Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Que c’est beau !

En ce moment, je m’étonne moi-même. Blasé comme je suis, ivre de ma supériorité supposée, odieusement imbu de ma personne, oui, je l’avoue, je m’étonne encore de pouvoir être étonné. Il arrive même que je sois espanté et alors là, je m’en étonne plus encore. Voilà pourquoi, mieux qu’un voyage de presse en technicolor où il n’y a guère plus d’un ou deux journalistes pour participer, mais plus volontiers un essaim de blogueurs qui n’écoutent même plus les explications qu’on leur donne préférant tapoter à longueur de journée sur leur portable en évitant de poser la moindre question et en ne parlant que de leur petit monde à eux, mieux qu’un voyage organisé avec forces présentations publicitaires, voilà pourquoi donc je vous propose de tout lâcher durant quelques jours.

La serre de Maury, cet hiver. Photo©MichelSmith

La serre de Maury, cet hiver. Photo©MichelSmith

Proposition idiote, je sais. Suggestion nulle et non conciliable avec la vie que vous menez. Vos vacances de Pâques sont déjà rondement menées. Et pourtant, il suffit d’un coup de TGV. Bref, pour les besoins d’un livre, je tourne presque tous les jours en ce moment dans la campagne qui me sert d’arrière-pays. Il est vrai que je suis aidé par le temps estival qui règne ici depuis bien avant le début officiel du printemps, mais j’ai parfois l’impression de faire un immense repérage de paysages pour les besoins d’une grosse production hollywoodienne en vue d’un blockbuster offrant des scènes à couper le souffle. Le secteur concerné est certes vaste, mais pas si immense que ça. Il touche en gros tout ce qui tourne autour de la serre de Maury, cette vallée du même nom qui se confond avec celle de l’Agly et qui monte doucement vers l’Ariège avec quelques incursions furtives vers l’Aude et les Corbières, vers Tuchan, Paziols, Embres et Castelmaure. Cette vallée où l’on oscille entre langue d’Oc et Catalan. Tout ça ce n’est que du Chinois pour vous ?

Entre Corbières et Roussillon, vues sur le Canigou. Photo©MichelSmith

Entre Corbières et Roussillon, vues sur le Canigou. Photo©MichelSmith

Voyons, laissez-vous faire. On connaît aussi la région sous le nom de Fenouillèdes avec ou sans "s", masculin ou féminin. Plus récemment, elle est entrée pour des besoins de tourisme oeno-politico business dans les contours du Pays Cathare avec son lot de vigies fortifiées à escalader offrant des vues, je me répète, à couper le souffle. On parle aussi d’un classement destiné à protéger plus encore le caractère unique de ce coin du Roussillon. L’aspect touristique ne vous convient pas ? Vous êtes nul en géographie hexagonale ? Peu importe : laissez-vous guider vers le vin.

Vieilles vignes de Carignan, chapelle, olivier...à l'entrée de Maury. Photo©MichelSmith

Vieilles vignes de Carignan, chapelle, olivier…à l’entrée de Maury. Photo©MichelSmith

Côté PO, comme on dit en raccourci pour nommer le département des Pyrénées-Orientales, certains villages du secteur qui m’intéresse pouvaient, jusque dans les années 60, revendiquer l’appellation Vin Délimité de Qualité Supérieure (VDQS) Corbières du Roussillon avant l’avènement des Côtes du Roussillon (et Villages) en 1971. Maury, de son côté, avait son appellation depuis 1936 tandis que, pas très loin sur la frange maritime, Fitou accédait à la sienne en 1948. Je vous fais grâce du reste, Corbières, Rivesaltes, Muscat de Rivesaltes en particulier.

Au Mas Janeil, chez le Bordelais François Lurton, quand la vigne a soif, on sait la rafraîchir. Photo©MichelSmith

Au Mas Janeil, chez le Bordelais François Lurton, quand la vigne a soif, on sait la rafraîchir. Photo©MichelSmith

Pas de cours magistral non plus sur le passage difficile d’une époque glorieuse de production de vins doux naturels qui fit la fortune du négoce à une ère plus délicate où il  fallait se reconvertir en producteur de vins dits "secs", c’est-à-dire non mutés. À chaque fois que j’avance dans ce pays aussi sauvage que civilisé, je ne peux m’empêcher de l’aimer.

