Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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#Carignan Story # 235 : Charivari bis… chez les Escande.

Le charivari, c’est une sorte d’énorme tintamarre, un joyeux bordel où le bruit des casseroles se fait entendre. Sauf que pour moi, c’est le nom d’un Carignan du Roussillon dont il était question ici dimanche dernier. Enfin, et surtout, c’est aussi le nom de cet éphémère restaurant d’été que le blogueur Vincent Pousson et sa compagne sommelière Isabelle Brunet ont ouvert chez Michel Escande, à La Borie de Maurel, juste au-dessus de Félines, dans le Minervois. Tout compte fait, le nom n’est que la reprise de ce qui était à l’origine un bar à vins vigneron à une époque bénie où l’on ignorait encore le mot barbare d’œnotourisme. Décidément, je n’en fini pas avec le charivari… J’y étais Dimanche et j’y retourne aujourd’hui pour un stage en sommellerie !

Photo©MichelSmith

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Comme je vous l’avais laissé entendre dimanche dernier, le dîner du Charivari était entièrement consacré à notre cépage fétiche. Vous voulez savoir comment c’était ? Pas de surprises : je me suis éclaté. D’abord avec deux carignans blancs, l’un jeune des frangins Xavier et Mathieu Ledogar, dans les Corbières, et l’autre plus âgé de Daniel Lecomte des Floris dans l’arrière-pays de Pézenas.

Isabelle s'occupe du Carignan... Photo©MichelSmith

Isabelle s’occupe du Carignan… Photo©MichelSmith

...et Vincent se charge du Cochon. Photo©MichelSmith

…et Vincent se charge du Cochon. Photo©MichelSmith

Parmi les carignans du soir, il y avait celui de Tonton Raymond, nom affectueux donné au sieur Raymond Julien, du Minervois lui aussi. Véritable fan du Carignan, il est venu en presque voisin avec quelques vieux millésimes sous le bras (dont un remarquable 2003) en plus de son superbe 2011. Un autre revenant, toujours du Minervois, le fameux Boulevard Napoléon, un parfait carignan pour gentlemen britanniques vinifié dans le village tout proche de La Livinière par l’ami Benjamin Darnault. Comment, vous ne vous souvenez pas de ce vin décrit ici même l’an dernier  ?

Photo©MichelSmith

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Bon, j’ai goûté deux autres vins, dont un somptueux Font Sanatis 2010 de Benoît Braujou, mais je n’ai pu écrire quoique ce soit compte tenu de l’ambiance festive du dîner, surtout vers la fin. En revanche, j’ai pu me pencher plus sérieusement sur le Vin de France Rêve de Carignan 2011 vinifié de mains de maître par Gabriel, ici on préfère employer le diminutif de Gaby, l’un des deux fils de Michel Escande, le patron des lieux. Michel, qui est plutôt syraphile (sa cuvée Sylla est devenue une légende du Languedoc) ne pipe pas un mot sur le vin de son fils et quelque chose me dit que Gaby lui-même n’est pas du genre à se mettre à table. Bref, on réglera ça plus tard. Il ne me reste plus qu’à lui dire bravo pour ce rêve éveillé bu avec délectation, une cuvée tirée à moins de mille exemplaires, si j’ai bien compris, au point qu’il ne figure même pas sur le tarif. D’ailleurs, le mystère total plane sur ce rouge que j’avais goûté il y a quelques années lors d’un Vinisud bien arrosé. On jurerait qu’il y a du bois, mais on en n’est pas certain. A-t-il été éraflé ou pas ? That is the question… Très vieilles vignes ? Oui, sans nul doute. Que dire de plus ? Eh bien qu’il commence tout juste à s’épanouir, à se libérer. Doté d’une remarquable intensité, riche en matière, solide mais pas lourd, tonique mais sans dureté aucune, il a été d’une incroyable précision sur la daube de cochon sauvage cuite dans les lies du même Carignan. Un rêve éveillé, vous dis-je !

Mon petit doigt me dit que si l’on arrive à mettre la main sur ce 2011, par exemple – il paraît qu’il n’est pas si onéreux que ça -, on aura fait au moins une belle affaire dans sa vie ! D’autant que l’habillage du vin est très soigné. Mais il semblerait que Gaby ne souhaite pas faire cette cuvée tous les ans… Allez savoir ! Quoiqu’il en soit, faîtes de beaux rêves.

