Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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#Carignan Story # 251 : Merci pour le pied !

Merci à Guillaume, l’un de mes cavistes de Perpignan, de m’avoir autorisé à croquer ce Carignan tout droit venu de l’Hérault. Cela me change de ceux des PO et de l’Aude ! J’utilise le verbe croquer à bon escient tant il est vrai que l’on a tendance, vue son épaisseur, à croquer dans ce Vin de France 2013 « sans sulfites ajoutés » à propos duquel son auteur, visiblement frondeur, a eut la bonne idée d’ajouter cet avertissement « Peut contenir des traces de pieds » ! Moi, j’aime ces affirmations (informations) gratuites qui mettent de l’humour dans la dégustation non aveugle que je pratique de temps à autres. Car on ne sait jamais, dans ces vins-là, un parfum de pied est vite arrivé…

Photo©MichelSmith

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Navré pour vous, mais ce vin à l’étiquette-tableau ne pue pas. Il sent même bon la violette, la mûre aussi, se goûte sans anicroche sur la souplesse, avec un brin de légèreté et, osons le dire, de facilité même. C’est le propre du Carignan heureux dans sa terre que de se comporter de la sorte. Si j’ai bien compris, il provient de deux vignes assez âgées cédées par Nicole et John Bojanowski, que mes rares et chers Lecteurs connaissent bien (ils sont l’auteur d’un Carignan du tonnerre, Lo Vielh), sur le secteur de Saint-Jean-de-Minervois, l’une plantée sur des marnes gréseuses et l’autre sur du calcaire plutôt tendre comme c’est courant dans le secteur. Son prix ? Guère plus de 10 € chez un caviste.

Michel Smith

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#Carignan Story # 250 : Scrogneugneu, en voilà du boisé !

Tout excité que j’étais d’avoir découvert cette étiquette travaillée aux petits oignons, voilà que je m’apprêtais à dérouler le tapis de louanges. C’était au hasard d’une improbable halte, mais par ailleurs fort recommandable, en bordure d’ancienne nationale, à Lézignan-Corbières pour être précis, au Cdd Sud, sorte de vaste antre à souvenirs où le riz de Marseillette côtoie le cassoulet. En saisissant le flacon, je me faisais tout un cinoche dans ma tête : tiens, tiens… des négociants Bourguignons qui s’intéressent au Carignan et qui en plus le qualifient de « cépage rare » allant jusqu’à le commercialiser à un prix idéal (4,95 €) , semblable à ce Samso Catalan que je décrivais dans mon dernier article du Dimanche. Oui, j’avais vraiment hâte de goûter ça !

Photo©MichelSmith

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Au départ, tout m’a plu dans ce vin sorti d’une gamme étoffée sous la marque « Les Janelles » par des « Artisans des vins du sud de la France » comme le proclame fièrement leur site Internet. Bouteille haute et élégante, étiquetage précis et soigné, l’ensemble est presque endimanché avec la mise en avant, très nouveau monde, du nom du cépage. Impeccable bouchon synthétique facile à extraire, on était bien loin de l’idée d’un vin « low cost » qui, à cause du prix peut-être, tentait sournoisement de s’introduire dans mon esprit. J’étais tellement excité à l’idée que ce vin puisse me séduire que je suis allé voir sur la toile si son nom, « Jamelles » avait une quelconque signification. J’ai appris que, depuis 1946, sept filles en France, oui sept, avaient reçu le prénom de Jamelle. J’ai aussi appris que cette gamme de vins était l’œuvre d’un couple d’œnologues Bourguignons amoureux du Languedoc. Tout cela était de fort bonne augure…

Quelques semaines de repos, arrive le jour de la dégustation. En ouvrant le flacon, un lancinant parfum de noix de coco semble envahir la pièce. Au nez, j’ai l’impression de sniffer du Malibu ! En bouche, j’ai la désagréable sensation d’être pris par une odeur tenace venue d’ailleurs. Bora Bora peut-être ? Je mâche le vin, je le fais tourbillonner dans mon palais, je le crache enfin et je ressens quoi donc ? Du bois tendre à pleine bouche, puis rien ou pas grand chose derrière pour signer la finale, enfin rien de bien intéressant, pas même un brin de fruits rouges. Mon impression ? Une piètre macération carbonique de jus achetés à bas coût dans des coopératives-usines qui subsistent tant bien que mal dans le Languedoc et le Roussillon. Le temps d’une mauvaise pensée, j’imagine. Pourtant, là c’est bien écrit « Carignan ». Pour une fois le nom du cépage n’est pas caché, comme je l’ai dit plus haut, on a même rajouté « Cépage rare » au cas où il faille convaincre les hésitants. C’est en le humant une nouvelle fois histoire de m’assurer que je n’écrivais pas de conneries, que me vint alors une drôle de vision : un mec en blouse blanche penché au dessus d’une cuve pour y verser le contenu d’un sac en plastique, une grosse quantité de copeaux de bois aromatisés coconut. Je me suis déjà farci des vins aromatisés aux copeaux de bois et je suis en mesure de vous assurer qu’ils étaient bien au-dessus de celui-ci ! Ceux qui ont concocté ce vin le boivent-ils seulement ?

