Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Plaisirs simples et, parfois, une touche de luxe

Très honnêtement, j’ai autant de plaisir avec des choses simples qu’avec des produits souvent qualifiés dans la catégorie « luxe ». Mais que veut dire ce mot bizarre ? Je crois qu’il ne s’agit pas simplement l’aspect factice et « bling-bling » du luxe qui envahit de plus en plus la plupart des médias, comme des boutiques des centres villes. Pour moi, ce sont surtout des choses peu accessibles, soit par leur prix (si possible lié à leur qualité), soit par leur rareté, soit par la difficulté d’en jouir aussi souvent qu’on le souhaiterait. Le temps, par exemple, est une denrée qui, pour des individus très (trop ?) pris par l’intensité du quotidien peut sembler relever du luxe.

Si j’applique cette définition au monde du vin, je suis amené à inclure dans la catégorie « luxe » des vins rares, mais pas nécessairement très chers, des vins d’ailleurs auxquels je n’ai pas facilement accès en France, et aussi, bien entendu, des flacons très prisés par des amateurs fortunés et dont les prix se sont envolés dans le stratosphère. Ce qui est la cas maintenant pour à peu près tous les vins de Bourgogne hors les régions maconnaise et chablisienne. Ensuite il faut déterminer, chacun en fonction de ses moyens, ce qui est inaccessible (ou pas « raisonnable ») et ce qui l’est moins. Dans mon cas, je refuse de dépenser plus de 50 euros sur une bouteille de vin, sauf de très rares exceptions et dans un moment de folie ou de richesse très passagère. Et, en générale, je ne dépasse que très rarement la moitié de cette somme là. Je parle là d’un achat « vente à emporter », mais j’essaie aussi de m’en tenir là dans les restaurants, ce qui est une exercice difficile ! Mais, de temps en temps, je découvre un flacon ayant sommeillé dans ma cave, ou m’ayant été donné par quelqu’un d’aussi généreux qu’attentionné, et qui me procure un plaisir immense, à la hauteur (peut-être) de la valeur monétaire du flacon en question qui dépasse mes propres limites budgétaires.

IMG_6386Une belle étiquette qui a un peu soufferte dans ma cave, mais peu importe, la bouteille est vide. Oui, le shiraz australien peut être d’une finesse aussi remarquable qu’un très bon Côte Rôtie.

Ce fut les cas l’autre jour, en extrayant de ma cave une belle bouteille à partager avec des amis à la maison. Clonakilla est un domaine familiale situé au nord du capital d’Australie (Canberra, pour ceux qui cherchent). Ce n’est pas une zone viticole célèbre comme Coonawarra ou Barossa, mais John Kirk, qui est arrivé en Australie en 1968  d’Ireland après des études de biochimie en Angleterre, a décidé d’y acheter du terrain puis d’y planter de la vigne à partir de 1971. Dans cette zone appelé Murrumbateman, le climat est relativement frais et la viticulture fut d’abord un « hobby » pour John Kirk. Après avoir été rejoint par son fils Tim, cette activité s’est développé au point de devenir un des domaines de référence du pays, surtout pour son vin phare, un shiraz/viognier. Cette cuvée fut produite pour la première fois en 1992, inspiré par une dégustation faite par Tim chez Marcel Guigal. Pour ceux ou celles qui doute de la capacité de ce pays-continent à produire des vins ayant autant de finesse que d’intensité, ce vin devrait les convaincre pleinement. Ce Clonakilla Shiraz viognier 2001 que j’ai dégusté dans sa 13ème année était vibrant, raffiné, soyeux, fruité, complexe, long, équilibré et, finalement, assez exceptionnel pour m’émouvoir. Que demander de plus ? Une caisse dans ma cave, là, tout de suite ! Difficile pour moi car le prix de ce millésime (si on peut encore en trouver en Australie) dépasse les 100 euros. Un millésime récent peut peut-être se procurer pour un peu plus de 50 euros. Une folie drôlement tentante et merci à l’ami qui me l’a offert !

IMG_6400Scène du marché de samedi à Valence d’Agen : potirons, raisins et chataignes. Après on déjeune…

Maintenant revenons sur terre pour d’autres plaisirs simples et infiniment plus abordables. Ja passe une semaine en Gascogne afin de profiter de l’automne qui alterne les rayonnement des couleurs de feu avec le gris/brun humide et les brumes matinales. Après des courses au marché de samedi, quoi de mieux qu’un déjeuner dans la partie bistrot du restaurant l’Horloge, à Auvillar.

