#Carignan Story# 2015 : Olibrius

« Bonjour, je suis « néo-vigneron » (je n’aime pas trop ce terme mais ça situe le personnage…) en vallée du Rhône, et ce depuis le millésime 2009 dans une activité secondaire. 
Je viens de tomber sur votre site par hasard… 
Cette année enfin, je commence à avoir un gamme de vins « étendue »… cette année seulement, car je fais des élevages poussés (18 à 30 mois de fût) et donc il faut être patient avant de voir la bouteille sortir !
 Je produit de l’ordre de 5000 cols par an dont une cuvée confidentielle 100% carignan … »

Voilà comment m’a approché il y a maintenant plusieurs mois le sieur Marc Danielou du Domaine Olibrius, une propriété de 2 ha dans le sud de la Vallée du Rhône. Le gars a joint la parole au geste en m’adressant la gamme de ses vins dont la trame commune est de posséder une importante proportion de Carignan, 50 % au moins. J’avoue avoir été séduit par cette démarche et par tant d’amour déclaré au cépage cher à mon coeur.

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Les trois premiers vins goûtés en Janvier dernier, sans atteindre des sommets, sont plutôt bien passés. La cuvée « Iskis » (carignan, counoise, grenache), un Vin de France 2010 qui, sans en faire des tonnes, est bien dans sa peau de petit vin du Sud, plutôt fin et souple. La même cuvée, version 2011, en Côtes du Rhône cette fois, offrait un léger supplément d’âme, d’agréables notes concentrées de raisins secs, avec un potentiel de garde intéressant. Le grenache/carignan « Oristal », Vin de France 2010, était sur le mode sympathique, souple mais armé d’une certaine densité. Reste la tant attendue (trop attendue ?) cuvée de pur Carignan. Un bon point pour commencer : frondeuse, en même temps que son cépage, la cuvée « Diaoul » arbore le nom de l’appellation Côtes du Rhône ce qui n’est pas fait pour me déplaire…

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Maintenant que j’ai goûté puis regoûté cette bouteille, je me sens comme embourbé, piégé par le doute. Je me suis mis dans une situation plus qu’embarrassante. J’aimerais tant en dire du bien de ce vin ne serait-ce que pour encourager ces amoureux fous du cépage qui me lisent, et pourtant je ne peux m’y résoudre. Comme souvent dans ce cas j’aimerais pouvoir trouver des excuses – je ne sais pas moi, une petite amie sur le point de me plaquer, une grippe qui tente de m’anéantir, les impôts qui me tombent dessus – et je n’en trouve aucune. J’aimerais mentir, raconter des histoires, dire n’importe quoi pour noyer le poisson. Alors, j’ai tout essayé de mes plans de secours : température de la pièce (20°), température de la cave (12°), verre exposé 12 h à l’air, bouteille bouchée rebue 2, 4 et 6 jours après, tentatives sur fond musical avec Dizzy Gillespie d’abord suivi d’Erik Truffaz, essais sur de la viande rouge (c’était mieux…), sur une ratatouille (pas trop mal…), sur du poulet, des spaghetti…

Toutes ces expériences n’ont rien donné, ou si peu. À première vue, j’ai pourtant trouvé la robe plutôt belle, dense et solide, le nez fermé, un brin épicé, que de bons signes. Mais en bouche, le vin m’est apparu linéaire, monolithique, austère et boisé, indéfinissable par dessus le marché. Par la suite, les jours suivants, j’avais l’impression désagréable de me forcer à le boire, à lui trouver je ne sais quel aspect sympathique, un élan de fruité et de fraîcheur alors qu’il n’y en avait point. J’avais la sensation que le bois avait tout pompé de ce que ce Carignan de plus de 60 ans pouvait renfermer de lumière et de vie, le privant de presque tout, jusque son âme. L’élevage de 18 mois en fûts y est-il pour quelque chose ? Franchement, j’ai arrêté d’y penser, comme pour mieux l’oublier.

Photo©MichelSmith
Photo©MichelSmith

 

Car c’est probablement là que le bât blesse : ce 2011 commercialisé à 11,60 € départ cave, ce qui est raisonnable, n’est visiblement pas remis de cet élevage. Pour bien faire, il faudrait l’oublier 10 ans et voir si le Carignan a repris le dessus.

En attendant, la visite du site du domaine s’impose (voir le lien au début) et merci Marc Danielou, qui vinifie son vin depuis 2009, d’avoir pris le risque de jouer le jeu. Un jour, peut-être, je me retrouverai en face de ce vin, dans une dégustation à l’aveugle. Il aura digéré son bois et, qui sait, peut-être me surprendra-t-il?

