Isabelle Saporta et l’indépendance de la presse viticole

A l’époque de sa sortie, en février dernier, le livre d’Isabelle Saporta, Vinobusiness, a fait un certain bruit dans le Landerneau viticole.

A ce stade, je ne souhaite pas prendre partie dans la querelle qui l’oppose à Hubert de Boüard – elle aura l’occasion de défendre sa méthode d’investigation lors du procès en diffamation que lui a intenté le propriétaire de L’Angelus.

Si je reviens sur ce livre, c’est à cause d’un article paru le 30 août dans La Libre Belgique, sous la plume de Dorian de Meeûs, où Mme Saporta évoque le métier que j’exerce.

Je souhaite contester un point précis.

A la question de Dorian de Meeûs, « Pourquoi les journalistes ou critiques ne dénoncent pas cela? (ndla: le système des primeurs, l’influence des grands châteaux) », Mme Saporta répond: « C’est très difficile pour eux car s’ils disent que tel ou tel château n’est pas à la hauteur, ils sont bannis des châteaux; or ils n’ont pas les moyens de s’acheter de telles bouteilles pour les juger en toute indépendance… Un grand critique qui est interdit de venir déguster au château pendant les primeurs est mort professionnellement ».

Je ferai d’abord un sort à la question de mon confrère de La Libre, apparemment mal informé. C’est la conséquence, sans doute, du manque de contacts entre les ténors de la grande presse comme lui et les besogneux de la plume pinardière comme moi. Mais il aurait pu en prendre, des contacts, pour l’occasion. Dommage.

Quant à sa question (qui renferme une affirmation), je la réfute: si, M. de Meeûs, il y a des journalistes qui dénoncent. Moi le premier. Nous n’avons pas attendu Mme Saporta pour mettre en doute la sélection des échantillons, le moment choisi pour la dégustation des Primeurs, les intérêts plus ou moins avoués, les copinages, etc. Sans parler des bizarreries des classements. Tout ça, cela fair des années que nous le disons. Je me rappelle notamment d’un excellent papier publié ici même sous la plume de mon confrère et ami Michel Smith, si je ne m’abuse, intitulé « La Comédie des Primeurs ».

Mais passons aux arguments de mon autre consoeur, que je tiens à rassurer sur mon compte et celui de quelques collègues, notamment parmi Les 5 du Vin.

Contrairement à ce qu’elle affirme, on n’est pas obligé de couvrir les Primeurs de Bordeaux pour exister dans ce petit monde du vin. Moi qui vous parle, je n’y vais jamais. J’ai reçu des invitations, mais je les ai toujours déclinées.

Je n’en tire pas de gloire; c’est juste, d’une part, que je suis convaincu que je ne pourrais pas y faire un bon travail; et de l’autre, que le type de vins présentés, souvent chers, trop chers, et partant réservés à un certain type de clientèle (investisseurs, collectionneurs…), ne correspond ni à mon lectorat, ni à mon idée du vin, produit de partage.

Quoi qu’il en soit, à moins que ce ne soit un zombie qui écrive ces lignes, je suis la preuve vivante que le fait d’être exclu (ou de s’exclure soi-même) du rendez-vous des Primeurs n’entraine aucunement la mort professionnelle.

Les comptes que j’ai à rendre, c’est à mes lecteurs, pas aux producteurs, huppés ou non. C’est à ce prix que je peux prétendre être journaliste. Mes coups de coeurs sont sincères; mes coups de griffe aussi.

Qu’il y ait d’autres types de plumitifs (pas toujours journalistes) pour lesquels un petit tour par les Primeurs soit vital, je peux le concevoir. Mais j’aimerais bien que Mme Saporta ne nous mette pas tous dans le même sac. Qu’elle ne jette pas le doute sur toute ma profession, qui, au demeurant, est un peu la sienne.

Je ne sais pas trop ce qui a incité mon confrère de La Libre à interviewer Mme Saporta aussi longtemps après la sortie de son livre. Ce que je sais, par contre, c’est qu’il ne l’a vraiment pas poussée dans ses derniers retranchements.

Mme Saporta a beau dire de ses détracteurs (et il y en a) qu’ils sont vulgaires et misogynes, cela ne constitue pas une réponse argumentée aux reproches de ceux qui voient dans son travail un pamphlet, plus qu’une enquête vraiment contradictoire.