IMG_6397La façade du restaurant l’Horloge, à Auvillar (82). Havre de paix, de bonne nourriture, vin et musique. En été dehors sous les platanes, maintenant dedans

C’est mon restaurant préféré du secteur, et, autre cause essentiel à mon bon plaisir, la carte de vins est très bien choisie et les prix y sont abordables. A chaque visite je prends plaisir à laisser Jérome, le sommelier; me servir à l’aveugle des vins au verre issus de ses récentes découvertes. Voilà une autre forme de luxe, ne pas avoir à choisir ! Je me trompe plus souvent que je ne devrais sur leur origine, mais on s’en fout ! L’essentiel est dans le verre et pas dans le « savoir » qu’on mettra autour.

IMG_6388Les deux vins qui m’ont été servis au verre ce jour-là

Le blanc vient de Limoux mais ne bénéfice par de cette appellation. Peut-être contient-il trop de chenin, ou pas assez de chardonnay. J’ignore la raison, et ces règles absurdes des AOP je commence à m’en moquer et de m’en méfier, car cela ne conduit pas toujours vers une qualité accrue.  Le vin était parfait, droit, fin, gourmand, pleinement satisfaisant avec une soupe laiteuse (la crème était délayée comme il faut et pas épaisse) de chataîgnes, délicate et réchauffante. Je ne connaissais pas ce Domaine de Hautes Terres, mais il sait faire du bon vin. Idem pour le rouge, un Minervois ayant beaucoup de fraîcheur (merci la part de carignan) et juste ce qu’il fallait de fruit et de structure pour accompagner la lapin. La cuvée est parfaitement nommé et ces deux vins prouvent, une fois de plus, que le Languedoc évolue vers de plus en plus de finesse dans sa meilleur production.

Deux vins parfaits, pas chers, bien servis et le tout (repas pour deux avec trois verres de vin et un café) pour 50 euros. Ma limite pour l’achat d’une seule bouteille d’exception. La beauté des plaisirs (relativement) simples. Je ne vais pas si souvent au restaurant, mais j’aimerais bien que cela soit toujours comme cela !

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David


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#Carignan Story # 246 : Benoît et Maxime

Faut que j’me casse de nouveau. Je ne tiens plus en place. Rapide revue de détail car je suis toujours sur les routes. Aujourd’hui dans l’Aveyron, aux Rencontres des Cépages Modestes initiées par Jean Rosen, hier en Toscane, demain je ne sais où… De mes pérégrinations récentes, il me revient deux vins de Carignan dégustés avec plaisir en cette fin d’année. Faute de temps, je vous les livre en photos surtout…

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

L’un, Fons Sanatis, de Benoît Braujou, provient d’un domaine proche des contreforts du Larzac et de la Vallée de l’Hérault que j’avais trouvé « gentil comme tout » il y a quelques années et que je viens de regoûter dans un millésime plus récent (je pense qu’il s’agit du 2010, alors que celui goûté en 2011 devait être un 2008…). Il me laisse cette fois-ci une impression plus dense et plus ferme. Mais il se goûte divinement bien, toujours avec aisance. On me certifie qu’on pouvait se l’acheter 11 € à la propriété. Mon petit doigt me dit aussi qu’il serait épuisé.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

L’autre, le Campagnès 2011 de Maxime Magnon, venant de Villeneuve-des-Corbières, la partie maritime du massif, est un Corbières envoûtant au possible, capable de s’imposer en bouche sur quantité de plats, y compris les calamars. Par le passé, il m’est arrivé d’y trouver des notes de pinot qui m’ont tout de suite charmé et il faut absolument – depuis le temps que je le dis – que je prenne rendez-vous avec ce vigneron dont j’ai souvent goûté les vins avec un plaisir non dissimulé, je pense surtout à son Rozeta qui se boit comme du petit lait ! Il m’a coûté 24 € seulement dans mon restaurant favori, le Vila Mas, en Catalogne. Si seulement les restaurateurs français… Enfin j’arrête là, car je vais devenir méchant.

Promis, la semaine prochaine je serai plus prolixe… et peut-être moins agité.

