retraite ou qui décèdent ne sont que très rarement remplacés par des jeunes.
  • Les vignes elles aussi vieillissent. La plupart, remarquablement bien plantées et bien entretenues par une génération de viticulteurs durs à la tâche et consciencieux, ont été capables de tenir plus de 60/80 ans, et certaines bien au-delà. Les nouvelles vignes sont à quelques exceptions près mal plantées et peu entretenues au point qu’il faut les remplacer plus souvent tant leur durée de vie est écourtée.
  • Le désinvestissement viticole en général, corolaire de ce qui est dit précédemment, vient s’ajouter au marasme. Par exemple, par manque de bras qualifiés, par manque de motivation aussi, très souvent on ne remplace plus la vigne mal taillée et malade. En gros, on délaisse son vignoble. Une fois ces paramètres pris en compte on pourrait se préoccuper de l’aménagement rationnel et moderne du vignoble. Conduire la vigne de manière à laisser passer le tracteur et la machine à vendanger sans abîmer les ceps et, dans les zones touchées par la sécheresse, opter pour une irrigation qualitative très limitée dans la saison. Cela permettrait au moins d’assurer une bonne production de raisins destinés à la production de bons vins quotidiens.

Hervé Bizeul dit encore plein de choses intéressantes sur le jeu collectif d’une appellation, par exemple, sur la représentativité de nos vins sur le marché mondial, sur la grande distribution, les cavistes, etc. Si seulement on pouvait le filmer et en faire un documentaire instructif ! Je lui conseille d’ailleurs, le jour où il en aura le temps, de pondre un rapport sur les perspectives de la viticulture dans le Sud à la manière d’un Jacques BerthomeauToujours est-il que dans le Roussillon, comme dans le Languedoc, les courtiers sont plus que jamais à l’affût, tandis que des négociants tel le Bordelais François Lurton bichonnent leurs vignes du Sud et y ajoutent l’irrigation afin d’assurer l’avenir. Quant à notre récolte, celle du Puch, elle ne dépassera pas 15 hl/ha.

Michel Smith

PS – Notre intrépide et courageux  cycliste à la moustache argentée, j’ai nommé Jim Budd, vient d’achever sa descente de Loire à vélo pour la cause du cancer. Après plus de mille kilomètres, il s’est posé à La Baule et si vous allez sur son site, j’espère que vous ferez preuve d’un peu – de beaucoup – de générosité pour mieux soigner ces enfants qui parfois meurent du cancer.

Cheers Jim ! Avec un coup de Muscadet, of course. Et bises aux Luneau !


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#Carignan Story # 239 : Au fond de ma vallée…

Demander à rencontrer Philippe Courrian, c’est voir s’ouvrir un petit peu plus les portes du paradis. Il y a d’abord la symbolique mais royale entrée dans cette partie de la vallée de la Nielle, maigre affluent de l’Orbieu dévalant tout droit des Hautes Corbières. Nous sommes au bien nommé Château Cascadais dans une campagne habitée comme le stipule avec malice la pancarte à l’entrée de la propriété. Cela signifie respect, respect des plantes, des fruits, des gens et des animaux. Après, tout est affaire de feeling. Ça passe ou ça ne passe pas. Entre lui et moi, le courant est branché depuis des lustres. Cela n’empêche pas le parlé franc, Philippe ayant des avis bien arrêtés sur pas mal de choses mais aussi des remarques de sage quand il dit par exemple : « Je ne me prononce pas car je ne connais pas ». Notre relation est celle d’une franche amitié. À un tel point qu’à une époque, j’ose l’avouer, j’ai plusieurs fois cédé à la tentation de déclencher moi-même le précieux sésame en faisant tout pour me faire inviter dans sa vallée heureuse. Puis on s’est un peu perdu de vue… hasards de la vie.

