Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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La température du vin est affaire de doigté…

On a passé sans trop d’encombres le temps du vin chaud épicé et flambé dans sa tasse en fer blanc, souvenir rapporté du service militaire. Enfin, ça n’a pas été facile pour tout le monde, je pense aux malos si longues à se finir, à François le Français qui bataille pour gouverner, au petit commerce de proximité qui se meurt de plus en plus (où est passé Gérard Nicoud ?), aux grands crus que l’on classe, à Cannes qui se mouille, à Sarko le mal rasé, à mes articulations… Stop ! Ah oui, j’en étais au temps du vin chaud, aux rudes hivers passés devant la cheminée ce qui est bien mieux que la télé, vous en conviendrez.

Attention, ça va chauffer ! Photo©MichelSmith

Attention, ça va chauffer ! Photo©MichelSmith

C’est alors qu’on se retrouve directement propulsé en été – on peut rêver, non ? -, que les terrasses bourgeonnent de jolies dames, pendant que les rosés se frigorifient dans la glace et que les cigarettes nous empestent de plus en plus quand bien même leurs tarifs flambent et jusqu’à l’intérieur des restaurants. Le vin chaud, en été, c’est ma hantise et, si je crois bien vous avoir servi de ce plat dans une chronique datant du début de notre blog, eh bien soit, basta, je réitère aujourd’hui même. Franchement, je n’ai jamais compris pourquoi le sens de la juste température du vin ne passait pas auprès des restaurateurs… ni même auprès des clients d’ailleurs ! C’est pourtant simple la bonne température du vin. Aussi simple que le bon sens. Une affaire de doigté vous dis-je. Oui, vous avez bien lu : du doigté.

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Car il n’y a pas meilleurs instruments que les doigts d’une main pour tester la température de l’eau. Ma grand-mère, Suzanne Dujardin (pardon, j’ai parfois tendance à me prendre pour le Taulier, alias Jacques Berthomeau, quand il nous parle de sa Mémé de La Mothe-Achard…) quand elle daignait nous laver à grande eau une fois par semaine dans la grande bassine posée sur le sol de la cuisine, ma Mamie donc, cédait volontiers à une sorte de rituel : tandis que nous grelotions mon frère et moi nus comme deux vers sur le carrelage, elle plongeait dans l’eau ses doigts de championne de bridge afin de nous dire si l’on pouvait se mouiller les pieds sans se brûler. C’était une question de juste température. Eh bien, je trouve que l’on devrait apprendre au personnel de la restauration grande, petite ou moyenne, de procéder de la même façon si un client demande à ce que l’on rafraîchisse son vin. Bien sûr que non, il ne s’agit pas de tremper son index dans le verre de vin – quoique, faudra que j’essaye -, mais de tremper ses doigts dans l’eau froide afin de constater si la température de l’été est bonne. Je sens qu’avec un peu de chance vous allez insister pour que je m’explique.

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Et jusque sur la plage… Photo©MichelSmith

En été, et plus encore toute l’année, mais particulièrement lorsque les fortes chaleurs sévissent, il m’apparaît difficile de boire le vin rouge chaud et le vin blanc, ou rosé, glacé. Question de goût, me direz-vous. Certes, mais quand même… Or, je constate, et je ne suis pas le seul, qu’en restauration les vins non seulement ne sont jamais servis à leur juste température, mais que le simple fait d’en faire la réclamation entraîne chez le serveur, parfois aussi chez le sommelier quand ce n’est pas chez le restaurateur lui-même, soit une sorte de moue moqueuse ou méprisante, soit une réponse stupide du style « vous auriez dû me le demander avant et j’aurais mis votre bouteille au frigo ».