Cette enquête contradictoire est ce qu’on est en droit d’attendre d’une journaliste d’investigation, qui ne doit pas, bien sûr, sélectionner ses interviewés (ou les passages des interviews) en fonction d’une conclusion formée a priori. Ni déblatérer en bloc sur les collègues spécialisés.

Je ferai aussi remarquer que pour ce que j’en sais, son ouvrage se focalise un peu trop sur les vins haut de gamme. Quitte à dénoncer, j’aurais aimé plus de pages sur la grande misère qualitative de la base des AOC françaises; sur la manière d’obtenir un vin d’AOC à moins d’un euro cinquante la bouteille. Sur la façon d’exporter du pinot noir quand on n’en produit pas. Sur le cumul des mandats dans les instances professionnelles.

Tiens, ce dernier travers concerne au moins autant les présidents de grosses coopératives que les propriétaires de grands crus bordelais qui sont dans le collimateur de Mme Saporta. Le Vinobusiness, c’est aussi cela. C’est surtout cela, même, pour le Français moyen qui achète plus souvent un Corbières de coopé qu’un Premier Grand Cru Classé de Bordeaux.

A nos confrères de Terre de Vins, qui l’avaient interrogée en mars dernier (de manière un peu plus musclée que La Libre), Mme Saporta a laissé entendre qu’elle produirait ses carnets de notes au procès; qu’elle nommerait ses interlocuteurs. Qu’on pourra mieux se faire une idée de sa méthode de travail.

J’attendrai donc ce moment avant d’émettre un avis plus circonstancié.

Hervé Lalau

PS. Rien à voir avec ce qui précède, mais plutôt avec mon billet de la semaine dernière, à propos des parcellaires du Clos Triguedina. Pour vous annoncer que ce samedi, notre invitée polonaise Agnieszka Kumor évoquera elle aussi les vins de Cahors, dans une optique internationale, cette fois

52 réflexions sur “Isabelle Saporta et l’indépendance de la presse viticole

  1. Evidemment bien d’accord avec tes propos Hervé. Je n’ai pas lu son livre-pamphlet mais sa réponse est aussi ignorante que la question posée. La cause de l’entretien est sans doute le fait qu’elle sort un film sur ce sujet. Je ne sais pas si j’irai le voir, mais peut-être le devrai-je quand-même.

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    1. A. Chavain

      David,

      Vous n’avez rien perdu à ne pas lire ce bouquin. Je pense que vous ne perdrez rien non plus à ne pas regarder le film à paraître sur FR3. Mais comme nous sommes tous de grands curieux, d’aucuns seront sûrement devant leur poste de télévision…

      Par ailleurs, je m’indigne du fait qu’elle puisse s’autoproclamer journaliste d’investigation avec d’aussi pauvres recherches, en expliquant sur un ton accusateur (voir inquisiteur) des vérités générales pas franchement inconnues dans le métier, ni même pour les amateurs éclairés. C’est une hérésie, un simple un coup de pub.

      De plus, elle tape sur les mêmes têtes de la première à la dernière page, comme si le vin bordelais (et par extrapolation – dans sa vision – le vin tout court) tournait autour d’une seule dizaine de personnages, si influents qu’ils soient.

      Et je ne me permettrait pas de revenir sur le style, que dis-je, la plume de la journaliste. Quoique… Lire ce livre est simplement une perte de temps face à un vide sidéral, et je dis cela sans misogynie aucune.

      En outre, je suis totalement en phase avec les propos d’Hervé, en réaction à l’interview de nos amis belges. Tous les journalistes ne sont pas obligés d’aller faire des ronds de jambes pendant les primeurs sous peine de se voir fermer des portes. Heureusement d’ailleurs que ce métier peut garder son indépendance et sa justesse. En ce sens, il est vrai qu’on aurait aimé un peu plus d’engagement chez La Libre.

      Un billet pertinent en somme.

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  2. mauss

    « Mme Saporta répond: « C’est très difficile pour eux car s’ils disent que tel ou tel château n’est pas à la hauteur, ils sont bannis des châteaux; Or ils n’ont pas les moyens de s’acheter de telles bouteilles pour les juger en toute indépendance… Un grand critique qui est interdit de venir déguster au château pendant les primeurs est mort professionnellement ».

