Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

Rhône-sud : les Villages sur la voie du Cru (II)

9 Commentaires

Je ne sais pas ce qui nous prend à tous, aux 5 du Vin, mais depuis quelques mois nous sommes, semble-t-il, abonnés aux feuilletons, aux reportages fractionnés. Une chose est sûre, ce n’est pas par fainéantise : pour ne parler que de ma pomme (oui, même en vacances, je bosse…), que ce soit au retour d’une dégustation, d’un salon professionnel ou d’un reportage organisé, je m’aperçois que j’ai souvent énormément de choses à raconter. Bon signe, n’est-ce pas ? Signe que mon cerveau tourne rond (enfin, cela reste à voir…), que mon imagination bouillonne et que ma curiosité est loin de m’abandonner. Ce n’est pas pour dire du mal, mais j’ai quelques difficultés à trouver sur la sacro sainte blogosphère pinardière des blogs aussi riches et variés que le nôtre ! Espérons aussi au passage que le site officiel Vins-Rhône.com que je vous recommandais la semaine dernière et qui, à y regarder de plus près, consacre un article aux blogs « influenceurs » du vin, daignera rajouter les 5 parmi sa liste !

Sun un pont d'Avignon... Photo©MichelSmith

Sur un pont d’Avignon… Photo©MichelSmith

À titre d’exemple, je me souviens que lorsque j’étais allé faire une excursion en Toscane, l’an dernier, je m’étais fixé comme règle de ne m’intéresser qu’au seul cépage Sangiovese. Il se trouve que j’ai ramené dans ma besace de quoi alimenter ma part de blog sur 4 jeudis de suite ! Si vous en avez le courage, ça commençait ici. Avec les Côtes du Rhône Villages « suivis d’une mention géographique » (rappelez-vous, je vous briefais sur le sujet jeudi dernier), je compte bien vous tenir en haleine un bon moment, même si, dans l’ensemble, il s’agira de dégustations qui, je l’espère, ne seront pas trop barbantes à lire. Avant d’aller plus loin, il est bon de savoir que, pour l’heure, ces appellations récentes ne concernent que des vins rouges.

Châteauneuf-de-Gadagne. Photo©DanielMariotte

Châteauneuf-de-Gadagne. Photo©DanielMariotte

Commençons ce tour d’horizon par Gadagne, entre Rhône et Durance

Sur la rive gauche du Rhône, Gadagne est la plus récente et la plus modeste de ces nouvelles appellations dont certaines ont 10 ans. Tout part d’un village perché au sud-est d’Avignon, territoire historique que celui des félibres, qui fut d’abord classée Côtes du Rhône en 1937, puis Côtes du Rhône Villages en 1997 avant d’être consacré « presque cru » (appellation dont j’ai la primeur) en 2012. Pour la petite histoire, il eut été logique de lui donner le nom de Châteauneuf-de-Gadagne, puisque tel est son nom en réalité. Or, c’était sans compter sur la réticence des vignerons de Châteauneuf-du-Pape qui firent pression – du moins c’est ce que l’on raconte – pour que cette mention de Châteauneuf soit abandonnée au profit du simple nom de Gadagne. Il en allait de la confusion que le consommateur forcément tête en l’air aurait pu ne pas manquer de faire avec le célébrissime cru papal ! En plus de Châteauneuf-de-Gadagne, quatre communes vauclusiennes peuvent revendiquer l’AOP : Caumont-sur-Durance, Morères-lès-Avignon, Saint-Saturnin-lès-Avignon et Vedène. Les vignes sont situées sur un plateau couvert de galets roulés sur une superficie assez modeste : 34 ha. Ce qui explique qu’il n’y avait que trois exposants de ce cru lors du dernier salon Découvertes en Vallée du Rhône. Or, par étourderie, et je m’en excuse auprès d’eux, quelque peu dérouté par la diversité des lieux préposés à la dégustation, je n’ai finalement dégusté qu’un seul domaine.