Philippe en admiration devant ses Carignans. Photo©MichelSmith

Philippe en admiration devant ses Carignans. Photo©MichelSmith

Aussi, lorsque j’ai vu l’autre soir l’animal à la crinière argentée se pointer en bonne compagnie dans le Charivari de Michel Escande où j’avais mis le tablier histoire de prêter main forte à la sommelière Isabelle Brunet, ni une, ni deux, on a pris lui et moi rendez-vous dans la Valley of Love (extrait du film The Sheriff of Fractured JawLa Blonde et le Shérif, en France – le plus con des films années 50 en De Luxe colour, mais avec Jayne Mansfield, tout de même…Attention, la chanson est doublée par Connie Francis, une des chanteuses les plus kitsh mise en orbite à l’époque par l’industrie du disque). C’est ainsi, avec cette mielleuse chanson cowboy que j’arpente de nouveau la route cailloutée qui conduit à la maison toute simple de Philippe avec la furieuse envie de taster son vin de Carignan. Ici, à moins de monter sur une butte, le téléphone portable s’arrête. Chez Philippe, que l’on soit dans les rochers de sa « piscine » ou dans la cour parmi les roses trémières, on se sent au bout du monde. On oublie tout et l’on se dit que c’est dur de rentrer.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Comment dire sans le vexer… À mon avis, Philippe Courrian ne veut pas à faire le plus grand vin de son appellation. Il cherche simplement à nous donner un bon vin représentatif de sa vallée, un vin juste, constant, précis, loyal, parfaitement équilibré, un vin vinifié sans esbroufe et sans calcul médiatique. Le bougre a raison car c’est vraiment le cas de cette cuvée Le chant de la Cascade 2012 qui arbore encore la dénomination Corbières alors que le 2013 rentrera dans le rang avec la mention Coteaux de la Cabrerisse, à moins de le mettre en Vin de France. Encore ces conneries de règlements ! Quand les Corbières n’auront plus de Carignans à se mettre sous la dent à force de les reléguer aux seconds ou troisièmes rôles, le casting de l’appellation sera bien maigre et surtout bien triste. Voilà, c’est dit ! Sauf que ça fait 30 ans que je leur chante cet air-là…

Super sur une cargolade !!! Photo©MichelSmith

Super sur une cargolade !!! Photo©MichelSmith

Maintenant revenons au vin. J’espère que sur les prochaines étiquettes Philippe fera mention du cépage car celui-ci, d’un âge avancé, est planté sur 3 petites parcelles, si je ne m’abuse sur des terres argilo calcaires bordées de murets de pierres grises et tournées vers les collines de pinèdes qui cachent la Montagne Noire, parcelles qu’il loue à un vigneron du pays. Le millésime 2012, Campagne de Cascadais, en partie décrit plus haut, est à mon avis prêt à boire pour encore un an ou deux si l’on veut profiter de son fruit. En plus de son équilibre, j’ai aimé la facilité avec laquelle il se laisse boire. En sera-t-il de même avec le 2013 dont la mise est prévue pour l’hiver prochain ? On verra. En attendant, je ne peux que vous inciter à saisir ce flacon. Parfait sur les escargots de Philippe, il le sera aussi sur toutes sortes de grillades. En vente au domaine au prix de 9 € départ cave.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Et pour les curieux, sachez que Philippe, Médocain de naissance et sudiste dans l’âme, possède avec ses enfants un fameux Médoc, le Château Tour Haut Caussan, sur la commune de Blaignan, ainsi que le Château La Landotte. À Cascadais, dont le chai se situe à Saint-Laurent-de-la-Cabrerisse, il vinifie aussi un second vin d’un excellent rapport qualité-prix, La Roque Dansante, ainsi qu’un délicieux Corbières où grenache, carignan, syrah, cinsault et mourvèdre se marient divinement bien dans les barriques  d’occasion venues du Médoc ainsi que (pour moitié) dans les cuves ciment. Enfin, on parle de plus en plus de son pur Tannat élevé 16 mois en barriques. Pas mal pour un seul homme qui a largement passé l’âge de la retraite !

