Les 5 du Vin

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Courir à Cahors

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Paysage_vigne_5

Ce titre peut-être interprété comme une incitation, et cela aurait parfaitement sa justification, tant ces vins rouges du Lot, autrefois durs et rustiques dans l’ensemble, ont, depuis quelques années, acquis une toute nouvelle dimension dans l’expression du fruit profond du malbec, et s’habillent aujourd’hui d’une texture plus veloutée. La séduction est donc là, mais sans aucune perte de caractère car le malbec et ce lieu particulier (ok, le terroir, si vous voulez !) y veillent.

Le vignoble de Cahors est un cas un peu à part dans la mosaïque des appellations du Sud-Ouest de la France. S’il forme un paysage doux et paisible au fond de la vallée serpentine, il se transforme très rapidement et radicalement dès qu’on grimpe de part et d’autre de la rivière, en des zones souvent bien escarpées (mes cuisses et mes mollets s’en souviennent encore, après 17 kms de course à pied tout-terrain), arides en été, glissante en hiver, mais caillouteux partout et ferrugineux par endroits. L’autre sens de mon titre est plus prosaïque : je suis allé ce weekend goûter une soixantaine de vins de Cahors, puis participer à une course à pied à travers une partie du vignoble. Mais rassurez-vous, je ne vous parlerai dorénavant que du vin, sauf à vous rassurer, ayant terminé ma course sans casse. En tout cas, je pourrais dire que j’ai vraiment fait du terrain cette semaine, et le vignoble de Cahors est souvent impressionnant.

Cela faisait une paire d’années que je n’avais pas dégusté tant de vins de Cahors, et deux de plus depuis ma dernière séance importante à l’aveugle qui fut partagée avec Hervé Lalau, entre autres. Tous mes remerciements à l’UIVC d’avoir rendu la chose possible. C’est une appellation chaleureuse, sympathique et dynamique, même si tout n’est surement pas simple en interne, car les dirigeants doivent convaincre un nombre important de vignerons de quitter, pour certains, le 19ème siècle et avancer vers le 21ème. On imagine bien les difficultés ! En tout cas, le cas Cahors est exemplaire par sa progression récente et les résultats commencent à venir, notamment sur le marché américain.

Je voulais déguster un millésime ayant un peu d’âge, en l’occurrence le 2010, mais les ventes ayant pris de l’ampleur et le millésime étant de faible rendement, bon nombre de domaines ont envoyé des 2011 ou des 2012, voire quelques 2013. Ce fut donc une dégustation mixte sur le plan des millésimes qui m’attendait vendredi après-midi au centre viticole d’Anglars. Température des flacons impeccable, bouteilles masquées, crachoirs irrigués et fonds blancs des tables, beaux verres et tranquillité : bref, des conditions parfaites. Les 66 échantillons étaient divisés en deux séries : la première pour les vins de la vallée, la seconde pour les vins issus des terrasses et du plateau, car c’est ainsi que se subdivisent les zones de production, partant des méandres du Lot. Et c’est aussi le nouveau chemin pris par l’appellation qui a un dossier en cours à l’INAO afin d’autoriser des mentions « terrasses » ou « plateau » pour des vins qui en sont issus. Aboutissement prévu dans deux ans.

carte_cahors1

Le cépage phare de Cahors est le malbec, et il est de plus en plus mis en avant (et, je dirais, en valeur) depuis que les Argentins ont ouvert une brèche bienvenue dans le dominance du trilogie cab/syrah/pinot noir dans l’esprit des consommateurs, et particulièrement les Anglophones. Et il se trouve que presque tous les vins que j’ai préférés étaient des purs malbecs. Quant aux méthodes de culture (oserai-je parler de dogmes?), un seul de mes vins préférés était le fait d’un domaine pratiquant la viticulture bio.

Je répète que je dégustais à l’aveugle et que je n’ai eu les fiches que le surlendemain de ma dégustation. Donc pas de qualité supérieure imputable aux vins bio pour moi. Cela dépendra des cas. Pour passer vite sur les vins que j’ai moins aimé, mes critiques les concernant touchent à trois aspects : une rusticité persistante dans certains cas, donnant des tannins durs et une absence de fruit ; un usage immodéré du bois dans d’autres cas ; enfin des extractions parfois trop appuyées qui donnaient à quelques vins une impression certes de puissance et d’intensité, mais aussi d’une lourdeur qui impliquait une perte d’une des caractéristiques que j’apprécie le plus dans les malbecs cadurciens : j’ai nommé la fraîcheur.