Photo©MichelSmith

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Désolé, mais cette chose me fait perdre la raison. Elle me fait sortir de mes gonds au point de me mettre un court instant dans la situation d’un de ces faiseurs de vins qui, du nord au sud et d’est en ouest, veulent notre bien c’est entendu. Ici, techniquement, on nous parle de « caractériser » un vin. Et pour cela, on a des techniciens qui proposent une palette d’artifices comme le bois, les essences de bois devrais-je dire. Tout une panoplie de saveurs boisées pour beaucoup étrangères au raisin qui laissent un goût de vanille, de fumé ou de clou de girofle, que sais-je encore. Problème, on veut donner une personnalité à un vin qui, dès le départ, n’en a peut-être aucune. Ben oui quoi, s’il en avait du caractère, de la personnalité, on ne ferait rien, n’est-ce pas ? Ou alors, ce serait pour le masquer parce qu’il en a trop ? Dans ce cas, pourquoi l’a-t-on acheté pour ensuite mieux le revendre ? Cela s’appelle du négoce et j’en connais, moi, des négociants formidables qui, sans chercher à faire des miracles, travaillent très bien dans le sens de la mise en valeur d’un vin au moyen d’assemblages, par exemple. Mais là, ce Carignan, comme on le sent frêle, acide et peu sexy, on va vous le maquiller, le remodeler, l’arranger. Normal, c’est aussi le boulot du négociant, quoiqu’on en dise. C’est vrai que vu le prix qu’on l’a payé au départ… et vu le prix de vente souhaité en magasin… Bref, l’habillage va arranger tout ça, le marketing bien pensé aussi, les fiches techniques données à la presse où l’on ne manquera pas de souligner cet élevage si particulier en barriques neuves, de préférence en chêne américain (Chut ! N’en dîtes rien ! Vous comprenez, c’est beaucoup moins onéreux que le chêne de l’Allier ou du Limousin) destiné à « complexifier » le vin. Pour aller plus vite, on pourra même mettre des copeaux en sachets, des morceaux de bois à infuser dans la cuve. Ce sera encore moins cher et cela réclamera moins de manipulations. Et c’est ainsi que ce goût étrange venu d’ailleurs devrait masquer celui du vin pour être au minimum vendable et buvable dans des boutiques peu regardantes. Voilà le travail tel que je me l’imagine. Bien sûr je peux me tromper. Rassurez-vous, je révise mon mea culpa.

Eh bien non, je ne suis pas d’accord ! Au risque de déplaire, de me répéter, de passer une fois de plus pour un malotru, pour un imbécile de journaliste donneur de leçons, comme tant d’autres cépages, le Carignan est capable de faire sans le bois pour s’exprimer. Nul besoin de grandes études pour le savoir. Il suffit de rencontrer quelques bons vignerons des Corbières ou du Minervois pour s’en rendre compte. Le Carignan, messieurs-dames, c’est pas un frimer. Il est à l’aise dans sa terre de garrigue caillouteuse, enraciné dans sa roche, coiffé comme un plumeau mais confié à de bonnes mains vigneronnes. Nul besoin de le maquiller. Et si son propriétaire le souhaite, en insistant un peu mon Carignan peut aussi parfois nous dire des choses encore plus intéressantes. Surtout lorsqu’il est élevé dans une belle pièce bourguignonne d’occasion aux douelles de bonne origine, séchées lentement à l’air libre et pas trop toastées s’il vous plaît. Non, je ne cherche pas à donner une leçon de Carignan. Ce n’est d’ailleurs pas mon rôle. Mais enfin, tout de même, messieurs et dames du négoce, donnez-vous la peine de regarder autour de vous, allez salir vos souliers de temps en temps en marchant entre les vieilles souches.

Photo©MichelSmith

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Je ne sais pas vous, mais moi ce que je viens de goûter, j’appellerais ça de la mauvaise cuisine. Honnêtement, je ne sais pas si les nombreux autres vins de cette marque (il y a également une gamme bio) jouent sur le même registre, mais si tel était le cas, en tant qu’amateur cela me foutrait une trouille bleue. Et la rage au sang. Bien sûr, la vanilline combinée au whisky lactone comme on dit chez les chimistes-parfumeurs pourrait bien s’estomper au bout de quelques heures dans le verre. Mon oeil ! Pour faire place à quelque chose qui ressemblerait à une bouillie de sciure fraîche ? Pour ma part, j’ai beau boire du thé Sencha Fukuyu pour tenter de m’en débarrasser, au bout de la troisième tasse j’ai encore le parfum Tahiti douche en bouche ! Oui, d’accord, j’entends vos remarques : « T’es plus dans le coup papy, tu charries. Tiens, j’ai l’adresse d’une bonne maison de retraite. T’as rien compris au commerce, c’est une façon d’attirer un public jeune, c’est tendance. Ma foi, tu dois être allergique à la pina colada ».

