Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

Clos Vougeot, un mythe… surfait

28 Commentaires

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Le Clos de Vougeot (Photo Nyco)

On s’était à l’avance pourléché les babines à l’idée de déguster quelques Clos Vougeot Grand Cru –  ce n’est pas tous les jours!

Les vins issus des 50 ha 11 a 95 ca en production se vendent comme des petits pains, aussi le Clos n’a guère la nécessité de communiquer: « y en a pas assez, ma bonne dame ». Mais comme les petits pains ou le pain tout court d’ailleurs, la qualité n’est plus ce qu’elle était. Une bonne proportion des échantillons se sont avérés en-dessous de tout, manquant tour à tour de structure, de maturité ou de fruit, fluets, acides au possible, verts, astringents…
Bref, une désillusion totale ! Et également, vu le prix, un vrai scandale !

En effet, le prix moyen des bouteilles vendues avoisine les 100€, souvent plus, rarement moins.
On pensait sortir plus d’une page dans le prochain IVV (c’est l’excellentissime revue qui organisait la dégu), mais une page suffira à décrire les 4 malheureux flacons qui nous ont offerts ce petit orgasme gustatif qu’on est en droit d’attendre d’une telle appellation. N’en déplaise aux moines de Cîteaux qui établirent le clos en 1110. Et aux plus de 2 siècles d’efforts qu’il a fallu pour qu’il adopte sa forme actuelle.

Exposé Est et Sud-Est à une altitude de 250 mètres, il plante ses Pinots Noirs dans un sol peu profond (environ 40 cm) composé d’éclats calcaire à faible matrice argileuse sur dalle calcaire du Bajocien. Sa renommée rend ses vins presque intouchables – à tort, parfois, on vient de le voir. Mais voici donc les quatre vins qui valent, sinon leur prix, du moins leur renommée…

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Le très accessible

Clos de Vougeot Grand Cru 2012 Domaine Faiveley

Grenat clair, sa robe surprend, mais l’habit ne fait pas le moine et le premier nez déjà envoûte par son élégance fruitée. Liqueur de griotte au poivre, framboise mâtinée de sureau, biscuit beurré nappé de gelée de groseille, tout appelle la gourmandise. La bouche suit le même mouvement, ajoutant quelques épices, la nuance grillée témoin de l’élevage. Les tanins se tissent en toile fine et soyeuse au toucher frais et gracieux. Son caractère amène le rende agréable dès la première gorgée.

La vendange en macération préfermentaire avant vinification pour partie en cuves tronconiques en bois. Cuvaison de 3 semaines. Élevage en fûts de chêne dont la proportion de 2/3 de fûts neufs varie selon les millésimes.

Superficie du Domaine Faiveley : 1 ha 28 a 69 ca
Production annuelle moyenne : 5 900 bouteilles
http://www.domaine-faiveley.com

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L’élégant gourmand 

Le Grand Maupertui 2012 Clos-Vougeot Grand Cru Domaine Anne Gros

Sa jolie couleur grenat pourpre flatte l’œil et stimule le nez. Ce dernier n’est pas déçu, la chair de cerise noire éclate presque violemment, l’explosion révèle dans le même instant des fragrances de cacao et d’écorce d’orange, puis fusent encore le cassis et la framboise, le tout bien poivré. La bouche croque de fruit et l’étoffe tanique ressemble à un boutis maculé de jus suave, cousu de baies affriolantes, ourlé d’épices douces. Un vrai régal fruité dont la fraîcheur allonge le plaisir sans fin.