Mes vins préférés : ils sont tout de même au nombre de 30 sur ce groupe de 66 vins, avec, bien sûr, une gradation dans les préférences. Pour en savoir plus dans le détail il va falloir patienter un peu (une semaine), mais je vais vous livrer de suite les noms des domaines dont les vins vont figurer dans ma liste avec des notes de dégustation. Il y a des habitués parmi mes préférences, mais aussi quelques surprises ou nouveautés. En tout cas, faire figurer une proportion aussi élevée de bons ou très bons vins dans une série si importante est déjà une mesure des progrès en cours à Cahors.

Domaine Le Bout du Lieu 2010

Château Eugénie, cuvée Pierre le Grand 2010

Clos d’Audhuy 2011

Château de Gaudou, cuvée Renaissance 2012

Château Lamartine, Renaissance 2012

Château de Mercuès 2011

Château de Mercuès cuvée 666, 2011

Château Haute Borie Tradition 2011

Château Quattre 2010

Prieuré de Bovila 2010

Astrolabe Malbec 2012 (Vinovalie)

Métairie Grand du Théron prestige, 2011 et 2012

Château Haut Borie prestige 2011

Clos Troteligotte, K-Or 2013

Château Combel la Serre, cœur de cuvée 2010

Domaine de la Bérangère, Les Quatre Chambrées 2010

Château de Chambert 2010

Rigal, Les Pierres Blanches 2010

Rigal, Les Terres Rouges 2010

Métairie Grande du Théron, Parcelle des Origines 2012

Château Pech de Jammes 2011

Les Carrals de Château Quattre 2010 (mon préféré de toute la série)

Domaine du Prince, Lou Prince 2010

Château de Haute Serre, Géron Dadine 2011

Château de Haute Serre, Icône Wow 2011

Plus sur ces vins et leurs prix, avec d’autres observations, une prochaine fois. Mais je veux d’abord rendre un hommage à une famille de propriétaires, les Sigaud, qui ont placé quasiment tous leurs échantillons dans la liste ci-dessus. Du coup, j’ai voulu leur rendre visite et je vous en parlerai la semaine prochaine car leur histoire est remarquable. Pour le moment, massage de jambes et dodo !

David Cobbold

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

10 réflexions sur “Courir à Cahors

  1. Pingback: Courir à Cahors | Wine Planet

  2. Notre confrère Alain Leygnier vient lui aussi de consacrer un billet à Cahors
    http://levindesautres.com/2015/01/12/la-sante-de-charlie/

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  3. Bonjour!
    Pour info, nous sommes allés en voir 10 d’entre eux (sur votre liste) et espérons bien faciliter leur accessibilité aux visiteurs en les intégrant sur winetourbooking!

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  4. Moi qui ne suis pas très Cahors, j’aime bien les vins Mas Del Périé (style proche de Troteligotte) et ceux du Clos Siguier.

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  5. Bu ce week-end un superbe Château Le Cèdre 2002 (100% malbec), étonnant d’élégance, qui aurait couché la plupart des voisins bordelais dans la même gamme de prix. Une appellation à (re)découvrir d’urgence en effet.

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  6. Bonjour, Nous nous sommes permis de publier le lien vers votre article sur notre page facebook!

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  7. Expérience moins large que toi, David, mais qui va dans le même sens. Avec l’Ardèche, qui connaît une évolution similaire dans son ensemble, la qualité croissante, et de manière rapide, du vignoble de Cahors est réjouissante pour tout amateur de vin, même s’il produit lui-même par ailleurs des vins « concurrents ». Je peux te donner des adresses pour le massage, mais je sais que tu es un grand garçon !

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  8. A Laurent Gibet : j’avais bien dégusté les vins de Mas del Perié par le passé, mais des deux vins qui étaient présentés par eux lors de cette dégustation, j’ai trouvé un (La Roque 2010) très massif, accessible uniquement accompagné d’une viande rouge ou d’un gibier à poil, sinon un peu « trop ». Le second, Les Acacias 2010, souffrait d’une forte réduction et du coup n’était guère agréable. Le Clos Siguier n’a pas présenté un échantillon.

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  9. Merci à Wine O Collection pour le lien.

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  10. Pingback: Bel hommage de la part de David Cobbold! | Parcelle des Origines A822

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