Le rosé bien frais, bien sûr... Photo©MichelSmith

Le rosé bien frais, bien sûr… Photo©MichelSmith

Notez qu’à chaque occasion, je m’efforce d’expliquer le plus poliment, que qu’à cela ne tienne : « Vous n’avez qu’à me mettre de l’eau dans un sceau à champagne avec quelques glaçons et cela fera parfaitement l’affaire. » Là, huit fois sur dix je m’engage sur une pente glissante qui me fait perdre du temps tout en gâchant une partie de mon plaisir puisque cela retarde l’arrivée du plat. Pour faire court, j’ai l’impression de réclamer le décrochage de la lune ! Parfois on me rétorque ceci : « Désolé Monsieur, nous ne sommes pas équipés d’une machine à glaçons ici », ou même « Navré Monsieur, mais nous n’avons pas de sceau à champagne ». Je vous jure que c’est vrai. Le plus souvent pourtant on me pose avec dédain sur la table un sceau ruisselant semblable à un casque bosselé trouvé en Meuse sur un champ de bataille de la guerre 14/18, pot dans lequel on a mis plusieurs pelletées de glaçons avec un maigre filet d’eau pour contenter le client. Bref, on n’a pas écouté ma requête et le serveur n’en a fait qu’à sa tête.

Le sceau à glace indispensable, pas seulement en terrasse... Photo©MichelSmith

Le sceau à glace indispensable, même entre vignerons… Photo©MichelSmith

Pour pouvoir boire mon vin à la bonne température, je suis alors obligé de commander une grande carafe d’eau à laquelle j’ai droit, flotte généralement imbuvable qui va directement dans le sceau histoire de faire fondre la glace. J’y plonge la bouteille qui baigne enfin dans son bain froid jusqu’au cou (car cela ne sert à rien que de ne baigner que le cul …) et je n’oublie surtout pas de chronométrer le temps que le flacon passera dans son bain, soit 3 à 5 minutes selon le type de rouge, le double pour un rosé ou un blanc. Le but étant d’éviter que le vin ne soit figé par l’excès de froid. C’est tout juste si je ne mets pas en route l’alarme de mon portable afin de ne pas ruiner le plaisir que j’ai de boire mon vin à la bonne température. Mais, comme Suzanne, les vrais testeurs de température restent mes doigts. En les plongeant dans le sceau d’abord. Puis aussi parfois, discrètement, en trempant mon index dans le verre de vin.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Il m’arrive aussi, dans un restaurant plus huppé où les sceaux ont la forme d’une vasque, de suggérer au sommelier de rafraîchir mon vin décanté en plongeant la carafe quelques minutes dans l’eau froide. Bien entendu ce genre de problème ne se produit pas dans un restaurant équipé d’une armoire à vins… À condition toutefois que le vin ait été placé dans le bon rayonnage et que la machine ait été bien réglée, qu’elle ne soit pas là juste pour parfaire le décor. Pour vous, ces petites choses de la vie vous paraissent insignifiantes, mais je vous assure que la température du vin est  primordiale pour la simple et bonne raison qu’au cours d’un repas un vin doit rester digeste et qu’il doit vous rafraîchir plutôt que de vous assommer. Toutes couleurs confondues, par expérience, je préconise 13° de température de service, 15° pour certains rouges (millésimes anciens ou grands vins) et 10° pour certains blancs et rosés (les plus simples), sachant que de toutes les façons quand il fait 25 à 30° dans une salle de restaurant ou dehors en plein été, même à l’ombre, le vin, une fois dans le verre, se réchauffe assez vite.

Michel Smith


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A bas le protectionnisme des cépages: le cas du teran

Je rebondis ici sur un sujet abordé dans ce blog très récemment par Hervé Lalau dans un excellent papier avec lequel je suis en parfait accord.

http://les5duvin.wordpress.com/2013/05/01/les-cepages-sont-a-tout-le-monde/

On voit, de temps en temps, une région, voire un pays, tenter de jouer la carte du protectionnisme avec certaines variétés de vigne pour étouffer toute concurrence. Autant je considère qu’il est tout à fait légitime et souhaitable d’avoir une législation claire qui protège une appellation géographique en la rendant exclusive à son origine, autant une telle approche ne peut en aucun cas être justifiée pour un cépage dont l’origine géographique est toujours incertaine et difficile à cerner dans le temps, sans parler du fait que son étendue géographique traverse largement nos frontières politiques actuelles.

teran

grappe de Teran, de la famille des Refosk

Un cas actuel m’amène à parler de ce sujet mais j’ai aussi le souvenir qu’il y a quelques années l’Alsace a tenté de mettre main basse sur deux cépages, le Riesling et le Gewuztraminer, en empêchant d’autres régions françaises d’en planter (ndlr: un arrêté de 2012 interdit l’usage de ces cépages en Vin de France, de même que certains cépages savoyards).