Les bonbonnes su Mas Amiel, à Maury. Photo©MichelSmith

Les bonbonnes su Mas Amiel, à Maury. Photo©MichelSmith

Hier, c’était à cause des bouquets de thym, avant-hier à cause du romarin poussant jusque dans les vignes que l’homme à peur de labourer tant elles sont vieilles. Puis ce sont des vues de cartes postales sur le Canigou, les gorges de Galamus ou le château de Quéribus. Conséquence, je rentre chez moi le cerveau plein d’images, encore une fois, à couper le souffle. Pas un jour où, entre deux rendez-vous, je ne sors mon appareil photo. Pas un soir où je ne me détourne volontairement de l’itinéraire le plus direct pour rentrer sur Perpignan (la D.117), afin d’emprunter une autre voie, une route de traverse qui prolongera le retour tout en offrant de nouvelles vues, de nouveaux virages somptueux, de nouvelles approches de villages…

Quéribus, encore. Photo©MichelSmith

Quéribus, encore. Photo©MichelSmith

Tous les lieux que j’ai visités en cet hiver ensoleillé, je les avais fréquentés en cette période d’enthousiasme fou qui m’a vue prendre racines peu à peu en Roussillon. Les villages que je redécouvre autour de Maury ont pour noms Saint-Paul-de-Fenouillet, Caudiès, Cucugnan, Tautavel, Vingrau, Saint-Arnac, Lansac, Cassagnes, Planèzes, Rasiguères, Latour-de-France, Montner, Sournia, etc. Partout, il y a des vignerons qui y croient. Des Californiens, des Sud Africains, des Anglais, des Belges… et même des Bordelais. Ça grouille d’énergie et d’euphorie !

Michel Smith

Post Scriptum - Procurez-vous les cartes de randonnée éditée par l’IGN numéros 2448 OT, 2447 OT et 2547 OT et vous serez bien armés pour passer des vacances inoubliables loin des foules déchaînées. C’est vraiment l’une des dernières grandes régions spectaculaires de notre beau pays. Profitons-en !

Photo©MichelSmith

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#Carignan Story #216 : Sahonet, « avé plaisir » !

Cela ne surprendra pas les habitués de cette modeste chronique, mais comme beaucoup d’autres vins de ce cépage, le Carignan Vieilles Vignes 2012 de René Sahonet est un Côtes Catalanes. Il est né dans les Aspres, à Pollestres, presque aux portes de Perpignan, sur ces terrasses proches de l’autoroute et du TGV qui conduisent en Espagne. De ces terrasses, pour peu que l’on soit en hauteur, on devine la Grande Bleue qui baigne les rochers de Collioure tout au loin.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Et le vin dans tout ça ? On le sent d’abord épais, riche en matière, à la limite du sur-mûr, alors qu’en réalité, au fond du palais, il est frais, équilibré, bref bien dans sa peau. En plus, il s’améliore nettement au bout de sur 48 heures d’ouverture. Malgré quelques touches de rusticité, il se boit « avé plaisir », comme on dit ici.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Bon, la finale est un poil sèche, décevante et mon Carignan mériterait peut-être d’être un peu mieux considéré dans sa phase de vinification, mais ce vieux Carignan ne fait aucune honte à la région ! Si je me souviens bien, je l’ai payé 9 euros chez mon ami carignaniste de la Maison Guilhot, place des Poilus à Perpignan. Mais si vous voulez rencontrer le vigneron, son téléphone figure en bonne place sur la contre-étiquette. Allez, je vous le refile : 04 68 55 15 98.

Michel Smith


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#Carignan Story # 214 : Sur un air d’Aragon

Vous allez me dire que je cherche une fois de plus midi à 14 heures. Mais que voulez vous, ce n’est pas de ma faute si ce vin s’appelle L’Aragone m’obligeant de ce fait à consulter une carte, ce que j’adore faire au demeurant. Si proche de Barcelone, si proche aussi de Saragosse, et pas très loin non plus à vol d’oiseau de Perpignan. Juste au delà des Pyrénées.

Un peu de géographie s’impose. Vu de Saragosse, sa capitale, le pays d’Aragon file au nord jusqu’aux Pyrénées, et donc – personne n’a oublié, je l’espère le Pic d’Aneth, haut de ses 3.404 mètres.