    Voilà bien la preuve d’un manque sérieux de travail de Madame Saporta car, comme journaliste d’investigation, elle devrait savoir que pendant plus de 17 ans, un organisme, le GJE a très régulièrement organisé des dégustations à l’aveugle, comparatives, avec des vins acquis, et où des « petits » étaient mis en confrontation avec des « grands ».

    Et, bien évidemment, le GJE n’est pas le seul critique à avoir travaillé de cette façon. Cette dame a un « agenda » politique. Point final.

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    1. Luc Charlier

      Le GJE dans son ensemble, n’est pas « un grand critique » mais un groupe de personnes. Beaucoup de ses membres ne sont ni critiques, ni journalistes, et il n’a pas vocation première à être « prescripteur » , ni un membre de la presse. Enfin, un grand nombre de ses membres jouissent d’une telle réputation personnelle (positive, cela va sans dire) qu’il serait impossible de les « black-lister ». Il était intéressant de souligner une fois encore comment « marche  » votre petit protégé, cher Monsieur Mauss, mais il ne peut être visé par ce que dit Mme Saporta. Je ne connais pas cette dame – ce qui ne la gêne sûrement pas – et non plus ses motifs, mais la levée de boucliers qu’elle déclenche dans le Landerneau viticole « chic » me la rend éminemment sympathique. A confirmer, bien sûr. Enfin, pour reprendre les évocations « berthomaliennes », elle se fait sonner les cloches par les canonières du Taillas et du Fongaband.

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  3. Bien relevé, Hervé. La position d’Isabelle sur la pseudo liberté des journalistes en matière de vins est une galéjade sans cesse relayée par une presse complaisante et culpabilisée au point que cela dérange ceux qui, comme nous, n’ont rien à foutre des primeurs sachant fort bien qu’il s’agit-là d’une mise en scène commerciale. Sans en tirer aucune gloriole, on peut aussi lire mon article sur la « Comédie des primeurs » paru en Mars 2010 ici même.

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  4. Michel Bayle

    Bravo Hervé Lalau, totalement solidaire avec vous. Je partage votre point de vue. Hélas, il y a beaucoup de buveurs d’étiquettes ! et maintenant des friqués qui investissent sur le vin, comme ils le font en bourse…. Ajoutez à cela des journalistes qui s’offrent à boire des vins que jamais ils n’achèterons car ils n’ont pas les moyens, ou qui réservent leur argent à d’autres fins. ce milieu frelaté de « journalistes du vin  » est généralisé parmis les journalistes de la presse auto: ceux qui font des essais de nouveaux modèles, et qui après font une « commentaire » écris ou parlé.
    Miquelet

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  5. Luc il ne suffit pas qu’elle te soit sympathique et défende des opinions qui te plaisent. Il faut qu’elle soit juste – d’autant qu’elle se présente comme journaliste d’investigation. Et pour ce qui est de l’opinion qu’elle a de la presse et de la critique viticole, elle fait des amalgames. Des amalgames qui me choquent car ils mettent en doute, collectivement, l’intégrité de ma petite corporation. Là dessus, je peux témoigner. Sur le reste, pas vraiment, mais si elle s’est trompée (et a trompé le lecteur) sur un point, comment lui faire absolument confiance sur tout le reste?
    Bon heureusement, hasard du calendrier, aujourd’hui sortent dans Match les « bonnes feuilles » du livre de Mlle Trierweiler.
    Le journalisme d’investigation poussé au maximum – une journaliste se déguise en première dame pour nous livrer les secrets intimes du couple présidentiel. Chapeau. Comme disait le regretté Dr Procto, « A part une sonde anale, je ne vois pas trop ce qu’on peut faire de mieux » .;-)))

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  6. Ah les gars, vous descendez dans les limbes !

    Plus sérieusement je suis en accord avec la position de Françous Mauss, comme avec celle d’Hervé. Et ce n’est pas juste une question du Grand Jury Européen. J’ai cessé de déguster les primeurs après le millésime 2005, car je ne voyais plus l’intérêt de ce système de vente, et, surtout, m’estimait incapable de me prononcer sur les qualités relatives de vins en cours d’elevage et dont je n’avais pas toujours l’assurance quant à la conformité de l’échantillon présenté au produit fini. En expliquant ma position directement à bon nombre d’acteurs/producteurs des vins de Bordeaux, tous ont compris ma position, généralement en privé. Et je n’ai jamais subi le moindre ostracisme, ni avant, no après, de la part des producteurs bordelais qui qu’ils soient, bien que mon opinion sur leur vins ne pèse pas bien lourd dans le monde du vin. Je crains que Mme Saporta, comme J. Nossiter, ne cherche qu’à faire sensation et ai attrapé, au passage une petite dose de paranoia.

