Les 5 du Vin

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Saint Christol, l’intégrale (ou presque)

11 Commentaires

Ce n’est pas tous les jours qu’on a l’occasion de déguster les vins de tous les producteurs d’un même cru, ou presque (manquaient à l’appel le Domaine Clavel, avec sa cuvée Le Marteau, et le Domaine Cante Vigne). Même s’il ne sont que 8!

Mais revenons un peu en arrière.

Saint Christol est un des grands terroirs « historiques » du Languedoc. Un vrai cru. Petit, mais identifié. Son statut de commanderie des Chevaliers de Saint Jean, puis de Malte, explique pour une bonne partie sa notoriété ancienne. Les Frères Hospitaliers exportent leur production à partir d’Aigues Mortes (ce qui tendrait à prouver qu’il se gardait bien) et le font apprécier aux grands personnages de toute la Chrétienté. La réputation de Saint Christol est telle qu’en 1788, la communauté décide de marquer les tonneaux contenant les vins du cru afin d’éviter la fraude. Méfiez vous des imitations!

Saint Christol

Saint Christol (Photo http://www.saint-christol.com)

Notre agronome favori, Victor Rendu, le classe parmi les « crus de vins fins » de l’Héraut. Pas aussi haut que Saint Georges d’Orques, mais au même niveau que Saint Drézery et Frontignan.

Voila qui ne nous rajeunit pas: c’était en 1854. Il faut d’ailleurs se garder de comparaisons douteuses: à l’époque, le cépage de référence, à Saint Christol comme à Saint Georges, est le Terret Noir; vient ensuite le Piran (alias Aspiran Noir, ou encore Ribeyrenc); quant à la « Carignane » et au Mourastel, le brave Victor nous les présente comme de nouveaux venus.

Il nous décrit aussi les vins de Saint-Christol comme assez puissants. Ce que disait déjà son prédécesseur André Jullien qui parlait de « vins fermes et colorés, de bon goût et assez spiritueux ». Et le même de préciser: « Les vins de Saint-Christol sont très bons pour l’exportation en ce qu’ils ne craignent ni les voyages, ni la chaleur ». (Topographie de tous les vignobles connus, A. Jullien, 1824 et 1832).

Revenons à nos moutons, ou plutôt, à nos cépages du 21ème siècle.

Saint Christol, de nos jours, c’est d’abord du grenache et de la syrah, parfois du mourvèdre; des vins assez intenses, effectivement, car l’ensoleillement est généreux.

Et une assez grande diversité de sols, pour un cru de cette taille. Si le vignoble ne dépasse guère les 230ha (pour un potentiel de 400), il englobe aussi bien des galets roulés que des marnes blanches et des alluvions. Si le calcaire affleure souvent en surface, en profondeur, on trouve surtout de l’argile rouge, qui, en gardant l’eau, permet à la plante de bien supporter l’été. L’altitude va de 50 à 100m, se qui n’est pas impressionnant, mais les coteaux sont bien marqués. On note aussi des écarts climatiques entre le Sud du cru, plus influencé par les entrées maritimes, et le Nord plus sec. On constate des écarts de maturité de 5 à 10 jours entre les deux parties de l’aire.

Saint ChristolCarte

Saint Christol est la plus orientale des dénominations communales de l’Hérault

7 caves particulières et une coopérative revendiquent actuellement la mention Saint Christol.

Voici mes impressions sur les vins qui m’ont été présentés.

Château des Hospitaliers 2010

Boîte à cigares, cèdre, menthe, pas mal de fraîcheur, tannins suaves; un peu trop de bois à mon goût, mais on peut aimer. Syrah, grenache, mourvèdre. 14/20

Cave de Saint Christol Christovinum 2010

Le fruit est un peu compoté, mais la bouche est complexe – cuir, épices douces, cacao, la finale réglissée réveille les papilles et c’est bienvenu. Le bois est très bien intégré. 14,5/20

Cave de Saint Christol Esprit des 9 Vignerons 2010

Nez flatteur de confiture aux quatre fruits, mêlé de moka; malheureusement, la bouche ne confirme pas vraiment; je trouve la texture un poil râpeuse; c’est concentré, certes, mais un tantinet rustique. Grenache majoritaire. 13/20

Domaine Guinand Grande Cuvée 2010

Tannins serrés; menthol, fumée, caramel. Too much. Comme si le vin avait un costume trop grand pour lui. 12/20

Domaine Bort Cuvée N°1 2011

Un fruit noir explosif qui laisse la place à une bouche toute en puissance, des notes de cuir chaud. « Un beau bébé », comme on dirait d’un rugbyman. Grenache-Syrah. 14,5/20.