Vu que ces deux variétés, et surtout le Riesling, sont très plantés dans d’autres pays et sont probablement originaires de l’Allemagne de toute façon, je trouve cette attitude absurde et je ne comprends pas que l’INAO en France ait pu l’appuyer, obligeant même un très bon vigneron, Jean-Louis Denois, d’arracher ses parcelles de ces deux variétés au-dessus de Limoux ! Et maintenant, on en replante parce que la législation européenne interdit, paraît-il, ce genre d’absurdité. Espérons qu’elle refuse alors à la Slovénie ce qu’elle essaie d’imposer à son voisin du Sud, et peut-être aussi à l’Italie !

paysage d'Istrie

Paysage d’Istrie, en Croatie, un des berceaux du cépage Teran (photo DC)

 

Un cas d’école

Le cas actuel dont j’ai parlé se passe entre la Slovénie et la Croatie autour d’un cépage rouge, le Teran, ou Terrano. La variété est connue en Istrie (Croatie) depuis le 14ème siècle mais se trouve aussi en Slovénie et en Italie. Comme toute variété ancienne il a pas mal de synonymes : Cagnina (en Frioul et Emile-Romagne), Rabiosa Nera (Breganza), Refosco del Carso, Refosk ou Refosco d’Istria (Slovénie et Croatie). Mais il s’agit bien d’une variété distincte du Refosco dal Pedoncolo Rosso, avec laquelle elle a longtemps été confondue.

Nous savons que les frontières politiques non seulement ne sont pas constantes dans le temps (et l’ex-Yougoslavie en est un excellent exemple), mais ne peuvent pas être étanches au mouvement des plantes, par exemple. De plus, il est très hasardeux de dire avec précision où une variété de vigne à vu le jour pour la première fois.

Je ne vois pas alors comment un seul pays ou région peut être autorisé de s’accaparer un cépage. C’est pourtant ce que la Slovénie essaie de faire en ce moment en empêchant des vignerons croates, de la région d’Istrie où il y a quelques 400 hectares de la variété plantés, d’utiliser le nom Teran pour leur vins qui en sont pourtant issus ! Même si, de nos jours, cette surface ne représente qu’environ 8% du vignoble de cette belle région qui borde l’Adriatique, en regardant les archives, on constate qu’il y en avait quelques 35,000 hectares de teran en Istrie vers 1880. Environ 25 producteurs croates mettent en bouteille des vins issus du seul cépage teran de nos jours, et ils se voient confrontés à l’interdiction d’appeller leur vin par son nom de cépage légitime par une sombre manoeuvre opéré par la Slovénie pour garder l’exclusivité du nom Teran sous la législation européenne. Et la Croatie entrera dans l’Union Européenne en juillet 2013.

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 Terra Rossa en Istrie, sol qui semble convenir au cépage Teran (Photo DC)

J’ai pu dégusté, à diverses reprises, plusieurs vins issus de cette variété, aussi bien slovènes qu’italiens ou croates. Un récent voyage en Istrie m’a permis de goûter les vins croates qui figurent ci-dessous. Le Teran (ou Terrano) semble particulièrement adapté à des sols calcaires rouges, riches et fer, et c’est là où on le trouve, du moins en Slovénie (sur le plateau de Kras), et en Istrie croate.

Il produit des vins assez tannique mais pas très colorés, avec une acidité élévée et un alcool plutôt faible. Sa localisation sur certain types de sols lui a donné des appellations associées quand il est utilisé seul : Terrano del Carso, en Italie; Kraski teran, en Slovénie ; Istarski teran, en Croatie. Mais on le trouve aussi parfois en assemblage. L’influence historique de l’Italie dans ces parties proches de la mer Adriatique de la Slovénie, comme de la Croatie, a été considérable et l’italien y est souvent la deuxième langue.

