Les 5 du Vin

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Les 5 de l’été: mes rouges

Quelle bonne idée il a eue là, l’ami David, de nous donner son quinté des blancs de l’été, ne serait-ce que pour nous changer du rosé.

Je le rejoins à 100% dans sa dénonciation des modes, des habitudes, du "must drink".

Et j’irai même plus loin. Soleil ou pas, je n’arrête pas de boire du rouge, et même du rouge solide.

Quand il fait très chaud, bien sûr, je ne chambre pas mes vins; je les rafraîchis un peu, au contraire; pas au point de les servir glacés, ce qui leur ôterait trop d’arômes et rendrait leurs tannins insupportables. Mais je les passe tout de même au frigo "le temps qu’il faut". Il est plus facile d’attendre qu’ils se réchauffent que de les refroidir dans le verre!

Et puis, il faudrait parler d’une autre fraîcheur que celle de la température – la fraîcheur qui vient du vin lui-même, la fraîcheur qui équilibre l’alcool, et parvient même, dans certains vins, à vous la faire oublier.

Ceci pour vous expliquer que vous trouverez dans ma sélection, mon quinté, des produits pas vraiment conçus pour la terrasse ou pour le barbecue, et même des vins qu’on associerait plutôt avec une bonne daube au coin du feu, par une soirée de neige. Et pourtant…

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Si vous voulez vous donner la peine de me suivre au château… (Photo André Devald)

Cahors Château de Cayx 2011

Ce n’est pas tous les jours qu’on boit le vin d’un Prince, fût-il de Danemark. Mais ce n’est pas ça qui a dicté mon choix – plutôt le plaisir de revoir cette propriété au sommet.  La qualité n’a pas toujours été au niveau de la réputation, dira-t-on dans un vigoureux euphémisme. Les résultats obtenus par l’équipe de Guillaume Bardin et Alexandre Gélis, en à peine deux ans, sont impressionnants. Et pas seulement dans les cuvées de prestige.

Bon, la cuvée Royale est époustouflante, mais un peu chère. Alors je me suis rabattu sur la cuvée Château. "Elle est issue d’une sélection parcellaire de deuxièmes et troisièmes terrasses et éboulis", m’a dit M. Gélis. J’ai fait: "D’accord", avec un air entendu qui ne trompait personne. Et puis j’ai mis mon nez dans le verre. C’était princier. Épicé, fruité (noir, bien sûr, à Cahors), avec une touche de prune; le bois était bien intégré, la bouche longue, veloutée, la finale pleine de…  noblesse, avec une touche de violette – comme si le Prince Henri avait mis une fleur à la boutonnière de son habit. Pour une vingtaine d’euros, moi, je faisais partie du Gotha… des journaleux du vin.

Cavalier Pepe Taurasi Riserva Loggia del Cavaliere 2007

On change de pays, de vignoble, de cépage, nous voici sur les pentes des Apennins, à mi-chemin entre Mer Adriatique et Mer Tyrrhénienne.
Les vignes, discrètes, sont disséminées entre bosquets et cultures. C’est pourtant là que naît un des plus grands vins du Sud du l’Italie, le Taurasi.

Son seul défaut, sa coquetterie, c’est d’être souvent très long à se faire – quand il se fait. Mais pas ici – Cavaliere Pepe semble avoir trouvé le secret de l’Aglianico mûr, et accessible. Il n’est pas tombé dans le piège de l’extraction. Ce domaine d’une cinquantaine d’hectares se répartit en plusieurs parcelles, aux abords du très joli village de San Angelo all’Asca.

Cette cuvée haut de gamme présente de belles notes de marasquin, de fleurs et d’épices douces, presque orientales; sa bouche est juteuse, ample et pourtant très directe – la charpente acide nous guide sans faillir jusqu’à l’explosion finale, un giflée de cerises noires et un peu de pain grillé. Le vin a séjourné 18 mois en barrique, mais il n’a rien de corseté. 100% Aglianico.

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Clos d’Alzeto Ajaccio Rouge 2012

On ne visite pas ce domaine par hasard, c’est le plus haut de Corse, et vous aurez votre quota de virages avant d’y arriver. Mais l’endroit est si beau qu’on oublie vite; et encore plus vite quand on porte le verre à son nez et à ses lèvres.