Domaine de la Coste-Moynier 2011

Syrah, mourvèdre et grenache.

Très dense, fruité noir et rouge au nez. Les mêmes reviennent en bouche, en plus croquant. Dommage que la finale assèche un peu le palais. Un peu trop extrait à mon goût. 13/20

Domaine Haut Courchamp Cuvée Ecole de la Patience 2012

Nez légèrement lactique, tannins suaves, presque doucereux, encore trop de bois. A attendre! (je sais, avec un tel nom de cuvée, c’est trop facile…) 13/20

 

En résumé, quelques belles choses, mais une forte proportion de vins trop marqués par la planche, de vignerons qui veulent trop bien faire, peut-être.

En toute modestie (à chacun sa place), je leur conseillerai de revenir aux fondamentaux, à l’expression des raisins, qui, pour ce que j’en perçois derrière le carcan de chêne, est souvent de qualité. Ce serait là, à mon sens, le meilleur hommage à rendre à leur terroir « historique ».

Hervé Lalau

PS. Saint Christol, c’est aussi l’emplacement de Viavino, un pôle oenotouristique « Energie Zéro ».

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

11 réflexions sur “Saint Christol, l’intégrale (ou presque)

  1. Pingback: Saint Christol, l’intégrale (ou presque) | Wine Planet

  2. Bon, en gros, Saint-Christol c’est pas génial. Tes avis collent avec les miens : depuis 30 ans, je n’ai rien goûté de bon dans ce cru où il manque une sacrée volonté de bien faire en s’inspirant de Saint-Georges, de Montpeyroux, des Terrasses ou même de La Méjanelle.

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  3. Monsieur Lalau et même Monsieur Smith,

    Après votre lecture, je me demande s’il est pertinent d’avoir une hiérarchisation si complexe dans le Languedoc ? Certaines dénominations comme Saint Christol brouillent encore plus l’esprit des consommateurs, sans avoir une identité propre.
    J’ai cru comprendre que Terrazes du Larzac et Pic Saint Loup devaient passer en cru, si ce n’est pas déjà fait. A quel niveau se situent-elles ?
    Quel est donc votre point de vue au sujet de cette pyramide languedocienne ? On pourrait aussi parler de l’encépagement qui me paraît ridicule tellement la place laissée aux cépages autochtones est minime !

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  4. Notre ami Lincoln Siliakus (que je salue amicalement au passage, et auquel je souhaite un prompt rétablissement), a assisté à la même dégustation et a peu ou prou tiré la même conclusion que vous, ici même: https://les5duvin.wordpress.com/2014/11/08/jean-phi-linc-or-the-story-of-triangle-bubbles-and-russian-dolls/
    Il parlait de poupées russes…
    Maintenant, il y a l’identité et ce que l’on en fait.
    Montpeyroux me semble avoir aujourd’hui plus d’atouts à faire valoir que Saint Christol – d’abord, les vignerons y sont plus nombreux, donc la dynamique y est sans doute plus forte. Je ne jette pas la pierre à ceux qui veulent se regrouper derrière une bannière, aussi petite soit-elle, mais il faut être conscient que l’histoire n’est pas l’élément toujours le plus déterminant; qu’un terroir, ça se révèle, ça bouge, ça se crée et ça peut même mourir; enfin, comme vous, je pense que trop de mentions tue la mention.
    Par ailleurs, dans l’esprit de la hiérarchisation, Montpeyroux devrait devenir un cru de type communal, alors que Terrasses du Larzac serait à l’étage en dessous.
    Cela ne veut pas dire que les vins de l’un sont forcément meilleurs que les vins de l’autre, juste, si j’ai bien compris, que l’identité terroir est plus précise. Et la pointe de la pyramide serait un terroir encore plus précis, comme Cocalières, par exemple.
    Peut-être eut-il finalement été plus simple de parler de Premiers Crus et de Grands Crus, mais l’INAO ne semble pas très réceptif à l’idée.
    Enfin, au delà de l’image collective d’un cru, il y a bien sûr la notoriété de chaque vigneron, sa patte, la qualité de son travail.
    Les syndicats, les ODG, les interpros sont là pour penser synergies, dénominateurs communs, tenter d’expliquer, de vulgariser, de trouver un sens dans un foisonnement de choses diverses et parfois contradictoires; c’est louable, c’est ce qu’on attend d’eux. Mais à la fin des fins, ce sont les vignerons qui vinifient et qui vendent.

