Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Mises fractionnées ? La plaie !

Voilà qu’en Bourgogne certains souhaitent rallonger la liste des grands crus et premiers crus, tandis qu’à la veille des vendanges dans le Languedoc-Roussillon et la Vallée du Rhône, la course au raisin – qui se fait de plus en plus rare – est enclenchée par les négociants. C’est clair que, confronté à ces nouvelles toutes fraîches, le sujet que je vais vous proposer va vous paraître quelque peu réchauffé. Pourtant, il y a longtemps que ça me turlupine cette affaire-là… Déjà, lorsque je démarrais dans le vin, certaines pratiques de cave me laissaient pantois. Cela m’est revenu l’autre jour alors que je discutais de choses et d’autres dans la cave d’un vigneron-ami à qui je venais de poser la question qui fâche après avoir goûté le vin d’une grosse cuve assez bien remplie. Je reproduis à peu près notre dialogue :

Moi – Et cette cuvée, tu vas la mettre en bouteilles quand ?

Lui – D’ici la fin du mois, je ferais une première mise de 4 à 5.000 bouteilles…

Moi – Et pourquoi pas tout d’un coup ? (soit environ 8.000 bouteilles, ndlr)

Lui – Ben parce que je n’ai pas la place de stocker les cartons… Et pour dire vrai, je ne suis pas certain de pouvoir tout vendre en quelques mois.

Moi – Tu pourrais trouver un coin pour empiler tes bouteilles nues en palettes et les habiller au fur et à mesure de tes commandes.

Lui – Non, c’est compliqué tout ça. Je préfère faire deux chantiers de mises dans l’année… parfois même trois en fonction des commandes.

Moi – Ok, mais dans ce cas, à chaque mise tu as un vin différent. Je veux dire que le second embouteillage n’aura pas le même goût qu’à la première mise.

Lui – Oui, et ça pose un problème ?

La question ne devrait pas se poser pour le nouveau que l'on attend avec impatience. Photo©MichelSmith

La question ne devrait pas se poser pour le nouveau que l’on attend avec impatience. Photo©MichelSmith

Bien sûr que cela pose problème. Oh rien de capital… Pourtant, moi je ne trouve pas ça bien du tout et je vous explique pourquoi, à mes yeux, cette pratique des mises fractionnées n’est pas très logique à l’égard du consommateur. Son client, admettons qu’il achète ce vin après avoir lu l’article qu’un critique émérite – on va citer Hervé Lalau – lui consacrait dans l’IVV, par exemple. Le journaliste, qui s’y prend toujours en avance pour collecter l’info, a goûté le vin en Janvier qui suit la récolte, directement à la cuve, comme je viens de le faire. Ce même vin sera (partiellement) mis en bouteilles deux ou trois mois plus tard après une filtration lâche, comme on dit. Déjà, après cette opération, il n’aura pas le même goût que lorsqu’il reposait tranquillement dans sa cuve. C’est pour cela, au passage, que je me fais un devoir de n’écrire sur un vin que lorsqu’il a été mis en bouteilles. Disons que c’est ma façon à moi d’être proche de mon lectorat (éventuel).

La question ne devrait pas se poser pour les cuves de tailles moyennes, comme ici au Domaine Les Aurelles. Photo©MichelSmith

La question ne devrait pas se poser pour les cuves de tailles moyennes, comme ici au Domaine Les Aurelles. Photo©MichelSmith

Il faudra encore un, deux ou trois mois avant que le consommateur déniche ce vin chez son caviste et le lui achète en petite quantité car il n’est pas toujours très riche. Avec six bouteilles, il en aura assez pour tenir jusqu’à l’été. Cela tombe bien justement car, cet été, il prévoit de visiter les Gorges de l’Ardèche. Il a repéré le domaine sur Google Maps et il sait déjà qu’il passera à quelques lieues de l’endroit où ce Côtes du Vivarais est vinifié. Il en profitera pour faire, à moindre prix, le plein de la cuvée qu’il a aimé et visitera la cave par la même occasion. Sauf que la cuvée en question, qui entre-temps a obtenu un certain succès, a été mise en bouteilles en Juillet, juste avant les vacances de notre œnophile. Non seulement il n’aura pas la chance de boire le même vin que le critique passé en coup de vent l’automne dernier, mais il ne retrouvera pas non plus le vin qu’il avait acheté chez son caviste. Pour la bonne raison qu’entre temps le vin aura mûri dans sa cuve, nourri par ses lies fines. Et que les tannins qu’il aimait tant se seront assouplis.

La question ne devrait pas se poser non plus pour les vins vinifiés dans des oeufs, comme ici chez Jérémie Mourat en Vendée. Photo©MichelSmith

La question ne devrait pas se poser non plus pour les vins vinifiés dans des oeufs, comme ici chez Jérémie Mourat en Vendée. Photo©MichelSmith

Pour certains amateurs, cette problématique de mises fractionnées étalées sur une année ou plus ne pose aucun problème. Ils n’y prêtent aucune attention, à moins qu’il ne trouvent le vin meilleur, plus fondu, et c’est l’essentiel. Et si par hasard ils étaient déçus, le vin restera tout de même appréciable sur un bon gigot. Pour d’autres râleurs comme moi, ou pour celui ou celle qui préfère son gamay ou son grenache en plein sur le fruit, emprisonné tôt dans sa bouteille, ce sera une autre histoire. À moins qu’on lui explique gentiment que pour des raisons pratiques d’organisation le vigneron fractionne sa mise, il s’attend à retrouver le même jus puisque l’étiquette, comme le millésime, eux, n’ont pas changé.

