Les 5 du Vin

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S’il y avait un roi du Sauvignon, ce serait peut-être un Bourgeois

Non, je n’aurai pas la prétention de dire que les meilleurs vins de Sauvignon Blanc viennent d’ici ou de là, ni qu’un tel ou un tel en soit le meilleur producteur de ce cépage assez protéiforme. Mais, par l’étendue géographique de sa production (toute la région du Centre Loire plus la Nouvelle Zélande), la largeur de sa gamme liée à sa qualité globale, sans oublier la capacité de vieillissement de certaines de ses cuvées, la Maison Henri Bourgeois serait un très sérieux candidat à ce genre de titre, certes un peu absurde.

IMG_6442Le père tranquille de la Maison Henri Bourgeois se prénomme Jean-Marie, techniquement à la retraite mais toujours actif. Mais cette Maison au prénom unique cache une vraie dynastie. J’y compte au moins 6 frères, cousins, pères ou oncles qui y jouent chacun un rôle. 

Je n’ai pas le souvenir d’avoir dégusté un mauvais vin de ce producteur sancerrois qui, à la différence de ses collègues, a su aussi s’ouvrir au challenge de produire également aux Antipodes sans renier ses origines ni son approche. Les Bourgeois sont vignerons depuis de nombreuses générations à Sancerre, mais l’entreprise tient son nom, Henri Bourgeois, du grand-père des actuels dirigeants qui exploitait seulement 2 hectares en 1950. Par son action et celles de ses fils, le domaine atteint aujourd’hui la taille respectable de 70 hectares répartis entre les appellations Sancerre et Pouilly Fumé. Jean-Marie Bourgeois, son frère et leurs fils, qui dirigent maintenant les affaires, ont aussi une activité de négoce qui leur permet de couvrir l’ensemble des autres appellations du Centre Loire : Menetou-Salon, Quincy, Châteaumeillant, Coteaux du Giennois, plus quelques IGP. Rien qu’en Sancerre blanc, la gamme est d’une complexité rare : j’en ai compté sept références ! J’avoue être perdu par moments, d’autant plus que les étiquettes ne sont pas des plus lisibles. Mais l’essentiel est dans le verre, et là il n’y pas de déception. Si vous envisagez une visite chez Henri Bourgeois, dont les diverses installations occupent, avec une discrétion admirable qui ne renie pas des équipements d’une parfaite modernité, une bonne partie du village de Chavignol, prévoyez large en temps !

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IMG_6439Deux ou trois visages de Chavignol : le village, dans son jus, le chai ultra-moderne d’Henri Bourgeois incrusté dans la colline, et, autour, le paysage roulant avec ses monticules (Sancerre au loin).

Mais une autre chapitre de l’histoire remarquable de cette famille s’écrit aux antipodes de la France, dans l’Ile du Sud de la Nouvelle Zélande. Jean-Marie Bourgeois y acquiert 98 hectares de terre en 2000, puis 11 de plus en 2003. Nommé Clos Henri, ce domaine a obtenu une certification bio en 2013 pour les 42 hectares en production. A la différence des pratiques locales, les plantations sont relativement denses et l’irrigation a été abandonnée. Comme à Sancerre, Clos Henri ne produit qu’à partir de deux variétés : sauvignon blanc et pinot noir. Ce n’est pas que la famille s’est limité à reproduire des schémas connus en sancerrois, car d’autres variétés ont été plantées, puis arrachées devant leur absence de réussite. L’énorme avantage des pays du Nouveau Monde est qu’on peut tout essayer, partout, et que seul le résultat sert de juge. On aimerait tant que la vieille Europe adopte cette approche.

IMG_6423Le restaurant La Côte des Monts Damnés, à Chavignol, sert une jolie cuisine qui renie pas des influences d’ailleurs. Jean-Marc Bourgeois est à la tête de cet établissement qui abrite aussi un hôtel.

Il faut aussi rajouter que cette famille excelle dans la voie de la transmission, car frères, fils et neveux travaillent tous sur le domaine ou dans des affaires annexes à Chavignol, sous le regard des pentes abruptes du vignoble des Mont Damnés. Familiale et aventureux, c’est possible !

IMG_6443Seule une petite partie des vins d’Henri Bourgeois est élevés sous bois, mais cela leur est clairement bénéfique, grâce à une grande attention à la taille du contenant et à la qualité des fûts.