Un peu d’histoire, aussi, que j’ai la flegme d’étudier en détail pour vous vu que je me laisse vite déborder par un verre d’eau, fusse-t-elle de l’Ebre. Or, cette région est quand même étroitement liée à l’histoire de la Catalogne, qu’elle soit française ou espagnole, à moins qu’un expert ne vienne me démentir. Ce que je sais, c’est que la couronne aragonaise s’étendait un temps sur toute une partie de la Méditerranée, de Barcelone à Naples en passant par les Baléares, la Corse, la Sardaigne et la Sicile. Elle franchissait les montagnes, comme la Tramontane, pour s’étendre sur notre versant, désormais français. Chez nous, non loin de Perpignan, il existe, du côté de Latour-de-France, par exemple, quelques bornes frontières en pierre remontant à près de 500 ans.

Julien Montagné en vadrouille dans ses vignes. Photo©MichelSmith

Julien Montagné en vadrouille dans ses vignes. Photo©MichelSmith

De nos jours, des similitudes entre l’Aragon et la Catalogne se remarquent jusque dans le drapeau sang et or (les « barres d’Aragon »), tandis que le catalan est encore parlé vers la frange orientale de la région au détriment du castillan, ainsi que l’aragonais plus au nord. «Et alors, tu accouches bougre d’âne ?». Eh bien, figurez-vous que Saragosse est aussi très proche d’une petite ville dont je vous ai déjà entretenu, me semble-t-il, ville qui m’intéresse au plus haut point car elle a donné son nom à une appellation vineuse, Cariñena (avec le tilde que je sais enfin capter sur mon clavier de sous-développé); une ville dont on dit aussi qu’elle serait le berceau d’origine de notre cépage sudiste jadis fort répandu en Roussillon, le Carignan, avant que l’on ne tente de l’éradiquer pour cause de production médiocre, qualitativement s’entend. Au passage, notez bien que je vous ai déjà informé du fait qu’il est inutile de se mettre en chasse pour trouver là-bas de l’authentique Cariñena, pour la bonne raison que ce dernier a été « bouffé » par le Cabernet-Sauvignon et d’autres plants pas très recommandables, du moins dans cette section des « 5 » consacrée au dieu Carignan.

Les vignes de l'Aragon sur le territoire de Maury. Photo©MichelSmith

Les vignes de l’Aragone sur le territoire de Maury. Photo©MichelSmith

Bref, s’il y a de la Cariñena à Cariñena, elle doit être très rare ou tout simplement championne dans le jeu de la cachoterie. Justement, vous êtes bien placés, chers Lecteurs, pour le savoir, nos collines cachent encore pas mal de parcelles carignanisées. On y arrive, patience. Puisque je traîne mes guêtres ces jours-ci à 30 km de chez moi, aux alentours de Maury, pour les besoins d’un livre à pondre, il est normal que dans ce pays jadis frontalier où l’on parle le languedocien plutôt que le catalan, je m’intéresse à la circulation des cépages.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

L’Aragone, c’est d’abord le nom d’un plateau, entre Estagel et Maury. C’est aussi un vin au joli nez précis et épicé – parfums de garrigue surtout, et non aux essences vanillées -, une matière souple et fondue assez caractéristique de ce millésime, une fraîcheur bienvenue et, au final, un vin facile d’approche. Il titre 14°5 mais cela ne se ressent pas. Et arbore la mention Côtes du Roussillon Villages que Julien Montagné, du Domaine Clos del Rey, n’a pas peur de carignaniser à mort, vu qu’il possède 2 ha de carignan d’un certain âge sur le secteur. Compter 13 € départ cave ou aux Caves Maillol à Perpignan chez l’ami Guillaume dont je vous recommande toujours, si ce n’est déjà fait, le bien achalandé rayon «Carignan».

Michel Smith


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À cheval chez moi… dans les vignes

Je ne sais s’il y a une réelle logique dans ce que je vais écrire. Pourtant, c’est un sujet qui me paraît essentiel et qui devrait intéresser, voire passionner, tous les amateurs de vins ne serait-ce que pour prendre conscience de ce que représente la conception d’un grand vin, plus encore lorsqu’il vient du Sud de la France. Il y a derrière tout ça une grande logique qui me permet de rebondir sur l’excellent papier de notre David du Lundi.

