Les 5 du Vin

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Le Petit Sommelier: pas si petit que ça !

Il existe certainement bon nombre de bistrots de rêve pour l’amateur de vins, à Paris ou ailleurs dans le monde. Le problème, particulièrement en France, est de les distinguer parmi la masse d’établissements, parfois même ceux qui se disent "bistrot à vins", mais pour lesquels le vin n’est qu’une vache à lait, une quantité négligeable, un truc qu’il faut avoir, un emmerdement de plus dont on s’occupe le moins possible, ou bien un phénomène de mode sur le dos duquel le patron joue la carte de l’opportunisme.

Rassurez-vous, l’établissement dont je vais vous parler relève de la première catégorie mentionnée : celle des bistrots de rêve. J’ai déjà mentionné, en passant, cet endroit dans un autre article sur ce blog (du 20 janvier 2014, si le sujet vous intéresse) à propos d’un repas tout au porto, car Le Petit Sommelier de Paris organise régulièrement des dîners à thème avec d’excellents producteurs parmi ceux qui figurent sur sa carte impressionnante.

IMG_5902Pierre Vila Palleja, qui n’est pas exactement un petit sommelier

Cela dit, quand, à la sortie de la Gare Montparnasse, on découvre dans l’Avenue du Maine la devanture du Petit Sommelier, on ne peut guère soupçonner les richesses viniques que recèle cette enseigne. Son décor "Néo-Art-Nouveau" est d’un style "brasserie chaleureuse" qui peut se trouver ailleurs. C’est sympathique et accueillant, avec une touche rétro qui cache un peu son jeu. Ce lieu est aussi une vraie brasserie, ce qui vous permettra de vous restaurer selon vos besoins et à toute heure. Lors de notre arrivée à midi, un samedi, notre élégant voisin de table en était à son petit déjeuner, avec thé, croissants, jus d’orange et deux œufs au plat.

Le faux semblant du Petit Sommelier, ce lieu aux possibilités multiples, se poursuit avec le patron, Pierre Vila Palleja (voir ci-dessus), qui n’est pas petit du tout, car il doit bien mesurer au moins 1m90.

IMG_5905L’accueil est parfait, du patron à ses co-équipiers (photo David Cobbold)

Le vrai trésor ici, outre un excellent accueil et une très bonne nourriture de bistrot, est évidemment la carte des vins. Jugez pour vous-mêmes, même si cette version de la carte n’est pas nécessairement à jour et qu’il a bien d’autres vins disponibles :

http://www.petit-sommelier.com/carte/vins.pdf

Ce n’est pas par hasard si cette carte a été adoubée 4 ans de suite par le Wine Spectator (que j’appelle parfois Wine Speculator, ou bien Wine Dictator). Pierre a été sommelier dans des grands établissements avant de reprendre ce bistrot familial que ses parents avaient acheté en 2001. Ils ont depuis poussé les murs, refait le décor et constitué une carte de vins qui ferait drôlement envie à beaucoup de lieux prestigieux… les prix en moins. Car le "petit" de l’enseigne pourrait s’appliquer aux coefficients pratiqués : 2 sur les grands vins et 3,5 au maximum sur les vins les moins chers. Pour vous éviter de compter, cette carte comporte 700 références dont 18 sont proposées au verre. Le restaurant est ouvert en permanence du lundi au samedi, entre 11h et 23h, ce qui est exemplaire et bien pratique pour ceux ou celles qui arrivent à la gare avec un peu d’avance, ou bien qui débarquent avec une petite faim ou soif. Mais je vous conseille de prendre votre temps ici et de profiter de ce lieu exceptionnel pour tout amateur de vins.

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Lors de mon dernier repas ici, qui date de samedi 8 mars à midi, peu de temps avant le triste match du XV de France en Ecosse, j’ai attaqué avec un verre d’un très bon Muscadet, Le Fief de Breil, de Jo Landron (photo ci-dessus). Assez dense, il allait très bien avec des magnifiques huîtres de Bretagne (Prat-ar-Coum, je crois), qui m’ont semblé bien salées. Certains diraient que ce vin a des saveurs "minérales", mais je ne mange pas souvent de clous et ne sais pas trop ce que cela peut bien signifier. Ayant fini mon verre avant les huîtres, j’ai poursuivi avec un splendide blanc d’Espagne, issu de la DO galicienne Valdeorras, et du cépage Godello. Cette variété, que l’on trouve aussi bien au Portugal qu’en Espagne, sous divers noms (Gouveio et aussi, à tort, Verdelho au Portugal), est en pleine renaissance en Galice. Le vin en question, appelé Louro do Bollo (voir photo ci-dessous) et élaboré par la famille Palacios, était plus gras, plus suave et plus parfumé que le Muscadet, mais contenait aussi toute l’acidité utile pour accompagner les sel des huîtres. Il vaut très largement le prix au verre de 8 euros.

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Ma compagne, comme beaucoup de Françaises, il me semble, ne boit que rarement de vin blanc sauf quand il y a des bulles dedans, ce qui m’interpelle car on trouve le comportement inverse en Angleterre avec bon nombre des femmes qui ne boivent jamais de vin rouge: encore une différence culturelle? Mais elle a daigné goûter à ce nectar et elle était d’accord sur sa qualité. Puis elle a pris la direction de l’Italie, plus précisément du Piémont, avec un verre d’un formidable Nebbiolo (oui, je l’ai goûté aussi) de la DOC régionale Langhe et du producteur Parusso (photo ci-dessous). Ferme comme il faut, mais subtilement fruité, ce qui n’est pas toujours le cas avec ce cépage aussi capricieux que le pinot noir. Je pense qu’il serait difficile de déguster des Barolos ou Barbarescos, issus du même cépage, aussi jeunes, mais l’appellation régionale peut produire des vins plus amènes.

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Enfin, pour accompagner mon bœuf bourguignon, j’ai préféré l’intensité d’une syrah rhodanienne à la délicatesse d’un pinot noir de Bourgogne en optant pour un Crozes Hermitage du Domaine Combier. Des deux bouteilles sur la photo ci-dessous, c’était celle de droite, appelé Laurent Combier. Impeccable !

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Et combien ça coûte ?

Le patron ayant eu la gentillesse de nous offrir deux verres parmi les quatre que nous avons consommés, j’estime la facture à environ 95 euros, avec deux entrées, deux plats, les 4 verres d’excellents vins et un café. Soit 47 euros par personne, à peu près. Service au top, lieu agréable, très bonne nourriture avec des produits de qualité, et le plaisir de rêver au regard d’une carte de vins remarquable en largeur comme en profondeur, dont 20% des références vous permettent de voyager bien plus loin que les destinations desservies par la gare d’à côté. Et tout cela au cœur de Paris, à Montparnasse. Si vous disposez de plus de temps, d’un portefeuille suffisamment garni, et que vous n’avez pas de travail à faire dans les heures qui suivent votre repas (ce qui fut malheureusement mon cas samedi) laissez-vous aller avec un Champagne de 1988 et/ou un Vega Sicila de 1985 : c’est dire les ressources de cet établissement que tout amateur de vin devrait inscrire dans son carnet.