Michel Smith

 


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Linc on triangles, bubbles and Russian dolls

Notre invité australien Lincoln Siliakus (Vino Solex) revient sur un événement récent auquel deux des 5 (Marc et Hervé) ont également assisté.

Every time I go to the Languedoc, there is talk of appellation reform. Villages get promoted, new appellations are created, and there’s constant talk about new categories within the existing ones… Enter Jean-Philippe Granier, the enthusiastic and ebullient “technical director” for the AOC Languedoc, and himself a winemaker. If he’s not in the throes of actually having an idea, he’s chatting about one he’s just had. And he invited a small group of journalists to the area recently to chew the cud about eight historical appellations that he believes warrant greater recognition, the details of which I’ll cover in another blog.

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An enthusiastic Jean-Philippe Granier

This story is to ask the basic question – what’s going on here? In other words, what is all this AOC shuffling in the Languedoc telling us about people: their “culture”, beliefs, habits and images? Intellectualism warning – if elitism is a French fetish, so is complication. This could get messy. And from now on I’ll use the new European AOP (Appellation Origine Protégée) designation. The C in AOC stands for “Contrôlée », another French fixation.

Anyway, the French themselves think of their country as a hexagon. In fact, they often use that word to describe the “mainland” of France as opposed to its islands such as Corsica and its territories such as Guiana.

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But, psychologically, France is more like this.

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The entire country, it seems, is graded: from schools to restaurants, churches, towns; just about everything has one or more stars or labels. It’s a profoundly elitist culture, in which excellence (but not wealth) is flaunted.

And Australia might look more like this, as it is a country of brands of different sizes and colours that are being pumped up or pricked, all floating around in a free market (well, with a bit of mateship and corruption thrown in, of course) and a wine’s value is its cost.

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To return to that triangle. At the moment, the winemakers are looking at one which looks like this. It’s inspired by that drawing of Jean-Philippe’s, although I still don’t really understand it. They are being somewhat hopeful at this stage as the system does not (yet) contain the highest category there.

Triangle

The idea is to get to the top and then to fight off the upstarts. Or to create an even higher category. The folk out at Châteauneuf-du-Pape must be thinking about this seriously, as a new cru comes along in the Côtes du Rhône just about every year, and they must be looking at ways to step over the crowd of newbies.

In passing, we need to understand that this triangle is based on an assumption; a subliminal code if you like. France is a ground-up culture, where your sense of identity comes from the territoire (there you have it, it’s the new buzzword over here) into which you were born, your place. The French farmer belongs to the earth, not vice versa as in Australia. The land is not just an asset, but something to pass on to the next generation. Hence the assumption that the identity, quality and value of a wine derive inherently from the place in which it is grown. It’s obvious, Monsieur. And, yes, it is.

Back to our triangle. Normally, if you don’t meet the rules of a category, you can drop down to the level below, so the system could also be thought of like this.

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This depends on all sorts of factors, the most important apparently being the availability of that lower category when your current one was created. I warned you that this is a mess! So, if you were not in the AOP Languedoc when that was created but your appellation now finds itself at the Cru level above it, you cannot drop to anywhere in this triangle. You’d have to sell your stuff as an IGP or Vin de France, which is below the triangle. Indeed, only 10% of the Languedoc’s wine is at the AOP grade.

This appellation frenzy is terrific of course – it allows winemakers to hold innumerable meetings during which the qualities of the product are re-assessed in practice. It justifies a plethora of working committees, and facilitates the inflow of public funds. It maintains an army of officials, keeps geologists busy, and justifies journalist visits.

All good.

Except for the poor consumers, that is, who have no idea about what they are drinking.

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Siliakus 

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Le dilemme des « petits gros », ou des « gros petits » producteurs

Je n’ai jamais pensé que la taille de l’outil pouvait affecter la qualité du produit. Et cela va aussi pour le vin, même s’il y a des esprits étroits qui récitent, ad nauseum, le mantra du small is beautiful. Mais il faut aussi reconnaître que, sous la pression de certains marchés à niches et leur prescripteurs ayatollesques, des domaines français ayant atteint une taille dépassant, disons, 100 hectares (voire même moins), commencent à avoir des difficultés à conserver ces marchés à moins de fractionner leur gamme dans une série de micro-cuvées.