Michel Smith

Servir frais, bien entendu... Photo©MichelSmith

Servir frais, bien entendu… Photo©MichelSmith


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L’offre Vin d’Orly : Boco d’espoir…

Tous les ans à peu près, je visite Orly Ouest. Contraint et forcé parfois par je ne sais quel voyage et des heures d’attentes, je déambule dans les travées de cet aéroport qui reçoit chaque jour des milliers de touristes, pour beaucoup étrangers. Qu’ont-ils comme cadeaux souvenirs gourmands symboles de la France à ramener chez eux ? Pas grand chose de qualité. Et à mon avis, à moins de manquer de goût, rien qui puisse peser dans le sac à dos du voyageur low cost que je suis devenu quand je pars à Londres ou ailleurs. En effet, pas grand chose n’a évolué depuis mon dernier passage. Le marchand de macarons est toujours là, comme le rectangle open space, consacré au caviar et au saumon fumé, Paul et Starbucks aussi, présents depuis pas mal de temps, rien ou peu d’enseignes nouvelles. En dehors de la brasserie décrite il y a quelques mois (voir le lien plus haut) et d’une sorte de foire fouille où les chocolats industriels se mêlent aux parfums avec de la place pour quelques vieux millésimes de Pibarnon et des champagnes bestsellers, l’offre des vins est au mieux limite médiocre quand elle n’est pas franchement navrante.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Petite lueur d’espoir avec Boco, cette boutique, nouvelle pour moi qui suis provincial, mais en réalité fondée en 2011 par les frères Ferniot, Simon et Vincent, avec l’appui de quatre grands chefs triplement macaronés et trois grands chefs pâtissiers. Ils comptent désormais 4 restaurants sur Paris, dont celui d’Orly Ouest doublé d’une petite épicerie un peu trop cachée à mon goût. Restaurant est un bien grand mot pour ce qui ressemble plus à une épicerie. En me rapprochant du hall 1, ce n’est pas le nom qui m’a attiré vers cet espace que d’aucuns appellent corner, mais plutôt le souriant portrait d’Anne-Sophie Pic, une fille dont j’apprécie la modernité et la recherche en cuisine. Je me disais : « sympa, je vais grignoter du Pic avant de prendre mon avion Hop ! ». Finalement, je n’ai pas choisi l’un de ses plats. J’ai hésité entre le clafouti de tomates cerises et basilic de Jean-Michel Lorain, la salade de crevettes et pommes acidulées de Vincent Ferniot, pour finir avec le risotto de coquillettes au reblochon et courgettes au romarin d’Emmanuel Renaut (7,70 €). Au passage, le plat le plus cher était le duo de saumon snacké et lentilles vertes de Régis Marcon proposé à 9,60 €.

Photo©MichelSmith

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Bon, je n’ai pas été transcendé par mon plat servi en bocal, cela va de soi, mais c’était bon. Cela sentait bon le romarin et la courgette aussi (en mini dés) tandis que le fromage apparaissait timidement marié à une sauce liquide qui avait la texture apparente de celle d’un risotto.

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Là où j’ai été surpris, c’est que hormis une bière bio, on proposait trois vins (blanc, rouge, rosé), dont l’excellent rouge Côtes de Thongue 2012 de mes camarades vignerons, Isabelle et Rémi Ducellier des Chemins de Bassac. J’apprends que ce délicieux vin bio, cuvée Isa, pour une fois servi frais (5,20 € le verre d’un peu plus de 12 cl tout de même… facturé en Côtes du Rhône !) est distribué par la Maison Richard (celle des cafés) et je confirme qu’il s’agit d’un assemblage de pinot noir, cabernet sauvignon, syrah, grenache et mourvèdre parfaitement adapté au plat. Grâce à lui, je pouvais prendre le cœur léger mon avion de retour sur Perpignan. Mais pas avant de commander un café. Celui-ci n’était pas à la hauteur du lieu. Les Ferniot devraient d’ailleurs demander à la Maison Richard d’installer, en plus de leurs vins, leur machine à café et de venir former le personnel par la même occasion. La pauvre fille au service, hormis les couleurs, n’entendait rien au vin. Alors, c’est promis, si je vois Anne-Sophie, je ne manquerais pas de le lui faire la remarque. Et pour ce qui est du vin, continuez avec les vins du Sud. Ça vous va tellement bien…

Michel Smith


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Pic Saintes Louves

Au Château de La Salade, Anne Vialla-Donnadieu ne vous en raconte pas; d’ailleurs, ses vins parlent pour elle.

