Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

De la typicité et autres inaccessibles étoiles (retour au Pic Saint Loup)

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La RVF consacrait récemment un dossier aux meilleurs grenaches de France. Grenaches purs ou entrant au moins à 80% dans l’assemblage.

Quelle ne fut pas ma surprise d’y trouver un Pic Saint Loup. La cuvée Petit Duc, du Mas Foulaquier, un vin présenté comme Pur Grenache.

J’ai visité récemment ce joli coin du Languedoc. Et j’y ai appris, entre autres choses captivantes, que l’assemblage était la règle de l’appellation, avec en plus, à tort ou à raison, une forte prédilection pour la syrah.

Je reprends les termes du décret tel que publié sur le site de Pic Saint Loup 

« Pour avoir droit à l’appellation « Coteaux du Languedoc » suivie de la dénomination « Pic Saint-Loup », les vins doivent provenir exclusivement des cépages suivants, à l’exclusion de tout autre:
Vins rouges
– Cépages principaux: syrah noire, grenache noir, mourvèdre noir.
Un assemblage d’au moins deux cépages principaux est obligatoire. »

Puisque la RVF parle de 100% grenache, il y a forcément une erreur.

L1040786

Le Pic Saint Loup, avec ou sans syrah

Loin de moi l’idée d’accabler mes confrères, mais si l’on se réfère au site internet du producteur, Le Petit Duc n’est pas un pur grenache, mais un assemblage de 90% de grenache et de 10% de syrah. Au moins en 2009.

Alors de deux choses l’une: ou la RVF s’est plantée en recopiant la fiche, ou bien le domaine fait bien un 100% grenache, mais ne le dit qu’en off, aux journalistes, gardant une version plus réglementairement correcte pour ses déclarations officielles.

Et qu’est-ce qu’on s’en fout, en définitive!

Sauf que ça m’a fait réfléchir à nouveau sur la vanité de nos réglementations.

Vous aurez noté, par exemple, que le Carignan  (si cher à notre ami Michel)  ne figure pas parmi les cépages principaux obligatoires dans le décret. Pas question, donc, de produire un Pic Saint Loup 100% carignan, ni même un 60% carignan, 40% grenache.

Pourtant, le carignan (comme le grenache) était implanté en Languedoc bien avant la syrah, introduite ici au titre de « cépage améliorateur » à partir des années 60.

J’ai du mal à comprendre la motivation des experts de l’INAO et des responsables d’AOC qui, à coups de décrets, refont l’histoire; je suis sûr qu’ils veulent bien faire, mais dans la pratique, ils sont souvent soit en avance d’un train, soit en retard d’une guerre, soit à côté de la plaque, sans parler du terroir ou du marché.

Ils ont (mal) jugé le carignan sur la foi des mauvais vins de gros rendements que pissaient les vignes de plaine dans les années 50. Ils se sont dits que la syrah, qui donnait de si beaux résultats dans le Nord des Côtes du Rhône, ramenerait les crus du Languedoc à plus d’élégance. Ils n’avaient peut-être pas tout à fait tort. Sauf que la syrah, elle aussi, peut pisser, et qu’elle standardise pas mal de vins. Et puis surtout, plutôt que d’imposer, que n’ont-ils recommandé, et que n’ont-ils laissé le choix? Pourquoi tout doit-il toujours venir d’en haut?

Soyons honnêtes: à part peut-être quelques journaleux, et quelques piliers des assemblées générales viticoles, la composition exacte des cuvées de Pic Saint Loup n’empêche personne de dormir. Personne, d’ailleurs, n’est en mesure de la vérifier avec précision.

Mais j’entends déjà l’argument massue: « Et la typicité,  bordel? »

Deux objections, votre honneur:

Primo (et ce n’est qu’un exemple), il y a 13 cépages autorisés dans l’AOC Châteauneuf du Pape; tous ne sont pas employés dans toutes les cuvées, certes, mais cette belle palette génère une certaine diversité; la typicité des vins de l’appellation s’en trouve-t-elle menacée?

Secundo, le terroir, quand il existe, transcende les cépages. Et il faut croire qu’il existe, à Pic Saint Loup, puisque la zone est appelée à devenir une AOC. D’ailleurs, il n’y a qu’à y aller pour constater son originalité, tant au plan du climat que des sols.

L’expression du terroir est-il fonction des cépages et des traditions? Ces traditions peuvent-elles évoluer dans le temps, comme à Pic Saint Loup, zone relativement fraîche, où la syrah semble avoir effectivement trouvé une terre d’élection?

La typicité est-elle de ces inaccessibles étoiles que chantait Brel?

Beau sujet de dissertation. Je vous donne trois heures et je reviens ramasser les copies.

En attendant, je m’en vais déboucher une bouteille de Haut-Lirou. Syrah majoritaire, bien sûr.

Hervé

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

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