Fort bien. Moi, j’veux bien passer pour un has been aux yeux de vous tous. Sauf que mes enfants et petits enfants, je préfère les former au goût du vin pur et à celui de la délicatesse. Pas au goût de ces sottises que certains chauffeurs cachent sous le volant de leur caisse ou accrochent à leur rétroviseur intérieur pour parfumer leur « ambiance environnementale ». Pour avoir la conscience tranquille, j’ai entrepris de goûter ce vin une seconde fois, 24 heures après rebouchage. Mal m’en a pris : c’était moins envahissant, certes, moins dur en bouche, mais toujours là, bien présent. Non, non et non, le goût du Carignan n’a définitivement rien à voir avec celui de la noix de coco. Le chanvre indien à la rigueur, je veux bien, mais surtout pas ce goût là ! Au fait, il s’agit d’un Vin de France 2013. Tout le reste de la gamme (Grenache, Sauvignon, Merlot, etc), si j’ai bien saisi, est en Pays d’Oc, puisque le Carignan est refusé à l’état pur par les géniaux concepteurs de cette dénomination qui n’est rien d’autre qu’une vulgaire mais très efficace marque commerciale sur le terrain de la mondialisation et de l’uniformisation. Ce n’est pas pour rien que le Wine Spectator a accordé une note de 87 au Cinsault (rosé) Les Jamelles. Et puis, à l’export, ces vins semblent d’ailleurs bien fonctionner. Tant mieux, car nul n’est prophète en son pays. Et puis surtout, je n’oubliez pas que tous les goûts sont dans la nature… Fort heureusement.

Michel Smith

PS Je sais que cette colère passagère du vieux ronchonneur que je suis risque de faire de la peine aux auteurs de ce vin et je m’en excuse à l’avance auprès d’eux. Ceux-ci m’ont envoyé des échantillons d’une autre cuvée de Carignan, si j’ai bien compris quelque chose de plus « haut de gamme ». Qu’ils soient rassurés : pour ne pas être influencé, je goûterais ces vins à l’aveugle et avec des amis bons dégustateurs. Comme cela, je serai parfaitement objectif.


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#Carignan Story # 248 : Vas-y Jeff !

Tandis que je sirotais mon 98 « Noblesse du Temps » du Domaine Cauhapé, un majestueux Jurançon aux notes d’abricot confit et de zeste de pamplemousse, je prenais soin de visionner de temps en temps mon second écran pour suivre l’époustouflant match Federer-Monfils (Roger plié en trois sets, pour ceux qui ne le sauraient pas) tout en pensant à ma chronique à venir, celle du Dimanche. Oui, les nouvelles cuvées de Carignan abondent en cette fin d’année… et j’ai de quoi, sans trop me vanter dépasser sans encombres le cap du quatre centième numéro ! Je sais, toutes ces confidences n’ont pas grand-chose à voir, mais c’était juste pour vous titiller, pour vous montrer que je ne bois pas QUE du Carignan, que je bosse réellement pour vous, que je me défonce même… Et pourtant…

Vincent aux fourneaux avec sa jeune assistante... Photo©MichelSmith

Vincent aux fourneaux avec sa jeune assistante… Photo©MichelSmith

L’autre soir, je me trouvais à Narbonne dans les murs du Célestin. Derrière les Halles, c’est un petit un bar-caviste très vins « natures » (désormais, il faut le préciser…) où l’on goûte des bouteilles parfois surprenantes, mais bonnes, notamment pas mal de vins issus de cépages « autochtones » comme l’on dit, dont quelques flacons de Carignan, plant aragonais, certes, mais implanté dans le coin depuis le Moyen-âge. Patrons du lieu, Hyacinte et Xavier Plégades, dont je loue avec force la gentillesse et le goût du risque (mélanger une musique assourdissante à une gastronomie audacieuse arrosée de vins sudistes n’est pas donné à tout le monde !), n’avaient rien trouvé de mieux que de prêter leurs fourneaux pour une nuit au plus frondeur des journalistes-blogueurs-culinaires, Vincent Pousson, fraîchement débarqué par le train de Barcelone pour préparer des plats courts mais bien mijotés, des sortes de tapes tendance Catalane. Résultat, ce fut un joyeux délire qu’il est prévu de remettre sur le tapis le 13 Décembre au même endroit. Voilà, si vous résidez dans les parages, vous êtes avisés.

Photo©MichelSmith

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C’est dans cet indescriptible charivari (Vincent est aussi à l’initiative du Charivari dont je vous avais entretenu cet été) que j’ai pu goûter à la bonne température (merci Xavier) et photographier pour vous le vin de Jean-François, dit Jeff, Coutelou. L’homme dirige à Puimisson, charmant village proche de Béziers, le Mas Coutelou, domaine classé en agriculture biologique depuis 1987, d’où il vinifie toutes sortes de vins aux étiquettes joyeuses et décalées, des cuvées propres à séduire les bistrots tendance vins naturels. Chez lui, il y a de la Syrah et du Grenache en quantité, mais le Carignan a droit de cité. Non mais, manquerait plus que ça !