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La beauté des lieux ne fait pas de doute. Mais comment y être fidèle sans rendre le message trop compliqué ? That is the question…

Cette vérité du marché m’a été rappelé une fois de plus par une récente dégustation de vins de l’excellent domaine des Corbières de la famille Bories, le Château Ollieux Romanis. Ce domaine historique de la région, situé dans la plus vaste appellation du Languedoc, a récemment été réunifié et totalise maintenant plus de 150 hectares. Ce n’est rien du tout à coûté des géants viticoles de ce monde, mais, aux yeux de certains, cela apparaît trop grand ! Pourquoi, je n’en sais rien. Mais ce type de réaction semble avoir fait réfléchir Pierre Bories à des manières de contourner l’obstacle posé par ces refuzniks en fractionnant sa gamme et en menant quelques expériences à la marge pour contenter aussi les amateurs de vins qui n’utilisent que peu ou pas de soufre et autres adjuvants.

Cela s’appelle, en termes marketing, la sous-segmentation, et on constate ses effets dans à peu près tous les domaines aujourd’hui, le vin ne faisant pas exception. Personnellement j’ai quelques réserves sur une telle approche du vin, car j’estime qu’on fait souvent un bien meilleur vin en pratiquant l’assemblage : les grandes marques de Champagne en font la démonstration régulièrement, et je me souviens d’avoir entendu Michel Laroche dire qu’il ferait un bien meilleur Chablis Grand Cru en assemblant toutes ses parcelles en grand cru, au lieu de pratiquer la traditionnelle approche du cru par cru. L’autre problème soulevé par cette approche est qu’il y a le risque de déshabiller Pierre pour habiller Paul, même si, sur 150 hectares et avec des dispositions de sites et de cépages bien diversifiés, ce risque est peut-être gérable. Mais, avant tout, le poids du marché des vins fins fait probablement pencher la balance de nos jours en faveur d’une série toujours croissante de petites cuvées, avec telle ou telle particularité (de site viticole, de sélection et de type d’élevage, du sans soufre ou de ceci ou de cela). La seule vraie vérité dans le vin étant la vérité des marchés, bien entendu.

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J’ai dégusté la gamme actuelle d’Ollieux Romanis avant et pendant un repas de presse donné récemment par Pierre Bories et sa mère. J’ai toujours apprécié leurs vins, les trouvant d’une fiabilité rare et bien placés en matière de prix. Cette fois-ci, j’ai eu l’occasion d’affiner mon jugement à travers plusieurs millésimes de certains vins. Et d’essayer de comprendre la logique de cette approche du vin. Tous les vins sont des Corbières, ce qui démontre déjà la diversité de styles dont est capable cette vaste appellation.

Les vins rouges

1). Gamme Le Hameau des Ollieux : Le Petit Fantet d’Hippolyte (millésimes 2013, 2012 et 2011)

L’origine de ce vin est une parcelle complantée de carignan, grenache et syrah. Je trouve déjà admirable et inhabituel de présenter plusieurs millésimes d’un vin « entrée de gamme » dans une telle dégustation. Tous les trois était délicieux de fraîcheur et de fine gourmandise, avec un petit plus pour le 2011, qui possède un nez superbe et un volume en bouche conséquent pour un vin de ce niveau, sans aucune impression de lourdeur (prix autour de 8 euros)

2). Gamme Corbières Classique : Château Ollieux Romanis 2013

Un seul millésime de ce vin; ayant subi une mise récente, il ne se présentait pas dans sa meilleure forme. Mais j’ai aimé la délicatesse de son toucher et son fruité claire, soutenu par une belle acidité (prix autour de 8 euros)

3). Gamme La Petite Muraille : Le Champ des Murailles 2012

60% de carignan et 40% de grenache pour ce vin au nez plus sombre et terreux, et à la texture plus rugueuse. On sent aussi plus de chaleur au palais. Plus puissant, mais aussi plus rustique, il coûte moins cher (6,50 euros).