Le Petit Sommelier, 49 Avenue du Maine, 75014 Paris (tel : 01 43 20 95 66)

http://www.petit-sommelier.com/

Bon voyage!

David Cobbold

(PS. maintenant, je signe de mon prénom et de mon nom, vu qu’il y a des personnes, que je rechigne un peu d’appeler "bio-cons", qui ne lisent ni les articles complètement, ni la présentation de ce blog, avant de poster leurs commentaires).


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Le Muscadet donne le «la» au sol

Enfin, c’est ce que l’AOC Muscadet aimerait bien nous faire croire. Je ne dis pas cela pour abonder dans le sens coboldien, mais parce qu’en sept ans, le discours s’est transformé. Il est passé des conseils d’accords selon le type de sol à une déclinaison communale. Peut-être plus facile à faire passer à l’INAO, mais moins branché «roche nourricière».

Vignes Loire

Le premier jet était assez curieux, mais devait correspondre à une tentative de communiquer sur les variations typologiques bien réelles des Muscadet en évoquant le sol. Communication à la fois romantique et naïve. Certains l’indiquaient (et l’indiquent toujours) sur l’étiquette, comme les Schistes de Clisson ou le célèbre Amphibolite des frères Landron.

Bref, à l’époque, on parlait de la roche dans laquelle poussaient les vignes et ce qu’il convenait de manger avec un vin issu d’une parcelle sur orthogneiss ou gabbro. Compliqué !

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Je ne sais pas si indiquer que le vin vient de l’appellation communale Muscadet de Sèvre et Maine Goulaine (sur gneiss et micaschistes) ou du Château Thébaud (sur granit) ou d’autres parle plus aux consommateurs, mais l’expert (qu’il se lève pour qu’on voie à quoi ça ressemble, un expert) lui, aimera beaucoup. Moi aussi, sans l’être, mon expérience des dégustations selon le type de sol me titille déjà la langue rien qu’à y penser.

 

En 2007

En cette belle année, j’avais écrit dans In Vino Veritas n°128

En Muscadet, le Sol donne le «La»

Tu vois David, il suffit de changer de clé pour changer la musique, en Fa ou en Ut, on n’obtient pas le même résultat, de là à faire un parallèle avec le vin, il y a un pas qu’il me plaît de franchir.

Voici l’article dans son entier…

L’appellation fait en nous vibrer la fibre minérale

Le vignoble fait comme un gros jabot sous la ville de Nantes. Il s’étale de part et d’autre de la Loire côté E, mais s’étend uniquement sur la rive gauche du fleuve dans sa partie S. Le relief de faible altitude, quelques dizaines de mètres, se façonne essentiellement dans des terrains métamorphiques et éruptifs du Massif Armoricain. Ces terrains très anciens orientent grosso modo leur larges bandes de NW en SE.

La plus grande diversité de sols se discerne en amont de Nantes, nappe complexe de roches précambriennes (massif de gabbro du Pallet et affleurements de gneiss, amphibolite, micaschiste, …). En aval de la ville, les formations métamorphiques précambriennes à hercyniennes prennent le relais et installent le lac de Grand-Lieu au sein de leur dépression. Des dépôts éocènes y accentuent le relief par quelques buttes éparses, tandis qu’un placage marin du pliocène recouvre les larges parties déprimées.  

 Salon des Vins de Loire 2014 146

Courte histoire longue

Tout commence au précambrien, il y a 2,5 milliards d’années. Pendant longtemps rien ne se passe. Puis durant l’ère primaire, le socle rocheux va subir plusieurs transformations. Un cycle d’orogenèse (formation des montagnes) étalé sur 250 millions d’années le sculpte. La dernière, l’hercynienne, du Dévonien -400 MA au Permien -245 MA, modèle encore le paysage actuel. Entretemps, l’ère secondaire recouvre les massifs érodés d’une mer qui subsiste jusqu’à la fin du crétacé. L’ère tertiaire relève le massif armoricain durant l’orogenèse alpine et apporte les dépôts éocènes et pliocènes. Enfin, le quaternaire et sa suite de glaciations terminent l’ébauche géologique.

 

Bilan

Les vignes selon l’endroit tirent des minéraux, qui baignent leurs racines, leur substantifique nourriture. Les roches nourricières se divisent pour le Muscadet en quatre origines :

Les roches volcaniques, conséquentes aux phénomènes éruptifs liés aux orogenèses, ce sont ici les granits et les gabbros.

Les roches métamorphiques, transformées par les fortes pressions et les températures élevées survenues durant les phases de bouleversements, comme les gneiss, micaschistes, amphibolites et serpentinites.

Les roches sédimentaires, déposées et compactées avant et pendant l’ère primaire, schistes briovériens (-670 à -540 MA) et siluriens (-435 à -395 MA) et grès armoricains de l’ordovicien (-500 à -435 MA).

Les dépôts tertiaires de sable et sablo-graveleux, localement fossilifères.

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Riches de ce trésor géologique, le Muscadet nuance son accent en schisteux, granitique, gneissique, ….sans que cela soit spécifié sur l’étiquette, sauf exception.

 

La vibration minérale selon quelques domaines

Vibration qui trouve un écho certes différent selon la sensibilité de chacun, en voici mon interprétation. L’essentiel se résumant à : il y a-t-il ou non résonance minérale ?

 

Granite de Clisson 2001 Sylvain Paquereau Muscadet Sèvre et Maine 

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Sol de Granite de Clisson : granites hercyniens de 300 millions d’années très résistants, mais dégradés en surface, de type porphyroïde, c à d présentant des cristaux de grande taille dispersés au sein de minéraux de taille plus petite.

Vert jaune pâle ; le nez floral qui rappelle l’eau de rose embaumée de violette et de guimauve ; en bouche, les notes florales se mélanges aux fruits, compote de pomme, poire cuite, amande et nèfle, la langue ensuite détaille le minéral et le ressent comme un agrégat à granulosité variable pris dans la gangue grasse du fluide, la fraîcheur modérée goûte la confiture de rhubarbe ; longueur sur la pomme un rien blette, les fruits secs et la fraîcheur.

Élevage deux ans avant mise.

 

Vieilles Vignes 2005 Sèvre et Maine sur lie Domaine Poiron Dabin

granit altéré

Sol de Granite de Château Thébaud : roche d’argile siliceuse issue du sous-sol de granits très altérés.