Et on espère qu'elle ne se pose moins à Cornas qu'ailleurs... Photo©MichelSmith

Et on espère qu’elle ne se pose moins à Cornas qu’ailleurs… Photo©MichelSmith

Je vois déjà certains lecteurs bien intentionnés prendre le clavier pour m’écrire que cette pratique est obsolète, qu’elle n’est plus le fait que de quelques vignerons paysans reculés dans leur misérable appellation. Eh bien détrompez-vous. Elle touche encore pas mal de vignerons, des grands comme des petits, des bons comme des médiocres. Ceux qui, par exemple, n’ont pas la trésorerie nécessaire à une mise globale. Ceux qui préfèrent stocker un peu en cuve au cas ou un négociant serait prêt à mettre le prix en payant sur le champ. Ceux, comme mon copain du début, qui n’ont pas de grand réseau commercial et qui vendent leur vin au coup par coup. Soit, mais que faire ? La solution est simple : informer le consommateur d’une manière ou d’une autre. Il suffirait d’écrire « Première mise » ou « Deuxième mise » ou encore « Troisième mise » sur l’étiquette ou sur la contre-étiquette. Ou bien il suffirait de mettre clairement une date de mise en bouteilles et non pas un chiffre codé placé dans un recoin. Simple, certes. Sauf que cela complique encore plus la vie du Vigneron qui a déjà tant à faire. Fort heureusement pour l’amateur, les vignerons éditent de plus en plus de petites cuvées… voire des micro cuvées.

Michel Smith


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Le vin n’est qu’un perpétuel grand marronnier.

Si, si, je vous le jure ! En trente ans, qu’est-ce qui a vraiment changé dans le discours sur le vin ? C’est bien simple, pas grand chose et je me le disais l’autre jour en lisant l’article d’un confrère, je ne sais plus lequel et de toute façon cela n’a que peu d’importance, qui se lamentait sur l’excès de bois que la dégustation d’un Bordeaux, je crois, faisait ressortir. Et c’est alors qu’après une de ces siestes au cours desquelles il m’arrive de réfléchir, je me suis dit que mille milliards de mille sabords, mais je tenais peu ou prou les mêmes propos il y a 30 ans sur tous ces « super pinards » boisés que l’on voyait fleurir et qu’on nous infligeait sous le nez. Conséquence : hormis la croisade des vins « nature », les discours n’ont guère évolués et les sujets non plus, soit-dit en passant. Il n’y a qu’à lire les blogs du vin pour s’en rendre compte…

Peter Fischer dans son chai à barriques. Photo©MichelSmith

Peter Fischer dans son chai à barriques. Photo©MichelSmith

À part le boisage du vin (au lieu de l’élevage), le sempiternel débat sur la machine à vendanger (bien ou mal ?), sur les vertus de la conduite sur fils (comparée au gobelet), ou sur les rendements (petits ou justes), la cryoextraction, la chaptalisation, la macération (carbo ou pas carbo ?), la décantation, les levures (industrielles ou indigènes), le goût de bouchon, des brettanomycès, la grande distribution, la dégustation, le prix du vin, la garde du vin, les livres sur le vin, la grande musique dans les chais, les œnologues starisés, les classements, les spéciaux vins, les guides, les salons, les primeurs, le millésime, le vin bio, le rosé, que sais-je encore, rares sont les sujets qui n’ont pas encore été abordés à maintes reprises dans la presse. Chez nous les journaleux, quand un sujet est ressassé, comme l’élection d’un pape ou la chasse aux œufs dans le jardin, la rentrée des classes et les vacances au ski, on le classe comme étant un « marronnier ». Et un marronnier, c’est chiant !

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Alors, hormis les vins « nature » et son corollaire sur les effets bons ou mauvais de l’anhydride sulfureux, quel discours nouveau a-t-on à nous offrir ? J’ai beau réfléchir, je ne vois rien de très convaincant : le vin considéré enfin comme bien patrimonial ? Oui, peut-être… La nouvelle législation sur les appellations ? hum… Les mariages des rosés et des blancs avec la cuisine asiatique ? Mouais… L’œnotourisme ? Ma foi, pourquoi pas ? Le vin diabolisé sur la route ? Ça commençait déjà. Les capsules à vis ? On en parlait aussi. Les bag in box© ? Vieux comme Hérode. Les cuves en forme d’œuf ? Probablement, mais on peu pas dire que l’ovoïde se soit répandu partout.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Non, c’est un fait, s’il n’y avait le net et l’avènement du Piquepoul de Pinet et des vins du Sud (mais là, je prêche pour ma paroisse !),  le rosé-pamplemousse et le pet’nat’, je ne vois rien de franchement nouveau à l’horizon. Faudrait peut-être qu’ils se bougent le cul nos vignerons, non ? Et vous ? Voyez-vous quelque chose de nouveau qui puisse faire débat ? Vous cassez pas trop le ciboulot, y’a rien à gagner !

Michel Smith


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Diviser par deux le nombre de régions françaises? Chiche!

Je suis très favorable à la réforme territoriale envisagée par M. Valls.

Diviser par deux le nombre de régions françaises? Chiche!

Et si on n’y arrive pas par la négociation, ou parce que tel président de région n’a pas envie de remettre son tablier, il faudra que le Parlement tranche (sur Mer).