Michel Smith

 

 


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#Carignan Story # 230 : Sus au pénible !

Dans le Midi, rien n’est tout à fait comme ailleurs. En dépit des apparences, le réveil qualitatif auquel on a assisté depuis 30 ans n’est pas uniquement l’œuvre de « people » en vue, comme on peut le constater en Provence ou du côté de Bordeaux où de richissimes néo-ruraux en quête de préretraite viennent chercher refuge dans le monde du vin disneyisé. Ici, le renouveau des vignobles s’inscrit dans l’épopée des gens de la terre, ancrés qu’ils sont dans l’Histoire. En schématisant peut-être un peu trop vite, beaucoup des vignerons d’aujourd’hui sont des Languedociens pur jus que l’épopée industrielle a fait descendre jadis des rudes coteaux de cette garrigue ingrate du Haut-Languedoc dans l’intention de produire en plaine et en quantité dans des conditions d’apparences moins rudes.

Marre des vins pénibles ! Photo©MichelSmith

Marre des vins pénibles ! Photo©MichelSmith

Sans cesse poussés par l’esprit bassement mercantile d’un négoce avide de vins de table trafiqués si dévastateurs pour l’organisme et payé à vil prix au producteur, les producteurs se sont emballés, les vignes sont devenues de grossières vaches à pisser le pinard, les coopératives se sont multipliées pour défendre le productivisme et la chimie s’est emparée du vin faisant la fortune de certains, la ruine des autres. Caricature, allez-vous me dire. Et pourtant, qui se souvient de ce Midi rouge et frondeur, de ce cafetier viticulteur nommé Marcellin Albert haranguant la foule du haut de son platane, de la troupe prête à défendre les préfectures face à des gens ruinés réduits à la castagne ? C’est dans ce perpétuel conflit où les années fastes succèdent aux crises que naquirent des vignobles comme Faugères ou Saint-Chinian aujourd’hui respectés à défaut de n’être encore réputés sur la scène mondiale du vino business.

Photo©MichelSmith

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Ainsi, de braves viticulteurs sont-ils redevenus de vrais vignerons, restaurant avec foi et amour des coteaux délaissés car si peu productifs. Dans les années 80 jusqu’à l’aube du millénaire, on voit naître des cuvées monstres à défaut d’être monstrueuses, des rouges sur mûrs, sur extraits, sur boisés, sur maquillés, surfaits, sur médaillés, sur médiatisés… Qui sait, caché au bout de sa rue Marcellin Albert, à Trausse-Minervois, le sage Luc Lapeyre, à force de caresser sa généreuse barbe toute argentée, se souvient peut-être qu’il est passé par là, par cette époque où l’on cherchait plus à singer le Bordelais plutôt qu’à ressembler à son pays. Comme d’autres vignerons de son envergure, c’est-à-dire des hommes de la terre qui ne se pètent pas le melon, Luc se lamente : « Y’en a marre du vin pénible » ! Il me l’a ressorti l’autre jour lors d’une conversation. Au début, cette réflexion revenant souvent chez lui, je me suis dit : « Ça, cette espèce de désinvolture, c’est tout Luc, du Lapeyre tout craché ! » Puis je me suis aventuré à lui demander : « Qu’entends-tu par là ? »

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En bavardant avec lui tout en goûtant son dernier Amour de Carignan, j’ai réalisé combien ce bougre de Vigneron, amateur comme moi de bonne cuisine campagnarde avait raison. Mille fois raison. Oui, y’en a ras le bol de ces vins pénibles où l’on ne sent rien, de ces jus où l’on se demande « Mais où est le vin ? », de ces bibines trop travaillées, trop parfumées, trop étriquées, de ces vins mondains sans âme, de ces pinards que l’on avale péniblement et que l’on laisse sur un coin de la table en se demandant : « Putain, où est la bouteille d’eau ? ». Oui, mon ami du Haut-Minervois, plus que jamais aidé de son fils Jean-Yves, a fichtrement raison de maugréer dans sa barbe : « Y’en a marre des pénibles ».