Photo©MichelSmith

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Ce soir-là, Jeff présentait plusieurs vins, dont un Carignan 2007 guère à sa place dans ce genre de soirée où l’on ne pouvait que se concentrer sur la gaudriole et le rythme afro-cubain. Le vin le plus facile d’approche, compte tenu des circonstances, a bien entendu retenu mon attention. Il s’agissait du « Flambadou », un mot très Languedocien qui désigne un instrument en métal avec un embout de forme de cône dans lequel on glisse du lard que l’on fait ensuite flamber dans la cheminée au dessus d’un lièvre à la broche, par exemple. Cela a pour effet de saisir les chairs de l’animal et de lui donner un goût inimitable. Servi froid dans sa gelée, en compagnie de quelques brins de cresson, le jarret de cochon de l’Ariège, pays natal de Vincent, faisait un effet bœuf (ça m’a échappé !)sur ce Vin de France 2013 proposé à 21 € sur table, ce qui me paraît honnête. Je l’ai juste trouvé un peu jeune, mais il était bien charnu, savoureux, pas trop acidulé, ni trop tannique, juste ce qu’il me fallait dans ce genre d’ambiance festive où les produits campagnards étaient bien mis à l’honneur. La bouteille a été vite vidée, ce qui est un bon signe… Ceux qui l’attendront s’en serviront pour accompagner un lapin de garennes, par exemple.

Michel Smith


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#Carignan Story # 230 : Sus au pénible !

Dans le Midi, rien n’est tout à fait comme ailleurs. En dépit des apparences, le réveil qualitatif auquel on a assisté depuis 30 ans n’est pas uniquement l’œuvre de « people » en vue, comme on peut le constater en Provence ou du côté de Bordeaux où de richissimes néo-ruraux en quête de préretraite viennent chercher refuge dans le monde du vin disneyisé. Ici, le renouveau des vignobles s’inscrit dans l’épopée des gens de la terre, ancrés qu’ils sont dans l’Histoire. En schématisant peut-être un peu trop vite, beaucoup des vignerons d’aujourd’hui sont des Languedociens pur jus que l’épopée industrielle a fait descendre jadis des rudes coteaux de cette garrigue ingrate du Haut-Languedoc dans l’intention de produire en plaine et en quantité dans des conditions d’apparences moins rudes.

Marre des vins pénibles ! Photo©MichelSmith

Marre des vins pénibles ! Photo©MichelSmith

Sans cesse poussés par l’esprit bassement mercantile d’un négoce avide de vins de table trafiqués si dévastateurs pour l’organisme et payé à vil prix au producteur, les producteurs se sont emballés, les vignes sont devenues de grossières vaches à pisser le pinard, les coopératives se sont multipliées pour défendre le productivisme et la chimie s’est emparée du vin faisant la fortune de certains, la ruine des autres. Caricature, allez-vous me dire. Et pourtant, qui se souvient de ce Midi rouge et frondeur, de ce cafetier viticulteur nommé Marcellin Albert haranguant la foule du haut de son platane, de la troupe prête à défendre les préfectures face à des gens ruinés réduits à la castagne ? C’est dans ce perpétuel conflit où les années fastes succèdent aux crises que naquirent des vignobles comme Faugères ou Saint-Chinian aujourd’hui respectés à défaut de n’être encore réputés sur la scène mondiale du vino business.

Photo©MichelSmith

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Ainsi, de braves viticulteurs sont-ils redevenus de vrais vignerons, restaurant avec foi et amour des coteaux délaissés car si peu productifs. Dans les années 80 jusqu’à l’aube du millénaire, on voit naître des cuvées monstres à défaut d’être monstrueuses, des rouges sur mûrs, sur extraits, sur boisés, sur maquillés, surfaits, sur médaillés, sur médiatisés… Qui sait, caché au bout de sa rue Marcellin Albert, à Trausse-Minervois, le sage Luc Lapeyre, à force de caresser sa généreuse barbe toute argentée, se souvient peut-être qu’il est passé par là, par cette époque où l’on cherchait plus à singer le Bordelais plutôt qu’à ressembler à son pays. Comme d’autres vignerons de son envergure, c’est-à-dire des hommes de la terre qui ne se pètent pas le melon, Luc se lamente : « Y’en a marre du vin pénible » ! Il me l’a ressorti l’autre jour lors d’une conversation. Au début, cette réflexion revenant souvent chez lui, je me suis dit : « Ça, cette espèce de désinvolture, c’est tout Luc, du Lapeyre tout craché ! » Puis je me suis aventuré à lui demander : « Qu’entends-tu par là ? »

Photo©MichelSmith

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En bavardant avec lui tout en goûtant son dernier Amour de Carignan, j’ai réalisé combien ce bougre de Vigneron, amateur comme moi de bonne cuisine campagnarde avait raison. Mille fois raison. Oui, y’en a ras le bol de ces vins pénibles où l’on ne sent rien, de ces jus où l’on se demande « Mais où est le vin ? », de ces bibines trop travaillées, trop parfumées, trop étriquées, de ces vins mondains sans âme, de ces pinards que l’on avale péniblement et que l’on laisse sur un coin de la table en se demandant : « Putain, où est la bouteille d’eau ? ». Oui, mon ami du Haut-Minervois, plus que jamais aidé de son fils Jean-Yves, a fichtrement raison de maugréer dans sa barbe : « Y’en a marre des pénibles ».

