Toscana due : le Sangiovese dans tous ses états.

Second volet de mon expédition en Toscane cet automne. Aujourd’hui, nous allons pénétrer plus en profondeur le cœur du Chianti Classico. Pour ceux d’entre vous qui prendraient le train en marche, je vous recommande la lecture de mon article de Jeudi dernier afin de bien comprendre l’essentiel de ma démarche et de celle de mes camarades. Ce voyage ne pouvait se faire et être utile que si nous acceptions de nous concentrer en priorité sur le grand cépage local qu’est le Sangiovese. Pour vous donc, je vais ouvrir mon carnet de bord en commençant par quelques unes de nos visites. Je vous préviens, je reviendrai la semaine prochaine, avec un épisode plus maritime…

Sienne... Photo©MichelSmith
Sienne… Photo©MichelSmith

Il Borghetto

Les bouteilles sont bourguignonnes – les seules à ma connaissance dans le Chianti – ce qui ne semble pas être du goût des pontes de l’appellation. En plus le bouchage se fait à l’aide de vis ! Résultat, bien qu’en plein territoire du Chianti Classico, Antonio Cavallini, secondé par l’œnologue Tim Manning, préfère se consacrer à l’IGP (Indicazione Geografica Protetta) Toscana après avoir longtemps tâté du Classico. Une trentaine d’hectares de bois, de vignes (grosse majorité de Sangiovese) et d’oliviers dans un somptueux cadre campagnard. Il y a aussi des chambres d’hôtes et la cuisine maison est réputée !

IGP Toscana « Billacio » 2010 – Est-ce la bouteille ? Je ne suis pas le seul à lui trouver un style bourguignon. D’emblée, ce pur Sangiovese surprend par sa chaleur et son enthousiasme vite compensés par une belle fraîcheur teintée d’élégance. Copieux et volumineux, long aussi, il s’achève en douceur sur des notes de cassis très mûr (27 €).

IGP Toscana « Clante » 2009 – Robe légèrement ambrée, le nez est d’une grande finesse. Un peu moins solaire que le précédant, il s’abandonne en bouche avec volupté sur des notes confites discrètement boisées (2 ans d’élevage en barriques).

Tim Manning dans l'oliveraie de Borghetto. Photo©MichelSmith
Tim Manning dans l’oliveraie de Borghetto. Photo©MichelSmith

Castello di Ama

Si ce n’était la présence de champs d’oliviers, le décor presque caussenard aux collines parsemées de petits chênes verts pourrait être celui du Quercy. On arrive au hameau d’Ama la faim au ventre car on nous a vanté un restaurant de charme (fermé le mardi) tenu par deux dames. Sans attendre le vin rosé (Sangiovese et Merlot), on se jette sur les crostini noyés par un flot d’huile d’olive nouvelle ! Le repas sera excellent et pas trop ruineux. Et il nous permettra de goûter les vins. Ici, la notion de cru n’est pas vaine puisque certaines parcelles embouteillées à part sont hautement regardées par la critique tant italienne qu’américaine. Légère entorse à notre règlement interne, le pur Sangiovese n’existe pas en ce domaine de 90 ha de vignes vendangées en caissettes de 12 kg et dirigé par l’œnologue Marco Pallanti très marqué par son passage à Bordeaux. Pas grave, puisque la plupart des cuvées, remarquablement vinifiées, sont présentées dans un beau registre de maturité. Elles accordent pour la plupart le minimum de 80 % au Sangiovese dans les assemblages de Classico. Voir aussi ma dégustation lors d’une précédente visite

Chianti Classico Riserva 2009 – Un classique tout simple (10% de Merlot) et bien tourné que l’on boira de préférence frais et en entrée sur un pâté de grives, par exemple (33 €).

Chianti Classico 2011 – Toujours 80 % de Sangiovese, 15 jours de macération et une année d’élevage en barriques, voilà un vin élégant, facile, équilibré et soyeux (85.000 bouteilles, 30 €).

Chianti Classico 2010 Gran Selezione « San Lorenzo » – Premier millésime arborant cette nouvelle mention Gran Selezione, San Lorenzo (10% de Malvasia Nero et 10% de Merlot) est considéré comme le haut du panier des vignes du domaine sur lesquelles sont opérés un tri sévère. Complet, ferme, dense, matière élégante, joli fruit, c’est aussi le plus cher de la gamme (37 €).

Photo©MichelSmith
Photo©MichelSmith

Riecine

Au flanc d’une colline entre Florence et Sienne, ce domaine de 35 ha n’en a pas fini d’étrenner sa cave-balcon (vue magnifique) ultra moderne construite toute en longueur en 2012 sur 750 m2. Aujourd’hui, Riecine est entre les mains d’un famille Russe qui a eut la bonne idée de garder dans ses murs le vinificateur Anglais (malgré son nom Irlandais) Sean O’Callagham, présent ici depuis plus de 12 ans après plusieurs années en Allemagne où il a obtenu son diplôme d’œnologie. Sean, qui fait office de directeur d’exploitation, a longtemps travaillé avec John Dunkley, lui aussi Britannique, l’ancien propriétaire des lieux. Les deux s’étaient donnés pour mission de tout faire pour que leur cépage chéri, le Sangiovese, produise les meilleurs vins possibles. Respect des sols, levures indigènes, pigeages à la main, cuves de petites tailles en ciment (Nomblot), inox et bois… rien n’est laissé au hasard.

