Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Le Minervois de Pujol-Izard – vous en parler ou pas?

J’ai reçu il y a quelques jours ce Minervois que je ne connais pas, la Grande Réserve du Domaine Pujol-Izard, millésime 2011.

J’ai un peu hésité sur la marche à suivre:  vous en parler ou pas?
Et puis je me suis dit qu’il y avait là de quoi développer un petit argumentaire à caractère didactique, sur le vin en général, et sur la critique en particulier.
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Avec ou sans réserves
Manifestement, dans ce Minervois, la matière première est très bonne, surtout de la syrah bien mûre, qui dégage de beaux arômes de cassis, de Gluhwein, de cannelle, un peu de prune à l’alcool aussi; et puis un beau panier d’épices de la garrigue qui font le lien avec la bouche, amenant une touche de fraîcheur bienvenue. Les tannins sont soyeux, sans aucune verdeur. Le vin présente une bonne longueur, en bref, il est tout à fait recommandable. Sauf qu’il y a ces fortes notes de vanille, de pruneau et de torréfaction – la marque du travail du tonnelier plus que du vigneron. Et là, ça passe ou ça casse, on aime ou on n’aime pas. 
Vu la qualité du jus, je dirai que le bois assez bien intégré.
D’autres diraient que c’est d’autant plus dommage. "Mais c’est la grande cuvée!", argumenteraient les uns. "Justement!", diraient les autres. Tout est affaire de point de vue.
Complément d’information: j’ai redégusté ce vin le lendemain midi. Les notes boisées s’étaient fortement estompées. Difficile de dire si le consommateur attendra ou pas. Toujours est-il que j’ai fini la bouteille, ce qui, généralement, est assez bon signe.

Le défi

Tout ceci nous ramène au grand défi de la dégustation professionnelle: ce n’est pas mon goût qui importe; ce qui importe, pour moi, c’est d‘être vos antennes. De relayer l’information, de faire passer les impressions. Sans trop prendre partie. Eliminer les vins à défauts, oui. Eviter de perdre du temps – le mien et le vôtre – avec des vins médiocres. Mais ne jamais prendre ses préférences pour une généralité. C’est un sacré défi!
Ce vin n’a pas de défaut technique, il parle assez bien la langue d’Oc, il est bien né quelque part, comme dirait Maxime. On sent qu’il a fait l’objet de soins. Alors, on a tout à fait le droit de le trouver très bon.
Qui suis-je pour priver d’honnêtes consommateurs de ce plaisir-là?
Plus d’info sur ce producteur: Pujol-Izard

Hervé Lalau


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#Carignan Story # 207 : Maris, deuxième !

Si vous suivez attentivement cette modeste rubrique dominicale au lieu d’aller perdre votre temps à la messe ou au bistrot du village – quoique, dans certains cas, on ne s’emmerde nullement dans aucun de ces lieux de perdition ! – vous aurez déjà noté la haute estime que je manifestais à l’égard d’une grande cuvée du Château Maris, haut-lieu du cru La Livinière, dans le Minervois. Pour vous rafraîchir la mémoire, la dernière fois, c’était ici même.

La grande cuvée de Maris. Photo©MichelSmith

La grande cuvée de Maris. Photo©MichelSmith

Donc, j’ouvre cette bouteille subtilisée (avec son accord) à l’ami Benjamin Darnault, l’excellent vinificateur de Maris; je ne sais plus à quelle occasion, probablement lors du dernier salon Millésime Bio. Son nom : «Le Carignan de Maris», un Coteaux de Peyriac (IGP). À l’instar de mon ami Michel Bettane, qui ne l’a probablement point goûté, mais dont je connais les réserves à propos du Carignan, le premier nez et les premières gorgées de ce vin bouché vis et certifié AB, m’ont paru quelque peu réduits, typiques d’une époque où les vins du Midi avaient ces notes rustiques peu admissibles pour des puristes tels Michel B, fussent-ils amateurs tels Michel S. Si tôt, j’en ai déduis qu’il fallait reboucher la bouteille et laisser le vin se réveiller tranquillement au réfrigérateur. Car je connais mon Carignan et je sais qu’il est capable de me surprendre.

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La deuxième cuvée Carignan de Maris. Photo©MichelSmith

Ce fut le cas deux jours plus tard. La surprise était de taille : j’avais un vin parfaitement sur le fruit, clair, net, limpide et précis, délectable au possible, facile à boire, frais et sans histoires. C’est peut-être cette approche qui ne plaît guère aux critiques du vin en général. Rechercheraient-ils à tout prix des vins hyper-travaillés, complexes au possible, fermés, barricadés ? Ces Messieurs ne peuvent comprendre que l’on puisse vider une telle bouteille presque d’un trait sans trouver le moyen d’émettre un seul reproche. Ce qui me réjouit, c’est que ce flacon, titrant 13,5° et commercialisé autour de 8 €, était contre étiqueté pour partir aux Etats-Unis, preuve que là-bas aussi on sait apprécier nos vins du Sud.

