Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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#Carignan Story # 229 : À Saint-Chinian, Bordes n’a rien de gnangnan !

Je sais, ce n’est pas très brillant comme jeu de mots. J’implore votre pardon, cher Padre Carignanus. Encore plus navré car dans Carignanus, il y a… Bon, passons et revenons à des choses plus sérieuses.

J’avoue que j’ai découvert ce domaine poussé par des amis connaisseurs alors que j’errais lamentablement dans les travées de Vinisud cet hiver à la recherche du mistigri. Et c’est ainsi que je suis tombé nez à nez avec un mec à la bouille pas possible, un peu comme un Pierre Vassiliu des années 70 pour ceux qui n’ont pas oublié l’animal. Bonne tête de paysan, rond, épanoui et rigolard, le visage encombré de poils, les cheveux en désordre comme un homme de Tautavel qui se serait rasé au silex, le mec se dresse pile devant moi tel un menhir de petite taille, mi provocateur, mi charmeur, d’un air de dire « est-ce qu’on peut devenir pote avec un hurluberlu en perdition tel que ce Smith » ?

Mine de rien, ça compte une tronche. Dans le cyclisme comme dans le vin, une bonne gueule qui interpelle vaut mieux qu’une sale gueule qui ne revient à personne. Jim ne me contredira pas.

Photo©MichelSmith

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Le gars est un bon vivant qui menait en ville une vie relativement confortable – j’ai cru comprendre qu’il était plombier – mais qui n’avait qu’un rêve dans la vie, celui de s’enraciner dans la campagne de son pays pour partager plein de choses avec sa famille et ses amis. Afin de mieux vous le présenter, j’ai retrouvé un petit film qui le résume bien. Allez le voir ici et vous comprendrez mieux.

Photo©MichelSmith

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Donc, je rencontre Philippe Bordes du Domaine Bordes, un gars attachant que tout le monde autour de Saint-Chinian semble aimer. Lui et sa compagne Emma ne possèdent pas un gros domaine : tout juste une dizaine d’hectares. Quelques parcelles à leur mesure conduites en bio, tantôt sur des argilo-calcaires, tantôt sur des schistes, avec des cuvées que les amateurs commencent à s’arracher, notamment son pur Mourvèdre, sans oublier sa cuvée haut de gamme, un pur Carignan.

Photo©MichelSmith

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Des Carignans centenaires que Philippe conserve jalousement et qui entrent dans une cuvée « Elles » (hommage à ses filles et à leur maman) fort joliment présentée sous la mention IGP Monts de la Grage. Le vin a 30 mois de barriques et il n’est pas donné (une trentaine d’euros), mais il convient aussi d’ajouter que les bouteilles ne sont pas nombreuses à la vente. Un 2010 non filtré au nez opulent et complexe (fruits de garrigue), un peu corsé à l’attaque, mais devenant vite gracieux, équilibré, frais et parfaitement à l’aise aujourd’hui sur un canard aux olives, par exemple, ou sur un cul de veau (quasi) cuit longuement en cocotte avec un peu de crème et des girolles.

-On peut rencontrer les Bordes au hameau de Tudery, entre Saint-Chinian et Assignan. Leur téléphone : 06 66 60 85 10.

                                                                                                                     Michel Smith


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Là, en bout de rang…

Tout chancelle, tout bascule, tout vire au gris. Pas le cœur à l’ouvrage. Non, vraiment pas.

Qui m’aurait dit que tu t’arrêterais un jour comme ça, net, en bout de rang. Sur ta terre. Un jour de printemps…

Un jour de printemps, comme l'an dernier... Photo©MichelSmith

Un jour de printemps, comme l’an dernier… Photo©MichelSmith

Et à chaque fois, se repose en moi cette question qui ne devrait pas avoir lieu d’être : peut-on pleurer en public ? Un journaliste est-il dans son rôle quand il se lamente de la perte d’un ami ? Questions vraiment cons, n’est-ce pas ? Enfin, bon dieu de merde, non seulement j’estime que l’on peut, mais que l’on doit dire sa peine fut-ce dans un blog même modeste, comme le nôtre. La peine ressentie par la mort embusquée qui guettait dans ses vignes un gars que je considérais comme un ami. Un vigneron de plus ou de moins, c’est pas ça qui va changer la face du vin, hein ? Eh bien si. Rien ne sera plus pareil. Non vraiment, je n’ai aucune de raison de me retrancher derrière une quelconque pudeur. Un vigneron comme lui qui part, c’est un peu de joie qui fout le camp.