Jaune d’une luminosité fluo ; nez anisé comme une souris noire (gomme à l’anis), embellis de pétales de fleurs, aubépine et guimauve ; le léger dégagement carbonique éveille les pailles qui détaillent le minéral hérissé, les grains paraissent oblongs, reliés entre eux par un ciment gras, un fil amer passé dans chacun, une pointe d’iode et de sel relève la vivacité et prolonge la finale.

Fermenté à 18°C, élevé 14 mois sur lie.

 

L’Audigène Vieilles Vignes 2005 Muscadet Sèvre et Maine sur lie  Jean Aubron

Gabbro

Sol de Gabbro : roche magmatique de couleur foncée qui content au moins 55% de silice.

Jaune aux reflets  verts; un nez de citron confit; une entrée de bouche assez grasse et un minéral qui résonne d’un timbre mat, cela se traduit par une trame au tactile épais, comme une étoffe lourde qui de sa masse structure le vin. La fraîcheur met en exergue les agrumes et les épices, dessins élégants aux contours amers qui viennent embellir le tissu minéral.

Fermenté à basse température, élevé sur lie.

 

Terroir des Cossardières 2001 Sèvre et Maine sur lie Jean Claude Couillaud

gneiss

Sol de Gneiss sur schistes de Goulaine : roche d’aspect grossier composée de lits sombres de minéraux ferromagnésiens (micas, amphiboles) et de lits clairs de quartz et de feldspaths. Le Pain de Sucre qui domine Rio de Janeiro en est fait. Le schiste présente une structure feuilletée due au compactage des argiles de formation.

Jaune pâle aux entournures vertes ; de l’iode au nez irisé de verveine et de tilleul ; un gras d’entrée buccale, puis le minéral déboule sans attendre, grains hyper fins, très acérés, ils s’étirent souples et serrés comme le fil d’une lame. Une fleur de fenouil et un pétale de fleur d’amandier viennent se déposer sur la lame minérale. Quelques signes d’évolution se remarquent par les traces de fruits secs et le confit des agrumes qui se mêlent aux nuances cristallines. 

Pas de levurage, fermentation à 18°C. Élevé 30 mois sur lie. Récolté le 18 septembre 2001, mise le 2 avril 2004.

 

Haute Carizière 2006 Sèvre et Maine sur lie Domaine Bid’Gi

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Sol de Micaschiste : roche feuilletée, entièrement cristalline, où les lits de mica alternent avec ceux de quartz ; le feldspath est absent. Elle se reconnaît facilement à son aspect feuilleté et brillant dû à l’abondance de mica.

Jaune citron ; un nez de camomille romaine, de racine de réglisse ; une structure établie sur le minéral tactile, grains assez gros, au modelé croquant, sur lesquels poussent les arômes floraux de violette et d’églantine, et fruités de groseille blanche et citron vert, ces derniers parfument la fraîcheur assez vive du vin.

Fermentation thermo régulée à 18°. Elevage sur lie, bâtonné 6 mois, non collé.

 

Amphibolite Nature 2006 Jo Landron  Muscadet Sèvre et Maine sur Lie

Amphibolit

Sol d’Amphibolite : roche métamorphiques pauvres en silice de couleur verdâtre, elles résultent de la cristallisation de roches magmatiques et se composent principalement d’Amphibole (silicate de fer, de calcium ou de magnésium) et de feldspath.

Jaune à reflets verts ; le nez légèrement anisé, poivré, viennent rapidement des parfums de fleurs séchées, de feuilles de tomate soutenu par une note iodée ; minéral tranchant en bouche, accentué encore par la vivacité du milieu fruité qui allie agrumes et groseille à maquereau, de l’amande adoucit le transport acidulé et met comme un baume sur le rasoir cristallin, la longueur retrouve les fruits et y ajoute de la pomme râpée très légèrement teintée de fève de tonka (ça, ça le fait !).

Fermentation sur lie, mise non filtrée.

 

Le Vigneau 2006 Muscadet Sèvre et Maine sur lie  Domaine De Guérande

Serpentinite

Sol de Serpentinite : roche tendre de couleur jaune à vert foncé, son aspect écailleux fait penser à la peau de serpent, elle se compose à plus de 75% de serpentine. 

 

 

2. 2 l’ère secondaire

Blanc jaune ; le nez floral avec un rien de poire et de pierre à fusil ; minéral en bouche, mais qui se différencie en minéral tactile, texture en léger relief, aux grains fins maintenu dans une matrice grasse, presque onctueuse. Et en minéral aromatique, arôme d’anis et d’ail léger relevé de silex frottés. Le floral habituel du Melon vient enrichir les nuances cristallines. Le dégagement carbonique amplifie les perceptions et renforce la fraîcheur.

Fermentation à basse température, élevage sur lie.

 

Les Granges 2006 Muscadet Côtes de Grandlieu sur lie Serge Batard

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Sol de sables argileux sur micaschiste : dépôts marins de sables éocènes mêlés d’argiles sur lit de micaschistes.

Jaune paille ; nez en zestes d’agrume, pamplemousse, citron et orange amère ; élégant, aérien, le minéral devient ici cristallin, comme transparent, sa résonance se répercute en vagues successives et fait l’effet d’un frôlement sur les papilles. La légère amertume délie la structure, la rend encore plus légère, juste reliée à la terre par un lacis de fraîcheur au goût de citron vert.    

Fermentation thermo régulée, élevage sur lie.

 Le Pallet

 

Pour tenter de convaincre David et autres sceptiques (à raison), il faudrait sans doute se concocter une dégustation qui limite les paramètres. Vins de cuve, même millésime, même type de vinification et de temps d’élevage, et au moins une demi-douzaine d’échantillons par type de sol (c’est à dire de commune), histoire de voir si on peut dégager des traits communs aux vins issus d’un sol identique.

Il faut bien entendu garder à l’esprit que le facteur sol n’est qu’un petit fragment du spectre aromatique ou structurel d’un vin et que sa mise en évidence demande une recherche spécifique.

  

Kenavo

Loire 

Marco

 


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Mixed bag: cinq blancs de la Loire et un du Rhône

Oui, je sais que mon titre est en anglais. Et oui, je sais bien que la Loire est le terrain d’expertise de Jim. Mais on a bien le droit de traverser les lignes de temps en temps, non ?

Il y a quelques semaines, j’ai eu l’outrecuidance de me plaindre, très légèrement (http://les5duvin.wordpress.com/2013/11/11/journees-ordin… ) des difficultés de notre métier et des déceptions qui peuvent parfois déferler par vagues parmi les échantillons que nous recevons. Je vais tenter de redresser un peu ce tableau sombre en vous parlant de cinq vins blancs de la Loire, dégustés un matin il y a peu de temps, et qui m’ont tous parus dignes d’intérêt, pour des raison diverses et à des degrés variés. D’où mon titre "mixed bag" car j’ignore son équivalent en français. Cette expression anglaise signifie, au sens propre, "un sac rempli de choses diverses". Miscellanae serait son équivalant en latin. Si quelqu’un peut m’éclairer en français ?