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Du Carignan, les Lapeyre en ont sauvé 5 ha sur les 32 qu’ils cultivent. Une bonne partie va dans cet Amour de Carignan provenant de vignes vendangées à la machine et situées en majorité sur des terres argileuses. Moyenne d’âge : 50 ans. Production : 8.000 flacons. Prix : 5 euros départ cave. Extraction à froid, fermentation sur 10 à 15 jours, mise en bouteilles juste avant le printemps suivant, c’est un vin sans prétention, je serais tenté de dire « sans pénibilité« , corsé au nez avec ce qu’il faut de notes de mûres et de cade, d’accents de garrigue en bouche, une pointe d’amertume pas trop gênante et le fruit qui s’accroche en finale laissant une bouche bien fraîche. Le vin parfait pour une grillade d’été. On le boira bien frais sur des brochettes avec force de poivrons, tomates et oignons. Sans oublier le thym. Et sans effort !

Michel Smith

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#Carignan Story # 226 : La Negra, le rouge bonnard !

Debout les Morts ! Et les vivants aussi par la même occase ! Bougez-vous le cul, réveillez-vous, quittez la plage sur le champ, magnez-vous le train ! Allez, on commence par cette magistrale Paloma Negra de Chavela Vargas qui, à mes yeux, reste l’une des plus belles chansons – j’ai bien dit « l’une » – de ces deux siècles derniers. D’abord vue par Roberto Alagna puis par Chavela Vargas, en personne. Et puisque l’on baigne dans l’hispanisant et les mexicaneries, qu’un nouveau roi vient d’être sacré à Madrid et que la Roja va rentrer la queue basse (olé !), nul se sera contre l’idée de s’offrir le luxe d’un bellota arrosé d’une copita de fino salin, mordant, al dente, comme disent les Ritals qui n’ont rien à voir là-dedans si ce n’est qu’eux aussi sont européens.

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C’est un peu comme ça que j’ai commencé ma soirée. Par un rendez-vous au village de Torreilles. Instructions : dans le centre du bourg, direction Saint-Laurent de la Salanque, puis garez-vous au plus vite. Vous êtes au Buena Boca, chez Céline et Jean-Jacques, des gens adorables. Méfiez-vous : c’est petit et il y a toujours du monde. La réservation s’impose donc dans ce restaurant-caviste qui n’ouvre que le soir une partie de la semaine, du mercredi au dimanche, à partir de 18 h, et tous les soirs en été. Non seulement les tapas y sont bonnes, mais la carte des vins est impressionnante et les bons choix ne manquent pas, y compris dans les petits prix. C’est le deuxième restaurant de la région que je fréquente avec cette idée simple mais qui fonctionne consistant à vendre le vin à emporter au prix départ cave ou sur table avec 5 euros de plus par bouteille en guide de droit de bouchon.

Au Buena Boca...Photo©MichelSmith

Moules gratinées à l’aïoli au Buena Boca…Photo©MichelSmith

Après mon fino à 2 € la copita, suivi de délicieuses moules à l’aïoli et d’une non moins craquante tentacule de poulpe saisie à la planche, je me suis offert le 100 % Carignan de Jean-François Nicq. Lui, c’est cet ancien directeur de la cave d’Estézargues que j’avais connu près d’Avignon dans les années 90 et qui par la suite s’est installé chez nous, aux pieds des Albères, cette petite chaîne pyrénéenne qui sépare la France de l’Espagne. Les vignes étant pour la plupart exposées vers le nord, l’endroit est béni pour ceux qui ne veulent pas faire des vins mastodontes, comme c’est hélas encore assez courant dans le Midi. J’ai failli prendre son pur Cinsault, mais je n’ai pu résister au Carignan. Tout de suite, je vous prie de noter le téléphone du Domaine des Foulards Rouges à Montesquieu-des-Albères car, si vous êtes sur les plages cet été, je vous conjure d’aller lui rendre visite ce que, bien entendu, je n’ai pas encore fait de mon côté tellement je suis mal organisé par les temps qui courent. Donc, on peut joindre Jean-François, qui travaille ses vignes en bio, au 06 88 11 83 02 ou 04 68 54 24 12.

Photo©MichelSmith

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Vous trouverez un petit film qui présente bien le domaine sur le site Vins de chez nous. Jusque-là, j’étais habitué à une autre de ses cuvées, Les Vilains, également dédiée au Carignan dont j’avais pu apprécier le 2012 dans un bistrot de mon cru je ne sais plus où. Cette colombe noire 2013, que j’ai payée 16,50 € sur table au Buena Boca me semble tout à fait nouvelle : il s’agit d’un Carignan léger, facile à boire et alerte, vinifié en macération carbonique. Cas quasi unique dans le Roussillon, le vin en question ne titre que 11°, oui j’ai bien lu : onze degrés ! Résultat, ça se boit bien frais comme du petit lait. Et c’est mon plus jeune fils, Victor, que j’avais invité pour partagé ce repas, qui résume le mieux l’esprit du vin : « Papa, ce rouge, il est tout simplement bonnard ! » Eh bien oui, on ne saurait dire mieux !