Cathy & Jef, inséparables... Photo©MichelSmith

Cathy & Jef, inséparables… Photo©MichelSmith

Moi, ça me fait mal, ça m’étrangle de perdre pareil vigneron. Tiens, je lui colle un "V" majuscule à ce Vigneron. Surtout que ce n’est pas n’importe qui. Et la mort ? Ça ne me gène pas moi, l’idée de mourir. Alors pourquoi en faire un plat quand il s’agit de quelqu’un d’autre ? Eh bien moi, cette mort, je ne l’aime pas. Je la déteste quand elle vous prend en traître, quand elle se dissimule dans un tracteur et qu’elle vous écrabouille de tout son poids un copain, qu’elle vous le zigouille là, dans sa terre, sans sommation d’usage, sans avertissement par lettre recommandée avec accusé de réception, quand elle vient le faucher entre une belle rangée de mourvèdre et un bout de ciel bleu alors que la vie autour pète la forme, que les oiseaux sifflent d’arbre en arbre. Saloperie de mort.

Jef, un sacré bonhomme. Photo©MichelSmith

Jef, un sacré bonhomme. Photo©MichelSmith

Jean-François de Béziers, Jean-François l’adorable, le charmeur, le lutin, le peintre, le poète, le musicien, le cuisinier, Jean-François le photographe, le voyageur, celui que les gars du coin appelaient Jef, celui que j’étais tenté de surnommer « Jefy », Jean-François si petit de taille, si grand, si plein d’amour, Jean-François Izarn, bonhomme que je croyais inébranlable et qui avait tant de choses encore à me dire, tant de rires à m’offrir, tant de bouteilles à m’ouvrir, oui, le Jean-François de Saint-Chinian, ce mec entier, compagnon de Cathy depuis toujours, Jean-François le Languedocien, un Vigneron, un vrai, libre comme le vent de son Midi, libre comme la musique qu’il aimait et la fumée du cigare qui était sa récompense, le soir venu.

Jean-François Izarn, Borie-la-Vitarèle. Souvenez-vous de ce nom. Photo©MichelSmith

Jean-François Izarn, Borie-la-Vitarèle, avec ses préparations pour la biodynamie à laquelle il s’intéressait de près. Photo©MichelSmith

Laurent Meynadier, autre ami cher, vigneron à Fitou, m’apprend que Jean-François Izarn, du Domaine Borie La Vitarèle, qui a son siège à Causses-et-Veyran, dans l’Hérault, en plein aire d’appellation Saint-Chinian, vient de mourir dans un accident de tracteur, chose hélas presque courante en viticulture. Cathy ma Belle, toi que je n’ose appeler, toi qui le supportais, toi qui le soutenais aussi certainement dans ses périodes de doutes, toi qui l’inspirais à coup sûr, toi qui l’accompagnais et qui l’aimais au point que cela se voyait comme une syrah en Mai sur une terre de schiste, Cathy Izarn, je t’embrasse de toute mon affection.

                                                                                                                        Michel

PS Les obsèques du Vigneron Izarn, Jean-François, dit Jef, auront lieu demain, Vendredi matin à Saint-Nazaire-de-Ladarez. Pour les curieux qui aiment le vin et qui se demandent encore qui est ce Jean-François Izarn, je conseille de lire ce que j’ai pu ressentir et transcrire l’an dernier dans ce blog en l’ayant côtoyé un peu, trop peu, pas assez à mon goût. Je n’ai que ça à offrir en plus de la belle bouteille que je vais ouvrir pour l’accompagner un bout de chemin Samedi.