Basé à Jonquerettes, présent sur Vacqueyras et Châteauneuf-du-Pape, le domaine qui vinifie des nombreuses cuvées en Côtes du Rhône, dont un excellent pur Grenache, n’en dédie qu’une seule au Gadagne : un Villages 2013 élevé un an en cuve, très marqué par la Syrah âgée de 45 ans (85 %), le reste étant composé d’autres cépages (un peu de Viognier…), franc mais rond en attaque, riche en matière et assez persistant en bouche. Une valeur sûre à 8,10 € la bouteille départ cave.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Puis par le prometteur Puyméras, au pied du Ventoux

Le plus à l’est des « villages crus », dans un paysage accidenté, Puyméras, un village attachant un peu à l’écart des grands circuits touristiques, prête son nom pour la cause du vin à quatre autres communes voisines posées à cheval sur deux départements, la Drôme et le Vaucluse : Faucon, Mérindol-les-Oliviers, Mollans-sur-Ouvèze, Saint-Romain. Les vignes qui se partagent le paysage avec les oliveraies et les champs de lavande occupent des terrasses assez sableuses et caillouteuses sur des terres rouges où l’on note la présence du calcaire. Classées Villages depuis 1979, puis Villages avec mention en 2005, les vignes (majorité de Grenache noir, entre 220 et 600 mètres d’altitude), profitent pleinement des températures nocturnes fraîches qui sont les bienvenues en été et qui donnent des vins très équilibrés. Pour le moment, environ 130 ha sont concernés par l’appellation et seuls deux domaines avaient fait le déplacement sur Avignon.

La cave coopérative de Puyméras compte 235 adhérents qui travaillent sur 1200 ha de vignes dont 120 sur la commune. Tout n’est pas encore déclaré en Puyméras, mais on trouve tout de même trois cuvées de bons rapports qualité-prix arborant l’appellation. La cuvée Comtesse (60% Grenache, le reste en Syrah) offre simplicité et souplesse avec juste ce qu’il faut de corpulence pour une viande grillée (5,60 €) ; pour 20 centimes de plus, la cuvée Chasseur, dominée par la Syrah (90 %), est dense et structurée, marquée par d’aimables tannins ; entre les deux (5,70 €), ma préférence va à la cuvée bio (10% des vins de la cave sont certifiés bio) au joli nez de garrigue (Grenache à 60%, reste en Syrah), à la fois dense et souple en bouche, ce qui n’empêche pas une certaine structure et des tannins agréablement frais.

  • Domaine Bernard

Basé à Saint-Romain, à 3 km de Vaison-la-Romaine sur la route de Nyons ce domaine livre la production de 35 ha à la cave précédemment citée. Sur les 5 ha restant, Ludovic Bernard travaille deux cuvées en Puyméras : l’une en 2012 (80% Grenache) livre un nez fin de garrigue et d’épices sur une bouche ronde et gracieuse, souple mais copieuse, marqués par de sympathiques et fins tannins en finale (7 €) ; l’autre en 2010, baptisée Augustin (le grand-père de Ludovic), est toujours majoritairement Grenache, mais elle est agrémentée par 20% de Syrah et 15% de Carignan. Une grosse partie de l’assemblage passe un an en barrique de deux vins. Cela donne un nez chaleureux au possible, très garrigue (laurier, romarin), une belle densité, beaucoup de précision aussi avec une finale marquée par le fruit rouge (cerise), le tout pour un prix délicieux : 9 €.

La semaine prochaine, nous irons du côté du Plan de Dieu et du Massif d’Uchaux pour finir, par un dernier article, sur les galets roulés de Signargues, dans le Gard.

Michel Smith

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

9 réflexions sur “Rhône-sud : les Villages sur la voie du Cru (II)

  1. Pingback: Rhône-sud : les Villages sur la voie du Cru (II) | Wine Planet

  2. Gadagne est situé sur une jolie terrasse villafranchienne comme celles de Ch9 et pendant Vinisud, j’en ai dégusté une bonne douzaine, dont Bois St Jean; j’y avais été il y a quelques années et déjà les producteurs revendiquaient l’appellation Villages avec nom de communes, ce qui au plan hiérarchique ne pose aucun problème, par contre il s’agit plus d’une entité géologique qu’un village comme Roaix ou Valréas, un peu comme Signargues ou Plan de Dieu dont tu vas parler la semaine prochaine, mais je peux comprendre qu’on ne va pas créer une nouvelle dénomination pour ces quelques cas.
    Quant à Puyméras, je suis plus dubitatif, mais je dois reconnaître que je n’ai plus dégusté un Puyméras depuis au moins 3 ans.
    La bise Michel
    Marco