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Ivan Damjanič (photo DC)

Damjanič, Clemente 2009

(60% merlot, 20% cabernet sauvignon, 15% teran, 5% borgonja)

Le teran a été séché en cagettes, puis macéré pendant 2 mois afin d’assouplir ses tannins et réduire son acidité naturellement élévé.

Le vin porte encore l’empreinte de son élévage sous bois (14 mois, puis 10 mois en cuve inox) et montre la souplesse et le fruit du merlot, bien associé à l’acidité et à l’astringence des deux variétés locales (la variété borgonja, dont il n’en reste que très peu en Croatie, n’est autre que le blaufrankisch). Un beau vin qui sera à son meilleur d’ici un an. 15/20.

Prix conso: 16,50 euros

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La cuvée Clemente, à droite, de Damjanič (photo DC)

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La belle gamme de vins de Benvenuti (photo DC)

Benvenuti Teran 2009

Le nez oscille entre l’animal et la cerise griotte. C’est structuré, assez intense, et un poil rustique à cause de tannins pas trop aimables. Très juteux quand même, mais j’ai soupçonné une petite touche de bretts. 14/20

Prix conso: 18 euros (ce qui m’a semble assez élevé pour ce vin d’un producteur qui fait par ailleurs des vins tout à fait remarquables en blanc avec le cépage Malvazia)

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Les installations de Kozlovič sont à la pointe de la modernité (photo DC)

Kozlovič, Teran 2012

(un échantillon en cours d’élevage, fermentation en cuve bois)

Un fruité somptueux qui est porté par une très belle acidité. Croquant et ferme, semble moins tannique que le 2011. 15/20 (note provisoire)

Prix conso: probablement 10 euros (pas encore en vente)

florr detail et Koslovic

Kozlovič, Teran 2011

Vin fin finissant très sec, avec un fruité qui rappelle des baies noirs sauvages. La structure est délicate mais ferme par ses tanins pourtant bien  intégrés. La finale est claire et bien fruité. Délicieux. 14,5/20

Prix conso: 10 euros

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Antonella  Kozlovič, avec son mari, a bien développé cette affaire familiale

(photo DC)

Kozlovič, Othello 2009

(70% teran, 15% cabernet sauvignon, 15% merlot)

Très belle richesse dans la matière, mais aussi une superbe fraîcheur aporté par le teran. Une pointe d’amertume en finale qui caractérise souvent cette variété. Excellent équilibre dans ce vin encore austre mais fin. 15,5/20

Prix conso: 12 euros

Cossetto, Teran 2009

Robe assez intense mais nez pas très net. Le boisé est excessif et donne un aspect caramel aux saveurs qui devient vite envahissant. 11/20

Prix conso: inconnu

J’espère, pour conclure, que le bon sens prévaudra dans cette affaire qui est aussi lamentable et dérisoire que tous les autres du même genre (Alsace, Picpoul et compagnie en France, par exemple). Hervé Lalau l’a bien dit: "Les cépages sont à tout le monde".

David


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Un petit goût des Antipodes, originalités australiennes

Un Riesling dégusté à Bruxelles, un très vieux vin de Grenache apprécié à Perpignan, voilà de quoi se pencher sur la production australienne qui ne se cantonne pas à l’unique Shiraz ou le sempiternel Chardonnay.

 Steingarten (5)Photo Éric Boschman

Un vignoble récent

Si notre Vieux Continent connaît la vigne depuis belle lurette, voire quelques millénaires, l’Australie doit, elle, attendre le début du 19es pour voir apparaître le premier plant. Depuis, elle a bien rattrapé le temps perdu et est devenue l’un des vignobles les plus dynamiques de la planète.

