Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

Rentrée, clichés, champagnes et instantanés

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Tandis que l’Europe vendange à tire-larigot, la rentrée est la cause de pas mal de remue-méninges de la part de nos chères copines attachées de presse pinardières en étroite liaison avec ce qu’il peut rester de bon dans le gratin journalistique. Il faut dire que les rituels médiatiques que nous impose sa très suffisante Majesté la « Consommation » (avec un grand C pour connerie), poussent nos donzelles pomponnées – certes, il y a aussi quelques messieurs – à rivaliser d’intelligence, histoire d’appâter le journalise et (ou) le blogueur, lesquels, comme chacun sait, se laissent facilement prendre par les sentiments vu qu’ils manquent singulièrement d’idées sachant qu’ils ont fait tout plein d’études savantes et que, à part les marronniers… Bon, passons. À ce propos, je remarque que de plus en plus les journalistes spécialisés en vins, consommation, tourisme, automobile ou autre élément important de notre vie quotidienne, se contentent de reproduire, on pourrait dire de recopier, le dossier de presse qu’ils viennent de recevoir. Quoiqu’il y ait des exceptions, avec de vraies plumes. Oui, vous le voyez, je suis plus qu’optimiste quant à l’avenir de notre chère profession.

Photo©MichelSmith

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Rien de nouveau me direz-vous, hormis le 11 Septembre qui est (aussi) le jour des indépendantistes Catalans, alors pourquoi s’attarder ? Et pourquoi s’alarmer ? Pourquoi crier haro sur le baudet comme on disait jadis dans feu la Gazette du Poitou qui se lisait du côté de Loudun (Vienne) au temps où je démarrais dans la Presse ? Ben oui, pourquoi ? Eh bien tout bonnement parce que la communication vineuse, à force d’ânonner ses thèmes éculés (qualité de notre vin au « top », louanges en provenance de tous les guides, poncifs habituels sur le terroir « béni des dieux », succès indéniable à l’international, dynamisme de l’équipe dirigeante, perspicacité des propriétaires, j’en passe et des meilleurs), quand elle arrive malgré tout à passer, c’est-à-dire à déclencher ne serait-ce qu’un rictus chez le journaliste avachi, cela se traduit le plus souvent par la déception qui conduit tout droit à un immense précipice, une vacuité désespérante.

Photo©MichelSmith

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Résultat, depuis  que je suis dans le vin, les invitations pleuvent au même rythme pour des grandes bouffes toutes ou presque localisées à Paris, bien entendu, pour des déjeuners huppées ou pas dans des restaurants plus ou moins branchés. C’est sûr, l’imagination n’est plus au pouvoir. En d’autres capitales, Londres, Bruxelles, Madrid, Rome probablement, la presse du vin doit elle aussi être très sollicitée et peut-être l’est-elle de la même manière. On s’étonne après que le vin ne bouge pas, qu’il reste figé sur ses codes, ses traditions. Signe de la dureté de l’époque, le temps béni où l’on vous proposait royalement le billet de train (ou d’avion) pour venir vous rincer l’œil et la bouche aux frais de la princesse est désormais révolu, du moins pour des petits loulous comme moi. Autre constat significatif, c’est le (ou la) Champagne qui se montre le plus actif dans la communication aussi inutile que coûteuse, suivi dans l’ordre par le Bordelais, la Bourgogne, le Rhône et l’Alsace.

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Mais pourquoi les maisons de Reims ou d’ailleurs se cassent-elles encore tant la tête à nous présenter chaque année un sempiternel « nouvel habillage » encore plus ringard que celui de l’an dernier pour vendre leur cuvée « cucul la praline », un « nouveau design » encore plus moderne de leur boîte en métal, un « pack », une cuvée « premium », un « coffret » encore plus révolutionnaire dans lequel, ô surprise, on aura glissé un gadget encore plus inutile que celui de l’année d’avant ? Vous voulez savoir ? Parce que tout simplement les revues professionnelles ou pas, comme les magazines spécialisés ou non, les quotidiens à la ramasse ou à la dérive, ou les blogs les plus minimalistes, manquent d’imagination.

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Pourquoi encore ? Eh bien, parce qu’après avoir essuyé les plâtres lors de leur quinzaine de Septembre consacrée depuis des lustres aux « foires aux vins » où, avec quelques sommeliers stars, ils vont s’en mettre plein les fouilles en publicités de la GD, tous s’apprêtent à faire un nouveau banco digne du casino de la Principauté avec, je vous le donne en mille, « les champagnes de fêtes », « les bulles de Noël » si vous préférez. Eh oui, chaque année la même rengaine et les mêmes clichés reviennent à coups de pages de pub en Décembre pour causes de gueuletons bien arrosés. Deux périodes de l’année – Les Foires au Vins et les Bulles de Fêtes – où notre « grande presse » daigne nous causer pinard… Pour les services de presse, cette double occase est une aubaine qui ne se loupe sous aucun prétexte d’autant que, sans ces numéros spéciaux, les agences de ces messieurs-dames ne pourraient pas tenir.

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Sinon, la rentrée c’est aussi le moment de faire le bilan. Sur le prix des terres à vignes, par exemple, comme le détaille l’excellent site du quotidien belge Le Soir, ou sur un film qui suscite bien des commentaires, notamment dans un autre excellent site, celui du Point. Non, je ne pourrai pas me rendre à la Table des Vendanges de Phélan Ségur, encore moins hélas au déjeuner du Champagne Boizel, mais je serai à l’écoute le 19 Septembre du Syndicat des Crus Bourgeois du Médoc qui révélera la liste officielle des châteaux sélectionnés pour le millésime 2012. Et pendant ce temps, j’apprends que les vignobles André Lurton viennent de nommer une nouvelle ambassadrice de charme, qu’Isabelle Brunet réintègre Monvinic à Barcelone, et que mes deux potes Jérémie, l’un dans le Muscadet, l’autre en Vendée, ont démarré leurs vendanges dans la bonne humeur.

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Enfin, une bonne nouvelle sous forme de cocorico pour les gars et les filles de chez moi : les vins du Languedoc-Roussillon gagnent non seulement du terrain à l’export (en Asie surtout), mais ils se vendent de plus en plus chers. Grâce au travail de Sud de France Développement. Un peu aussi grâce au travail de quelques journalistes, non ?

Michel Smith

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

3 réflexions sur “Rentrée, clichés, champagnes et instantanés

  1. Jolie pirouette que la fin de ta chronique. Difficile de commencer en critiquant l’acharnement des attachés de presse et de finir sur la responsabilité des journalistes dans la notoriété des vins. Oui, les journalistes contribuent à la réputation des vins qu’ils soient professionnels ou recopieurs de dossier de presse. C’est une évidence qui pousse les attachés de presse à chercher tous les prétextes pour les faire venir. Et hop on recommence un petit tour, 🙂

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  2. Eric Boschman, hyper-sommelier de Carrefour Belgique…

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