Au domaine la vinification reste traditionnelle et se fait en cuves ciments à revêtement époxy pour les rouges. Les températures maîtrisées s’adaptent en fonction de l’état sanitaire et du type de millésime. Les cuvaisons durent de 12 à 15 jours. Élevage de 16 mois dont 80 % de fûts.
Parcelle d’un seul tenant de 93 ares. Année de plantation 1905 (la régularité des repiquages donne en réalité une moyenne d’âge de la parcelle d’environ 60 ans).
http://www.anne-gros.com

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L’austère au cœur tendre

Clos Vougeot Grand Cru 2011 Louis Max

Rubis brillant, il respire la chair de cerise et de burlat saupoudrée de poivre noir. Un nez qui inspire la bouche et l’incite à y plonger les lèvres sans plus tarder. Ce sont alors chapelets de fruits rouges qui déboulent en rangs serrés apportant autant de griotte, de cerise que de groseille et de framboise. Les baies s’égratignent sur la soie sauvage des tanins et donne à la fois relief et dynamique à l’architecture bachique.
http://www.louismax.com

Clos Vougeot Gerbet
Le malicieux

Clos Vougeot Grand Cru 2011 Domaine François Gerbet

Rubis pourpre, il se poivre le nez avec espièglerie. Il ne renie pas son cépage. Bien typé Pinot Noir, il sent la griotte et le burlat, la groseille et l’airelle, les baies couchées sur un lit d’aiguilles de pin. En bouche, le caractère fruité fait le forcing et se jette dans le palais avec entêtement. Légèrement hérissés, les tanins enveloppent de leur soie sauvage l’élan gourmand. Quelques épices terminent le mouvement. Un vin de plaisir coquin, à la fraîcheur taquine.

Macération préfermentaire à froid de 4 à 5 jours en cuves. Fermentation de plusieurs jours avec pigeages. Élevage de 18 mois.

Exploité par Marie Andrée et Chantal Gerbet, le domaine a été fondé en 1947 par François François Gerbet, originaire des Pyrénées.
http://www.vins-gerbet.com

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Clos-Vougeot, une appellation sûre d’elle

Considéré de tous temps comme l’un des plus grands vins de Bourgogne, et témoin du passé cistercien de la région, le Clos de Vougeot est aussi un exemple type de l’organisation bourguignonne. Il résume à lui seul toutes les complexités de la Bourgogne viticole, toutes ses subtilités aussi. Propriété exclusive des moines pendant six siècles, il est aujourd’hui dans les mains de plus de 80 propriétaires réunis au sein d’un syndicat de défense « qui sert aujourd’hui de modèle aux autres appellations ».
Bof, c’est pas gagné…

Ciao

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Marco

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

28 réflexions sur “Clos Vougeot, un mythe… surfait

  1. Marc, en un mot comme en cent, bravo. J’étais là, et tu résumes parfaitement mon sentiment, la désillusion qui fut la nôtre.
    A ce prix-là, on s’attend à du bon, à du grand, même, et on ne l’a eu qu’une fois sur trois. Pire, nous avons eu de mauvais vins.
    Je me dis souvent que notre rôle est de parler des vins qu’on pourrait conseiller à un ami. Manifestement, ce n’était pas le cas des Clos de Vougeot qu’on a bus, sauf exceptions. Cela n’est pas acceptable.
    J’aimerai bien savoir ce que Jim, David et Michel en pensent. Et nos amis lecteurs, qui, à ce que je peux en juger, ne sont pas des buveurs d’étiquettes.

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  2. Je n’y étais pas et ne peut donc pas me prononcer sur ces vins, mais je fais confiance aux avis de mes collègues. La dernière fois que j’ai dégusté des vins du Clos Vougeot, j’ai le souvenir d’avoir trouvé le vin d’Anne Gros superbe, mais ce fut il y a quelques années. En tout cas, cela fait longtemps que je trouve beaucoup (la majorité) des vins de Bourdogne bien trop chers pour leur qualité (très variable).

