#Carignan Story # 197 : Même pour les enfants…

Allez savoir pourquoi, mais voilà que je pense à une certaine Juliette.

Un soir, sa fille, qui doit avoir 12 ans, s’approcha de moi, probablement intriguée qu’elle était de me voir poser le nez au-dessus d’un verre. J’avais l’air un peu couillon, je dois le dire, mais l’intelligence et la curiosité de cette enfant dont j’ai oublié le prénom (mille excuses, Mademoiselle !) me troublèrent au point que nous eûmes une brève conversation presque d’adultes, d’où il ressortait que la jeune fille en question – je ne sais pas pourquoi, mais j’ai envie de l’appeler Manon – pourrait bien risquer d’épouser le métier de vigneronne un jour ou l’autre.

D’ailleurs, je crois que son papa est vigneron, ou qu’il travaille dans le vin, quoi qu’il en soit. Alors, voilà, je pense à sa maman, Juliette, dont j’ai publiée la photo il y a peu en me disant qu’elle, au moins, aura fait en sorte que, vigneronne ou pas, sa fille ne repoussera jamais le vin de sa vie et, qui sait, qu’elle appréciera peut-être le cépage de ses ancêtres, le bon vieux Carignan de son pays.

Encore une histoire de sang de la terre… Oh je sais, vous devez vous foutre de moi et rigoler sous cape, mais que voulez-vous j’aime bien croire à ces histoires de passages de témoins. Et j’aime cette photo de sourires complices car, quelque part, elle symbolise une forme d’éducation dispensée dans l’amour.  Elle montre qu’il est dommage de repousser la curiosité de l’enfant sous le prétexte fallacieux qu’il est trop jeune et qu’il ne peut comprendre. À mon sens, elle vaut mieux que tous les discours moralisateurs. Mais avant tout, elle fait me souvenir que ma Maman, Françoise, me faisait régulièrement sentir et écouter – oui, écouter – le Champagne qu’elle aimait boire de temps en temps pour se remonter le moral. Je crois bien avoir fait pareil avec mes deux fils, Victor et Sébastien… Aujourd’hui, ces deux gaillards consomment le vin dans la modération.

Juliette fait goûter à sa fille le breuvage de ses ancêtres. Photo©MichelSmith
Juliette fait goûter à sa fille le breuvage de ses ancêtres. Photo©MichelSmith
Une autre fan de vin, Manon, fille de Désirée et Sylvain Fadat, auteurs de grands Carignans à Montpeyroux. Photo©MichelSmith
Une autre fan de vin, Manon, la vraie Manon cette fois-ci, fille de Désirée et Sylvain Fadat, auteurs de grands Carignans à Montpeyroux. Je sais, son visage est flou… et alors ? Photo©MichelSmith

Si cette jeune fille a pu sentir mon vin avec intérêt, elle n’a pas encore l’âge d’en boire évidemment. Tout juste peut-on exceptionnellement l’autoriser à tremper son doigt dans le vin et à le goûter sur le bout de la langue. Mais le jour où elle pourra avec ses copines vider un verre ou deux ne saurait tarder… En attendant, si on se revoit, je lui proposerais volontiers ce jus de raisin de Carignan extrait du côté de Latour-de-France, dans les Fenouillèdes, là où il reste quelques très vieilles vignes de ce désormais fameux cépage.

IMG_6381
Ce jus non filtré (ou si peu) est le fruit du Domaine Rivaton et il est cent pour cent pur jus de raisin Carignan. Je me suis procuré ces 25 cl de pur bonheur dans un bar à vins de Perpignan, Les Indigènes, où j’étais encore l’autre soir pour goûter le Beaujolais ainsi qu’un nouveau Carignan, « In Nomine », dont je reparlerais un jour sur ces lignes. Preuve que l’on peut encore demander à ses enfants, même pré-ados, de nous accompagner dans ces lieux de perditions que sont les caves ou les bars à vins ! Rentré chez moi, je me suis empressé de le goûter ce Carignan planté en 1930. Je me suis même amusé à y rajouter une dose de limonade, pour voir.