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Et si ça ne marche toujours pas? Alors vendons des régions!

La France a besoin d’argent. Pourquoi ne pas vendre le Nord-Pas de Calais à la Wallonie (avec le double avantage qu’en cas d’indépendance de la Flandre, elle constituerait alors une entité viable)?

Vendons aussi PACA à la Floride. Même taux de retraités élevé, même présence de bandes organisées, même culture d’entreprise. Je propose juste de garder le Vaucluse parce que quand même, vendre Châteauneuf, Gigondas et le Luberon aux Ricains, c’est non!

Vendons le Calvados au 12ème arrondissement de Paris. Fiscalement, ce sera avantageux pour les gens du Marais qui ont une villa à Deauville ou Cabourg.

Vendons la Loire Atlantique aux Atlantes, comme ça, on n’aura plus à se poser la question de la Bretagne à 4 ou 5 départements et du chef lieu de région.

Ne gardons que les régions de grands crus. Avec, éventuellement, des corridors de transit pour les assemblages.

Divisons aussi le nombre d’AOC par deux. Inspirons nous du modèle d’Air Parif. Ne seraient utilisables en année paire que les AOC dont les départements ont un numéro pair, et en année impaire que les AOC des départements à numéro impair.

Vive la France, une et fermentescible ! Liberté, égalité, buvabilité.

Hervé Lalau


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Aucune garantie pour le vin !

Je ne suis pas un génie de la consommation ni un roi de la défense (ou de la défonce…) du consommateur. Pas même un anti vin dit « nature » ou bio. Les risques ne me font pas (trop) peur. Je ne déteste pas Tarriquet et encore moins Georges Duboeuf ou Gérard Bertrand. Or, il m’est apparu dans un songe virant presqu’au cauchemar ce matin que, petit a) je n’avais toujours pas pondu mon article du Jeudi ; petit b) que le vin n’entrait pas (ou si peu) dans la gamme des produits de consommation courante offrant une garantie ; petit c) que ce sujet-là était si rarement abordé sur les blogs généralistes du vin que j’avais une chance d’intéresser le Lecteur brossé dans le sens du poil, comme toujours. Encore un sujet niais, me direz vous. Soit, je l’assume.

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C’est vrai ça ! Quelles garanties avons-nous de boire un bon vin ? Nada ! Que dalle mes potos ! Pour nous consommateurs de vins, même « pros », c’est à nos risques et périls. Votre plaquette de beurre est défectueuse, elle présente une odeur de rance ou tout autre défaut, vous pouvez toujours la ramener à votre hyper. Cela prendra peut-être du temps, mais en y mettant les formes il y a de fortes chances pour qu’on vous la remplace illico. Idem avec vos chips à l’ancienne trop molles, votre calendos amoniaqué ou votre sauciflard qui frise la moisissure. Raison pour lesquelles nos industriels ne lésinent nullement sur les produits chimiques dits « conservateurs » et ne manquent pas d’imagination pour protéger leurs trésors de malbouffe dans des emballages de génie qui contribuent à la pollution de notre planète. D’ailleurs, ils ne se gênent pas non plus côté vins.

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Mais mettez-vous un instant dans la peau d’un consommateur qui rapporterait une bouteille de vin à son vendeur avec ce genre de complainte : « Mes invités trouvent qu’il a un goût bizarre, je vous retourne ce Beaujolais Nouveau pour le changer contre un autre. » Ou même : « Il y a un goût de bouchon dans ce Château Truc acheté ici même à la Foire au Vin d’Octobre dernier, remboursez-moi ! » Ou encore « Regardez l’étiquette de mon Clos Machin que vous auriez dû protéger dans un emballage plastique, elle est foutue parce que ma boîte de lait à 6 pour le prix de 5 s’est éclatée dans le Caddie© ». La preuve est là, flagrante : face au vin, à moins d’avoir appris par cœur le Bettane & Desseauve, ne sachant déjà pas vraiment ce qu’il achète, le consommateur lambda, vous et moi, est en plus totalement démuni de garantie ! On pourrait avancer que le vin est l’un des rares produits « vivants » que l’on achète en payant parfois fort cher sans aucune garantie de satisfaction. Même s’il s’agit de Château Petrus.

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Certes, pour les amoureux du vin il y a des solutions. Par exemple, prendre la peine de dénicher un bon caviste et de s’y attacher en suivant ses conseils d’achat, mais là encore, ce n’est pas évident. Combien sont-ils à nous inspirer une réelle confiance ? Quelles garanties offrent-t-ils réellement à leurs clients ? Quels services ? Un parking gratuit avec un porteur pour glisser avec soin le carton acheté dans le coffre de voiture ? Quelques bouteilles débouchées le Samedi matin pour faire déguster aux fidèles et ainsi faciliter leur choix ? Un remplacement plutôt agacé pour une bouteille que l’on croit « bouchonnée » alors qu’elle a le goût d’une planche mal repassée ? Un bouchon émietté ? Un dépôt ? Un trouble ? Un nez bizarre ? Un goût d’égout ? « Et alors ma bonne dame, je n’y peux rien. Ce n’est pas moi qui fait le vin. » Le caviste – le caviste sérieux s’entend – est pourtant le seul commerçant qui pourra vous offrir une garantie minimum en cas de pépin. Certes, bon gré mal gré il vous remplacera la bouteille, mais il aura un mal de chien à faire comprendre au vigneron que ce dernier devrait lui remplacer la bouteille jugée défectueuse par un type qui se dit « connaisseur »… à moins de tomber sur une grosse boîte, un négociant compréhensif ou un revendeur qui a les moyens de bien faire son métier. Reste la question qui tue et que j’ai oublié de poser : est-ce qu’un Michel Chapoutier, une Philippine de Rothschild ou un Guigal accepterait de remplacer une bouteille d’Ermitage, de Petit Mouton ou de Landonne ? Essayez voir…