Michel Smith

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Tops and flops de 2013

L’heure est aux bilans. Bilans de tous ordres. C’est même un gros marronnier de la saison, de longue date consacré dans tous les supports. Je ne vais pas y échapper, même si cela ressemble à plaquer Philippe Etchebest de front. Car creuser ses souvenirs peut être une épreuve aussi redoutable. Je le sais pour avoir tenté les deux épreuves. Je constate, au passage, à quel point la mémoire est une organe sélective. Elle oublie beaucoup, et surtout tout ce qui n’a pas grand intérêt. J’ai donc du vraiment labourer la mienne pour chercher des « flops », autrement dit mes déceptions. Tandis que les « tops », les vins ou expériences bachiques qui m’ont mis de la joie au cœur, semblent affluer dans ma mémoire au point que je dois en limiter le nombre. Et je vais commencer par ces « tops », car c’est quand-même plus intéressant. Il n’y a pas d’ordre particulier, tout cela est en vrac et il ne faut pas y lire une hiérarchie quelconque.

Mes Tops de 2013

Quelques vins d’abord :

Ridge Montebello 1995, Santa Cruz, California.  Bu a Noël avec amis et famille, et issu de ma cave en Gascogne, mais dégusté à deux autres reprises à Paris en décembre, en compagnie de son responsable, Paul Draper. Un très grand californien, dont le degré d’alcool modeste (12,5%), allié à une parfaite maturité de tanins est une leçon d’équilibre pour beaucoup et de partout.  Assemblage de type médocain et élevage en bois américain, ce qui ne se remarque pas car les bois ont été correctement séchés à l’air libre (encore une idée reçue stupide que de dire que le chêne US est forcément moins bon que le bois français ou polonais).

Clos de l’Eglise, Pur Sang 2010, Madiran. Bu récemment dans un restaurant (Le Grand Pan) à Paris. Formidable de fraîcheur et d’équilibre, juteux et plein mais sans aucune dureté. 100% tannat. J’ai tellement aimé que j’en ai commandé, y compris en magnums. Je l’attends avec impatience.

Les Laquets 2006, Cahors (Cosse et Maisonneuve), magnum. Bu pendant les fêtes de noël et de ma cave dans le sud-ouest. J’avais de l’appréhension en l’ouvrant car j’ai constaté, dans le passé, des déviances déplaisantes dans certains vins de ce producteur très côté. Cette fois-ci rien de tout cela. Ce vin était impeccable de netteté, délicieusement frais et d’une finesse qu’on ne trouve pas tous les jours (mais de plus en plus souvent) à Cahors.

Barolo Riserva Rocche dell’Annunziato 1999, Paolo Scavino. J’ai déjà parlé de ce vin ici, au mois de septembre dernier : http://wp.me/p34cc9-1gB. Rien de plus à dire. Très grand vin, d’une beauté à vous couper le souffle.

J’ai aussi le souvenir d’une très belle dégustation verticale de Château Canon (Saint-Emilion), comme d’un vin du même coin mais beaucoup moins côté : Roc de Calon 2010, un Montagne Saint Emilion de toute beauté et qui ne vaut qu’une douzaine d’euros la bouteille.

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Little James’ Basket Press, Vin de France (nm). Ce vin, fait par Louis Barruol du Domaine Saint Côme, à Gigondas, à égayé beaucoup de mes dîners et déjeuners de cet été et même jusqu’à l’automne. Fait selon le système solera, et avec un majorité de grenache (je crois) il éclate de fraîcheur et de gourmandise sans nier ses origines sudistes, roulant ses « r » et faisant entendre le souffle sourd du mistral. Et tout cela est impeccablement encapsulé et pas cher (moins de 10 euros).

Herri Mina 2011, Irouleguy. Il fallait un vin blanc dans cette série, et cela aurait aussi bien pu être le Pacharenc du Vic-Bilh de Christine Dupuy (Domaine Labranche Lafond), bu cet été à Marciac pendant le festival de jazz. Mais cela sera un autre blanc du sud-ouest, le remarquable Irouleguy de Jean-Claude Berrouet : incisif sans agressivité et plein de saveurs. L’ayant dégusté dans un bar-à-vins à Bordeaux, j’en ai acheté une bouteille pour 13 euros. Rapport qualité/prix exceptionnel aussi.

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Puis les moments de grâce autour du vin

Une soirée de printemps passée dans les caves souterraines de Lamé, Delille, Boucard, Domaine des Chesnaies à Bourgueil, en compagnie de mes 4 collègues de ce blog, au printemps dernier. Nous en avons déjà parlé. Remonter les millésimes jusqu’au magnifique 1893 m’a laissé une impression d’émerveillement et un souvenir particulier.

http://lame-delisle-boucard.com/

Un déjeuner avec Lionel Osmin chez Bernard Daubin, au bar du son restaurant de Montréal-du-Gers. Discussions à bâtons rompus, très bons vins blancs qui défilaient au gré de l’humeur du patron, nourriture excellente servie sans façons, humour et joie de vivre. Et il fallait renter à moto après…..je crois que j’ai du voler.