Vous pouvez me croire, il est très bon et ne fera aucun mal à un enfant puisqu’il est bourré de vitamines !

Michel Smith

12 réflexions sur “#Carignan Story # 197 : Même pour les enfants…

  1. Mes enfants, ils sont grands maintenant, ont eu droit depuis tout petit à un dé à coudre de vin, s’ils le désiraient. Je mettais un rien de vin dans un petit verre à Xérès, ça faisait illusion. C’est une école du goût, du bon produit. Avant en France, on mettait un fond de vin dans la gourde d’eau pour aller à l’école (j’ai des témoins). Cela rendait l’eau un rien acide et rafraîchissante, c’était mieux que les softs drinks actuels bourrés de sucre ou pire d’édulcorant. Cela n’a pas fait des générations d’ivrognes. Aujourd’hui, on prend mille précautions dès qu’on parle du vin et des enfants. Avant tout se faisait naturellement et les gens étaient en meilleurs santés et mieux dans leur peau. Tu étais saoul, on t’expliquait en famille pourquoi. Aujourd’hui, dès qu’ado on peut sortir, on se bourre la gueule pour braver l’interdiction et ivre à en vomir, on se reste tout seul, largué par les ‘copains’ moins bourrés qui changent d’endroit.
    Je crois que s’il y avait moins de tabou autour du vin, on aurait moins de problèmes d’alcoolisation.
    Maintenant, je suis certain que le jus de Carignan (mets une majuscule aux cépages Michel, surtout au Carignan que tu affectionne tant), donc le jus de Carignan doit être excellent, si d’aventures, il est produit par un vigneron de talent.
    Bises Michel
    Marc

    J'aime

    1. Heureuse coïncidence… Voilà, c’est fait: je suis grand-père. Elle s’appelle Astrid et je suis le plus heureux des hommes. Ses parents vont bien et j’irai les voir en Janvier à Londres.
      Marc, le « C » majuscule pour Carignan est par moi employé la plupart du temps si tu me lis bien, et ce au grand dam de certains puristes de la grammaire.
      Quant au vigneron, c’est un bon. Et son jus est super, comme je le dis dans le texte. Tu peux me faire confiance, non ? La guimauve aussi peut être bonne, je te rassure… 😉
      Bises à tous !
      Michel

      J'aime

      1. georgestruc

        Bienvenue à Astrid ! Vous verrez, c’est une nouvelle vie qui commence ; un tel événement nous transforme plus profondément qu’il n’y paraît.

        J'aime

  2. georgestruc

    Ah, le vin enchanté de l’enfance. Ma grand-mère me préparait de façon systématique un verre de vin sucré afin que « je ne prenne pas froid » une fois sorti du bain… Sensation magique, souvenir inoubliable. En hiver, elle mettait le verre à tiédir sur la plaque du fourneau à bois, à l’endroit réservé pour faire mijoter les plats. Mes petits copains n’avaient pas tous cette chance et s’étonnaient de cette pratique, jusqu’au jour où, sous un prétexte en général lié au fait que l’on avait eu froid en construisant une cabane dans les charpentières d’un pin d’Alep, je quémandais ce vin sucré, doucement tiédi, et leur adhésion était immédiate. Mes enfants ont été formés au goût du vin ; succès mitigé pour notre fille mais complet pour le garçon, qui travaille maintenant dans le monde du vin.
    Notre société est partie à la dérive et se trouve en pleine confusion sur ce sujet.
    Je travaille maintenant à inculquer le bon goût du vin à nos petits enfants ; pas facile ; ils ont pris l’habitude des boissons sucrées plus ou moins gazéifiées, ce qui leur gâte le palais, mais j’ai bon espoir.
    À propos, joli petit salon des vins hier et aujourd’hui à Beaumes-de-Venise, réunissant les vignerons de cette commune et ceux de Vacqueyras. Belles rencontres, séduisantes dégustations. Plusieurs nouveaux vignerons/vinificateurs, qui en sont à leur première ou deuxième vinification, était présents. Petits volumes, souhaits d’élaborer des cuvées sincères, ancrées sur leurs terroirs, un travail d’esprit bourguignon. À prospecter absolument !!

