Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Il se vide de son sang dans une vigne de Champagne

Encore un fait divers à glacer le sang. Encore une victime du prétendu progrès. Ou bien faut-il  y voir une conséquence de la crise, et de son corollaire, la course effrénée à la rentabilité qui pousse certains domaines viticoles à engager des gens de moins en moins qualifiés, qu’ils ne prennent plus la peine de former?

secateur-electrique

Photo Lisson

Le sécateur fonctionnait toujours

Lundi dernier, un ouvrier agricole d’Avize (Marne), qui effectuait la taille d’une vigne, s’est littéralement vidé de son sang après s’être presque entièrement découpé l’abdomen avec son sécateur électrique.

Détail sordide: tenu fermement par la main du mort, le sécateur fonctionnait toujours à l’arrivée des secours.

Détail encore plus sordide: on ne taille pas la vigne en mai, après le débourrement!

Number One

Vous n’êtes pas sans savoir que ce blog a été désigné comme "le plus influent des blogs de vin", pour ce mois de mai, par le classement eBuzzing (ex-Wikio).

Bien que je n’ai jamais bien compris comment fonctionne ce classement, je ne vais pas bouder mon plaisir. J’adore cette "coopérative de l’écriture". Pas forcément chaque article, pris isolément – surtout pas dans ce que j’écris moi-même. Mais l’ensemble, la diversité, le flux constant des idées, le kaléidoscope de nos 5 plumes. Le côté "famille", aussi.

Ce que disent les chiffres

Cependant, je ne peux m’empêcher de remarquer (au vu des chiffres de notre hébergeur Wordcom), que les articles qui attirent le plus grand nombre de gens sont les articles polémiques; ceux aux titres les plus accrocheurs; les billets où le lecteur se dit qu’il va y avoir du sport, à défaut de sang.

La preuve: si vous lisez ceci, c’est peut-être parce que mon titre grand-guignolesque vous a attiré ici. Au fait, mes plus plates excuses à toutes les victimes de sécateurs fous ainsi qu’à leurs aimables fabricants…

Les blogs comme celui-ci sont libres de toute publicité, ils ne coûtent rien au lecteur, et ce dernier a un choix presque illimité; en tout cas, il lui faudrait des siècles pour tout lire. Il doit donc faire des choix, des arbitrages entre les blogs.

Comme auteur, comme journaliste, j’aimerais beaucoup que le lecteur s’intéresse à des commentaires de jolis vins, qu’il parte à la découverte de cépages oubliés ou de vignerons méritants. Je constate malheureusement qu’il se passionne plus – en moyenne – pour l’actualité judiciaire de Saint Emilion, pour la cotation des primeurs, pour le scandale des pesticides, pour la cryo-congélo-contraction, pour la critique du terroir ou pour les fantaisies des AOC que pour la réussite de vignerons modèles.

Il y a des exceptions, bien sûr, comme avec l’article de Michel sur Pibarnon – mais s’il faut qu’un vigneron meure pour qu’on s’intéresse à lui, c’est cher payé, non?

Sex, drugs & rock & roll

Ce blog est donc le reflet un peu déformé de notre propension pour le sensationnel, de notre goût très gaulois pour la castagne, quand ce n’est pas notre goût morbide pour les trains qui déraillent, pour les avions qui  tombent. Restent le sexe, la drogue et le rock and roll. Le trash.

J’ai failli titrer "La culotte de Madonna dans un fût d’Angelus" (une réminiscence de mon passage dans une institution religieuse, sans doute). Mais notre hébergeur nous interdit de publier du contenu à caractère pornographique – je parle du prix de l’Angelus, bien sûr.

Madonna

Le summum du mauvais goût (je parle du montage, bien sûr – mes excuses à M. de Boüard)

Sacrées levures!

On ne  peut pas grand chose au sensationnalisme ambiant.Ce n’est pas moi qui décide que cent fois plus de Français se passionnent pour le cook-bashing de Top Chef, ou les pitoyables donneurs de leçons de The Voice ou de la Star Academy, plutôt que pour les documentaires de vulgarisation scientifique de National Geographic.