5 LoiresCinq de la Loire, quatre cépages mais un air de famille quand-même

J’ai donc décidé l’autre jour de déguster tous les échantillons de vins blancs de Loire que j’ai trouvé dans ma cave d’échantillons. Il y en avait cinq, issus de 4 sous-régions différentes et de 4 cépages différents. Les sous régions sont Centre-Loire, Touraine, Haut Poitou et Loire Atlantique, et les cépages sont chasselas, sauvignon blanc, chenin blanc et melon de bourgogne.  Donc aucune comparaison directe à faire entre eux, d’autant plus que les millésimes n’étaient pas les mêmes. Néanmoins cela donnait une sorte de voyage le long de la Loire, entre Muscadet et Sancerre en remontant un peu en zig-zag et à l’aide d’une machine à remonter le temps.

Voici les vins et les commentaires qu’ils m’ont inspirés :

Muscadet Sèvre et Maine sur Lie 2007, Chéreau Carré, cuvée Réserve Numérotée

Ce flacon-là j’ai du un peu l’oublier, vu la date. Mais, je me disais, c’est aussi l’occasion de voir comment ces vins-là vieillissent, même pas très bien stockés.  Effectivement la couleur n’est plus d’une jeunesse éclatante. Il est même franchement jaune paille, tirant vers l’ambre. Le nez confirme cette oxydation nette mais, en même temps, est complexe, mêlant des notes de type fumé et foin avec le pain et l’écorce d’orange. La rondeur du temps a bien atténuée l’acidité de la jeunesse en bouche, mais ce vin a encore du répondant avec des saveurs légèrement miellées et épicées. Est-ce que c’est parce que j’aime les Xérès que ce vin me parle ? Sans doute. (Et j’en boirais, de ce grand d’Andaloisie, très bientôt en souvenir de Michel Creignou : voir l’article de Michel Smith de samedi). Je pense que beaucoup considéreraient de muscadet comme "passé", mais je l’aime bien et il souligne la capacité de garde des meilleurs vins de la région.

Pouilly-sur-Loire, Chasselas 2010, Terroir d’Antan

Maintenant le cépage chasselas, devenu, en matière de vin, une rareté en dehors de la Suisse, est revendiqué comme un cépage oublié. Je n’ai pas encore dégusté un vin de ce cépage qui m’a emballé, mais celui-ci est plaisant. La robe est en contraste totale avec la précédente : très pale, presque translucide. Le nez est assez discret, un peu souterrain mais agréable avec des notes de champignon de Paris et de fruits blancs. C’est sa vivacité en bouche qui m’a surpris, donnant un aspect salivant à un ensemble simple.

Montlouis-sur-Loire, Premier Rendez-Vous 2011, Lise et Bernard Jousset

La robe est plus teintée, disons jaune pêche. Petite présence de gaz. Ce vin est le seul de la petite série a s’être altéré par contact avec l’air dans l’espace de 24 heures entre mes deux dégustations. Peut-être manque-t-il d’un peu de soufre ? Il était très agréable, fin et tendre quand je l’ai ouvert pour la première fois, mais au bout de 24 heures ses saveurs s’étaient un peu émoussées, faisant ressortir un peu d’amertume (raisonnable et pas déplaisant) de son cépage chenin.

Haut Poitou, Sauvignon, Sainte Pézenas 2011, Cave de Haut Poitou

Cette production de la (maintenant) défunte Cave de Haut Poitou, est aussi pâle et lumineux de robe que le Pouilly-sur-Loire. Nez perçant, très typé sauvignon selon les canons qui semblent dominer dans ce type de vin. Ce style, fait de verdeur (pyrazines, je crois) n’est pas celui que je préfère, mais c’est honnête et a la mérite de la franchise. A l’aération il a montré des notes plus aimables et complexes. Fermement campé sur son acidité en bouche, mais pas seulement car il a aussi une belle matière fruitée. Un vin honnête et vivifiant.

Sancerre, La Bourgeoise 2010, Henri Bourgeois

J’ai des réticences devant le bouteille lourde et l’étiquette ringarde mais l’habit ne fait pas le moine et ce vin est très bon. Robe brillante et nez riche qui mêle notes subtiles issues, je pense, en partie de son élevage mais aussi de la belle vivacité de sa matière première. La petite nuance de rondeur apportée par l’élevage est très bien dosée et n’estompe nullement la finesse du fruit, ni sa tonicité naturelle. Ce très beau vin recèle une bonne persistence sans quitter le domaine de l’élégance.

Que dire en conclusion ?

Voilà la preuve que des dégustations improvisées peuvent donner des bons résultats. Mais, plus intéressant, il y a quand-même une aire de famille à tous ces vins, dû certainement au climat ligérien. Je sais bien que Sancerre est assez loin de Nantes, mais la latitude ne change pas et le climat est globalement le même, à des nuances près. Les cépages laissent évidemment leur marque, comme le millésime et des détails de vinification ou de vieillissement. Mais, si j’avais à grouper mes vins sur une carte de restaurant par grande typologie gustative, ces vins blancs se trouveraient tous sous un titre du genre "léger et vif" . Tout cela tient la route et il n’y avait pas de mauvais vin dans le lot. Mais est-ce qu’on finirait ces bouteilles ?

Cairanne Blanc BoissonUn contraste bienvenu avec ce beau vin du sud. Non, l’acidité comme support principal d’un vin n’est pas toujours si agréable.

Peut-être, si bien accompagné en mets et en compagnie, mais j’ai quand même cédé, en fin de journée, aux joies plus voluptueuses d’un excellent Cairanne blanc 2012, du Domaine Boisson, riche mais bien équilibré. Sauf à être un janséniste convaincu, on ne peut pas prendre son plaisir tout le temps dans les rets tranchants de ce que certains se plaisent à appeler pompeusement de la "tension minérale", et que j’appelle simplement de l’acidité.

David

(texte et photos)


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Jusqu’au Réveillon : Blanc de noirs vendéen et Muscadet primeur à gogo !

Les hideuses décorations de fin d’année polluent déjà les rues de ma ville. Raison de plus pour se poser la question : si on s’amusait un peu tout en préparant (déjà ?) le Noël qui ne saurait tarder ? Plutôt que de subir les traditionnelles risettes de fin d’année, les blagues lourdes des copains et les conflits de famille qui resurgissent chaque année, plutôt que de se noyer dans le triste Champagne "maison" qui n’a pas évolué de style depuis les années d’après guerre, pourquoi ne pas s’amuser à sélectionner les bouteilles qui feront sensation ? Pour vous, j’en ai retenu deux. La première que j’ai devant les yeux renferme un vin franc, beurré à souhait, subtilement noisetté, gentiment grillé, gras, long en bouche, riche et généreux. pas si mal, non ?