 Carmichael_Irrawang_Vineyard_and_Pottery_1839

 Flashback

Le premier pénitencier anglais se construit en 1788 sur l’île-continent. Quelques années plus tard, une première vague d’immigration installe une population d’origine européenne au sud du pays. Cette main-d’œuvre permet le développement du vignoble. Celui-ci sert avant tout à alimenter le marché britannique en vins secs et mutés (style Porto). Nous sommes vers 1850 et l’organisation viticole axée sur l’exportation voit se développer des entreprises de tailles importantes pour l’époque. Elles donneront naissance à la philosophie de marque qui régit encore aujourd’hui le commerce du vin australien. Ainsi, parmi les dix premières marques de vin mondiales, trois sont australiennes (Accolade Wines et Treasury Wine Estate). Sans oublier l’implantation de géants étrangers comme Pernod Ricard.

L’effort de qualité

Il a débuté au sortir de la deuxième guerre mondiale par le développement des cépages «internationaux» allié à une modernisation des méthodes culturales et processus de vinification. Armés dès lors pour l’export, les vins australiens ont tout doucement suscités un engouement grandissant. Chardonnay, Cabernet, Shiraz et d’autres accompagnent depuis, de temps à autres, nos soirées ou nos repas.

 Steingarten (10)

 Photo Éric Boschman

Le Riesling au pays des kangourous

Qui pense vins australiens, imagine tout de go l’or clair d’un Chardonnay ou la sombre robe d’un Shiraz, deux cépages bien emblématiques de la production australe. Le Riesling n’y est toutefois pas à négliger ! Cépages importants, ses volumes le place à la deuxième place mondiale après l’Allemagne, mais devant l’Alsace

Steingarten en Barossa

La plus célèbre région de la province de South Australia se partage en deux vallées contiguës Eden et Barossa. Située à 70 km au nord-est d’Adelaïde, la capitale, elle fut en partie colonisée, au 19e s, par des migrants germanophones. Depuis, le Riesling fait partie de l’héritage culturel et cultural de l’état.

 Steingarten (3)Photo Éric Boschman

Jacob’s Creek Steingarten Riesling

Une vieille histoire… Après une traversée de 4 mois, le Bavarois Johann Gramp, âgé de 18 ans, débarque en Australie en 1837. Dix ans plus tard, il plante son premier vignoble sur les rives de la Jacob’s Creek. Le domaine familial passe le siècle et voit se succédé les générations. Parmi les fleurons de sa gamme, le Riesling Steingarten, littéralement jardin de pierre. Il porte bien son nom, planté sur une saillie rocheuse, les ceps y poussent dans plus de cailloux que de terre.

 

 Steingarten Riesling

Riesling Steingarten 2010 Barossa

Citrin, il avoue d’emblée sa fascination pour les envolées hydrocarbures, des raisins secs et une grosse pincée de poivre viennent s’accoler à l’élan minéral. En bouche, un éclat fruité semble transpercer les papilles de traits de lychee, de pêche blanche et de mirabelle. L’accent pétrole se nuance de fumée, les épices s’amplifient et contribuent à l’incision linguale. Un Riesling bien sec et d’une grande pureté.

Même les grosses entités peuvent offrir des vins de qualité…

 

Seppeltsfield Wines

Une légende australienne, les 130 millésimes de Seppeltsfield !

Les premiers Grenache sont plantés près d’Adélaïde en 1850 par Joseph Seppelt, un marchand de tabac et de liqueur. Son objectif, élaborer des vins doux à l’image des Porto. La cave entame sa production dix années plus tard. Rapidement devenue trop exiguë, Benno, le fils de Joseph, décide de construire de nouveaux chais. Ils sont inaugurés en 1878. Benno y entrepose les barriques et décide pour commémorer l’événement de garder dans un coin le meilleur tonneau pendant 100 ans. Il fera la même chose chaque année. Aujourd’hui, il y a un peu plus de 130 millésimes consécutifs dont le dernier mis en bouteille est le 1913 ! Le vin est gardé 100 ans avant la mise.

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Un vin incroyable qui ressemble à un extrait, un concentré, un peu à l’image d’un véritable aceto balsamico di modena igp, 1 goutte suffit à nous ravir.