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Du Carignan, les Lapeyre en ont sauvé 5 ha sur les 32 qu’ils cultivent. Une bonne partie va dans cet Amour de Carignan provenant de vignes vendangées à la machine et situées en majorité sur des terres argileuses. Moyenne d’âge : 50 ans. Production : 8.000 flacons. Prix : 5 euros départ cave. Extraction à froid, fermentation sur 10 à 15 jours, mise en bouteilles juste avant le printemps suivant, c’est un vin sans prétention, je serais tenté de dire « sans pénibilité« , corsé au nez avec ce qu’il faut de notes de mûres et de cade, d’accents de garrigue en bouche, une pointe d’amertume pas trop gênante et le fruit qui s’accroche en finale laissant une bouche bien fraîche. Le vin parfait pour une grillade d’été. On le boira bien frais sur des brochettes avec force de poivrons, tomates et oignons. Sans oublier le thym. Et sans effort !

Michel Smith

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Dix questions insignifiantes sur le Vin en été… et ses à-côtés

Dix questions idiotes, affligeantes même et ô combien stupides… Mais tant pis ! Faut bien s’offrir le luxe de déconner un peu dans la vie, non ?

Et trouver de quoi s’occuper sur la plage les jours de pluie… Commençons par une question d’actualité, une question grave pour laquelle je n’ai pas trouvé d’illustration.

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Après le pamplemousse, c’es la fraise qui la ramène ! Photo©MichelSmith

1 – Dis mon bon tonton, pourquoi tu dis que la grêle c’est dégueulasse ?

Parce que ça vous tombe dessus sans crier gare, que ça peut détruire les vignes du voisin et pas les vôtres. Que ça peut foutre à zéro le moral d’un copain, ravager sa meilleure parcelle ou la moins bonne comme l’ensemble de son domaine, que c’est injuste, tout simplement. Qu’il faudrait être assuré pour s’en sortir et que l’assurance est plus sûrement garantie pour le riche propriétaire de Châteauneuf-du-Pape ou de Volnay que pour le petit vigneron de Homps en Minervois Et qu’une fois le drame passé, les pleurs séchés, il reste la vigne hachurée en plein cycle de maturité par l’orage sans oublier les bâtiments gravement endommagés. Comme une colonie d’hirondelles massacrées au napalm. En général, il faut plusieurs années pour s’en remettre. Je pense particulièrement à mes amis membres de Carignan Renaissance, Anne-Marie et Roland Coustal du Domaine Terres-GeorgesPeut-être un début de solution du côté du bon Jacques Berthomeau ?

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L’été, les chopines avec les copines… Photo©MichelSmith

2 – Toi qui sait tout mon pépé, un vin cher est-il meilleur qu’un autre qui l’est beaucoup moins ?

Pas forcément. S’il est cher c’est surtout qu’il est rare… Tiens, pendant nos vacances j’achète mon vin en Bag in box de 5 litres, à la Cave de Montpeyroux où le rouge est bien marqué par le Carignan. Il me coûte autour de 15 € et il me convient parfaitement. Dans le carton, il y a une poche en plastique alimentaire qui renferme le vin à l’abri de l’air et de la lumière. Au fur et à mesure que je tire du vin pour remplir mon verre, la poche se rétracte. C’est pratique, je n’ai plus qu’à le ranger au frigo et même leur rosé est très bon.

3 – Au fait, pourquoi ne trouve-t-on plus de rosés de saignée ?

Disons que l’on en trouve moins. Pourquoi ? À cause de la couleur, pardi, de cette satanée robe rose pâle (quand elle n’est pas neutre) venue de Provence et qui désormais dicte sa loi sur le marché du rosé du Nord au Sud. Il paraît qu’il plaît à ses dames et comme ce sont elles qui détiennent les cordons de la bourse… Mais on en trouve encore à Tavel, au Château de Manissy, par exemple, ou chez certains « arriérés » des Corbières, à l’instar du Château Colos-Celse à Villerouge-la-Crémade. Mais il est vrai que ce n’est pas à la couleur que l’on juge la qualité d’un vin…

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4 – On dit que le Côtes de Provence est le meilleur rosé du monde ?