Est-ce le dépaysement? Je pense à une mondeuse, voire à une syrah. Le poivré, le fumé, la fraîcheur. Mais mettons un peu d’ordre dans tout ça. Le nez démarre sur la fraise et la groseille bien mûres, puis on passe sur la réglisse et les herbes du maquis; en bouche, un peu de menthe prend le relais, c’est étonnant de précision, de finesse et de vigueur à la fois. Très beaux tannins, une pointe de sel en finale, hem, on en reprendrait bien une lampée. 17/20

70% schiaccarello, 20% grenache et 10% nielluccio.

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Coume Majou Cuvée du Casot 2009 Côtes du Roussillon Villages

Peut-être la meilleure cuvée que j’ai jamais goûtée de l’ami Charlier – complexe, charnue, épicée, très aboutie, des tannins superbes, du caractère, et aussi beaucoup de fruit. Sauf que j’adore aussi sa cuvée L’Eglise, dans un style plus simple, peut-être, mais tellement séduisant. Mes lectrices me pardonneront, j’espère, la comparaison, mais je n’ai jamais pu décider si je préférais une femme en robe de soirée ou en bain de soleil.

Et à ceux qui me penseraient que je fais du copinage, je précise que j’ai acheté ce vin (c’est le seul de mon quinté, d’ailleurs).

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Le fameux casot de la cuvée du même nom

Porto Barros Colheita 1966

Je termine par une sorte d’Ovni. La Colheita est aux Portos oxydatifs ce que le Vintage est aux Portos obtenus en milieu réducteur: une cuvée millésimée. Pas tous les ans, seulement les bonnes années.

La robe, plutôt dense, présente de belles nuances de feu. Le nez évoque le raisin sec, l’abricot sec, le café; la bouche est bien équilibrée, le sucre et l’alcool étant très bien fondus; les épices (fenouil…) la finale est saline, avec des notes de menthe et de gingembre. Cette fraîcheur est étonnante pour un vin de cet âge. Mise en bouteille: 2013.

Bien sûr, ce vin là n’ira pas au frigo. Il sera réservé à la soirée, un peu à la fraîche. Il sera ouvert un peu à l’avance, aussi. Et rebu régulièrement, jusqu’à l’obtention d’une bouteille parfaitement vide. Tiens, déjà?

Hervé Lalau

PS. Je m’aperçois que mes 5 vins viennent de terroirs du Sud, majoritairement méditerranéens. Ce n’est pas fait exprès. Mais j’assume. C’est là, sans doute, actuellement, que je trouve mon meilleur rapport plaisir-vin.

PS 2. Je vous souhaite de belles vacances, si vous avez la chance d’en prendre, et de bonnes dégustations.


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#Carignan Story # 228 : Rien à voir avec des Romains, ce sont des Romarins…

Nul doute que Cylia et Laurent Pratx sont fiers de présenter leur premier cent pour cent Carignan. Basés pour l’instant dans une vieille demeure de Rivesaltes en bordure d’Agly avec leurs quatre enfants, ils vont s’installer dans un avenir proche en plein cœur du vignoble d’Espira-de-l’Agly. Ce jeune couple débordant d’enthousiasme pour leur Domaine Serre Romani (montagne des romarins) qui s’étend jusqu’au territoire du cru Maury, a la vigne pour porte-étendard, mais aussi l’olivier et l’abricot pour arrondir les fins de mois difficiles. La juste maturité du fruit, ils connaissent et, si elle s’exprime à merveille et avec panache dans un pur Grenache noir (9,90 €), une cuvée Providence de vieilles souches, elle se ressent aussi dans ce 2013 de belle extraction dédié au Carignan Catalan comme ils le stipulent avec force, et commercialisé à 7,50 € départ cave.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Pour ce premier millésime d’IGP Côtes Catalanes issu de Carignans plutôt anciens plantés sur les terres noires du secteur d’Espira-de-l’Agly, l’accent est mis sur la souplesse, la facilité. Tout en étant léger, le vin ne manque pas de chaleur. Ni de fruit : pur jus de chair de bigarreau en l’occurrence. Histoire de corser le tout, de petits accents tanniques et grillés viennent titiller le vin, comme pour l’encourager à marquer encore plus le palais. Ça se boit plutôt frais et sans tralala sur un poulet grillé au dessus de la braise avec force de romarin ou de thym. Les romarins ? Je les connais bien, eux qui fleurissent en pagaille de l’hiver au printemps dans cette vallée de l’Agly. On aimerait juste un peu plus de structure acide, un peu plus de peps comme disent les cuisiniers, pour le faire accompagner un thon saignant revenu de la planxa en une sorte d’aller-retour réglé avec maestria et minutie. Pour ma part, je l’ai trouvé fort à mon goût sur le couscous de poulet avec boulettes et courgettes fondantes. Bel été !