Adieu Jean-François ! Photo©MichelSmith

Ton blanc est un régal… Adieu Jean-François ! Photo©MichelSmith

 


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#Carignan Story # 210 : Au loup, à la Cave de Berlou

Dès les années 80, dans ce micro village du bout du monde face à la masse granitique du Caroux, cette coopérative « tout schiste » créée en 1965, faisait parler d’elle et de Saint-Chinian avec ses sélections parcellaires. Aujourd’hui, contre vents et marées, forte de sa bonne douzaine coopérateurs et de ses 260 ha vendangés à la main, elle tient encore debout, se passant d’une direction mais gardant un président, en la personne de Bernard Roger.

Sur la route de Berlou. Photo©MichelSmith

Sur la route de Berlou. Photo©MichelSmith

C’est ce monsieur qui l’autre jour, à Vinisud, lorsque je me suis pointé avec ma traditionnelle question « Auriez-vous un pur Carignan à me faire goûter ? », m’a répondu « Oh, que oui ! » en me tendant cette bouteille du « Terroir Calisso » à « 95% Carignan et 5% Grenache ». N’ayant pas l’intention de chipoter pour une corbeille de vieux grenaches, je me suis accroché à son stand sachant qu’il reste beaucoup de Carignan sur ce territoire jadis fréquenté par les loups, et au moins un carignophile de taille, j’ai nommé le sieur Jean-Marie Rimbert et son légendaire "Carignator".

Le Président et son Calisso. Photo©MichelSmithj

Le Président et son Calisso. Photo©MichelSmith

Bien m’en a pris, car j’ai dégusté illico une cuvée de Saint-Chinian tirée à 10.000 exemplaires « que l’on suit depuis longtemps », d’après le Président Roger et dont j’ignorais pourtant l’existence. Comme quoi, on en apprend tous les jours. Si au moins je prenais le temps de dénicher mes premières notes de dégustations pondues il y a 30 alors que je débarquais dans ce beau pays… À la cave, les raisins sont vinifiés en macération carbonique sur 3 semaines et le vin séjourne en cuve inox durant une année avant sa mise en bouteilles. Il en résulte, dans ce 2011, une belle finesse au nez avec des touches d’épices, une certaine souplesse en bouche malgré une imposante matière. Quant à la longueur en bouche, elle est plus qu’honorable.

Le Caroux en majesté un beau matin de printemps. Photo©MichelSmith

Le Caroux en majesté par un beau matin de printemps. Photo©MichelSmith

Avantage de ce « Calisso » aux tannins très civilisés, son prix de 6,60 € départ cave offre un message sur l’air du revenez-y. Une véritable invite pour ceux qui aiment marcher dans les vignes (les sentiers balisés ne manquent pas) en pensant à la belle grillade qu’ils vont pouvoir s’offrir en récompense. De l’agneau surtout – celui qui aura échappé au loup -, mais aussi tout ce qui touche au canard.

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Michel Smith


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Niveau déprime zéro ? L’espoir renait à La Vitarèle

Ils sont beaux, ils sont jeunes, ils sont fous, ils sont amoureux… Je pense à tout cela en faisant le tri de mes dernières photos prises lors de la Circulade des Terrasses du Larzac, un article paru ici même qui n’a – hélas ! – intéressé que peu de personnes. Oh, ce n’est pas que je m’attendais à un max de commentaires, mais c’est qu’en vous offrant quelques images de gueules souriantes – même déguisées d’un polo publicitaire et d’un chapeau made in China vaguement « paysannisé » -, je pensais naïvement, mes bien chers frères, que vous alliez bondir, sauter sur l’occasion et stigmatiser le bel embonpoint vigneron, l’optimisme  à toute épreuve que tentait de véhiculer ces photos.

En cuisine, ce sont des chefs ! Photo©MichelSmith

En cuisine, ce sont des chefs ! Photo©MichelSmith

Allez, j’enfonce le clou. Ils ne sont pas beaux mes vignerons du soleil ? Vous ne trouvez pas qu’ils nous donnent une leçon de vie et d’espoirs ? Moi qui traverse une période de déprime totale au point où même le vin ne réussit plus à me déclencher une risette, tandis que je me pose des questions essentielles sur le meilleur suicide possible (noyade dans une cuve de Pétrus ordinaire ou allongement sur la voie du TGV Est à la hauteur des vignes champenoises ?), lorsque que je vois ces visages réjouissants, je me liquéfie dans le bonheur et je retrouve la pêche instantanément. En même temps la vigne explose, elle est lumineuse, et si prometteuse. Tant que ces petits gars seront là pour y croire, elle se portera bien et la vie avec. Plus question de sinistrose aigüe.