    À propos d’ivresse : mon père fabriquait chaque année, pour un usage réservé à la famille , un effervescent un peu particulier ; il sélectionnait une centaine de litres de bon moût de grenache, laissait partir en fermentation, la stoppait avec un mutage léger, filtrait sur un filtre à manche de coton, en sorte que le sucre résiduel reparte doucement en fermentation. Mise en bouteille précoce (muselées) et ouverture pour l’hiver qui arrivait. Un vin plaisant, qui titrait quand même ses 17° et était servi lors des veillées entre amis. Une année de froid vif de Février, certains de ces amis étaient venus en « jardinière » (une charrette légère qui servait uniquement aux déplacements) et mes parents, au moment du départ, en pleine nuit, les ont aidés en s’enrouler dans des couvertures. J’ai profité de ce moment pour finir tous les verres qui étaient sur la table ! Résultat : état d’ivresse enfantine, heureusement pardonnée… Quel bon temps…

    Bon Dimanche à tous
    Georges TRUC

    J'aime

    1. Georges, je m’étonne qu’on ne ait pas encore traité de pousse à l’alcool, d’inconscients, de dangers publics, …
      Merci pour ton témoignage et vivement un verre bu ensemble, bien entendu pour le bien de nos artères
      Marc

      J'aime

    2. Ben, c’est de la Blanquette, appelée aussi Clairette (du nom du raisin qui lui va bien avec le grenache). Plus pro, c’est une méthode ancestrale. Encore bien pratiquée chez les anciens du Languedoc. C’est aussi populaire que la Cartagène (sans H, pour 1/4 d’alcool et 3/4 de moût). Par contre la Blanquette ne saurait titrer plus de 10-12% de TAV, elle est le plus souvent autour de 6% d’alcool. Tout le sucre n’est pas fermenté et on ajoute pas d’alcool, donc ça ne peut pas être très élevé. La Cartagène, faite du même jus de grenache, mutée à l’eau de vie de marc, titre généralement 17%, ce qui lui permet de ne pas fermenter. Souvent, on faisait les deux à la maison, la Cartagène pour l’apéro et la Blanquette au dessert. Ou l’inverse.

      J'aime

  3. Beau papier encore une fois Michel, et quel discussion intéressante à propos de l’initiation (plutôt que de l’éducation). Je reviendrai sur ce sujet lundi (merde, c’est demain et il faut que je m’active un peu !). Il a été largement abordé par certains intervenants lors du colloque passionnante intitulé Vino Bravo, organisé conjointement par Le Point et Vin et Société, ce samedi 30 novembre à Bordeaux. Georges Truc a tellement raison d’évoquer ces mœurs malheureusement à peu près disparues sous la pression hygiéniste écervelée.

    J'aime

  4. Ping : #Carignan Story # 233 : Kaya, le retour ! | Les 5 du Vin

  5. Pourquoi penser que Michel est gâteux quand il est ému par la jeunesse? Ce serait dommage qu’il nous prive de cette belle leçon de culture vigneronne. Pleine d’émotions comme il se doit pour que le message s’inscrive dans la mémoire. J’aime beaucoup ces deux photos où les enfants (des filles, normal, c’est plus sensible, :-)) regardent le vin avec un mélange de sacré et de familier. Je crois moins au jus de Carignan même si on l’appelle le « raisin bon » dans les Corbières, il n’a pas beaucoup d’intérêt gustatif tant qu’il n’est pas transformé en vin. Ca sent le surf sur la vague de la mode carignan. La faute à Michel qui en a fait une Star (avec un S majuscule aussi?) Faire du jus de raisin avec une vigne de 1930 (si c’est sa date), c’est du gâchis.

    J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.