Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

English Cyder, by Aspall

2 Commentaires

Pour beaucoup de Français, cidre veut dire Normandie ou Bretagne.

Avec tout ce que cela peut avoir de connotations gourmandes, certes, mais un peu réductrices – galettes, crêpes, tartes au pommes…

Le monde du cidre est pourtant beaucoup plus vaste.

D’une part, il y a l’Espagne. Certaines sources nous disent que les premiers pommiers à cidre seraient arrivés en Europe du Nord au début du Moyen-Age, depuis les Asturies et le Pays Basque – deux régions où la tradition cidricole reste forte, même si les types de produits qu’on élabore là-bas sont assez différents – ils sont appréciés « tranquilles », et non mousseux.

De là, la pomme à cidre se serait installée non seulement en France, mais aussi en Angleterre.

D’autres sources indiquent que le cidre y existait déjà au Sud et dans l’Ouest de l’Angleterre au temps des Romains, mais il semble qu’il avait été plus ou moins oublié entretemps. Quoi qu’il en soit, il y a prospéré, surtout après la conquête normande. Au point que le cidre est devenu un sérieux concurrent pour la bière dans les pubs anglais. L’Angleterre produit d’ailleurs aujourd’hui quatre fois plus de cidre que la France, en volume.

Comme en France, de regroupement en fusions, les producteurs sont devenus de plus en plus gros et de moins en moins en moins nombreux. De plus en plus industriels, aussi. Toute comparaison avec l’industrie de la bière n’a rien de fortuit. D’ailleurs, le premier groupe de cidre britannique, Bulmer (marques Bulmer, Woodpecker, Jacques, Strongbow, Scrumpy Jack ou encore Pomagne) est propriété du géant néerlandais de la bière Heineken.

Cyderdefence

Logique de volume oblige, certains gros producteurs se fournissent aujourd’hui en concentré de pomme ailleurs qu’en Angleterre – la Pologne est devenue un gros fournisseur de ce produit de base. Le procédé est à présent si courant que certains producteurs plus traditionnels ont mis en place une nouvelle dénomination, le « Real Cider » – un produit qui doit être issu au moins à 90% de jus de pommes frais (la réglementation anglaise pour le cidre sans autre mention n’exige que 35%).

Car quelques irréductibles subsistent, qui pratiquent une cidriculture plus artisanale.

Aspall

Comme Aspall, par exemple, qui entend défendre l’héritage de son Suffolk. Aspall est d’ailleurs d’abord le nom d’un charmant village, non loin d’Ispwich. Les propriétaires, eux, s’appellent Chevallier.

Seraient-ils français? Presque. La famille est venue de Jersey au 18ème siècle, Clément Chevallier ayant hérité Aspall Hall.

Une de ses premières décisions, à  son arrivée, en 1728, fut de planter des pommiers qu’il avait apportés de son île. Les gens du coin le traitaient de fou. Mais ses cidres de qualité allaient rapidement lui valoir une meilleure réputation.

Clément représente donc la première génération de Chevallier dans l’entreprise. Et comme ceux-ci ont l’esprit de famille, ils ont donné à certaines de leurs cuvées le nom des plus éminents.

Clément’s Four, pour Clément. Temple Moon, pour le Révérend Temple Chevallier; Peronelle’s Blush, pour Madame Peronnelle – la fondatrice de la Soil Association, le mouvement bio britannique, en 1946. Date à laquelle le domaine est passé en bio.

46 variétés de pommes!

Je n’ai aucune idée de la qualité du terroir du Suffolk en matière de pommes – c’est une région assez plate, mais apparemment assez riche en faune et flore diverses. Aspall y exploite 300 ha de vergers, traversés par une petite rivière, la Deben. On n’y compte pas moins de 46 variétés de pommes, dont la Bramley Seedling, la Grenadier, la Howgate Wonder, la Kingston Black. Un vrai conservatoire. Et ça nous change de la Golden!

Ce qui m’a séduit, justement, dans la gamme des cidre Aspall, c’est non seulement l’approche artisanale, mais la variété – chaque cidre – pardon, cyder, a sa personnalité; les couleurs vont du très pâle au doré en passant par l’ambre, la pétillance varie de forte à très faible, les arômes vont du plus serré au plus débridé. J’en veux pour exemple le Crisp Suffolk Draught Cyder, dont la pâleur, l’aromatique assez discrète, l’amertume, l’acidité et la bulle assez calme me font plus penser à une bière  qu’à un cidre. Et à l’autre bout du spectre, l‘Imperial Vintage 285, aux nez de pommes mûre, de tarte tatin, à la bulle généreuse et au subtil équilibre sucre-acidité. Et 8,2° d’alcool. Pas si loin du vin, finalement. Pensons à un Asti, ou à une Blanquette ancestrale…

Bref, un coup de coeur, que j’espère vous avoir fait partager. Et au-delà, mon intérêt pour une boisson au riche héritage, qui mériterait d’être mieux connue, d’où qu’elle vienne – même d’au-delà de nos petites frontières physiques ou mentales.

Hervé Lalau

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

2 réflexions sur “English Cyder, by Aspall

  1. Gros intérêt pour le sujet si j'en juge par le nombre de commentaires.

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  2. Bonsoir, j’adore le cidre depuis que je suis allé en Bretagne de puis ma Franche comté natale. En particulier le cidre Kerné de Cornouailles française. Et j’ai découvert le cidre Aspall ( le Draught ) par hasard chez Noz . Le conditionnement de 50cl est parfait (une bouteille de 75cl est un peu trop grande pour ma femme et moi). J’ai mis une bouteille au frais.;;; et j’ai ouvert..!
    Ouahhh! Une robe claire comme du Champagne , un gout fin dans un pétillant léger… j’adore…
    Bravo la famille Chevallier

    J'aime

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