Vieilles vignes à l'entrée de Maury, chez Calvet-Thunevin. Photo©MichelSmith

Vieilles vignes à l’entrée de Maury, chez Calvet-Thunevin. Photo©MichelSmith

J’aimerais surtout que l’on évite de me juger hâtivement sur mon angélisme supposé alors que je suis sur le point de vous entretenir d’une tendance viticole qui, sans être révolutionnaire, sans être d’une grande nouveauté non plus, me plaît bien et me paraît être en plein dans la modernité. Pourquoi ? Parce qu’elle offre, à mon humble avis, pas mal de perspectives d’emploi et de retour sérieux à la terre. Oh, que les grandes âmes se rassurent : ce n’est pas de l’industrie viticole dont je vais vous parler, mais plutôt de l’artisanat puisqu’il s’agit de l’attraction qu’exerce sur moi la traction animale (ah, l’inévitable jeu de mots…) laquelle séduit déjà quelques municipalités pour le traitement des ordures et des espaces verts, ainsi que quelques bucherons.

Quéribus, vigie Cathare sur les Fenouillèdes et Maury. Photo©MichelSmith

Quéribus, vigie Cathare sur les Fenouillèdes et Maury. Photo©MichelSmith

Oui, je sais, en agissant ainsi, je m’expose aux moqueries d’une large frange parisianiste de mon lectorat. On dira ce que l’on veut, on me classera de passéiste, rétrograde, pétainiste, bouseux, écolo, soixante-huitard attardé, que sais-je encore. Toujours est-il que lors des tournées que j’effectue en ce moment chez moi, dans le Roussillon et plus précisément dans la vallée de l’Agly autour de l’appellation Maury, j’ai remarqué que de plus en plus de vignerons me parlent de leur cheval de trait ou de leur mule.

Le Canigou souvent présent dans le cadre des vieilles vignes de Maury. Photo©MichelSmith

Le Canigou souvent présent dans le cadre des vieilles vignes de Maury. Photo©MichelSmith

Sur une trentaine de domaines visités ces derniers jours dans un rayon de 20 km, j’en ai compté au moins six qui utilisent régulièrement le cheval dans les vignes. Et c’est sans compter sur ceux qui font régulièrement appel à des prestataires de services capables d’assurer quelques journées de bons et loyaux labours au cheval. Sans compter non plus sur un grand domaine comme le Mas Amiel qui, sans en faire des tonnes en communiquant dessus comme ce serait le cas avec un grand cru bordelais, a embauché à plein temps deux jeunes conducteurs, Dorothée et Ronan, pour faire travailler deux chevaux comtois chargés de labourer une quarantaine d’hectares sur une exploitation plantée de 174 ha de vignes dont beaucoup sont très âgées (grenache, carignan, macabeu) et nécessitent de ce fait que l’on prenne des précautions lorsqu’on les travaille.

Le chenillard rend encore bien des services dans les vignes de schiste autour de Maury. Photo©MichelSmith

Le chenillard rend encore bien des services dans les vignes de schiste autour de Maury. Photo©MichelSmith

Car les avantages de la traction animale ne manquent pas. Vous me direz que l’on peut s’offrir un tracteur étroit à chenilles comme ceux que l’on peut voir en opération dans les vignobles de montagne en Suisse, en Autriche ou en Italie et de plus en plus de par chez nous, dans le Roussillon. Ces dernières années, les grands fabricants comme New Holland sont allés jusqu’à proposer des tracteurs équipés de chenilles en caoutchouc qui sont encore plus respectueux des sols que ne le sont les bons vieux chenillards traditionnels encore en service. Tout cela doit coûter un bras. Certes, il y a de vieux modèles, dont ceux de la marque Saint-Chamond que des mécaniciens sont capables de remettre en état presque neuf ou ceux de la maison Lamborghini, qui sont aujourd’hui de plus en plus recherchés mais qui doivent coûter la peau des fesses pour un domaine de taille modeste. Or, là où il est dangereux de passer avec un chenillard – vignes trop pentues ou rangées trop étroites – le cheval peut encore se rendre fort utile. Sauf, bien entendu, si la vigne est jugée trop dangereuse par le vigneron qui alors n’a plus comme solution que de retrousser ses manches et désherber autour du pied en utilisant la pioche et l’huile de coude ! Nos grands-pères le faisaient jusque dans les années 50/60 quand la chimie est venue rendre la vie plus facile aux paysans tout en infestant nos sols pour le plus grand profit des grosses compagnies.

