Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

C’est pas Noël pour tout le monde

11 Commentaires

Non, ce n’est pas vraiment Noël pour tous les Gazaouites, les Alaouites, les Yazidis, les Chrétiens d’Orient, les Nigérians, les victimes d’Ebola, les victimes du terrorisme, les victimes du racisme, les victimes de la connerie…

Et c’est chaque année pareil. Petit Jésus, ta crèche est bien jolie, mais autour, c’est devenu un sacré bazar.

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Tiens, qu’est-ce qu’on fête, ce soir?

 

Mais revenons au vin.

Notez que pour les vignerons non plus, ce n’est pas toujours Noël. La différence, c’est qu’on y est peut-être pour quelque chose. Qu’on peut peut-être y faire quelque chose.

Je sais bien que chacun voit midi à la porte; le vigneron vinifie, l’acheteur achète, le consommateur consomme. Et puis, les portefeuilles ne sont pas extensibles à l’infini. Oui, mais…

On ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre, le prix le plus bas et la protection sociale la plus haute. Vouloir dépenser le moins possible et avoir des caissières heureuses, des fournisseurs prospères, une France qui marche.

Avec leur mentalité d’opportunistes, les discounters – qu’ils affichent la couleur, comme ED, Lidl, Aldi, Norma ou Leader Price, ou qu’ils en appliquent les méthodes, comme les hypermarchés, sont pour moi les fossoyeurs, non seulement du vin, mais bien au-delà.

Ami consommateur, quand tu visites ces enseignes, sache que l’argent que tu y dépenses, plutôt que dans des circuits spécialisés, bouchers, écaillers, cavistes…,  contribue aussi à pressurer les producteurs; sache que tes prétendues économies se répercutent sur toutes la chaîne, que tu incites les patrons des PME ou des groupes qui les approvisionnent à moins payer leurs employés – toi, peut-être. Ou à baisser les normes de qualité. Comment peux-tu croire que tu fais une affaire?

Je ne sais pas combien tu as payé ton vin cette année pour la table de Noël. Ni ta dinde. Ni tes huîtres, ni ton foie gras. Ni où tu les as achetés.

Mais si tu penses que tu as été malin d’écouter les enseignes qui te gavent de publicités (payées par qui, au fait?), si tu as succombé à leur catalogue de grands crus, tu as peut-être, innocemment, participé à la destruction du tissu viticole français; tu as peut-être indirectement mis un vigneron, une coopérative, des familles sur la paille. Tu aurais peut-être dû acheter moins, mais du meilleur… et ailleurs.

Je caricature, sans doute. D’autant que moi aussi, j’achète en GD. Sauf le vin. J’ai un joker: c’est mon métier.

Amis des blogs et du bon vin, que ça ne vous empêche pas de boire ni de manger. Je ne veux pas vous donner mauvaise conscience, ce ne serait pas chrétien.

Hervé

PS. Moi, ce soir, ce sera un Crémant de Loire de Robert & Marcel en apéro. Puis un Muscat de Château Les Pins (Dom Brial) sur le foie gras; et puis, enfin, un magnum de Taurasi de Cavalier Pepe sur la pintade. Si je les cite, ce n’est pas pour vous donner envie. Juste pour saluer des amis qui m’ont ouvert leur cave, un jour ou l’autre. Je suis comme ça, moi, pour le réveillon, je préfère boire les vins des amis.

 

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

11 réflexions sur “C’est pas Noël pour tout le monde

  1. Beau papier pertinent et sensible.Inutile cependant de regarder si loin.Combien de bien pensants vont enjamber de sdf en se rendant à la messe de minuit ou en rentrant de réveillon,cette nuit ou ils clameront en choeur  » paix sur la terre aux hommes de bonne volonté! »Et bravo pour l’avis à l’ami consommateur ; on ne dénoncera jamais assez les dégats tout azimut de ces prédateurs. Quand on pense que les Mulliez les Leclerc et con-sorts n’étaient rien il y a cinquante et qu’aujourd’hui après avoir défiguré la France, désertifié les centres villes, pauperisé les salariés, inventé cette occupation de m…. : caissière de supermarché ( un métier ça ?) sont parmi les plus grande fortune d’Europe souvent réfugiée à l’étranger.

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    • PAX, j’ai peur de n’avoir pas bien compris. Est-ce qu’il faut enfiler un SDF, puis enjamber son beau costume avant d’aller à confesse au sortir de la messe de minuit ? Ou bien est-ce qu’il faut enjamber le confesseur, lui-même ivre mort en rentrant de la messe de minuit pour commencer son réveillon à la sacristie? Je n’ai pas reçu une bonne éducation religieuse et commence à craindre pour mon salut à l’approche de la soixantaine. C’est l’âge où les athées commencent à devenir agnostiques …. on ne sait jamais. Note que, se mettre sur son 31 alors qu’on n’est que le 24, c’est navrant!

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  2. Que PAX se rassure, la profession de caissiere de supermarche va disparaitre (grace aux caisses automatiques, etiquettes RFID et autres merveilleuses technologies).
    Par ailleurs je note que la femme sur la photo porte un voile : faut-il la denoncer comme extremiste radicale?

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    • Denis, grâce à la fidélité de ton club, j’ai pu économiser pour un bon d’achat chez Carouf’. Ils t’offrent un clavier azerty avec tous les accents, même l’accent belge !