4). Gamme Prestige : Château Ollieux Romanis 2013

Assemblage de carignan, grenache, mourvèdre et syrah. Les nez est aussi un peu fermé mais fin et complexe. A la fois plus intense en saveurs et plus soyeuse de texture. La finale reste un peu carrée mais ce vin sera très bien dans 2/3 ans. (Prix 13 euros)

Château Ollieux Romanis 2012

Avec ce vin le volume a eu le temps de se développer, la rondeur aussi. Sur un fond encore ferme, il commence à montrer sa puissance et sa longueur. Le bois est encore un peu présent. (Prix 13 euros)

Château Ollieux Romanis, Cuvée Or 2012

Assemblage de carignan, grenache, mourvèdre et syrah, issu de vignes âgées (60 à 100 ans).  Je n’ai jamais été fanatique des arômes produits par la macération carbonique. Ce vin en souffre un peu, mais il y a une très belle qualité de fruit derrière avec pas mal d’intensité. La texture et mi-veloutée, mi-rugueuse. Puissant et long, il aura aussi besoin d’une paire d’années pour s’affiner. (prix 21,50)

5). Corbières Boutenac : Atal Sia, millésimes 2012, 2011, 2010, 2009, 2008

Cette cuvée bien plus concentrée ne m’a pas convaincue. Je lui ai préféré toutes les autres les cuvées, y compris le Petit Fantet. Il me semble qu’on est un peu dans un certain excès sudiste avec ce vin. Les tanins sont massifs et l’alcool très présent. Certes il y a une très belle concentration de fruit, mais je n’ai pas trouvé les équilibres réussis et je n’ai pris aucun plaisir à déguster ces millésimes, sauf un peu le 2012. (prix 19 euros).

6). Domaine Pierre Bories, Corbières l’Ile aux Cabanes 2013

Ce nouveau vin rouge, issus d’une parcelle ayant appartenu à François de Ligneris, était pour moi la vrai découverte (et le bonheur) de cette dégustation. Fermenté en cuves béton, il démontre que certaines vinifications sans soufre peuvent produire des résultats exaltants. J’espère seulement que cela se tiendra dans le temps ! Le vin est très juteux, avec un fruité magnifique. C’est dense mais parfaitement équilibré. Une vrai délice qu’on paiera certes un peu cher (30 euros)

Les vins blancs

Château Ollieux Romanis Classique 2013

Assemblage de roussanne, marsanne, macabeu et grenache blanc. Vin simple et très plaisant, avec un excellent équilibre et de très jolies saveurs. Bien dans son prix raisonnable de 8 euros.

Château Ollieux Romanis Prestige 2013

Assemblage de roussanne et de marsanne, avec un peu de grenache blanc. C’est très rond, puissant et chaleureux. J’ai trouvé le boisé excessif et le vin trop allourdi par son alcool (trop cher à 16,50 euros)

Domaine Pierre Bories « Le Blanc » 2013

Un assemblage macabeu, grenache gris, grenache blanc et carignan blanc, vignes âgées. Fermentation en barriques sans soufre et élevage en barriques. Ce vin n’était pas fini, ayant pas mal de gaz (en partie, probablement, pour le protéger à la place du soufre), mais aussi des arômes lactés des ferments. Le boisé est aussi trop présent. Je n’ai rien contre l’emploi de la barrique, mais sont effet devrait être plus subtil et pas se sentir dans le vin fini. C’est surement une expérience intéressante, mais je ne pense pas que cela soit une bonne idée d’essayer de vendre ce vin, surtout au prix annoncé (30 euros !!!)

 

Conclusion

Si je n’ai pas été convaincu par tous les vins de la gamme, je trouve la franchise de l’approche admirable. Cela dit, je reste convaincu que cette gamme est trop large et trop complexe et qu’on pourrait espérer des meilleurs vins, avec des positionnements prix mieux étalés, en pratiquant davantage d’assemblages. Certains vins pourraient se placer plus chers, d’autres moins chers, mais trois gammes (au lieu de 5 ou 6) me semblant suffisants pour un domaine de cette taille, surtout s’il souhaite exporter une forte proportion de sa production. Simplifier, toujours. Ou, pour transposer un mot de l’ingénieur Colin Chapman à propos des voitures de course, « add lightness« !

 

David Cobbold


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« I miss Brett »

« I miss Brett in French wines. It is what made them French and notable. Same for Rioja.

Fortunately, we see some Brett in American and Australians. We need a list of wines for Brett lovers. »

Ce commentaire, laissé sur le site de Decanter par un certain David Hudson, m’a laissé perplexe.

D’abord, j’ai pensé que M. Hudson et moi ne dégustions pas les mêmes vins. Je reviens d’un petit tour en Languedoc où j’ai eu plus que mon lot de bretts.