Borie La Vitarèle, vu d'en face... Photo©MichelSmith

Borie La Vitarèle, vue d’en face… Photo©MichelSmith

Et s’il y a un domaine en particulier qui nous refile la pêche à moi et à d’autres aficionados, c’est bien, du côté de Causses-et-Veyran, celui de Borie La Vitarèle. C’est simple, la minute où vous débarquez dans l’univers biodynamique de Cathy et Jean-François Izarn, vous entrez en une sorte de cure de revitalisation. Cuisine spontanée, des blagues qui fusent de partout, les bouchons qui sautent parmi les rires, les verres qui trinquent et la musique qui n’est pas loin, on peut fort bien, au bout de quelques heures de ce régime, se remettre à y croire et à aimer la vie. Regardez-les dans leur cuisine comme ils ont l’air heureux de nous rendre heureux…

Ces deux-là, je les connais depuis la fin des années 80. Ils m’ont tout de suite plu. Je les ai vu grandir avec sagesse et détermination, toujours dans l’enthousiasme et la curiosité. Et leurs vins n’ont jamais été en mesure de me décevoir hormis une ou deux cuvées où l’on sentait un léger tâtonnement avec le bois. Ils m’avaient invité l’autre jour, en compagnie de l’ami André Dominé, un journaliste allemand qui vit et travaille dans mon coin, à venir passer une journée chez eux, dans la douce simplicité de l’endroit, une demeure encaissée au beau milieu des vignes, bien à l’écart d’une petite route. Au programme : verticales, visites de vignes, discussions, repas et pauses cigares.

Un duo de choc ! Photo©MichelSmith

Un duo de choc ! Photo©MichelSmith

Comme il y avait aussi parmi nous Bernard Vidal, du Château de La Liquière déjà largement évoqué dans mon dernier Carignan Story , certaines cuvées de ce domaine de Faugères sur lequel je reviendrai un jour furent également dégustées en mode « verticale ». « Cistus » blanc, par exemple, avec ses beaux 2007 et 2011, mais aussi dans sa version rouge avec 9 millésimes à l’appui dont un surprenant 1995 précédé par un intense 2000 qui lui-même suivait un très élégant 2008. À l’apéritif, je me suis fourvoyé dans les bulles enthousiasmantes d’un Vin Mousseux brut 2011 très framboise, élaboré chez Delmas (Limoux) à partir de grenache noir et de mourvèdre. Un superbe vin de récréation dédié au gaz de schiste (!) et commercialisé autour de 7,50 € la bouteille départ cave.

Mais revenons à Borie La Vitarèle. Honneur à leur premier millésime en blanc, un Languedoc 2012 « Le Grand Mayol » (vermentino, clairette, bourboulenc et…chut !) tout en volume et longueur, charnu, frais, relevé par un zest d’écorce citronnée, une belle réussite à 13 € départ cave. Le petit rouge Coteaux de Murviel 2012, « La Cuvée des Cigales » (grenache/merlot en cuvaison courte pour 6,50 €) remplit son rôle de vin de copains, tandis qu’un premier Saint-Chinian 2012 « Les Terres Blanches » me ravit comme à son habitude pour sa souplesse, sa facilité, ses adorables petits tannins aux accents de garrigue, ses notes de cuir… Une parfaite signature du terroir argilo-calcaire de l’appellation pour une production de 45.000 bouteilles à 9 € départ.