Je continuerai donc à poster des billets torrides sur les moeurs des levures en milieu réducteur; ou bien, je vous emmènerai en voyage dans le vignoble, que ce soit à Baixas, à Fleurie, à Stellenbosch ou au Cap Bon; tant pis si je n’explose pas le compteur!

Bon, d’accord, de temps à autre, je pousserai un bon coup de gueule sur les pesticides, le goût de bouchon, les gourous du vin, le protectionnisme franchouillard ou l’ineptie des classements (on ne se refait pas).

Juste parce que ce jour là, ce sera mon bon plaisir.

A quoi servirait un blog, sinon? A faire de l’audience?

Laissons ça aux mercenaires de la presse…

Hervé


Un commentaire

Jules Chauvet dans le texte

"Jules Chauvet (1907-1989). Négociant-éleveur de vin, installé à La Chapelle-de-Guinchay dans le Beaujolais.

Outre ses qualités de vigneron et de dégustateur, il possédait des compétences de chimiste, acquise à l’école de chimie de Lyon puis auprès de Otto Warburg, avec lequel il entretint une longue correspondance. Il travailla notamment sur les levures, la fermentation malolactique et la macération carbonique.

Pédagogue, animé d’une grande force de conviction, il est un peu le père du mouvement des vins naturels. Il laisse une œuvre littéraire de qualité, dont L’Arôme des vins fins, texte d’une conférence prononcée à la foire des vins de Mâcon en 1950".

C’est ce qu’on peut lire sur lui sur Wikipedia. Pas sûr que ça rende tout à fait justice au personnage.

Moi qui reviens de chez Duperray, à la Chapelle de Guinchay - un vigneron que Chauvet ne renierait pas, j’aimerais ajouter une pierre à l’édifice de sa mémoire collective, celle qui ne figure ni sur internet, ni dans les banques de données, mais dans les têtes, dans les gestes et dans les vins. Et notamment dans ceux  des vignerons de ce Beaujolais que j’ai (re)découvert avec un énorme plaisir, parce qu’en lieu et place de chaptaliseurs fous, j’y ai rencontré des vignerons épris d’authenticité (d’accord, les premiers existent  encore, mais ce n’est pas mon sujet).

Bon, alors, la pierre (sans jeu de mot, Mathieu), c’est cette copie d’un article datant de 1960 et paru dans le Bourguignon Viticole (cliquez sur l’image pour l’agrandir):

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On se prend à rêver de ce que serait le vin en Beaujolais, en Bourgogne, et au-delà, si tout le monde avait appliqué ces principes.

On ne refait pas l’histoire, hélas. Mais pour l’avenir, il est encore temps. Amis oenophiles, vous avez ce pouvoir: vous votez à chaque bouteille que vous achetez…

Hervé


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Exporter des vins français en Pologne? Quelle bonne idée!

Suite des chroniques sabbatiques de notre invitée polonaise, Agnieszka Kumor, qui aujourd’hui, nous parle du marché polonais.    

Une histoire pour commencer. Dans la fraîcheur du petit matin printanier quatre chasseurs polonais reviennent de la chasse. Le dîner approche, chacun sort sa bouteille et la pose sur la table. «Une bouteille de quoi?» vous demandez-vous. De la vodka polonaise, Żubrówka, Wyborowa, Soplica, Żytnia, Żołądkowa Gorzka… ? Eh bien, non. Un vin français, alors? Que nenni. L’un des chasseurs sort un vin italien, l’autre – encore un vin italien, le troisième – un Rioja, et le quatrième – un blanc autrichien. C’est par celui-là, d’ailleurs, qu’ils commenceront leurs agapes.