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  7. Je souscris également totalement à votre texte Hervé. Dans le pamphlet de madame Saporta, j’ai toujours été ennuyé par la méthode et ai eu cette impression de monter en épingle certains détails pour en camoufler d’autres, le tout sous un ton virulent. Bref, on est bien dans le pamphlet.

    Merci de ce texte qui j’espère sera lu par certains de ses fans.

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  8. Nico Jeckelmann

    « Qu’il y ait d’autres types de plumitifs (pas toujours journalistes) pour lesquels un petit tour par les Primeurs soit vital, je peux le concevoir. »
    Je partage parfaitement votre propos et j’irais même plus loin en disant qu’une partie non négligeable des journalistes se comportent comme de simples plumitifs…. Sans parler du désastre journalistique de la blogosphère! Et pourtant il y a de plus en plus de bloggeurs invités aux primeurs, ce qui prouve que la médiatisation intéresse plus les grands domaines incriminés par Mme Saporta que la vraie critique journalistique.
    Mais soyez aussi conscient que vous êtes un peu à part et que vous n’avez pas à vous sentir visé par ces accusations. Et j’apprécie vraiment vos débats internes sur vos billets respectifs, souvent pertinents et intelligemment incisifs. Mais malheureusement ce n’est pas partout ainsi, car en Suisse par exemple, dans cette microsphère viticole, il y a une communauté blogo-journalistique qui copine et qui malheureusement rejette toute espèce de critique comme celles en vigueur ici.
    Et finalement je pense que votre public cible n’est pas le même que celui de Mme Saporta….

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  9. Denis Boireau

    @ Michel, c’est pas demain, c’est le le 15 septembre à 20h45 sur France 3 que passe le reportage d’Isabelle Saporta
    @ Herve: il y a plusieurs types de journalisme. Le reportage-pamphlet pour le grand public de Mme Saporta est tres bien dans son genre. Genre qui bien entendu favorise les raccourcis, les simplifications, les amalgames, etc. Mais au moins elle fait savoir au grand public la collusion entre quelques grands chateaux bordelais et le choix des appellations/crus qui deviennent meme des decrets! Moi ca ne m’amuse pas du tout que la loi Francaise puisse etre dictee au son des cloches de Bebert Deboire-Dubois. Et ca me rejouit franchement que quelqu’un aille le dire a la tele.

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  10. J’ai dû mal lire… une fois de plus ! Merci, Denis. Moi aussi ça me réjouit tout cela, mais ce serait bien que la dame ne mette pas tout le monde dans le même panier… Je suis allé aux primeurs qu’elle jouait encore (probablement) à la poupée et depuis, je boycotte !

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  11. Comme David, j’associe volontiers I. Saporta à J. Nossiter, tous deux ayant trouvé un créneau bien médiatique. On ne peut pas douter de l’intérêt de leur sujet mais c’est la forme qui est douteuse. A croire qu’ils confondent investigation avec sensations. Trop de pathos, trop de personnel, (un peu comme Trierweiler) il y a un public pour ça. C’est certain, ce n’est pas le même public pour nos joyeux 5duvin.

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    1. Mickael Kara

      « C’est certain, ce n’est pas le même public pour nos joyeux 5duvin. » Mouais, ça n’est peut-être pas le même public mais ce genre d’article fait bien plus de commentaires que ceux sur le vin en lui-même… Un peu comme les articles sur Trierweiler ou 200 personnes viennent commenter hypocritement pour dire que ça ne les intéresse pas…

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      1. Oui, M. Mickael,ça n’est pas faux. Et croyez bien que ça me désole car j’ai plus de plaisir à commenter les vins de Triguedina, comme la semaine dernière, qu’à me justifier devant un drôle de tribunal virtuel.