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Au Mas Bruguière, j’ai vu la brume se lever. Mais pas de bretts. (Photo (c) H. Lalau 2014)

Et puis d’autres vins, heureusement, qui nous rappellent que le vin vient du raisin. J’ai eu la chance de déguster sur cuve les vins du Mas de Bruguière, au Pic Saint Loup, et ceux de Sylvain Fadat, à Montpeyroux (sur fût, cette fois). Fraîches syrahs, grenaches joufflus, denses mourvèdres, quelque soit le cépage, le fruit fut le fil rouge de mes coups de coeur. Ce qui nous fut confirmé, le lendemain, avec les très élégants Carignans du Mas d’Amile; sans oublier les assemblages gourmands de Jasse-Castel, en rouge comme en blanc; ou encore, la formidable vitalité du Villa Dondona 2011 (que j’ai préféré à son pendant boisé l’Oppidum). A la cave de Montpeyroux aussi – pardon, chez CastelBarry, si j’ai aimé Les Marnes, si j’ai aimé Les Cailloutis, si j’ai aimé Le Tarral,  la bruxellensis ou ses cousines n’y étaient pour rien.

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 Sylvain Fadat: « Des bretts? Est-ce que j’ai une gueule de bretts »? (Photo (c) H. Lalau 2014)

Plus fondamentalement, je me demande ce qu’on doit dire de nos jours à un oenophile apparemment sincère, mais aussi sincèrement dévoyé que M. Hudson.

Revendiquer un défaut oenologique comme élément de terroir, jusqu’à en faire un signe d’appartenance, et au niveau national, voila qui me dépasse.

Je sais bien que nous vivons une époque formidable où chacun peut d’exprimer son opinion sur à peu près tout. Défendre des idées, des modes de vie hors normes. C’est quand même mieux que du temps d’Adolf ou du Petit Père des Peuples.

Il y a les zoophiles, il y a les drosophiles, pourquoi n’y aurait-il pas des brettophiles?

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Amélie, du Mas d’Amile: « Des bretts, vous dîtes? Non, je ne vois pas… » (Photo (c) H. Lalau 2014)

Mais tout de même. Toutes écuries étant égales par ailleurs, qu’on puisse apprécier dans des vins les même odeurs de sueur de Dunkerque à Tamanrasset – pardon, de Marsannay à Collioure, je trouve ça pour le moins curieux quand on prétend défendre les terroirs de France et leur diversité.

C’est tellement gros que ça en devient rigolo.

Tiens, je suis surpris qu’un fabricant de levures ne propose pas déjà le goût de bretts.

 Hervé Lalau


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#Carignan Story # 242 : version Gérard Bertrand

En dehors de la Maison Cazes chez moi (Roussillon, pour ceux qui ne l’auraient pas encore deviné), ils ne sont guère plus que trois ou quatre négociants de taille, notamment Calmel-JJoseph, Paul Mas, Skalli et Gérard Bertrand, à considérer que le Carignan a un pion à avancer sur l’échiquier du Languedoc et du Roussillon réunis. J’oublie le petit négoce du Prieuré Saint-Sever de Thierry Rodriguez, mais c’est une autre histoire, déjà évoquée ici, et sur laquelle je reviendrai. À l’heure où même l’AOP Saint-Chinian se penche sérieusement sur la réintroduction de vieux cépages « locaux », tels le Ribeyrenc ou l’Aramon, il serait utile de consolider ses apports en Carignan et d’avoir une vision d’avenir avec le recours aux anciens cépages mieux armés, à mon sens, quand il s’agit de s’accrocher à la terre du Midi. Qui osera, dans les Corbières, par exemple, redonner ses lettres de noblesse au bon vieux Carignan en lui accordant plus d’importance qu’il n’en a à l’heure actuelle ? Oui, qui osera alors que la Chambre d’Agriculture de l’Aude possède tous les atouts avec la plus grande collection de ce cépage et les meilleurs experts en la matière ?

