Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

Not bin there, but liked it!

10 Commentaires

Mes confrères d’In Vino Veritas et moi-même confessons une certaine réticence vis-à-vis des vins australiens.
Ce n’est pas faute d’en avoir dégustés, en 22 ans. Mais très peu ont été sélectionnés.

Trop d’extrait, trop d’alcool, trop de sucre… Les raisons sont variées et se combinent parfois. Peut-être ne déguste-t-on pas les bons? Peut-être ne nous envoie-t-on pas les bons? Peut-être n’importe-t-on pas les bons?

J’ai failli aller voir sur place, l’an dernier; mais ça ne s’est pas fait. Mon billet était payé. Je devais participer à un concours de vins à Sydney. J’avais même contacté Wine Australia pour pouvoir me joindre à leur programme de visites de caves pour professionnels – ils sont annoncés sur leur site. Trois emails plus tard, j’ai renoncé. Aucune réponse. Nothing. Nada. Et pourtant, oui, j’avais les bonnes adresses.

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Et maintenant, trouver Coonawarra…

Comme je ne me voyais pas me débrouiller tout seul à 30 heures de vol de mes bases, organiser mes déplacements moi-même dans un pays si vaste, j’ai jeté l’éponge.

Et puis, n’y voyez aucune prétention de ma part, aucun ego mal placé, mais je vis des articles que je vends; j’essaie d’y traduire mes impressions, un peu de la passion que m’inspirent une région, un producteur, un vin. C’est une approche personnelle. Alors donner plus de quinze jours de mon temps, loin de ma famille, pour découvrir des vignerons qui s’en tapent (ou au moins, ceux qui les représentent), ce ne serait pas raisonnable.

Mais revenons aux vins. A toute règle, une exception, voici un Australien qui a plu à notre panel. Son terroir: la terra rossa de Coonawarra. Son producteur: le géant Penfolds.

Au cas où il s’en trouverait parmi vous pour regretter que je consacre quelques lignes à une maison de cette taille (ça s’est vu ici même pour des vins de Tariquet, par exemple), je réponds par avance: je commente ce que je trouve. Par ailleurs, plus on me dira que small is beautiful, et plus j’aurai envie de vérifier par l’absurde en dégustant des vins de coopératives et de négociants  – c’est mon côté iconoclaste, je suppose. Enfin, j’ai toujours trouvé qu’il y avait du mérite à produire en gros volume une bonne cuvée accessible au plus grand nombre – plus même, parfois, qu’atteindre l’excellence avec des vins élaborés en toutes petites quantités que seuls quelques privilégiés auront la chance de boire.

Quelques éléments complémentaires glanés sur le web à propos du vin: Bin 128 existe depuis 1962. Belle année (c’est ma date de naissance)! Un petit changement en 1980, tout de même: depuis lors, il est élevé en barriques de chêne français.

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Bin here before (Photo (c) H. Lalau 2014)

Petit avertissement pour ceux qui découvriraient les vins australiens:  son nez n’est pas commun – il exhale un fort parfum d’eucalyptus (mais aucune trace de koala!). On peut ne pas aimer, mais si l’on passe outre, on découvre un très joli panorama. La brume forestière se lève sur une bouche fraîche, poivrée, des tannins suaves. Ce Bin 128 a de la présence, de la prestance, même. Il fait plus jeune que ses 5 ans. Mais il n’est pas envahissant.

La visite se termine sur une note fumée, un peu d’encens. Voilà un beau vin de gibier. 14% au compteur, mais il n’y paraît pas.

Bin surprised. Bin pleased.

Hervé Lalau

PS. A ceux qui pensent qu’il faut aller voir le vignoble et parler avec le vigneron pour comprendre le vin, ce billet paraîtra sans doute comme un non sens. Dans le contexte de la polémique Pérez-Bettane, qui fait rage à ce sujet, n’y voyez aucune provoc de ma part. Si j’avais dû visiter tous les domaines dont j’ai commenté les vins, j’aurais plus de miles sur les compagnies aériennes que George Clooney dans In the Air. Ce n’est pas le cas, et ma foi, je pense que je ne me débrouille pas si mal. Notez quand même que ce sont ces passages dans le vignoble, ces discussions avec les vignerons qui me font aimer ce métier. Pas très cohérent, le Lalau…

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

10 réflexions sur “Not bin there, but liked it!