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    • La notion de cru, si j’en juge uniquement à l’intérieur des Côtes du Rhône, n’est pas attachée à la dimension de l’espace que recouvre la délimitation « cru ». Ainsi, le cru Château-Grillet, qui appartient à un seul propriétaire, est incrusté dans le beaucoup plus vaste espace du cru Condrieu. La mise en place de Premier cru et Grand Cru serait, chez nous, vécue comme une équivalence entre village avec mention du nom de commune et Premier Cru, et Grand Cru avec cru tel qu’actuellement utilisé, que ce cru possède une dimension communale ou qu’il regroupe des vignes de plusieurs communes (exemple : Châteauneuf-du-Pape). C’est une chantier sans issue…

      Le vrai problème, pour des villages avec nom de commune qui passent en cru, consiste à produire des vins qui se rangent dans la strate des crus et là, ce n’est pas gagné !! La sélection devient déterminante et nombre de vins bien « constitués » et « honnêtes », très à l’aise dans la précédente délimitation village, ne parviennent plus à accéder à la nouvelle strate « cru ». Cependant, sauf en cas de défaut manifeste, ils ont la possibilité de revendiquer leur présence dans ce cru si les vignes ont été retenues dans la nouvelle délimitation « cru ».

      Or, l’image collective d’un cru ne peut s’affirmer que si une très large majorité de vignerons accède, grâce à la qualité de ses vins, dans cette strate. Sans quoi, le marché va les bouder et surtout ne va plus accepter de payer au « tarif » cru un vin jugé hors de ce niveau.
      C’est un aspect des choses très important. Se hisser dans la strate cru est synonyme d’exigences collectives que chaque vigneron se doit d’honorer, tout en se hissant lui-même à un niveau de notoriété qui le distingue. Exercice difficile…

      Contrairement à ce que dit Michel un peu plus loin, ces histoires de hiérarchisation ne veulent peut-être rien dire pour nous, j’en conviens, mais elles s’adressent au marché des consommateurs, marché qui a besoin de repères et la notion de cru en est un. Usurpé ou justifié, c’est un autre problème et l’ensemble de la profession en souffrira si les niveaux attendus ne sont pas au rendez-vous. Tout le monde veut passer en cru… Que fera-t-on alors pour les distinguer ? M. Renou avait formulé, il y a quelques années, une proposition à ce sujet, restée lettre morte.

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  5. Pic St Loup a son statut de cru, tandis que Terrasses vient de l’avoir l’an dernier. Cette position de « cru » les place en principe tout au sommet de la pyramide Languedoc. Mais ces histoires de hiérarchisation ne veulent rien dire et j’ai plus d’une fois exprimé mon avis sur le sujet, avis que je n’arrive plus à retrouver même via Google, notre ancien serveur en ayant supprimé l’accès. Son titre d’alors : « La fausse manip des grands crus du Languedoc »
    Notre collègue Marc a lui aussi son avis qu’il a exprimé ici : https://les5duvin.wordpress.com/2014/04/25/languedoc-glissement-marque-vers-lextraction-et-le-bois/

