Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

#Carignan Story # 256 : Tu t’es vu sans Cabu ?

2 Commentaires

Ce slogan malin, trouvé par un anonyme (qu’il se dénonce, s’il me lit !) et repris je ne sais plus où sur le Net, tombe à pic pour entamer ma sacro-sainte messe dominicale sur le Carignan. En effet, cette phrase sonne tellement juste en ces temps troublés que j’ai décidé de la mettre en lumière. Cabu est né un 13 Janvier, jour où je rédige ce texte. S’il n’avait pas été massacré l’autre matin, il aurait aujourd’hui 77 ans (le 14, jour où je noircis ce papier) et l’on a choisi ce jour pour sa mise au repos en terre de Champagne. Je ne suis pas tintophile – bien que je l’ai été – mais je repense à cette autre formule de dessinateur : « de 7 à 77 ans ». Toujours jeune ce Charlie de Cabu ou ce Cabu de Charlie ! Un vrai gamin disent de lui ses amis. Allez savoir ce que vient faire une telle entrée en matière dans une rubrique régulièrement consacrée au Carignan ? Je vous le demande ! Aucun rapport, bien sûr, ci ce n’est que depuis ce jeu de massacre de la semaine dernière, je ne sais pourquoi, mais j’ai la vague impression de ne tomber que sur des Carignans exempts de toute humanité. Une série un peu tristounette. Certes, cela m’est arrivé auparavant, mais là il me semble avoir décroché le pompon ces temps-ci. Or, pas question de les mettre sous cloche ces bouteilles guère palpitantes : ici, je me suis juré un jour de parler de « tous » les vins de Carignan rencontrés sur ma route, les bons comme les moins bons, les grands comme les moins grands. Du coup, allons-y !

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Celui-ci, je l’ai déniché sur la route de Narbonne, dans un magasin à la sortie de Lézignan-Corbières où je me suis arrêté comptant bien me procurer quelques flacons carignanisés. J’en ai trouvé un à moins de 5 € (en promo !) sur lequel j’ai déjà tout dit du mal et de la déviance qu’il m’inspirait, tandis que dans le même rayon, un autre vin m’a tenté, avant tout parce qu’il venait des PO (Pyrénées-Orientales), ensuite parce qu’il portait le nom d’une société viticole assez active du côté de Perpignan, enfin parce que le prix de vente de ce « Cayrol », 7,95 €, me paraissait raisonnable pour mon maigre budget vu que nous n’avons personne pour rembourser les frais engendrés par nos articles. Je ne sais si ce vin provient du négoce, d’une cave coopérative, ou s’il est composé de raisins d’un des deux domaines Lafage, puisque c’est de cette société dont il s’agit, l’un des vignobles aux portes de Perpignan, la Catalane, l’autre sur Maury, l’Occitane. Attention, les Lafage ne sont pas connus pour vinifier n’importe quel jus de chaussette : l’une de leurs cuvées, en 2012, a été notée 93 par Parker en personne ! Leur pur grenache connaît aussi un franc succès. Pour ma part, j’avoue ne jamais avoir vibré en buvant un vin signé Lafage. Mais, comme je le dis souvent, tous les goûts sont dans la nature, n’est-ce pas ? La cuvée « Cayrol », pur Carignan IGP Côtes Catalanes 2013 (je n’ai pas goûté ce millésime) est annoncée comme une nouveauté qui met en scène des Carignans de 60 ans de différentes parcelles entre Maury et Vingrau donc, logiquement, sur Tautavel, ou sur Estagel, même si le lieu de la commune n’est pas précisé sur la fiche technique obtenue sur Internet où le même vin acheté moins de 8 € à Lézignan est proposé en ligne à 12,50 € la bouteille… avec obligation de l’acheter par carton de six ! J’y apprends que les raisins sont récoltés à la main en caissettes de 10 à 12 kilos, qu’ils sont triés à la cave, macérés « à froid » pendant une semaine, vinifiés traditionnellement à 25° et qu’une partie (10 %) de la cuvée est élevée en barriques. Pas d’autres précisions techniques. Il faut le dire, l’approche de ce « Cayrol » 2012 au nez était assez enthousiasmante : on avait la finesse annonciatrice des ces terroirs voisins de l’Aude et des Corbières (dans la région, et jusque dans les années 60, les vins du coin bénéficiaient de la mention « Corbières du Roussillon »), ce nez sauvage d’herbes grillées et parfumées évocatrices de la garrigue. En bouche, le comportement est tout autre : s’il y a bien la longueur propre aux vieilles vignes de ce coin, du moins c’est comme ça que je le vois, il n’y a pas l’élégance escomptée, encore moins l’équilibre que l’on est en droit d’attendre pour un vin qui, normalement, du moins en 2013, franchit la barre des 12 €. Autres écueils : la verdeur des tannins et l’amertume dominante. Malheureusement, après deux jours en vidange, cette dureté ne s’en va pas. Encore une déception.

Michel Smith

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Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

2 réflexions sur “#Carignan Story # 256 : Tu t’es vu sans Cabu ?

  1. Pingback: #Carignan Story # 256 : Tu t’es vu sans Cabu ? | Wine Planet

  2. Bonjour Michel ; je suis allé faire un tour sur le site de cette maison afin de prendre connaissance de la fiche technique de ce Cayrol. La description des terroirs est un joyeux mélange dans lequel on ne sait pas clairement si la vendange provient de plusieurs sites très différents ou bien de parcelles assez homogènes. Défaut rencontré dans 80 % des sites de domaines…Il y a encore un sacré travail à faire en matière de communication sur ce genre de sujet.

    La description du vin, je cite : « VIN CHARNU, HARMONIEUX, D’UNE BELLE STRUCTURE. TANINS FONDUS, FINALE SOUPLE ET RONDE SUR LES FRUITS ROUGES » contraste singulièrement avec celle de votre ressenti. La différence est telle que l’on se demande si ce texte n’a pas été établi une fois pour toutes et ressert à chaque millésime… À moins que le 2012 ait bénéficié d’un autre texte. Le résultat est en discordance avec les soins apportés aux phases qui précèdent l’élevage ; vendange en caissettes de 10-12 kg et tri à nouveau à la cave (parenthèse : lorsqu’on coupe du raisin pour le mettre en caissettes de si faibles quantités, le deuxième tri à la cave n’est en principe pas nécessaire ; ou bien les vendangeurs sont des nigauds, ou bien des « professionnels » …), puis macération à froid et ensuite vinification dite « traditionnelle » à 25° (deuxième parenthèse : une régulation continue à 25° pendant 1 mois n’a rien de « traditionnel », nulle part).

    Puisque l’année ne fait que débuter, je vous souhaite de découvrir le plus vite possible quelques jolis carignans afin d’alimenter vos billets de belles descriptions sous l’égide d’une bonne humeur enthousiasmante. Et que votre sourire revienne !!

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