Cette anecdote est à double lecture : elle montre que la culture de la consommation de vin en Pologne progresse, mais elle prouve aussi que la France a un rôle à y jouer, à condition qu’elle change sa stratégie sur le terrain. Quand je rencontre les vignerons français, je leur pose inlassablement la même question : «Exportez-vous en Pologne?» Certains me répondent que oui, d’autres que ce marché (40 millions de consommateurs potentiels, tout de même) ne les intéresse pas. Cela me laisse songeuse. Les Français seraient-ils ignorants, négligents, snobs ? Ou, alors ce serait les Polonais qui multiplient les taxes, pèchent par leur caractère bordélique et ne répondent même pas aux mails? Sans doute les deux, mon capitaine…

2.-Les-erreurs-ont-ete-commises

Des erreurs ont été commises

Les vins français ont toujours été pour les Polonais un synonyme de luxe et de qualité. Dans les années 1990, l’importation de vins a explosé. Les Polonais se sont tournés naturellement vers les vins français, mais n’ayant pas un grand pouvoir d’achat, ils ont commencé par des vins d’entrée de gamme. Or, le choix des importateurs paresseux dans cette catégorie s’est porté sur les vins de mauvaise qualité. Beaucoup d’importateurs sont passés par des intermédiaires en Allemagne, car les producteurs des vins intéressants et pas chers n’avaient jamais eu accès au marché polonais. Les vins se sont vendus (au moins au début) en grandes surfaces (et donc sans conseil), tandis que les grands vins étaient hors de prix. Résultat : dès le moment où les vins du Nouveau Monde ont débarqué sur le marché, les Polonais ont vite fait le calcul qualité/prix et se sont tournés vers ces nouveaux produits.

1.-Le-Polonais-est-un-consommateur-nomade

  Le Polonais est un consommateur nomade

 Actuellement, les Polonais achètent des vins chiliens, argentins, australiens, mais aussi bulgares, californiens et israéliens. Lentement mais sûrement, les vins d’Afrique du Sud se frayent aussi un chemin. Les Autrichiens et les Allemands sont très actifs. Est-ce que les Français pourront remonter la pente ? Rien n’est moins sûr. Ceux qui y croient encore trouveront à la fin de cet article les contacts utiles. Selon moi, il est plus intéressant d’avoir un importateur qui assure aussi la distribution par les biais de sa propre chaîne de magasins et qui vend aux hôteliers et à la restauration. La France garde sa troisième place d’investisseur en Pologne (après la Hollande et l’Allemagne), mais elle se place seulement 6ème quant à la vente de ses vins. Or, les Polonais achètent de plus en plus de vins.

 En 2011, les ventes de vins en Pologne ont grimpé de 4%. L’année a été difficile pour les petits et moyens importateurs car les vins de qualité se vendent désormais aussi dans les magasins discount. Ces magasins, qu’ils soient d’origine allemande ou polonaise, ont élargi leur offre de 20%. Malgré la crise, les ventes devraient poursuivre leur progression – celle-ci est estimée à 5% pour 2012. Les vins tranquilles ont le vent en poupe. C’est la tranche la plus dynamique : 7% de progression en 2010, selon le rapport AC Nielsen. Les ventes de vermouths, de mousseux et de liqueurs, traditionnellement appréciés des Polonais, reculent.

4.-Le-vin-consomme-en-troisieme-position-apres-la-biere

Le vin arrive en 3ème position des boissons en Pologne, après la bière et la vodka

(Brasserie Hipolit Lackowski : collection Jan Skrzyniarz)

 La consommation moyenne annuelle de vin en Pologne représente 3 litres per capita. Bon, à titre de comparaison, en France on consomme 35 litres, en Hongrie 24 litres et en Espagne 22 litres. Faîtes un effort, mes chers compatriotes ! La chance est de votre côté : il paraît que vous allez multiplier par sept votre consommation de vins à l’horizon des vingt prochaines années !