L’objet de ma récente visite à Sancerre étant de tenter d’explorer les possibilités du cépage Sauvignon blanc à table. Mais tout commence chez Henri Bourgeois par une dégustation. A cette occasion j’ai pu admirer la pureté du fruit et la vivacité du du profil des trois Pinot Noirs de Marlborough : Petit Clos 2013, Bel Echo 2013 et Clos Henri 2013. Ce dernier plus riche et charnu avec une bonne longueur. Les sauvignons blancs du domaine NZ ne sont pas en reste, en particulier un Clos Henri 2012 somptueux de saveurs, long et intense. Quelques Sancerre avant d’aller déjeuner au bistrot des Monts Damnés : en particulier La Bourgeoise 2012, pièce maitresse de la gamme, qui m’a impressionné par sa belle finesse et sa superbe qualité de fruit.

A table, nous avons essayé différentes combinaisons afin de mettre à l’épreuve les capacités du sauvignon blanc. Elles se sont avérés conséquentes. Selon la cuvée, jeune ou plus âgée, avec ou sans élevage sous bois, nous avons pu jouer sur une large spectre ne nuances et trouver des bons accords avec terrine de poisson, poisson fumé, huître, poisson frais, agneau et, évidemment fromage de chèvre de Chavignol. Je dois dire que je suis un peu ambigu par rapport à la plupart des choses que je lis sur ce sujet très flou et éminemment personnel des accords mets/vin. D’un côté, j’ai parfois envie de dire que tout cela n’est que foutaise et ne sert qu’à vendre articles et livres. D’un autre, il y a quand-même plein de vins dont l’appréciation est diminuée, voire totalement détruite, par des mets qui ne conviennent pas.

En conclusion, je dirais que le sauvignon blanc offre quand même une gamme de possibilités à table plus large que la plupart des vins.

David Cobbold

(textes et photos)


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Saving Lugana + a J&B Loire tasting

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Lugana, the small white wine district in northern Italy, is menaced by a high-speed rail development. The Lugana producers have launched a petition designed to persuade the Italian government to change their plans.

Here is an extract from an excellent blog post by Magnus Reuterdahl on behalf of the 18,000+ #winelover community. It also has the support of the DWCC (Digital Wine Communications Conference).

‘Help us save Lugana – for us and for the future!

(Posted on 16 November 2014)
On this blog I normally post in Swedish, but this is an international posting – I post this as part of the #winelover community, as a #winelover ambassador. Help us save Lugana!

#saveLugana – sign the petition here!

I want to start by saying that I have nothing against railroads or the expansion of railways. On the contrary, I think they should be expanded in order to reduce car and air traffic.
Having said this, I do not think you can sacrifice everything for this purpose, if the expansion instead destroys other natural or social values, one has to ask what is the most important. In this case, for me – it’s easy!

At the moment Italy plans to expand a portion of its railway network. In doing so they will destroy parts of a unique wine region. It is unique due to it’s size and placement. That is, one can not replace the area by just increasing it. By taking a part of it for other use you will indispensable destroy parts of an unique wine area for a very long time.’

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J & B Loire tasting

The annual J & B (Justerini & Brooks) Loire and Rhône tasting is certainly worthwhile. Although their Rhône list is more comprehensive than the Loire, there were a number of good things to taste this afternoon. Furthermore having tasted the Loire there was time for me to go and play and try a few Rhônes before departing.  

One of the highlights of the Loire tasting was 10 Sancerres from Vincent Pinard – five white and five red. I particularly enjoyed the ripe and richly textured 2011 Vendanges Entières, Sancerre Rouge (£35.46). It still needs time but will be a lovely bottle in a few years time. At £25.46 the 2009 Charlouise is a little more evolved – again with seductive texture and charming Pinot fruit. 
Not easy to pick a favourite from the Pinard whites but I’ll go for the 2012 Harmonie (£25.46) with good weight, concentration and length that will surely age well.
Two wines from Lucien Crochet (represented by Gilles Crochet) impressed. La Croix du Roy (£16.96) is an old favourite and the charming, soft 2009 underlines again how good Pinot Noir now can be from Sancerre and other Central Loire vineyards – well worth considering given the increase in prices in Burgundy.
The other – Le Cul de Beaujeu, Sancerre Blanc – was new to me. The Cul de Beaujeu is the very steep slope that is directly above Chavignol on the other flank from the better known Les Monts Damnés. The Beaujeu parcel belongs to a cousin of Gilles’ wife. He was a pilot with Air France but has just retired and intends to make his own wine from 2015, so Gilles has only been able to make six vintages of this wine – 2009 – 2014. The 2011 Crochet Cul de Beaujeu (£23.96) is noticeably richer and fuller than than the other Crochet Sancerres, although it is still quite tight in the finish and certainly needs time to show its best.