Photo©MS

Photo©MS

Mieux, ça se boit à pleine bouche laissant place à une fraîcheur sensationnelle au palais, fraîcheur que l’on peut imaginer plus croustillante et briochée en finale lorsque le vin sera encore plus abouti d’ici quelques années de garde. Le vin ayant des bulles et un beau cordon de mousse, vous pensez inévitablement à un grand Crémant de Bourgogne, ou mieux à un de ces remarquables Champagnes de l’Aube ? Trop facile, d’autant plus que le flacon est vraiment bien habillé comme vous pouvez en juger ci-dessus. Eh bien non, ce vin, parfait piège au passage pour une dégustation à l’aveugle entre potes, n’est ni Crémant, ni Champagne. Il vient de Vendée et pour ne rien vous cacher, c’est une amie, Laure, qui me l’a envoyé. Vous me direz que c’est son job, puisqu’elle est attachée de presse…

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Elle est efficace cette Laure Pradel et elle a plutôt intérêt à être aussi réactive, vu que l’un de ses clients, l’auteur de ce vin, est Jérémie Mourat, un jeune homme aussi dynamique qu’entreprenant, un sacré farceur aussi dont j’ai pu apprécier l’humour à maintes reprises chez mes amis les Tulasne, aux Sables d’Olonne. Non dosé, dégorgé en Octobre dernier, composé d’un bon pourcentage de vins de réserve, le plus ancien étant de 2008, ce pinot noir planté sur schistes du côté de Mareuil-sur-Lay, administrativement qualifié de « vin mousseux de qualité » possède, je l’affirme, l’une des contre-étiquettes les plus informative du moment, ce qui m’évitera bien du blabla. Recommandé sur un chocolat noir entre 70 et 80 % cacao ou sur des toasts de foie gras mi-cuit. Ou sur des pommes à la cannelle cuites au four…

Bien que négociant, Jérémie Mourat n’en est pas moins vigneron et les raisins sélectionnés proviennent de son propre domaine. Comme par hasard, il s’est lié d’amitié avec un presque voisin vigneron du Muscadet, un autre Jérémie, Jérémie Huchet pour être plus précis. Un brin facétieux, les deux gars, déjà auteurs d’une série de crus du Muscadet baptisée « Les Bêtes Curieuses » auxquels j’ai déjà consacré un article l’hiver dernier, ont remis le couvert histoire de rappeler qu’il n’y a pas que le Beaujolais qui a droit aux primeurs. Ensemble, ils ont concocté une jouissive cuvée de Muscadet Sèvre et Maine Primeur sans SO2, fermentée sur ses levures indigènes, un joyeux flacon de 2013 que je vous recommande de boire sans retenue toutes affaires cessantes. 

Photo©MS

Photo©MS

Le nom de ce vin ? « Le Lapin de 6 semaines ». Rien que pour l’étiquette, vous vous devez de l’avoir ! Mais boire ce vin à la robe cristalline alors que le pays a la sinistrose, ça vous requinque le morale ! Moi, je l’aime sur une assiette de petites crevettes grises croquées une fois posées sur une tartine de pain de campagne bien beurré au Bordier (beurre aux algues, de préférence), mais je reconnais que ce vin à la fois vif, soyeux et léger, se conduit fort bien sur les langoustines juste poêlées et même sur les amuses bouches à base de charcutailles. Dépêchez-vous car il n’y en a que 6.500 bouteilles et tout doit être bu avant la fin de l’année. Son prix : 6 € départ-cave si vous appelez de ma part Jérémie Huchet en son Domaine de La Chauvinière, au 02 40 06 51 90, ou au Domaine Mourat au 02 51 97 20 10. Bravo les petits gars !

                                                                                                Michel Smith

 


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Les Muscadets avec les autres

Il y a des bonnes idées qui sont parfois mal exploités. Prenons le cas du caviste Yves Legrand, également marathonien, triathlète, Iron Man, et plus encore à 66 ans, mais aussi vigneron, vendeur et buveur de vin, basé à Issy-les Moulineaux. Ulcéré pas le bas prix et la renommé sinistrée des vins de Muscadet, cet homme s’est mis en tête d’aider les meilleurs vins de cette appellation en grande difficulté à se vendre à leur juste prix, c’est à dire au niveau des bons vins blancs d’ailleurs. Et il a proposé une opération de promotion formidable auprès de tous les cavistes de France qui a capoté par la bêtise de quelques administratifs hors contact avec le terrain. Passons!

Car Yves Legrand a eu une autre très bonne idée : confronter une sélection de bons vins de Muscadet à quelques bons vins blancs d’autres régions de France, à l’aveugle et avec avec un jury de journalistes. Jeudi 18 avril j’ai donc pu participer à une dégustation de 17 vins blancs, dont 7 Muscadets. Les vins étaient issu de différents millésimes et tous vendus par Yves dans ses boutiques, sauf 6 des 7 Muscadets. Les prix variaient de 8 euros à 100 euros, avec les 7 Muscadets occupant le créneau bas, entre 8 et 13,50. Tous les vins étaient mis en carafe à bonne température identique, numérotés, et les dégustateurs fixés sur deux objectifs : (1) Noter son plaisir sur 20 et (2) Indiquer le prix que nous pensions mettre sur chaque vin dans le commerce.

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Les dégustateurs au travail dans les belles caves en craie du Chemin des Vignes, à Issy-les-Moulineaux (photo David Cobbold)
 

Nous ne savions rien de l’origine des autres vins, et le but, bien souligné par Yves, n’étaient pas de dire que le Muscadet écrase tout, ou bien le contraire, mais simplement de donner sa chance à ces vins dans un univers concurrentiel large et ouvert. On l’a découvert pour certains vins pendant le dégustation, pour d’autres après : cet univers (hors Muscadet) était aussi large sur le plan géographique, allant de L’Alsace au Roussillon en passant par la Bourgogne et la Loire que sur celui des prix (10 à 100 euros) ou même de l’âge des vins (1985 à 2011).

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L’alignement des 17 vins, après la dégustation et devant le vignoble du Chemin des Vignes, dont le vin était présent et n’a pas démérité : numéro 9, au milieu (photo David Cobbold)

Deux ou trois généralités me semble significatives à la suite de cette belle expérience. D’abord il n’est pas toujours facile de reconnaître un Muscadet à l’aveugle dans ce type de dégustation. Tel n’était pas le but de l’opération, mais je n’ai pu identifier à l’aveugle que 4 sur les 7. Ensuite, comme mes collègues, j’ai systématiquement sur-évalué les Muscadets servis, ce qui indique déjà quelque chose. Enfin un des Muscadets a reçu la meilleur note de tous les vins de la séance, et ce vin ne vaut que 8,50 euros. Dans les notes moyennes, le Muscadet Sèvres et Maine 1999 de Château du Coing de Saint Fiacre, de Chéreau-Gunther a battu, de peu, le Bourgogne 2009 du Domaine Leflaive (qui vaut plus de 3 fois son prix) et la Grande Cuvée du Domaine de l’Hortus (qui en vaut plus que le double).