Les Polonais aiment le vin accessible au palais et qui leur parle immédiatement. Un vin suave, fruité et pas trop acide. Ce sont des consommateurs nomades : 84% d’entre eux n’ont pas de marque ou de producteur préférés. L’amateur averti trouvera sans doute les grands vins français, mais ils sont à un prix qui exclue une partie de consommateurs. Et l’on sait bien que c’est le bon vendu à un coût modéré qui éduque le palais. Cette offre attractive et accessible mène naturellement, avec le temps, vers un produit plus complexe et plus cher.

5.-Les-Vins-de-Pays-et-les-IGP-ont-toute-leur-place-sur-les

Les IGP ont toute leur place sur les tables polonaises (photo Agnieszka Kumor)

En parcourant l’offre française des boutiques en ligne, je constate que l’une se spécialise dans les Vins de Pays d’Oc, Corbières et Languedoc-Roussillon, l’autre aura des liquoreux, des vins de Loire et d’Alsace (très en vogue, ces derniers, car ils se marient bien avec les plats polonais). Bien sûr, chacune de ces boutiques propose de jolis Bordeaux et Bourgogne. Mais il y manque cruellement, par exemple, les grands vins de Cahors, de Madiran, de Beaujolais ou de crémants, tous trop rares sur les tables polonaises. Des IGP y ont toute leur place et des vins issus de l’agriculture biologique, eux aussi.

Les français confrontés à l’exportation sont en partie victimes de leur système d’AOC. Il garantit sans doute des normes de production, mais il empêche l’invention, indispensable à l’international. Du point de vue marketing, la France s’est endormie ces vingt dernières années. Elle ressemble à un champion du monde assis sur un banc de touche. Bien sûr, les taxes douanières sont élevées, les banderoles (obligatoires sur les cols de bouteilles) changent trop souvent, les contre étiquettes doivent être écrites en polonais. Mais le marché est très dynamique et les goûts évoluent.

Un exemple : un millier d’acheteurs polonais (surtout les particuliers à titre d’investissement) ont déboursé 50 mln de zloty (12,5 mln €) dans la campagne de ventes de vins « en primeurs » en 2011. Ce qui donne à la Pologne une place honorable dans le paysage de «wine banking» (investissement dans le vin) dans cette partie de l’Europe.

3.-Mais-tout-n-est-pas-encore-perdu Mais tout n’est pas encore perdu…

Evidemment un producteur seul n’a pas la force de frappe indispensable à l’exportation. Il faut que les interprofessions s’engagent plus dans la popularisation de vins de régions accessibles financièrement. Le travail du Conseil Interprofessionnel des Vins d’Alsace est pour moi un modèle à suivre dans ce domaine (avec une dégustation annuelle, des stages pour sommeliers et cavistes, des voyages de presse pour lesquelles l’Interprofession a traduit les documents en polonais !). Et il faudra passer par la case des cours de langues.

L’anglais est le plus souvent de mise dans les affaires. Les producteurs devraient tenter aussi les actions conjointes dans les salons. Le Pavillon français est bien garni à, par ordre de grandeur, La Foire internationale Enoexpo à Cracovie (14-16 nov. 2012) et au salon Eurogastro à Varsovie (21-23 mars 2012).

Mesdames et Messieurs les producteurs n’oubliez pas qu’en 2011 la croissance en Pologne a été de 4,3% ! Le marché polonais en guise d’antidote à la crise des ventes en France ? A suivre…

Agnieszka Kumor

(collabore avec www.vinisfera.pl)

A toutes fins utiles, voici quelques importateurs en Pologne :

Centrum Wina (Varsovie) Anna Zembala (directrice de communication) azembala@centrumwina.com.pl mob. : 00 48 506 012 023  administration : 00 48 22 566 34 00

Winkolekcja (Varsovie) Slawomir Chrzczonowicz directeur import (parle français) schrzczonowicz@winkolekcja.pl 00 48 691 901 701 administration: 00 48 22 542 80 00

Mielzynski (Varsovie, Poznan) site en anglais ! http://www.mielzynski.pl/mielzynski_eng.html Robert Mielzynski PDG wino@mielzynski.pl administration : 00 48 22 887 38 05