Un vrai bon caviste, les Caves Maillol à Perpignan ! Photo©MS

Un vrai bon caviste, Guillaume, des Caves Maillol à Perpignan ! Photo©MS

Vous pensez qu’il vaut mieux dans ce cas opter pour un marchand de vins dits sans soufre ? Avez vous la certitude que son Morgon n’a pas traîné 10 mois exposé à la lumière ou à la chaleur du magasin ? Le brave homme ou l’avenante marchande seront-ils d’accord pour vous remplacer une bouteille au goût de cul de poule ? Tentez l’expérience et il y a fort à parier que vous serez catalogué de piètre amateur incapable de reconnaître dans ce vin « nature » la réelle noblesse du raisin foulé aux doigts de pieds (de fée ?)

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L’autre solution, celle de l’achat à la propriété, n’est jouable que dans le seul cas où l’on sait que l’on peut faire confiance au vigneron. On connaît le gars (ou la fille), son nom est dans tous les guides, on l’a même rencontré lors d’un salon et, avant tout, on est un inconditionnel de son vin. Pourtant, imaginez que vous receviez un jour une commande et que le vin qui va avec ne ressemble pas du tout à ce que vous attendiez de lui. Dans ce cas, à moins de palabrer au téléphone, de prendre un week-end en Bourgogne pour ramener la marchandise à son lieu de naissance afin d’implorer un changement, ou de la renvoyer à vos frais par un transporteur, il ne vous reste plus que vos yeux pour pleurer. Car là encore, il n’y a aucune garantie pour le consommateur. Et que dire de la vente en ligne et de certains sites qui ne sont même pas capables de rembourser des cartons de grands crus jamais livrés bien que payés d’avance ?

Boire du vin comporte des risques et c’est peut-être pour cela que nous l’aimons, notre cher pinard car il nous en fait voir de toutes les couleurs. Vous me direz que consommer des huîtres ou des fromages c’est aussi risqué. Cela dit, je suis étonné de constater que les compagnies d’assurances n’aient pas encore réfléchi à ces problèmes de la vie courante. À quand la garantie offerte pour 5 ou 10 euros de plus, selon la commande ? Les cavistes, s’ils veulent redorer leurs blasons, feraient bien d’étudier une assurance garantie idoine qui redonne confiance au consommateur. Sinon, il risque de se tourner de plus en plus vers les vins de cavalerie que l’on trouve dans les grandes surfaces… Sauf dans les quartiers chics à haut pouvoir d’achat, bien sûr.

Bon, allez, assez gueulé. J’vais m’recoucher…

Michel Smith


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Au moins, nos enfants sauront !

En ce moment, j’entends dire, je lis et je vois quantité de reproches et de textes furibards suite à l’inqualifiable déclaration du Directeur de l’ANPAA, rapportée lors d’un entretien au Wine Spectator, article que je vous livre ici dans sa version d’origine et non traduite, sous la signature de Suzanne Mustacich. Yes ! Il faut travailler son Anglais. Tout comme le sieur Pousson sur son blog, passablement irrité, notre Hervé national s’est fendu d’un texte beaucoup plus court, ironique et frappé au coin du bon sens comme à son habitude, dans son propre blog il y a quelques jours en y dénonçant le plus justement du monde ce climat hystérico-dictatorial-hygiéniste qui règne en France, surtout dans la sphère du vin.

J’avoue que j’en perds mon Latin en même temps que mon Grec, mon Provençal et mon Catalan aussi. Dire que je suis abasourdi serait un euphémisme. Que ce débat m’ennui et qu’il me laisse coi serait loin de la vérité. Je n’ai pas étudié le Droit, mais nous faire croire que Patrick Elineau, le Directeur de l’Association Nationale de Prévention en Alcoologie et Addictologie serait en mesure de nous interdire la parole du vin relève de la plus pure élucubration car, quand bien même le type aurait les moyens de menacer nos libertés fondamentales en faisant caviarder dans les blogs et autres réseaux sociaux nos débordements vineux, je pense qu’il n’arriverait pas à ses fins. On joue à se faire peur, comme des enfants dans une cour de récré. Dans ce cas, que répondre face à la connerie humaine ? Que faire ? Quels arguments publier ? Que dire de mon côté pour apporter une pierre à ce concert de critiques auquel j’adhère bien entendu plus que j’en ai l’air ? Rester coi dans mon coin, comme je le dis un peu plus haut ? Oui, j’émets des doutes sur la réelle efficacité et la portée de ces protestations tous azimuts. Pousser des cris d’orfraies, monter au créneau, foutre le bordel, franchement, à quoi cela sert-il ?