Chianti Classico 2012 – Pur Sangiovese, il rassemble un peu de toutes les vignes du domaine pour un vin léger, discrètement épicé, fruité pur, paraissant facile mais de belle texture, finale en apothéose et prêt à boire après un court passage en carafe (15 €). La version 2011 est plus vive, plus mordante et nécessite un temps de mise en carafe plus long. Les deux sont à boire sur un lapin rôti à la broche, par exemple, ou une pintade aux choux.

IGP Toscana « La Goia » 2009 – À 95 % Sangiovese, après 2 ans d’élevage en barriques de 2 vin, plus un an d’affinage en bouteilles, ce vin qui se veut dans l’esprit d’un « super toscan » impressionne par son nez magnifique, sa densité profonde, sa puissance et ses notes de boisé épicé (10.000 bouteilles, 30 €). Dans la même trame, un 2006 se goûte divinement bien grâce à un surcroît de fraîcheur, d’amplitude et de longueur.

Photo©MichelSmith
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Fontodi

Il y a aussi de la Syrah dans cette propriété entre les mains de la famille Manetti depuis 1968, un nom connu dans la région pour ses fabriques traditionnelles de tuiles en terre cuite, spécialité qui les amène actuellement à faire des essais de vinification et d’élevage dans des cuves en terracotta. Une propriété proche de Panzano, forte de 130 ha dont 70 ha en vignes cultivée en agriculture biologique.

Chianti Classico 2011 – Cent pour cent Sangiovese, élevé un an en barriques de chêne (Tronçais et Allier) le vin affiche une belle robe solide et un nez fin. Belle franchise en bouche, structure, densité et petits tannins rafraîchissants (170.000 bouteilles).

Chianti Classico Riserva « Vigna del Sorbo » 2009Sangiovese à 95 % (le solde en Cabernet) élevé pour moitié en barriques neuves durant deux ans, le reste en barriques usagées, le vin présente un nez opulent et concentré (notes de café) sur une bouche assez boisée. Le 2010 et le 2011 bénéficient d’ores et déjà de la nouvelle mention Gran Selezione (30.000 bouteilles).

IGT Colli Toscana Centrale « Flaccianello della Pieve » 2009 – Pur Sangiovese, la cuvée met en avant les plus beaux raisins du domaine avec un élevage de 2 ans en barriques neuves. Joli nez précis et fin, fruité (cerise) en bouche, épicé aussi, belle longueur (60.000 bouteilles). La version 2011 resplendit de fraîcheur et offre des notes toastées et chocolatées.

Photo©MichelSmith
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Castello dei Rampolla

Non loin de Panzano, on retrouve une surprenante variété de vignes (Syrah, Pinot noir, Cabernet, Petit Verdot en plus du Sangiovese, presque toutes enherbées, plantées à 6.000 pieds à l’hectare) dans un ensemble de 130 ha, dont 32 ha en vignes sur des terres assez calcaires, à plus de 300 mètres d’altitude. Dans la famille di Napoli Rampolla depuis 1739, ce sont désormais Luca et Maurizia (frère et sœur) qui donnent une orientation biodynamique au domaine. Après avoir travaillé à Castello di Ama jusqu’en 2000, Marcus, un Allemand autodidacte dirige la cave et le vignoble avec brio et passion. La cuverie et la cave semi enterrée méritent une visite. Une cuvée vedette nommée « Sammarco » est cependant fortement marquée par le Cabernet Sauvignon.

Chianti Classico 2012 – Un peu plus de 90% de Sangiovese dans cette cuvée d’un bon rapport qualité-prix. Complété par le merlot et le cabernet, voilà un beau vin, franc, direct, très propre et joliment frais (12 €).

IGT Toscana 2010 – Dédié au seul Sangiovese, on a un vin souple et aimable assez représentatif d’une vison moderne du cépage, avec ce qu’il faut de matière et de tannins souples, sans oublier une bonne longueur en bouche (15 €).

Photo©MichelSmith
Photo©MichelSmith

Monteraponi

Atteint comme beaucoup d’autres toscans par le virus de l’agriturismo, Mauricio Castelli a choisi de laisser les ateliers d’argenterie à d’autres membres de la famille, à Florence, pour mieux se retirer dans cette ferme-hameau achetée dans les années 70, posée à 600 m d’altitude et restaurée avec soins. De là il peut chasser la bécasse à sa guise sur ses 200 ha de terres (beaucoup de bois), tout en consacrant une partie de son temps à ses 10 ha de vignes, à ses 1.300 oliviers et à ses passions affichées pour la Bourgogne et le cigare. Ici, tout semble petit et traditionnel, l’équipement étant de taille humaine : la production ne dépasse guère 50.000 flacons, la culture est organique, la cave dispose de cuves ciment et de jolis foudres faits spécialement en Bourgogne. Quant à la vigne, elle est tellement précieuse que, pour se protéger des sangliers, elle est clôturée sur deux mètres de hauteur ! En dehors des rouges, on relève trois cuvées vedettes : un divin blanc de Trebbiano (vignes de 44 ans et seulement mille bouteilles) et un rosat issu d’une saignée sur Sangiovese de 40 ans et Merlot pour également un millier de bouteilles, sans oublier un Vin Santo 2005 discrètement rancioté  !