C’est ce qu’on dit… Et c’est vrai qu’il y en a d’excellents du côté de Lalonde, par exemple, au Domaine de l’Angueiroun, au Château Sainte Marguerite, au Pas du Cerf, ou à Saint-André-de-Figuière, pour ne citer que ceux-là. Petit rappel nécessaire pour paraître moins couillon en société : le rosé de Provence se veut généralement issu d’un « pressurage direct » et les spécialistes, du moins certains, disent que c’est pour cela (en dehors du baratin sur le terroir) qu’il est le meilleur. Un peu comme un blanc, le raisin est mis directement dans le pressoir sans avoir le temps de trop se colorer au contact de son jus. Car la couleur d’un vin nécessite un temps de contact entre la peau (où se trouvent les éléments colorants) et le jus. Le vin « de saignée », lui, n’est pas immédiatement pressuré. Les grains de raisins baignent dans leur jus durant quelques heures (une nuit, voire plus) et c’est en soutirant le jus par le robinet au bas de la cuve que le vigneron constate la couleur. Quand elle lui convient, il ne lui reste plus qu’à tirer le jus (sans les peaux) pour en faire son rosé. Plus branché, le premier est jugé vif et fruité, le second plus rond ou gras et tout aussi fruité et parfois même très légèrement tannique ou poivré. Mais les deux peuvent être délicieux et croquants à souhait ! Et, selon les goûts de chacun, le meilleur rosé du monde peut venir de Chinon ou de Bordeaux, quand il ne vient pas d’Italie ou d’Espagne. On dit aussi que la Provence est la région qui produit le plus de rosé. Or, elle serait désormais dépassée par le Languedoc-Roussillon.

5 – Ça veut dire quoi Papy « boire avec modération » ?

D’abord, mon enfant, cela signifie qu’il ne faut jamais se forcer et, quand tu seras grande, ne tremper tes lèvres dans le vin qu’une fois que tu te seras assurée qu’il est à ton goût, en le sentant, par exemple, ou en le crachant comme Papy le fait souvent. Ensuite, selon ton poids et ta corpulence, tu pourras boire deux ou trois verres de vin en mangeant. Et si c’est quelqu’un d’autre qui te ramène à la maison, quelqu’un qui n’a pas bu plus d’un verre de vin, et qui le reste du temps a bu de l’eau, alors là tu pourras ajouter quelques verres. Mais si tu t’aperçois par la suite que tu ne sors que des conneries après quelques verres, mets toi vite à l’eau !

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6 – Où faut-il aller pour boire de bons canons en écoutant de la bonne musique ?

À Marciac, dans le Gers, comme toujours chaque été. Les Vignerons de Plaimont vont parrainer deux soirées prestigieuses : l’une avec l’orchestre cubain de Buena Vista Social Club et celui d’Omar Sosa Quarteto le 31 Juillet et le 1er Août avec une soirée consacrée aux chanteuses, dont la grande Eliane Elias. Ne pas oublier le 31 Juillet un grand concert gratuit au Château de Sabazan avec le violoniste Didier Lockwood.

7 – Peut-on mettre de la glace dans le vin ?

Pourquoi pas ? En été, tout est possible ! Moi-même je ne me gêne pas. Quand le rosé est moyen, c’est presque conseillé. Dans le blanc aussi où l’on peut même rajouter une rasade de limonade comme au comptoir du bistrot jadis. Moi, je fais ça dans un grand verre avec une tranche d’agrume et 5 ou 6 glaçons, c’est très rafraîchissant quand le thermomètre dépasse les 30 degrés. Avec un rouge simple, mais de bonne facture, essayez-donc la sangria, là aussi rafraîchie avec quelques glaçons.

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8  – Pourquoi mettre son portrait dans les publicités sur son vin ?

Je pense à la blonde tropézienne Valérie Rousselle (devenue Riboud) et à son Château La Roubine ou encore à Bernard Magrez, le fameux « compositeur de vins rares ». C’est vrai, je suis un peu naïf, mais je crois que ça doit leur fait tout simplement plaisir de voir leur tronche dans un canard… Faudra que j’essaie pour voir l’effet que ça fait le jour où je gagne au loto !

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Un bon rosé, un blanc ou un rouge frais sur une grillade de poulet ! Photo©MichelSmith

9   – Comment assurer pour la température des vins cet été ?