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  3. Désolé, j’ai oublié de signer le commentaire précédent. David Cobbold

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  4. Qu’il y ait sa floppée de vins indignes de la qualité d’un GC dans le Clos, ce n’est pas une surprise, la partie proche de la nationale n’est pas réputée pour faire « du bon », et la tarification de certains producteurs sérieux en possédant l’atteste un peu (à peine plus cher que des Suchots pour certains, bien moins cher que d’autres Grands crus, même si les tarifs restent prohibitifs). Mais il y a moyen de bien mieux bichonner les vignes et le traitement qu’on donne aux raisins pour au moins arriver à un vin « bon à très bon » à défaut de grand. Je suis attristé du peu de considération que l’on fait à l’amateur en proposant des bouteilles indignes, alors que ces derniers doivent parfois se saigner pour acquérir ce qui devrait être un fleuron bourguignon.

    Merci pour ce salutaire article,

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    • Qu’ils aillent un peu plus au sud : Ladoix, Savigny, Chorey, Pernand, Pommard, Volnay, Auxey… et même Meursault où il y a des rouges… 😉 Pour le même prix ils auront 2 à 4 bouteilles !

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      • Aaah le Meursault Clos des Mouches de chez Germain. J’en suis fou. Mais je ne suis pas adepte de la technique du remplacement automatique par « plus au sud c’est moins cher », sinon nous terminerions tous en Côte Chalonnaise. (voire en Beaujolais, ce qui serait salutaire pour beaucoup d’amateurs, tant les pépites sont bon marché, mais on s’éloigne du sujet)

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      • Bonne remarque, Jehan.
        J’ai quand même dégusté de très beaux Chardonnays en Beaujolais, et en Mâconnais – chez Vessigaud, par exemple, en Pouilly-Fuissé. La Côté Chalonnaise – Montagny, notamment, m’a souvent emballé – on y retrouve souvent la fraîcheur, la tension de Chablis, avec un côté plus enrobé du fruit.
        Ce qui n’enlève rien à Meursault ou à Puligny, mais effectivement, on est généralement dans une autre gamme de prix.
        J’ai aussi une très bon souvenir du Bourgogne « simple’ de Javillier, issu de vignes de Meursault, mais un peu hors de l’aire, d’où un excellent rapport qualité prix. Hmm, ça me donne envie d’y retourner…

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      • Plus au Sud, Michel? A Limoux, tu veux dire…

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  5. Quand les vins atteignent de tels prix et quand onsait à quel point bien des amateurs étrangers et même français se fient bien trop au nom, à la réputation historique de l’AOC, il ne faut pas hésiter, comme ici d’exprimer son courroux.
    J’irai même plus loin : ne jamais hésiter lors de telles dégustations (à faire si possible à l’aveugle) d’y mettre quelques pirates, du style de simples villages de grands faiseurs comme Duband, Mortet ou Jean-Michel Guillon et tant d’autres qui font des vins d’anthologie. Et, histoire de les faire connaître, un ou deux crus allemands comme ceux de Huber, Wassmer.
    Plus que jamais en Bourgogne, le nom du Domaine doit être « le » critère de choix.
    Enfin, et cette dégustation le dit, il y a sur Clos de Vougeot d’excellents producteurs qui sont bien au niveau « grand cru ».
    Bravo pour l’honnêteté et le ton de ce papier.

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    • Merci Monsieur Mauss, le souci en Bourgogne c’est de connaître Le bon domaine qui offre pour le prix une qualité sans reproche et surtout qui nous fait vibrer. Mais il faut être presque initié pour savoir où aller.
      Marco

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      • En Bourgogne, la recherche du Graal est toujours de mise, alors lorsqu’on trouve le producteur qui vous comble sans vous dévaliser, on se garde la bonne adresse sous le manteau, la cédant parfois à ceux qui le méritent. Cela existe et la preuve : le Hautes Côtes de Nuits « Clos des Fervelots » 2011 du Domaine de la Douaix à Arcenant et sans aucun chauvinisme, signalons que le vigneron est est belge (Mark MOUSTIE). Ses rendements son de l’ordre de 25hl/ha et le vin se vend sous la barre des 20,00 euros TTC (prix public) en Belgique chez les bons cavistes.
        Bon, ne dites-pas que je vous l’ai dit…

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    • Voilà comment je me fais plaisir avec de grands bourgognes… mais à petites doses ! https://les5duvin.wordpress.com/2014/06/26/lhumeur-burgonde/

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  6. L’information serait plus complète avec les noms des autres vins, dans ce cas.