Et de quoi parlent-ils? D’un petit coin du Pic Saint Loup, plutôt vers le bas de l’appellation, à Saint Mathieu de Tréviers. De belles syrahs et de vieux grenaches gorgés de soleil et de fruit.

Son mari est artiste – il a dessiné ses étiquettes. Elle l’est aussi, à sa manière, dans ses assemblages, dans sa recherche du toujours mieux, du toujours plus pur.

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Vue sur le Pic (Photo (c) H. Lalau 2014)

Un must pour les amoureux de vins sincères et goûteux.

Depuis peu, la fille d’Anne, Constance, jeune œnologue, a rejoint sa maman à la cave. Voici donc un domaine qui pourrait se transmettre par les femmes. Une sorte de Pic Saintes Louves… Ne me demandez pas si les vins sont féminins, je ne sais pas ce que ça veut dire. Par contre, je me suis régalé à les écouter discuter les mérites de tel ou tel vin, sa longueur, son potentiel de garde; d’autant que moi, je les trouve tous intéressants!

Voici ma sélection.

Château de la Salade Rosa Rosae Pic Saint Loup rosé 2013

Une avalanche de fruits rouges biens mûrs (groseille, cerise, fraise), accompagnés de quelques fleurs, une bouche ample, à la fois souple et vive. Un grand rosé qui plaira autant à l’apéritif qu’au cours d’un repas. 16/20

Château Aérien 2012

Une cuvée issue des jeunes vignes. Un joli fruité rouge, une bouche friande, des tannins suaves, beaucoup de fraîcheur, que demander de plus? 15/20

Château de la Salade Cuvée Mille Huit Cent Trois 2013

Un assemblage syrah grenache de vignes de 40 ans

Un nez superbe, à nouveau, plus sur le fruit noir, la mûre, le cassis, la cerise de Bâle. Belle structure en bouche, les tannins sont bien présent, les épices abondent, mais l’ensemble reste velouté; la finale, réglissée, joyeuse, invité au deuxième verre… 16/20

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Vue sur La Salade (Photo (c) H. Lalau 2014)

Château de la Salade Cuvée Aguirre 2009

Du fruit bien mûr (fraise, framboise), enveloppé par les notes de cuir et de fumé apportés par un bois très bine dosé; un vin solaire, capiteux – j’ai pensé à un Gigondas – bien anis fumé bien que le grenache soit minoritaire dans la cuvée. En arrière bouche, quelques notes anisées et un retour du fruit mûr. 16/20

Château de la Salade Cuvée Aguirre 2010

Le nez est plus frais, le fruit (cerise, mûre, airelles) un peu plus serré; la bouche est très marquée syrah; le bois bien intégré délivre quelques notes de cacao. Les épices déboulent dans la foulée, rafraîchissant la finale, tout est en place pour de très beaux moments gastronomiques. 17/20

Château de la Salade Cuvée Aguirre 2011

Un peu plus marqué par le bois actuellement (moka), mais un grand potentiel; la bouche est volumineuse; la finale grillée est encore un peu austère. A attendre. 14,5/20

 

Hervé Lalau

 

PS. Rien à voir avec ce qui précède, mais j’ai une petite pensée pour mes amis écossais qui décideront demain s’ils veulent l’indépendance ou pas. Avec les menaces qu’on leur fait, s’ils votent oui, c’est qu’ils ont vraiment un « brave heart »… Je ne me rappelle pas que l’establishment ait agité  autant de chiffons rouges lors de la séparation entre Tchèques et Slovaques. 

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