Pourtant, il m’est venu une idée juste avant de m’enfoncer dans mon sommeil l’autre soir. La meilleure initiative ne serait-elle pas de faire appel à nos enfants ? Non pour aller manifester devant les fenêtres de l’organisme financé par nos impôts, ce serait irresponsable et trop facile. Qui sait, nos chers chérubins pourraient être agressés en chemin par des pédophiles et sollicités par des trafiquants de drogue. Ils pourraient aussi être lacrimo-gazés par nos chers CRS qui pourtant n’ont plus envie de se faire traiter de SS. Non, il y a plus simple, plus efficace : l’éducation in situ. En les menant le plus souvent possible dans nos vignes, par exemple. En leur faisant expliquer la taille par un ami vigneron. En leur faisant sniffer le vin que l’on sert à la table et en leur demandant d’y trouver des effluves familières. En leur offrant le spectacle joyeux de la vendange à la main et de la grillade qui suit où une ribambelle de mômes s’égosillent tandis que les parents discutent sur les qualités de tel ou tel millésime. Les enfants, eux, ils adorent ça cueillir le raisin, fureter dans les vignes à la recherche des coccinelles, goûter les grains juteux et sucrés. Tout cela en attendant peut-être l’âge mûr où leurs parents leur feront goûter de plein gré un dé à coudre de Chinon, de Morgon ou de Mâcon. Et jusque dans les grandes villes où il y a encore tant de clos à visiter et des passionnés pour cultiver cette liane antique fondatrice de notre société.

Joseph et Amandine Parcé élèvent leurs enfants dans le vin. Normal, ils sont vignerons ! Photo©MichelSmith

Joseph et Amandine Parcé élèvent leurs enfants dans le vin… Normal, ils sont vignerons ! Photo©MichelSmith

Alors, par pure curiosité (malsaine ?), je me suis amusé à consulter ma bible électronique, mon cher Google, en y inscrivant ces quatre mots en guise de thèmes de recherche : « Les vendanges des enfants ». Résultat, plus de 9.000 articles émanant surtout de la PQR (presse quotidienne régionale), la plupart du temps. Midi Libre, Sud Ouest, La Dépêche, L’Est Républicain, La Charente Libre, Le Bien Public, n’en jetez plus ! Même L’Express, Le Journal du Jura, Le Petit Bleu du Lot-et-Garonne et L’Observateur de Beauvais s’y sont mis. Chez moi, dans l’Indépendant, ces temps-ci les enfants des écoles sont dans les vignes, le plus souvent conduits par leurs professeurs (responsables), accompagnés par des parents (responsables) et des vignerons (responsables) dont certains éditent des cuvées spéciales ornées de dessins d’enfants et destinées aux parents qui ne manqueront pas, comme le firent les miens, jadis, d’en faire goûter quelques goutes au moment du débouchage le Dimanche matin avant d’attaquer le gigot.

« Tiens, mon poussin, trempe ton doigt dans ce Chambertin et passe moi ton verre de grenadine que j’en fasse autant ! » Cela vous choque ? Ou préférez-vous les laisser boire du Coca Cola ? Pour ma part, il n’y a pas de lézard : ce sont nos enfants qui assureront la continuité du vin. Alors, aidons-les !

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Maintenant, si je me place ne serait-ce que le temps d’un mini paragraphe du côté des abstinents et des intégristes hygiénistes, j’ai un peu honte car j’ai bien l’impression que c’est chez moi, à Banyuls-sur-Mer, à deux pas de mes vignes d’alors, du temps où j’étais un buveur illégal, que tout a commencé. C’était un sombre jour d’Octobre de 1998 quand Monique Sapéras, la dynamique institutrice du village, elle même fille de vigneron, eut l’idée d’organiser « la vendange des enfants » le jour de la Fête des Vendanges dans un lopin de vignes cédées par la mairie. Quelle honte ! Un vrai scandale par les temps qui courent. Même la télé nationale, aux mains bien sûr des gauchistes, s’était déplacée, comme en témoignent ces images où l’on voit quelques papys tenter de soudoyer la jeunesse du pays. Quelle bande de pédophiles ! Et alcolos de surcroît !

Retour à la réalité, de Lombez à Roquelaure, d’Agen à Banyuls-sur-Mer, de Montoire-sur-le-Loir à Marseille, de Montfort-en-Chalosse à Avize, de Marsannay-la-Côte à Pamproux, de Lons-le-Saunier à Pommard, de Decazeville à Lédignan et dans toutes les régions où la vigne s’est faite insidieusement une place depuis des siècles, voire des millénaires, les enfants ont été de la fête du vin cette année. Comble de la provocation et de l’horreur, il arrive que nombre de nos chers chérubins viennent des classes maternelles pour cueillir du raisin et côtoyer les pinardiers ! Vous rendez-vous compte ? Mais, que fait la police,  je vous le demande ? Et pendant ce temps-là, que font nos braves hygiénistes pour dénoncer haut et fort de telles pratiques indignes de notre pays qui mettent en danger la santé de nos enfants ? Car quand bien même on leur fait boire du jus de raisin bio à ces mioches dont on abuse, intoxiqués qu’ils sont ils ne manqueront jamais de revenir à coup sûr dans les caves dès qu’ils auront un peu de poil au menton !

OLYMPUS DIGITAL CAMERALes parents boivent et les enfants trinquent, quelle honte ! Photo©MichelSmith

Tenez, à Paris aussi, où l’on fêtait la quatre vingtième édition de la fête des vendanges, à Montmartre pour être plus précis, en cet autre repaire de gredins soudards, on s’y met ! Regardez cette vidéo propagandiste (honteuse ?) où en compagnie des édiles parisiens et du chanteur Henri Dès (*) ce sont les enfants qui ouvrent la séance sous la pluie par de belles chansons d’amour, le tout suivi d’un bal popu. Mon dieu quelle horreur !