J & B have reduced their Sancerre range as they are no longer listing the wines of François Cotat – not finding the recent vintages sufficiently convincing.
As at last year’s tasting the startlingly precise wines from Thibaud Boudignon stood out in particularly his beautifully textured and long 2011 Savennières (£30.46). 
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La bouffe en France – not all bad news! (part 2)

Tagliatelle géante de Crottin au Beurre de Muscade.

Tagliatelle géante de Crottin au Beurre de Muscade.

Last week’s post got my stomach as far as Renaison in the heart of the Côte Roannaise. Friday 19th September took me from Renaison to Nevers some 156 kilometres of mainly flat riding. It also included the worst weather I encountered during my eight-day ride. I had an hour of torrential rain just the north of Roanne with the road rapidly turning into a river. Fortunately it cleared up and was mainly dry all the way to Nevers.

Here we stayed at the Hotel des Clèves – in the centre of Nevers, simple, friendly place to stay with a place to store bikes overnight. Nevers is the start of the Loireà Vélo trail that runs from here to the Atlantic. It was a good move to put my bike on our car outside Nevers because the centre of the town is a maze of one-way streets and we only got the car to our hotel with the assistance of our GPS.

Following a recommendation from our hotel we ate that evening at the nearby La Table d’Alexandre (6, Rue Henri Barbusse), which I learned later had only opened at the end of October 2013. Although it was Friday night the restaurant was almost empty, so we were a little dubious. This proved to be completely unfounded as we had a fine meal.

I started with a duo de saumon – smoked and gravlax, while Carole had a copious salade de gesiers, which I helped her finish. Rather piggish behaviour I agree but I had ridden over 160 kilometres that day I might be excused.

For my main course I chose one of my rognons de veau, while Carole had the lotte (monkfish). These dishes accompanied a couple of good half bottles of Coteaux de Giennois from Michel Langlois – 2012 Les Charmes (white) and 2011 Champ de la Croix. Both were good examples of their appellation with the white refreshingly citric and the red lightly spicy and easy drinking.

Michel Langlois 11Champ de la Croix

The next stage (Saturday 20th September) was deliberately short – just 73 kilometres from Nevers to Chavignol with a quick diversion into Pouilly-sur-Loire for a photo opportunity at the half-way point – 496 kms to the source and 496 kms to the Atlantic. This was partly to have an opportunity to have a quick look at how the vines in Sancerre and Pouilly were looking just before the vintage but also to stay and eat at the Hotel La Côte des Monts Damnés run by Carine and Jean-Marc Bourgeois.

Much of the Saturday afternoon was pretty wet and miserable. From our quick swing through the vineyards, there were a few signs of rot in both the Pinot Noir and Sauvignon but this should have come to any thing as from the following Monday the weather reverted back to being wonderfully dry and warm.

Every time I eat at Jean-Marc’s restaurant I find it almost impossible not to start with his great speciality – Tagliatelle géante de Crottin
au Beurre de Muscade. Over the years it has evolved and become more sophisticated but it remains always absolutely delicious. In any case long-distance cyclists are supposed to take on plenty of carbohydrates.

My main course was a wonderfully tender filet de de Canette des Dombes, légumes de saison en crumble, jus perlé, while Carole enjoyed the filet de Rouget-Grondin, purée de pommes de terre, Langoustines & son trait d’huile d’olive. We both finished with the soufflé chaud aux griottes. After a glass of 2013 Sancerre Blanc, we enjoyed a bottle of 2010 Hommage à Nicolas Sancerre Rouge from Domaine Nicolas and Pascal Reverdy.

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Next week’s concluding Part 3 will take my stomach from Chavignol to the Atlantic.


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La bouffe en France – not all bad news! (part 1)

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La Loire@Retournac

There have been some articles bemoaning the decline in the quality of restaurant food in France. I have to say that during my eight-day ride down the Loire – from Mont Gerbier de Jonc to La Baule and the Atlantic – this was not my experience. This cyclist pedalled happily on his stomach! Equally importantly we were well housed at night.

On the eve (16th September) of the start of my Loire descent we stayed and ate @Auberge de Bachasson just 800 metres from the source of the Loire at Mont Gerbier de Jonc. This is well up in the mountains and the buildings reflect this, even though this is only 100 kilometres from the Mediterranean. The Auberge was renovated three years ago and our room was very comfortable, which you might not have guessed from the outside of the building.

We ate simply and well – I had an assiette of local charcuterie followed by a pièce noire – a steak – finishing with a chocolate mousse, which I thought was a deserved indulgence and doubtless helped on the long descent to Le Puy-en-Velay! A Syrah from Les Vignerons Ardéchois nicely lubricated the repas.