M & P Alkohole i Wina Swiata (Varsovie) Magda Bednarek directrice import magda@wina-mp.pl mob.: 00 48 500 056 562 administration: 00 48 22 771 30 48

Sobieslaw Zasada Import Win (Cracovie) Mariusz Ciupka service commercial m.ciupka@wina.zasada.com.pl administration : 00 48 12 639 58 80

Wine4you (Varsovie) Jaroslaw Cybulski PDG info@wine4you.pl administration : 00 48 22 701 71 44


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A la recherche du Grand Architecte

Attention, cet article peut gravement nuire… à votre rationalisme (sans parler de votre laïcité). Il est l’oeuvre d’un romantique, il ne prouve rien, il ne démontre rien, l’auteur y descend mollement la pente de la "self-indulgence", celle qui fait prendre l’eau minérale pour de la terre liquide et le doigt du sage pour la lune. C’est un amoureux des mots, tout autant que du vin qu’ils sont censés décrire. Voila, vous êtes prévenus.

Il y a quelques semaines, j’ai rendu visite à une vieille dame. Une vieille dame de 850 ans. Notre Dame.

Je n’y étais plus retourné depuis des années, depuis mon enfance. J’étais monté dans un des deux clochers, j’avais touché le bourdon. Hasard, le jour où j’y suis retourné, accompagné de mon fils, on exposait dans la nef les nouvelles cloches fondues pour marquer le Jubilé.

Par ailleurs, les rosaces sont toujours aussi belles.
Comment ne pas penser aux maîtres architectes, aux charpentiers, aux tailleurs de pierre, aux maçons, aux sculpteurs qui se sont succédés pour réaliser ce chef d’œuvre? Et comment ne pas penser à tous ceux, célèbres ou pas, qui sont venus en ce lieu?
De haut de cette cathédrale, 8 siècles nous contemplent. Qu’on ait l’esprit mystique (ce n’est pas trop mon cas), qu’on "sente" des choses, des fluides, des auras ou qu’on ne les sente pas, l’endroit inspire le respect. Ne serait-ce que le respect de la belle ouvrage.
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Belles pierres

Toutes proportions gardées, certains vins incitent aussi au respect, sinon au mysticisme.

Je me pose la question, tout de même: sans parler de la part de Dieu (que je laisse à chacun le soin de déterminer en son for intérieur), quelle est la part de l’homme et quelle est la part de la nature dans le vin?
Ce débat a déjà été maintes fois abordé dans ce blog – le voici peut-être sous un nouvel angle, c’est tout.
Parfois, je m’extasie devant ce que j’appelle de  la pureté, dans un vin. Je taperais bien sur l’épaule du producteur pour le féliciter d’avoir su garder une telle fraîcheur de fruit, par exemple. Sans parler de cette "minéralité" qui agace tellement mon ami David. Même si  j’aime les "belles pierres", ce n’est pas tout à fait la même chose).
Mais à la réflexion, rien n’est vraiment naturel dans le vin. Chaque choix effectué par le vigneron, et avant lui, par le viticulteur, si ce n’est pas le même, conditionne le goût du vin. Même quand il ne fait rien à une certaine étape du développement de la vigne ou du vin, il intervient – on sent sa trace, en creux. Ses choix. Pas de grand vin sans un Grand Architecte. Merci Voltaire!
Bien sûr, il y a des vins plus construits que d’autres. Parfois, certains me semblent trop "travaillés", trop "lisses", trop "domestiqués"  (vous voudrez bien noter l’incongruité de tels adjectifs pour la description d’un liquide, l’outrance poétique qui confine à la transe)
C’est l’impression qu’ils me donnent, en tout cas; rien qui ne dépasse, rien qui ne choque, une beauté un peu trop froide à mon goût. Mais ce n’est que mon goût. Qui suis-je pour en juger, pour me plaindre des efforts de quelqu’un qui pense devoir apporter sa patte, qui veut peut-être créer une oeuvre?
Ce n’est pas parce que l’oeuvre ne me parle pas, ou moins, qu’elle n’a pas de valeur.
Reste que je préfère en général les vins où il se passe quelque chose, ce qui passe souvent pour moi d’abord par le nez, par le fruit. L’alcool? La structure? Oui, il en faut, mais c’est plus un équilibre que je recherche.
Je ne demande pas un pinot de jouer au merlot. Au chasselas de se prendre pour un sauvignon. A un Priorat de faire le Gigondas.