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  12. mauss

    @Luc Charlier

    Bien évidemment, Luc, je n’ai pas dit ni écrit que le GJE méritait un statut de « grand journaliste » pour la bonne raison qu’à part Bettane, Desseauve, Perrin, Victor de la Serna, Joël Payne, Enzo Vizzari, Maurange, Louis Havaux, Peter Moser, Burtschy, les autres membres sont des amateurs, des sommeliers, des producteurs, des négociants. Une bonne trentaine en tout.
    Ce que je voulais dire est simple : si Madame Saporta voulait faire un reportage correct sur le travail de la critique en général, et celle des primeurs bordelais en particulier, elle se devait de mentionner non seulement le GJE mais aussi les travaux remarquables d’analyse de Bertrand Le Guern. Mais cela aurait réduit un tantinet l’impact de ses positions – restons poli – « extrêmes ».

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    1. Luc Charlier

      Ma remarque n’était pas « à charge », mais bien à décharge. Comme certains le savent, parmi les « non journalistes » et même au niveau de ceux qui le sont, certains des membres du GJE entretiennent des relations de camaraderie avec moi (ça existe). Ce genre d’organisation n’était pas visée par Mme Saporta, c’est ce que je voulais dire. Et le sujet n’est pas de savoir s’il est important de juger « en primeurs » ou non. Moi, je suis allé UNE FOIS participer à cet exercice qui avait lieu au « cercle gaulois » à BXL et « I found it utterly preposterous ». Ce qui compte, et je l’ai vécu aussi, c’est que se fâcher avec un de ces messieurs, et certainement le petit sonneur de cloches, c’est se mettre à dos tous les autres. Enfin, tant qu’on est dans le ton iconoclaste, l’importance de la presse écrite « traditionnelle »; en tout cas dans le vin, ne cesse de chuter en tout état de cause. Je ne crois pas, même chez les Anglo-Saxons, qu’autant de gens que jadis fassent encore leur cave en fonction de ces prescripteurs. Le net a grignoté ce marché et c’est ce qui rend moroses et bougons les plumitifs: comment le rentabiliser, financièrement? On a tous connu ces satrapes ventripotents (ou parfois maigres d’ailleurs) qui « donnaient leur avis » avec pompe, très contents d’eux. Quel impact avaient-ils vraiment? Je veux dire, individuellement. C’est sûr qu’une « réputation », cela se fait sur l’ensemble des petites choses qu’on lit ou entend, je n’en disconviens pas.

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  13. mauss

    Plus que d’accord avec toi sur la perte réelle de pouvoir de la presse classique « vins ». Je doute que d’ici 3 à 5 ans, on trouve autant de Guides papier dont la rentabilité actuelle (quand on connaît les vrais chiffres) est en chute sensible.
    La multiplication des sources d’informations, la perte de prestige de bien des journalistes pris à partie ici ou là sur le net, les réelles difficultés pour ces journalistes d’accéder à tous les vins – notamment les rares et chers – font que ce travail tourne à l’apostolat non rémunéré correctement.
    Seuls les USA ont cette faculté de financer des journalistes via le paiement d’une contribution annuelle à un site payant.
    Certes, il faut une bonne signature. Confer le succès d’Antonio Galloni.

    En fait, il y aurait une solution :

    a : associer les bons, chacun en charge de régions spécifiques, dans un site payant du style € 100 par an
    b : mais à une condition indispensable : qu’il soit aussi en anglais.

    Et là, on peut parfaitement imaginer la venue de nouveaux lecteurs, acceptant de payer pour accès à un tel site.