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  3. Merci pour cette ode au circuit court. N’ayant pas mis les pieds dans une grande surface depuis deux mois, ça me rappelle que je dois aller chercher ma queue de boeuf (eh oui, il faut la commander désormais…) chez mon boucher, boire mon café dans mon bistrot de laPlace de la République et répondre à l’une (au moins !) des multiples animations de mes cavistes préférés avant de tenter de finaliser quelques lignes pour mon article de demain. Noël as usual…

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    • En même temps que de précieux renseignements sur les carignans, Michel nous donne l’exemple: en remplissant son caddy à ras bord, et en bourant le coffre de sa berline, on arrive à tenir deux mois (tout seul) sans devoir retourner faire ses courses. (lol). C’est pas ces p’tits cons de djeuns qui peuvent en faire autant.

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  4. Bine d’accord avec toi Hervé sur les horreurs et méfaits de la « GD » en général. J’ai connu leurs pratiques de près quand j’étais du côté fournisseurs. Ce n’est pas joli. Pas plus d’ailleurs que leurs bâtiments qui ont défiguré les abords de toutes les villes françaises. Vivant en ville, je peux acheter au marché ou dans les boutiques. Il est malheureux que beaucoup n’ait plus ce choix. Mais tentons de l’exercer si nous le pouvons.

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    • David, une intervention moins débile cette fois de ma part. Souvent, ce sont les citadins qui me disent que, habitant en VILLE, ils n’ont pas d’autre choix que la GD, car ils n’ont plus ni commerce de proximité, ni temps libre pour rendre visite à plusieurs commerçants. Et dans les – petits – villages, comme à Corneilla, on me dit que le supermarché le plus proche (13 km vers Perpignan, 8 km vers la montagne) leur fait gagner du temps ! Je me sens coupable. Depuis que je suis arrivé, il n’y a effectivement plus de boulangerie.

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  5. cher Hervé, bravo il faut le dire! mais revenons au vin…nous ce soir ce sera : Egly-Ouriet blc de noirs gd cru, Beaux-monts domaine Leroy 89, clos de Tart 99, Duvault-Blochet 99, coteaux de Noiré 05, hommage à Jacques Perrin 00. Avec le fromage Tara d’Orasi blc (merci David) 08, dessert Yquem 90 (re-merci david). J’entends déjà ‘buveur d’étiquette’….bien qu’il y ait aussi plusieurs très bons amis.

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  6. Eh bé: j’aurais pu l’écrire, cette chronique. Je parle du fond. Le style d’Hervé est inimitable. Evidemment, mon joker à moi, c’est qu’essayer DE NE PAS vendre aux acheteurs de la GD, c’est devenu mon métier! Tiens, pour te faire pendant: http://coumemajou.jimdo.com/2014/12/24/no%C3%ABl-j-ai-invite-deux-riches-a-ma-table/

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  7. La sensibilité de Hervé se manifeste fort justement en cette période où ceux qui peuvent organiser les fêtes calendales sont confrontés au sort épouvantable qui est réservé à d’autres peuples ou groupes humains à seulement 2 ou 3 heures d’avion de Paris.
    Sujet complémentaire : oui, Hervé, la désertification de nos villages est une dure réalité : plus de petits commerces, sauf encore les boulangers mais plus pour longtemps. Dans celui que j’habite, la mairie a même acquis un minibus pour aider les personnes dépendantes et dépourvues de véhicules à faire leurs courses dans une des GD de la petite ville voisine… Ces monstres ont dévoré l’espace et le mental de nos concitoyens.
    Le réveillon de Noël est curieusement vécu de nos jours. On fait bombance. Il existait, en Provence, au temps de mon enfance (il y a maintenant un peu plus de 60 ans) ; il s’agissait du « gros souper », accompagné de symboles religieux très forts (3 nappes blanches, un chandelier à trois branches et 7 plats). Or, c’était un repas maigre, avec les légumes dits de saison (céleris et cardons) dépourvu de viande, mais assorti d’un plat de poisson, la morue salée, qui était à cette époque un met de « pauvre » très accessible (elle coûte actuellement un prix de fou !!) ; on le prenait avant la messe de minuit et, au retour, les treize desserts nous attendaient.
    Il y avait toujours une assiette supplémentaire, la place du pauvre, coutume qui se pratiquait aussi le 1er de l’an. Les vagabonds (on dirait aujourd’hui des SDF) n’étaient pas rares. On les nommait « trimards ». Contre de la nourriture, ils rendaient de menus services (refendre du bois par exemple) et, au moment de leur départ, ils demandaient toujours du gruyère et du pain, denrées qui se conservent dans une musette. J’ai bien connu cette forme de « charité ». Aucune crainte à les admettre à table…les temps ont bien changé ; de nos jours, on téléphonerait tout de suite à la gendarmerie pour les faire coffrer…
    Marie et Joseph : des SDF, précisément, sans doute les plus célèbres de l’Histoire. L’abbé Pierre leur aurait trouvé un logement décent. Les services sociaux actuels, et les braves gendarmes, s’occuperaient de leur cas : le petit Jésus serait confié à la DDASS, Marie et Joseph priés de déguerpir de l’étable, les rois mages considérés comme des trafiquants de produits illicites et dissimulateurs de capitaux, en or qui plus est.
    Le voile que porte Marie dans nos crèches provençales correspond au « fichu », que les belles arlésiennes et les comtadines portaient sur les épaules les jours le fêtes et nos mères et grands-mères « rurales » sur leurs têtes afin de se protéger du mistral mordant de l’hiver.

    Bon « bout d’an » et au plaisir de vous lire en 2015.

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