#Carignan Story # 173 : The Dark Side, ou cet Obscur objet du désir…

Bien sûr, il y a la lune, dont le croissant est devenu l’emblème du domaine. Au départ, je songeais donc tout naturellement à The Dark Side of the Moon, le disque mythique du flamant rose. Pour m’y faire, je le réécoute sans trop y croire : la musique scénarisée tel un clip ne colle pas à la réalité du vin. Pas plus qu’à mon oreille d’ailleurs tant il est vrai que je dois être moi-même en ce moment très mal luné. Je vous en épargne donc l’écoute. Puis je me dis que c’est peut-être une autre idée. The Dark Side of the Force, par exemple, sorti de Star Wars et de George Lucas réunis dans un des premiers blockbusters du cinoche amerloque. Oui, c’est ce côté sombre qui colle le mieux à la réalité du vin. Car le vin, lorsqu’il vibre en bouche, peut avoir des éléments positifs, d’un côté, mais aussi quelque part une face cachée, un côté sombre…un aspect obscur qui confine presque au désir.

Photo©MichelSmith
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Au-delà de cette entrée en matière toujours aussi emberlificotée et sans grand intérêt (faut bien que je justifie mon non-salariat), ce sont des gens extraordinaires que je vous invite à boire, pardon à voir. Mais commençons par l’objet premier de mon article. Leur dernier bébé, un 2010 « Côté Obscur », me saute à la gueule : du fruit, du fruit, encore du fruit et du fruit noir. Et du génie. Pourtant, je le déguste presque glacé. Une honte ! Un sacrilège ! Voyez-vous, lorsque je test mon Carignan du Dimanche, j’ai pour habitude que certains jugeront exécrable de le sortir d’abord du frigo où il s’est endormi depuis plusieurs jours. Il entre donc tout froid dans mon verre. D’habitude, j’attends un peu que le vin prenne une température acceptable, disons 14 à 16° au lieu des 10° au sortir du réfrigérateur. Mais là, je n’ai pu résister : je fourre mon nez dans le verre et je bois aussi sec ! Faut dire que quand je l’ai bu pour la première fois il y a quelques jours lors de notre deuxième Jour du Carignan chez Jean-Marie Rimbert, bien que servi un poil trop chaud, je l’ai vidé avec tant de plaisir que je suis allé en quémander une bouteille à son auteur histoire de le reprendre en mains, tranquillement chez moi. C’est chose faite aujourd’hui.

John Bojanowski. Photo©MichelSmith
John Bojanowski. Photo©MichelSmith

Son auteur n’est autre que John Bojanowski, un ricain d’origine polonaise débarqué dans le Sud par amour pour Nicole, une fille du pays (Narbonne) qui voulait travailler et élever une famille chez elle, dans les vignes. Petit à petit, ce couple attachant a rassemblé les 8 hectares qui constituent le Clos du Gravillas, aux confins du Minervois, c’est-à-dire plus proche Béziers que de Carcassonne. Pas facile pour moi de l’admettre, mais cela fait plus de dix ans que je goûte leurs vins, des vins en pleine progression depuis qu’ils sont officialisés bio, et je n’ai pourtant jamais pris le temps d’aller explorer leur cave. Leur cuvée « Lo Vièlh », l’une des plus représentatives en matière de Carignan (catégorie calcaire) et dont il m’est arrivé de parler ici mérite tous les éloges, à l’instar de ce Côtes du Brian 2011 élevé un an en demi muids neufs de 500 litres après avoir été foulé aux pieds (raisins égrappés, vignes centenaires) faisant preuve d’une grand complexité (17 € départ cave). Densité, matière, tout y est. John est ravi car c’est la première vigne qu’ils se sont offerts avec Nicole en 1999 alors que les vieux ceps étaient promis à l’arrachage. Elle lui donne quand même autour de 20 hl/ha, mais il faut dire qu’elle est bichonnée.

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John et Nicole ont la religion du Carignan chevillée au corps ! Photo©MichelSmith

J’ai oublié l’histoire précise de ce Côté Obscur 2010 (10 € départ) issu de la même vigne, mais il semble me souvenir que cette partie-là de la vendange a mis beaucoup plus de temps à fermenter et que ses auteurs eurent l’impression que leur vin faisait la gueule et qu’il n’était pas apte à aller dans la cuvée d’origine « Lo Vièlh ». Ce n’est que bien après qu’ils ont réalisé que ce vin avait quelque chose de différent, qu’il tenait un autre rôle et qu’il fallait le mettre en bouteilles. C’est chose faite depuis deux mois et ce 2010, une fois le froid atténué, m’offre un joli nez de bois de rose et beaucoup d’épaisseur en bouche. Après deux jours d’ouverture, bouteille à demi entamée, l’intensité du fruit s’est atténuée pour gagner en rebondissements avec un brin de légèreté, un surcroît de profondeur, de fermeté et de netteté jusqu’en fin de bouche. Il y a 3.500 bouteilles et si j’étais vous, je n’attendrais pas car nul doute que ce sacré Gravillas va faire parler de lui ! Et si vous allez le chercher sur place, à Saint-Jean-de-Minervois, n’hésitez pas à profiter du gîte que Nicole et John ont aménagé dans l’ancien café du village.

Photo©MichelSmith

Michel Smith

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