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  6. Je réponds modestement à Georges Truc en affirmant ma certitude que, si hiérarchisation il y a, celle-ci se fait uniquement – et tout naturellement, devrais-je ajouter – que sur la base de la notoriété acquise au fil des ans, notoriété historique en quelque sorte. C’est le cas des « presque crus » Boutenac, La Livinière, Tautavel chez nous, de Pic Saint-Loup et de Saint-Georges-d’Orques aussi, de Cairanne chez vous et, plus récemment, du Plan de Dieu. Tous ces secteurs attiraient les regards des acheteurs et des courtiers depuis des lustres, et dans une certaine mesure aussi celle des consommateurs « avertis » ou non.
    J’ajouterai que, dans le Sud surtout, on ne compte plus les espoirs de crus déclenchés politiquement (années 50 à 70) par la présence dans le village d’une cave coopérative très puissante (je ne me mouillerai pas en citant des noms…) donc très influente et porteuse de nombreuses voix sur l’échiquier électoral.
    Pour ma part, outre la volonté des ses acteurs viticoles, la vraie notion de cru passe par des efforts quasi surhumains – une volonté inébranlable aussi – de faire abstraction des frontières communales (comme en Champagne, par exemple) pour ne travailler que sur l’aspect qualitatif du terroir sans hésiter à exclure les parcelles qui ne sont pas dignes de faire un grand vin, un très grand vin.

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  7. Bien d’accord avec vous, Michel, la voie naturelle et normale de l’accession au rang de cru doit représenter le résultat d’une sélection parcellaire qui constitue un acte de délimitation accompagné de l’élimination de parcelles indignes d’être retenues. Une notoriété longuement établie, que vous évoquez, devrait être le seul déclencheur d’une volonté de passage en cru, ce qui fait grincer les dents de certains, c’est fatal…mais qui constitue la manière de mettre en place un « espace cru », honnête et crédible, fondé sur les terroirs capables de donner aux vignerons la possibilité d’élaborer de très grands vins, non pas une fois grâce au fait hasardeux de conjonctures favorables, mais de façon récurrente et constante.

    Nota : Cairanne accède à la strate des crus au cours de l’année 2015 (la chose est actée ; juste délai de signature du décret). Plan de Dieu* possède le niveau de village avec nom de village, tout comme Massif d’Uchaux* où l’on découvre cette année (récolte 2014) des vins remarquables.
    * AOC incluant des parcelles appartenant à plusieurs communes.

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  8. Cher Georges, je m’aperçois que Cairanne et Saint Christol ont en commun le fait d’avoir appartenu aux Chevaliers de Saint Jean. Et qu’aujourd’hui, ils partagent le Grenache et la Syrah.
    Côté chiffres, par contre, il y a un certain écart. La production de Cairanne est plus de 3 fois plus importante. Et le nombre de vignerons, idem. Ce qui donne une meilleure base de départ pour se faire connaître, d’autant que le nom de Cairanne est déjà sur l’étiquette depuis quelques années, en tant que Côtes du Rhône Villages.
    Même si, effectivement, on trouve de petites appellations qui réussissent (la Bourgogne en abrite pas mal), je ne suis pas certain que celles qui seraient créées aujourd’hui, au milieu du bruit marketing ambiant, d’une compétition accrue, internationale, aient de grandes chances de succès. Mais ce n’est que mon avis.
    Je souhaite bonne chance à Saint Christol, à Saint Drézery, à La Méjanelle… tout en me demandant si une AOC commune, en « villages », avec nom de cru, genre « Montpellier » ne correspondrait pas mieux à leur réalité et à leur potentiel.
    Pensons seulement à leur capacité d’investissement promotionnel: à 8 vignerons, elle est forcément limitée.
    Vous me répondrez que le fondement d’une AOC n’est pas son potentiel de développement économique, et vous aurez raison.
    Mais à quoi sert une AOC que l’on ne voit nulle part?
    Et avec tout le respect que je dois à Château Grillet, en 25 ans de carrière, je n’ai jamais eu l’occasion d’en déguster (ils n’en ont sans doute pas besoin).

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    • Moi si, Hervé. Et c’était pas forcément plus intéressant que le peloton de tête de Condrieu. 😉
      Pour le reste, du moins en ce qui concerne l’Hérault, les PO, l’Aude, le Gard… c’est vraiment de la politicaillerie de clocher.

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  9. Pingback: Decanter ou le Roussillon vu d’ailleurs | Les 5 du Vin

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