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Mes 5 Muscadets préférés (photo David Cobbold)

Mon petit hit parade perso était :

15,5/20). Bourgogne Domaine Leflaive 2009

15,5/20). Domaine de l’Hortus Grande Cuvée  2010

15/20). Muscadet Domaine de l’Ecu 2005 expression de Granit

15/20). Pessac Leogan, Château de Fieuzal 1985

15/20). Muscadet Sèvre et Maine, Clos du Bon Curé 1999

15/20). Vouvray Clos de la Bretonnière 2011, (Jacky Blot)

15/20). Muscadet Côtes de Grand Lieu, Domaine de l’Aujardière 2003,

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Deux de mes vins préféres, Muscadets tous les deux (photo David Cobbold)

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Ce qui signifie une fourchette de prix allant de 8,60 euros à 100 euros pour des vins qui m’ont donné autant de plaisir !

Que conclure ? Qu’il est maintenant évident pour moi, comme pour tous les autres participants à cet exercice,  que les bons vins de Muscadet sont du niveau d’autres bons vins blancs de France de partout. Et qu’ils méritent d’être vendu un peu plus cher que n’est le cas actuellement, de l’ordre de 10 à 15% au moins, selon le cas.


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De Pouilly au Muscadet, une rapide revue de Terroirs

Et v’la t’y pas que notre ami Cobbold, David pour les intimes, en remet une couche sur les terroirs dans sa dernière chronique ICI même. Pour lui, "le fameux «goût de terroir» est un mythe si on entend par «terroir» la nature chimique du sol. Il est avéré que des traces d’élements contenus dans les sols se trouvent dans des vins. Mais les quantités de ces ingrédients sont bien inférieures aux seuils de détection du palais humain ! Un vin n’a que rarement un goût de raisin, et ses saveurs sont, pour la plupart, causées par des molécules organiques complexes, produites dans le raisin ou pendant la fermentation. Ces molécules ne viennent pas du sol et c’est un acte imaginaire, peut-être poétique, que de croire le contraire."

Il reste que son article et le débat qui suit sont à lire ou à relire de toute urgence !

Goût de terroir ou pas, je reviens justement de la Loire avec une idée (du moins si j’ai bien compris) pas si nouvelle et bien Française qui consiste à affirmer que si le terrain est propre et si le vigneron fait son job au niveau de sa vigne, je reste persuadé que le goût du terroir qu’il travaille s’exprimera d’une manière ou d’une autre dans le verre. Bien sûr qu’il y a des variantes sur une même appellation : le terroir de Bourgueil, par exemple, ne s’exprimera pas de la même façon s’il vient des graviers ou de la côte. Il s’exprimera aussi différemment selon l’approche du vigneron, selon le cépage, selon son travail à la vigne, selon l’âge et la santé de la vigne, selon sa manière de vinifier. Idem à Gigondas où l’on n’aura pas la même expression là haut, dans les Dentelles, qu’en bas du village, dans les sables. C’est ce qui rend la généralisation fort difficile et même arbitraire. Admettons tout simplement de façon aussi arbitraire que le terroir, mené par un homme (femme) bien entendu, intervient à plus de 60 % dans la définition du style d’un vin et j’en serais pour ma part ravi. J’avance des preuves (non scientifiques) qui bien sûr n’en seront pas pour certains (trop poétiques, peut-être) mais qui pour moi sont la parfaite illustration de la prédominance du terroir dans le goût d’un vin. J’en ai récoltées au moins deux lors du dernier salon des Vins de Loire, à Angers.

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Vignes enherbées en Muscadet au moment de la taille. Photo©MichelSmith

Avec le Domaine Michel Redde et Fils, d’abord, à Pouilly-sur-Loire, mais en Pouilly Fumé, où le maître des lieux, Thierry Redde est en train de laisser ses deux fils, Sébastien et Romain, prendre de fort belles et audacieuses initiatives. Depuis quelques années, Thierry, dont le père, Michel, s’est illustré avant lui en créant une légendaire cuvée « Majorum » qui brille toujours à table face aux mets les plus exigeants, avait frappé les amoureux du sauvignon avec 3 cuvées « de terroirs » au cahier des charges sans appel à moins d’être archi chipoteur : même cépage, même vendange manuelle en caissettes de 12 kg, même vinification et élevage en foudres et demi-muids durant 18 mois sur lies… Ses fils s’attaquent à un morceau de choix : créer un vignoble sur une ancienne mine à silex. Là bas, on appelle la vigne "Châteauneuf-du-Silex" tellement la similitude avec Châteauneuf-du-Pape a étonnée les deux jeunes vignerons. Alors, alors, me direz vous ? Ben oui quoi, alors ? Alors, on a dans le même millésime (2009) trois vins (bientôt quatre) bien différents d’un même auteur, sur une même appellation et ce n’est pas la première fois que je m’en rends compte, trois vins à part, même s’ils sont de la même famille. Donc, trois terroirs dans une même appellation. Et c’est un peu ce qui emmerde les hommes de science (pas tous, car il y a aussi des amateurs chez les savants) ou les pragmatiques anglo-saxons, même si David est un personnage à part, à ranger en Gascogne, pays qui reste un peu anglais quelque part…

  • « Les Cornets » (marnes Kimméridgiennes du jurassique supérieur appelées aussi « terres blanches »), très fin au nez, dense et sauvage au possible, fort domptable cependant, donne un vin à fond dans la minéralité avec des notes fraîches de roche crayeuse.
  • « Les Champs des Billons » (calcaires Portlandiens du jurassique appelés aussi « caillottes »), à la fois dense, strict et profond, trame serrée avec des notes grillées et une grande longueur.
  • « Les Bois de Saint-Andelin » (silex Albiens  sur fonds argileux sur le point culminant de l’appellation), épaisseur, volume, densité, fraîcheur, longueur, notes de truffe blanche, grande persistance sur la fraîcheur.
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La mine de silex de Pouilly-sur-Loire tout juste plantée par les Redde. Photo©DR