Photo©MichelSmith

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Vient ensuite une verticale sur 8 millésimes du Saint-Chinian « Les Crès », un secteur de terrasses recouvertes de galets roulés sur Villafranchien. Pour ma part, j’ai relevé 6 coups de cœur dans cette cuvée très syrah/mourvèdre ! Équilibre, notes de poivre de Sichuan, une intensité de cassis encore très jeune, doté d’une finale impériale, le 2005 est à la fois sérieux et salivant en bouche. Un grand vin, tout comme le 2002, plus « mature » évidemment, bien que fortement marqué par le mourvèdre. Résultats, un nez tout en finesse, un soupçon de salinité en bouche où il se fait dense, ferme et vif, notes de mûre, tannins un poil plus secs (bois ?), finale généreuse et juteuse. 2001 se goûte sur un registre d’élégance, mais semble amorcer une descente en dépit d’une belle vivacité et d’une certaine complexité : poivre, de nouveau, puis sous-bois, gibier à plumes… 2000 est conforme au style de la cuvée avec, semble-t-il, une syrah qui s’impose : finesse au nez, délicatesse, violette, cassis en bouche et bonne persistance fruitée. 1997 est très ouvert au nez, généreux, frais avec des touches grillées de maquis brûlé par le soleil. Feuille de cassis en bouche, petits fruits rouges en gelée, le tout jusqu’en finale. Le vin est mûr, prêt à boire, tout comme le 1996 au nez fruits rouges et laurier, belles relances de fraîcheur en bouche, matière bien étale, sur toute sa longueur… 4.500 cols pour cette cuvée avec un élevage de demi-muids de 18 mois, 18,50 € la bouteille départ cave.

Ce que j’aime chez Jean-François, c’est l’intelligence qu’il dégage en gardant, par exemple, des exemplaires de la plupart de ses cuvées afin de constater, comme il a su le faire avec nous, comment elles se conduisent dans le temps. Cela vous semble normal, mais combien de vignerons en Languedoc et ailleurs gardent leurs vins à cet effet ? Ils vendent leur production en ignorant tout du goût du vin 5 ou 10 ans après ! Cette force que Jean-François a à ne pas céder au superficiel est devenue une marque de fabrique chez les Izarn. Artiste, photographe, cuisinier, peintre, patient adorateur du bonzaï, ce biterrois râblé et       « barbé » de trois jours, court sur ses pattes mais vif et rusé, devait être dans sa jeunesse un excellent ailié en jeu de rugby. Aussi à l’aise en ville qu’à la campagne et maniant l’humour comme personne, il a la sagesse de ne pas se perdre, d’aller à l’essentiel, de ne pas céder à la facilité ni au maquillage encore trop fréquent dans nos caves. La maturité l’intéresse, mais pas l’excès de maturité. Le sauvage et le vivant le passionnent mais il veut savoir où cela le conduit. En somme, c’est un rêveur pragmatique. Et voilà que j’en oublie Cathy, alors que ces deux-là semblent attachés l’un à l’autre depuis l’éternité. Ils ont démarré ensemble, avec un seul hectare en propriété, deux autres en location. « C’est comme ça que j’ai choppé le virus », résume Jean-François.

Au garde à vous devant ses vignes... Photo©MichelSmith

Au garde à vous devant ses vignes… Photo©MichelSmith

Il y a d’autres cuvées intéressantes chez Cathy et Jean-François, dont « Les Schistes », semblables à ceux de Faugères, à 350 m d’altitude, plantés de vieux grenaches, de syrah et de quelques pieds de carignan. Ne pas oublier « La Combe », une terre plus grasse (fond d’argile bleue) plantée en cabernet sauvignon et syrah donnant un IGP Coteaux de Murviel qui compte pas mal d’adeptes. Une autre cuvée aussi, « Midi Rouge », récent hommage (2009) aux luttes des anciens, syrah/carignan d’un côté pour les schistes, syrah/mourvèdre de l’autre pour les galets, le tout trié grain par grain, excepté pour une partie non éraflée, vinifié et élevé en demi-muids neufs sur lies fines, non filtré et non collé. Quand bien même cette gamme me paraît complète, je ne serais pas surpris de voir un nouveau vin apparaître dans les 5 années à venir. Curieux de bien des choses, Jean-François s’intéresse de près aux anciens cépages languedociens tels le rivayrenc ou le piquepoul noir. Il est même question de planter du carignan sur un coteau prédestiné, en compagnie de la nouvelle marotte, le mourvèdre. On ne s’étonne plus guère d’apprendre que Borie La Vitarèle fait partie du groupe « Méditerranée Soif Système » !