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1913  100  year old Para Vintage Tawny

Presque noir, plus onctueux que fluide, le vin accroche sa sombre robre au cristal du verre. Ses parfums évoquent la gentiane, le cacao, la réglisse mâtiné de pâte d’amande et de caramel brûlé, ses épices parlent d’Orient, cumin, sésame grillé, sauce soja. En bouche, une goute suffit, tellement les arômes explosent en notes intenses où l’amertume prédomine. Un bitter racé, nuancé de douceur et de fraîcheur. On y retrouve le chocolat noir moucheté d’épices et de condiments. La longueur semble infinie. Même avalé, il reste en mémoire longtemps.

Le domaine riche de 200 ha produit d’autres vins, secs et doux, dont une collection moins prestigieuse de tawny qui s’échelonnent depuis les années 1882 et toujours disponibles.

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Si vous en rencontrez un flacon, n’hésitez pas l’expérience en vaut vraiment la peine.

www.seppeltsfieldcentennialcollection.com.au

  

Ciao

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Marc


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Presse du vin, suite : le retour du gaspi et un numéro de collection !

Avez vous connu l’ère du «gaspi» ? Non, ce n’est pas un de ces bars dont Bruxelles a le secret  ni un programme destiné aux jeunes écolos. Le gaspi était en vogue déjà dans les années 80, époque où l’écologie balbutiait encore. Eh bien, figurez vous qu’il revient en force !

Voulez-vous une preuve supplémentaire du fric démesuré que se font certains titres de la presse du vin pour mieux sous payer leurs journalistes, quand ils en emploient encore ? J’en ai une de prête, et toute chaude ! Ce matin, ma boîte aux lettres était encombrée de 4 exemplaires tous identiques d’une revue française éditée en langue d’Outre-Manche, chaque exemplaire soigneusement «mis sous blister» comme ils disent maintenant, ou scellé d’un préservatif, comme je dis de manière plus crue.

À chaque fois, le numéro est adressé au même Smith que bibi avec, en guise d’adresse, le titre d’un canard pour lequel je ne travaille plus sous prétexte non déclaré que je leur coûtais trop cher et que ma plume était d’un chiant… Pas grave, j’ai réussi à faire le deuil de cette époque pourtant pas si lointaine. J’assume. Mais ce n’est pas pour pleurnicher sur mon cas que je prends la frappe.

Le G & G ne recule devant rien : tout en anglais et en quatre exemplaires ! Photo©MichelSmith

Le G & G ne recule devant rien : tout en anglais et en quatre exemplaires ! Photo©MichelSmith

En soi, cette anecdote n’a rien d’extraordinaire : on reçoit tellement de catalogues inutiles par la poste… À votre place, cher Lecteur, je serais même tenté de plier boutique et de passer à autre chose sur le Net ! Si ce n’est que, bien que papier glacé, il est annoncé que ce magazine «Spring edition» que je vous montre en tête de gondole est imprimé à 70 % sur papier recyclé et qu’il renferme quantité d’articles à première vue édifiants, mais aussi instructifs, positifs, voire élogieux… à la limite de la pub.

Et si je prends la peine de fouiller plus avant un de ces articles grand format, alors là les bras m’en tombent. C’est désolant, que voulez-vous ! Et tellement mal écrit que c’en est mal traduit. Vous allez dire que je suis prétentieux, que j’écris moi-même comme un canard boiteux, je sais et vous avez raison de me le faire remarquer. Mais tout de même… Bonde sur la barrique, on y compte trois éditos, pas un de plus ! Le premier nous annonce une grande nouvelle que je  résume ainsi : les consommateurs vont être de plus en plus nombreux à exiger des vins de qualité (sous entendu bio et biodynamiques, car c’est ça le sujet révolutionnaire traité en quelques lignes) et à demander «a transparent vineyard to wine glass approach». Difficilement traduisible, mais vous comprenez, j’en suis sûr.