J’en conviens, ces notes de dégustations prises à la va-vite valent ce qu’elles valent. En outre, je ne suis pas un dégustateur patenté et pour cette raison, je ne prétends pas être un expert en la matière. Pourtant, à une heure de route d’Angers, une autre dégustation m’a ouvert l’esprit lors d’une prolongation en terres de Muscadet, chez l’ami Jérémie Huchet (Château de la Chauvinière) où j’ai pu goûter de manière plus confortable (hélas, pas à l’aveugle) plusieurs vins de crus reflétant parfaitement leurs terroirs. Nous sommes en Muscadet, pas à Pouilly. Souci numéro un du bon vigneron du Muscadet ? Remonter le retard sur le tarif en tentant d’imposer une idée de grands vins tout en invoquant le terroir avec un « T » majuscule. Logique. Ce n’est donc pas un hasard si Jérémie Huchet s’est associé il y a peu avec un ami vigneron (et négociant) du même prénom, le très entreprenant Vendéen Jérémie Mourat  dans le but de sélectionner des vignes et d’élaborer des cuvées spécifiques mettant en avant les caractères des grands terroirs du Muscadet sous le nom générique « Les Bêtes Curieuses ». Quand on connaît les deux gars, c’est un nom qui leur qui leur va comme un gant ! Il leur est apparu comme ça, à force d’être pris tous les deux pour des cinglés. Je l’ai déjà dit quelque part, j’aime les vignerons quand ils ne se laissent pas abattre par la morosité ambiante, surtout quand elle frappe aussi durement le Muscadet. Nés la même année (1977), les deux Jérémie sont de ceux-là qui s’organisent en achetant des parcelles abordables, quand elles ne sont pas déjà dans le portefeuille de La Chauvinière, afin de montrer aux sceptiques de tous poils que le Muscadet n’est pas qu’un vin d’huîtres que l’on touche en grandes surfaces à des prix indignes défiants toute concurrence ne dépassant guère les 3 €. Par ailleurs, ces deux gars ont voyagé, l’un en Australie où il a failli rester si ce n’était son amour pour le vignoble familial et sa passion pour le Melon de Bourgogne, l’autre en Afrique du Sud où il expérimente un vignoble de Chenin, un cépage qu’il a dans la peau.

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Une nouvelle collection terroiriste en Muscadet. Photo©MichelSmith

Toutes leurs «» ont été élevées longuement « à la nantaise », c’est-à-dire sur leurs lies, sans bâtonnages, en cuves souterraines avant d’être mises en bouteilles à la propriété sans collage ni filtration. Par respect pour la terre, les sols sont travaillés au labour, sans désherbants ni engrais chimiques en privilégiant les traitements à base de plantes et de minéraux. Chose plutôt rare en Muscadet, les vendanges sont manuelles. Là encore, une même recette pour un même objectif : montrer le terroir dans ce qu’il a de plus noble, de plus évident, mettre en lumière ce qu’il a de plus palpable, de plus réaliste. Par chance, j’ai pu goûter (en exclusivité mondiale, s’il vous plaît !) à température ambiante (16°) et sans ordre précis cinq des premiers vins mis en bouteilles (fin 2012) par les « Bêtes Curieuses ». Le prix public de ces « crus », hormis le 2004, est étonnement bas : autour de 12 €.  Notez que le Muscadet compte pour l’instant 7 crus dont la démarche est encouragée par l’INAO avecl’appui technique de Romain Mayet, ingénieur rattaché à l’ODG Muscadet, en charge des crus communaux. Voici ce que Parker Smith en pense…

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Le clocher de Château-Thébaud et les vignes de La Chauvinière. Photo©MichelSmith

-Château-Thébaud 2006 (terroir argilo graveleux sur granite assurant un bon drainage naturel). Robe d’un joli blond à peine foncé. Le nez est tendre, mais discret, doux comme un agneau, cachant à l’agitation quelques touches marines évoquant le grand large. Bouche ronde et solaire avec une fraîcheur toute minérale qui apparaît en filigrane. Le vin s’exprime sans hâte, sans excès, sans fanfaronnade, presque du genre : « Vous permettez que je me glisse parmi vous » ? S’en suit un grésillement de saveurs diffuses, entre soufre (le vin est très peu soufré) épices et sels minéraux sur un fond de fruit évoquant la mirabelle et la poire louise bonne. Laissons le vin passer encore un minimum de 5 ans en cave pour unir cet édifice qui évoque une église romane.

-Goulaine 2009 (terroir de schistes et de gneiss sur un versant de la Goulaine, petite rivière qui se jette dans la Loire avant d’irriguer le marais du même nom). Plutôt aérien au nez, on perçoit une certaine tendresse et d’heureux effluves de fruits blancs bien mûrs. On se croirait presque dans un jardin de curé ! En réalité, cette tendresse apparente cache une bête. Je n’ai pas dit un monstre. La puissance du millésime se fait sentir et l’on assiste à une sorte de danse du feu savamment orchestrée par une trame minérale assez profonde qui structure l’ensemble. Là aussi, on peut attendre. Pourtant, j’aimerais bien l’essayer vers 2015/16 sur une pintade aux choux ou des poissons fumés car le vin trépigne d’impatience…

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Les cinq premières "Bêtes Curieuses". Photo©MichelSmith

-Clisson 2010 (sols sablonneux sur socle de granite, au cœur de la butte de La Templerie). Assez fermé, pour ne pas dire hermétique, le nez est très légèrement beurré. L’attaque est riche, la trame serrée, voire granuleuse avec une sensation de s’enfoncer progressivement dans la roche. La finale est salivante au possible, on la devine aussi lumineuse. L’ensemble est assez long en bouche, mais sans excès. Il ne reste plus qu’à attendre 5 ou 6 ans et de prévoir un veau fermier servi avec une crème aux petits champignons des prés.

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Granite de Clisson (gris). Photo©MichelSmith

-Gorges 2009 (argiles bleues sur gabbro, le sol est tardif). Nez parfaitement sur la réserve, on sent de la finesse et l’on se prépare pour un long voyage souterrain, façon Jules Verne. Cela tombe bien puisqu’il est né à Nantes… En bouche, on a des instants étincelants comme pour mieux indiquer le chemin à suivre. La matière est ferme et c’est elle qui nous guide tel un fil d’Ariane vers une multitude de niches où se cachent des agrumes confits plus ou moins amers. C’est très long, mais on ne s’ennuie pas le moins du monde. Je suis tenté par un havane, sauf qu’il me faudra attendre 10 ans !

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Pierre de Gabbro. Photo©DR

-Gorges 2004 (même terroir de gabbro). Blondeur à peine accentuée par l’âge. Le nez a du mal à se réveiller, mais après aération dans le verre on a du salin, de la fumée, des épices douces… Le gras est évident en bouche, avec toujours cette impression de voyage souterrain décrite plus haut. Puis on s’installe dans la précision, appuyée par une fraîcheur qui exerce encore son charme nous laissant avec cette impression que le vin peut encore survivre à une décennie supplémentaire. La matière est bien là, encore riche et parfumée d’agrumes. Et c’est évidemment très long. On chavire pour une terrine de poisson ou un pâté de gibier, ou encore un homard. Breton, évidemment !