Laurent Pratx, heureux vigneron. Photo©MichelSmith

Laurent Pratx, heureux vigneron. Photo©MichelSmith

Michel Smith


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#Carignan Story # 222 : de Fenouillèdes en Arabesques

Tout ce que je sais à propos de ce nouveau domaine des Fenouillèdes se trouve ici, sur le site My Major Company. Saskia Van der Horst, même pas 30 ans et déjà propriétaire d’un petit domaine d’à peine 5 ha, sur Montner, doit être hollandaise… ou belge, sauf qu’elle parle français comme vous et moi et que forcément ce genre de détail sur sa nationalité ne se remarque pas lorsqu’on lui parle de vive voix. Il me semble avoir goûté un de ses vins l’autre soir au Via del Vi, un fameux bar à vins de Perpignan. Il s’agissait des Champs d’Andrillou, à majorité grenache noir avec 40 % de carignan, un Côtes du Roussillon Villages tout en fraîcheur. J’ai cru au départ que c’était un Carignan pur, mais en revenant dessus 48 heures après, je me suis dit que ce n’était pas le cas en dépit de cette belle acidité qui le rendait si aimable et joyeux.

Photo©MichelSmith

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Le millésime 2013 marque la première vendange de Saskia. Elle a de la chance car c’était une bonne année. Avec ses vins présents en trois lieux différents sur Perpignan, Salsia m’a indiqué par téléphone que je pouvais aussi acheter son Côtes Catalanes presque pur Carignan (90 %) Le Roi Pêcheur à la Maison Guilhot, Place des Poilus ou, à deux pas de là, aux Indigènes, un autre bar à vins tenu de mains de maître par l’ami Nicolas Lefevre. Chose faite, pour la modique somme de 13 euros.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Robe sombre, bouche ferme, fruit très mûr en rétro olfaction (cerise et mûre), tannins présents mais pas méchants, on sent cependant que le vin a besoin d’un petit coup de pouce avant de pouvoir se livrer totalement. Plus d’aération ? Douze heures après, la finale devient assez poivrée et chocolatée. Et manque de fraîcheur, ce qui accentue mon peu d’enthousiasme du début. Dans l’ensemble, rien de franchement désagréable. Je ressens la matière, mais j’ai juste un manque flagrant, d’allant, d’entrain. Même si je ne sens pas particulièrement le bois neuf, je me demande si ce n’est pas un excès de cuvaison boisée qui masque la clarté de ce Carignan. Dommage. Peut-être que le mieux serait de l’attendre… au moins 3 ans. Mais du coup, je ne garantie rien. Pour le moment, c’est un vin en demi-teinte.

Michel Smith

PS. Pour ceux qui connaissaient et qui aimaient, eh bien le Bistrot des Crus, à Perpignan, c’est fini. On ne goûtera plus la généreuse cuisine de Maïté servie avec les bons petits vins de la région. Dommage, mais ainsi va la vie. On s’y était tant régalé, fallait bien que ça s’arrête un jour…


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#Carignan Story # 221 : les Danjou n’ont rien d’angevins.

Les frères Danjou sont de sacrés vignerons. Non seulement leurs vins commencent à avoir la grosse cote bien au-delà des frontières du Roussillon, à commencer par leur rancio sec que je boirai volontiers jusqu’à la lie, comme je l’ai déjà dit ici, en tirant sur mon cigare du Dimanche soir, mais leurs cuvées de Carignan agissent sur moi de manière radicale puisqu’elles me font l’effet d’une bombe. Seuls leurs prix de vente peuvent me retenir ! Et encore… Ne recevant pas de subventions pour en parler, je goûte leurs vins aux hasards des dégustations plus ou moins sauvages auxquelles ils participent volontiers. La dernière avait pour cadre les anciennes caves Gauby, à Calce, où ils étaient les invités de Lionel à l’occasion de la désormais légendaire journée des Caves se Rebiffent.