Michel Smith


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#Carignan Story # 177 : le fameux « K » de l’Oustal et la fête à Trilla

Là dedans, je veux dire dans ce vin, dans ce verre, il y a une sacrée dose de fruits bien cuits (ou bien bronzés, c’est de saison !) : cela va de la myrtille à la fraise, de la mûre à la prune, de la goyave à la guigne, de la figue à la bigarade … J’arrête ici la liste car il suffirait de dire que le vin est fruité à mort et très mur pour résumer l’affaire. C’est super bon, comme dirait l’autre, au point qu’arrivé à 15/16° de température on se lâche et l’on croque le vin, littéralement, avec ce plaisir qui n’est pas donné à tout le monde. Une joie qui fait que grâce à la fraîcheur naturelle du cépage, quand bien même voudrait-on le refouler, le cracher, que l’on n’y arriverait pas. Après le trajet aussi inévitable qu’indispensable qui va du gosier à l’estomac, le vin est comme imprimé en bouche, mais sans violence, sans excès, sans lourdeur. Un tapis de velours. Bien sûr, la persistance n’est pas éternelle : malgré son degré  élevé – 15° d’alcool -, il n’a pas la longueur d’un grand Clos des Papes, même s’il s’en rapproche un peu.

Photo©MichelSmith

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Pourtant, il marque l’esprit, il interpelle et il fait même preuve d’une certaine bravoure en s’imposant dans la distinction, si j’ose dire. On a du vin. Ben oui, ça peut vous paraître bizarre de sortir une telle banalité et c’est pourtant, à mes yeux, très important de le dire lorsque cela part du ressenti. Qu’est-ce à dire et qu’est-ce que « du vin », allez-vous me rétorquer ? Ce à quoi je réponds que ce qui compte c’est d’abord l’interpellation qu’un vin, peu importe qu’il soit grand, petit ou moyen, peut provoquer en nous. Avec ce « K » – je laisse encore un peu planer le doute sur son origine – on est interpellé par un jus plein, serein, copieux, généreux, chaleureux, dense et suffisamment marquant pour vous laisser une impression globalement positive.

Venons-en aux faits : c’est Eurielle, une amie de Facebook, qui m’a laissée la bouteille l’autre jour. Je ne me souviens plus avec précision à quel prix elle l’a achetée chez son caviste marseillais, mais ça ne dépassait pas 10 €. Sur un site de vente  j’ai trouvé la version 2012 à 7,40 €. Acheté en 2002 par des gars de Châteauneuf-du-Pape visiblement séduits par le Minervois, dont Claude Fonquerle et Philippe Cambie, un œnologue conseil très actif dans le Sud, j’ai déjà goûté plusieurs vins de ce domaine proche de La Livinière, dont un formidable blanc « Naïck » et un rouge « Prima Donna » tous deux commercialisés à un prix inattendu pour la région puisqu’il franchit la barre des 20 €. Malgré cela, je n’ai jamais tiqué sur ces tarifs. Preuve que les vins ont quelque chose.

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D’après la fiche technique, la cuvée de ce Vin de France qui porte le chiffre 11 imprimé (son millésime) sur le haut du K est un assemblage de rendement plutôt confortable pour la région (35 hl/ha) provenant de la plupart des parcelles du domaine, y compris quelques terrasses de Saint-Chinian. On a donc différents éléments de terroirs pour un élevage à 80 % cuve ciment, le reste ayant été élevé durant une courte période (5 mois) en futs de 3 vins. Un formidable rapport qualité-prix…

Michel Smith

PS – Si vous vous ennuyez sur la plage et que vous n’êtes pas loin du Roussillon je vous propose de rejoindre une  bande de carignanistes, mais aussi Robert Plageoles et un tas d’autres "personnages" du vin. Comme chaque été la Fête des Vieux Cépages (les oubliés et les moins connus) aura lieu de le charmant village de Trilla, dans les Pyrénées-Orientales. Le matin, j’y animerai un Carignan Bar avec toutes les bonnes bouteilles du moment. Renseignements auprès d’André Dominé au 04 68 59 19 58. Venez nombreux !

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