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    1. Luc Charlier

      Qu’est-ce qu’un « bon » journaliste? Est-ce internationalisable?
      Quand je dis, sans provoc’ de ma part, que les « meilleurs » vins blancs au monde (secs ou moelleux) se trouvent en Allemagne, il n’y a pas un seul Français qui me prend au sérieux. Quand j’affirme que les meilleurs muscats sont Portugais … idem. Quand je suggère que le premier pays du vin rouge au monde, c’est l’Italie (volume, diversité, qualité …): idem. Si je rajoute qu’il n’y a pas un seul VDN de l’hexagone (j’en produis) qui puisse rivaliser avec les meilleurs portos (en rouge) ni les meilleurs Madère, Marsala … pour les ambrés, idem. Il n’y a pas un seul Vin Jaune qui vaille les vins oxydatifs andalous etc … Bien sûr, ceci traduit/trahit aussi MES biais. Mais chacun voit midi à sa porte. j’ai entendu un jour Mme de Lencquesaing dire au réprésentant du Dom. Parent, à propos de son meilleur Pommard: « Comme c’est curieux, Monsieur, c’est vraiment bon, ce vin. » , et ensuite lui demander: « Quel en est le cépage? ». Et je ne crois pas que c’était une vacherie de vieille rosse. Le « monde du vin » est archi-segmenté.
      André Ostertag – beaucoup d’estime pour lui de ma part – m’a déclaré: « tu as vraiment des goûts bizarres, mais ils sont reproductibles et tu décris bien ». j’ai des goûts bizarres, moi ?
      Sinon, le rêve de petits vignerons comme moi, qui ne sommes pas capables / ne voulons pas / ne tentons pas d’attirer une multitude de « prescripteurs » serait évidemment un « gros machin central » pour se faire connaître. Mais « l’agro-alimentaire  » du vin ne le souhaite évidemment pas. Son seul atout, c’est justement son carnet d’affidés et d’obligés. Et il faut avouer qu’ils y travaillent depuis des siècles. Prenons un exemple très typé: Sociando-Mallet. N’importe quel vrai « amateur » (même si c’est un « pro ») vous dira, sur les 30 derniers millésimes, qu’il s’agit-là sans doute d’un des meilleurs vins de tout le bordelais. Maisl il ne figuerera jamais dans la cour des « grands » et ne sera jamais dans le palmarès des guides un peu prout-prout. Si par contre un « organisme critique central » voyait le jour, il a fort à parier qu’il damnerait le pion à plus d’un, y compris ceux du blason rouge, de la petite cloche ding-ding, de symphonistes des crus etc …

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  14. Et quand Parker, qui n’est pas journaliste, écrit le mot magique « Magnifique » accompagné d’un chiffre bien rond qui sonne comme un coup de canon, la note « 100 », le double-magnum de Ducru Beaucaillou 2009 qui vient de sortir sur Millésima peut afficher le prix (HT, s’il vous plaît) pas très rond de 1.990 euros avec ou sans livraison (je n’ai pas pris la peine de vérifier).
    Bien sûr que tout cela est affaire de fric mon cher François… Moi, pour le prix du double magnum en question, je suis prêt à apporter mon maigre savoir sur ce site dans lequel je serais même prêt (je dis bien « serais ») à investir à condition qu’il soit aussi en Anglais et, pourquoi pas, en Espagnol. Mais pour faire le bon site dont tu rêves, François, faudrait déjà embaucher une bonne trentaine de professionnels à travers le monde, en plus d’avoir les plumes de Perrin, Bettane et consorts…
    Sûr, c’est l’avenir.
    Titre : Wine Influences

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  15. Bonjour
    je ne veux pas remuer le couteau dans la plaie; mais au moins grâce à Mme saporta – même si peut être l’investigation a été maladroite selon certain- elle a secoué le cocotier et dénoncé des abus…et cela a fait mouche. Là dessus on ne peut rien lui reprocher.
    Jc botte de vinpur.com

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    1. Certes, il est sain de ruer dans les brancards, de secouer le cocotier. Mais quant à prétendre qu’elle serait la première à le faire, et à laisser entendre que les autres journalistes participent tous à une sorte de conspiration du silence, par intérêt plus ou moins masqué, non, je ne pouvais pas le laisser dire.

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  16. mauss

    Luc : tu me vexes un max :-)))

    De bonnes et saines lectures te montreraient à quel point bien des amateurs français adorent les grands vins italiens et n’ont pas peur de dire l’excellence des immenses rieslings allemands.

    Hervé a raison : OK pour ruer dans les cocotiers, mais il y a un style noble pour le faire et un style facile, assez pâquerettes.