En cadrant leur camarade Fabrice Magniez, de gauche à droite, Benoît et Sébastien Danjou. Photo©MichelSmith

En cadrant leur camarade Fabrice Magniez, de gauche à droite, Benoît et Sébastien Danjou. Photo©MichelSmith

Sébastien Danjou et son frère Benoît, représentaient donc le Domaine Danjou-Banessy et, à les voir comme ça, je me disais qu’ils n’avaient rien d’angevins. Balaises, ils trônaient là, dûment casquettés en compagnie d’un troisième homme, un placide Bourguignon nommé Fabrice Magniez. Le genre de comité d’accueil plutôt glacial malgré quelques rares sourires esquissés. Non, je blague car les frères Danjou, en dépit de leurs hautes statures et leurs sourires en coin, sont plutôt timides. Et ils restent des gens charmants… en toutes circonstances.

Photo©MichelSmith

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En attendant de goûter un jour au cinsault (cépage rare dans le Roussillon), deux carignans m’attendent : l’un gris, l’autre noir, tous deux issus de vignes plantées sur les « terres noires » d’Espira-d’Agly, non loin de Perpignan. Ces terres sont en réalité des débris ou des miettes, parfois de la poudre, de schistes noirs déposés en couches plus ou moins profondes sur un socle plutôt calcaire. Ecore une de ces curiosités géologiques dont le Roussillon a le secret sur des terrasses occupées par des domaines connus comme le bien nommé Mas Crémat ou le Vieux Chêne.

Photo©MichelSmith

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Le gris, version IGP Côtes Catalanes 2012 La Truffière donne un blanc dense et solide, bien structuré, bien balancé aussi, un vin fort long en bouche, riche en matière qui, n’en doutons pas, va gagner en complexité si on prend la peine de le conserver encore 4 à 5 ans. Il semble qu’il y ait du bois, mais tout cela est fort bien maîtrisé par des élevages en fûts de plusieurs vins et plutôt de grands contenants. Moi, je le verrais bien sur une potée de poissons de rivière, mieux encore sur une matelote d’anguilles, de celles que l’on trouve dans les étangs de Canet, par exemple. Mais ça devrait aussi pouvoir accompagner des escargots grillés aux sarments de vignes.

Photo©MichelSmith

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Le rouge Côtes du Roussillon Villages 2012 Les Myrs provient d’une vieille vigne d’un hectare très majoritairement carignan, de celle que l’on ne peut travailler qu’à la pioche tant elle a été marcottée par les ancêtres. Très respectueux de ce travail, les Danjou ne remplacent les manquants qu’avec des sélections massales. On retrouve la fermeté légendaire des vieilles vignes avec cette empreinte pierreuse pour ne pas dire minérale assez prégnante au palais. Là aussi, il va falloir attendre au moins 5 ans et prévoir une gigue de chevreuil ou d’izard pour l’accompagner.

Pour info, le premier vin est à 28 € départ cave, le second à 29 €.

Michel Smith


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C’est con, une bouteille vide…

Nuit de pleine lune. Inévitablement, le bélier que je suis a des envies de bousculades, de chambardements, de remises en questions, de coups de tête, de révolutions. Non, je n’écrirai pas pour ne rien dire. Non, je ne ferai pas comme certains de mes confrères qui donnent l’impression de n’avoir plus rien à dire, qui comme moi sont tentés d’enfourcher de vieilles querelles, de ne publier que de banales photos pour illustrer de vagues propos. Au moins, ils ont l’excuse d’être importants, de voyager, d’être épuisés… Un peu comme moi qui, hier, cherchant une fois de plus à me noyer dans un verre de jus de fruit face à mes éternelles contradictions, mis devant mes responsabilités, confronté aux livres que je dois pondre et qui ne viennent pas, exposé de plus belle aux aléas de la vie, aux défaillances des autres, aux départs des uns, aux exigences de tous, irrité par la connerie de ces pseudos français qui s’acharnent sur une ministre cultivée, intelligente, qui préfère se recueillir plutôt que d’accompagner un chœur d’experts en chants nationaux… Putain, qu’est-ce que c’est moche un politique lorsqu’il se prend pour un milicien des années quarante !

Oui, tous ces messieurs bien pensants, ces Copé en puissance toujours "profondément choqués", si sûrs de leur hauteur, si cons et si serrés dans leurs costards tristes et étriqués, si français dans leur chemisette digne du collège de l’Immaculée Conception, tellement fiers d’avoir devant eux tant de micros et caméras pour proférer leurs âneries, cracher sur les pauvres gens, insulter qui bon leur semble, remuer la merde en quelque sorte… Je sais, je m’égare. Pardon.