Michel Smith

 

5 réflexions sur “#Carignan Story# 2015 : Olibrius

  1. Michel, je comprends ta déception et elle transpire dans tes mots. Mais le bon sens, suivi de bonnes intentions ne font pas toujours les meilleurs vins. Tu le sais pourtant que le carignan n’aime pas le bois. Ils se font la gueule tous les deux, ils ne peuvent pas se marier et ils s’opposent en gardant leurs caractères bien trempés. Malheureusement quand on est témoin de ce désamour, on entend que la voix du bois. Il parle plus fort et plus vite que le carignan. Au moins pendant les premières années, disons une petite dizaine d’années. Ensuite, si le carignan est vraiment fort alors il reprendra le dessus. Je te parle de bois qui largue encore des tanins. De neuf à 3 vins, après, c’est mieux, il reste la forme de la barrique qui, elle, plaît bien au carignan. On en reparle dans dix ans? 😉

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  2. Puisqu’on parle de l’action du temps sur le vin, et notamment le carignan, ce vendredi, j’ai bu ton Puch 2011. Je l’avais dégusté très jeune, sans trop pouvoir rentrer dedans. Et puis, ce vendredi, j’en ai ouvert à nouveau une bouteille. Il avait très bien évolué. Dense, tannins serrés, une petite pointe de graphite, du réglisse, de la fraîcheur, un beau bébé, quoi! Ma maman et moi y avons fait honneur – tiens, j’en ai encore la langue qui claque à ce souvenir!

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  3. Michel,
    Je suis heureux de lire ton beau billet traitant de la gamme compète de notre Domaine… même si j’aurais probablement apprécié de meilleurs commentaires… mais comme tu le dis, c’est le jeu.
    En jouant à ce jeu, je m’attendais à tout et sincèrement, connaissant le blog des 5 du vin et la qualité de ta plume, je ne prend pas mal du tout cet article.
    Je comprend ton embarras surtout que tu as vraiment tout fait pour mettre ce DIAOUL dans de bonnes conditions. Il aurait peut être fallu remplacer ce bon vieux Dizzy par des sonorités Bretonnes pour accompagner ce Diaoul de cépage (diable en breton) comme par exemple Didier Squiban, Erick Marchand ou Denez Prigent… je ne vois plus que ça, ou alors une autre bouteille !!
    J’ai essayé de comprendre et suis en partie étonné notamment que tu n’ais pas trouvé de fruit, de cassis, de volume ni une certaine ampleur. Pour les tannins et l’impression de bois dominant c’est vrai qu’en début d’année (présentation à un club de dégustation du Payx d’Aix) ça m’a également un peu surpris, mais pour l’avoir redégusté hier (certes après un Clos Ht Perraguey 1931 !… je fais le malin), le fruit, le réglisse et le fondu domine même si de petit tanins viennent réveiller l’ensemble (ce qui n’est pas pour déplaire à la côte de bœuf).
    Pour les autres cuvées, tes commentaires sont assez opposés au retour que j’en ai… et c’est ça le mystère de la dégustation !

    Depuis 5 mois, nous n’avions que de bonne critiques… et ça m’inquiétais presque !!
    Pour essayer d’y voir plus clair sur le niveau de mes vins, j’ai même participé à mon 1er salon professionnel (salon OFF Vinisud « Vignerons hors pistes »). J’y allais pour me frotter à ce monde de professionnel (sommeliers, oenologues, cavistes …). Et là encore les critiques ont été unanimes et très encourageantes … j’étais même un peu dépassé
    Tu mets fin à quelques mois d’encensement et venant de toi, ça peut paraître paradoxal mais je suis assez fier… Je sais que tu es sincère dans ton jugement et que ça n’est que partie remise (pour la dégustation) et ça m’encourage à faire encore mieux. Ca permet également de rester bien les pieds sur terre et de ne pas s’emballer

    Au plaisir de redéguster ensemble
    Merci Michel

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    1. Merci de ta réaction, Marc. Ces commentaires (les miens) sont quelque peu embarrassants car, jusque ces dernières années, je m’interdisais de parler d’un vin sur lequel je n’aurais pas de choses positives à émettre. Avec l’écriture du blog, tout a changé et il m’est arrivé de reprendre un vin plusieurs mois après pour admettre publiquement que je m’étais trompé. Je propose que l’on revoie cela sur un autre millésime, 2011 ou 2012, par exemple, vers la fin de l’année. Au fait, tu seras le bienvenu à Perpignan !

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