The first stage finished at Retournac, which is on the Loire, staying up in the quiet and beautiful hills above the town at the lovely Ferme Equestre Les Revers. It was a beautiful, clear sunny afternoon at Retournac in marked contrast to the weather in the morning when I set out from a decidedly unfriendly Mont Gerbier de Jonc – cold, misty and wet.

That evening we ate in the small town at Le Comptoir de Nos Pères with smoked salmon and gravlax to kick off followed by a slow-cooked leg of duck. I finished with a slice of apple tart. All this was accompanied by a bottle of Jaboulet Côtes du Rhône 45e parallèle.

Why you might reasonably wonder did the next stage (18th September) stretch from Retournac to Renaison in the heart of the Côte Roannaise? A chance to get a quick impression of the vintage here, perhaps? In part but only a small consideration. No, the overriding imperative was to eat at the Restaurant Jacques Coeur, run since 1981 by Jean-Yves Giraudon, and, in particular, to have Le Poulet Jacques Coeur – a signature dish since 1946.

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Wonderfully rich Poulet Jacques Coeur.

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The inside story

During my visit to the Côte Roannaise in March I had eaten here and seen that this was a speciality – chicken with morilles cooked in cream and topped with a pastry case. I was determined to return and it proved to be worth le voyage!

Some very good foie gras, cheese and a dish of fruit poached in the wine from Vincent Giraudon, Jean Yves son, completed the menu. We enjoyed a pichet of Vincent’s 2011 Eponymé vin de pays Aligoté followed by a 50cl of Thierry Bonneton’s 2011 Boutheran, Côte Roannaise. This confirmed the good impression I formed of Thierry’s wines during my visit in March. He badly needs someone to advise him on pricing his wines in a sensible and logical fashion.

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Immediately I arrived at Renaison it started to pour with rain. One heavy storm was quickly followed by another. I blame the Sérols, who decided to start harvest on this day, picking 1.5 ha of Gamay. Rather aptly these grapes were for a sparkling wine cuvée called Turbulent !

We stayed next door at the very hospitable and welcoming Hôtel Central – a traditional but comfortable French hotel.

(Part two to follow next week – in theory it will cover the stages from Nevers to the Ocean at La Baule but we will just have to wait and see if it actually pans out that way …).

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Loire ride for young cancer sufferers: Day 5 & Day 6

Something must have gone seriously wrong with our calculations today – I’d thought it would be around 120 km from Chavignol to Beaugency. Instead it was the longest day so far with 166 km ridden in 7 hours 48 minutes at an average 21.3 kmh. Only 189 metres climbed, which underlines how flat this part of the Loire is.

From riding mile after mile and seeing virtually no one and few habitations, you get a real sense of how big France is in European terms. I was pleased with the way today went: for although it was long I still have the stamina to finish strongly.

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Threatening storm clouds around Sancerre (photo © Jim Budd)

Tomorrow will be another longish day from here to Bourgueil (Café de la Promenade). I am delighted that Michel Mergot, the deputy mayor of Epeigné-les-Bois and previously mayor of the commune, will be joining me for part of the way tomorrow.

JIM BUDD

PS. Day 6. 

Have now completed Day 6 of my ride down the Loire. Today I rode 156 kms from Beaugency to Bourgueil. There are now just two days left before the finish at La Baule by the Atlantic.

I am riding to raise money for two cancer charities that are very focused on young cancer sufferers – Fondation Gustave Roussy and Teenage Cancer Trust. I’m delighted that my ride has now raised around the equivalent of £2000 – over 2000€. Here are the current totals, which include pledges. £963.75 is now the total for Teenage Cancer Trust, while Fondation Gustave Roussy is due to rise to 1205€.

Here’s how you can donate:
For Teenage Cancer Trust in the UK:  http://uk.virginmoneygiving.com/JimBudd
For Fondation Gustave Roussy in France:  https://igr.friendraising.eu/jim.budd
With anticipated thanks.


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La difficile conversion des habitudes : le cas des Anjou blanc secs

Il y a peu de temps, j’ai parlé ici de l’importance d’un nom, de préférence simple et facile à prononcer, dans la réussite commerciale d’une appellation. Mais que se passe-t-il quand un nom qui réunit ces critères se trouve, par le fait de l’histoire, associé à des vins dont la réputation globale est, disons, faible ou dévalorisante ? Et comment font les producteurs qui souhaitent sortir de ce piège par le haut, convaincus qu’ils sont de la valeur et du potentiel de leur vins et du projet qui les entoure ?