http://www.bernarddaubin.com/

Une soirée à deux au bar-à-vins BU, à Bordeaux. Bordeaux est une ville magnifique qui cache bien ses petits secrets. Il me semble que j’en découvre un nouveau à chaque fois que j’y mets les pieds. Parmi eux cet excellent bar-à-vins moderne, bien équipé avec des machines dernier cri et pratiquant une bonne cuisine de produits frais. 32 vins au service, dont 8 étrangers, 8 bordelais et 16 du reste de la France. Ils sont bien choisis et les patrons très sympas. Bordeaux est ouvert au monde, et c’est tant mieux.

http://www.baravin-bu.fr

Grenade, ses vins et ses bars à tapas. Visité en septembre pour mon travail, c’était la deuxième fois que j’ai pu me rendre dans cette ville extraordinaire. Une aubaine pour le promeneur curieux et parfois assoiffé. Et les vins locaux sont très bons, issus de ce qui doit être l’appellation la plus élevée d’Europe (l’altitude moyenne de la DO Granada = 1200 metres).

Maintenant les flops : les vins qui m’ont déçus

Je sais que cela ne fera pas plaisir à certains, mais je dois dire que les vins de Savoie m’ont globalement déçu. J’ai pourtant essayé à deux reprises, une fois lors d’un voyage de presse dans cette région, puis une autre lors d’une large dégustation organisée à Paris mais un peu gâté par un chef dont la tête ne rentre plus dans son chapeau et qui n’aime pas le vin (je n’étais pas là pour tâter sa cuisine, mais pour déguster les vins). Avec une exception pour les vins du Domaine de Colchis, je n’ai pas trouvé de choses géniales et beaucoup trop m’ont semblé ordinaires et/ou trop chers. Le cépage jacquère n’a pas grand intérêt mais il y en a partout. C’est un problème. Je pense que leur salut ne peut venir que des autres variétés.

La Coulée de Serrant 1990. Bu de ma cave. Ce vin a été pourtant bien stocké mais il était mort, triste, sans relief, terne et court. Je m’en fous que sa couleur soit presque orangé, mais il n’y avait pas grande chose en bouche et rien au nez. Joly est peut-être un pape de la biomachin mais est-ce qu’il sait faire du bon vin ?

Château de Beaucastel 2003. Dégusté au bar-à-vin Juvenile’s, chez mon ami Tim Johnston, à l’occasion de la fête de fin d’année 2012. Bretts à fond et plat. J’ai du le changer pour autre chose (ce que la patron a évidemment fait). J’aime pourtant beaucoup les vins de la famille Perrin, et Beaucastel ne fait pas exception. Mais là il y avait un vrai problème.

Château Palmer 1981. Another one bites the dust! Encore un grand nom qui m’a déçu, cette fois-ci à l’occasion d’une dégustation pour un enseigne lors de Foires aux Vins vers le mois de mai ou juin. Certes ce millésimes n’est pas dans les annales, mais quand-même ! Indigne de son rang et de son prix. Je dirais de même d’un Duhart-Milon goûté le même jour.

J’ai eu bien d’autres déceptions, bien entendu, mais ils n’ont laissé aucune trace dans ma mémoire. Sélective vous dites ? Je sais que c’est à la fois peu et beaucoup pour une année. Comme tous les ans. J’attends 2014 avec impatience !

David


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White Christmas (5) ou pas, mon cadeau c’est le Gamay du Cher !

Même si Christmas c’était hier, ayant raté le train pris par mes collègues de blog – parbleu, je deviens de plus en plus tête en l’air -, j’achève ici la série du « Vin de Noël ». Et puisque je suis une sorte d’insoumis à la tradition, puisque je sais depuis belle lurette que le père Noël n’existe, pas plus que la mère Noël d’ailleurs, puisque j’ai horreur des vomissures en forme de guirlandes lumineuses et des achats intempestifs qui font chauffer la carte bleue, silver ou gold, je vais rester à mon humble niveau en choisissant, une fois n’est pas coutume, un vin simple et joyeux. Joyeux comme les fêtes, cela va de soi. Et simple comme ceux qui n’ont que de larges sourires à offrir en partage.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Viens là mon si Cher Gamay, mon tendre Gamay du Cher, sors du rebord de la fenêtre où je t’ai condamné provisoirement, sors du froid de l’hiver, viens près de moi maintenant que tu grelottes, viens ! C’est lui le vin populo, le rigolo, le moqueur, l’enjôleur, le coquin, le païen, l’ingénu, le tout nu. Lui le Jésus de la crèche, le souriant, le croustillant, le débridé, le mécréant, le pur, le joyeux, le libérateur ! C’est lui le vin. Oui, c’est bien lui qui va me sauver de la pantalonnade festive de cette fin d’année 2013, de ces embrassades intempestives et obligées, de cette avalanche de cadeaux inutiles et si vite avariés, de ces colis aussi piégés qu’obligés suintant la bienséance, l’hypocrisie, de ces objets insultants, emmaillotés, enturbannés, de ces joujoux indispensables à la vie de tous les jours comme les consoles ou autres tablettes à plusieurs centaines d’euros que l’on abandonnera par lassitude au bout de quelques mois d’utilisation, de ces friandises douteuses, de ces chocolateries fadasses, de ce trop plein de boustifaille que l’on ingurgite jusqu’à ce la chiasse. Viens donc mon Gamay, viens mon Cher Gamay ! Viens me délivrer de ces turpitudes chrétiennes ! Sauve-moi de la médiocrité.