Si tu as un réfrigérateur à disposition et s’il fait très chaud, mets tous tes vins dedans. Quand tu vas à la plage, range une ou deux bouteilles dans une glacière en plastique isotherme, quelque chose de léger et de pas trop cher. En deux heures de temps elles seront encore bien fraîches. Si certaines personnes ne supportent pas l’idée d’un rouge frais, essaie tout de même de les convaincre d’enfouir une ou deux bouteilles dans le sable mouillé de la plage en les protégeant de gros cailloux afin qu’elles ne soient pas emporter par les flots. Procède de la même manière en bordure de rivière en te servant des cavités des rochers.

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On fait de tout dans le Languedoc ! Photo©MichelSmith

10 – Question capitale : qu’est devenue la belle Aurélia Filion ?

C’est vrai ça, la lumineuse Aurélia, sa faconde, son rire, sa mèche rebelle sur le front, ses petits pulls de couleurs tendres. Elle sentait si bon le sable chaud des vacances… Oui, je sais qu’elle est sur le site de Terre de Vins et même dans le magazine du même nom, mais depuis qu’elle y est, son show n’a plus la même saveur… D’ailleurs, l’est-elle vraiment ? Elle est annoncée page 11 du dernier numéro comme étant présente chaque semaine en vidéo… Or, un rapide lancement de recherche fait plutôt apparaître une parution mensuelle, voire annuelle la dernière remontant à un an (juillet 2013), comme quoi la presse du vin de nos jours c’est un peu n’importe quoi. On dit d’elle aussi dans le magazine « qu’elle a fait irruption sur la Toile il y a deux ans »… Pourtant, cela fait bien quatre ans que ses chroniques sont sur le Net. Certes, je ne vais pas chipoter, mais j’aimerais savoir ce qu’il en est exactement ? Aurélia serait-elle morte noyée dans le Champagne ? Dans ce cas, qui d’autre écrirait ses chroniques posthumes ?

Michel Smith

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Le Prix de la Meilleure Fiche Technique du Vin est attribué à…

Suspense, roulements de tambours, crépitements des flashs, pompes et circonstances…

Mais d’abord, ceci : s’il y a un truc qui m’horripile chez nos chers amis vignerons (qu’au passage j’adore, vous le savez, et sans lesquels je ne saurais vivre), c’est la manière navrante, peu professionnelle et pour le moins expéditive quand elle n’est pas brouillonne, qu’ils ont de rédiger les fiches techniques de leurs vins. Bien sûr, je ne leur demande pas de pondre un pensum, encore moins d’en faire un roman, ni d’en rajouter une louche à chaque fois sur l’importance qu’il y a à vendanger de nuit à la machine, sur l’utilité de l’égrappage, la valeur qualitative du pressurage lent et doux ou l’utilité d’une vinification intégrale en fût neuf. Et puis, quelle est la réelle importance d’une fiche technique ?

Moi, naïf et béat, je voudrais qu’elle me parle, qu’elle me fasse rêver, qu’elle me donne envie d’aller plus loin, qu’elle me conte une histoire, qu’elle me transporte droit sur le lieu du vin.

Evidemment, s’ils veulent me parler du nombre d’œufs de ferme utilisés pour coller leurs barriques, cela peut éventuellement me passionner. Me préciser qu’ils aèrent leur chais en ouvrant toutes grandes les portes les jours de pleine lune pourrait probablement m’aider à mieux comprendre la singularité de leur cuvée biodynamique ou biocosmique. Savoir si leur vin a été chaptalisé et de combien peut aussi me conduire à comprendre le millésime, mais cette chose-là est rarement avouée. Comme un vigneron ne mettra jamais (ou alors très rarement) sur sa fiche les raisons qui le poussent à ré-acidifier. Ou encore à sulfiter ses moûts à la vendange, en cours d’élevage ou à la mise en bouteilles, et puisqu’il ne parle que rarement de ses pH, de ses labours, de sa machine à vendanger ou de l’origine de ses bois, après tout, laissons-le vendre sa salade comme il l’entend.

Comment lire une fiche technique de vin en 4 étapes ?