Quelques centenaires rassemblés par Gérard Bertrand. Photo©MichelSmith

Quelques centenaires rassemblés par Gérard Bertrand. Photo©MichelSmith

Revenons-en à Gérard Bertrand. Je n’ai pas les chiffres en tête, mais pour les âmes sensibles c’est probablement le plus « gros » négociant du Midi après Jeanjean et c’est à ce titre qu’il m’arrive de parler de lui une ou deux fois l’an. Je sais, depuis « l’affaire » Tariquet certains diront que je suis acheté, mais il m’arrive parfois de ne pas aimer ses vins et d’autres fois de tomber sur des cuvées qui m’enchantent. Réclamant des échantillons de « très vieux » Carignans aux charmantes personnes qui s’occupent de la communication, j’ai reçu quelques échantillons de la collection Les vignes centenaires, flacons aussitôt mis de côté pour une prochaine dégustation. Plus d’un an après – pardon pour le retard -, le moment est venu pour moi de tester ces vins. Sans parti pris.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Mettons à part le Côtes du Roussillon Villages 2010 La Combe du Roi qui, en lisant la contre-étiquette, se révèle être un Grenache (café, garrigue, fruit fin, tabac, cacao…tannins copieux mais un peu verts en bouche) probablement associé à du Carignan (secteur de Tautavel, je dirais même de Maury), un vin puissant (15°) capable de tenir encore dix ans et plus en cave, pour nous concentrer sur deux millésimes d’un « vrai » Corbières - et j’écris « vrai » à bon escient – provenant d’une vigne de Carignan. Le premier vin de cette Crémaille, du nom de la parcelle qualifiée en contre-étiquette d’exceptionnelle, vigne travaillée en agrobiologie provenant du cépage emblématique des Corbières (merci Gérard pour le terme emblématique…), est également un 2010. Je le soupçonne d’être issu de la propriété du Château de Villemajou, le domaine historique que Gérard a courageusement repris après le décès de son père. Je vous annonce au passage que, depuis 1988, je considère que ce cru a, avec quelques autres et grâce au Carignan, un potentiel qualitatif assez unique dans le Sud de la France. Mais bon, je n’ai probablement rien compris aux Corbières.

Au nez, ce vin est plus discret que le précédent. Mais quelques mouvements de la main pour réveiller le jus, permettent d’entrevoir ce potentiel évoqué plus haut : grande finesse, retenue, bribes d’herbes de maquis, bouche suave, presque tendre, notes de poivres, épices, tannins bien dessinés, longueur interminable. Si jamais vous avez la chance de posséder cette bouteille, je vous invite à la servir autour de 16° de température en respectant scrupuleusement, pour une fois, ce que préconise le texte de la contre-étiquette qui, faute de place, oublie de recommander un gigot d’agneau, d’isard ou de chevreuil. La bouteille porte le numéro 4.405, ce qui laisse penser qu’il ne s’agit nullement d’une micro-cuvée. Le total de mise est affiché : 8.190 bouteilles. Je dis bravo en regrettant de ne pas avoir un magnum pour ma cave. Gérard, si tu m’entends, je t’en achète six sur le champ !

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Difficile de faire mieux me dis-je en versant dans mon verre le rouge de la même vigne, mais de 2011. Cette fois-ci, j’ai le numéro 2.428 sur 10.857 bouteilles produites. Qu’est-ce que j’en pense ? J’adore ! Je ne résiste pas au charme de ce nez finement fruité, à ces notes envoûtantes d’oranges sanguines discrètement parfumées à la cannelle, à ce léger souffle de garrigue. L’emprise en bouche est plus évidente. On a la rondeur qui sied à un vénérable Carignan, mais le fruit s’impose avec subtilité, avec tendresse, malgré une pointe de rugosité qui fait tout le charme du vin, ce côté « je ne prétends pas la perfection, je suis moi-même, je viens des Corbières, ne m’enlève pas ce putain d’accent qui m’a façonné et auquel je tiens ». Franchement, cela faisait un bail qu’un vin ne m’avait pas interpellé sur ce ton.

Que retenir de tout cela ? Eh bien que cela mérite bien une suite. Quelle suite ? Puisque je m’apprête à partir en vacances, vous le saurez en lisant le prochain numéro ! Mais il faut aussi retenir qu’un négociant, et pas n’importe lequel, ose mettre le nom de Corbières sur un Carignan. Si lui ose, pourquoi pas les autres, sur un Faugères, par exemple ? Merci Gérard !