Alors, pour avoir chaque année l’illusion de croire que cette « magie de Noël » ne va pas m’atteindre, pour ne pas me sentir pour autant « émerveillé par le sourire des enfants » qui se battent en déchirant le paquet cadeau renfermant la mitrailleuse, pour ne pas voir la misère me faire un pied de nez magistral à chaque coin de rue, pour ne pas prendre conscience de ce qui se passe autour de moi, ne serait-ce qu’en Syrie, par exemple, pas si loin de la terre et de la grotte qui vit naître celui que l’on nomma Jésus de Nazareth, je vais me glisser parmi mes semblables, boire, écluser des bouteilles, bouffer à en frôler la crevaison. Mais ce faisant, je penserai fort à mon Cher Gamay, à mon Gamay du Cher.

Noëlla, dans son Gamay… Photo©MichelSmith

Noëlla, dans son Gamay… Photo©MichelSmith

En effet, en cette énième traversée de gué, comment envisager un autre vin de partage que ce Gamay 2012 venu tout droit des coteaux de la vallée du Cher et si gentiment offert par sa génitrice, Noëlla Morantin, rencontrée il y a quelques semaines pour les besoins d’un portrait ? Normal qu’en ce Boxing Day, en ce jour de lendemain de Noël je pense à une Noëlla. En le croquant, en le sentant m’irriguer le corps, j’y trouve de la fine gelée au goût de framboise, de l’esprit, de la légèreté et, quitte à me répéter, de la joie débridée en veux-tu en voilà ! Le flux de ce cépage noir à jus blanc glisse dans le gosier tel un tissu au soyeux palpant la peau. À quoi bon penser à autre chose dîtes-moi ? Que ce jaja juteux légèrement perlant cherche à m’ensorceler et qu’il y arrive à la perfection ? Voilà que je me laisse faire sans recul. Je m’abandonne au simple plaisir et je refile aux savants prétentieux qui nous entourent, aux goûteurs pompeux qui nous cernent, même sous le sapin, la joie de me voir m’enivrer alors qu’ils sont probablement condamnés à écluser à vie et le petit doigt en l’air un triste Nicolas Feuillatte ou un morne Moët & Chandon. Car ce que l’on éprouve avec ce Gamay (oui, j’ose la majuscule, comme pour le Carignan, le Cinsault, le Mourvèdre, le Cabernet Franc, le Pineau d’Aunis ou le Pinot noir), c’est un insolant bonheur qui me remet à ma place sans que je puisse argumenter. Et je le bois.

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Pour certains, le vin est un plaisir caché, un cérémonial maniéré, un truc intello qui frise la branlette et qu’il faut décortiquer jusque dans ses moindres recoins. Une fiche technique qui dévoile tout ou presque sans offrir l’ombre d’un poil de cul de mouche de découverte. Or, comme ce si ce n’était pas suffisant, un Gamay comme ce « Mon Cher » a une histoire, celle d’un très beau ménage à trois. Une belle histoire d’amour entre un vigneronne qui s’est posée là un peu par hasard, un monsieur qui s’appelle Laurent qui cuisine vachement bien et qui ne craint pas d’être l’employé de la dame en question et, pour finir, un amant qui n’est autre qu’un terroir (damned, je devrais dire un terrain, sol, ou sous-sol !) d’argiles à silex, de beaux coteaux avec vues dégagées sur la rive droite du Cher, le tout en un point de rencontre, un triangle magique qui fait se rejoindre la Touraine, la Sologne et le Berry.

Noëlla Morantin, dingue aussi de vieilles bagnoles… Photo©MichelSmith

Noëlla Morantin, dingue aussi de vieilles bagnoles… Photo©MichelSmith

Enfin, puisque la Gamay de Noëlla m’a transporté dans une humeur furibonde au départ, puis chaleureuse et amicale à l’arrivée, je voudrais en profiter pur remercier Jim Budd de m’avoir donné les clefs de sa maison d’Epeigné-les-Bois, gîte qu’il partage avec ses amis Britanniques. Grâce à son hospitalité digne de celle que l’on aurait dû célébrer hier, j’ai pu me rendre à quelques lieues de là, à La Boulinerie où vivent Noëlla Morantin et Laurent, en compagnie de leurs bouteilles, des gélines et du cochon Mister Pig qui, bientôt, finira en pâtés, boudins, saucisses et jambons. Je vous embrasse et vous souhaite une bonne fin d’année à tous ! Et merci d’avoir supporté mes humeurs…

Michel

PS – Au fait, « Mon Cher » 2012 est un Vin de France qui n’est déjà plus au tarif proposé par Noëlla. Un trop plein d’amour qui conduit au succès, puis à la rareté. À moins de le trouver chez certains cavistes avisés. Il me semble qu’il coûte autour de 10 à 12 euros la pièce. En appelant la vigneronne de ma part, il sera peut-être possible de réserver un peu de 2013, mais j’en doute. Peut-être vous suggérera-t-elle un caviste près de votre lieu de résidence. Eh oui, même les choses simples peuvent se faire rares…

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