    Bon, attendons le film pour sortir les gâteaux et/ou les couteaux 🙂

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    1. Luc Charlier

      Il n’y a pas à être vexé et rien de ce que je dis ne va dans ce sens. Qu’un Grand Ducal ait une vision plus large que M. Durand avec son béret basque et sa baguette est normal. Je suis sûr que le commun des amateurs de bardolino ne sait pas qu’il existe de bons vins en dehors de le Vénétie. Et l’Australien de Perth ne jure que par les vins de la côte ouest de l’Australie. Et l’Autrichien de la Kampstal pareil. Après, les « fondus » de vin existent dans tous les pays mais ils sont une infime minorité. Et ceux qui sont arrivés, après des siècles de marketing, à asseoir une réputation internationale, feront tout ce qu’il peuvent pour que rien ne change. Quand le fils de Clemens Busch est venu présenter ses vins à Perpignan, à la demande de Gilles Trouillet (l’homme de Chapoutier en Côtes du Roussillon), il y avait tout juste une poignée d’amateurs et/ou de curieux. Et ils ont été subjugués (bien sûr). Mais ventes par après : zéro. Même en Belgique – on peut considérer que ce pays n’est pas producteur, par simplification – la vente des vins allemands est confidentielle, et encore, elle repose sur Jacob Gehrard etc ! Disant cela, je m’attends à ce que le responsable de Bleuzé, ou l’importateur d’E Müller, réagisse. Mais le volume qu’ils écoulent est minuscule, et au prix d’efforts énormes … qui les honorent d’ailleurs. Voilà mon propos: il existe dans chaque pays une « hiérarchie » des valeurs et elle n’est que difficilement transposable. Seul le négoce bordelais a réussi à sortir de ce carcan régional, sur une grande échelle (et le champ’, bien entendu). Les ventes réalisées par les autres « vedettes » sont insignifiantes à côté (Chianti Classico, Brunello, Ribera del Duero, Rioja, Priorat, Napa Valley … quelques autres encore).

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  17. mauss

    Luc : j’insiste sur les vins allemands : on a reçu à Paris Monsieur Dönnhoff au Laurent où il a présenté ses vins, et le 30 du mois, on a Egon Müller qui sera des nôtres. Si ça, ce n’est pas un bon exemple … 🙂

    Et Loosen est prévu l’an prochain, et Wassmer, et le fils Huber : on ne va pas tarder à me traiter de teutonique !

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  18. Luc Charlier

    On ne se comprend pas – sans doute est-ce car j’explique mal. Il est évident que des connaisseurs font le nécessaire (Carl von Schubert était venu présenter ses vins à mon cours du Ceria en … 1994 ou 95 déjà) mais le public français n’est pas convertible, notamment car « d’autres » y mettent tous les freins qu’il faut. M. Dupont est tellement convaincu que « son » BBM ou son Haut-Brion blanc ou son Baron de L est supérieur à tout le reste qu’il ne goûte pas, même s’il goûte! Et même au sein de l’Hexagone: ils peuvent garder tous les Yquem du monde (ou Suduiraut, ou Climens ….) s’ils me donnent un Chaume, un Bonnezeaux, un Cauhapé (ou autre Béarnais), un gewürz du Furstentum … C’est cela que j’essaie de dire.
    Un Deutscher Ritter, je ne sais pas, mais un … chevalier dans l’Ordre du Mérite Agricole, sans doute !
    La Pape, combien de divisions? et Jost Prüm, combien de cartons, ou encore Willy Haag ?

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  19. mauss

    Mais si, Luc, on se comprend car on parle la même langue.
    Cette année, à Villa d’Este, on aura une dégustation « botrytis » :

    – Szepsy
    – Egon Müller
    – Kracher
    – Lur Saluces

    Si c’est pas de l’ouverture européenne…

    On en parlera…

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  20. Luc Charlier

    En parlant d’ouverture, je me suis mis entre les oreilles avant-hier les 2 CD’s des Quatre Ouvertures (= suites pour orchestre) de JSB dans l’interprétation du Concert des Nations ennregistrées à l’Arsenal de Metz (Jordi Savall). Lumière tamisée, sonnerie du téléphone coupée, insuline injectée, esprit serein. Râââ, wunderschön.

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  21. Bel exemple d’entre-soi… Voir les chiffres du dernier sondage… Je me gondole grave… Pour le reste surtout le GJE et la Villa d’este je m’abstiens je ne suis pas Valérie T 🙂

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  22. Le jour ou Mme Saporta dira que tous les fonctionnaires sont inféodés, qu’aucun n’ose ouvrir sa gueule de peur de perdre ses points de retraite, que diras-tu Jacques?
    Excuse moi, mais là, tu te plantes.

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    1. n’importe quoi vraiment c’est du poujadisme pur : certains ouvrent leur gueule et ça ne change rien à leur retraite. Pas besoin de s’excuser c’est bien là le drame, le vôtre pas le mien… qui d’ailleurs n’a jamais été fonctionnaire de sa vie durant… confortez-vous si ça vous fait plaisir moi ça ne me dérange pas mais les résultats sont là

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  23. Désolé Michel, j’ai corrigé.

