Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

#Carignan Story # 239 : Au fond de ma vallée…

6 Commentaires

Demander à rencontrer Philippe Courrian, c’est voir s’ouvrir un petit peu plus les portes du paradis. Il y a d’abord la symbolique mais royale entrée dans cette partie de la vallée de la Nielle, maigre affluent de l’Orbieu dévalant tout droit des Hautes Corbières. Nous sommes au bien nommé Château Cascadais dans une campagne habitée comme le stipule avec malice la pancarte à l’entrée de la propriété. Cela signifie respect, respect des plantes, des fruits, des gens et des animaux. Après, tout est affaire de feeling. Ça passe ou ça ne passe pas. Entre lui et moi, le courant est branché depuis des lustres. Cela n’empêche pas le parlé franc, Philippe ayant des avis bien arrêtés sur pas mal de choses mais aussi des remarques de sage quand il dit par exemple : « Je ne me prononce pas car je ne connais pas ». Notre relation est celle d’une franche amitié. À un tel point qu’à une époque, j’ose l’avouer, j’ai plusieurs fois cédé à la tentation de déclencher moi-même le précieux sésame en faisant tout pour me faire inviter dans sa vallée heureuse. Puis on s’est un peu perdu de vue… hasards de la vie.

Philippe en admiration devant ses Carignans. Photo©MichelSmith

Philippe en admiration devant ses Carignans. Photo©MichelSmith

Aussi, lorsque j’ai vu l’autre soir l’animal à la crinière argentée se pointer en bonne compagnie dans le Charivari de Michel Escande où j’avais mis le tablier histoire de prêter main forte à la sommelière Isabelle Brunet, ni une, ni deux, on a pris lui et moi rendez-vous dans la Valley of Love (extrait du film The Sheriff of Fractured JawLa Blonde et le Shérif, en France – le plus con des films années 50 en De Luxe colour, mais avec Jayne Mansfield, tout de même…Attention, la chanson est doublée par Connie Francis, une des chanteuses les plus kitsh mise en orbite à l’époque par l’industrie du disque). C’est ainsi, avec cette mielleuse chanson cowboy que j’arpente de nouveau la route cailloutée qui conduit à la maison toute simple de Philippe avec la furieuse envie de taster son vin de Carignan. Ici, à moins de monter sur une butte, le téléphone portable s’arrête. Chez Philippe, que l’on soit dans les rochers de sa « piscine » ou dans la cour parmi les roses trémières, on se sent au bout du monde. On oublie tout et l’on se dit que c’est dur de rentrer.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Comment dire sans le vexer… À mon avis, Philippe Courrian ne veut pas à faire le plus grand vin de son appellation. Il cherche simplement à nous donner un bon vin représentatif de sa vallée, un vin juste, constant, précis, loyal, parfaitement équilibré, un vin vinifié sans esbroufe et sans calcul médiatique. Le bougre a raison car c’est vraiment le cas de cette cuvée Le chant de la Cascade 2012 qui arbore encore la dénomination Corbières alors que le 2013 rentrera dans le rang avec la mention Coteaux de la Cabrerisse, à moins de le mettre en Vin de France. Encore ces conneries de règlements ! Quand les Corbières n’auront plus de Carignans à se mettre sous la dent à force de les reléguer aux seconds ou troisièmes rôles, le casting de l’appellation sera bien maigre et surtout bien triste. Voilà, c’est dit ! Sauf que ça fait 30 ans que je leur chante cet air-là…

Super sur une cargolade !!! Photo©MichelSmith

Super sur une cargolade !!! Photo©MichelSmith

Maintenant revenons au vin. J’espère que sur les prochaines étiquettes Philippe fera mention du cépage car celui-ci, d’un âge avancé, est planté sur 3 petites parcelles, si je ne m’abuse sur des terres argilo calcaires bordées de murets de pierres grises et tournées vers les collines de pinèdes qui cachent la Montagne Noire, parcelles qu’il loue à un vigneron du pays. Le millésime 2012, Campagne de Cascadais, en partie décrit plus haut, est à mon avis prêt à boire pour encore un an ou deux si l’on veut profiter de son fruit. En plus de son équilibre, j’ai aimé la facilité avec laquelle il se laisse boire. En sera-t-il de même avec le 2013 dont la mise est prévue pour l’hiver prochain ? On verra. En attendant, je ne peux que vous inciter à saisir ce flacon. Parfait sur les escargots de Philippe, il le sera aussi sur toutes sortes de grillades. En vente au domaine au prix de 9 € départ cave.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Et pour les curieux, sachez que Philippe, Médocain de naissance et sudiste dans l’âme, possède avec ses enfants un fameux Médoc, le Château Tour Haut Caussan, sur la commune de Blaignan, ainsi que le Château La Landotte. À Cascadais, dont le chai se situe à Saint-Laurent-de-la-Cabrerisse, il vinifie aussi un second vin d’un excellent rapport qualité-prix, La Roque Dansante, ainsi qu’un délicieux Corbières où grenache, carignan, syrah, cinsault et mourvèdre se marient divinement bien dans les barriques  d’occasion venues du Médoc ainsi que (pour moitié) dans les cuves ciment. Enfin, on parle de plus en plus de son pur Tannat élevé 16 mois en barriques. Pas mal pour un seul homme qui a largement passé l’âge de la retraite !

Michel Smith

Servir frais, bien entendu... Photo©MichelSmith

Servir frais, bien entendu… Photo©MichelSmith

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

6 réflexions sur “#Carignan Story # 239 : Au fond de ma vallée…

  1. … où comment après 239 billets sur le carignan, on doit se sentir coupable, niveau mortel, de n’avoir jamais dégusté un vin carignan 100 %.

    Ne voulant pas mourir idiot, merci, Beau Ténébreux, de me donner deux ou trois noms de vins de référence sous ce cépage.

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  2. En attendant, commence donc par un jus de fruit 100 % Carignan et bio de surcroît !
    https://les5duvin.wordpress.com/2013/12/01/carignan-story-194-meme-por-les-enfants/

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  3. Ensuite, Sylvain Fadat est un peu le « pape » du Carignan en Languedoc : http://www.aupilhac.com
    En Roussillon, va voir Luc, dit Léon : sa Loute est exceptionnelle https://les5duvin.wordpress.com/2013/10/06/carignan-story-189-aupres-de-ma-loute/
    Après, si tu en veux d’autres, dis-le moi ou passe me voir !

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  4. Ça me rajeunit bien ! Merci 🙂

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  5. Excellent 100% tannat en 2008 et 2010. L’huile d’olive Cascadais (300+barbustes) n’est pas à dédaigner. Parole de flamand.

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  6. Pingback: #Carignan Story # 290 : dégustations anciennes | Les 5 du Vin

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