Alors, vous allez me dire qu’utiliser les enfants pour faire passer un message politique c’est scandaleux ! Peut-être, sauf qu’il ne s’agit pas de politique, mais d’une simple défense de notre civilisation, un fait sociétal, un rappel historique à nos origines. En effet, que deviendront nos enfants plus tard s’ils perdent l’habitude de boire un verre de vin (ou de bière, ou de cidre) de temps en temps, entre amis, histoire de célébrer un événement ou simplement pour le besoin de se réchauffer afin de mieux supporter les aléas de la vie, de mieux échanger, de mieux rire aussi… sur la connerie humaine, par exemple. Oui, que deviendront nos enfants si on les prive du vin ?

Michel Smith (Dangereux propagandiste, avec d’autres, du plaisir de boire en société)

  • (*) Comme un fait exprès, le dernier titre d’Henri Dès s’intitule « Casse pieds ». Il semble particulièrement destiné à ce cher directeur de l’ANPAAPatrick Elineau, qui me casse aussi les couilles. Paraît que les enfants adorent. Pour ceux qui n’auraient pu se brancher sur le lien conduisant au site du Wine Spectator mentionné au début de l’article, voici l’essentiel de ses propos scandaleux concernant la publicité du vin sur Internet et les discussions sur le vin en ligne (blogs et gazouillis inclus) :

« Speaking about the difficulty of policing the Internet, Elineau cited the Chinese government’s censorship of dissidents and Australia’s censorship of pornography and pedophilia as examples of ways the French could shut down discussion of wine in mediums such as Twitter and blogs. « When you see what happens with pro-Nazi websites, you see that there are ways of reacting ».

Et puisqu’en matière de vin, pour Mr Elineau, «le fin du fin c’est de ne jamais y toucher» (voir au centre de cette chronique de Jacques Berthomeau), rappelons lui cet élément de la propagande nazi : « Notre Führer, Adolf Hitler, ne boit aucun alcool et ne fume pas… Sa performance au travail est incroyable ! » (Auf der Wacht, 1937 : 18).


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La température monte, les crânes s’échauffent et les slogans fusent !

On le dit, on le croit  volontiers, on l’espère, même : la température remontera bientôt.

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Et ce sont surtout les têtes de nos penseurs d’AOP qui s’échauffent, voire qui surchauffent. Au frais de qui, d’ailleurs, j’aimerais bien le savoir ? Oui, si j’étais vigneron (quoique je le suis un peu, avec mes amis associés du Puch) et cotisant pour la cause commune des vins (là aussi, je paye, nous payons, modestement…), la noble cause d’une appellation en l’occurrence, je me dirais qu’il serait grand temps que je me pose des questions… et surtout, que j’obtienne des réponses.

Une fois de plus, j’aurais pu. Si j’étais un bon et consciencieux journaliste de droite, du centre, comme de gauche, j’aurais pu me lancer pour vous dans l’examen de cette nouvelle taxe sur le vin sur laquelle se pencheraient nos experts. Non, non et non ! D’abord parce que je n’exclue pas l’idée de mon cortex que la viticulture pourrait, même si elle le fait déjà en exportant un max, contribuer à l’effort national comme va devoir le faire le misérable retraité que je suis en train de devenir. Ensuite parce que les histoires d’économie et moi, ça fait deux : restons chacun de notre côté et les cochons seront mieux nourris. Résultat, je vais me venger sur un sujet bateau, un thème à la con. J’implore déjà le pardon auprès de mes rares suiveurs…

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Ce doit être cette foutue saison, mais je découvre avec étonnement (et retardement) que les appellations d’origine protégée – ou AOP pour les passéistes comme les Corbières qui se disent toujours AOC – ne jurent toujours que par un slogan;  une phrase qui,  lancée au hasard d’une conversation, devrait suffire à évoquer le nom, mais aussi les vins, les gens et les paysages d’une appellation ou d’une région viticole. Cela tient de la publicité pure, c’est un mal nécessaire, me direz-vous. Peut-être est-ce dans l’ordre des choses, en effet.

Après tout, les compagnies aériennes ont leurs slogans, les banques aussi, sans oublier les grandes surfaces, les assurances, les lunettiers et les fabricants de bagnoles. Mais quand la publicité consiste à distiller des conneries au nom des vignerons, alors là, je rouspète sec, pour ne pas changer. Et ce qui me tracasse le plus dans tout ça, c’est le coût d’une telle futilité. Oui, moi qui n’y connais que fifrelin en économie, moi qui fait une faute toutes les deux phrases, je m’autorise le plus humblement possible à demander à nos valeureux dirigeants d’appellations combien peut coûter une telle connerie? Oui, et plus précisément, combien il en coûte au contribuable, au vigneron, au consommateur ?

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Car on peut effectivement se demander à quoi cela peut il servir de payer une agence de pub ou de com, je ne sais plus – j’imagine quelques dizaines de millions d’euros – pour user du paperboard et pondre un putain de dossier qui se conclut, en prenant l’exemple de ce petit dernier annoncé à grand renfort de tralala dans la presse locale, par un slogan à la noix, que dis-je par un magistral : «Minervois, le Grand Vin millésimé par le vent» ! Magnifique ! Splendide trouvaille ! Du grand art digne de Marcel Bleustein-Blanchet !