Lorsque d’autres s’en balancent, toujours est-il que personnellement j’attache une certaine importance à la rédaction d’une fiche technique. Non seulement dans un souci louable de mieux informer (tirage, prix de vente, encépagement, élevage…) avec la précision du détail nos rares et si chers Lecteurs, mais aussi pour en apprendre moi-même un peu plus sur la vision philosophique du vigneron – si tant est qu’il en ait -, information qui me rapprocherait de son vin. Que cache sa démarche ? Pourquoi souhaite-t-il pousser le bouchon un peu plus loin ? Comment voit-il son avenir ? Je veux savoir pourquoi sa cuvée s’appelle À Germaine et non À Marie-Claude et connaître en prime les raisons qui l’ont poussé à vinifier en ciment plutôt qu’en inox, à déclarer son jus en IGP plutôt qu’en AOP. Ça vous barbe tout ça ? Pas moi. Et c’est justement la raison pour laquelle j’impose à la terre entière ce prix iconoclaste qui pour une fois ne fera aucune vague dans le Landerneau pinardier vu qu’il na aucun budget, ni aucun sponsor.

Alors, allons-y pour le Premier Prix de la Meilleure Fiche Technique du Vin !

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Le prix de la Meilleure Fiche Technique, prix capital que je viens d’instaurer et qui n’est doté d’aucune récompense en espèces sonnantes et trébuchantes, va à Patricia Boyer, vigneronne au Clos Centeilles. Comment ai-je décidé de lui attribuer ce prix ? Tout d’abord, j’ouvre une de ces bouteilles oubliées qui dorment dans ma cave. Une de ces bouteilles sur lesquelles on sait qu’il est inutile de se précipiter. Quand on connaît le domaine en question, vignoble que j’ai pas mal fréquenté à une époque, quand on sait la ténacité qui anime Patricia et le soin qu’elle met à réaliser ses cuvées, on ne peut que prendre le temps, ne pas se presser. Sur le causse de Centeilles, presque tous les vins me plaisent et j’ai déjà abordé ici leur Carignan.

Et sur le site du Clos Centeilles, la fiche technique de chaque vin est tout simplement parfaite !

Photo©MichelSmith

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J’ouvre cette demi bouteille de grenache gris passerillé et je tombe littéralement en pamoison. C’est un vin d’amour qui met dans le palais cette sensation délicieuse de croquer à même la peau une belle pêche bien mûre tout juste au bord de l’abandon. L’acidité n’est pas énorme, mais elle ajoute de la grâce. Quant au sucre, il est d’une beauté rare qui vous donne envie de tout boire, comme ça, presque d’un trait. Ce que j’ai fini par faire en servant le vin glacé dans un très large verre. Moment de rêve ! N’ayant aucune idée du cépage concerné, je me précipite sur Google afin d’en savoir plus. Non seulement le site internet de Centeilles est remarquablement réalisé et bien écrit, sans fautes d’orthographe, ce que je suis moi-même incapable de faire, mais la fiche technique du vin que je viens de déboucher est un modèle du genre, puisque non seulement elle raconte le vin et son terroir, mais elle vous donne les données techniques nécessaires sans vous saouler le ciboulot de choses inutiles et futiles.

Félicitations à l’équipe du domaine pour ce prix. D’ailleurs, j’en profite pour embrasser la patronne !

Michel Smith

 

Michel Smith


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Languedoc, glissement marqué vers l’extraction et le bois !!

Millésime Languedoc 2014 008

Après quatre matinées de dégustation, vec en moyenne 120 vins rouges par séance des millésimes 2011 et 2012 avec quelques 2010, voire 2009 (et même une pincée de 2013).
Depuis les Coteaux du Languedoc, futur Languedoc tout court, jusqu’aux cimes régionales comme Pic Saint Loup, La Clape, Pézenas, Faugères, en passant par Fitou ou Corbières et autres particularités comme Malepère, Limoux ou encore Cabardès.
Une double constatation, le grand retour de l’extraction bien épaulée par un élevage qui ferait pâlir  les plus orthodoxes des Bordelais.
Bref, côté plaisir, tchin-tchin avec les copains ou les copines, zéro pointé !