Vieilles vignes entre Tautavel et Vingrau. Photo©MichelSmith

Vieilles vignes entre Tautavel et Vingrau. Photo©MichelSmith

Bien souvent dans le décor sauvage et aride de Maury, c’est un fait, une jument bien dressée – mais ce peut aussi être une mule – est préférable (et préférée, même par ceux qui ne sont pourtant pas des baba cools) en ce sens ou, si la vigne ancienne n’a pas été plantée très droite, elle évitera tout simplement de marcher sur la vénérable souche et de la casser. Un tracteur, lui, ne fait pas de quartier. Dans la foulée, le cheval a d’autres avantages : il évite bien entendu le tassement des sols où l’eau précieuse des rares pluies devrait pouvoir pénétrer au lieu d’aller se perdre ailleurs ; il permet aussi de quadriller la vigne, de faire des labours et des griffages croisés que certains vignerons affectionnent encore et estiment nécessaires ne serait-ce qu’une fois tous les trois ou cinq ans. Enfin, le cheval contribue à préserver la terre de l’érosion. Vous me direz que pour éviter l’érosion on peut favoriser l’enherbement naturel et, sans être ni paysan ni pro en matière viticole, favoriser ce faisant la micro faune… Je pense pour ma part que l’ouverture adaptée du sol après les vendanges et vers le printemps relève d’un travail capital pour signifier à la plante ce que l’on attend d’elle. Allez, je vous accorde une pause de cinq minute pour vous marrer…

Joseph Parcé (La Préceptorie), dans ses vieilles vignes mêlées de Maury. Photo©MichelSmith

Joseph Parcé (La Préceptorie), dans ses vieilles vignes mêlées de Maury. Photo©MichelSmith

Bien sûr, il y aura des avis divergents – et je les entendrais volontiers – arguant du fait, par exemple, que certaines vieilles vignes ne seraient pas enracinées aussi profondément qu’on le croit du fait qu’elles n’ont pas été travaillées depuis longtemps et qu’on risquerait d’augmenter la mortalité en déchiquetant les racines superficielles par le croisement des labours. Soit. Mais puisqu’il y a aussi des gens qui croient à la quasi non intervention de l’homme dans la vigne, alors… Bien sûr, ne rien faire est plus économique. Quoiqu’il en soit, selon mes observations sur le terrain, toutes ces considérations sont bien dérisoires car l’essentiel n’est-il pas de protéger notre patrimoine ampélographique en même temps que de protéger notre petite planète ? Il est indéniable – et c’est là à mon avis l’essentiel – que les vieilles vignes du Roussillon, quand bien même finiront-elles par mourir un jour, méritent non seulement d’être remplacées avec intelligence et perspicacité, surtout en grenache gris, carignan blanc et macabeu sachant que nos blancs sont en pleine phase ascendante, et qu’elles apportent une telle complexité, une telle personnalité dans nos vins, qu’il convient de protéger au mieux celles qui vivent encore après 50 ans de services rendus. Pour ces raisons d’accessibilité aux vignes les plus en pente, en ajoutant aussi peut être des considérations économiques, le cheval me paraît être d’une grande utilité. Pour les autres, il est évident que l’on va plus vite et tout aussi bien avec un tracteur équipé d’un intercep.

Photo©MichelSmith

Daniel Viremouneix, maréchal ferrant d’Ansignan, vient en voisin soigner Nina, la comtoise de Marcel Bühler au Domaine des Enfants. Photo©MichelSmith

« On ne fait pas ça pour le folklore », m’assure Marcel Bülher, du Domaine des Enfants. Il résume à lui seul ce que d’autres m’ont dit : « C’est bien parce que certaines de nos parcelles ne peuvent être travaillées autrement. Et puis, dans nos régions arides où la moindre pluie peut prendre des allures de déluge, il nous faut préserver nos sols ». Il sait de quoi il parle ce suisse dingue de viticulture qui, pour s’implanter à Maury d’où il cultive 25 ha alentours, a décidé il y a trois ans d’apprendre la traction animale avec Franck Gaulard, un muletier ariégeois champion de cette discipline. Et ses enfants lui en seront certainement un jour reconnaissants car Nina, sa jument de trait comtoise, est un animal de toute beauté que Marcel et sa compagne newyorkaise, Carrie, bichonnent avec amour. Où l’on voit qu’avoir un cheval, ce peut être aussi un choix de vie qui rapproche plus encore l’homme de sa terre.