Benjamin Darnault, dit "Benj", chez lui à La Livinière. Photo©MichelSmith

Benjamin Darnault, dit "Benj", chez lui à La Livinière. Photo©MichelSmith

Renseignements pris auprès de l’ami Benj, Maris fait deux cuvées de Carignan. La plus onéreuse étant la «Continuité de nature», déjà décrite ici (voir plus haut) et tirée à 6000 exemplaires, concerne une vieille parcelle du domaine, tandis que celle-ci est le fruit d’un assemblage de Carignan d’autres vignes du domaine avec des achats de raisins bios choisis sur La Livinière. Dans le Médoc, ce serait un second vin. Une chose est sûre : le nombre de propriétés vinifiant deux cuvées de Carignan se comptent sur les doigts d’une main.

Photo©MichelSmith

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«Pour ne rien te cacher, ajoute mon interlocuteur, le vin contient 10 % de Grenache». Moi, cela ne m’étonne pas : ces deux-là vont si bien ensemble. Ils se côtoient depuis 150 ans au moins, si ce n’est plus !

Michel Smith


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#Carignan Story # 196 : Tourril, c’est pas ça… pour l’instant.

Pour une fois cette rubrique sera vite lue.

Photo©MS

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Va lui falloir de gros efforts. Des moyens, il semblerait qu’il en ait déjà assez. Mais pour ce qui est de l’effort, de cette force morale qui te guide à partir de ta vigne jusque dans le chai, ce domaine va devoir mettre les bouchées doubles. Car le Château Tourril a beau s’entourer de grandiloquence avec des mots « Terroir, Excellence, Authenticité » à ne plus savoir qu’en faire, il a beau s’enorgueillir « dans son caveau décoré de toiles et sculptures contemporaines », apporter son « sponsoring » au monde de la voile, bénéficier d’une cuverie ultra moderne et m’être recommandé par une œnologue « de confiance », je n’ai éprouvé aucun mal à éliminer de ma cave cette énième cuvée de Carignan mise en dégustation.

Photo©MS

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Je sais, c’est dur pour ce Minervois rouge 2010 « 3 Lesses » de macération carbonique provenant d’un domaine de 13 ha proche du Canal du Midi, à Roubia. Mes rares Lecteurs savent que je n’ai rien contre la macération carbonique. Encore faut-il lui apporter de beaux raisins. Pour résumer, c’est le vin qui est dur, et plus dur que difficile… Pourtant testé à plusieurs reprises sur deux jours et sur deux bouteilles différentes, la dernière fois en le plaçant à côté d’un autre Carignan sur lequel je reviendrai prochainement, ce rouge n’a rien trouvé de mieux à m’offrir qu’une persistante âpreté rustique et toute une flopée de faux goûts franchement désagréables.

J’attends avec impatience les prochains millésimes pour me faire une autre opinion.

Michel Smith


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#Carignan Story # 191 : Maris, premier grand cru ?

Retour en arrière, au numéro 40 de cette désormais longue série, un numéro où j’évoquais une cuvée très Carignan de Robert Eden du Château Maris. Il s’agissait du 2008 « Continuité de Nature », un Minervois-la-Livinière plein de promesses. Dans les commentaires qui suivaient cet article, notre ami David Cobbold me faisait remarquer ceci : « Pour le Carignan, je te fais entièrement confiance, et c’est quand-même l’essentiel. Quant à la supériorité de l’appellation Minervois La Lavinière sur celle de Minervois, je ne l’ai jamais constaté. Cela dépend, comme toujours, du producteur en question. » Navré d’avoir à le dire aussi net, mais je reste assez d’accord avec lui, même si disserter sur l’appellation n’est pas véritablement le but de cet article.

Robert Eden, défenseur de la biodynamie et du Carignan à La Livinière. Photo©DR

Robert Eden, défenseur de la biodynamie et du Carignan à La Livinière. Photo©DR

L’autre jour, j’ai eu l’occasion en rendant visite "à La Liv", comme on dit chez Benji (Benjamin Darnault), vigneron auquel j’ai consacré mon article de  Dimanche dernier, d’être de nouveau confronté à la fois à l’appellation « de cru » Minervois-La-Livinière et au Carignan de Maris. Benji, qui travaille pour Robert Eden, m’a fait goûter, en plus de sa cuvée Boulevard Napoléon, la dernière version de ce quasi pur Carignan (10 % de Grenache noir) du Château Maris, un 2010 cuvée « Continuité de Nature ».