Que se passe-t-il ?
L’appel du Grand Orient, dernier bastion (avec le consommateur lambda) du bois et de la couleur qui tache sans détour?
L’illusion qu’il faut s’élever au-dessus de la masse maintenant que la hiérarchisation est bien lancée ?
Ou alors tout simplement ce vieux démon, celui qui dicte subrepticement aux producteurs de présenter LEUR CUVÉE, celle qui gagne les concours mais pas à être bue. Ce vieux réflexe qu’on croyait disparu, on se berce trop d’illusions… , a la peau dure, il faut à la presse présenter ce qui lui en mettra plein la bouche, mais qu’elle crache aussi vite.
Persuadé d’être le seul à râler, j’ai prêté l’oreille aux Français comme aux étrangers, une grosse majorité parlait du bois, du caractère «peu buvable» des vins. Et quand je parle d’étrangers, ce ne sont pas seulement les Européens, mais les Japonais en passant par les Québécois: « trop de bois ».
Où sont les coups à boire, le fruit, où est l’élégance?

Pourtant, les discours languedociens nous plaisent, ils nous parlent de terroirs, de la diversité des sols, des microclimats, d’études des anciens cépages en passe d’être réhabilités, introduits dans les assemblages, voire émergés en cuvées singulières. Mais en l’état, le verre nous laisse pantois.
Certain m’ont affirmé que c’était le fait des grands faiseurs qui répondent présent et fournissent ce genre de dégustations. Certes, elles y étaient presque toutes présentes, ces « grandes marques » avec il est vrai un penchant pour le bois et l’extraction, les cépages bien en vogue aussi, vive la Syrah à tout crin, mais elles étaient loin d’être hégémoniques.

Non, le malaise semble plus général; avons-nous dégusté du Languedoc ou sa caricature ?
Celui qui me répond : «cela doit représenter une fraction congrue de la production, la majorité des vins préfèrent la cuve et le fruit».
Je lui rétorque : «cherchez l’erreur !»

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J’aime beaucoup les vins languedociens, nombre de vignerons réalisent de superbes cuvées axées sur l’élégance et la convivialité, qui nous font de jolis coups à boire, comme des choses plus structurées mais qui restent agréables.
Il faudra y retourner pour tirer les choses au clair.
Savoir si ce glissement est un malentendu, une erreur de jugement ou une nouvelle perspective de la profession.

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Sur ce, je m’ouvre un Clos du Gravillas et m’en vais sur la lune, à la fois structuré et vraiment juteux, le plaisir est à la fois immédiat et recherché, moitié Carignan, moitié Syrah, de la belle ouvrage, comme il y en beaucoup en Languedoc, comme il y en avait peu à Carcassonne, lieu de la dégustation…

Ciao

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Marc

 


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Le Minervois de Pujol-Izard – vous en parler ou pas?

J’ai reçu il y a quelques jours ce Minervois que je ne connais pas, la Grande Réserve du Domaine Pujol-Izard, millésime 2011.

J’ai un peu hésité sur la marche à suivre:  vous en parler ou pas?
Et puis je me suis dit qu’il y avait là de quoi développer un petit argumentaire à caractère didactique, sur le vin en général, et sur la critique en particulier.
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Avec ou sans réserves
Manifestement, dans ce Minervois, la matière première est très bonne, surtout de la syrah bien mûre, qui dégage de beaux arômes de cassis, de Gluhwein, de cannelle, un peu de prune à l’alcool aussi; et puis un beau panier d’épices de la garrigue qui font le lien avec la bouche, amenant une touche de fraîcheur bienvenue. Les tannins sont soyeux, sans aucune verdeur. Le vin présente une bonne longueur, en bref, il est tout à fait recommandable. Sauf qu’il y a ces fortes notes de vanille, de pruneau et de torréfaction – la marque du travail du tonnelier plus que du vigneron. Et là, ça passe ou ça casse, on aime ou on n’aime pas. 
Vu la qualité du jus, je dirai que le bois assez bien intégré.
D’autres diraient que c’est d’autant plus dommage. « Mais c’est la grande cuvée! », argumenteraient les uns. « Justement! », diraient les autres. Tout est affaire de point de vue.
Complément d’information: j’ai redégusté ce vin le lendemain midi. Les notes boisées s’étaient fortement estompées. Difficile de dire si le consommateur attendra ou pas. Toujours est-il que j’ai fini la bouteille, ce qui, généralement, est assez bon signe.