Il y a près d’un an, j’ai assisté à Paris à une dégustation de vins blancs secs d’Anjou dont la qualité générale m’avait fortement impressionnée. Ces vins avaient clairement de l’intensité, de la séduction, de la rigueur et, du coup, la capacité à très bien se conserver et à devenir plus complexe avec le temps. C’est pourquoi j’ai répondu très vite à une invitation de venir voir sur place et à déguster une sélection plus large de ces vins, issus de différents millésimes.

vue sur le LayonLa douceur angevine : vallée du Layon vu du Château de la Soucherie (photo David Cobbold)

La région au sud d’Angers, sur la rive gauche de la Loire, est surtout réputée pour des vins moelleux faits avec le cépage chenin blanc dans les appellations Aubance, Layon, Chaume et Bonnezeaux. Mais pour faire un grand vin doux qui est issu, en partie ou en totalité, de raisins botrytisés, il faut des conditions météorologiques qui ne se commandent pas. L’exemple des deux dernières récoltes le démontre : quand les conditions n’y sont pas, on ne peut guère en faire, à moins de tricher. Et beaucoup ne veulent pas tricher. Comment faire alors, car il faut bien vivre ?

Patrick Baudouin, le rouge n'est plus de misePatrick Baudouin qui préside cette appellation et pour qui le rouge n’est plus de mise (!). (photo David Cobbold)

 

Une solution est de convertir une part significative de son vignoble à la production de vins rosés ou rouges. Et cette tendance gagne du terrain, comme l’explique Patrick Baudouin, qui préside avec intelligence l’appellation Anjou blanc sec : « Les stats sur l’évolution de l’encépagement chenin/cabernet en Anjou sont claires : il y a eu inversion d’encépagement au profit du cabernet, entre les années 50 et aujourd’hui. Il ya eu aussi donc inversion des vins produits, au profit du rosé. Et aussi au niveau des zones plantées. »

Mais l’image, et le prix qui va avec, des rosés d’Anjou n’est guère valorisante, même si cela se vend : la part des rosés atteignant maintenant 50% dans la région. Et puis il y a la question de la fidélité à une tradition, ou, plus exactement (car on peut aussi dire que la tradition n’est que la somme des erreurs du passé !), à un potentiel qualitatif pour l’élaboration de vins qui reflètent parfaitement leur site et leur méso-climat (terroir, si vous préférez ce mot valise, bien trop fourre-tout pour moi). Les rouges du coin (14% de la production) sont parfois excellents, mais quand son vignoble est encore planté très largement de chenin blanc, qui, certaines années, produit de grands liquoreux que vous avez un peu de mal à vendre, il vaut mieux peut-être trouver une manière de faire de bons vins blancs secs. C’est cette idée-là qui préside à la volonté d’un groupe significatif de bons producteurs de créer une appellation haut de gamme afin de monter le niveau et la part des blancs secs de la région, qui ne représentent actuellement que 5% de l’ensemble des vins. J’estime cette initiative plus qu’honorable et très fidèle à l’esprit que prônait René Renou quand il présidait l’INAO et qui semble avoir été largement oublié depuis sa disparition. Et tant pis pour quelques esprits chagrins, qui préfèrent avoir raison seuls (car ces gens-là ont toujours raison et l’affirment d’un ton péremptoire) en oubliant la part du collectif nécessaire à l’image d’une région.

chenin début juilletUne vigne de chenin à La Soucherie qui semble bien parti au mois de juillet 2014, sur des sols en partie travaillés et en partie enherbés (photo David Cobbold)

Le chenin blanc, parfois encore appelé Pineau de Loire dans la région, pourrait avoir son origine à Anjou. Une première indication écrite date de 1496 à Chenonceau, et parle de « plants de l’Anjou ». Rabelais, dans Gargantua (1534) louait « le vin pineau. O le gentil vin blanc ! et, par mon âme, ce n’est que vin de taffetas. » Selon Vouillamoz, un des parents du chenin blanc serait le savagnin (ou traminer), et il serait frère ou sœur avec le trousseau et le sauvignon blanc. Plus surprenant est le fait que son profil génétique est identique avec celui de la variété espagnole agudelo, qu’on trouve aussi bien en Galicia qu’au Penedes.

Tirer une appellation vers le haut implique nécessairement d’imposer quelques contraintes sur les méthodes de production. J’ai comparé les cahiers de charges pour l’appellation blanc sec existante et celle dite « haut de gamme », et les différences me semblent couler de source. Je résume : chenin blanc à 100% (l’appellation de base autorise un part de chardonnay et/ou de sauvignon blanc), densité de plantation supérieure de 10%, taille plus rigoureuse, charge maximale réduite de 20%, enherbement ou travail des sols obligatoire, vendanges manuelles, rendement réduit de 10%, richesse en sucres plus élevée et pas d’enrichissement artificiel, élevage des vins plus longs et sans morceaux de bois….. rien de très dramatique, juste du bon sens, il me semble.