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

La bouteille présentait une étiquette qui m’est apparue comme rare, voire probablement unique et même, pour tout vous dire, audacieuse. Figurez-vous, en effet, qu’en dessous de la mention de l’appellation Minervois-La-Livinière, figurait en assez gros caractères, la surprenante mention « Cru Classé du Languedoc » (voir la photo ci-dessus), reprenant ainsi une idée que je fus le premier à mettre en avant – fort naïvement d’ailleurs, j’en conviens, mais j’étais fier alors d’afficher mon amour pour le Languedoc-Roussillon -, dans un article de la Revue du Vin de France paru en Mai 1988. Bon, je sais que cette mention incongrue "Cru Classé" fait aujourd’hui partie des marottes de nos dirigeants viticoles du Languedoc, mais de la voir ainsi affichée aussi ouvertement me dérange un peu.

Première tentative de classement des vins du Languedoc-Roussillon en 1988. Photo©MichelSmith

Première tentative de classement des vins du Languedoc-Roussillon en 1988. Photo©MichelSmith

Pour en revenir à l’article de la RVF, je me souviens même m’être bataillé avec Chantal Lecouty, la rédactrice-en-chef de l’époque, pour pouvoir utiliser le qualificatif de « grand » dans le titre. Elle l’a refusé, à juste titre, préférant utiliser le mot « meilleur ». Lancée à la hâte début 1988, cette dégustation n’est plus vraiment représentative, sauf pour signaler que le Château Les Palais, qui arrivait en tête, avait quand même plus de 50% de Carignan, le reste de l’assemblage étant surtout marqué par le Grenache. Lors de cette confrontation qui, je le répète, n’a plus aucune valeur autre qu’anecdotique, le premier Minervois (3ème position) était le Château de Fabas, domaine un peu oublié de nos jours. Pour une raison que j’ignore, le Minervois de Jacques Maris n’avait pas accédé à la finale… Peut-être n’était-il pas en mesure de nous fournir les millésimes demandés… Or, je dois dire que le très élégant Château Maris 2010 que j’ai goûté cet été aurait sa place de nos jours sinon sur le podium des grands vins du Languedoc-Roussillon, au moins dans les dix premiers. Il se buvait sans se faire prier et se présentait merveilleusement étiré, corsé à point, et pour couronner le tout, particulièrement long en bouche.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Vigne plantée en 1922, raisins récoltés sur le tard, le 10 Octobre 2010 pour être précis, vinifié en foudre puis élevé en barriques sur 18 mois, le vin n’est pas donné puisqu’il se commercialise autour de 20 € le flacon. Faut dire que non content de se consacrer « Cru Classé du Languedoc », Robert Eden ne se gêne pas pour mettre en exergue sur la page de couverture de son site web une phrase tirée d’un article du Wine Spectator où il est mentionné comme étant un des « apôtres biodynamiques » du Languedoc. Rien que ça doit justifier le prix !

Michel Smith


Un commentaire

#Carignan Story # 190 : Le Napo de Benji

Où suis-je ? Quelque part en Languedoc, à portée de vue du causse, ou de la "montagne", entre Aude et Hérault, pas très loin du Canal du Midi et de ses platanes que l’on arrache. Je traverse l’Ognon pour pénétrer en un village réputé pour ses vins du Minervois, mais aussi connu pour son église romane et pour son pèlerinage à Notre-Dame-du-Spasme, un Vierge en défaillance… Je passe en catimini les murs défraîchis de la coopérative qui semble attendre sa dernière heure et je m’enfonce aussi discrètement que possible dans l’artère principale en prenant soin de ne pas être reconnu par quelque vigneron devenu "syraphile" malgré mes injonctions. Je débouche jusque sur les hauteurs de La Livinière, par le chemin de Calamiac, là où vit un certain Benji aussi connu sous le nom de Benjamin Darnault, en compagnie de son épouse, Kat, venue d’Adélaïde (Australia) et de leur fille dont le prénom m’échappe ce dont je m’excuse auprès d’elle si elle me lit car elle a beaucoup de personnalité. Mrs Darnault n’a pas l’air de trouver sa vie difficile si j’en juge par son blogplein de curiosités, de saveurs, d’humeurs et d’appréciations plutôt positives sur notre beau et étrange pays : comme on pouvait s’y attendre, la cuisine et le vin semblent compter parmi ses grandes passions.