Le défi

Tout ceci nous ramène au grand défi de la dégustation professionnelle: ce n’est pas mon goût qui importe; ce qui importe, pour moi, c’est d‘être vos antennes. De relayer l’information, de faire passer les impressions. Sans trop prendre partie. Eliminer les vins à défauts, oui. Eviter de perdre du temps – le mien et le vôtre – avec des vins médiocres. Mais ne jamais prendre ses préférences pour une généralité. C’est un sacré défi!
Ce vin n’a pas de défaut technique, il parle assez bien la langue d’Oc, il est bien né quelque part, comme dirait Maxime. On sent qu’il a fait l’objet de soins. Alors, on a tout à fait le droit de le trouver très bon.
Qui suis-je pour priver d’honnêtes consommateurs de ce plaisir-là?
Plus d’info sur ce producteur: Pujol-Izard

Hervé Lalau


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#Carignan Story # 207 : Maris, deuxième !

Si vous suivez attentivement cette modeste rubrique dominicale au lieu d’aller perdre votre temps à la messe ou au bistrot du village – quoique, dans certains cas, on ne s’emmerde nullement dans aucun de ces lieux de perdition ! – vous aurez déjà noté la haute estime que je manifestais à l’égard d’une grande cuvée du Château Maris, haut-lieu du cru La Livinière, dans le Minervois. Pour vous rafraîchir la mémoire, la dernière fois, c’était ici même.

La grande cuvée de Maris. Photo©MichelSmith

La grande cuvée de Maris. Photo©MichelSmith

Donc, j’ouvre cette bouteille subtilisée (avec son accord) à l’ami Benjamin Darnault, l’excellent vinificateur de Maris; je ne sais plus à quelle occasion, probablement lors du dernier salon Millésime Bio. Son nom : «Le Carignan de Maris», un Coteaux de Peyriac (IGP). À l’instar de mon ami Michel Bettane, qui ne l’a probablement point goûté, mais dont je connais les réserves à propos du Carignan, le premier nez et les premières gorgées de ce vin bouché vis et certifié AB, m’ont paru quelque peu réduits, typiques d’une époque où les vins du Midi avaient ces notes rustiques peu admissibles pour des puristes tels Michel B, fussent-ils amateurs tels Michel S. Si tôt, j’en ai déduis qu’il fallait reboucher la bouteille et laisser le vin se réveiller tranquillement au réfrigérateur. Car je connais mon Carignan et je sais qu’il est capable de me surprendre.

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La deuxième cuvée Carignan de Maris. Photo©MichelSmith

Ce fut le cas deux jours plus tard. La surprise était de taille : j’avais un vin parfaitement sur le fruit, clair, net, limpide et précis, délectable au possible, facile à boire, frais et sans histoires. C’est peut-être cette approche qui ne plaît guère aux critiques du vin en général. Rechercheraient-ils à tout prix des vins hyper-travaillés, complexes au possible, fermés, barricadés ? Ces Messieurs ne peuvent comprendre que l’on puisse vider une telle bouteille presque d’un trait sans trouver le moyen d’émettre un seul reproche. Ce qui me réjouit, c’est que ce flacon, titrant 13,5° et commercialisé autour de 8 €, était contre étiqueté pour partir aux Etats-Unis, preuve que là-bas aussi on sait apprécier nos vins du Sud.

Benjamin Darnault, dit "Benj", chez lui à La Livinière. Photo©MichelSmith

Benjamin Darnault, dit « Benj », chez lui à La Livinière. Photo©MichelSmith

Renseignements pris auprès de l’ami Benj, Maris fait deux cuvées de Carignan. La plus onéreuse étant la «Continuité de nature», déjà décrite ici (voir plus haut) et tirée à 6000 exemplaires, concerne une vieille parcelle du domaine, tandis que celle-ci est le fruit d’un assemblage de Carignan d’autres vignes du domaine avec des achats de raisins bios choisis sur La Livinière. Dans le Médoc, ce serait un second vin. Une chose est sûre : le nombre de propriétés vinifiant deux cuvées de Carignan se comptent sur les doigts d’une main.

Photo©MichelSmith

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«Pour ne rien te cacher, ajoute mon interlocuteur, le vin contient 10 % de Grenache». Moi, cela ne m’étonne pas : ces deux-là vont si bien ensemble. Ils se côtoient depuis 150 ans au moins, si ce n’est plus !

Michel Smith

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