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    • Certes André, mais je me refuse à descendre un ou plusieurs domaines en particuliers, ce papier sert d’avertissement, pas de règlement de compte. La Bourgogne est un terrain compliqué qu’il faut déminer et cela ne se fera pas en un article.
      Passe une bonne journée à l’ombre des caribous.
      Marco

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    • Certains domaines ne seront pas trop difficiles à deviner je pense, il « suffit » de penser qui met souvent ses vins à la dégustations. Et ne pas donner de nom permet d’éviter de se faire pourrir l’article par des accusations de désamour par rapport à tel ou tel producteur.

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  7. En ce qui me concerne, oui, Michel. Je reviens du Languedoc et je me suis appliqué la même règle.
    A propos, une adresse pour toi si tu as le temps: Domaine d’Argentiès à Lagrasse. Vin de France (pas l’assemblage recommandé en Corbières, bien qu’ils soient en plein dedans). Si tu y vas, donnes-moi ton avis.

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  8. Pas assez pour moi : je veux du pur !

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  9. J’avais oublié que Jim descendait la Loire à vélo au profit du Teenage Cancer Trust. Il a donc une bonne excuse pour ne pas se prononcer…

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  10. Ohé, les petits mecs. Vous n’y étiez pas encore, ou alors tout jeunots. Moi, le VC qui vous parle, garde le souvenir de LA PLUS MAUVAISE dégustation jamais faite au comite d’IVV en 10 ans de participation: il s’agissait du CLOS VOUGEOT, déjà. C’était sur le millésime 1987, un « pas bon », j’en conviens. On avait reçu 24 échantillons (de tête, mais c’est de cet ordre de grandeur-là)) et quelques « bonnes maisons » étaient du nombre. Scandaleux. Et qu’on ne vienne pas me dire – comme le répète mon ami Denis Boireau – que c’est parce que les meilleurs vendent tout à la cave et qu’il n’ont pas besoin de pub. Même s’il a raison que beaucoup de bons vins bourguignons – j’en raffole, de ceux-là, comme lui – n’ont pas besoin d’autres débouchés que le caveau au village, ce n’est pas une raison pour l’appellation en général de présenter une image aussi nulle.

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  11. Luc, je le repete: le Clos-Vougeot est l’exemple typique ou une degustation sur appel d’echantillons ne peut mener qu’a une catastrophe. Mais ca s’applique aussi a tous les GC de Bourgogne, et presques toutes les AOC de Bourgogne et d’autres vignobles renommes, ou 50 a 90% des vins ne sont pas au niveau de la notoriete de l’appellation.
    Tout le monde sait que les bons dans le Clos se comptent sur les doigts d’une main. Meme les 4 cites plus haut presentent un rapport qualite-prix que je trouve inacceptable.
    Les bons n’enverront jamais d’echantillons – si on entend par bons ceux qui font du bon vin sans prix decorrele du cout de production.
    Un vrai travail d’information sur le Clos-Vougeot consisterait a lister tous les producteurs et a tous les noter. Si possible avec quelques bons Cotes-de-Nuits-Villages ou Vosnes-Villages dans le meme classement pour remettre les choses en perspective. Et avec les prix!
    Ou plus simple, comme Le Rouge et Le Blanc: on note les bons et on liste les ‘non-retenus’, tous, sans exception.
    Sinon ca ne sert a rien de descendre l’appellation en general. Pour info je paye mon Clos-Vougeot 45 Euros et je suis parfaitement content de sa qualite pour son prix (bien meilleur que les deux que je connais parmi les quatre cites dans ce post). Et il ne vient pas de la vasiere du bas. C’est un des 2 meilleurs du Grand Maupertuis.

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  12. Objection recevable, Denis.
    J’y réfléchis.

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