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Grande nouvelle aussi avec l’annonce faite sous forme de quasi exclusivité dans une rubrique «en primeur» de Bordeaux 2011 (oui, 2011) goûtés un mois après les autres, dixit l’article-  ce qui semble être un exploit ! Ça, c’est juste avant qu’on lise sur la page de gauche l’édito de l’Editor in Chief, Sylvain Patard, qui lui, nous cause en toute logique du 2012… en nous disant, toujours en toute logique, qu’on pourra lire les commentaires sur le website www.gilbertgaillard.com et que pour nous faire patienter (tout en économisant de l’argent je suppose) la page suivante, celle que je viens d’évoquer, reproduit en fait le jugement de GG (oui, il s’agit de Gilbert & Gaillard)… de l’an dernier. Encore une parfaite illustration de la connerie étalée en primeur : on évoque 2012 pour montrer qu’on est dans le coup, mais on ne parle que de 2011 ! Et là, pas question de nous expliquer pourquoi les commentaires d’il y a un an sont encore valables, encore moins d’organiser une nouvelle dégustation pour en avoir le cœur net. Arrive enfin l’édito du troisième larron, le beau gosse du trio. N’ayant rien trouvé d’excitant, il nous ressasse une belle – mais vieille et populaire – rengaine de terroir et de mémoire, de produits manufacturés contre produits artisanaux.

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Après quelques articles (ou publi reportages non signalés comme tels) avec des titres ou légendes photos à dormir debout («in the right place, at the right time» pour un vigneron du Sud, «a place in the Sun» pour un sujet bateau sur les Côtes du Rhône Villages, ou encore «a must-try» pour une maison de Champagne), on a quand même droit au voyage et au rêve grâce aux correspondants étrangers du magazine. Voilà un sujet passionnant sur un grand nom du Val d’Aoste ou sur les îles Canaries, un autre sur Tom Hanks qui, ô surprise a toujours « enjoyed Bordeaux », un article palpitant sur un domaine du Vinho Verde ou un autre sur la famille Jackson en Californie précédé d’un sujet sur Sonoma. La lecture de ce magazine qui, je suppose existe aussi in French, s’achève comme un cheveu sur la soupe sur une appétissante recette autour du haricot tarbais! Dommage qu’il me faille mettre tous ces numéros inutiles à la poubelle ! Il est vrai que je n’ai même pas envie d’en faire profiter mon facteur ou mon livreur vu qu’ils ne pigent rien à l’anglais. Et si on pouvait faire passer le message que tous ces magazines qui ne servent à rien n’ont pas besoin de polluer ma boîte au lettres, j’en serais ravi.

    Michel Smith

Post scriptum (une habitude…)

Un petit plus, pour quelque chose qui n’est pas de l’auto promotion, malgré les apparences, mais qui se veut un coup de pouce pour une bande qui travaille bien, ce qui est plutôt rare de nos jours. Juste pour vous dire que je collabore désormais à une revue formidable qui s’intitule le plus simplement du monde « 180°C ».

OLYMPUS DIGITAL CAMERAIl s’agit d’un «mook» (magazine/book), un de ces magazines que l’on garde précieusement dans sa bibliothèque car réalisé avec passion et détermination par des jeunes dont l’ambition est d’en faire une belle revue culinaire à destination de la clientèle masculine. Ce premier numéro de «180°» , où l’on m’a laissé carte blanche pour raconter sur 14 pages l’histoire d’un domaine du Minervois, est en vente dans les bonnes librairies à 19,90 €, mais aussi à la Fnac ou Amazon. Bonne lecture.

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Ils ont choisi l’export

Nous sommes souvent bien trop obnubilés par nos propres marchés de vin, où qu’ils se trouvent.

Le marché français, par exemple, est en recul depuis des années. Et reste extrêmement encombré pour un producteur qui souhaite mieux valoriser ses ventes, les développer, ou simplement les maintenir alors que le marché domestique se rétrécit à vue d’œil. Jusque récemment, à l’exception de quelques régions en vue pour les importateurs et consommateurs étrangers (Bordeaux, Bourgogne, Rhône et Champagne, essentiellement) exporter ses vins pouvait sembler un pas difficile à franchir pour un "petit" vigneron. Bien sûr, la structure des plus grands facilite les choses pour eux. Mais les petits ont souvent hésité.