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  3. Est-il possible d’émettre un doute quant à la viabilité de la création d’autant de mentions différentes en Rhône, comme ailleurs. On dirait que cela devienne une sorte de doxa indiscutable que chaque village, voire chaque parcelle (ce qui est souvent plus logique dans un sens) obtienne son identification sur une étiquette de vin. Le consommateur ne peut rien comprendre à cela (et c’est déjà le cas), ni même la plupart des professionnels. Arrêtons cette forme de masturbation intellectuelle pour réfléchir plutôt à quelles mentions peuvent encourager les gens à boire du vin et à chercher les bons. Quand on sait à quel point le processus de production, de la vigne à la bouteille, détermine la qualité d’un vin, le mythe du terroir comme élément déterminant de la nature d’un vin, on s’en fout un peu !

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  4. La question reste posée David, et je ne suis pas loin de penser comme toi.
    Le jeu en vaut-il la chandelle ?
    Reste qu’il faut se mettre à la place des vignerons. Il y a une échelle à laquelle il faut tenter de grimper si l’on veut arriver au sommet et partager la gloire (et le prix de vente) d’un Tavel, Lirac, Châteauneuf, Vaqueyras, Rasteau ou même maintenant Vinsobres, sachant que j’ai oublié Beaumes-de-Venise et même Cairanne, bien que ce dernier soit toujours classé Villages comme ceux que je visite pour nos lecteurs.
    Se démarquer du vaste lot des Villages est tentant et peut être, qui sait, récompensé un jour par un meilleur revenu, comme Gigondas, par exemple. Pourquoi ne pas essayer ? On a tous en nous cette sensation de vouloir progresser vers le haut. Si j’étais vigneron et que le jeu en vaille la chandelle, je mordrais certainement à l’hameçon du cru.
    C’est un peu cela aussi l’objet de cette revue des prétendants… Si un de ces « terroirs » perce un jour et attire de grands vignerons ainsi que la reconnaissance des grands amateurs, on pourra dire que cela valait la peine d’essayer.
    C’est en gros ce que j’essayais de dire dans mon premier papier…

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  5. Pour répondre à la fois à David et à Michel : avant de devenir « AOP Gadagne » doté d’un nom de village, le vins de tous ces producteurs restaient dans l’anonymat des villages sans nom de commune et, auparavant, dans la masse des CdR régionales. L’accession à l’AOP « Gadagne » permet une identification, en premier lieu territoriale, avant même d’être celle d’une famille de terroirs. Il se trouve que le lambeau de terrasse villafranchienne de Gadagne, ayant la même origine que celle (la plus haute) de Châteauneuf-du-Pape, épargné par les fureurs de l’érosion, favorise la production de vins très qualitatifs. Cette « reconnaissance territoriale » est capitale. L’avenir ? cru ou pas, on verra… L’essentiel consiste pour l’instant à exister dans une strate donnée et à y établir une notoriété.
    L’aiguillon du maintien d’une qualité à hauteur de ce qui est revendiqué engendre une démarche très positive et les vins sont tirés vers de plus en plus de belles caractéristiques. Le jeu en vaut la chandelle et le développement que Michel a présenté en réponse, ainsi que dans son premier papier, est tout à fait pertinent.

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  6. Xavier ANGLÉS, du domaine du Bois Saint-Jean, attire mon attention sur le fait que la superficie de l’AOP Gadagne comporte, non pas 34 ha, mais 250 ha, dont 180 plantées en vignes à l’heure actuelle. Lui-même en possède 21 ha.

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  7. Merci Georges, mais je me basais sur les chiffres publiés par Vins du Rhône.com sensés représenter la parole officielle. À mon avis, seule la production équivalente à 34 ha a été revendiqué en 2013 sur une superficie qui doit être délimitée en potentiel à 250 ha.
    Pour le reste c’est donc Xavier qui serait, provisoirement j’espère, le plus gros producteur de l’AOP.
    Ce qui est sûr c’est qu’il reste encore je suppose beaucoup de vignerons à convaincre de l’utilité de jouer le jeu de la nouvelle AOP.

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  8. Michel bonjour,
    Merci pour ce joli article parlant de ces « mini-crus » !
    Juste une précision concernant le nom des communes, il s’agit de Morières-les-Avignon, et de Saint-Romain-en-Viennois.

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  9. Merci ! (J’ai tendance à raccourcir…) 😉

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