Allons, allons, on se calme… Je suppose que nul, dans la vie actuelle, ne peut se passer d’un slogan. De l’humble entreprise de pompes funèbres à la grande pharmacie du coin, on a tous besoin de se positionner au travers d’une marque, d’un mot ou d’une phrase qui frappe et qui se retient, slogan que l’on associe au produit. Il faut cataloguer !

Ainsi, moi, je reste le «râleur de service». Il y a un an, j’étais «l’éternel insatisfait». Comme le savon ou le parfum, on doit se laisser résumer en une phrase courte et percutante. Parfois, cela a du bon ; parfois, cela relève du comique.

À une époque, lorsque l’on roulait sur la route côtière – la corniche si vous préférez, entre Argelès et Collioure – on avait le droit, au sortir d’un virage, à un immense panneau avec la bonne tronche dessinée d’un paysan-vigneron-rugbyman-forcément catalan, bien sûr coiffé d’un béret, qui tendait son bras musclé au bout duquel il tenait dans sa grosse main calleuse un verre plein. Et ce slogan fusait tel un ordre impérieux : «À ta santé, touriste !».

J’adorais cette pub à la gloire de Banyuls et des VDN (vins doux naturels, eh oui, le naturel était déjà à la mode…) d’un autre âge qui, sans complexes, invectivait le visiteur motorisé des années 80. Trente ans plus tard, la vogue des slogans autour du vin n’a pas baissé les voiles, loin s’en faut. Et d’ici à ce qu’on nous les trousse in English dans le texte, façon multinationale, il n’y qu’un pas qui sera bientôt franchi. «Care for a Rhône ? What else !»

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J’ai sorti quelques vieilles (ou moins vieilles) brochures l’autre jour, lors d’une crise de rangement et j’en ai tiré quelques perles. Jugez plutôt : «Terroirs de Passion Rouge et Or» pour les Premières Côtes de Bordeaux et Cadillac ; «Terre de blanc sec» pour l’Entre Deux Mers ; «Sacrée Nature !» pour les Côtes de Bourg qui se disaient aussi «L’enfant terrible de la famille Bordeaux» ; «Des personnalités à découvrir» pour les Bordeaux et Bordeaux Supérieur ; «Le Bordeaux créateur d’accords» pour Castillon Côtes de Bordeaux ; «Les grands blancs» pour les vins d’Alsace ; «Passion Jura» pour les vins du même nom ; «Les vins à découvrir» pour les vins du Sud Ouest ; «Un terroir fier d’afficher son caractère» pour Cahors; «La Provence par excellence» pour les Coteaux-d’Aix-en-Provence ; «Les grands vins qui chantent nos couleurs» pour la collective des vins du Roussillon…

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C’est drôle, non ? Mais quand on sait qu’un slogan ne doit guère durer plus de 2 ans avant que l’on ne décide d’en changer en même temps que l’on change de directeur ou de président, avec l’argent des vignerons, bien sûr, on sourit moins.

Alors Messieurs du Minervois (excusez-moi, mais je ne vois pas de dames sur la photo du journal local), puisque vous êtes les derniers à changer de slogan, dîtes-nous donc en toute amitié combien cela vous (nous) a-t-il coûté et qui a été le bénéficiaire de cette manne ? Cela ne devrait pas être un secret…

Car autant vous le dire, j’ai besoin d’un slogan pour le petit vin des Côtes Catalanes que je mets en bouteilles avec mes potes associés. Pour le moment, on a retenu «Puch, le vin qui a du punch ! » ou «Puch, le rouge qui cogne !»

Certes, je vous l’accorde, ce n’est pas génial. En revanche, ça ne nous a rien coûté.

Michel Smith


11 Commentaires

La température du vin est affaire de doigté…

On a passé sans trop d’encombres le temps du vin chaud épicé et flambé dans sa tasse en fer blanc, souvenir rapporté du service militaire. Enfin, ça n’a pas été facile pour tout le monde, je pense aux malos si longues à se finir, à François le Français qui bataille pour gouverner, au petit commerce de proximité qui se meurt de plus en plus (où est passé Gérard Nicoud ?), aux grands crus que l’on classe, à Cannes qui se mouille, à Sarko le mal rasé, à mes articulations… Stop ! Ah oui, j’en étais au temps du vin chaud, aux rudes hivers passés devant la cheminée ce qui est bien mieux que la télé, vous en conviendrez.

Attention, ça va chauffer ! Photo©MichelSmith

Attention, ça va chauffer ! Photo©MichelSmith

C’est alors qu’on se retrouve directement propulsé en été – on peut rêver, non ? -, que les terrasses bourgeonnent de jolies dames, pendant que les rosés se frigorifient dans la glace et que les cigarettes nous empestent de plus en plus quand bien même leurs tarifs flambent et jusqu’à l’intérieur des restaurants. Le vin chaud, en été, c’est ma hantise et, si je crois bien vous avoir servi de ce plat dans une chronique datant du début de notre blog, eh bien soit, basta, je réitère aujourd’hui même. Franchement, je n’ai jamais compris pourquoi le sens de la juste température du vin ne passait pas auprès des restaurateurs… ni même auprès des clients d’ailleurs ! C’est pourtant simple la bonne température du vin. Aussi simple que le bon sens. Une affaire de doigté vous dis-je. Oui, vous avez bien lu : du doigté.