  1. Hervé,

    J’ai pu goûter de très belles expressions, dans un océan de bouteilles pas terribles.
    Je pense à Torbreck Run Rig, Shirvington. Glaetzer Amon Ra, Penfolds RWT Penfolds Grange 1997, Penfolds RWT 2003.

    J’aimerais pouvoir regoûter les chers Astralis (Calrendon Hills) et Hill of Grace (Henschke) , qui avaient un peu souffert dans une comparaison avec les plus expressions du Rhône septentrional.

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  2. Merci Laurent. En effet, les syrah de Torbreck sont grandioses.

    Juste un constat: ceux qui ont dégusté des vins australiens en France ne sont pas légion. On me rétorquera qu’on n’a pas besoin d’eux.
    Mais a contrario, les vins de Paul Mas sont sont un grand succès en Australie. Les Kangourous non plus n’ont pourtant pas besoin de nos vins…

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  3. C’est Shirvington 2002 qui m’a fait la plus belle impression, à 2 reprises.
    Pourtant la barre est haute, en termes de profondeur/race/équilibre, avec une Côte Brune de Jamet ou un Hermitage de Chave.

    Michel Bettane a beau avoir une solide connaissance du (des) terrain(s), son goût pour le gamay boisé ne me convainc absolument pas. Et m’envoyer visiter le terroir ne changera pas mon avis, je crois.

    Je te recommande les vins australiens de Rusden : Black Guts en shiraz, Christine’s vineyard en grenache (on pense aux vins d’Emmanuel Reynaud), Full circle (mourvèdre).

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  4. J’ai aussi parlé récemment, et en bien, des vins de Penfold’s sur ce blog. Il est évidemment totalement absurde et bête de condamner un producteur pour cause de la taille de sa production. Et pourquoi pas pour la couleur de ses yeux, tant qu’on y est? Mais il y a évidemment aussi plein de très bons producteurs de tailles artisanale dans ce vaste pays. La plupart n’arrivent pas en France, mais un peu plus en Angleterre si on cherche un peu. Et à ceux qui dénigrent les shiraz australiens il faut rappeler l’existence, en particulier à Barossa, de vignes non-greffés de 140 ans et qui ont été prélevées sur la colline de l’Hermitage avant le phylloxera. Et puis, à chacun son style, sinon à quoi bon avoir différents lieux de production dans le monde?

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  5. Bonsoir,
    En lisant vos lignes notamment la description Bin 128, j’ai l’impression de faire un bond dans un autre univers sensoriel.
    Serait-ce si vagabond pour mon nez formaté aux senteurs vinifera européennes que de s’aventurer vers les contrées australiennes ?
    Ces différences s’expliquent par des approches viticoles particulières, le climat ?
    Merci d’éclairer ma lanterne.

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  6. Merci de votre attention. Je vous répondrai en détail dans mon billet de mercredi prochain.

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  7. Pingback: Not bin there but liked it (2): terroir et menthol | Les 5 du Vin

  8. Now, here’s a comment from a true Aussie, one who lived for his formative years in Adelaide and spent a lot of time in the Barossa and Coonawarra regions. It is beautiful country all year round. Often searingly hot in summer and moody in winter, the light is inspirational down under at any time of year. A fiery sunset across vines and enormous river red gums – paradise! The Australians, however, still struggle with the issue of their identity – effectively, the vast majority behaves like tenants in their own land, not really appropriating nor even understanding the subtlety of that vast continent. This is changing: as they travel more and longer, many Aussies are realising that you cannot reduce everything to ideas, beliefs, systems or spreadsheets. Their economic life is still model-driven, but more of them are now taking the time to look at sunsets and smell the bush, and I also mean this figuratively. This creates space for inspired winemakers to « feel through » to their land and wine. I suspect that the market will stay dominated by the heartless biggies for a long time, but at the periphery we will find more and more fabulous and poetic wine from the Land Down Under.

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  9. I agree with Lincoln. Recently tasted a magnificent Shiraz (+ Viognier) from Clonakilla, vintage 2001, about which I wrote on this blog recently. Such wines fulfill all of what he says

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