Cathédrale liquide

"Voila pourquoi votre fille est muette" – non, voila pourquoi je suis plus Rhône, Loire, Piémont et Bourgogne, parfois Languedoc et Roussillon, aussi, plutôt que Bordeaux ou Supertoscans.
Je schématise, bien sûr, car j’ai eu la chance de visiter Margaux il y a une dizaine de jours. Et devant une telle cathédrale liquide, mes références pâlissent. Une telle puissance dans un tel velours, des épices aussi suaves, une construction aussi équilibrée, et pourtant si forte… J’ai beau avoir une réticence naturelle envers les quilles à plus de 500 euros, là, chapeau!
Il faudra que je vous en parle plus en détail un de ces jours. De mon ressenti, pas des analyses chimiques.

Hervé


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#Carignan Story # 160 : Petite revue aveugle pour mon cépage au Nectar Club.

Vous le savez déjà : j’adore les initiatives destinées à mettre en avant les pans inhabituels et peu explorés du vin. C’est pourquoi j’ai tout de suite accepté l’invitation de Rodolphe Garcias, fondateur et animateur du modeste mais très actif Nectar Club de Trouillas. Mais c’est où ça ? En gros, Trouillas est un bourg des Aspres, pas très loin de Thuir et du fameux Domaine de La Casenove, à 15 km au sud de Perpignan. Façon Chirac en plein Salon de l’Agriculture, je sens que vous allez me dire : « cela m’en touche une sans faire remuer l’autre ». Ignorants que vous êtes ! J’avais, figurez-vous, plus d’une raison d’accepter ce genre de proposition, la plus évidente étant que ce club de messieurs très bons vivants avait décidé ce soir là de goûter une douzaine de Carignans du Roussillon à l’aveugle. L’occasion était belle pour moi de remettre mes pendules à l’heure. D’ailleurs, en parlant de pendules, je suis arrivé très en retard, ce qui est rarissime chez moi. En bonne « guest star », je m’en excuse encore auprès de tous les participants.

Johnathan Hesford, du Domaine Treolar. Photo©MichelSmith

Johnathan Hesford, du Domaine Treolar. Photo©MichelSmith

À ma connaissance, c’était la première fois qu’un amateur organisait dans les Pyrénées-Orientales une telle dégustation à l’aveugle (j’insiste) consacrée à un cépage que les techniciens viticoles s’étaient jurés d’éradiquer quelques décennies plus tôt. En usant de mon caractère de cochon, je m’étais de mon côté juré de piquer une colère si d’aventure les vins n’étaient pas servis à bonne température. Je n’ai pas eu à user de mon ire, fort heureusement, et c’est l’esprit ouvert et décontracté que j’ai entamé la série. Un parcours utile pour moi quand je me suis rendu compte que je notais mieux des vins que je n’appréciais guère à l’origine (un supplément d’âge pour le Carignan apparemment ne nuit point…) et que je dépréciais d’autres bouteilles que j’avais pourtant hautement considérées quelques mois plus tôt. Cette nouvelle revue à l’aveugle en un temps et un lieu précis et en compagnie d’autres dégustateurs m’a permis de reconsidérer ce cépage autrement. De constater, par exemple, qu’il n’est jamais vraiment sûr de lui, qu’il mérite qu’on le travaille au verre afin de mettre à jour ses sortilèges.

Olivier Haas, Domaine Les Hauteurs. Photo©MichelSmith

Olivier Haas, Domaine Les Hauteurs. Photo©MichelSmith

D’abord, voyons les déceptions. Mais de celles qui laissent encore de l’espoir….

