Les 5 du Vin

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Muscadet : un trésor caché ? (1/2)

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Je vais publier cet article, qui concerne essentiellement la capacité de vieillir des vins de Muscadet, en deux parties à une semaine d’intervalle. En voici la première, avec un compte-rendu de dégustation qui concerne les Muscadets vieillis mais sans mention communale. Cette sélection comporte 15 vins sur les 33 échantillons dégustés. La semaine prochaine, vous aurez droit aux vins avec mention communale et à ma sélection de 15 vins sur les 24 échantillons dégustés, ainsi qu’à quelques remarques en guise de conclusion.

muscadet-bregeon-5Est-ce que le Muscadet est toujours un vin pâle, simple et assez vif ? Parfois oui, mais parfois les choses sont bien plus complexes, comme je l’ai découvert, et pas pour la première fois, lors de cette dégustation.

Il y a deux réactions possibles quand on suggère, en compagnie, de commander une bouteille de Muscadet à table. La première est un regard d’injurié qui tente de cacher l’insulte par un masque d’étonnement ; la deuxième est un œil approbateur, mêlé d’une pointe d’admiration et, parfois, d’un brin de méfiance. Les deux types de réactions, avec des nuances en ce qui concerne le second, nécessitent qualifications et explications.

La première réaction «type» est celle d’un amateur lambda, qui se méfie encore du Muscadet, ou, au mieux, ne le conçoit que dans le registre très mineur de vin pour rincer des fruits de mer. La faute à un passé, pas trop éloigné, rempli de flots de vins médiocres, produits avec des rendements déraisonnables et copieusement soufrés. La deuxième pourrait être celle d’un professionnel du vin, convaincu par la qualité remarquable des meilleurs vins de Muscadet mais conscient que cette qualité dépend, surtout, du producteur et de son approche.

Carte-des-rgions-viticoles-du-Pays-nantais-et-de-Vendee-C-M.CRIVELLAROPour bien situer la géographie et l’influence océanique, un peu de recul peut être utile

 Les causes de cette désaffection, pour ce qui a longtemps été une des appellations françaises de blancs secs les plus en vogue, ont déjà été mentionnées. Mais la mécanique du renouveau dans la qualité des meilleurs vins de cette région nantaise, donc océanique, méritent qu’on s’y attarde un peu. Comme toujours, le point de départ, et qui reste la pierre angulaire, a été la volonté et le talent de quelques producteurs opiniâtres. Ceux-là continuent à mener le bal. Mais la prise de conscience du potentiel du cépage melon de bourgogne (un nom curieux et un peu malheureux qui fait partie des petits handicaps de l’appellation) est devenue plus large. Après tout, cette variété est un cousin du chardonnay car les deux ont pour co-géniteur le gouais blanc, parfois connu sous l’intitulé de «Casanova des vignes».

Après une vague de modernistes qui ont tenté de lui donner des lettres de noblesse avec des élevages sous bois, d’autres, peut-être plus sages, ont insisté sur ses capacités de vieillissement en bouteille ou bien en cuve enterrée et vitrifiée. Ce sont ces vins-là que j’ai voulu tester lors d’une récente dégustation près de Nantes, organisée pour moi par Interloire, et qui a réuni près de 60 échantillons. Le vin le plus jeune de cette série provenait du millésime 2005, et le plus ancien de 1982. Et la fourchette des prix, du moins pour les vins encore à la vente, allait de 6 à 50 euros : ce dernier prix, excessif à mon avis, étant exceptionnel dans une série dont la valeur moyenne tournait autour de 15 euros pour des flacons ayant une bonne dizaine d’années de mûrissement derrière eux. Et, vu le niveau des meilleurs vins que j’ai dégustés, il serait très difficile d’égaler leur rapport qualité/prix dans ce pays.

carte MusadetLes sous-régions du Muscadet existait déjà. Maintenant arrivent les appellation communales : Clisson, Gorges et Le Pallet. D’autres attendent leur heure. Cela ne va pas simplifier la donne pour le consommateur, mais c’est probablement une solution pour tirer une partie de l’appellation vers le haut. L’influence géographique de l’eau, et pas uniquement de l’océan, est assez évidente sur cette carte.