Michel Smith

PS. À l’attention de ceux que la traction animale intéresse – à mes yeux, c’est un métier d’avenir pour une fille comme pour un garçon -, je recommande la lecture régulière du blog Hippotese. Ainsi que le site dédié au trait comtois comme celui du Syndicat des éleveurs de cheval breton, ainsi que cette association propre au Roussillon.


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#Carignan Story # 213 : Ô Vénus !

Vénus est le nom d’un domaine d’à peine 16 ha du (des ou de la) Fenouillède(s) dont cave et bureaux ont trouvé refuge dans l’ancienne coopérative de Saint-Paul-de-Fenouillet aujourd’hui avalée par celle d’Estagel, à 20 km plus en aval. Propriété de plusieurs actionnaires basés à Paris, dont Jean-François Nègre et Jean-Louis Coupet, j’avais reçu des échantillons de Vénus l’an dernier et j’avoue que je n’avais pas été très emballé par les vins pourtant issus d’un secteur frais et prometteur où se sont installés beaucoup de nouveaux venus dans le Roussillon. Disons qu’il y a presque un an, j’avais habillé Vénus pour l’hiver. Une habitude diront certains… Bref, j’avais fini par mettre de côté l’existence de ce domaine. La vie étant ainsi faite…

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Mais comme je traîne dans le secteur depuis quelques semaines pour les besoins d’un livre, je m’étais juré que je m’arrêterais un jour sur place, afin de voir de plus près ce qui se trame du côté de Vénus et, qui sait, de lui donner par la même occasion une nouvelle chance de me séduire. Eh oui, je ne suis pas un gars facile… Ce fut chose faite Jeudi dernier quand j’ai pu rencontrer Nathalie Abet, caviste de son état, et Versaillaise de surcroît, qui est aux commandes de Vénus avec le chef de culture natif de Saint-Paul, Gilles Gavignaud, lequel a cédé quelques hectares de ses propres vignes en 2003 pour la création du domaine.

Si je reste persuadé qu’un patient travail sur la conception des cuvées est nécessaire et qu’il reste à le faire d’urgence – j’y ai goûté un agréable rosé 2013 et une cuvée « haut de gamme » 2008 en Côtes du Roussillon Villages assez frais et solide mais vendue à un prix qui me semble démesuré (32 €) -, j’ai été favorablement surpris de tomber sur un rouge plus récent que l’an dernier, un Côtes Catalanes 2011 de courte macération (une semaine), composé à 95 % de vieux Carignans (5% Syrah) ayant mon âge ce qui rend le vin encore plus sympathique à mes yeux. Je plaisante, bien sûr. Le prix (7,50 € départ) n’a pas changé, mais je signale tout de même que l’on est en droit de se demander pourquoi un vin "entrée de gamme" est encore proposé dans ce millésime, alors que les 2012 sont sur le point de s’épuiser dans les domaines alentours et que 2013 sera bientôt embouteillé et mis sur le marché par bien des domaines.

Petit nez légèrement épicé, souplesse dès l’entrée en bouche, un tantinet cabotin, une saveur fruitée de bonne augure, on a là un aimable vin de soif qui, une fois de plus, devrait se comporter avec à propos sur des grillades à base de côtelettes et de saucisses. Un vin de plaisir qu’il convient de ne pas trop attendre. Rien d’extraordinaire, à vrai dire, rien d’astronomique puisqu’il s’agit de Vénus, mais quelque chose me dit que je me laisserais volontiers envoûter par les prochains millésimes ! D’ailleurs, j’attends 2013 avec impatience. Alors, suis-je convaincu ? Pour m’en tenir au seul Carignan, quand je goûte ce qui se fait dans les Fenouillèdes, je reste persuadé qu’un tel domaine a encore de gros progrès à faire.

Michel Smith

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