Coopérative de La Livinière, un vestige du passé. Photo©MichelSmith

Coopérative de La Livinière, un vestige du passé. Photo©MichelSmith

Benji est le vigneron. Il travaille « à façon », ou au contrat, pour qui veut utiliser ses talents. C’est lui qui, par exemple, s’occupe des vignes et des vins de Château Maris, un domaine connu du Minervois entre les mains d’un Anglais et dont le Carignan a déjà été croqué plusieurs fois dans ces lignes. Benji doit bien aimer les Anglais car il se loue aussi à Naked Wines, une « communauté » d’acheteurs de vins typiquement britanniques, un caviste en ligne si vous préférez, spécialisé dans la vente de vins que l’on ne trouve que chez eux. J’ai connu Benji via Vincent Pousson qui s’invite régulièrement dans sa cuisine – où autre pourrait-il être ? – et c’est justement là que je les retrouve, dans le vieux mas assez joliment retapé par les Darnault.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Pas très loin de là se trouvent les vignes, dont de vieux carignans, qui abreuvent les élucubrations de Benji. Vincent, quant à lui, avait su m’interpeller dans son blog en évoquant, bien avant moi, un carignan d’enfer et d’intrigue étiqueté « Boulevard Napoléon ». « Tu n’as qu’à venir déjeuner dans la Petite Maison de la Prairie et tu le goûteras ! », m’avait-il dit par message perso sur Facebook.

Benjamin Darnault, un Charentais en Languedoc. Photo©MichelSmith

Benjamin Darnault, un Charentais en Languedoc. Photo©MichelSmith

Et c’est ainsi que je fus mis nez à nez avec cette série de vins « Boulevard Napoléon » – il y avait aussi un grenache gris, un grenache noir et un cabernet franc – commanditée par un fan du Languedoc-Roussillon, le Londonien Trevor Gulliver, et son associé restaurateur Fergus Henderson. Tous deux, en divers endroits de Londres, ont quelques adresses gourmandes dont un restaurant de cochon, le St John, où les vins Français et du Languedoc en particulier, sont bien représentés, Carignan compris. Plutôt rare dans un pays envahi par les vins du Nouveau Monde.

Vincent Pousson, à la sortie de la cave de l'ex Boulevard Napoléon.Photo©MichelSmith. Photo©MichelSmith

Vincent Pousson, à la sortie de la cave de l’ex Boulevard Napoléon.Photo©MichelSmith

Pourquoi cette allusion à Napoléon ? Outre le clin d’œil à l’Histoire, l’explication est simple : la cave où est élaboré ce vin de Carignans du terroir de La Livinière se trouve au numéro 2 bis d’une rue aujourd’hui rebaptisée où subsiste une ancienne plaque de pierre sur laquelle sont gravés les deux mots « Boulevard Napoléon ». Les vignes, quant à elles, sont situées sur deux parcelles du secteur de l’Angely. Je le connais ce coin bien exposé et de relative altitude. Jadis, j’y allais voir un vigneron Belge, Guy Vanlancker (La Combe Blanche) qui sévit toujours et qui a monté son domaine à la force du poignet en favorisant pas mal la Syrah. L’Angely est aussi le nom d’un clos pour une cuvée du Domaine Piccinini, un important domaine de La Livinière.

Photo©MichelSmith

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Et comment il est ce Vin de Pays de l’Hérault 2011 qui affiche allègrement 14,5°, mais qui en fait probablement un poil plus ? D’abord, je trouve sa présentation à la fois sobre et élégante, on sent que le vigneron ne se fout pas de ma gueule. Comme tout bon Carignan, il a sa dose de mordant à l’attaque, il est résolument droit et vif, assez prenant aussi. Il faut l’attendre un peu car, à l’instar de beaucoup de 2011, on le sent un peu enfoui, pas vraiment prêt à se livrer dans l’immédiat. À mon avis, il va se réveiller pour de bon l’année prochaine, passé Pâques.

À l'aise sur un poulet rôti en compagnie de la sommelière Isabelle Brunet, compagne de Vincent. Photo©MichelSmith

À l’aise sur un poulet rôti, ici face à la sommelière Isabelle Brunet, la compagne de Vincent. Photo©MichelSmith

Vendu aux alentours de 16 £ sur le site de St John (voir plus haut) et 13 € départ cave en France (renseignements par mail : darnaultb@gmail.com), je l’ai goûté non sans plaisir sur un rare poulet fermier choisi et préparé par Vincent, lequel avait choisi comme accompagnement de succulentes carottes anciennes dénichées au marché d’un bourg voisin. Si vous pouviez reproduire le même mariage avec une pintade ou une canette, je suis certain que vous choisirez ce vin pour vos repas du Dimanche. Température cave (12°) plus que conseillée !

Photo©MichelSmith

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                                                                                                                        Michel Smith

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