La dégustation s’est ordonnée en deux séries de vins. D’abord les Muscadet-sur-Lie sans appellation communale, ensuite les Muscadet-sur-Lie avec appellation communale, que celle-ci soit actuelle ou en cours de confirmation par les instances, de plus en plus centralisées, qui gouvernent ce genre de chose. Les vins du premier groupe étant globalement plus âgés que ceux du deuxième car la mise en place des ces communes désignées, opération clé dans l’image nouvelle que Muscadet souhaite projeter, est relativement récente.

Les Muscadet-sur-Lie sans désignation communale

Les vins notés sont mes préférés parmi les échantillons présentés. Tous les vins étaient servis en semi-aveugle, car je ne connaissais que leurs millésimes. Les écarts de prix entre vins d’un niveau équivalents m’ont semblé assez importants. Outre le positionnement prix très ambitieux d’une des cuvées, je pense que ces écarts reflètent surtout la renommé des producteurs et leur réussite commerciale. Mais je dirais aussi que les vins les moins chers parmi ma sélection méritent clairement d’être vendus à des prix un peu plus élevés. L’ordre des notes suit celui de mes préférences, puis l’ordre alphabétique dans chaque série ayant la même note.

Domaine de la Landelle, l’Astrée 1999 (15,5/20)

Ce vin était servi en magnum.

Un très beau nez, aussi fin qu’expressif. Belle complexité de saveurs qui combinent finesse et une certaine puissance avec une belle acidité intégrée qui assure une finale fine et salivante (28 euros, pour le magnum)

 

Michel Luneau, Vins de Mouzillon 2005 (15/20)

Le nez semble plus discret que la plupart, mais aussi plus fin. J’aime bien sa pointe d’amertume qui rend plus précise la sensation de ses belles saveurs. Un ensemble long, salivant et très fin, encore plus remarquable vu son prix très modeste. (6 euros)

 

Pierre Luneau Papin, L d’Or 1999 (15/20)

Une première bouteille fut bouchonnée. La deuxième était splendide : joli nez floral. Beaucoup de gourmandise en bouche avec de belles saveurs fruitées. C’est frais, long et parfaitement harmonieux avec un équilibre idéal. (plus à la vente)

 

Louis Métaireau, Grand Mouton, One 2005 (14,5/20)

Le nez est fin mais assez puissant, dans un registre un peu herbacé. Tendre à l’attaque, le vin à ensuite une bonne tenue ferme, une acidité moyenne, un bon équilibre et longueur. Le prix me semble assez délirant cependant, à entre deux et six fois le niveau de ses concurrents proches en qualité (36 euros).

 

Domaine Landron, Le Fief du Breil 2000 (14,5/20)

La première bouteille était oxydée (bouchon poreux, probablement). La deuxième étalait une belle richesse s’arômes et de saveurs, avec beaucoup de matière et une texture fine. Bonne longueur et une acidité pour soutenir cet ensemble (25 euros)

 

Château de la Pingossière 1990 (14,5/20)

Le nez est simple et un peu fermé. Bien équilibré en bouche, assez puissant mais avec une bonne fraîcheur et une très bonne longueur (n’est plus en vente).

 

Domaine de la Poitevinière 2005 (14,5/20)

La première bouteille était bouchonnée. La deuxième avait une robe jaune paille, donc très prononcé pour un muscadet de cet âge. Le nez semble aussi assez évolué, avec des arômes qui me rappellent des vieux sauvignons. Bien arrondi en bouche aussi, avec des saveurs exotiques mais très agréables et complexes. Encore un vin vendu à un prix très faible (5,80 euros)

 

Château de l’Aulnaye 2003 (14/20)

Un très beau nez, aussi riche que fin. Bonne équilibre entre vivacité de la matière et finesse de texture (9,5 euros)

 

Château de la Bourdinière 1990 (14/20)

Bonne intensité au nez. Un peu d’amertume en bouche mais les saveurs sont larges et assez longues, ce qui lui donne une belle complexité. Un peu cher peut-être (27 euros).