-Côtes du Roussillon 2006, Domaine Trois Orris « La Figarasse » (Secteur des Fenouillèdes). Considéré par beaucoup comme un modèle du genre, le 2005 m’avait posé problème pour se révéler surprenant au bout de quelques jours. 2006 est dense, serré, profond mais un peu trop « alcooleux » et sec en finale. On sent pourtant les très vieilles vignes. Faudrait-il l’attendre trois jours comme le 2005 ? La question reste posée.

-Côtes Catalanes 2011, Domaine Els Barbats (8,50 €, secteur des Aspres). Encore un Carignan de Tresserre que je ne peux m’empêcher d’aimer tout en lui reprochant un tas de petites choses, notamment son manque d’âme et son excès de rusticité. Nez herbacé, pas mal de fruit et de fraîcheur, bonne petite longueur, le 2010 goûté pour ce blog l’an dernier m’avait semblé plus équilibré et plus prometteur. À suivre.

-Côtes Catalanes 2011, Camp de la Mata (12 €, secteur des Aspres). J’avais aimé le 2010 et je sentais comme une progression dans le 2011 et voilà que je suis déçu par ce même vin… Va savoir. Le nez est séduisant, profond, avec de jolies notes grillées. En bouche, c’est très prenant, presque agressif et je ressens un peu d’acescence. Pourtant, c’est long en bouche avec une finale sur le fruit.

-Domaine Les Hauteurs 2011(Secteur des Fenouillèdes). Ce domaine créé depuis peu par Dominique Hauvette (Baux de Provence) sur des terres granitiques situées à 500 m d’altitude n’a pas encore décidé si une cuvée carignanesque allait ou non voir le jour. Mais son sympathique responsable, Olivier Haas, nous a présenté un brut de cuve au nez un peu herbacé agrémenté de notes de garrigue. L’acidité est bien présente, on sent le fruit et une longueur honnête, mais cela reste un « petit » carignan. Gageons que Dominique, si elle en prend le temps, conduira ses carignans bien plus loin.

Un peu d'effort pour se servir modérément. Photo©MichelSmith

Un peu d’effort pour se servir modérément. Photo©MichelSmith

Voyons ensuite les vins réputés excellents qui subitement le sont moins…

-Côtes Catalanes 2010, Domaine Vaquer,  « Expression » (12 €, secteur des Aspres). J’avais adoré le 2004 et je suis déçu pour la seconde fois par le 2010. Serait-ce parce qu’il est trop jeune ? Il faut dire que l’échantillon goûté cette deuxième fois m’est apparu légèrement bouchonné… Et pas de double en vue côté organisateurs… Par conscience professionnelle, je l’ai pris en bouche. L’équilibre me paraît bien, la matière est riche, mais difficile de juger un vin que l’on sait bouchonné.

-Côtes Catalanes 2010, Domaine Gardiés, « Les Vignes de mon Père » (20 €, secteur Corbières du Roussillon). Le même vin m’avait impressionné récemment, mais ce soir je fais la moue quand bien même je lui trouve des qualités. « Belle robe, nez fermé, ample et solide en bouche, notes de fenouil, finale un peu terreuse » et je ne lui accorde que deux étoiles alors qu’il en méritait le double. Lui a-t-on laissé le temps de s’ouvrir ? A-t-il besoin de prendre de l’âge ? Ce sont les risques d’une dégustation à l’aveugle et il faut les accepter.