    A Jacques.
    Tu fais dans la parano ou quoi? Je ne fais pas de poujadisme, je n’attaque en rien les fonctionnaires, je dis seulement que si elle disait ça, si elle faisait ce genre d’amalgame pour ton métier, ça t’énerverait au moins autant que moi de lire ce qu’elle dit sur les journalistes, qu’elle met tous dans le même sac.

    On a bien sûr le droit de ne pas être d’accord, mais les noms d’oiseau, non!

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    1. Chez les fonctionnaires il y a ceux qu’on dit hauts et les autres , chez les critiques de vin il y a les visibles et les invisibles, c’est tout j’ai suffisamment pratiqué les 5 du Vin à l’origine pour m’être fait une idée des uns et des autres. D’ailleurs je n’encombre guère les commentaires. Allez porte toi bien Hervé moi je suis au top…

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  24. Jacques, invisible ou trop voyant, j’avoue ne pas bien comprendre vu que tu es assez évasif. Nous sommes amis, du moins je le crois, donc explique nous clairement et non par allusions peu compréhensibles.
    Reprenons depuis le début : tu reproches quoi au juste ? Tu en as après Hervé ? Après son article sur Isabelle ? Après les commentaires que cela a déclenché ? Après François Mauss ? Après Valérie T ?

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  25. Luc Charlier

    C’est vrai que certains des TBA de feu Aloïs manquaient parfois d’un peu de « peps »: la faute aux sables de ce foutu lac, sans doute. Ma remarque était un sarcasme de plus – goût personnel – à l’égard des moelleux aquitains, pas ma tasse de thé, ni la morgue de ceux qui les ont promus. Quant au croisement du bon Dr Scheu et ses faux-goûts de caoutchouc, moi, je n’en raffole d’ordinaire pas, Laurent. Il est vrai que la pourriture gomme souvent ce genre d’arômes.

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  26. Je n’en finis pas de découvrir les opinions d’Isabelle Saporta, sa conception du journalisme engagé, forcément engagé…
    Extrait de Rue 89:
    Question: « Certains vous reprochent votre manque de neutralité ».
    Réponse d’Isabelle Saporta: « Je pars toujours d’une page blanche. Et je vais sur le terrain. Et j’y passe beaucoup, beaucoup de temps. Je travaille, je compile les données, je rencontre énormément d’interlocuteurs. J’arrive ainsi à pénétrer dans des milieux très fermés, dont je prends le temps de décrypter les rouages, de mettre au jour les systèmes…
    Bien entendu, ça ne fait pas plaisir à ceux dont je dévoile les pratiques douteuses… Mais mon job n’est pas de faire plaisir, il est d’informer. Certains journalistes, surtout dans ces petits mondes où il fait si bon vivre, ont oublié qu’ils étaient détenteurs d’une carte de presse et qu’ils se devaient à un minimum de déontologie. Heureusement la nouvelle garde est en marche, et dans l’ancienne garde, il y a quelques résistants au cuir bien dur ! Je m’en réjouis. »

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  27. Eh bien dans ce cas précis, la Saporta n’a pas tout à fait tort, Hervé. Déontologie ou pas, autant je suis d’accord avec toi lorsqu’elle met tout le monde dans le même panier, autant je l’approuve lorsqu’elle parle de « certains » journalistes et de « petit monde où il fait bon vivre ». J’en connais bon nombre qui, détenteurs d’une Carte de Presse ou pas, blogueurs ou gratte-papiers, profitent et abusent allègrement du système en vogue chez les critiques gastropinardiers. Et c’est valable dans d’autres secteurs spécialisés de la presse. Quant à être serviles, peureux, couchés ou vendus, il faut bien admettre que certains le sont ou l’ont été. Je dis bien « certains ».
    Le problème, lorsque l’on est sur ce terrain, c’est qu’il faudrait citer les contre exemples pour bien montrer que TOUTE la presse, comme TOUS les politiciens, ou TOUTE la police ne sont pas pourris…

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  28. On est bien d’accord.
    N’empêche que voila quelqu’un qui brandit l’étendard de la déontologie et qui se prend les pieds dans les plis de l’amalgame (putain, que c’est beau! ;-))).

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  29. Ping : Isabelle Saporta, journaliste et engagée – Les 5 du Vin

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