 

Bruno Cormerais, Vieilles Vignes 1989 (14/20)

Ce producteur, qui a aussi présenté un 1982 d’une jeunesse étonnante, a fait ici un vin au nez floral expressif et à l’acidité bien présente qui lui donne un bon équilibre, même si les saveurs manquent un peu de précision (plus à la vente).

 

Domaine de la Landelle, Les Blanches 1998 (14/20)

Le nez est vif, même un peu vert. Ses belles saveurs et sa vivacité prononcée indiquent qu’il pourra encore tenir longtemps (12 euros)

 

Domaine Landron, Le Fief du Breil 2005 (14/20)

Nez vif, aux arômes qui rappellent le genet. C’est précis dans la définition des saveurs et assez long (18 euros)

 

Pierre Luneau Papin, L d’Or 2005 (14/20)

Un beau nez, riche et complexe. Une très bonne largeur dans les saveurs et un parfait équilibre, malgré une pointe de sècheresse en finale (18 euros)

 

Louis Métaireau, Grand Mouton, Premier Jour 1989 (14/20)

Au premier nez, présence de soufre et une sensation de réduction. Le vin se révèle en bouche avec une sensation saline marquée. Semble étonnamment jeune malgré ses 25 ans. Mais deux euros par année passée est un tarif bien trop élevé pour ce vin ! (52 euros)

 

Domaine de la Perrière, Olivier de Clisson 2005 (14/20)

Le nez assez herbacé me donne une impression de réduction au début. L’attaque est tendre, mais est suivie d’une impression vivace, avec des saveurs très nettes (7 euros)

 

 David Cobbold

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

13 réflexions sur “Muscadet : un trésor caché ? (1/2)

  1. Bonjour j’étais sommelier à nantes entre 1994 et 1996….j’ai vu l’évolution des vignerons…..La plupart comme vincent Caillé, Marc Olivier, Jo Landron. Bruno Cormerais me connaissent depuis cette époque….2 grands instants me reviennent en mémoires :
    -En 1995, j’ai dégusté 14 vins vinifiés en levures indigènes sur des différents terroirs au château de Briacé, ancienne école d’oenologie. J’ai dégusté 14 vins : des vins légers fruités, semi-étoffé et des vins puissants de garde aux notes de beurre. Je crois beaucoup aux Muscadets issu de terroir sain et vinifié en levures indigènes..
    -En 1995, lors de mes deux années à Nantes au
    restaurant l’Atlantide, nous organisions des dégustations
    entre sommeliers tous les mois. Lorsque ce fut
    notre tour d’inviter, j’ai eu la mauvaise idée de dévoiler
    le vin choisi pour la dégustation, un muscadet. La
    diplomatie féminine intervint et me fit comprendre
    que si c’était du muscadet, personne ne serait présent.
    Un mois plus tard, un vigneron bourguignon
    nous accompagnait pour une dégustation de sa
    région. À la bonne heure, que du beau linge participait,
    soit 30 sommeliers de la région. Entre un pernand-
    vergelesses et un meursault, une carafe jaune
    ouverte depuis 3 heures flânait sous les nez de tous.
    Nez de beurre, gras et d’agrumes avec une bouche
    imposante et une grande minéralité. Verdict : « chablis
    », acclamait la foule et là, je vis Joseph Landron,
    vigneron dans le Muscadet, qui rigolait sous ses
    moustaches. Il avait reconnu son vin, muscadet Hermine
    d’or 1990… Je tenais ma vengeance… C’était
    jouissif.Mais pas pour longtemps, une semaine après,
    une commande était nécessaire, mes amis sommeliers
    avaient dévalisé le stock. Je pleurais tou tes s les
    larmes de mon corps ! La vengeance est vraiment un
    plat qui se mange froid.
    Merci David pour cet article qui me touche même pour il manque deux vignerons : Vincent Caillé et jacques Caroget….
    Bonnes fêtes
    JC Botte