Luc Delhumeau, Domaine de BrizéLuc Delhumeau, au Domaine de Brizé, qui a produit  le plus beau 2011 que j’ai dégusté (photo David Cobbold)

Et les vins alors ?
J’ai dégusté, au Musée du Vin de Saint Lambert-du-Lattay (excellent endroit pour une dégustation, calme et avec une équipe aussi sympathique qu’enthousiaste) 49 vins issus essentiellement des millésimes 2012, 2011 et 2010, avec quelques vins plus anciens pour suivre l’aspect « vin de garde » inhérent au concept : 2009, 2008, 2005, 2003 et 1996. Mon impression globale était très bonne. Je vais vous paraître trivialement mercantile (je sais, c’est la nature d’un peuple marchand, mais c’est aussi ce qui fait vivre un vigneron !) et vous parler d’abord de prix avant de vous livrer mes préférences et autres remarques. Le prix moyen (prix public) des vins dégustés se situe autour de 10 euros avec un écart assez important entre le moins cher (4,90) et le plus cher (un peu plus de 20 euros). Vu leur niveau qualitatif moyen, je dirai que ces vins valent mieux sur le marché, surtout quant on les compare aux blancs de bourgogne. Un prix moyen de 15 euros me semblerait largement justifié.

Didier Richou, une constance dans la qualitéDidier Richou, auteur, avec son frère Damien, d’une série de vins aussi remarquables que régulière (photo David Cobbold)

Mes vins préférés
Je vous épargnerai des commentaires détaillés pour vous livrer juste une liste de producteurs et quelques remarques. Tous les producteurs de la zone n’ont pas jugé bon de livrer des échantillons. Ils ont clairement tort de bouder des telles dégustations et cette absurdité fait de fierté mal placée me rappelle l’article récent d’Hervé Lalau sur le fait que certains vignerons semble considérer que soumettre ses vins à des dégustations comparatives ressemblerait à de la prostitution !!! Ont-ils peur d’une forme de vérité, certes subjective ? Quant aux autres, plus courageux, toutes des putes et des soumises alors ?
NB. Les vins sont listés par ordre de dégustation, pas de préférence.

Millésime 2012 (sur 18 vins)
Domaine de la Bergerie
Domaine de Juchepie
Domaine des Trottières
Domaine Bablut, Petit Princé
Pithon-Paille, L’Ecart
Domaine Richou, Les Rogeries
Domaine des Forges, Expression d’Automne
Domaine Pierre Chauvin

Millésime 2011 (sur 11 vins)
Domaine des Iris, futs de chêne
Domaine Richou, Les Rogeries
Domaine de Brézé, Loire Renaissance
Château de Fesles, La Chapelle,
Domaine Pierre Chavin, La Fontaine des Bois
Domaine Patrick Baudouin, Le Cornillard
Château Pierre Bise, Les Roannières

Millésime 2010 (sur 8 vins)
Domaine Patrick Baudouin, Le Cornillard
Domaine Richou, Les Rogeries
Château de Passavant, Montchenin

Millésime 2009 (sur 6 vins)
Château Pierre Bise, Le Haut de Garde
Domaine de Juchepie
Domaine de Bablut, Ordovicien
Domaine Richou, Les Rogeries
Domaine Leblanc
Domaine Patrick Baudouin, Le Cornillard

Millésime 2008 (sur 3 vins)
Domaine Richou, Les Rogeries
Domaine Patrick Baudouin, Le Cornillard
Domaine Cady, Cheninsolite

Millésime 2005 (1 vin)
Domaine Patrick Baudouin, Le Cornillard

Millésime 2003 (1 vin)
Domaine des Iris, fûts de chêne

Millésime 1996 (1 vin)
Domaine Ogereau

 Anne Guegniard Guitton, Domaine de la BergerieAnne Guegniard Guitton, au Domaine de la Bergerie, dont j’ai beaucoup aimé le 2012 et dont le mari, David Guitton, tient une très bonne table sur place (photo David Cobbold)

 