Michel Smith


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#Carignan Story # 241: chez les Cavistes, vers la mer…

J’ai toujours été intrigué par le petit village venté de Caves, juste au dessus de Fitou dans la partie audoise des Corbières maritimes. J’étais curieux de savoir quel nom on donnait aux 700 et quelques habitants de cette commune. D’emblée, je pensais les appeler « Cavistes » comme on parle des « Brivistes » en Corrèze, tout en me disant qu’une telle épithète n’était guère possible. Après vérification, figurez-vous que si ! Normal, puisqu’il paraît que l’on a toujours fait du vin à Caves. J’imagine pourtant, mais c’est une autre histoire, qu’il y avait aussi pas mal de chevriers et de bergers dans le secteur, comme partout dans la campagne environnante. Cela n’a rien à voir, mais je me souviens aussi à propos de Caves que Jérôme Savary, le génial metteur en scène décédé l’an dernier, y avait une résidence secondaire avec quelques vignes et l’on raconte qu’avec son cigare que je le voyais allumer dès sa descente d’avion l’aéroport de Perpignan, il ne lésinait pas sur les vins du coin tout en empestant la garrigue. Je le pardonne bien volontiers car je sais qu’il fumait cubain et comme je viens de faire mon petit shopping chez Gérard à Genève, je suis mal placé pour critiquer. D’autant que j’adore (mais c’est un secret…) fumer mon barreau de chaise à l’abri du vent dans le creux d’un rocher en pleine garrigue avec un bon bouquin.

Photo©MichelSmith

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Ce brave meneur de troupe qu’était Savary connaissait-il les vins du Domaine Saint-Michel (ne pas confondre avec Saint-Michel Archange, dans le Minervois, ni avec le Domaine Saint-Michel les Clauses, du côté de Boutenac), ceux de Jacqueline Vaills et d’Henri Rius, deux éminents « cavistes« , ses voisins ? Moi pas, avant que je ne suive docilement les recommandations d’un aimable Lecteur, un fidèle de cette misérable et obstinée rubrique qui ne cesse de s’enrichir chaque dimanche que dieu fait. En traversant mes chères Corbières l’autre jour, bien avant que l’on ne célèbre la Saint Michel, je me suis arrêté à l’entrée de Caves. Le couple de cavistes n’étant pas là, je fis la connaissance de celui qui occupe, lui, la fonction officielle de caviste, Mohamed, un charmant monsieur débarqué de son Maroc natal (il vient de Meknès, la capitale agricole) il y a un bail et qui a atterri ici après un passage à Châteauneuf-du-Pape. J’ai eu une pensée pour ce beau pays que je n’ai pas revu depuis des lustres, une pensée aussi pour ces paysans qui cultivent si bien nos vignes du Sud sans en boire le jus fermenté. Une pensée pour ceux qui, parmi les cabernets, les merlots et les syrahs du Moyen Atlas, taillent encore les valeureux Carignans que les experts n’ont pas su – ni pu – leur faire arracher.

Photo©MichelSmith

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Le Carignan blanc goûté et acheté ici grâce à la gentillesse de Mohamed qui tenait le caveau aménagé dans une sorte de hangar bourré de reliques en formes de bouteilles, à la bordure du village, est un des moins onéreux qu’il m’ait été donné de goûter : autour de 4 ou 5 € le flacon, si je me souviens bien. Il porte le vocable « Vin de cépage » sous le nom Carignan écrit en caractères néo-gothiques du style de ceux que l’on rencontre sur les enseignes de la Cité de Carcassonne. Pas de millésime, mais il semble (robe bien soutenue) à la vue comme au touché, que ce ne soit pas du 2013. Le nez est prononcé, mûr, balsamique et fruité (pulpe de raisin, prune), tandis qu’en bouche le vin est rond, puissant, d’un bel équilibre, marqué par quelques notes résinées. S’il manque un poil d’acidité, il a sa place cependant à l’apéro sur des légumes croquants accompagnés de tapenades ou d’anchoïades, sur des olives, des crevettes grises, des palourdes… Mais c’est aussi un bon compagnon des grillades de poissons. Cela tombe bien, les ports de pêche ne sont pas loin où l’on retrouve retrouve d’anciens pêcheurs partis de Mostaganem (Algérie, cette fois) dans les années soixante. Dans d’autres ports, les pêcheurs sont venus de la Baie de Naples ou de Sicile. La Méditerranée n’est pas qu’une simple mer, c’est aussi une véritable mère pour nous. Et j’imagine que, de temps en temps, le regard de Mohamed doit se tourner vers cette mer qui le sépare de son pays.

Michel Smith

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