Ce n’est plus le cas, et cela m’a été magistralement démontré par quelques témoignages lors des récentes Rencontres des Vignerons Indépendants, un événement annuel qui, cette année, s’est tenu à Epernay. Le thème de ce colloque étant l’exportation, son utilité, et ses avantages (mais aussi ses contraintes), ces témoignages allaient nécessairement dans le sens d’un encouragement pour ceux qui n’ont pas encore franchi le pas. Mais les difficultés n’ont jamais été dissimulées, car ce chemin comporte aussi des embûches.

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Fabrice Durou

Fabrice Durou, du Château de Gaudou à Cahors, a pris le taureau de l’exportation par les cornes, et ce depuis quelques années. Ce jeune homme explique sa démarche avec clarté et conviction. Il vend au Canada, aux Etat-Unis, en Belgique et dans une bonne dizaine d’autres pays, ce qui a sans doute sauvé son entreprise familiale ou, pour le moins, l’a permis de se porter bien mieux que si il était resté sur le marché français. Sans avoir fréquanté d’école de commerce, Durou a tout compris de la démarche, en écoutant les gens et en étant présent sur le terrain. Sa clairvoyance, son sens de l’organisation et, sans doute, une dose de chance, ont fait le reste.

Adapter ses produits aux besoins et contraintes des marchés n’est pas un vilain concept pour ceux qui veulent franchir le cap de l’exportation, et cela ne veut pas dire "trahir" l’identité des vins de sa région. Car attendre le client, sûr que sa propre vision du vin est la seule qui vaille et sûrement le meilleur moyen de faire faillite à plus ou moins brève échéance. Olivier des Serres, l’agronomiste du 17ème siècle, le disait déjà clairement : "rien ne vous sert de faire des grands vins si vous n’ayez de grand marché".

Pour Gilles Laurencin, le Bordelais, la difficulté de vendre ses cuves de cabernets qui ne trouvaient plus leur place dans ses assemblages "château" de plus en plus dominés par le merlot, a fait germer une idée nourrie par ses observations aux USA où l’on appelle le cabernet sauvignon "cab". L’étiquette inclut même, en clin d’œil  un taxi Londonien, autre sorte de "cab". Et cette création, qui reste très bordelaise, a marché et a sauvé ses cabernets d’un arrachage certain, tout en aidant l’entreprise à gagner des marchés. Cela ne s’est pas fait tout seul, et a rencontré l’opposition de la génération précédente, mais ce "cassage de codes" a bien fonctionné.

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Le "Cabs" de Gilles Laurencin

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Domaine des Annibals

Quand on vient d’une famille vigneronne, il y a souvent un souci de moins : celui de payer son vignoble, même si les droits de succession peuvent être lourds. Mais venir de l’extérieur peut aussi être un avantage, car on est moins lié par des habitudes souvent sclérosantes. Nathalie Coquelle (ci-dessus, à droite) est arrivée sur son domaine en Provence après avoir travaillé dans la finance. Mais il lui a fallu reprendre complètement une propriété apparemment en mauvais état et démarrer une activité de vente assez valorisante pour soutenir une démarche bio. Le Domaine des Annibals a choisi la voie des salons pour trouver des marché à l’export, et ses étiquettes intriguent tout en jouant sur des thèmes et des mots ancrés dans le lieu de production ou l’histoire du nom du domaine.

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Les Annibals

Il n’y a pas de règle pour réussir à l’exportation, sauf à dire qu’il faut bien pondérer ses capacités, ses envies, et puis aller étudier l’univers concurrentiel dans lequel on sera inséré. Ensuite raconter son histoire sans être prétentieux. Vous trouverez bien des marchés, à côté des grands. Tout le monde aime les histoires, du moment qu’elles ne sont pas à dormir debout !

David

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