Remarques et conclusions

Mon critère de tri pour cette sélection étant une note d’au moins 14,5/20 pour chaque vin, quelques soit le millésime, on constate un taux de réussite, selon ce critère subjectif, de 30/49, soit d’un peu plus de 60%. Je dois dire que je ne trouve que très rarement de genre de taux dans une série de vins d’une même appellation, et surtout à ce niveau de prix. Ce score confirme mes premières impressions. Quelques vins (2 ou 3) furent rejetés parce que je trouvais leur dosage en soufre excessif. Deux autres parce que, manifestement, on avait négligé de sulfiter à bon escient et ces jeunes vins montraient une oxydation prématurée avec une perte d’arômes et de netteté. Quelques autres me plaisaient un peu moins parce qu’une présence de botrytis donnait un nez de cire qui dominait tout le reste. Mais, dans l’ensemble, que du plaisir avec ces vins qui associent, dans des proportions forcément variables, vivacité, saveurs riches, structure et persistance. Autrement dit, les bons Anjou blanc secs sont de vins de caractère avec une capacité de garde affirmée.

Il faut aussi noter les très grande régularité de quelques domaines : Richou et Baudouin, en particulier. Mais tous n’ont pas présenté des vins dans tous les millésimes, alors la comparaison est un peu injuste.

la douceur angevineLa douceur angevine vu par les fleurs. Oui, mais les hortensias changent de couleur selon la nature des sols. Qui trouvera la clef de cette histoire ? (photo prise à la Soucherie par DC).

 

Faut-il changer leur nom d’appellation ? Je ne le crois pas. Il faudra en revanche de la persévérance aux producteurs pour passer le message qu’Anjou peut aussi rimer avec blanc sec, et que cette région est aussi très capable de faire des grands blancs de ce type. Je ne rentrerai pas ici dans le débat à la mode sur la nature des sols, qui semblent être majoritairement schisteux par là. Je laisse cela aux spécialistes et je vous réfère aux écrits forts intéressants de Patrick Baudouin :

http://www.patrick-baudouin.com/ puis suivre la rubrique « profession de terroir » et chercher le pdf sur les grands vins d’anjou.

David Cobbold

 


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What’s in a word?… ou le poids d’un mot.

J’ai souvent pensé qu’une bonne partie de la réussite commerciale et durable d’une appellation de vin réside dans la facilité avec laquelle on peut énoncer le mot qui le résume en plusieurs langues. Mais aussi que la manière de faire tomber le mot en question, en l’enroulant avec une certaine aisance, voire avec gourmandise, renforce l’impact et la notoriété de l’appellation en question. Pour prendre un contre-exemple, je ne crois pas que l’appellation Grignan-les-Adhémar ait un grand avenir commercial à l’international.  En tout cas cela ne sera jamais à la hauteur d’un Chablis, d’un Sancerre, d’un Pommard ou d’un Margaux, pour ne prendre que quelques exemples. Alors, bien sûr, vous allez me trouver, ici ou là, quelques contre exemples, d’ailleurs dans les deux camps. Mais je crois néanmoins que l’affaire est entendue : un nom simple, beau et facile à prononcer en diverses langues est un des facteurs-clé de la réussite d’une appellation. Et si ce nom a par hasard une connotation culturellement valorisante (les marketeurs diraient probablement « aspirationnelle »), par association avec un lieu, un bâtiment ou un personnage, alors l’effet turbo et quasiment garanti.

Un contre exemple aura valeur de démonstration ici. Et c’est justement l’appellation qui a provoqué la création de cette récente appellation de Grignan-les-Adhémar, dans la Drôme, qui va nous le fournir car cette dernière désignation a remplacé celle qui le précédait, pour la même appellation, de Coteaux de Tricastin. Dans ce cas, l’association avec la centrale nucléaire de réputation douteuse du même nom a freiné les ventes des vins ce cette appellation, d’où le changement de nom. Ils auraient dû trouver un nom plus court, mais cela viendra peut-être.

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Le Cher  vu du château de Chenonceau le soir (photo David Cobbold)

 

Comme les lecteurs qui me suivent un peu savent parfaitement que je suis contre la multiplication des appellations en France (je prône plutôt une diminution radicale de leur nombre), ils vont sans doute sourire en lisant ce qui va suivre, car je crois, pour une fois et sous certaines réserves, qu’une des récentes appellations de vin a quand mêmes quelques atouts dans son sac, même si tout n’est par encore parfaitement au point. Il s’agit de Touraine Chenonceaux. Le nom est un peu long, mais le mot Chenonceau, avec  l’imaginaire ou le souvenir qu’il évoque, possède quelques avantages. La château de Chenonceau est un des trésors touristiques du Val de Loire et de la France. Et il se trouve que le domaine du dit château possède quelques vignes, d’où une bonne et étroite association entre le monument et la jeune appellation.