-Vin de France 2010, Mas de Rey, « C 32 » (8 €) (secteur Aspres). Nez boueux, bouche courte, déséquilibrée, dure, difficilement acceptable, tout comme la finale d’ailleurs. La version 2009 , sans être sensationnel, était tellement mieux que c’en est mystérieux…

 

Et les vins un temps jugés moyens qui deviennent intéressants…

-Côtes Catalanes 2011, Cave Coopérative d’Estagel (5,80 €) (secteur Fenouillèdes). En novembre dernier, je n’ai pas dit que du bien de ce vin. En le reprenant ce soir, je découvre un tout autre vin, comme s’il y avait eu une autre mise entre temps : une robe superbe, presque noire, un nez plutôt élégant et soyeux, un chocolat et fruits rouges en bouche avec une certaine harmonie, tannins fins et épicés, on aimerait le mettre en cave pour 4 à 5 ans. On le sent juste un poil maquillé, comme s’il y avait eu un semblant d’élevage.

Il ya plus d'un an déjà, une belle verticale du Roc des Anges 1903. Photo©MichelSmith

Il ya plus d’un an déjà, une belle verticale du Roc des Anges 1903. Photo©MichelSmith

Il y a quand même les bonnes surprises…

-Domaine Treolar 2011 (Secteur des Aspres). « Save water drink Treolar » dit Jonathan Hesford qui dirige ce domaine récent à Trouillas avec Rachel, sa compagne néo-zélandaise. C’est la première fois qu’il tente d’élever un Carignan pur. Toujours en cuve, il ne sait pas si ce vin finira en cuvée, mais nous sommes plusieurs à l’encourager à le faire car le nez est complexe, fin, épicé, minéral avec des notes d’agrumes, tandis qu’en bouche le vin fait preuve d’un bel élan de fraîcheur ca qui le rend très agréable à boire. Prix envisagé : au-dessus de 10 €.

-Domaine Les Hauteurs 2011(Secteur des Fenouillèdes). Ce domaine, créé depuis peu par Dominique Hauvette (Baux de Provence) sur des terres granitiques situées à 500 m d’altitude, n’a pas encore décidé si une cuvée carignanesque allait ou non voir le jour. Mais son sympathique responsable, Olivier Haas, nous a présenté un brut de cuve au nez un peu herbacé agrémenté de notes de garrigue. L’acidité est bien présente, on sent le fruit et une longueur honnête, mais cela reste un « petit » carignan. Gageons que Dominique, si elle en prend le temps, conduira ses carignans bien plus loin.

Frédérique Vaquer nous bichonne un 2012 du tonnerre ! Photo©MichelSmith

Frédérique Vaquer nous bichonne un 2012 du tonnerre ! Photo©MichelSmith

Et ceux qui restent bons à chaque dégustation…

-Côtes Catalanes 2010, Domaine de Lacroix, « Tango » (8,50 €, secteur des Aspres). J’étais fan du 2007 et je découvre le 2010 « camarades avé » plaisir, comme on dit ici. Oh, ce n’est pas géant et cela manque peut-être d’un peu plus de fond, de terroir. En bouche, il est sauvage, acide, sa persistance est intéressante et le vin se boit finalement en se livrant sans trop de retenue. Encore 3 à 4 ans de garde et il sera plus apprécié. En espérant que les propriétaires du domaine s’appliqueront encore plus dans leurs vendanges futures pour viser la juste maturité et des rendements très sages…

-Vin de pays des Pyrénées-Orientales 2010, Le Roc des Anges, « 1903 » (35 €, secteur des Fenouillèdes). Rien à voir avec la simplicité du précédent. On entre ici dans un autre monde, on prend de la hauteur. Je l’ai reconnu à vue de nez tant il était dense, profond, complexe. C’est confirmé en bouche par une harmonie rarement atteinte dans un vin du Roussillon. On sent que le vin a été travaillé « aux petits soins », mais cela n’enlève rien à la sensualité de la chair, à l’impression tactile, à l’allure élégante de l’ensemble renforcée par une fraîcheur assez majestueuse. Et pour une fois, peu importe son prix !

Michel Smith

PS Par modestie et par respect pour les autres, je ne vous imposerai pas le commentaire que j’ai attribué au « Puch » 2011 (8,50 €), le Carignan que je concocte depuis quelques années avec l’appui de mes associés quelque part sur la commune de Tresserre, dans les Aspres. Disons simplement que je suis très satisfait.

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