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Car il n’y a pas meilleurs instruments que les doigts d’une main pour tester la température de l’eau. Ma grand-mère, Suzanne Dujardin (pardon, j’ai parfois tendance à me prendre pour le Taulier, alias Jacques Berthomeau, quand il nous parle de sa Mémé de La Mothe-Achard…) quand elle daignait nous laver à grande eau une fois par semaine dans la grande bassine posée sur le sol de la cuisine, ma Mamie donc, cédait volontiers à une sorte de rituel : tandis que nous grelotions mon frère et moi nus comme deux vers sur le carrelage, elle plongeait dans l’eau ses doigts de championne de bridge afin de nous dire si l’on pouvait se mouiller les pieds sans se brûler. C’était une question de juste température. Eh bien, je trouve que l’on devrait apprendre au personnel de la restauration grande, petite ou moyenne, de procéder de la même façon si un client demande à ce que l’on rafraîchisse son vin. Bien sûr que non, il ne s’agit pas de tremper son index dans le verre de vin – quoique, faudra que j’essaye -, mais de tremper ses doigts dans l’eau froide afin de constater si la température de l’été est bonne. Je sens qu’avec un peu de chance vous allez insister pour que je m’explique.

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Et jusque sur la plage… Photo©MichelSmith

En été, et plus encore toute l’année, mais particulièrement lorsque les fortes chaleurs sévissent, il m’apparaît difficile de boire le vin rouge chaud et le vin blanc, ou rosé, glacé. Question de goût, me direz-vous. Certes, mais quand même… Or, je constate, et je ne suis pas le seul, qu’en restauration les vins non seulement ne sont jamais servis à leur juste température, mais que le simple fait d’en faire la réclamation entraîne chez le serveur, parfois aussi chez le sommelier quand ce n’est pas chez le restaurateur lui-même, soit une sorte de moue moqueuse ou méprisante, soit une réponse stupide du style « vous auriez dû me le demander avant et j’aurais mis votre bouteille au frigo ».

Le rosé bien frais, bien sûr... Photo©MichelSmith

Le rosé bien frais, bien sûr… Photo©MichelSmith

Notez qu’à chaque occasion, je m’efforce d’expliquer le plus poliment, que qu’à cela ne tienne : « Vous n’avez qu’à me mettre de l’eau dans un sceau à champagne avec quelques glaçons et cela fera parfaitement l’affaire. » Là, huit fois sur dix je m’engage sur une pente glissante qui me fait perdre du temps tout en gâchant une partie de mon plaisir puisque cela retarde l’arrivée du plat. Pour faire court, j’ai l’impression de réclamer le décrochage de la lune ! Parfois on me rétorque ceci : « Désolé Monsieur, nous ne sommes pas équipés d’une machine à glaçons ici », ou même « Navré Monsieur, mais nous n’avons pas de sceau à champagne ». Je vous jure que c’est vrai. Le plus souvent pourtant on me pose avec dédain sur la table un sceau ruisselant semblable à un casque bosselé trouvé en Meuse sur un champ de bataille de la guerre 14/18, pot dans lequel on a mis plusieurs pelletées de glaçons avec un maigre filet d’eau pour contenter le client. Bref, on n’a pas écouté ma requête et le serveur n’en a fait qu’à sa tête.

Le sceau à glace indispensable, pas seulement en terrasse... Photo©MichelSmith

Le sceau à glace indispensable, même entre vignerons… Photo©MichelSmith

Pour pouvoir boire mon vin à la bonne température, je suis alors obligé de commander une grande carafe d’eau à laquelle j’ai droit, flotte généralement imbuvable qui va directement dans le sceau histoire de faire fondre la glace. J’y plonge la bouteille qui baigne enfin dans son bain froid jusqu’au cou (car cela ne sert à rien que de ne baigner que le cul …) et je n’oublie surtout pas de chronométrer le temps que le flacon passera dans son bain, soit 3 à 5 minutes selon le type de rouge, le double pour un rosé ou un blanc. Le but étant d’éviter que le vin ne soit figé par l’excès de froid. C’est tout juste si je ne mets pas en route l’alarme de mon portable afin de ne pas ruiner le plaisir que j’ai de boire mon vin à la bonne température. Mais, comme Suzanne, les vrais testeurs de température restent mes doigts. En les plongeant dans le sceau d’abord. Puis aussi parfois, discrètement, en trempant mon index dans le verre de vin.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Il m’arrive aussi, dans un restaurant plus huppé où les sceaux ont la forme d’une vasque, de suggérer au sommelier de rafraîchir mon vin décanté en plongeant la carafe quelques minutes dans l’eau froide. Bien entendu ce genre de problème ne se produit pas dans un restaurant équipé d’une armoire à vins… À condition toutefois que le vin ait été placé dans le bon rayonnage et que la machine ait été bien réglée, qu’elle ne soit pas là juste pour parfaire le décor. Pour vous, ces petites choses de la vie vous paraissent insignifiantes, mais je vous assure que la température du vin est  primordiale pour la simple et bonne raison qu’au cours d’un repas un vin doit rester digeste et qu’il doit vous rafraîchir plutôt que de vous assommer. Toutes couleurs confondues, par expérience, je préconise 13° de température de service, 15° pour certains rouges (millésimes anciens ou grands vins) et 10° pour certains blancs et rosés (les plus simples), sachant que de toutes les façons quand il fait 25 à 30° dans une salle de restaurant ou dehors en plein été, même à l’ombre, le vin, une fois dans le verre, se réchauffe assez vite.

Michel Smith

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