Cette appellation Touraine Chenonceaux, qui devrait dans l’avenir s’intituler Chenonceau(x) tout court, existe pour des vins rouges et pour des vins blancs. Les blancs sont issus du seul cépage Sauvignon Blanc, ce qui est assez restrictif mais il semblerait que c’est la seul variété blanche plantée dans la zone. Les rouges autorisent un assemblage entre Malbec (appelé localement côt) et Cabernet Franc. Un peu de gamay était autorisé au début, mais cela va disparaître. L’aire de l’appellation est constitué d’une collection de certaines parcelles dans une zone géographique plus vaste, et qui ont été agrées après analyse et inspection. Puis les vins qui en sont issus sont soumis à une dégustation à l’aveugle qui leur accorde, ou non, le droit d’utiliser l’appellation Touraine Chenonceau. S’ils échouent, il passent en Touraine « simple ». Il paraît que le juges sont assez sévères. En tout cas ma récente dégustation d’une quarantaine d’échantillons n’a révélé qu’une seule bouteille ayant un défaut (et ce n’était pas du bouchon) et qui se serait manifesté qu’après la mise. Car le dégustation d’agrément a lieu avant la mise, ce qui ne me semble pas vraiment idéal mais il faut aussi savoir qu’une des contraintes de l’appellation est l’utilisation d’un flacon spéciale pour renforcer l’identité : ce flacon étant assez élégant au demeurant.

Voici le cahier des charges officiel, tel qu’il apparaît sir le site de l’appellation :

« Le Touraine Chenonceaux est produit selon un cahier des charges précis et exigeant ; les efforts menés depuis la vigne ayant permis ce niveau qualitatif. La taille est en effet maîtrisée, les rendements limités à 60 hectolitres/hectare pour les blancs et 55 hectolitres/hectare pour les rouges.
La réglementation s’étend également jusqu’à la mise en marché. 
Les blancs doivent être élevés sur lies fines au minimum jusqu’au 30 avril suivant la récolte et les rouges jusqu’au 31 août.
Étape finale : des dégustateurs experts valident le niveau qualitatif de chaque vin. »

Certainement tout cela est encore perfectible mais j’ai trouvé une bonne cohérence qualitative parmi les échantillons de cette appellation que j’ai dégusté. Les vins blancs sont délicats mais fins, sans excès ni du côté du boisé, ni du côté du végétal. Leurs texture sont, dans l’ensemble, assez soyeuses, qui semble signer un soin apporté quant à la maturité, comme de la vinification. Pourtant la plupart étaient issu du millésime 2013, qui est loin de constituer une merveille sur le plan de son potentiel. Je suis plus circonspect en ce qui concerne les rouges, qui ont certainement besoin d’un vieillissement supplémentaire pour arrondir leur angles, même s’il ont du caractère. Le meilleur du reste était un 2011.

Il semble régner une excellent esprit de groupe avec une saine émulation dans cette petite appellation qui compte, pour l’instant, une trentaine de producteurs.  De plus, il y a une nette volonté de soigner les étiquettes, car j’ai trouvé, sur le plan graphique, très peu des lieux commun ringards qui pullulent dans le région.  Les domaines dont je retiens les vins sont :

Domaine Jacky Marteau (avec de beaux vins dans les deux couleurs, le rouge 2011 et un splendide blanc « La Chipie » 2012)

Domaine de la Rochette (rouge 2012)

Cave du Père Auguste (rouge 2012)

Domaine des Caillots (blanc 2012)

Domaine du Vieil Orme, Infini (blanc 2012)

Domaine de la Renaudie (blanc 2012)

Jean-Marc Villemaine (blanc 2013)

Domaine Michaud, Eclat de Silex (blanc 2013)

Domaine de l’Aumonier (excellent blanc 2013)

 

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La magie du Château de Chenonceau aide-t-il le vin qui porte son nom ? (photo David Cobbold)

Créer une appellation en restant exigeant sur le niveau minimal de qualité acceptable (et non pas souhaitable) me semble être une bonne voie pour le futur de ces institutions. Dans ce cas, le travail aura été de longue haleine (20 ans) et semble aujourd’hui porter ses fruits aussi bien sur le plan de l’image (avec l’aide bienveillant du château) que sur celui de la vente, car tout semble se vendre et à un prix public minimum de 8 euros, selon ce qu’on m’a  dit. Tout le monde n’a pas la chance d’avoir un joyau de château très visité sur l’aire de son appellation : alors ce modèle n’est pas extrapolable partout. Néanmoins, le choix du nom aura toujours son importance.

David Cobbold

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