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Alors j’écarte un instant ces scouts de pacotille et ces seconds rôles d’opérettes. Hier, face à la platitude qui nous entoure j’étais prêt à tout quitter. Prêt à expédier la chose, façon Giscard ou, mieux, à la de Gaulle. Oui, j’étais prêt à tout envoyer en l’air, à oublier de chercher l’inspiration, à vous fuir, vous qui n’avez probablement guère plus de choses à dire que moi. Et puis j’ai pensé à cette bouteille que j’allais mettre dans ce conteneur (ou container) à bouteilles vides qu’il faut que j’aille trouver du côté de la gare et qui sera probablement rempli de saloperies. J’ai pensé que, puisque je déprimais à quatre heures du matin par une lune pleine, j’allais me venger sur une malheureuse bouteille de pinard. Encore un exercice futile. Encore des lignes inutiles. Oui, j’aurais pu parler de tant d’autres choses, allumer je ne sais plus quelle polémique, m’en prendre aux buveurs de pacotilles, aux vins vinaigrés, m’enrager contre les bobos, évoquer les grands crus de ce monde, enflammer la toile d’une énième provocation, pleurer ceux qui nous quittent.

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Cette bouteille, je l’ai trouvée dans ma cave que j’écluse de plus en plus en ce moment comme si j’éprouvais le besoin urgent de casser un jouet. A moins que ce ne soit une envie pressante de fouiller dans mon passé. Je l’avais prise pour la donner à mes amis Isabelle et Vincent qui sont passés en coup de vent tout à l’heure. Et puis je me suis souvenu qu’au départ, lorsque cet échantillon me fut remis par Jérôme Malet qui tentait avant les années 2000 de relancer le Domaine Sarda Malet de ses parents, Suzy et Max, domaine aujourd’hui cerné par le béton glouton dévorant nos vignes – quand je pense que nous souhaitions à l’époque que Perpignan devienne la capitale des vins de la Méditerranée, rien que ça ! -, au départ, donc, je faisais un peu la tronche en goûtant ce vin. Une fois de plus, me direz-vous. Je le trouvais mou, sans caractère, sans profondeur. Je le prenais pour une vulgaire curiosité sur laquelle il faudra bien que je me repenche un jour.

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C’est tout con une bouteille. Encore plus quand elle est dite « blanche » ou « incolore » et que son verre laisse s’exposer toute la couleur du vin, ici doré virant au bronze. C’est con d’autant plus que le liège est étroit afin de mieux coller à l’étroitesse d’un col long et fin probablement né de l’imagination d’un verrier italien. Et c’est un peu pour ça que je l’ai ouverte avant l’heure, pensant qu’elle serait bouchonnée, ou piquée, que sais-je encore. Eh bien non. Le bouchon fut sorti sans mal et dans un état parfait. El le vin, bu sur deux nuits à l’heure de l’apéritif – il s’agissait d’une 50 cl – m’est apparu radieux, souple certes, mais riche et équilibré en bouche, à peine troublé par la délicatesse du sucre, long mais sans excès, sans lourdeur aucune. Ce matin, le verre dans le fond duquel il restait une lichette, sentait le miel de tilleul… Dommage pour mes amis, mais il faudra que je leur trouve une autre bonne bouteille à partager.

Pour ceux que mes élucubrations intéressent, ce flacon devenu cadavre exquis fut décrété simple Vin de Table sur l’étiquette. On ne pouvait presque rien écrire à part le degré (14°). Alors, les Malet lui ont trouvé un joli nom, « L’Abandon ». Et 1995 était le premier d’une série qui, s’y j’en crois le site internet du Domaine Sarda-Malet, s’est arrêtée depuis… après deux ou trois millésimes moins évidents ? Dommage. Il devait être trop compliqué à faire dans ce pays où le vent assèche tout. J’ai failli oublié de vous préciser le nom du cépage réservé à cette cuvée : c’est de la malvoisie. Celle du Roussillon, bien sûr, car de la malvoisie il y en a de toutes sortes dans le bassin méditerranéen. Peut-être même que cette malvoisie a depuis été arrachée et remplacée, qui sait ? Jérôme Malet, si tu me lis…

Michel Smith

Post scriptum. Un petit mot de plus  pour saluer le départ soudain et sans fanfare de Laurence Faller. Je pense à sa maman, Colette et à sa grande soeur, Catherine. Cette Laurence était sagesse et discrétion. Exigeante aussi et cela se ressentait dans ses vins devant lesquels elle s’effaçait. Mais qu’est ce que vous avez les vignerons à partir comme ça ? Qu’est-ce qu’on va devenir sans vous ?

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