Pour finir, je ne peux m’empêcher d’ajouter mes commentaires concernant cinq vins de Jérémie Huchet qui m’ont « espantés » comme on dit chez moi.

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Le Château des Montys avec le coeur du clos. Photo©MichelSmith

-Clos des Montys 2010 (parcelle de un hectare de vignes plantées en 1914 au cœur du vignoble du Château des Montys, sur les hauts de Goulaine : cailloux en superficie sur de l’amphibolite et gabbro). Le nez est réservé, comme enfoui, même si l’on sent quelques touches pierreuses et des notes de fer rouillé à l’aération. Pas encore prêt en bouche où l’on a un côté presque métallique sur de fines notes épicées. Le vin a un aspect minéral fort prononcé arrondi par quelques notes crémeuses. Très long en bouche, il est loin d’être prêt à boire. Tiré à 4.000 bouteilles, c’est l’un des plus élevés en prix : 8,30 € départ.

-Clos des Montys 2005. La robe est encore très claire et le vin est complètement fermé au nez, la bouche aussi d’ailleurs tant et si bien qu’il eût fallu le carafer… On ressent de la puissance, mais tout cela est retenu. On a une matière abondante avec de la densité, du mordant, une bonne structure et ce qu’il faut de longueur pour affronter les ans. Compter sur encore dix années de garde. Plus en vente.

-L’Inattendu du Château de La Bretesche 2011 (sur une vaste butte de la commune de Maisdon, le sol est sableux composé de gneiss à deux micas. Les vignes ont 45 ans d’âge en moyenne). Joli nez très fin, élégant, salin et délicat. Bouche explosive, généreuse mais précise, pleine de revendications minérales, on se croirait pris dans un magma sauf qu’au lieu d’être brûlant le vin est d’une fraîcheur exquise. De nouveau, c’est l’élégance qui vient souligner la finale appuyée par une belle longueur. Seulement 5,10 € départ cave.

-Château de La Templerie 2011 (sols légers qui se réchauffent vite, très drainants aussi, composés de sables grossiers jusqu’à la roche grise de granite de Clisson). Nez fin, délicat. Matière riche en bouche, très ferme, serrée, sur un fond compact de roche mêlée de terre fraîche, argileuse, humide et collante. C’est long, très long, ténu, solide comme le granite qui semble habiter ce vin et il faudra l’attendre au-delà de 2020 afin que la fraîcheur sous-jacente prenne pleinement le dessus. Prix : 5,10 €… seulement.

-Granite de Château-Thébaud 2002 (terres assez meubles composées de pierres ocres qui se brisent dans tous les sens sur fond de granite métamorphosé). Robe d’une blondeur toute lumineuse. Nez délicat de fleurs des champs avec des touches minérales. Magnifique de fraîcheur en bouche où le vin semble scintiller de mille feux. On sent qu’il faudrait presque l’écouter tant il paraît harmonieux. La structure est dense, profonde, épicée, très portée sur le minéral, conduisant vers des notes de pain d’épices. Très grande longueur. Plus en vente, il reste un superbe 2007 à 8,50 €.

Michel Smith


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The ravages of fashion: Muscadet, Vinho Verde and some grilled fish

It may well be a truism that fashion is a fickle mistress but no less true for that. There was a time when the UK drank container loads of Muscadet and Vinho Verde. In the late 1980s many a wine bar had at least one Muscadet on its wine list.  Then fortune changed and people moved on. Muscadet become a drink of the past. It became seriously uncool to be seen with a bottle of Muscadet as it had a few years previously with Vinho Verde.

Some things deserve to go out of fashion and stay démodé– loon pants and platform heels, for example. Others do not fully deserve to be neglected and I think there is a case to be made with both Muscadet and Vinho Verde – both wonderful partners with fish. But I’m leaping a bit ahead of myself!

Muscadet’s fall from grace is often ascribed to the severe April frost of 21st/22nd April 1991 that speedily reduced the 1991 vintage throughout much of Western France to a third of normal. Following the frost the price of Muscadet shot up and, as this coincided with the arrival of Australian wines on the UK market, customers rapidly changed their allegiance. Many never returned.

Critics cite the poor quality of Muscadet at the time, which I think is rather over doing it. Certainly there were some poor Muscadets – unripe and oversulphured – but there were also some very good ones as my first press trip the Pays Nantais in February 1989 clearly showed. The quality from producers such as Louis Métaireau and Sauvion et Fils didn’t suddenly nosedive – they just went out of fashion. Once out of fashion it is usually so hard to regain recognition and credibility.

RAAlvarinho08as Quinta de Gomare

Vinho Verde and Muscadet have much in common. Neither are flashily aromatic unlike the often brazen but popular, Sauvignon Blanc. They do not not shout out their virtues but given a superb piece of grilled fish or a plateau de fruits de mer, I’d opt for one or the other every time in preference to a Sauvignon Blanc. My choice will depend upon which country I happen to be in and what is on the wine list.

One of the pleasures of spending some time in the Lisbon is the quality of the fresh fish – at its best plainly grilled. A citric and minerally Vinho Verde – usually an Alvarinho is the perfect wine – often nearly a fresh as the fish.

Fortunately it is still difficult to find bad food in Lisbon or in the neighbouring areas, especially if you stick to simply grilled food. But some venues stand out as especially good including one of Europe’s most westerly restaurants (21-923-00-28) at the unspoilt Praia Adraga.

Archb-adragas
Praia Adraga


The restaurant sits just above the beach and, if you are lucky enough to get a table by the window, you look out over the Atlantic rollers – next land America. Start with a crab, then a sea bass for two accompanied by a bottle of Alvarinho either from Quinta de Gomariz or Muros Antigos. Perfection – simply delicious – who would want something more complicated?

Yesterday four of went across the Tagus on the ferry to Porto Brando and had lunch at Mare Viva (21-295-11-34). To accompany our Arroz da Tamboril (monkfish) and the mixed seafood cataplana we chose a fresh and lemony 2008 Muralles de Monção, a blend of Alvarinho and Trajadura. Again a delicious combination, although less weight than you normally find with a pure Alvarinho.

 There is something wonderful about a long lunch even though it may well finish off the rest of the day but if lunch lasts long enough there won’t be much left of the day anyway!

Last June three of went to La Chope in Tours, one the city’s institutions (http://dev5.prowebserver.fr/) where we had a wonderful plateau de fruits de mer ‘Royal’. And the wine – a 2007 Vieilles Vignes Muscadet-de-Sèvre-et-Maine sur-lie from Domaine Gadais (www.gadaispereetfils.fr). A memorable lunch and a memorable combination of wine and brilliant shellfish!

PlateauRoyales
Plateau Royal

Stuff fashion!
Jim Budd
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