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  2. Comme d’habitude, la mouvance technico-commerciale des élites universitiares bordelaises entre autres ont voulu orienter les vins de melon vers les thiols ! Ces arômes de buis, sueur, pamplemousse, fruits de la passion typiques de certains sauvignon et colombard, comme si tous les vins devaient s’exprimer sur un seul standard…aromatique. Une thèse a même été financée sur le sujet qui a abouti a cette banalisation de vins pâles, simples et vidés de leur âme car le melon a un potentiel en thiols limité.
    Un grand muscadet c’est avant tout un raisin mûr, concentré, riche, plein d’avenir et de terpènes si vous tenez à le réduire aux seuls arômes. Mais c’est évident qu’avec ce type de raisin et un élevage sur lies, le vin n’est pas flatteur dans ses jeunes années, pas d’arômes fermentaires ni de thiols volatils ! Par contre avec quelques années de patience et donc un prix de vente qui se doit d’être à la hauteur : fruits secs, écorces de citron, gras, structure, acidité, puissance et complexité pour un des plus grands fleurons de la viticulture française, pas un jus de raisin fermenté.

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    • Tout à fait d’accord, attention à la standardisation des vinifications en Muscadet à la recherche d’un style vaguement thiol. Le Melon de Bourgogne a plus d’une corde à son arc, ses différentes facettes (thiol, fermentaire ou terpénique et minérale) s’expriment avec différentes intensité en fonction du terroir, du mode de culture et de la vinification.

      L’idéal est d’en exploiter toutes les facettes pour produire aussi bien des Muscadet sur Lie jeune, frais, fruité et aromatique ainsi que des Muscadet de garde terpéniques tout en puissance et complexité.

      Vincent Lieubeau

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  3. Oui, cela commence à être un secret de polichinelle : il y a de grands Muscadets aptes à supporter un long séjour en cave.Merci David de revenir sur le sujet. Une curiosité, ou un point de détail si tu veux : ta dégustation était-elle organisée à l’aveugle comme je le suppose ?

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  4. J’avais pourtant l’impression d’avoir bien lu ton texte, David. Mille excuses.

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  5. Je souscris entierement a l’enervement de Voltaire face a la mode des thiols.

    Un autre petit detail peut etre enervant: au dela d’un certain temps sur lies, le Muscadet ne peut plus s’appeler ‘sur lie’ (je crois que c’est 24 mois). Donc si David a demande une degustation de ‘sur lie’ a Interloire, il n’a pas eu acces a quelques cuvees magnifiques a elevage long – en cuve bien entendu. Par exemple les cuvees Bruno et Maxime chez les Cormerais pere et fils.

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    • Bonjour,

      Merci David pour cet article très riche.

      Etant moi-même œnologue dans le Muscadet, producteur des deux cuvées dégustées Château de l’Aulnaye 2003 et Château de la Bourdinière 1990, je me permets de préciser ce point.

      Le cahier des charges d’appellation encadre en effet la mention sur Lie : pour porter la mention sur Lie, le vin doit séjourner sur ses Lies de fermentation au moins jusqu’à début Avril et au maximum jusqu’à début décembre de l’année suivant la récolte. Donc les sur Lie sont forcément mis en bouteille l’année suivant la récolte (entre Avril et Décembre). Ceci explique que les grandes cuvées en Muscadet ayant un élevage supérieur à 14 mois ne portent pas la mention sur Lie, c’est le cas de l’ensemble des Crus communaux dégustés dans le deuxième article. Pas forcément très logique et compréhensible par le consommateur mais c’est comme ca…

      Vincent Lieubeau

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  6. Michel, aucun problème, le diable est toujours dans le détail ! C’était dans le paragraphe juste avant les notes de dégustation.

    Denis, vous avez certainement raison et j’ai du faire erreur. Je ne suis pas trop versé dans toutes les subtilités byzantines des règlements AOC. Je crois que tous ces vins étaient « Sèvre et Maine », mais il faut que je vérifie les fiches.

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  7. Pour tous :
    Les vins ou producteurs absents de cette petite sélection (ou de celle de la semaine prochaine) peuvent l’être pour trois rasions. Soient parce qu’ils ne paient pas leurs cotisations à InterLoire (ce que je trouve débile et j’en parlerai la semaine prochaine), soit parce qu’ils n’ont pas répondu à l’appel aux échantillons, soit parce que je n’ai pas particulièrement aimé le vin en question.

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  8. Pour moi, ils sont tous Sèvre et Maine…

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  9. Les choses le plus important sont que le Muscadet se garde bien et souvent a un très bon rapport qualité prix.

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