Chianti Classico 2012Sangiovese, bien sûr (avec 5 % de Canaiolo), de jeunes vignes de différent clones, c’est un vin droit et bien sec, marqué par de jolies notes de fruits rouges boisés, très agréable à boire frais sur une terrine ou un petit gibier (15 €).

Chianti Classico Riserva « Il Capitello » 2011 – Grosse majorité de Sangiovese (7 % Canaiolo et 3 % Colorino) à 420 mètres d’altitude, il s’agit là des plus vieilles vignes du domaine avec un élevage de 26 mois en foudres de bois français. Pas de filtration à l’embouteillage. Nez finement boisé, beaucoup de sève en bouche, magnifique structure, beaucoup de longueur et finale sur le fruit (cerise à l’eau-de-vie) mêlé aux tannins sobres et à la fraîcheur (33 €).

Chianti Classico Riserva « Baron Ugo » 2010 – Le plus acclamé des vins de 2010, ce presque pur Sangiovese d’altitude (570 mètres, avec du Canaiolo et du Colorino sur un peu moins de 10 %) porte le nom d’un des premiers seigneurs du lieu. Il est élevé 36 mois en foudre de chêne (Allier et Slavonie) et mis en bouteilles sans filtration. On a de la finesse au nez, mais j’ai du mal à l’apprécier en bouche en dépit (ou à cause) d’une attaque vive et mordante. Il faudrait à mon avis le décanter deux heures avant le service (50 €).

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Isole e Olena

Débarqué en 1976 après avoir quitté le Piémont et ses vignes familiales, Paulo de Marchi s’est vite rendu compte que le schéma qu’on lui proposait ici – le Sangiovese associé aux cépages dits « internationaux » – n’était guère malin, qu’il manquait de finesse et d’authenticité. Songez que l’on pouvait même à l’époque l’associer à des raisins blancs ! C’est donc tout naturellement qu’il est devenu l’un des plus ardents défenseurs du cépage toscan largement représenté aujourd’hui dans sa propriété de près de 300 ha, dont 49 ha en vignes. Mais il n’a pas pour autant arraché sa Syrah (qui donne un vin fin, mais aussi dense et tannique), son Pinot Noir ou son Chardonnay, cépages récréatifs à ses yeux. Avec son épouse argentine, Marta, on sent que l’accueil au domaine fait partie des gènes : inlassablement, ils expliquent leurs vins et justifient leurs choix avec passion. Et ils ne quittent jamais les visiteurs sans un passage dans la maison dédiée au vin santo, là où le raisin sèche lentement sur ses claies de roseaux. Environ 20 % du domaine est vendangé à la machine.

Chianti Classico 2012 – Complètement sur le fruit, pas compliqué pour deux sous, voilà un Sangiovese dense, équilibré et long en bouche. Un régal !

IGP Toscana « Ceparello » 2011 – Ce « super toscan » de pur Sangiovese qui porte le nom du petit ruisseau au fond de la vallée, séduit immédiatement par sa fraîcheur, son expression enjouée et ses petits tannins presque délicats. Mais ce n’est pas qu’un vin d’apparence facile : dense, il vous transporte en profondeur et il n’est pas prêt de dire son dernier mot. Mon coup de cœur de la tournée !

Vin Santo del Chianti Classico 2005 – Ample, frais et structuré, ce vin d’ambre vendu en petits flacons offre une finale légèrement fumée. La Malvasia domine ici à 60 %, le reste étant l’apanage du Trebbiano.

Michele Smith

Maintenant, ça va être l'heure du caffe ! Photo©MichelSmith
Maintenant, ça va être l’heure du caffe ! Photo©MichelSmith

 

4 réflexions sur “Toscana due : le Sangiovese dans tous ses états.

  1. Très intéressant comme article. J’avais trouvé un article sur les cépages italiens en son temps (qu’on peut trouver ici : http://choisirsonvin.net/cepage%20italien.htm ) Mais cet article-ci est beaucoup plus détaillé et donne beaucoup d’infos en plus. C’est dommage qu’on n’ait pas l’occasion de plus s’instruire sur les vins italiens en France, il y a bcp de gens qui sont malheureusement trop patriote pour discuter de ce qui se fait ailleurs 😦

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  2. mauss

    Encore merci, Beau Ténébreux, pour ce reportage. Il y a des gens tellement sympa en Toscane comme Paolo de Marchi (deux coeurs sur la main) et Lorenza Sebasti avec Marco Palenti à Ama. Cette région souffre en ce moment, mais en silence : personne ne se plaint : ils bossent pour une reconquête.
    Bref : une région méritant largement une visite !

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